Le sultanat Nasride de Grenade ( la fin d’al-Andalus)

Les derniers Sultans Nasrides de Grenade et fin de l’Islam en Andalousie:

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Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Nasride Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

11e. Abou- Abdallah YOUSOUF II.

An de l’hég. 794 (de J.-C. 1391-93 ). Yousouf, fils et successeur de Mohammed V, fut proclamé solennellement, et tous les grands delà capitale et du royaume lui baisèrent les mains. Imitant, les vertus pacifiques de son père, il envoya demander au roi de Castille la continuation de la trêve et de son amitié

Sa demande était accompagnée de six beaux chevaux richement caparaçonnés, et de quelques captifs chrétiens qu’il mettait en liberté sans rançon.

Henri III accueillit le wali de Malaga qui était à la tête de l’ambassade , et le congédia , ainsi que les députés chargés de conclure le traité avec le roi de Grenade. Yousouf avait quatre fils : Yousouf, Mohammed , Aly et Ahmed.

Le second, d’un caractère violent et ambitieux, voyant que le droit de la nature et l’affection de son père appelaient au trône son frère aîné, conçut contre celui-ci une haine implacable.

Il feignit un grand zèle pour l’islam ; et , méditant de se révolter contre son père , il accrédita le bruit que ce monarque était mauvais musulman, et chrétien au fond du cœur, puisqu’il favorisait les infidèles, qu’il protégeait ceux qui vivaient, à sa cour, et les traitait avec une extrême bienveillance.

Bientôt les mécontents et les partisans de Mohammed en vinrent au point de de mander hautement la déposition de Yousouf.

La sédition commença devant l’alcaçar; le roi était au moment d’abdiquer le trône et de se mettre entre les mains de son fils rebelle, lorsqu’un ambassadeur de Fez , homme aussi ferme et habile qu’éloquent , sortit à cheval du palais , et harangua les mutins.

Il leur dépeignit avec tant de vérité, de force et d’onction , les horreurs des guerres civiles, les malheurs qu’avait éprouvés l’islam, par suite des funestes dissensions qui avaient entraîné la chute des Omeyyades, des Almoravides, des Almohades et des Houdides, en Espagne ; l’avantage que les chrétiens en avaient toujours retiré pour s’agrandir, etc. , qu ‘il persuada aux séditieux de se soumettre à leur roi légitime, et d’attaquer la Castille, tandis qu’elle était en proie aux troubles, pendant la minorité de Henri III : il les assura que leur souverain se mettrait à leur tête, et qu’ils verraient alors combien ils avaient été injustes à son égard.

Son discours fut couvert des applaudissements du peuple.

On publia la ghaziah, et bientôt l’armée musulmane envahit les champs de Murcie et de Lorca qu’elle mit à feu et à sang, combattit les chrétiens avec divers avantages, et revint chargée de butin à Grenade.

Les Jardins Nasride de l'Alhambra
Les Jardins  des arabes Nasride de l’Alhambra, Grenade

Comme Yousouf faisait la guerre contre son gré, il accorda facilement une trêve au roi de Castille. Selon d’autres autours , il la proposa lui-même, afin de détourner l’effet des préparatifs qu on fesait contre lui en Castille et en Aragon.

Pendant cette trêve, le grand-maître d’Alcantara , avec des troupes levées à la hâte, entra témérairement dans la plaine de Grenade, et assiégea la tour de Hisn-Egla ; mais, ayant osé venir à la rencontre des forces que Yousouf envoyait contre lui, il fut taillé en pièces avec tous ses gens, l’an 798 (1395-96).

Le roi de Castille désavoua cette infraction au traité , ce qui satisfit les musulmans et les empêcha d’en tirer vengeance.

Yousouf mourut peu de temps après, l’an 799 (1396), suivant Cardonne, empoisonné, dit-on, par une robe que le roi de Fez, Ahmed ben-Sélim, qui se disait son ami, lui avait envoyée avec d’autres présents.

Les douleurs qu’il éprouva, aussitôt qu’il eut revêtu cette robe, durèrent plus d’un mois, et ne cessèrent qu’à sa mort.

Suivant d’autres auteurs , moins amis du merveilleux , ce prince mourut des suites de douleurs qu’il ressentait long-temps avant l’arrivée des présents.

Il n’avait régné qu’environ cinq ans.

Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .
Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .

12e. MOHAMMED VI.

An de l’hég. 799 (de J.-C. 1396). Les intrigues et les manœuvres de Mohammed , deuxième fils d’Yousouf II , prévalurent sur les dernières volontés de son père et sur les droits d Yousouf, son frère aîné.

Soutenu par la noblesse et par les troupes , il fut proclamé solennellement avant les funérailles du feu roi , qui n’eurent lieu, par son ordre, ue le lendemain de son installation.

Yousouf II fut enterré ans le Djenn-al-Arif , auprès de son père et de son aïeul.

La première action de Mohammed fut de faire arrêter son frère qui, content de mener une vie privée, ne sortait pas de sa maison , et ne paraissait nullement disposé à exci ter une révolution.

Mohammed l’envoya sous bonne escorte dans la forteresse de Schaloubina , où il lui laissa cependant sa famille, son harem, el la jouissance de toutes les com modités de la vie.

Le nouveau roi joignait à un physique avantageux, un es prit vif, un grand courage, une éloquence persuasive et une extrême affabilité qui charmaient le peuple.

Désirant s’af fermir sur le trône avant de rompre avec les chrétiens, il partit, sans autre escorte que vingt-cinq cavaliers déterminés, tous prétexte de visiter ses frontières, et se rendit à Tolède comme ambassadeur.

Il y fut reçu avec honneur et amitié par le roi de Castille, et lui fit signer, l’an 800 (1397), un traité de paix qui confirmait celui qu’avait obtenu son père.

Il retourna ensuite dans ses états, où l’on était inquiet de son absence.

Peu de temps après , les chrétiens ayant violé la trêve , et ravagé les frontières du royaume de Grenade, Mohammed , aussi superbe qu’habile politique, au lieu de se plaindre , se mit à la tête d’une armée, exerça de cruelles représailles dans les états de Castille, et prit d’assaut la forteresse d’Ayamonte.

Des envoyés castillans ayant réclamé la restitution de cette place, Mohammed répondit fièrement qu’il ne la rendrait que lorsque ses sujets auraient été indemnisés des pertes qu’ils avaient éprouvées de la part des violateurs de la paix.

Cette réponse décida le roi Henri III à la guerre.

Mohammed remporta en personne, sur les chrétiens, divers avantages qui lui coûtèrent cher.

Le crépuscule d'Or nasride  1 2 3
Le crépuscule d’Or nasride 14e siècle
1) Officier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
2) Cavalier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
3) Volontaire nord-africiain 14e siècle 

L’hiver et les pluies sus pendirent les hostilités.

Sur ces entrefaites, mourut le roi de Castille ( en décembre 1406, suivant les auteurs espagnols), lorsqu’il se préparait à marcher lui-même contre les Musulmans, laissant pour successeur son fils Jean II , encore en bas âge.

L’oncle du jeune roi , don Ferdinand , chargé de la régence, continua la guerre, prit Zahara par capitulation, s’empara de la forteresse d’Azzeddin, et mit le siège devant Setenil.

La longue résistance que lui opposa la garnison de cette place, lui donna le temps de détacher une partie de ses troupes, qui allèrent réduire Àvamonte, Priégo, Lacobin et Ortejicar.

Mohammed, au lieu d’arrêter les progrès de l’armée castillane, préféra de porter ses ravages dans la province de Jaen , et obligea les ennemis, parcelle diversion , à lever le siège de Seteuil, où ils avaient perdu beaucoup de monde (1).

L’année suivante (1408), Mohammed, ayant attaqué la place d’Alcabdat (Alcaudète) avec sept mille hommes de cavalerie et douze mille d’infanterie, sans pouvoir la pren dre, livra plusieurs combats aux chrétiens, avec des avantages réciproques.

Enfin les deux partis épuisés mirent fin aux hostilités par une trêve de huit ans.

Pendant cet armistice, le roi de Grenade tomba malade: se voyant condamné parles médecins, il voulut assurer le trône à son fils, et envoya l’ordre de faire mourir son frère Yousouf, prisonnier à Scha loubina.

L’alcaïd de celte ville jouait aux échecs avec ce prince, lorsqu’il reçut la lettre du roi.

Il se troubla en la lisant, par suite de l’intérêt qu’avaient inspiré à tout le monde la bonté et les excellentes qualités de Yousouf.

Son émotion ayant été remarquée par celui-ci , jl ne put se dis penser de lui montrer l’ordre du roi.

Le prince demanda un délai, pour dire adieu k ses femmes et faire ses dernières dis positions : l’envoyé le lui refusa et lui accorda seulement le temps de finir sa partie d’échecs.

Elle n’était pas encore terminée, que l’arrivée de quelques officiers de Grenade lui an nonça la mort de son frère Mohammed, qui eut lieu, suivant Chénier, le 11 mai 1408 , après un règne d’environ douze ans.

Mohammed ben Nazar, le souverain nasride maure de l'émirat de Grenade embrassant son allié castillanDevant la reconquista chrétienne, l'émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb5 , qui ont accordé leur soutien après la cession d'Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María
Mohammed ibn Nasr al-Khazraji, le  premier souverain nasride de l’émirat de Grenade embrassant son « allié » castillan. Devant la reconquista chrétienne, l’émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb , qui ont accordé leur soutien après la cession d’Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María

13′. Abou’l Hedjadj (2) YOUSOUF III

An de l’hég. 810 (de J.-C. 1408). Yousouf partit aussitôt pour Grenade, où il fut reçu avec les transports de la plus vive allégresse.

Les maisons étaient tapissées de riches étoffes, et les rues jonchées de fleurs et ornées d’arcs de triomphe.

Les fêtes de son couronnement durèrent deux jours, et les vertus, l’affabilité qu’il montra dès les commencements de son règne, firent présager un roi digne de ses plus illustres prédécesseurs.

Yousouf envoya un ambassadeur au roi de Castille pour lui notifier son avènement au trône, et ses intentions pacifiques.

Une trêve fut signée pour deux ans, aux mômes conditions que celle du règne de Mohammed VI.

Yousouf la confirma et envoya de riches présents au roi de Castille, en chevaux, bijoux, armes, étoffes d’or et de soie , etc.

Deux ans après, le roi de Grenade députa son frère Aly, pour proroger la trêve: mais, comme les ministres castillans exigeaient que Yousouf se reconnût vassal et payât tribut , à l’exemple de ses ancêtres, le prince musulman refusa de ce soumettre à cette humiliation , sous prétexte qu’il n’y était pas autorisé par son frère, et se retira sans renouveler la trêve.

Lorsque la première fut expirée, l’infant don Ferdinand entra dans le royaume de Grenade avec une puis sante armée, en 813 (1410), et assiégea Antequerra , qui , malgré sa vive résistance , malgré les efforts des princes Ahmed et Aly, frères de Yousouf, pour la secourir, fut réduite par la famine à capituler, vers la fin de septembre, après un siège de cinq mois.

Les habitants en sortirent avec leurs biens. Hisn-Hijar et d’autres places du pays se rendirent aux mêmes conditions.

De son côté, le roi Nasride de Grenade avait surpris Zahara , qu’il pilla et dont il brûla les portes.

Une trêve de dix-sept mois mit fin aux hostilités dont le avantages les plus marqués avaient été en faveur des chré tiens.

En ce temps-là (814  de l’hég. (1411 de J.-C), suivant Cardonne), les musulmans de Gibraltar, opprimés par leur gouverneur, et fatigués de la domination du roi de Grenade, se soumirent au roi mérinide de Fez, Abou-Saïd, qui reçut fort bien leurs députés et envoya son frère Saïd , avec deux mille hommes, pour prendre possession de cette place importante.

Le monarque avait cru saisir une occasion favorable d’éloigner un frère dont les rares qualités lui portaient ombrage.

Dès que le prince parut devant Gibraltar, les portes lui en furent ouvertes.

Schéma idéal d'une ville musulmane
Schéma idéal d’une ville musulmane

Le gouverneur, retiré dans la citadelle, voyant qu’il ne recevait point de secours de Grenade, traitait déjà de la capitulation y lorsque Ahmed, frère du roi de Grenade, se présenta devant Gibraltar et en fit le siège.

Le prince de Fez demanda des renforts au roi son frère, qui, voulant le sacrifier, se contenta de lui en voyer quelques bateaux avec des troupes et des provisions. Saïd, n’ayant plus d’espoir, se rendit au prince de Grenade qui, à son intercession, pardonna aux habitants, laissa une forte garnison dans Gibraltar, et emmena Saïd prisonnier à Grenade, où celui-ci fut traité avec beaucoup d’égards.

Quelque temps après, Yousouf reçut des ambassadeurs du roi de Fez, qui le priait de faire périr son frère Saïd, et lui offrait à ce prix son amitié.

Yousouf, qui avait eu tant à souffrir de la tyrannie ombrageuse de son frère Mohammed VI, au lieu de consentir à la trahison qu’on lui proposait , s’intéressa au sort du prince africain , lui montra la lettre du roi de Fez, lui offrit le secours de ses troupes et de ses trésors , pour le venger d’un frère perfide et cruel, ou , en cas de refus , un asile assuré et honorable dans ses états.

Saïd conçut tant de baine contre le roi son frère, qu’il accepta la première proposition du roi de Grenade.

Il s’embarqua à Almérie, avec les troupes et l’argent que ce prince lui fournit.

Abou-Saïd , qui croyait que son frère avait été sacrifié à sa cruelle défiance , fut consterné en ap prenant qu’il s’avançait vers la capitale’, à la tête d’une puissante armée, grossie par les braves de toutes les tribus qui étaient venus le joindre.

Il marcha contre lui , fut vaincu, assiégé dans Fez où il s’était renfermé, livré à son frère qui lui succéda , et resserré dans une prison où il mourut de chagrin.

Le nouveau roi de Fez témoigna sa reconnais sance à Yousouf, lui envoya des dons précieux et lui jura une éternelle amitié.

Le roi de Grenade, préférant les avantages de la paix aux chances de la guerre , renouvela tous les deux ans la trêve avec les chrétiens, jusqu’à la fin de sa vie, et fit toujours de riches présents aux plénipotentiaires suivant la coutume de ses prédécesseurs. Sa cour fut l’asile de tous les seigneurs mé contents de Castille et d’Aragon.

Ils y vidaient leurs différends en champ clos.

Lorsqu’il ne pouvait les accommoder, il as sistait à leurs combats; et souvent, dès les premiers coups, il les séparait et les réconciliait.

Aussi n’était-il pas mois aimé des étrangers que de ses sujets.

Il avait entretenu une correspondance intime avec la reine-mère de Castille, et ils s’étaient envoyés, tous les ans, des présents réciproques.

Ce fut parsuite des conseils de cette princesse, que le jeune roi de Castille, Jean II, accorda encore une prolongation de trêve au roi de Grenade, en 1421 , et l’assura de son amitié.

Yousouf III maintint son royaume dans un état florissant ; et ses sujets , heureux et tranquilles , se livrèrent sans crainte à leur goût pour les douceurs de la vie champêtre.

Ce bon prince mourut subitement, sans avoir été malade, l’an 1423 de J.-C, suivant Cardonne et Chénier (2), après un règne de quinze ans.

Avec lui, s’éclipsèrent pour jamais les beaux jours du royaume Nasride de Grenade.

Il fut enterré dans le Djenn-al-Arif.(Generalife)

 

Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade
Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade

14c. MOHAMMED VII, Al-Aasar ou Al-Aïsar .

An de l’hég. 826 ( de J.-C. 1423.) Mohammed VII, proclamé roi de Grenade, le jour même de la mort de son père , fut surnommé Al-Aasar (le gaucher), ou Al-A’tsar (le gauche), soit en raison d’une habitude naturelle de ses mains, soit à cause des malheurs que lui attirèrent son imprudence et son incapacité.

Il ordonna que la cérémonie de son inauguration fût célébrée solennellement dans toute l’étendue de ses états, et que tous les walis et les alcaïds lui envoyassent leur serment d’obéissance et de fidélité.

Se proposant de suivre la politique de son père, pour modèle d’un bon gouvernement , il ne sut l’imiter qu’en un point : ce fut de conserver l’alliance des princes d’Afrique et d Es pagne, auxquels il envoya des ambassadeurs à cet effet.

Mais il négligea totalement de gagner la bienveillance et l’amour de ses peuples.

Vain et superbe, il traitait en esclaves ses ministres et ses courtisans; il laissait passer plusieurs se maines, plusieurs mois, sans donner audience a ses sujets, sans recevoir même ses vézirs qui voulaient lui rendre compte de l’état des affaires.

Tous ses soins se bornaient à maintenir la trêve avec les chrétiens, à ne pas leur donner occasion de la rompre , et à ménager l’amitié du roi de Tunis.

Dédaignant les coutumes de sa nation, il défendit les joutes, les tournois et les autres divertissements auxquels se livrait la jeunesse.

Aussi se rendit-il également odieux aux grands et au peuple.

Le seul qui jouit de sa faveur, fut Yousouf ben – Seradj , son vézir , cadhi de Grenade.

Cet homme, appartenant à la plus ancienne et à la plus puissante famille du royaume (les Banu Sarraj ‘d’origine arabe), sut , par son autorité , contenir d’abord la foule des mécontents qui méditaient la déposition de son maître.

Mais sa prudence et son crédit ne purent empêcher qu’une insurrection populaire ne proclamât roi , Mohammed Al-Saghir, cousin du monarque.

Tandis que les mutins pénétraient de vive force dans le palais, Mohammed VII, favorisé par quelques-uns de ses gardes, sortit à travers les jardins , gagna les bords delà mer, et, déguisé en pêcheur, se mit dans une petite barque qui le porta sur les côtes d’Afrique, où il trouva un asile auprès de son ami, Abou-Faris , roi berbère Hafside de Tunis.

Cette révolution arriva l’an 831 (1427), suivant Cardonne et Chénier .

Mohammed Vil avait régné environ quatre ans.

The castellan informed him that fifteen hungry men held itThe King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle
L’armée arabo-islamique Nasride de Grenade tiré du Cantigas de Santa Maria

15e. MOHAMMED VIII AL-SAGHIR.

An de l’hég. 83 1 (de J.-C. 1427). Mohammed, surnommé al-Saghir (le petit), fut reconnu à Grcnade et dans les principales villes du royaume.

Il donna au peuple des fêtes, des joutes et des tournois ; et , comme il se piquait d’être très-habile dans les exercices du corps, il entrait dans les lices, se mêlait parmi les combattants, tirant des traits (flèches), et évitait ceux de ses adversaires, en faisant manœuvrer son cheval avec beaucoup d’adresse et de légèreté.

Il régala plusieurs jours les chevaliers, mangea et s’entretint familièrement avec eux, et les combla d’honneurs et de présents.

Cet usurpateur, craignant que les partisans de son prédécesseur n’excitassent quelques troubles dans l’état , résolut de se défaire d’eux ; ils en furent avertis à temps par leurs amis et se retirèrent secrètement dans le royaume de Murcie.

Quelques-uns, moins défiants, étant restés à Grenade, éprouvèrent la rigueur du tyran , chez qui la cruauté commençait à remplacer la crainte.

Au nombre des premiers étaient l’ex – vézir Yousouf ben-Seradj, et quarante seigneurs de sa famille. Ils furent bien reçus à Lorca et à Murcie, d’où, ayant obtenu un sauf-conduit du roi de Castille , ils allèrent lui rendre hommage.

Ce jeune mo narque les traita honorablement, témoigna beaucoup de regrets de la disgrâce de Mohammed al-Aïsar, son allié ; et , apprenant qu’il s’était retiré à Tunis , offrit généreu sement de le rétablir sur le trône et de châtier l’usurpateur.

Dans ce dessein, il envoya Yousouf ben-Seradj et le gouverneur de Murcie à Tunis, avec des lettres, par lesquelles il invitait le roi Abou-Faris à se joindre à lui, pour rendre, aux peuples de Grenade leur légitime souverain , el le priait de lui envoyer ce prince.

Le roi Hafside de Tunis entra noblement dans les vues du Castillan.

Il donna cinq cents cavaliers  avec des sommes considérables à Mohammed al-Aïsar , et confia à l’ambassadeur chrétien des présents de choses rares et précieuses pour son maître.

Mohammed alla s’embarquer à Oran , et aborda à Vera, sur les côtes de Grenade, d’où il s’avança vers Alméria.

Mohammed al-Saghir fut consterné à la nouvelle de ce débarquement.

Il envoya son frère à la tête de sept cents cavaliers d’élite, pour tâcher de surprendre et d’arrêter son rival.

Mais la moitié de cette troupe s’étant rangée sous les drapeaux du roi détrôné , le prince , peu silr des soldats qui lui restaient , n’osa pas engager un combat inégal et revint à Grenade.

Cette défection facilita les progrès de Mohammed al-Aïsar.

Almérie et Guadix lui ouvrirent successivement leurs portes, et il y fut reçu avec les témoignages les plus éclatants de joie, d’amour et de respect.

Cédant aux instances de plusieurs seigneurs de Grenade qui étaient venus le. trouver à Guadix, il marcha sur la capitale, suivi d’une foule immense, qui, depuis son débarquement, accourait de toutes parts auprès de lui.

Cette populace inconstante donnait , par ses clameurs , beaucoup de poids au parti de ce prince. Mohammed al-Saghir, n’étant pas en forces pour s’opposer à son rival, prit le parti de se fortifier dans Al- hamra.

Il y fut assiégé dès le lendemain : mais ses soldats, intimidés par les vives attaques de l’ennemi, n’osèrent s’ex poser aux horreurs d’un assaut et livrèrent eux-mêmes leur souverain , qui fut à l’instant décapité, l’an 1429, après un règne de deux ans et quelques mois .

Ses fils furent étroitement incarcérés, et Mohammed VIII demeura paisible possesseur de la capitale et du trône.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra.

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar, pour la deuxième fois.

An de l’hég. 833 (de J.-C. 1429). Mohammed, ayant assoupi les troubles et rassuré les esprits sur la crainte qu’ils avaient de son système de gouvernement , rendit les sceaux à son ami Yousouf ben-Seradj.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille pour le remercier de sa généreuse protection , lui demander la continuation de son amitié, conclure avec lui un traité perpétuel de paix et d’alliance, et lui offrir des troupes auxiliaires dans ses guerres contre des princes de sa famille.

Le roi de Castille reçut à Burgos les ambassadeurs musulmans.

Il refusa les secours du roi de Grenade, et demanda seulement la stipulation du tribut que ce prince paierait à l’avenir comme vassal.

Mais Mohammed n’ayant pas voulu y con sentir, dans la persuasion que le Castillan, embarrassé dans des guerres intestines et extérieures, se contenterait d’un don volontaire, les négociations furent rompues.

Jean écrivit au roi berbère  Hafside  de Tunis, pour se plaindre de l’ingratitude de Mohammed, et pour le prier de lui retirer son assistance.

Abou-Faris n’envoya point en effet les galères et les troupes qu’il avait promises au roi de Grenade, et l’invita d’une manière pressante à payer tribut au roi de Castille auquel il devait le trône.

En même temps il répondit à celui-ci, pour l’engager à modérer sa vengeance contre un prince musulman dont la famille était alliée à la sienne.

Le monarque chrétien , ayant fait la paix avec les infants , envoya des troupes contre les Musulmans de Grenade.

Elles ravagèrent les environs de Ronda et prirenlla forteresse de Xiména. Mais, d’autre part, Mohammed gagna un combat décisif sur les Castillans qui avaient fait une invasion sur ses terres , du côté de Cazorla : toutefois , sur la nouvelle que le roi de Castille s’avançait en personne avec des forces plus imposantes, il craignit que son arrivée n’excitât quelque révolution dans ses états.

La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela
La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela en 1431

Il laissa donc le commandement de son armée à ses généraux, revint à Grenade avec cinq mille cavaliers, et y donna des armes à vingt mille habitants, afin d’augmenter la garnison de cette capitale.

Cependant les chrétiens, après avoir dévasté les districts d’Illora, de Taxaxar, d’Alora  d’Ardjidouna, etc., reprirent le chemin de Cordoue.

Les craintes de Mohammed étaient fondées. Yousouf ben- Al-Ahmar, prince du sang , riche et ambitieux , voulant s’emparer du trône de Grenade, rechercha l’appui du roi de Castille, par l’entremise d’un seigneur musulman, d’origine chrétienne, qui savait parfaitement la langue castillane.

Il promit de se joindre, avec plus de huit mille hommes, aux troupes de ce monarque , aussitôt qu’elles paraîtraient sur la frontière, et de devenir son vassal , si, par son secours, il obtenait la couronne.

Cette négociation ayant réussi, les partisans de Yousouf abandonnèrent peu à peu la ville, sous prétexte d’aller joindre l’armée musulmane.

Il les réunit au nombre de huit mille, la plupart nobles et cavaliers, se rendit avec eux auprès du roi de Castille , qui avait déjà dé passe la frontière, à la tôle de ses troupes, et lui baisa la main en signe d’hommage.

Jean II vint camper sur le penchant du mont Elvire, d’où il admirait la situation et a beauté de Grenade.

Yousouf lui en indiquait les for teresses et les principaux édifices, tels que l’Alhamra, l’Albaycin, etc.

>Détail sur l'armée Nasride à la Bataille de Higueruela  1431
Détail sur l’armée Nasride à la Bataille de Higueruela 1431

Après plusieurs escarmouches entre les avant-postes des deux armées, on en vint à une bataille générale, où l’on combattit un jour entier, avec un égal acharnement de part et d’autre, jusqu a ce que les Musulmans commencèrent à plier, et s’enfuirent la nuit, laissant la plaine couverte de cadavres.

Jamais le royaume de Grenade n’avait essuyé un plus terrible échec : mais la perte des chrétiens fut aussi très-considérable; et, sans les transfuges musulmans qui renforçaient leur armée , en affaiblissant celle de leurs ennemis, ils auraient éprouvé le même désastre qu’à la journée d’ Al-Arcos. La nouvelle de cette déroule ré pandit le deuil dans Grenade.

Un tremblement de terre ajouta encore à la consternation des habitants; mais la présence de Mohammed VII , que ce revers n’avait pu abattre, ne leur laissa d’autre parti que la résistance.

Le roi de Castille ne tira aucun avantage d’une victoire qui lui avait coûté si cher.

Après avoir fait le dégât dans le pays, il décampa et retourna à Cordoue  ; mais pour consoler Yousouf, et détruire les soupçons que son départ avait inspirés aux partisans de ce prince, il le fit proclamer roi de Grenade, en présence de sa cour et de l’armée, et chargea ses généraux de l’aider à prendre possession du trône.

Détail d'un cavalier Nasride et d'un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d'Higuruela en 1431
Détail d’un cavalier Nasride et d’un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d’Higuruela en 1431

 

Cette déclaration entraîna dans le parti de Yousouf plusieurs villes et bourgs du royaume de Grenade, Montefrio, lllora, Cambil, Alhabar, Ortejicar, Taxaxar, Hisn-Alloz, Ronda, Loja, etc.

Ce prince ayant reconnu le roi de Castille pour son suzerain, s obligea de lui payer un tribut annuel , de lui fournir quinze cents cavaliers en temps de guerre, et de venir lui rendre hommage à sa cour dans les occasions solennelles, soit en personne, soit en envoyant un prince de sa famille.

Il marcha ensuite sur Grenade avec une puissante armée. Mohammed al-Aïsar lui opposa son vézir Yousouf ben- Seradj qui fut tué dans une bataille qu’il perdit , en combat tant comme un lion.

Les vaincus revinrent à Grenade où ils jetèrent l’épouvante , en exagérant les forces et les cruautés de l’ennemi.

Cette victoire acheva de soumet tre à Yousouf le reste du royaume.

A son approche, une insurrection éclata dans la capitale.

Les grands ayant représenté alors à Mohammed que toute résistance était impossible, l’invitèrent à pourvoir à sa sûreté, et à ne pas exposer la ville aux horreurs d’une prise d’assaut.

Le roi enleva donc tous les trésors du palais , emmena son harem avec les deux fils de Mohammed VIII, et, suivi de ses- plus intimes amis , il prit la route de Malaga , où il avait de nombreux partisans.

Cette révolution arriva l’an 835 (vers la fin de 1431 , ou au commencement de 1432).

Le second règne de Mohammed VII n’avait duré que trois ans.

Les Palais Nasride de l'Alhambra, Grenade, Espagne (de l'art. XIV) . Volumétrique.
Les Palais Nasride de l’Alhambra, Grenade, Espagne (de l’art. XIV) . Volumétrique.

16 YOUSOUF IV.

An de Thég. 835 (de J.-C. 1431-32). Yousouf ben Al- Ahmar entra dans Grenade avec six cents cavaliers de sa garde seulement , afin de rassurer les habitants sur les vio lences qu’ils craignaient Arrivé à l’Alhamra , il y convoqua- les cheikhs, les walis, les alcaïds et les cadhis du royaume, fut proclamé roi solennellement, et parcourut la ville avec une pompe éclatante.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille, pour lui faire part de ses heureux succès, lui renouveler les témoignages de sa reconnaissance et de sa soumission, lui offrir un tribut deux fois plus considérable que celui qu’avaient payé ses prédécesseurs à la couronne de Castille, et lui annoncer que ses troupes allaient se réunir à celles du général don Gomez Rivera  pour attaquer Malaga.

Une lettre du roi  Hafside de Tunis, parvenue au monarque chrétien par l’entremise d’un négociant’ génois, lui inspira des sentiments plus généreux envers Mohammed Al-Aïsar, et l’expédition n’eut pas lieu.

Yousouf IV n’avait régné que six mois à Grenade, lorsqu’à son âge avancé se joignit une maladie qui l’enleva , le 4 juin 1431  suivant Chénier .

Intérieur du palais nasride de l'Alhambra
Intérieur du palais nasride de l’Alhambra

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar , pour la troisième fois.

An de l’hég. 836 (de J.*C. 1432). La mort de Yousouf mit fin aux factions qui divisaient Grenade.

Toute la population se réunit pour rappeler au trône Mohammed VII.

Ayant appris à Malaga ces heureuses nouvelles, il se rendit à Grenade , après avoir pris des mesures pour s’assurer de la sincérité et de la fidélité des habitants, et y fut proclamé roi pour la troisième fois.

Il choisit pour vézir Abd-clbar, homme distingué par sa naissance et son mérite.

Il envoya des ambassadeurs aux cours de Tunis (dynastie berbère Hafside) et de Castille, lâcha d’apaiser le roi Jean, et conclut en effet avec lui une trêve d’un an, qu’il renouvela pour une autre année .

A peine fut-elle expirée, que les chrétiens entrèrent dans le royaume, de Grenade , et prirent la forteresse de Beni- Maurel après un siège opiniâtre.

Le vézir ayant ‘marché contre une de leurs divisions qui s’avançait du côté de la frontière de Murcie, la tailla en pièces, et le général castillan s’y fit tuer pour ne pas survivre à sa défaite (3,).

Les chrétiens ayant emporté d’assaut line ira, où le carnage fut hor rible, la garnison se réfugia dans la citadelle, et y soutint un nouveau siège ; mais malgré les secours que le gouverneur de Baça y avait introduits, en forçant les lignes des assiégeants, le manque de vivres et de munitions obligea les Musulmans de rendre la place, d’où ils sortirent librement.

L’an 840 ( 1436) , le vézir Abd-elbar (Abd al-Bar) vainquit les chrétiens dans un défilé, et en fit un grand carnage près d’Ardjidouna qu ils avaient tenté de surprendre, ils furent presque tous tués ou faits prisonniers.

Le grand- maître d’Alrautara perdit son étendard et ne dut son salut qu’à la vitesse de ton cheval.

Le général musulman força ensuite les croisés Castillans de lever le siège de Huelma et de se retirer à Jaen , sans oser lui livrer bataille.

Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, c. 1400
Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, fabriquer en 1400.

L’an 841 (1437), Abd-elbar remporta sur les Castillans, dans les plaines de Guadix et de Grenade , plusieurs avantages importants.

L’année suivante, les places de Welad- Blanco, Welad-Rubio et deux autres, près des frontières de Murcie , afin de se délivrer des continuelles incursions des chrétiens, se mirent sous la protection du roi de Castille , qui accepta leur offre et leur tribut volontaire, à condition qu’elles recevraient garnison chrétienne.

Ce fut dans le même dessein que les villes de Guadix et de liaça deman dèrent à se mettre sous la sauve-garde du roi de Castille: mais, comme elles voulaient rester libres et neutres, la négociation fut sans résultat et leur territoire continua d’être ravagé.

Les habitants de Galera et de quelques autres places- fortes traitèrent avec les chrétiens aux mêmes conditions.

Le comte de Niebla, à la tête d’un corps de Castillans, attaqua Gibraltar; mais la garnison, qu’il croyait surprendre, fit une sortie si heureuse qu’elle mit les chrétiens en déroute , et que la plupart de ceux oui échappèrent au fer musulman, périrent avec leur général dans la rivière Palmones, grossie par la marée.

L’an 842 (1438) , la ville d’Huelma fut forcée de se rendre aux chrétiens , et ses habitants obtinrent la permission d’en sortir .

Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450
Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450

Dans le même temps, le brave Ben-Seradj ayant rencontré un autre corps de Castillans, commandés par le gouverneur de Cazorla , don Fulan Pérea, on combattit de part et d’autre avec une extrême fureur; les deux généraux expirèrent sur le champ de bataille ; mais la victoire se déclara pour les musulmans.

La perte de Ben-Seradj laissa de vifs et justes regrets à Grenade; , surtout parmi la jeune noblesse et le beau sexe.

Il était le héros de son pays, et joignait à une bravoure chevaleresque la force et les grâces du corps (a). La dernière défaite des chrétiens et les troubles qui éclatèrent de nouveau en Castille, suspendirent les hostilités; mais les factions recommencèrent aussi à Grenade, et l’empêchèrent de jouir des douceurs de la paix.

Mohammed VII ignorait l’art de gagner l’amour de ses sujets. Plusieurs des principaux d entre eux quittèrent sa cour, se rendirent à Séville et se mirent au service du roi de Caslille.

Le chef de ces mécontents, Mohammed ben-Ismaë’l, neveu du roi, s’é tait trouvé offensé que la main d’une femme qu’il aimait, lui eût été refusée par le monarque, qui l’avait accordée à l’un de ses courtisans.

Un autre neveu du roi, Mohammed ben-Othman , gouverneur d’Alméria, informé de la situation politique de la capitale , s’y rendit secrètement , l’an 848 (1444) avec plusieurs de ses partisans , répandit beaucoup d’argent pour gagner la populace, réveilla l’ambition et le mécontentement des grands, échauffa tous les esprits, et réussit enfin à exciter une sédition, à la faveur de laquelle il s’empara de l’Alhamra, de toutes les forteresses de Grenade et de la personne de son oncle, qui fut ainsi détrôné pour la troisième fois, l’an 849) (1445).

Le dernier règne de Mohammed al-Aïiar avait duré près de quinze ans.

Ce faible prince termina ses jour» dans une obscure prison.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra

17e MOHAMMED IX AL-AHNAF.

An de Hégire .849 C^c «L C. 1445)- Mohammed ben-Othmansurnommé Al- Ahnaf ( le pied-bot ou le boiteux ), fut proclamé roi, après la déposition de son oncle, mais non pas avec l’approbation générale. 11 vit bien tôt se former contre lui un puissant parti , à la tête duquel était l’ex-vézir Abd- elbar.

Ce ministre, retiré à Montefrio avec tous ses parents et ses amis, voyant qu’il était difficile de rétablir sur le trône le roi déposé , et qu’élever la voix pour lui ce serait hâter sa mort , écrivit à Ben-Ismaël, qui était en Castille, pour lui offrir le royaume de Grenade, et lui suggérer les moyens d’en venir prendre possession, sans crainte d’être retenu par le roi de Castille.

Mais Ben-lsmaël ne voulut point partir sans la permission du monarque qui l’avait accueilli a sa cour, et il lui découvrit franchement ses vues et son plan.

Le roi Jean y adhéra, lui offrit sa protection, et chargea les commandants de ses frontières de lui fournir des secours. Ben-lsmaël, suivi des musulmans qui s’étaient attachés à son sort, et d’un corps de troupes castillanes, arriva à Montefrio.

Il y fut reçu par Abd-elbar et ses partisans, qui le proclamèrent roi de Grenade ; mais les troubles qui continuaient de déchirer la Castille, ayant rendu inutile son alliance avec le roi Jean, lui ôtèrent les moyens de disputer le trône à son rival , et le réduisirent à tâcher de se main tenir dans Montefrio et dans quelques places voisines (i).

Cependant Mohammsd-at-Ahnaf , voulant se venger de la protection que les Castillans avaient accordée à son cousin , attaqua leurs frontières, prit d’assaut Beni-Maurel et Ben-Salema, dont il fit passer les garnisons au fil de l’épée, et revint à Grenade , avec beaucoup de butin , de troupeaux et de captifs, sans avoir rencontré d’ennemis qui eussent osé arrêter sa marche.

Épée Arabe du sultan Nasride  ABu Abd'Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade
Épée Arabe du sultan Nasride ABu Abd’Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade

L’an 851 ( 1447 ) ‘ Mohammed partagea ses troupes en divers corps, dirigea les uns contre les frontières de Castille, les autres contre son cousin Ben-lsmaël ; et tandis que ses généraux lui soumettaient Welad-Blanco , Welad- Bubio, etc., il prit en personne Huescar, Welad-Abiad , Welad-al-Ahmar, et mit à feu et à sang les frontières de l’Andalousie.

Il envoya des ambassadeurs et des présents aux rois de Navarre et d’Aragon qu’il savait dire ennemis du roi de Castille, et conclut avec eux une alliance offensive et défensive contre ce dernier prince.

En conséquence, il porta le théâtre de la guerre dans la province de Murcie, en 852 (1448), la ravagea et vainquit, près de Chinchilla, les Castillans commandés par don Tel lez- Giron.

L’an 853 (1449), il rentra dans l’Andalousie, menaça Cordoue et saccagea les territoires d’Utrera , de Baena et de Jaen.

L’an 854 (i45o), il chargea Mohammed, fils d’ Abd-el bar, d’une expédition dans la province de Murcie.

Ce jeune homme n’avait pas suivi le parti de son père. Betenu par l amour, il était resté à Grenade, dans l’espoir d’obtenir la main de son amante, pour prix de ses services.

Le roi estimait sa valeur et lui confiait les commissions les plus importantes et les plus périlleuses.

Ben-Abd-elbar réussit dans celle de Murcie; mais comme il revenait, chargé de dépouilles, il se laissa entraîner, par quelques jeunes téméraires , à tenter une incursion dans le district de Lorca.

Les habitants de cette ville l’ayant attaqué avec des forces supérieures , il ne refusa point le combat et fit des prodiges de bravoure; mais il perdit tout son butin, ses captifs, ses plus braves capitaines, et revint à Grenade avec les débris de ses troupes. Irrité de sa disgrâce, le roi le fit exécuter, en lui disant : « Tu mérites de périr comme un lâche , » puisque tu n’as pas su mourir en héros. »

Les courses des musulmans, dans l’année 856 (1452), eurent moins de succès que celles des campagnes précédentes.

Ils ravagèrent le royaume de Jaen, prirent et brûlè rent la ville de Carillo, après l’avoir pillée; mais un de leurs détachements s’étant porté, par Bonda et Setenil , sur le territoire d’Arcos, fut attaqué et mis en fuite.

Ils continuèrent leurs incursions, l’an 857 (1453), avec d’autant plus de férocité, que le bruit de la prise de Constantinople par les Ottomans , avait réveillé l’ardeur des Musulmans d’Espagne.

Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos
Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos

Ils envahirent le royaume de Jaen , y commirent toute sorte d’excès , et détruisirent les murs de Ximena et de plusieurs autres places .

Enorgueilli par ses triomphes sur les chrétiens, Mohammed IX se crut bien affermi sur le trône et abusa de l’auto rité suprême.

Il devint si sanguinaire, que tout le monde tremblait en sa présence.

Il condamnait à mort sans motifs, ou pour les torts les plus légers, les personnages les plus illustres.

Il dépouillait de leurs gouvernements et de leurs- emplois les vieux et loyaux sujets, pour les donner aux compagnons de ses téméraires entreprises, aux agents de sa ty rannie. 11 mariait ses jeunes courtisans au gré de ses caprices, et forçait les pères de leur donner leurs filles.

Des vexation» aussi criantes excitèrent de justes plaintes, et rendirent le roi de Grenade odieux à tous les musulmans.

Mohammed ben-lsmaël , son cousin ,avait conservé Montefrio et quelques autres châteaux, dans l’espoir que le roi de Castille, débarrassé de ses guerres intestines, l’aide rait puissamment contre son rival.

Il ne cessait d’encourager ses partisans par ses promesses, et d’entretenir des relations secrètes avec les ennemis de Mohammed al-Ahnaf , afin de fomenter le mécontentement général qu’avait provoqué la cruauté de ce tyran.

Enfin le croisé  roi Jean II ayant fait la paix avec les rois de Navarre et d’Aragon , et voulant se venger de Mohammed IX, envoya une armée à son cousin pour lui faire la guerre.

Les deux rivaux se rencontrèrent et combattirent avec une égale valeur; mais le secours des chrétiens fit triompher Ben-lsmaël.

Le roi de Grenade vaincu s’enfuit dans sa capitale avec les débris de son armée.

Un appel qu’il fit à ses sujets ne lui procura que de faibles ressources.

Voyant que son étoile avait pâli, il voulut au moins en traîner dans sa chute ceux lui travaillaient sourdement à le précipiter du trône.

Il appela les principaux dans l’Alhamra et les fit mettre à mort. Il se préparait à se défendre dans cette forteresse; mais, informé que toute la ville révoltée avait proclamé roi son cousin, même avant l’arrivée de ce prince , il ne s’y crut plus en sûreté.

Comme il ne redoutait pas moins les suites d’un siège que les effets de quelque trahison , il sortit de l’Alhamra, suivi d’un petit nombre de cavaliers qui lui étaient dévoués, et alla se cacher dans les montagnes, en l’année 858 ( 1454), après un règne d’en viron neuf ans.

Il y périt sans doute misérablement, car les historiens ne font plus mention de lui.

Poignet d'épée Nasride du 14eme siècle
Poignet d’épée Nasride du 14eme siècle

18«. MOHAMMED X, ou ISMAEL III 

An de l’hég. 858 ( i454 )• Mohammed ben-Ismaël fut reçu dans Grenade par les personnages les plus distingués, et y fut proclamé roi solennellement, ainsi que dans les principales villes du royaume.

Il écrivit à Jean , roi de Castille, pour lui témoigner sa reconnaissance , se déclara son vassal et lui envoya de riches présents.

Mais ce monarque étant morl peu de temps après, Mohammed ne renouvela pas la trêve et l’amitié avec Henri IV, son fils, de peur de mécon tenter les Grenadins qui voyaient de mauvais œil ses liai sons avec les chrétiens.

Il permit à ses capitaines de faire des incursions dans les états du nouveau roi de Castille, et le butin qu’ils en rapportèrent fut d’autant plus considérable , que les Castillans étaient sans défiance.

Surpris et irrité de cette agression imprévue et injuste, Henri rassembla une armée de quatorze mille cavaliers et d’un grand nombre de fantassins , marcha contre Grenade, l’an 1455 , et mit à feu et à sang tout le pays qu’il parcourut jusqu’à son arrivée devant celle capitale.

Mohammed, n’osant pas risquer une bataille, se tint sur la défensive, et permit seulement aux plus braves de ses officiers de sortir de la ville, et d’aller défier les chrétiens en combats singuliers dont l’avantage fut toujours pour les musulmans.

Le roi de Castille , voyant que ces actions particulières avaient coûté la vie à plusieurs de ses plus vaillants capitaines, défendit à ses troupes de répondre aux provocations de l’ennemi, et décampa même avec son butin.

Il revint, en 860 (1456), et comme les éclaireurs de Grenade voulurent s’opposer aux pillages commis par son avant garde, il y eut une escarmouche qui devint presque une bataille générale, dans laquelle périt Garcilaso de la Vega, son ami.

Il s’en vengea par les plus cruels ravages, et par la prise de Ximcna dont il égorgea tous les habitants.

Le roi de Grenade , pour mettre un terme aux maux que les chrétiens fesaient à ses états, demanda une trêve, quoique avec beaucoup de répugnance : elle fut conclue pour un temps limité et à certaines conditions , dont la plus singulière était que la frontière du royaume de Grenade, du côté de Jaen , ne fut pas comprise dans le traité, et que les hostilités continuèrent sur ce point.

Mais les Maures étant entrés dans la province de Jaen, et ayant vaincu le comte de Castaneda qu’ils amenèrent prisonnier à Grenade, la trêve fut déclarée générale, et observée assez fidèlement de part et d’autre pendant trois ans. Mohammed profita de cet instant de repos pour tâcher de réparer les malheurs de la guerre : il fit planter un grand nombre d’arbres, et relever les édifices publics et les maisons en ruines.

II se plaisait à donner des joutes et des tournois, y figurait avec avantage et montrait son adresse à manier un cheval.

Ce prince avait deux fils, Muley-Abou’l Haçan Aly et Se’id- Abdallah.

L’aîné, parvenu à l’âge viril, était bon cavalier, violent et plein de courage. Brûlant de signaler sa valeur contre les chrétiens, il prit un détachement de ca valerie, et au mépris de la trêve, il entra dans l’Andalousie, l’an 864 ( 146o ) , dévasta le district d’Estepa, enleva les troupeaux, massacra ou chargea de fers les habitants des campagnes; mais, attaqué par les troupes d’Ossuna, après un combat meurtrier, il fut forcé de fuir et d’abandonner son butin.

Le déclin de  la Grenade Nasride 15e siècle  1 2 3
Le déclin de la Grenade Nasride 15e siècle
1) Officier Nasride 15e siècle
2) Fantassin arbalétrier Nasride 15e siècle 
3) Cavalier en armure Nasride 

Dans l’automne de l’année 865 (1461),il fil une nouvelle incursion qui lui fut plus profitable et moins périlleuse.

Mais la guerre qu’il avait rallumée devint fatale aux musulmans.

L’année suivante, le duc de Medina-Sidonia leur enleva Gibraltar qui se rendit après un siège de peu de durée, tandis que don Pedro Giron , grand-maître Je Ca- latrava, attaquait Ardjidouna qui fut réduite à capituler (1).

Ces pertes irréparables obligèrent le roi de Grenade à implorer la générosité du roi de Castille.

Le monarque chré tien vint de Gibraltar dans les plaines de Grenade, où Mohammed le reçut avec magnificence , l’an 868 ( 1464) : ils mangèrent ensemble sous une superbe tente , signèrent la paix et se firent des présents réciproques.

Henri partit, escorté jusqu’à la frontière, par les principaux seigneurs de Grenade, dont plusieurs l’accompagnèrent même dans sa capitale, suivant une des clauses du traité, qui por tait que les sujets des deux monarques, voyageraient libre ment dans les états respectifs de l’un et de l’autre, et y trouveraient protection et sûreté.

Mohammed vécut en paix jusqu’à la fin de son règne , qui fut d’environ douze ans (2).

Il gouverna avec beaucoup de sagesse et de justice , et mé rita l’amour de ses sujets.

Il  mourut, au printemps de l’année 870 ( 1466) , dans son palais à Alméria.

N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman0, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs Grenadin .
N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs (shuyukh au plr) Grenadin .

19′. Abou’l Haçan ALY.

An de l’hég. 870 (de J.-C. 1466). Muley Abou’l Haçan Aly succéda à son père.

Ce prince brave et magnanime aimait la guerre, ses périls et ses horreurs.

Son ambition et son humeur belliqueuse causèrent la perte de son royaume et la ruine de l’islamisme en Espagne.

Les premières années de son règne furent paisibles ; mais lorsqu’il se disposait à attaquer les chrétiens, et qu’il ne cherchait qu’une occasion de rompre avec eux, il fut retenu par la révolte de l’alcaïde de Malaga, homme puissant et courageux, qui jouissait d’une grande considération dans le royaume.

Le roi de Grenade envoya aussitôt un prince de sa famille pour réduire et remplacer le rebelle ; mais celui-ci , sans perdre de temps, ré clama le secours du roi de Castille, Henri IV.

Le monarque croisé étant venu à Ardjidouna, l’an 874 ( 1469), l’alcaïde se rendit auprès de lui , se mit sous sa protection , lui offrit de riches présents en chevaux , armes, joyaux , et lui promit de se joindre à lui contre le roi de Grenade.

Aly, informé et irrité de ces liaisons, porta le fer et la flamme dans les royaumes de Cordoue et de Séville, et répandit l’épouvante dans l’Andalousie.

Il y fit une seconde incursion , l’an 876 (147 1) , y exerça les mêmes ravages , mais sans prendre aucune place-forte. Cette année, don Diègue de Cordoue, n’ayant pu obtenir du roi de Castille l’autorisation de se balire en champ- clos contre don Alonzo de Aguilar, son ennemi personnel, se retira chez le roi de Grenade qui lui permit de vider sa que relle.

Comme don Alonzo, retenu par les ordres de son sou- vciain, ne put se trouver au rendez- vous, Aly le déclara vaincu, suivant les lois de la chevalerie. Un parent du roi, ami de don Alonzo, soutint que ce dernier était un brave chevalier, incapable de manquer, par sa faute , à un rendez-vous d’honneur , s’opposa a ce que son ami fut con damné comme un lâche, et offrit de se battre pour lui.

Il  insista, malgré le refus du roi de Grenade, qui, offensé de son obstination, voulait le faire périr, mais qui lui ac corda sa grâce, par l’intercession de don Diègue (1).

Tandis que les musulmans envahissaient sur plusieurs points le territoire chrétien, le gouverneur d’Andalousie , don Ruy Ponce de Léon, parvint à surprendre la ville de Montejicar, que les troupes de Grenade reprirent d’assaut bientôt après.

Les trois années. suivantes, le roi fut occupé à faire la guerre à son frère Abdallah , wali de Malaga.

Elle eut lieu avec des avantages réciproques ; mais elle affaiblit le royaume de Grenade, et suspendit les hostilités contre les chrétiens qui, de leur côté, n’en commirent aucune, attendant le résultat de la lutte qui s’état engagée entre les deux frères . le roi don Henri étant mort l’an 879 (1474).

Ali par le conseil de Doc Diègue de Cordoue, pour lequel il avait, conclut avec les nouveaux rois de Castille, Ferdinand et Isabelle, une trêve qui fut bien observée des deux côtés.

Il s’accommoda aussi avec son frère, et employa cet intervalle de paix à faire achever son palais qu’il orna de tours: des kiosks élégants embellirent ses jardins. Cependant la discorde régnait dans le harem.

Au nombre de ses femmes , il y en avait deux que le roi préférait aux autres.

La première était sa cousine et l’avait rendu père d’Abou-Abdallah Mohammed.

L’autre, fille de l’al- caïde de Martos , était chretienne d’origine, et lui avait donné deux fils, Seïd Yahia et Seïd Al-Nayar.  La sulthane Zoraya, jalouse de la préférence que le roi accordait à sa rivale, avait juré sa perte et celle de ses enfants.

Ces querelles domestiques franchirent l’enceinte du palais, et firent le sujet des entretiens de la capitale.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture mural du 14e siècle  dans une maison de l'Alhambra  Casas del Partal
Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal 

L’an 883 (1478), Abou’l Haçan Aly envoya des ambassadeurs à Séville, pour demander la prolongation de la trêve, avant qu’elle fût expirée.

Ferdinand et Isabelle y consentirent , sous la condition que le roi de Grenade paierait , comme ses ancêtres , un tribut annuel à la couronne de Castille.

Les ambassadeurs musulmans n’étant pas autorisés à insérer dans le traité une pareille clause, les rois de Castille les firent accompagner par des plénipotentiaires chrétiens, chargés de signer la trêve avec cette stipulation.

Aussitôt que ces derniers eurent communiqué leurs instructions au roi de Grenade : « Retournez auprès de vos souverains » , leur dit-il ; « rapportez-leur que les rois de ma race qui s’étaient rendus tributaires , sont morts, et que nous ne fabriquons plus ici que des èpées et des fers de lance contre nos ennemis. »

Les ayant ainsi congédiés, il se prépara à la guerre sans s’inquiéter si les chrétiens consentiraient à une trêve pure et simple.

Informé que les frontières de Castille étaient gardées négligemment, Aly prit l’élite de sa cavalerie, l’an 886 (1481), non pas au commencement de l’année, comme le dit Conde, mais à la fin du mois de décembre, suivant Chénier, et marcha en hâte sur Zahara.

Il arriva devant cette place, au milieu d’une nuit obscure que le vent et la pluie rendaient encore plus affreuse : malgré les timides conseils de ses vézirs , malgré les éléments conjurés contre lui , il l’attaqua avec fureur, et la prit par escalade ( le 27 décembre).

Quoique les habitants, surpriset effrayés, n’eus sent tenté qu’une faible résistance, il en fit passer un grand nombre au fil de l’épée et réduisit le reste en esclavage. Après avoir fortifié Zahara , et y avoir laissé une bonne garnison, il retourna à Grenade.

Tous les corps de l’état vin rent le féliciter sur celte conquête ; un seul homme, le cheikh Macer, ancien fakih, eut la hardiesse de lui prédire la ruine prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Mais le roi de Grenade, méprisant les avertissements du ciel, comme les présages superstitieux de ses oulémas, partit au commencement de l’année 887 (1482), pour une nouvelle expédition.

Il échoua cependant contre Castellar et Olbera, et ne fut dédommagé de ce mauvais succès que par le butin.

Dans le même temps, les troupes d’Andalousie, com mandées par Ruy Ponce, marquis de Cadix, surprirent la villé d’Alhama qui était le boulevard de Grenade , et profitant de la stupéfaction que leur arrivée imprévue avait pro duite sur les habitants , elles en firent un carnage épouvanta ble (2).

Cette nouvelle remplit d’effroi la capitale : le peuple murmura contre son roi , et l’accusa d’avoir provoqué une guerre si désastreuse.

Aly partit à la tête de plus de cinquante mille hommes pour reprendre Alfaama ; mais n’ayant pu y réussir, parce qu’il avait laissé son artillerie qui aurait arrêté sa marche, il partagea son armée en plusieurs corps, afin d’intercepter les secours destinés pour la place.

Après quelques combats sans succès décisifs, les forces supérieures des chrétiens l’obligèrent de retourner à Grenade.

Il revint bientôt devant Alhama , et tandis que divers corps de ses eclaireurs faisaient le dégât dans l’Andalousie, il pressait le siège de cette ville: mais des nouvelles fâcheuses le rappelèrent subitement à Grenade , où une conspiration s’était formée contre lui.

Il s’assura secrètement de la personne de son fils Abou-Abdallah Mohammed qui en était le chef, et le fit renfermer dans la tour de Comares avec sa mère Zoraya , l’âme de ce parti.

Les Castillans se présentèrent devant Loja , une des plus fortes et des principales places du royaume de Grenade.

Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar
Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar

Un vieux et brave capitaine, l’alcaïde Ali-Attar, la défendit avec tant de talent et de bonheur, qu’après avoir fait quelques sorties meurtrières contre les chrétiens , il pénétra l’épée à la main dans leur camp, les mit en pleine dé route, le 13 juillet 1482, et tua plusieurs de leurs chefs, entre autres don Ruy Tellez Giron , grand-maître de Calatrava.

Le roi de Grenade se disposait à faire une troisième tentative pour reprendre Alhama, et attendait les secours qu’il avait demandés au roi de Marrakesh, lorqu’une révolte terrible ajouta aux malheurs de ses sujets, en les divisant pour jamais, -et fut, ainsi une des causes immédiates de la chute prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Les revers d’Aly avaient indisposé contre lui une partie de là nation.

La dureté de son gouvernement avait aliéné la plupart des nobles.

Son fils Abou-Abdallah au contraire s’était fait beaucoup d’amis par ses manières affables.

La sulthane Zoraya , crai gnant pour les jours de ce jeune prince, eut recours à ses femmes qui le délivrèrent de la tour où il était détenu, en le descendant avec des cordes.

Il fut reçu par ses. principaux partisans qui le proclamèrent roi, et firent armer pour sa défense un grand nombre d’habitants de Grenade.

Cette révolution dut arriver à la fin de l’année 887 (1482).

El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana)la ou été emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.
El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana), là ou fut emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.

Abou’l Haçan ALY et le 20e « Abou-Abdallah. MOHAMMED XI dit Boabdil.

An de l’hég. 887 ( de J.-C. 1482). Au bruit de cette sé dition , le vézir et les troupes du gouverneur accoururent et livrèrent un combat sanglant aux rebelles, sans pouvoir les empêcher de s’emparer de l’Albaycin et de s’y fortifier.

Ceux-ci ayant reçu des renforts, recommencèrent le combat le lendemain ; et la populace, avide de nouveautés, s’étant jointe à eux, les partisans d’Aly furent battus et chassés de tous les postes qu’ils occupaient en son nom.

Mais les secours que ce prince reçut de son parent Selim , wali d’Almérie, l’aidèrent à se rendre maître de l’Alhamra, à l’exception d’une seule tour.

On donna au roi Aly le sur nom de Cheikh, soit par honneur, soit par mépris, et on distingua son fils Mohammed XI , par le surnom de Saghir, (le petit). Malgré l’avantage qu’avait obtenu le vieux roi, il succomba toujours dans sa lutte contre ses nombreux adver saires.

Quelques hommes sages et amis de la paix firent de vains efforts pour désarmer le peuple et ramener à la concorde les deux partis, occupés chaque jour à s’entre-détruire.

Enfin les deux rois, renfermés l’un dans l’Alhamra, l’autre dans l’Albaycin, suspendirent les horreurs de la guerre civile , non pour négocier un raccommodement proposé par les oulémas, mais parce qu’ils étaient fatigués de carnage.

Aly profita de ce court intervalle de paix pour voler au se cours de Loja que les chrétiens assiégeaient.

Il les attaqua et les vainquit ; et l’alcaïde Aly-Attar , étant sorti en même temps de la place, tomba sur les derrières de l’ennemi et compléta sa déroute.

Le vieux roi se présenta encore devant Alhama ; mais la voyant dans un état respectable de défense, il partit avec son camp volant, et alla prendre la ville de Ca- nete qu’il brûla et rasa, après en avoir égorgé et fait prisonniers tous les habitants.

Pendant son absence, l’Alhamra était tombé au pouvoir de son fils qui , maître absolu de la capitale , croyait l’être de tout le royaume.

Abou’l Haçan Aly , ne pouvant donc plus retourner à Grenade , se retira à Malaga ,par le conseil de son frère Abdallah qui en était encore gouverneur. Les villes de Guadix et de Baça lui de meurèrent également fidèles.

L’an 888 ( 1483 ) , trois armées castillanes , commandées par le grand-maître de Saint- Jacques, le marquis de Cadix, et le comte de Cifuentes, entrent dans la province de Malaga, brûlent les moissons, et arrachent les arbres et les vignes, jusqu’aux portes de la ville.

Épée arabe nasride du sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil ou du Shaykh Ali Al-Attar
Épée arabe nasride du Shaykh Ali Al-Attar ou du sultan Abu Abd Allah dit Boabdil

Abou’l Haçan Aly voulait marcher contre eux ; mats son frère et le prince Redwan Benegas  l’en ayant dissuadé , partagent leurs troupes en deux corps et sortent de la place.

Abdallah atteint le grand-maître qui voulant sauver son butin et ses captifs , cherche à éviter le combat ; il l’attaque vigoureusement ,le met en déroute, et le force de gagner les montagnes où Redwan taille en pièces les fuyards.

Tandis qu’Abdallah triomphe aisément de la seconde colonne castillane, Redwan descend dans la plaine et complète la victoire, par la défaite du comte de Cifuentes qui lui doit la vie, et demeure son prisonnier.

Cette action d’éclat anime les musulmans, mais elle produit une troisième faction.

Une grande partie de la nation se déclare pour le prince Abdallah , seul capable de réparer les malheurs de cette. guerre.

On murmure contre l’inertie de Mohammed , et on le met au-dessous de son père qui, malgré son âge, sait encore braver les dangers.

Ces propos piquent d’honneur le jeune roi ; dans l’espoir tl’acquérir de la gloire, il ose tenter la conquête de Lucena.

En sortant de Grenade , sa lance se rompt contre la voûte de la porte : ce fâcheux présage ne l’arrête pas ; il croit marcher à une victoire certaine.

Don Diègue de Cordoue , gouverneur de Lucena , avait eu letemps de se mettre en état de défense et de demander des secours aux commandants voisins. Mohammed, après avoir dévasté tout le pays qu’il a parcouru, arrive devant la place, et menace le commandant, s’il ne la livre pas, de passer sa garnison au fil de l’épée.

Don Diègue feint de vouloir capituler, et amuse jusqu’au soir son ami, Ahmed ben-Seradj , qu’il a demandé pour plénipotentiaire.

Alors arrivent successivement les renforts qu’il a sollicités.

L’infanterie musulmane , saisie d’une terreur panique, traverse la rivière et emmène les captifs et le butin.

La cavalerie tient bon ; mais elle est forcée de céder au nombre.

Le vaillant Aly- Altar, alcaïde de Loja, après avoir fait des exploits étonnants pour son grand âge, tombe mort auprès du roi.

Ce prince , se voyant seul au milieu des ennemis, veut se retirer; et comme son cheval , couvert de blessures, ne peut plus le porter, il se laisse glisser au passage de la rivière, et se cache parmi les arbustes et les roseaux : poursuivi et découvert par trois chrétiens, il demande la vie et se rend prisonnier.

On le conduit à Lucena où il est traité avec les égards dus à un roi malheureux.

Cette nouvelle plonge Grenade dans le deuil : l’élite de la cavalerie ayant péri, les familles les plus distinguées ont toutes à déplorer quelque perte.

Mais le peuple inconstant, abandonne le parti du jeune roi vaincu et prisonnier, pour se tourner du côté de son père. Abou’l Haçan Aly , ravi de ce changement inespéré de fortune , part de Malaga , revient à Grenade et rentre dans l’Alhamra, sans obstacles.

La sulthane Zoraya envoie des ambassadeurs avec dés sommes considérables au roi de Castille, pour traiter de la liberté de son fils.

Celui-ci, par le conseil de sa mère, offre au monarque chrétien d’être à per pétuité son vassal , de lui payer tous les ans douze mille doubles écus d’or, de délivrer trois cents captifs chrétiens, à son choix, de marcher à ses ordres, en paix comme en guerre , et de donner son fils en otage , pour prix de sa liberté et des secours qui doivent l’aider à recouvrer les places attachées au parti de son père, Abou’l Haçan.

Ferdinand et Isabelle tinrent conseil sur cette affaire importante; quelques voix proposèrent de retenir le roi Mohammed ; mais la majorité décida qu’il fallait soutenu- ce prince, et affaiblir ses états, en y fomentant la discorde, afin de les conquérir plus aisément.

Le roi de Grenade obtint la liberté aux conditions qu’il avait proposées.

Conduit à Cordoue, et présenté à Ferdinand, il reçut un accueil honorable et affectueux de ce prince, qui , loin de souffrir qu’il lui baisât la main comme vassal, l’embrassa et l’appela son ami.

Ensuite, Mohammed signa le traité honteux qui de vait anéantir la puissance musulmane en Espagne.

Mohammed se rendit à Grenade , avec un corps nombreux de cavaliers chrétiens .

Les amis de sa mère l’introduisirent dans la ville et le remirent en possession de l’Albaycin.

Les trésors de cette princesse , distribués à propos à la populace , et les promesses de son fils , ramenèrent à celui-ci ses partisans qu’avaient indisposés son alliance avec les chrétiens.

Le vieux roi , informé de cette révolution , et se rappelant que les astrologues lui avaient prédit qu’il serait détrôné par son fils, ordonna d’attaquer les rebelles et d’assiéger l’ Albaycin.

Ses troupes d’abord repoussèrent aisément une multitude indisciplinée ; cependant le combat devint plus opiniâtre dans les rues adjacentes au palais, et le carnage ne cessa qu’à la nuit.

Il devait recommencer le lendemain ; mais Aly ayant témoigné ses regrets sur la mort de tant de braves gens , le fakih Macer profita de ses dispositions pour lui faire approuver un moyen de conciliation.

Au moment où les deux partis allaient en venir aux mains, Macer s’avance, élève la voix et leur représente avec force les maux que leurs cruelles dissensions causent à la patrie et à la religion ; combien ils sont insensés de vendre leur sang à deux princes sans courage , sans vertus , sans honneur, sans qualités royales, et dont l’un , mauvais fils et mauvais musulman , avait avili le trône , en se rendant vassal et tributaire ; que l’état a besoin d’un souverain capable de le gouverner et de le dé fendre , et que le seul qui puisse convenir dans ces cir constances critiques , c’est le prince Abdallah , wali de Malaga, la terreur des frontières chrétiennes.

Aussitôt des cris prolongés s’élèvent de tous côtés, et proclament ce prince , souverain de Grenade.

Abdallah , informé déjà de la résolution de son frère, se rendit aux vœux exprimés par les députés, qui allèrent l’inviter, au nom îles deux partis, à prendre possession d’un trône dont son neveu s’était rendu indigne, et auquel son frère renonçait à cause de son âge.

Il partit de Malaga, avec Redwan Benegas, auquel il destinait le gouvernement de Grenade , tailla en pièces un détache ment de chrétiens qu’il rencontra sur sa route, et fut reçu en triomphe dans la capitale.

Il alla s’installer dans Al-hamra où il embrassa son frère, qui prit aussitôt le chemin d lllora , avec ses trésors, son harem et ses fils \ahia et Al-Nayar (2).

Abou’l Haçan Aly , après avoir occupé le trône environ dix-neuf ans, l’abandonna ainsi au commen cement de l’année 889 ( 1484).

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade
Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall est le vingt-troisième émir nasride de Grenade (1485 -1487)

Abou-Abdallah MOHAMMED XII (Boabdil) , et 21e. et dernier ABDALLAH Al-Zaghal .

An de l’hég. 889 (de J.-C. »484)

Le nouveau roi proposa à son neveu de partager le royaume , et de se concerter ensemble pour empêcher sa ruine , en mettant fin à la guerre civile , et en arrêtant les conquêtes des chrétiens. Mais Mohammed, qui avait refusé d abdiquer la couronne, ne voulut consentir à aucune concession qui tendrait à diminuer son autorité.

Les secours qu’il reçut encore des chrétiens , détachèrent de ses intérêts ses principaux ca pitaines, et son parti ne fut plus soutenu que par la populace.

Le prince Sélim , wali d’Alméria , et son fils Yahia , wali de Guadix, s’étaient déclarés pour Abdallah.

Tandis que les deux rois de Grenade se fesaient la guerre au sein de la capitale, Ferdinand ruinait également les états de l’un et de l’autre, et poursuivait ses conquêtes.

Il assiégea et prit par capitulation Alora, forteresse située sur les montagnes au bord de la mer , Cazara-Bonela , Setenil, et quelques autres places auxquelles il accorda des conditions avanta geuses.

Abdallah envoya solliciter des secours auprès du sultan mamlouk d’Egypte, et des divers souverains musulmans de l’Afrique ; mais tous furent sourds à ses prières , et laissèrent Grenade livrée aux fléaux de la guerre et de l’anarchie des chrétiens.

Les Castillans saccagèrent le territoire de Loja, et malgré la rigueur de l’hiver , ils auraient soumis cette ville , si elle n’eût été secourue par le roi Abdallah.

Ils enlevèrent d’assaut le château de Cohin , qu’ils rasèrent après en avoir égorgé la garnison , et ils prirent Cartama par composition.

Ils se présentèrent devant Bouda, forteresse inaccessible et entourée d’une rivière et de précipices.

Le siège fut long et meurtrier ; la place était bien approvisionnée, et défendue par les plus braves habitants et les meilleurs soldats du royaume.

Mais attaquée par cinq corps d’armée à la fois , elle fut réduite à capituler le 23 mai 1485: cette conquête fut suivie de celle de Marbella.

Les oulémas , les fakihs , les cadhis et les principaux alcaïdes, qui tous étaient dans le parti d’Abdallah Al- Zagal, craignant pour Velez-Malaga , pressèrent ce prince d’empêcher que cette place importante ne tombât au pouvoir des chrétiens.

Abdallah, avant de partir, fil encore une tentative infructueuse pour amener son neveu Mohammed à un accommodement que réclamait leur intérêt commun , et celui de l’islamisme.

N’ayant pu vaincre l’obstination de ce prince aveugle et pusillanime, il quitta Grenade avec une armée de quarante mille hommes, la moitié consistant en excellente cavalerie dont il confia l’avant-garde au brave Redwan-Benegas, son cousin.

Arrivés devant Moclin, ils délivrèrent cette place , après avoir taillé en pièces un corps de troupes castillanes qui l’assiégeaient, sous les ordres du comte de Cabra.

D’un autre côté , les chrétiens ayant pris Albahar et Cambil, deux forteresses séparées parla rivière Frio, et mal défendues par leur garnison, assiégèrent Loja.

Mohammed, jaloux de la gloire de son rival, marcha au secours de cette place, où il entra, en forçant le camp des ennemis; mais ayant échoué dans les diverses sorties qu’il fil contre eux , voyant d’ailleurs qu’ils redoublaient d’efforts pour prendre la ville, et qu’ils avaient déjà détruit le pont et fait des brèches considérables aux murailles, il craignit de retomber entre les mains de ses prétendus alliés , et capitula.

Tous les habitants sortirent de Loja avec ce qu’ils purent emporter de leurs biens.

Ferdinand reproche au roi de Grenade son infraction au traité d’alliance et de paix. Mohammed se justifie en alléguant la nécessité, et proteste qu’il n’a point varié dans ses sentiments de loyauté et de fidélité.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l'Alhambra Casas del Partal

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal

Le Castillan feint d’agréer les excuses de ce prince méprisable , afin de prolonger les troubles qui doivent entraîner la chute de Grenade.

De retour dans sa capitale, Mohammed profite de l’absence de son rival , pour s’emparer de l’Alhamra et de tous les forts de la ville dont il reste seul possesseur.

Les chrétiens continuent leurs progrès. Maîtres de Loja, ils prennent Moclin et Illora , qu’on appelait les deux yeux de Grenade, ensuite Zagra, Banos, etc.

Le vieux roi Abou’l-Haçan Aly, qui, pour s’éloigner du théâtre de la guérie, s’était retiré d’Illora à Almunecâb, mourut dans cette ville, avec le regret peut- être d’avoir été le premier artisan de tant de maux.

C’est sans aucun fondement qu’on a accusé son frère Abdallah d’avoir attenté à sa liberté et à ses jours.

Abdallah et Redwan , après leur dernière victoire, mar chèrent sur Vêlez – Malaga , dont les Castillans avaipnt déjà pris les faubourgs.

Redwan attaqua le camp des chré tiens et les mit en désordre , sans attendre l’armée royale dont le retard l’empêcha de triompher complètement.

A l’arrivée d’Abdallah , les chrétiens avaient déjà rassemblé toutes leurs forces et s’étaient rangés en bataille; ils assaillirent les Musulmans avec tant de vigueur, que l’infanterie Nasride lâcha le pied presque sans combattre.

Redwan, qui avait /ait des prodiges de valeur, voyant la bataille perdue, entra dans la place avec un bon nombre de cavaliers.

Abdallah, suivi des débris de son armée, reprit le chemin de Grenade.

Les habitants lui en avaient fermé les portes, en le maudissant, et ses partisans s’étaient soumis à son rival.

Trahi par la fortune et par ses amis , il se relira à Guadrx qui, ainsi que Baça el Alméria, lui demeura fidèle, et il y fut bien reçu par les princes Sélim et Yahia, qui en étaient walis héréditaires.

Redwan continua de faire la plus courageuse résistance dans Vêlez- Malaga; mais perdant l’espoir de s’y maintenir, faute de secours, il se rendit et obtint une capitulation honorable, par la médiation du comte de Cifuentes, qui, naguère son prisonnier, était devenu son ami.

Les musulmans évacuèrent la place, et emportèrent leurs richesses, le 37 avril 1487.

La forteresse de Bentome suivit le sort de Velez-Malaga.

L’orage allait bientôt fondre sur Malaga , cité florissante par son commerce maritime, et la seconde du royaume.

Elle était située dans nne plaine , et dominée d’un seul côté par une montagne sur laquelle étaient bâties deux forteresses, dont la plus élevée se nommait le Djebal- faro , et l’autre l’Alcaçaba.

Elle avait pour gouverneur Ben-Mousa, prince du sang des rois de Grenade, lequel avait pourvu à la défense de la place, et augmenté la gar nison en prenant à sa solde un corps d’Africains.

'Alcazaba de Malaga (de l'arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant "citadelle") est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.
Alcazaba de Malaga (de l’arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant « citadelle ») est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.

Lorsque les chrétiens se présentèrent devant Malaga, le wali entra en négociation avec eux, afin d’épargner aux habitants une partie des horreurs de la guerre.

Les Africains, croyant qu’il s’agissait de les livrer à l’ennemi à leur insu , se révoltèrent et s’emparèrent de l’Alcaçaba, dont ils égorgèrent la garnison ainsi que le commandant, frère de Ben-Mousa; ils se rendirent maîtres des portes et des remparts, pour empêcher les habitants de communiquer avec les chrétiens, et tuèrent ceux qui voulurent le tenter .

Le gouverneur étant parvenu à calmerces furieux, se défendit d’abord avec autant de courage que de succès ; mais comme la ville était très- peuplée , la disette s’y lit bientôt sentir. Les citoyens riches it accoutumés à toutes les jouissances du luxe, ne pouvant supporter les privations qu’ils éprouvaient , songèrent à traiter de la reddition de la place.

L’un d’eux étant sorti dans- ce dessein, se laissa corrompre par le roi de Castille , et l’introduisit dans Malaga, le 18 août 1487, suivant Mariana , ou en 1488, suivant Conde.

Les chrétiens la livrèrent au pillage , emballèrent tout ce qu’ils y trouvèrent de précieux , et réduisirent en esclavage tous les hommes qui ne purent se sauver par mer.

Le traître Aly en fut nommé wali, pour régler et percevoir la rançon de ses concitoyens.

Le roi Abdallah al-Zagal, retiré à Guadix et secondé par le prince Sélim , wali d’Alméria, usait de représailles en vers les chrétiens, en dévastant les frontières de Murcie.

Quant au lâche Mohammed, son compétiteur, il envoya des chevaux, des pierreries , des étoffes superbes et des par fums au roi et à la reine de Castille, avec des félicitations sut la prise de Malaga et sur leurs autres conquêtes, dans l’espoir qu’ils s’en contenteraient et le laisseraient jouir du reste de son royaume. Ferdinand et Isabelle agréèrent l’ambassade et les présents, mais ils n’en poursuivirent pas moins la ruine de l’islam en Espagne.

A la tête d’un camp- volant, le roi de Castille se rendit dans le district d’Almeria , pour mettre un terme aux courses des musulmans de cette ville ; mais il fut repoussé par le prince Sélim et son fils Yahia.

Le roi Abdallah fit aussi une heureuse expédition sur le territoire d’Alcala-Yahseb. et rapporta beaucoup de butin à Guadix.

Toutes les forces des Castillans se dirigèrent alors contre Alméria.

Ils prirent par capitulation Vera, Murjacra, Welad-Alahmar et quelques autres places, que la conquête de Ronda et de Malaga avait effrayées.

Ils assiégeaient Taberna, lorsque le roi Abdallah étant accouru à la tête de mille cavaliers et d’une nombreuse infanterie, levée à la hâte, mais composée de braves montagnards, se porta dans les bois, d’où il inquiéta les chrétiens, les força de lever le siège de cette forteresse , leur tua beaucoup de monde , les repoussa sur leur frontière et recouvra les places perdues.

Il eut le même succès à Hucscar, dont la garnison ayant fait une sortie, mit en fuite les chrétiens, et en passa plusieurs an fil de l’épée, entre autres, le grand-maître de Monlésa , neveu du roi de Castille.

Tous ces événements arrivèrent dans l’armée 893 ( 1488).

Ferdinand et Isabelle , persuadés que leurs succès dépendaient principalement de la désunion des deux rois de Gre nade, offrirent à Mohammed XI de le défendre contre ses ennemis, à condition qu il emploierait tous les moyens pour mettre en leur pouvoir les villes de Guadix, de Baça et d’Almérie qui appartenaient à son oncle Abdallah et à son cousin Sélim.

Flatté de l’espoir qu’il vivrait alors en paix et dans l’opulence, sous la protection du roi de Castille, son suzerain, le lâche Mohammed signa ce nouveau traité, sans prévoir que ses perfides alliés ne feignaient <le le soutenir qu’afin de le dépouiller plus aisément.

Il y fut déterminé^par la crainte d’être forcé de céder Grenade à son oncle , qui , depuis ses dernières victoires, lui semblait plus redoutable ; mais comme il n’appréhendait pas moins d’être détrôné et massacré par ses sujets, s’ils avaient connaissance de ce hon teux traité , il ne mil dans son secret que sa mère et son vé- zir, Mousa ben-Almelik.

Au printemps de l’année 894 ( 1489 ), Abdallah al- Zagal , informé que le roi de Castillc avait rassemblé plus de soixante mille hommes du côté de Jaen, et prévoyant que cet armement était destiné contre Baça , chargea son cou sin Yahia de la défense de cette forterese.

Yahia qui venait de prendre possession du gouvernement d’Almérie, après la mort de son père Sélim, partit aussitôt, à la tête de dix mille hommes déterminés, et alla se renfermer dans Baça.

Il y fut bientôt assiégé par les chrétiens qui s’étaient déjà rendus maîtres des places voisines.

Les musulmans résistèrent avec intrépidité à toutes les attaques de l’ennemi , les repoussèrent souvent avec succès, et firent plusieurs brillantes sorties.

Mais Ferdinand s’étant acharné à la prise de Baça, fit creuser autour de son camp et devant toutes les issues de la ville, un profond retranchement défendu par des tours, de distance en distance.

Après six ou sept mois de combats continuels, Yahia écrivit au roi Abdallah que, s’il n’était pas secouru , il serait forcé de se rendre.

Abdallah n’ayant aucun moyen de prolonger la belle défense de Baça et de la sauver , autorisa son cousin à agir suivant les circons tances.

Yahia députa donc le cheikh Haçan , gouverneur de la ville, au camp des chrétiens, pour traiter de la capitulation qui fut signée le 4 décembre 1489.

Les habitants conservèrent leur liberté, la jouissance de leurs biens et l’exercice de leur religion.

Seid Yahia et ses principaux capitaines se rendirent auprès des rois de Castille qui les reçurent avec toutes les distinctions dues à la naissance et à la valeur. Gagné par leurs caresses et par leur accueil paternel, le prince musulman jura de ne jamais porter les armes contre eux , et promit d’employer tous ses efforts pour engager le rni Abdallah son cousin à livrer volontaire ment Almérie et Guadix.

La reine Isabelle , charmée de son amabilité, lui dit galamment qu’après ^voir acquis un héros tel que lui , elle regardait la guerre de Grenade comme terminée.

On prétend qu’à la persuasion de cette princesse, Yahia se fit chrétien, mais secrètement, afin de ne pas être abhorré et abandonné de son parti, jusqu’à ce que, par son adresse, il eût achevé de soumettre aux rois de Castille le royaume de Grenade.

Ferdinand et Isabelle comblèrent de présents ce prince et ses fils, leur promirent de grands do maines en Castille, et dès ce moment ils cédèrent a Yahia la taade Marchena avec ses bourgs, ses terres et ses habitants.

Yahia partit pour Guadix, représenta au roi Abdallah la décadence du royaume du Grenade, les malheurs qu’entraî

nerait une résistance désormais aussi inutile qu’impossible , l’exhorta à se fier à la justice et à la générosité des rois de Castille, à ne plus compter sur la fortune qui avait tourné le dos aux musulmans, et à se résigner à la volonté de Dieu qui décide du sort des rois et des empires.

Abdallah , l’ayant écouté attentivement , garda un moment le silence, poussa un soupir et s’écria; Oui, si Dieu n’avait pas décrété la chute du royaume de Grenade , mon bras et mon épée auraient suffi pour l’ empêcher.

Il se rendit avec Yahia au camp de Ferdinand, dans les environs d’Almérie; il y fut reçu avec de grands honneurs et traita avec lui de la reddition de Guadix et d’Almérie, les deux plus précieux joyaux de la couronne de Grenade, ainsi que de la partie maritime des Alpujarras , qui était dans son parti.

Ferdinand offrit à ce prince sa protection, son éternelle amitié, lui céda la taa d’Andaraz ou Andajar, la vallée d’Alhaurin avec tous leurs bourgs, villages et dépendances, et la moitié des salines de Malena.

Les habitants des villes livrées aux chrétiens demeurèrent libres et maîtres de leurs biens, et ne furent soumis envers le roi de Castille qu’au tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain. Le traité ne fut publié que le jour de la remise de ces villes.

Leur exemple entraîna la reddition volontaire des forteresses de Taberna, de Seron, et des grandes et inexpugnables places maritimes d’Almunecâb et de Schaloubina.

Toutes ces pertes importantes eurent lieu dans les mois de moharrem et de safar 899 ( décembre 1489 et janvier 1490)- Abdallah al-Zagal n’avait régné que sept ans, en concurrence avec son neveu.

 

Muhammad XII Abu Abd'Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue
Muhammad XII Abu Abd’Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue

Abou-Abdallah MOHAMMED XII AL-SAGHIR, seul (Boabdil).

An de l’hég. 889 (de J.-C. 149o ). Ces nouvelles produisirent la plus vive sensation dans Grenade.

Le peuple mécontent et dégoûté du roi Mohammed Al-Saghir, qu’on regardait comme l’artisan des malheurs du royaume et de l’islam , s’attroupa tumultueusement, et l’appelant traître , lâche et ennemi de la religion, demanda , à grands cris , sa déposition et sa mort.

Tandis que les chouyoukh ( cheikh au plr) et les fukaha (fakihs au plr) lésaient de vains efforts pour calmer les séditieux, en leur représentant que leurs fréquentes insurrec tions avaient été la première cause de là décadence de l’état , et que la concorde et la soumission pouvaient seules prévenir sa ruine ; les chrétiens, dont le roi de Grenade avait imploré le secours , s’approchèrent de la capitale et en ravagèrent les belles campagnes.

Leur invasion fit plus d’impression que les discours des fakihs sur l’esprit des Grenadins.

Ils rentrèrent dans le devoir et ne s occupèrent que de la défense commune.

Sommé par le roi de Castille de l’exécution du traité par lequel il s’était obligé de livrersa capitale, après la reddition d’Almérie, de Guadix et de Baça, le malheureux Mohammed reconnut trop tard son imprudence et sa faiblesse.

Il s’excusa de ne pouvoir tenir ses engagements, sur ce que les principaux citoyens de Grenade s’y opposaient, et pria Fer dinand de se contenter de ses dernières conquêtes.

Les habitants de Guadix, vexés par les Castillans qui voulaient les désarmer et les reléguer dans les faubourgs , s’étant révoltés, furent contraints de céder à la force.

Les peuples du district d’Andaraz se soulevèrent dans le même temps contre leur seigneur, l’ex-roi Abdallah al-Zagal: il se cacha et vint trouver le roi de Castille qui lui offrit son secours pour réduire ses vassaux; mais Abdallah jugea plus convenable d’abandonner sa malheureuse patrie.

En ayant obtenu la permission du monarque chrétien, il céda à sou cousin Yahia une partie de ses biens et de ses salines de Maleha, vendit au roi de Castille, moyennant cinq millions de maravédis, les ving-trois bourgs et villages qui lui appartenaient dans les districts d’Andaraz et d’Alhaurin, reçut de ce prince de grandes richesses , et s’embarqua pour l’Afrique.

Epée du général arabe de la dynastie nasride Ai al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ali al-Attar

Peu satisfait des excuses du roi de Grenade, Ferdinand lui déclara la guerre. Mohammed, persuadé que, n’ayant plus de compétiteur, tous les musulmans se joindraient à lui, envoya ses oulémas prêcher la concorde et la guerre sainte.

En effet , les montagnards des Alpujarras se déclarèrent pour lui ; plusieurs villes se révoltèrent contre les chrétiens, entre autres Adra et Castil-Ferrah.

Dans l’automne de 895 (1490), il marcha en personne pour assiéger Schaloubina , tandis qu’un autre corps de ses troupes prit Alhcndin , la rasa et en égorgea la garnison.

Les Castillans ne purent se venger cette année qu’en ravageant les panis et les millets; mais, l’année suivante , ils dévastèrent les champs ensemencés, brûlèrent les blés, et envoyèrent de puissants renforts à- Schaloubina.

Tandis que Seïd Yahia, à la tête des musulmans ses vas saux, soumettait à la domination chrétienne, plus par ruse et persuasion , que par la force des armes, toutes les places du district de Marchena et des bords de l’Almansoura , Al- Nayar avec une flotte castillane, aidait aussi à la ruine de sa patrie, en venant réduire les insurgés d’Adra : afin de les tromper , il arbora le pavillon africain , et donna des habits musulmans à tous ses équipages.

Les habitants , croyant voir arriver des secours d’Afrique, s’avancèrent sur le rivage pour les recevoir; mais, attaqués, dans ce moment, par Yahia, du côté de la terre, ils furent vaincus et forcés de se renfermer dans la ville où ils continuèrent de se défendre.

Le roi de Grenade qui marchait pour les délivrer, ayant appris leur défaite, crut la ville prise , et retourna devant Schaloubina.

Sa retraite, qu’ils attribuèrent à la crainte, leur ôtant tout espoir, ils se rendirent à l’approche du roi de Castille.

Le sultan nasride Abu'Abd'ALLAH dit Boabdil Muhammad XII  et un cavalier leger et un fantassin lourd
Le sultan nasride Abu’Abd’ALLAH dit Boabdil Muhammad XII et un cavalier leger et un fantassin lourd

Mohammed leva le siège de Schaloubina , sans risquer une bataille ; mais avant de retourner à Grenade , il ravagea le district de Marchena, vainquit les troupes des princes Yahia et Al-Nayar, et signala sa haine contre ces ennemis de leur patrie, en rasant toutes leurs forteresses et en brûlant tous leurs villages. Au printemps de l’année 896 ( 1491 ), les rois Ferdinand et Isabelle vinrent camper, avec cinquante mille hommes, dans la véga de Grenade , à deux lieues de cette ville , sur les bords de Guadaro.

Cette nouvelle consterna tous les citoyens , même les plus braves ; tant le luxe, la mollesse . et l’exemple de leur égoïste et lâche souverain , avaient énervé leur courage et refroidi leur zèle pour la patrie et la reli gion.

Mohammed tint conseil pour délibérer sur les mesures de défense.

Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd'Allah dit Boabdil
Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd’Allah dit Boabdil

Le vézir de la ville, Abou’l Cacem Abd-el-Melek, présenta le tableau des approvisionnements de la capitale, avec la liste de tous les hommes en état de porter les armes ; mais il avoua que la majeure partie de la population de Grenade, factieuse, en temps de paix, n’était nullement propre pour la guerre.

En vain , le vaillant Mousa ben Abou’l Gazan objecta qu’il ne fallait pas désespérer du salut de Grenade ; qu’outre ses troupes réglées et endurcies à la guerre , elle comptait vingt mille jeunes gens qui brûlaient de se mesurer contre les chrétiens.

L’événement prouva que le vézir connaissait mieux l’esprit public de ses compatriotes.

Le roi chargea celui-ci des levées et des approvisionnements; Mousa eut la direction de la défense et des sorties, et la garde des remparts fut confiée à Abd-el-Kerim Zegri.

Les premiers mois de cette année, on ne ferma pas les principales portes de la ville. Chaque jour, trois mille cavaliers sortaient pour escarmoucher avec les chrétiens , et pour faciliter les convois de vivres qui venaient des Alpujarras.

Le brave Mousa obtenait fréquemment des avantages contre les Castillans, qu’il allait inquiéter et provoquer sous leurs tentes. Ferdinand fit alors entourer son camp d’un mur et d’un fossé, et en forma une ville (2), manifestant ainsi sa ferme résolution de ne lever le siège de Grenade qu’après l’avoir prise. Mousa , avec la plus grande partie des forces musulmanes , vint attaquer cette nouvelle ville.

Sa cavalerie fit des merveilles; mais son infanterie ayant lâché le pied dès le premier choc , les chrétiens poursuivirent les vaincus jusqu’aux murs de Grenade , et s’emparèrent de leur artillerie, ainsi que des tours d’observation , où ils mirent garnison.

Mousa rentra dans la place, bouillant de colère, et ordonna de fermer les portes du côté de la véga, se défiant des troupes qui les gardaient.

Les courses et les ravages des assiégeants ayant intercepté l’arrivée des vivres, la disette se fit sentir dans Grenade.

La difficulté de nourrir une immense population alarma le roi.

Il convoqua son divan; malgré les efforts de Mousa , qui , seul , soutint que toutes les ressources n’étaient pas épuisées, et qu’on n’avait pas encore pris les armes du désespoir, on décida qu’il fallait traiter avec le roi de Castille.

Le vézir Abou’l-Cacem Abd el-Melek, chargé de cette négociation , alla trouver Ferdinand, et , après de longues conférences avec ses plénipotentiaires , au nombre desquels était le fameux Gonzalve de Cordoue , on signa , le 22 mo- harrem 897 (25 novembre 1491), un traité par lequel il fut convenu, que si, dans deux mois, le roi de Grenade n’était pas secouru par terre ou par mer, il livrerait les deux citadelles de la ville, les tours et les portes ; qu’il jurerait, ainsi que ses capitaines, obéissance au roi de Castille , qui serait reconnu souverain par tous les habitants ; que tous les captifs chrétiens seraient mis en liberté sans rançon ; que jusqu à la pleine exécution du traité, cinq cents otages , pris parmi les jeunes gens des premières familles, seraient remis aux chrétiens.

Le dernier conseil du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus
Le dernier conseil  remplis de tristesse du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus 

On stipula en outre que les Alpujarras seraient laissés à Mohammed, avec des revenus suffisants pour y vivre en roi ; que les musulmans conserveraient leur liberté, leurs biens, leurs armes, leurs chevaux, leurs- lois , leurs coutumes, leur langue, leurs juges naturels, leurs mosquées , le libre exercice de leur religion ; qu’ils seraient exempts d’impôts pendant trois ans , et qu’ensuite on n’exigerait d’eux que le tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain.

Lorsque le vézir rapporta cette capitulation dans le diwan , tous les membres fondirent en larmes.

Le seul Mousa prit encore la parole ; il s’efforça de ranimer leur courage et leur patriotisme, en leur dépeignant les outrages et les vexations qu’ils auraient à endurer de la part des chrétiens, et en les exhortant à préférer une mort glorieuse à un esclavage humiliant.

Jugeant à leur silence et à leur abattement que tout sentiment généreux était éteint dans leurs âmes pusillanimes , il sortit furieux de l’assemblée , alla chez lui pren dre ses armes et son cheval , abandonna la ville et ne reparut plus .

Le lâche Mohammed, incapable de cet effort de courage, se consola , en voyant qu’aucun des membres de son conseil ne montrait plus d’énergie.

La famille royal Nasride d'Abu Abd'Allah dit Boabdil quitte Grenade  1492
La famille royale Nasride d’Abu Abd’Allah dit Boabdil quitte Grenade 1492

Le vézir et les princi paux cheikhs, craignant que le peuple excité par les discours animés de Mousa et de quelques autres vaillants capitaines , ne se révoltât, dans l’intervalle qui devait s’écouler jusqu’au délai fixé par la capitulation , conseillèrent au roi de Grenade de rendre la ville avant l’expiration de ce terme, afin de prévenir de nouvelles révolutions et de plus grands mal heurs.

Mohammed envoya donc au roi de Castille de riches présents en chevaux de race, armes et pierreries , et lui fit savoir que puisque telle était la volonté de Dieu , il livre rait la ville et ses forteresses le lendemain.

Ferdinand accueillit favorablement et avec joie ce message, réitéra ses promesses de protection pour le roi de Grenade, et lui garantit la cession des districts de Purchena, Versa , Dalias, Marchena, Volodin, Luchar, Andaraz, Juviles, Ferreira , Poqueira et Orgiba, avec leurs dépendances , leurs droits el leurs revenus , et des rentes considérables pour son entre tien.

Il lui envoya aussi des lettres de sécurité pour tous les habitants.

Cette convention eut lieu le 4 rabi 897 (5 janvier 1492).

La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques
La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques

Le lendemain , dès le point du jour, le roi de Grenade fit partir sa famille et ses trésors pour les Alpujarras, et sortit de sa capitale, accompagné de ses vézirs et de cinquante île ses principaux officiers, pour aller au-devant du roi de Castille : lorsqu’il l’eut rencontré, il voulut mettre pied à terre, comme firent les gens de sa suite; mais Ferdinand s’y opposa.

Les deux princes s’étant approchés l’un de l’autre à cheval, Mohammed baisa le bras droit du monarque chrétien , et lui dit humblement : Je suis à vous , puissant roi, et, puisque Dieu le veut ainsi , je vous livre ma capitale et mon royaume , dans la confiance que vous serez élément et généreux-.

En même temps il lui fit présenter les clés par son vézir.

Ferdinand le maudit fils du maudit le  « consola », l’embrassa et l’assura que son amitié le dédommagerait des torts de la fortune.

détail du sultan Nasride Abu Abd'Allah
détail du sultan Nasride Abu Abd’Allah

Mohammed ne rentra point dans Grenade : il prit le chemin des montagnes et alla rejoindre sa famille.

Le vézir livra aux capitaines castillans l’Alhamra , l’Alcaçaba et l’Albaycin ; mais les habitants désolés se renfermèrent dans leurs maisons, et les rues demeurèrent désertes.

Lorsque les croix et les bannières chrétiennes eurent été placées sur les tours de Grenade, le comte de ‘Fendilla , qui en fut le premier gouverneur chrétien , en prit possession , avec une partie de l’armée.

Les principaux seigneurs maures vinrent le saluer, et se promenèrent dans la ville avec les capitaines castillans , comme sujets du même souverain.

Ferdinand et Isabelle entrèrent dans Grenade, le même jour, de  janvier , nommèrent pour chef des musulmans , Serd Yahia, et donnèrent à Al-Nayar le commandement de la côte.

Tel fut le prix de la trahison de ces princes et des services qu’ils avaient rendus pour la ruine de leur patrie .

Abu Abd Allah dit Boabdil en quittant Grenade 1492
Abu Abd Allah dit Boabdil , sortant de Grenade 1492

Abou- Abdallah Mohammed arrivé à Padul , jeta , pour la dernière fois ses regards sur Grenade, et s’écria en pleurant : Allah u akhbar (Dieu est grand ).

La sulthane sa mère, qui avait tout sacrifié pour le placer sur le trône, lui dit : « Tu fais bien de pleurer comme une femme un royaume que tu n’as pas su défendre en homme et en roi. »

Ce prince fut le dernier de la dynastie des Nasrides, qui avaient possédé le royaume de Grenade deux cent soixante- deux ans, et porté le titre de roi , six ans de plus.

Abou-Abdallah Mohammed avait régné environ neuf ans, tant seul qu’en concurrence avec son père et son oncle.

En lui finit aussi la domination musulmane, après avoir duré près de huit cent cinq années lunaires ( près de sept cent quatre- vingt-un ans, suivant le calendrier chrétien) , et fourni à l’Espagne un très-grand nombre de princes distingués par leurs vertus, leurs talents, et leur amour pour les sciences, les lettres et les arts.

Le roi déchu ne pouvait sans douleur supporter la condition privée où la fortune l’avait réduit; son vézir, sans son aveu et à son insu, vendit au roi de Castille le taa de Purchena, pour la somme de 80,000 ducats d’or qu’il compta à son maître, en lui conseillant d’abandonner une terre dont le séjour ne pouvait qu’éterniser et aggraver ses chagrins.

Mohammed s’embarqua donc pour l’Afrique, l’an 808(1493); et ce malheureux , qui n’avait pas eu le courage de mourir en défendant ses sujets et sa couronne, périt peu de temps après sur le champ de bataille, pour la cause du roi de Fez, Muley Ahmed, son parent, en combattant contre les chérifs, sur les bords de Ouad-al-Aswad.

Les Arabes ou Maures , persécutés par les chrétiens , au mépris des capitulations, dès l’année 1498, supportèrent impatiemment le joug.

Poussés enfin à bout par l’intolérance lyrannique de Philippe II, ils se révoltèrent l’an 977 de l’hégire (1569 deJ.-C).

Ils élurent pour roi ou chef, Mohammed bcn-Ommeyah (l’Omeyyade), qu’ils étranglèrent quelque temps après, et le remplacèrent par Muley Abdallah, dont la mort tragique mit fin à la rébellion, au commencement de 1571.

Ils ne furent entièrement chassés de l’Espagne que sous le règne de Philippe III , en 1610.

Plus de 15o,ooo d’entre eux passèrent en France, où ils furent traités avec beaucoup d’égards et d humanité, conformément à un édit de Henri IV, en date du 22 février.

Quelques-uns s’établirent en Languedoc et en Provence, et se firent chrétiens; mais la plupart s’embarquèrent dans les ports de France, pour gagner l’Afrique du Nord et les états Ottomans.

Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd'Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.
Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd’Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.

FIN DE LA CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES MUSULMANS D’AL-ANDALUS (D’ESPAGNE.)

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p.361. à 392

Date d’édition : 1818-1819

Les 10 premiers sultans de la dynastie arabe des Nasrides de Grenade :

Publié le Mis à jour le

Les Palais nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nazaris, à l'intérieur de l'Alhambra de Grenade
Les Palais arabes nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nasrides, à l’intérieur d’al-Hamra de Gharnata
Royaume de Grenade. Dynastie Arabe des Nasrides ou des Banu Al-Ahmar .

Ier. Abou-Abdallah  MOHAMMED. Ier. Al-Ghaleb Billah

-An de l’hég. 635 (de J.-C. 1238). Nous avons rapporté ci-dessus l’origine de ce prince et les commencements de son élévation.

Quoiqu’il fût roi d’Ardjouna et de Jaen depuis six ans, comme il ne joua qu’un rôle secondaire, pendant la vie de Ibn-Houd et jusqu’à la prise de Grenade, nous ne commençons la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne , qu’à l’entrée de Mohammed dans cette ville.

Il y fut reçu avec les plus vives démonstrations d’allégresse, et il en fit la capitale de son royaume. Lorsque ce prince parvint au trône, Valence, Murcie, avaient chacune leur souverain particulier.

Séville , avec les autres places de l’Andalousie occidentale, et celles de l’Al-Gharb, obéissaient encore aux berbères Almohades et à quelques petits chefs.

Mohammed , maître de tout le royaume de Grenade, de Jaen et de quelques autres places de l’Andalousie orientale , était déjà le plus puissant prince musulman d’Espagne.

Il distribua d’abondantes aumônes aux indigents , aux infirmes, aux vieillards, et ses successeurs imitèrent son exemple à leur avènement au trône.

Le roi d’Aragon, après diverses incursions dans le royaume de Valence, y entra à la tête de quatre-vingt mille hommes, traversa le Guadalabiar, battit en plusieurs rencontres la cavalerie des Musulmans qui voulait arrêter sa marche , et vint camper devant Valence , qu’il assiégea par terre , tandis qu’une flotte nombreuse de Catalans et de Français la bloquait pur mer.

Le siège commença le 17 ramadhan 635 ( 3 mai 1238).

Abou-Djomaïl Zeyan défendit la place avec intrépidité , et sollicita des secours en Andalousie , en Afrique, et surtout auprès de son parent, le roi berbère de Tlemcen, Yaghmourasan ibn-Zeyan.

Ce prince envoya une flotte qui, arrêtée plusieurs jours par les vents contraires, à la vue de Valence, ne put débarquer et fut obligée de s’en retourner.

Bannière de la Conquête  hissé par les musulmans de valence  comme un signe d'abandon à James I en 1238
Bannière de la défaite hissé par les musulmans de valence comme un signe d’abandon  au roi croisé d’Aragon  en 1238

La chute de Balansiya (‘ Valence)

Malgré ce contre-temps, malgré l’inutilité de ses démarches auprès des rois de Grenade , de Murcie et des walis d’Andalousie, Abou-Djomaïl  Zeyan continua de résister; mais les Valenciens, fatigués des incommodités d’un long siège et épuisés par les assauts qu’ils avaient soutenus , forcèrent leur souverain de capituler à des conditions avantageuses.

Ils obtinrent la vie sauve , et la faculté de sortir de la ville et d’emporter leurs biens.

Ceux qui voulurent y rester, conservèrent leurs propriétés, leur liberté, avec l’exercice de leurs lois, de leurs coutumes et de leur religion, habitèrent des quartiers particuliers, et furent seulement imposés au simple tribut que payaient les sujets du roi d’Aragon.

Ce prince conclut en même temps une trêve de cinq ans, avec Zeyan.

Il entra dans Valence, le 17 safar 636 (29 septembre 1238)

Les Musulmans en sortirent dans l’espace de cinq jours, et se retirèrent sur la rive droite du Xucar.

Ainsi finit le royaume du berbère Abou-Djomaïl Zeyan , et la domination des musulmans à Valence.

Mohammed ibn Nazar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars
Statue de Mohammed ibn Nasar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars

Sa famille est originaire de Saragosse mais elle s’est réfugiée en Andalousie lors de la conquête de la cité aragonaise par le croisé maudit  Alphonse Ier L’anarchie régnait à Murcie.

Le roi Ali Adid-al-dawla ibn Hud y eut pour compétiteur Abou-Djomaïl ibn-Moudafe ibn Sad, al-Djezami, (al-Judhami d’origine arabe tout deux) qui, par ses intrigues et sa perfidie, gagna la faveur du peuple, attaqua Adid-al-dawlah , le 15 ramadhan 636 (21 avril 1239), se rendit maître de sa personne, et lui fit couper la tête onze jours après.

Mais les caïds des autres places, ne voulurent point reconnaître l’usurpateur, affectèrent l’indépendance , et se firent la guerre pour les limites de leurs gouvernements.

Le roi de Grenade se trouvait alors l’unique colonne de l’islam en Espagne.

Pour réparer tant de malheurs, il s’occupa d’abord d’établir dans sa capitale une bonne police.

Il confia les principaux emplois à des hommes agréables au peuple, et distingués par leur courage, leur prudence et leurs talents.

Ayant ainsi assuré la tranquillité dans ‘intérieur de ses états, il fit un appel à ses sujets et leva une petite armée, avec laquelle il entreprit des courses contre les chrétiens: mais ayant assiégé la ville de Martos, il ne put la prendre , quoiqu’il eût vaincu les troupes qui étaient venues au secours de la place.

Ferdinand, roi de Castille, informé des incursion des nasrides dans le royaume de Murcie, envoya son fils Alfonse , avec une puissante armée, pour s’en emparer.

Les Murciens, fatigués des malheurs qu’ils éprouvaient depuis quelques années, et trop désunis pour s’occuper de la défense commune, voulurent au moins épargner à leur pays les ravages d’une armée ennemie.

Ils convinrent que chacun des partis enverrait des députés à l’infant, pour lui offrir hom mage et soumission. Alfonse les accueillit avec bienveillance, et concerta avec eux l’acte de vassalité qu ils lui proposaient.

Ce traité fut signé par Muhammad ibn Ali, Ibn Hud roi de Murcie et par les shuyukh d’Alicante, d’Elche, d’Orihuela, d’Alhama, d’Alido, d’Aceca et de Chinchilla.

 C’est à son arrivée à la porte d'Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé : « Wa lâ Ghâlib illâ Allâh6 ! »

C’est à son arrivée à la porte d’Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ibn Nasr a proclamé :
« Wa lâ Ghâlib illâ Allâh ! »

Mais le wali de Lorca , Aboubakr al-Aziz ibn-Abd-al-Malik, refusa d’y concourir, parce qu’ayant gouverné Murcie, sous le régne de Mutawakkil ibn-Houd , il se regardait comme l’héritier de sa puissance : son exemple fut imité par les al- caïds de Carthagène et de Mula , qui lui étaient dévoués.

Alfonse le maudit entra alors dans Murcie, escorté par un grand nombre de capitaines musulmans, qui le traitaient comme leur chef; son entrée fut paisible et solennelle, et ses manières affables lui gagnèrent plusieurs autres places, qui d’abord n’avaient pas voulu se soumettre.

En Andalousie, les Castillans ravagèrent les plaines de Jaen et d’Alcabdat, et assiégèrent Ardjouna, dont les habitants, faute de secours , se rendirent par capitulation, et n’obtinrent que la vie sauve et la permission de se retirer.

Les chrétiens prirent ensuite l’egalhajar, Carchena, etc.

Ils marchaient déjà sur Grenade, lorsque Mohammed ibn Al-Ahmar vint à leur rencontre, les vainquit et leur enleva une grande partie de leur butin. De retour dans sa capitale, ce prince assura ses frontières et répara ses forteresses.

Il veilla à ce que Grenade fût toujours abondamment approvisionnée.

Il y fonda des hôpitaux pour les malades, les pauvres et les vieillards, des hôtelleries pour les voyageurs, des collèges , des écoles, des bains, des fours, des boucheries , des greniers, des fontaines, des canaux, des aqueducs, etc.

Ces travaux l’obligèrent à établir quelques impôts temporaires en sus de la dime : mais le peuple n’en murmura point voyant son roi employer tous ses trésors à des établissements ‘une utilité générale , et n’en rien réserver pour augmenter la modeste dépense de sa maison.

A la fin de chaban 63q (février 1242) mourut à Schatibah, le wali de cette ville, Ahmed ibn-Isa al-Khazradji (des arabes Banu Khazraj) , qui la possédait avant le roi Mutawakkil ibn -Houd, et qui eut pour successeur son fils, Abou’l Houcein Yahia.

La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanismes de défense du sultanat Nasrid de Grenade
La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanisme défensif du sultanat Nasride de Grenade

Le prince croisé Alfonse , avant de quitter Murcie , s’empara de Mula, place-forte importante, et ravagea les territoires de Carthagène et de Lorca , dont le wali avait refusé de traiter avec lui et de se soumettre à Mohammed ibn-Ali, roi de Murcie.

L’an 64o (1242-3) Sanche II, roi al-salibi (croisé) du Portugal, obtint de grands avantages sur les Musulmans, ravagea leurs campagnes, les bourgs , les villages, enleva les troupeaux , tua ou réduisit en esclavage les habitants, et prit Lourina , Merina et Lisbonne.

L’ex-roi berbère de Valence, Abou-Djomaïl Zéyan , voulant se dédommager de la perte de sa capitale , entra dans le royaume de Murcie, s’empara de plusieurs châteaux, vainquit et tua, le 26 ramadhan 640 (19 mars 1243), dans les environs d’Alicante, lewali de Lorca, Aziz ibn -Abd-el-melek, et prit Lorca, le mois suivant , ainsi que Carthagène.

Le roi arabe de Murcie, Mohammed ibn -Ali, ben-Hud, lui céda sans doute ces deux places , en reconnaissance de ce qu’il l’avait délivré du wali rebelle .

Dans le même temps , le roi Jayme I assiégea , par terre et par mer, Dénia, qui, malgré la longue et courageuse défense du wali de Schatibah, Abou’l Houcein Yahia , fut forcée de se rendre, le 1″. dzoulhadjah 641 (11 mai 1244).

Mohammed Ibn  Al-Ahmar rechercha l’amitié des rois de Fez (berbères Mérinide), de Tlemsen (berbères Zayyanide) et de Tunis (berbère Hafside), qui fondaient de nouvelles, puissances sur les ruines de celle des Almohades , aux quels il ne restait plus que quelques provinces autour de Marrakesh.

Le roi de Grenade, présumant que Jaen était menacée par les Castillans, y envoya 5oo mulets chargés d’armes et de mu nitions, et 5oo cavaliers.

En effet, cette place ne tarda pat à être assiégée par le roi Ferdinand.

La résistance que ce prince éprouva de la part du gouverneur, Abou-Omar Ali ibn- Mousa, lui permit de ravager les environs, de s’emparer d’Al-Qala ibn-Saïd , de brûler et détruire Illora, et de tuer ou de réduire en esclavage un grand nombre de musulmans.

Mohammed marcha contre lui, avec une armée levée à la hâte, et. le combattit vaillamment près de Hisn-Bolullos, à douze milles de Grenade ; mais, ses soldats, peu exercés au métier des armes , ayant lâché le pied, mirent le désordre dans sa cavalerie qui essuya une déroute complète.

Ce prince , voyant que , malgré les pluies , Ferdinand avait juré, de ne pas lever le siège de Jaen , jusqu’à ce qu’il s’en fût emparé , se rendit avec confiance dans le camp des chrétiens , se mit sous la sauve-garde du roi de Castille, lui livra sa personne et ses états, et lui baisa la main en signe de vassalité.

Ferdinand accueillit généreusement le roi de Grenade, l’embrassa, et l’appela son « ami. »

Il fut convenu que le prince musulman conserverait tous ses états , qu’il payerait un tri but annuel au roi de Castille et à ses successeurs, qu’il leur fournirait des troupes et se rendrait à leur cour, lorsqu’il en serait requis.

Jaen reçut garnison chrétienne et fut donnée à Ferdinand , pour garantie du traité que les deux monarques signèrent devant cette place, l’an 643 (1 245). Mohammed retourna à Grenade, emmenant le gouverneur de Jaen, Ali ibn-Mousa, auquel il confia le commandement de sa cavalerie.

Cinq mois après, il fut obligé d’aller, avec cinq cents cavaliers, joindre le roi de Castille, qui se proposait d’assiéger Séville. Il prit en chemin Alcala de Guadaïra, que Ferdinand lui céda comme prémices de l’expédition.

Le prince Almohade Abul Hassan fils du feu roi Edriss al-Mamoun, après avoir défendu la ville de Carmonne attaqués par les croisés, y laissa pour lieutenant l’un de ces capitaines ; et , ayant rassemblé quelques troupes, il se replia sur Séville , par ordre de son oncle, Seid Abou-Abd- allah,\vali de cette ville.

Carmone et Constantine , abandonnées à leurs propres forces, et épouvantées des ravages commis par les Castillans, obtinrent une capitulation avan tageuse. Lora ouvrit ses portes à la persuasion du roi de Grenade, et fut traitée aussi favorablement.

Les chrétiens tra versèrent alors le Guadalquivir; mais, s’étant imprudemment engagés dans des marais et des bourbiers, ils y furent attaqués avec avantage par les habitants de Cantanlla, qui leur tuèrent beaucoup de monde.

L’arrivée de l’infanterie castillane obligea ceux-ci à rentrer dans leur ville.

Elle fut assiégée, prise d’assaut , et les vainqueurs se vengèrent de leur dernier échec, en y faisant un affreux carnage.

  • Le pont Nasride de Lanjaron, Grenade
    Le pont Nasride  Tablat de Lanjaron, Grenade

Affligé de ces malheurs , le roi de Grenade pria Ferdinand de défendre à ses troupes des mesures aussi cruelles, et d’épargner au moins les vieillards, les femmes et les enfants.

Il écrivit aussi aux habitants de diverses places de se soumettre, afin de ménager le sang des musulmans.

Guillena fut la première qui se rendit ainsi.

Alcala del Rio ne capitula qu’après que son commandant , qui avait osé combattre les Castillans en rase campagne, eût été repoussé par les troupes de Grenade, et contraint de se retirer à Séville.

Dans ce temps-là , le roi d’Aragon , ayant assiégé Schatibah, força le wali Abou’l Houcein Yahia de capituler, à la fin de safar 644 (juillet 1246).

Les conditions portaient que les citoyens resteraient dans la ville, et conserveraient leurs biens et l’exercice de leur religion ; mais peu de temps après, les chrétiens en renvoyèrent plusieurs milliers , qui , ainsi que leur wali, se dispersèrent dans les villages voisins, cl vécurent errants et misérables.

Au commencement de l’année 645 (mai 1247), mourut à Lorca, Abou -Abdallah Mohammed ibn-AIi (ibn-Houd), roi de Murcie, homme habile et plein de mérite, qui , après avoir favorisé l’entrée d’Abou-Djomaïl Zeyan dans cette province, en trompant la garnison chrétienne de Murcie , s’était retiré à Lorca, où il avait fondé des aqueducs, des hôpitaux, des hôtelleries et autres établissements utiles qui l’avaient rendu cher aux habitants .

La même année (1247), et non pas l’an 644» comme le dit Conde , les Castillans assiègent Séville par terre, tandis que leur flotte lui ferme les communications avec la mer, en bloquant l’embouchure du Guadalquivir.

Le roi de Gre nade était campé devant la porte de l’Alcaçar (al-Qasr) et près de la tour Al-Faradj.

Il avait en tête les troupes de l’Al-Gharb, commandées par Mohammed, wali de Niebla , et il rendit d importants services au roi de Castille, par sa valeur et ses conseils.

Mur construit par le ziride pour protéger le noyau originel de Grenade , dans le XIe siècle .
Mur construit par les berbères zirides pour protéger le noyau originel de Grenade , au  11e siècle .

 

Ce fut à sa persuasion, que Ferdinand fit construire des machines, qui brûlèrent les vaisseaux des assiégés et le pont de bateaux qui servait de communication entre la ville et le château de Atrayana (le faubourg nommé aujourd’hui Triana).

Pendant le long siège de Séville, les musulmans du royaume de Valence, fatigués du joug et des vexations des chrétiens, abandonnèrent leurs habitations, et se retirèrent dans les états du roi de Grenade, qui les accueillit avec humanité , leur donna des établissements , et les exempta d’impôts pour plusieurs années, il ne resta à Valence et dans les autres villes de cette province que les Musulmans riches qui avaient des propriétés à conserver.

Après un siège de dix-huit mois, suivant les historiens arabes , ou de quinze mois, suivant les auteurs espagnols , les chrétiens ayant brûlé le faubourg de Ibn Àl-Bofar, et pillé celui de Bab-Marcarena, la famine réduisit les habitants de Séville à capituler, au mois de chaban 646 ( novembre 1248 ).

Le roi de Castille leur accorda la permission de rester dans la ville, et d’y jouir de leurs biens et d’une liberté entière, à la charge du même tribut nue ce lui qu’ils payaient au roi de Maroc.

Ceux qui préférèrent se retirer, eurent un mois pour vendre leurs propriétés , et on leur fournit soit des vaisseaux , soit des bêles de somme pour les transporter, par mer ou par terre, où ils voulu rent.

Le wali Abou’l-Hassan  résista aux offres du roi de Castille qui l’invitait à se fixer dans ses états, où il lui pro mettait une existence honorable.

Il remit les clefs à ce monarque, le 12 chaban ( 3o novembre ) , et s’embarqua le même jour pour l’Afrique.

Un petit nombre de Maures accompagna le prince almohade à Ceuta.

La plupart se re tirèrent dans le royaume de Grenade ; le reste se rendit à Xerez et dans l’Al-Gharb.

Séville avait été, 553 ans, soumise aux lois du Coran, y compris les 1o5 ans qu’elle avait demeuré sous la domination des Almohades.

Tandis que Ferdinand occupait le palais, et partageait entre ses troupes les terres et les maisons des musulmans, le roi de Grenade, le cœur navré des succès des chrétiens, qui lui annonçaient la ruine de l’islam en Espagne, reprit le chemin de sa capitale, où il fut reçu comme un père.

Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle
Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle

Il s’y appliqua à stimuler l’industrie et le zèle de ses sujets, en accordant des privilèges et des récompenses a ceux qui se distinguaient dans l’agriculture, dans l’art d’élever les chevaux et les vers-à-soie, dans les manufactures d’armes et de soieries, et dans tous les arts utiles.

Aussi fleurirent- ils dans ses états , et cette terre, naturellement fertile , le de vint d’une manière étonnante.

Les soieries de Grenade fu rent supérieures à celles de Syrie.

Les mines d’or, d’argent et d’autres métaux augmentèrent considérablement les revenus du roi , et il eut soin que sa monnaie fût bien frappée et de bon aloi.

Il jeta les fondements de l’Alhamra, ou plutôt il fit réparer cet édifice , qui était à la fois la cita delle et le palais de Grenade , et dont la première fondation dut être beaucoup plus ancienne, comme on l’a vu ci-des sus.

Il dirigeait lui-même les travaux, et s’entretenait sou vent avec les architectes et les inspecteurs. Alfonse X ayant succédé, l’an 65o ( 1252) , à son père.

Ferdinand , le roi de Grenade lui envoya des ambassadeurs, pour le complimenter et renouveler le traité de paix et d’alliance qui l’unissait à la Castille.

Deux ans après, il se vit, avec douleur, obligé de conduire une partie de son armée devant Xerez, et de contribuera la réduction de cette ville, qui se rendit aux chrétiens, l’an 652 ( 1254).

Il fut permis aux habitants d’en sortir avec toutes leurs richesses, ou d’y demeurer pour y être traités comme les sujets du roi de Castille. Les Al-Mohades et leurs familles obtinrent sûreté.

Alfonse y laissa le comte Gomez pour gouverneur, et chargea le prince don Henri, son frère, d’assiéger Arcos, Si- uonia et Nebrisa, qui se rendirent aux mêmes conditions que Xerez.

L’infant s’étant brouillé bientôt après avec le roi de Castille , pour quelque intrigue amoureuse , à ce que di sent les auteurs arabes, et ayant réclamé la protection du roi de Grenade, avec lequel il s’était lié d’amitié pendant le siège de Xerez, Mohammed craignit de déplaire à Al fonse, engagea Henri à passer en Afrique, et lui donna des recommandations très-pressantes pour le roi de Tunis, qui reçut le prince chrétien avec beaucoup d’honneurs et de bienveillance .

Deux ans après la prise de Xerez , le roi de Castille écrivit à celui de Grenade, pour qu’il l’aidât à chasser de l’Al-Gharb les Almohades , leurs ennemis communs. Mohammed lui envoya des troupes , sous les ordres du wali de Malaga.

Les Castillans assiégèrent alors Niebla, et poussèrent leurs in cursions jusqu’à Saltis, où résidait Ibn-Mohammed, chef des Almohades.

Ibn-Obeïd , qui avait défendu Xerez, fit une vigoureuse résistance dans Niebla ; outre les dards et les pierres qu’il lançait avec des machines, il tirait des coups de canon avec du feu.

Mais , après un siège de neuf mois , la disette et la privation de secours le déterminèrent à traiter avec Alfonse.

La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d'Elvira)  ou  Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade
La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d’Elvira) ou Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade

Il alla trouver ce prince et en obtint les conditions les plus favorables.

Les villes de Niebla, Huelva , Serpa, Djebal-Oyoun ( Gibraleon ), Moura , Alhaurin, Tavira, Faro , Laule et Xinibos furent comprises dans la capitulation ; de sorte que presque tout l’Al-Gharb, pays riche, fertile, peuplé et bien fortifié, fut réuni aux états de Castille , l’an 655 ( 1257).

Alfonse dédommagea le wali Ibn-Obeïd , en lui cédant des terres et des revenus considérables.

Le roi de Grenade, prévoyant qu’il ne pourrait conserver la paix avec les chrétiens , parcourut ses provinces et fortifia ses frontières.

Il venait de visiter Malaga, Tarifa et Algéziras, et se trouvait à Gibraltar, dont il faisait réparer les murs, lorsqu’il y reçut les députés des villes de Xerez, d’Arcos et de Sidonia, qui lui offrirent de le reconnaître pour souverain , s’il voulait les aider à secouer le joug des chrétiens.

Mohammed, avant de leur répondre, se rendit à Grenade, et convoqua son meschouar, afin de délibérer sur cette affaire importante.

L’avis de la majorité fut qu’il fallait se courir les musulmans; et, que pour diviser les forces d’Alfonse, sans rompre ouvertement avec lui, on favoriserait secrètement les Murciens, et on écrirait aux habitants de Xerez et des villes de l’Al-Gharb, de se soulever contre les Castillans.

Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides  différents
Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides différents

La révolte éclata, l’an 65o, (1261), à Murcie, Lorca, Mula, Xerez, Arcos, Nebrisa, etc.

Le peuple, avide de vengeance et de nouveautés, comptant sur le secours du roi de Grenade , le proclama souverain , et tomba le même jour sur les chrétiens , qui partout furent chassés ou mas sacrés.

Le carnage fut horrible à Xerez , à cause de la mémorable résistance du comte de Gomez, qui, ayant perdu tous ses guerriers, en défendant la citadelle contre les in surgés, soutenus par les Musulmans d’Algéziras et de Tarifa, succomba le dernier, et périt entouré de morts .

Murcie, avec le secours du roi de Grenade , reconquit aussi son in dépendance.

Alfonse envoya des troupes de tous côtés contre les re belles, et somma Mohammed de se joindre à lui contre le roi de Murcie.

Ben Al-Ahmar allégua des motifs de religion et de politique pour s’en dispenser, et rompit son alliance avec le rot de Castille, tout en feignant de vouloir rester son ami. Alfonse donna ordre à ses généraux de trai ter en ennemis les sujets du roi de Grenade.

Mais celui-ci commença les hostilités l’an 660 (1262), ravagea les environs d’Al-Qaala ben-Saïd, et Vainquit près de celte ville les Castillans, commandés par leur monarque en personne. 11 y eut depuis, chaque jour, quelques autres affaires sans suc cès décisifs. Alfonse, obligé de diviser ses forces , ne put empêcher le roi de Grenade de continuer et d’étendre ses dévastations.

La péninsule ibérique (al-Andalus) , avec sa toponomie  en arabe
La péninsule ibérique (al-Andalus, 756) , avec ses noms en arabe

La première expédition Mérinide en Espagne

L’an 661 (1263′), Abou-Yousouf Yacoub , roi de Fez, de la dynastie des Merinides , envoya un corps de plus de trois mille cavaliers au secours des musulmans d’Espagne.

Ce fut la première expédition des Mérinides dans la Péninsule : mais leur souverain n’était pas encore roi de Marrakesh et du Maghreb (Maroc), comme le disent les auteurs espagnols et Cardonne lui-même .

Au commencement de l’année 662 ( novembre 1264), le roi de Grenade associa au trône son fils aîné, Mohammed , le fit reconnaître pour son successeur, et voulut qu’on lui prêtât serment de fidélité , et que son nom fût ajouté à la khothah.

Les walis de Malaga , de Guadix et de Comares, Abou- Mohammed Abdallah, Abou’l Hassan et Abou-Ishak, tous trois de la famille Ibn-Eschkalioula, ou Eschkilola, furent les seuls qui n’assistèrent pas à cette cérémonie.

Jaloux des distinctions et des récompenses accordées par leur souverain à quelques capitaines Zenates (berbères Zenètes) et Zegris (berbères Ziride), auxquels il était redevable de sa dernière victoire , ils se retirèrent avec leurs troupes, sous prétexte que leur présence était nécessaire dans leurs gouvernements , et refusèrent de servir dans l’expédition que Mohammed préparait pour secourir Murcie.

Ils se rendirent vassaux du roi de Castille , lui offrirent d’attaquer le roi de Grenade, et de ne faire avec lui ni paix ni trêve, sans le consentement de leur nouveau suzerain. Al fonse agréa leurs offres , leur promit sa protection , et les invita à commencer la guerre contre Mohammed.

Cette diversion dérangea les projets de celui-ci , et donna au roi de Castille les moyens de reprendre ses avantages.

Il assiégea Xerez, s’en rendit maître par capitulation , l’an 663 (1265), et n’accorda aux habitants que la vie et la liberté.

Ces malheureux, dénués de tout, se dispersèrent dans l’Andalousie; plusieurs se retirèrent à Algéziras et à Malaga, et le resle passa en Afrique.

Les. villes de Sidonia, Itota, Solucar (San-Lucar) , Nebrisa et Arcos , éprouvèrent le même sort, et leurs citoyens cherchèrent pour la plupart un asile dans les états du roi de Grenade , qui fut ainsi dédommagé de la perte de quelques territoires , par l’acquisition d’une population considérable.

Ce prince marcha avec une parlie de sa cavalerie contre le wali rebelle de Guadix (Wadi ash) , et vers les frontières de Jaen , et envoya le reste de ses troupes au secours de Murcie.

Cette ville était alors attaquée en même temps, et par Jayme, roi d’Aragon, qui avait déjà pris quelques autres places de la province, et par le roi de Castille qui faisait va loir ses prétentions sur son ancienne conquête.

Les deux monarques convinrent de donner le royaume de Murcie à 1 iu- fanl don Emmanuel , frère d’ Alfonse, et de le marier à Constance , l’une des filles du roi d’Aragon. Mais Yolande , reine de Castille , jalouse de sa sœur qui la surpassait en beauté , intrigua pour l’empêcher de porter la couronne de Murcie.

Elle écrivit au roi de Grenade, et , feignant un grand désir de la paix , elle le pria de proposer à Alfonse un traité qui leur permît à tous deux de veniràbout de leurs desseins, à l’un, contre les rebelles de Murcie, à l’autre, contre les walis qui s’étaient soustraits à son obéissance; mais surtout qui déconcertât les projets du roi d’Aragon sur Murcie.

Mohammed, conformément aux intentions de la reine, fit des avances au roi de Castille qui les agréa, et qui invita le E rince musulman à une conférence dans le château d’Alcala en-Saïd.

Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus
Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus

Les deux monarques, s’y étant réunis, tombèrent d’accord, après plusieurs conférences: que le ioi de Grenade et son fils renonceraient à toutes prétentions sur le royaume de Murcie; que cet élat serait soumis à la couronne de Castille , mais gouverné par un roi musulman , suivant les lois et coutumes des musulmans; que les sujets ne payeraient d’autre impôt que la dîme ordinaire de tous leurs biens , et que le tiers servirait pour l’entretien de leur roi ; qu’Alfonse ne donnerait aucun secours aux walis rebelles ; mais que ceux-ci auraient un an de trêve , pour se soumettre, et que, ce délai passé , le roi de Grenade pourrait alors les réduire par la force; que ce prince , au lieu des troupes auxiliaires qu’il était tenu de fournir au roi de Castille, lui payerait un tribut annuel ; qu’il ne serait plus obligé désormais de se rendre qu’aux cortès, qui se tiendraient près de ses frontières ; qu’il faciliterait la soumission de Murcie, moyennant une amnistie générale , dont on n’excepterait que trois chefs de la révolte, qui seraient bannis.

Ce traité d’Alcala fut signé, l’an 664 (1206), par les deux monarques, par Mohammed, fils du roi de Grenade, et par plusieurs seigneurs des deux cours.

Sur ces entrefaites , les Maures, ayant surpris un convoi considérable destiné pour le camp des chrétiens , le manque de vivres, et la mésintelligence qui dégénérait en querelles sanglantes, entre les Castillans et les Aragonais, les forcèrent de lever le siège Mohammed et Alfonse partirent alors pour Murcie.

Les walis de cette ville et des autres places du royaume vinrent, à la persuasion du premier, se soumettre au roi de Castille , et déclarèrent qu’ils ne voulaient pour suzerain aucun autre prince chrétien.

Les deux monarques entrèrent dans la capitale.

Les habitants reconnurent pour roi, Abou-Abilallah Mohammed, frère du célèbre Motawakkel ibn-Houd, lequel leur fut donné par Alfonse qui estimait beaucoup sa sagesse et sa modération ; et ils témoignèrent une joie extrême d’a voir un souverain de leur religion , de race royale., et distingué par ses vertus .

Ainsi Alfonse satisfit sa vanité d’avoir des rois pour vassaux ; la reine Yolande fut contente de ne pas voir sa soeur couronnée; et Mohammed, qui avait négocié toute cette affaire, prit congé du roi de Castille et s’achemina vers Grenade , emmenant avec lui les trois bannis de Murcie , auxquels il donna des maisons et des terres.

Bannière du sultanat arabe de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus
Bannière  de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus

L’an 665 ( 1267 ), les walis de Malaga, de Guadix et de Comares, ne s’étant prêtés à aucun acte de soumission, le roi de Grenade leur fit la guerre, après en avoir donné avis au roi de Castille et malgré son intercession.

Celui-ci, sollicité par ces factieux, écrivit une lettre menaçante à Mohammed, lui ordonna de cesser toute hostilité contre eux , et lui demanda la cession d’Algéziras et de Tarifa.

Le roi de Grenade , dans sa réponse, se plaignit qu’Alfonse manquât ainsi au traité d’Alcala et qu’il exigeât les clefs de son royaume.

Il le pria de suivre des sentiments plus généreux; et , quoiqu’il fût préparé à la guerre , il promit de ne pas être l’agresseur , à moins que le roi de Castille ne prît ou vertement la défense des walis rebelles.

Dans ce temps-là, l’infant don Philippe , révolté contre son frère Alfonse qui , suivant les auteurs arabes , se laissait gouverner par sa femme plutôt que par les conseils d’une sage politique, vient chercher un asile à la cour de Grenade, avec don Nuno de Lara et d’autres seigneurs castillans.

Mohammed comble d’honneurs et de caresses ces illustres hôtes et accepte leurs propositions de le servir contre tous ses ennemis , excepté contre le roi de Castille.

File:Alha Generalife1.jpg
Le Patio d’al-Janna al-Aarif « Genaralife »

Il les emploie utilement dans l’armée commandée par son fils; mais, malgré leurs exploits , comme les forces du roi de Grenade étaient divisées, la guerre contre les walis réfractairesse passa en pillages et en dévastations, et dura quelques années sans événements importants.

Enfin, l’an 670 (1271-72) , le roi de Grenade prit le parti de solliciter les secours du roi de Fez et de Marrakesh , Abou-Yousouf Yacoub , fondateur de la dynastie berbère des Merinides , contre le roi de Castille et contre les factieux qui coopéraient avec ce prince à la ruine de l’islam en Espagne.

Cette démarche affligea les seigneurs castillans re tirés à Grenade , et répandit l’alarme parmi les chrétiens  et les croisés de la Péninsule ; mais Mohammed n’en vit pas le succès.

Ce prince, ayant fait des levées extraordinaires, pour accabler les trois gouverneurs rebelles dont les incursipns continuelles troublaient et ruinaient ses états , voulut mar cher contre eux en personne , malgré son grand âge.

Il se sentit indisposé à moitié chemin, reprit celui de sa capitale, porté sur un brancard, et expira avant d’y arriver, à la suite d’un vomissement de sang , le 29 djoumadi II 671 (21 janvier 1273 ), ayant à ses côtés l’infant don Philippe qui l’avait accompagné dans cette expédition.

Le Generalife (en arabe : جنة العريف ) est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne
Le Janna al-Aarif  (Generalife)  est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne

 

Mohammed était âgé de quatre-vingts ans, et en avait régné trente-six à Grenade ; mais il avait porté quarante-deux ans le titre de roi , depuis sa première proclamation à Ardjouna.

Sa mort fit couler les larmes de tous ses sujets, dont le bonheur l’avait plus occupé que le soin de sa propre gloire.

C’est pour eux qu’il se rendit vassal de la Castille , et qu’il ne chercha point à reculer les frontières de ses états.

Aussi son royaume dura-t-il plus long-temps que la plupart des empires musulmans, fondés par la violence et l’ambition.

Mohammed avait deux vézirs, un capitaine des gardes, un généralissime, un amiral , un commandant de la cavalerie , sept cadhis ou juges , et quatre khatibs ou secrétaires, dont le premier l’était en même temps du meschouar ou conseil que le roi présidait lui-même.

Deux fois la semaine, il donnait audience aux pauvres comme aux riches.

Il visitait les écoles, les collèges, les hospices, s’informait du service et de l’exactitude des professeurs , des médecins, et inter rogeait lui-même les malades et les indigents.

Blason du sultanat arabe nasride de Grenade
Blason du sultanat  nasride de Grenade

Ennemi du faste , indulgent pour ses serviteurs , et plein d’ordre dans ses affaires domestiques , il n’eut point de concubines , et n’épousa qu’un petit nombre de femmes, toutes filles des principaux seigneurs de l’état.

Il les voyait peu souvent; mais il prévenait tous leurs désirs et maintenait entre elles la con corde.

Il  n’eut que trois fils, Mohammed , Faradj et Yousouf, auxquels il donna les maîtres les plus habiles et les plus vertueux, et ils les instruisait aussi lui-même, dans ses moments de loisir.

Il aimait beaucoup à lire l’histoire et a cultiver les fleurs et les plantes aromatiques.

Mohammed fut enterré avec pompe dans un cimetière particulier.

Son corps embaumé fut renfermé dans une châsse d’argent et placé dans un tombeau de marbre précieux , sur lequel on grava en lettres d’or une épilaphe fastueuse, rapportée par Conde et par Casiri .

Les princes Nasrides, comme les sultans Ottomans , reçurent sans doute des chrétiens cet usage , inconnu aux khalifes Omeyyades, et Abbasside et aux monarques de l’orient, prohibé même par l’islam.

Une autre mode que la fréquentation des chrétiens introduisit probablement à Grenade, fut celle des armoiries.

Mohammed prit pour les siennes un écu au champ d’argent , portant une bande diagonale d’azur, sur laquelle étaient écrits en lettres d’or, ces mots :

« La ghaleb ila Allah » (il n’y a de vainqueur que Dieu) , parce que ses sujets lui avaient donné le titre d al-Ghaleb-Billah ( le vainqueur par la grâce de Dieu).

Les extrémités de la bande se terminaient en gueules de dragon.

Les successeurs de ce prince conservèrent cette devise : mais ils changèrent fréquemment les couleurs de l’écu et de la bande.

Mohammed al-Faqîh a continué l'œuvre de son père et il a terminé la construction de l'Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.
Mohammed al-Faqîh le 2e nasride a continué l’œuvre de son père et il a terminé la construction de l’Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.

2em. MOHAMMED II. Al-Emir.

L’an hég. 671 (de J.-C. 1273).

Mohammed, fils de Mohammed Ier. qui reçu le titre d’émir al-moumenin le seul qui avait eût survécu à son père; c’est pourquoi Casiri et Conde le distinguent par le surnom d’Emir .

Aussitôt qu’il eut achevé les obsèques de son père, il par courut à cheval les principales rues de Grenade, et fut pro clamé roi au milieu des transports de la plus vive allégresse.

Résolu à prendre son père pour modèle dans toutes ses entreprises , et à imiter ses vertus, il ne fit aucun change ment dans les emplois civils et militaires , ni dans le sys tème d’administration établi par ce sage monarque.

Il conserva la garde africaine qui avait toujours pour chef un prince berbère Merinide ou Zeïanide , ainsi que la garde andalousienne qui , à défaut d’un prince du sang, était commandée par Abou-Mousa , et il augmenta la solde de l’une et de l’autre.

Quelques courtisans, déçus dans l’espoir de s’élever par leurs intrigues, au commencement d’un nouveau règne, accusèrent leur souverain d’ingratitude, formèrent un parti de mécontents et allèrent se joindre aux walis Eschkilolides.

Ceux-ci avaient profité de la mort du dernier roi pour re commencer leurs incursions.

Mohammed II marcha contre eux, les tailla en pièces, près d’Antekaria (Antequerra) enleva tout leur butin, les poursuivit l’espace de plusieurs lieues, et revint à Grenade, où il récompensa noblement les seigneurs castillans dont la valeur avait assuré son triomphe.

L’infant don Henri, s’étant sauvé de Tunis, sur un soupçon mal fondé que le roi voulait se défaire de lui, revint en Espagne, reprocha à son frère Alfonse X, de favoriser les sujets rebelles du roi de Grenade, et lui fit craindre que ce prince n’eût recours à la protection du roi de Marrakesh.

Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l' Albaicin de Grenade , communauté autonome d' Andalousie , Espagne . Il a été construit dans le XVe siècle , dans un palais Zirí ci-dessus, le XIe siècle
Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l’ Albaicin de Grenade , Espagne, construit dans le XVe siècle , sur un palais Ziríde , du XIe siècle

 

Dans cette inquiétude, Alfonse écrivit à son frère don Philippe et aux autres seigneurs castillans qui étaient à Grenade , de revenir à sa cour, et de négocier un accommodement entre lui et Mohammed II.

Celui-ci , plein de confiance dans ses hâtes, et voulant sincèrement la paix, écouta leurs propositions, et ne fit aucune difficulté de les suivre à Séville, au mois de ramadhan 671 (avril 1273).

Alfonse vint au devant d’eux avec une brillante cavalcade, logea Mohammed dans son palais , lui donna des fêtes, l’arma chevalier, l’embrassa comme son ami, et, à son intercession , par donna à ses frères et à leurs partisans , qui tous en témoignèrent leur satisfaction au roi de. Grenade.

Ce prince , alors dans la force de l’âge, joignait à tous les avantages physiques, celui de parler avec facilité la langue castillane , ce qui lui donna souvent occasion de converser avec la reine Yolande et avec ses filles.

Cette adroite princesse lui ayant arraché une promesse d’accorder une trêve d’un an aux walis de Guadix, de Comaresel de Malaga, Mohammed feignit d’y consentir par galanterie : mais il comprit que le but des chrétiens était de le tenir en échec , au moyen de ces ennemis internes qu’ils pourraient à volonté susciter contre lui.

Il conclut peu de jours après un traité avec le roi de Castille, auquel il s’obligea de payer un tribut annuel , pour tenir lieu du service de cavalerie qui avait été imposé a son père.

Il obtint que les musulmans, dans leurs relations avec les chrétiens, jouiraient des mêmes sûretés et des mêmes franchises, et il accorda la trêve aux Irois walis suivant sa promesse.

Il prit ensuite congé d’Alfonse et de toute la famille royale, et fut accompagné jusqu’à Marchena, par les infants don Philippe, don Emmanuel et don Henri.

De retour à Grenade , Mohammed , mécontent de sa négociation , et prévoyant qu’ Alfonse, délivré de tous soucis domestiques , ne s’occuperait qu’à fomenter la guerre civile parmi les musulmans, ne voulut pas laisser aux walis rebelles le temps de réparer leurs pertes et de recevoir les secours de ce prince.

Résolu à frapper un grand coup pour terminer cette affaire, il écrivit au roi de Marrakesh, Yacoub lII, pour le prier de l’aider à recouvrer toute l’Andalousie , et à former une puissance plus formidable aux chrétiens , leurs communs ennemis.

Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, l' Alcazaba Cadima ou la vieille; dans le fond, l'Alcazaba de la Alhambra.
Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, al-Qasba al- Qadima ou la vieille ville; au  fond, l’Alcazaba (al-Qasba)  et  la Alhambra (al-Hamra).

 

Afin de déterminer le monarque africain, il lui offrit les ports d’Algéziras et de Tarifa,qui lui serviraient d’arsenaux et de points de débarquement.

Yacoub , enchanté de ces offres, s’empressa d’envoyer neuf mille hommes, qui prirent possession de ces deux places ; et il les suivit de près, avec des forces plus considérables.

Il se rendit à Malaga, où il fut reçu par les walis Eschkilolides, jusqu’à l’arrivée du roi de Grenade, avec lequel ils étaient en pourparler d’arrangement.

Il leur reprocha leur révolte préjudiciable à l’islam, les réconcilia avec Mohammed, et les invita, pour leurs propres intérêts, à rester fidèles à ce prince.

Il fut convenu dans cette conférence que Yacoub attaquerait le royaume de Séville , que Mohammed fondrait sur celui de Jaen , et que les trois walis entreraient dans celui de Cordoue.

L’arrivée du roi de Marrakesh avait répandu l’épouvante parmi les chrétiens ; toute l’Espagne s’était mise en mouvement.

Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord , les Brigades de la Foi ! ., lors de la bataille d’ejita en 1275 al-Andalus en coalition avec les Nasrides.
Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord, « les Brigades de la Foi » lors de la bataille Ecija en 1275 , en coalition avec les Nasrides. 

Don Nuno de Lara, gouverneur  croisé de l’Andalousie, poussé par un fol amour-propre ou par une imprudente bravoure , osa se mesurer avec l’armée africaine, qu’il savait être deux fois plus nombreuse que la sienne : mais , après une mêlée horrible , il périt sur le champ de bataille avec dix-huit mille des siens, le 5 rabi i ». 774 ( 8 septembre 1375) près d’Ecija.

Yacoub adressa au roi de Grenade la relation de sa victoire, avec la tête du général castillan.

Mohammed détourna les yeux et versa des larmes , à l’aspect des tristes restes de ce vaillant capitaine , avec lequel il avait été lié d’une étroite amitié.

Il fit embaumer sa tête et l’envoya dans un coffre d’argent au roi de Castille, pour qu’elle fût enterrée honorablement à Cordoue.

Le monarque africain, n’ayant pu prendre Ecija, rava gea tout le pays jusqu’aux portes de Séville , et ramena son butin et ses prisonniers à Algéziras.

Le roi de Grenade, de son côté, venait «le ruiner les territoires de Jaen et de Martos, lorsque l’infant d’Aragon , don Sanche, archevêque de Tolède , animé par un vain désir de gloire et par l’espoir de vaincre aisément une armée chargée de butin, s’avança imprudemment avec des troupe* levées à la hâle , et attaqua les musulmans, sans attendre les renforts que lui amenait don Lope Diaz de Haro.

Sa téméraire présomption fut cruellement punie.

Son armée , ayant été enveloppée et taillée en pièces , il fut reconnu à son costume et fait prisonnier.

Une dispute s’éleva entre les Africains auxiliaires qui voulaient le conduire au roi de Marrakesh , et les Musulmans d’Espagne qui le réservaient pour le roi de Grenade.

Les deux partis allaient en venir aux mains; lorsqu’un parent de Mohammed fondit sur don Sanche et le perça de sa lance, en disant : Dieu ne veut pas que pour un chien , le sang des musulmans soit versé.

On coupa au malheureux infant la tête et la main où était l’anneau épiscopal, et on donna la première aux Africains et la seconde aux Andalousiens.

Le lendemain , l’armée castillane, commandée par Alforrsc X ( suivant Conde) , ou par don Lope Dias de Haro ( suivant Cardonne et Chénier), rencontra, près de Hisn Azzahara (Madina al-Zahara), les vainqueurs qui continuaient leur marche.

Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade
Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade

 

On se battit avec un égal acharnement et sans avantages décisifs; mais quoique les Musulmans eussent conservé leurs positions, ils se retirèrent la nuit avec leur butin.

Le roi de Marrakesh , informé qu’une flotte chrétienne voulait s’opposer à son retour en Afrique , et voyant déjà ses convois interceptés et son armée souffrir de la disette, conclut une trêve de deux ans avec Alfonse , sans la participation du roi de Grenade, et repassa le détroit.

Les walis de Guadix et de Malaga quittèrent l’armée et renouvelèrent leurs soumissions au roi de Castille.

Mohammed , abandonné par son allié , et regrettant de lui avoir livré les deux clefs de l’Andalousie , ne laissa pas de pourvoir à la sûreté de ses frontières, et de continuer les hostilités contre les chrétiens , sans résultats importants.

Au milieu de ses préparatifs de guerre , il trouvait le loisir de cultiver la poésie et l’éloquence avec son premier vezir, Aziz ben-Ali, ben-Abd-al-Menam , qui partageait les goûts de son maître , auquel il ressemblait aussi d’une manière singulière , par l’âge, la taille, la figure et le caractère.

Ils admettaient a leurs conférences les savants de l’Andalousie, les philosophes, les médecins et les astronomes , pour qui les portes de l’Alcaçar étaient toujours ouvertes .

L’an 676 ( 1 277 ) , Abou-Yousouf Yacoub revint en Espagne et se rendit a Honda , où Abou-Ishak, wali de Guadix , et Abou-Mohammed , wali de Malaga, se joignirent à lui pour faire la guerre aux Castillans.

Il remporta sur Alfonse X, le 12 rabi 1er ». (i3 août), une grande victoire , près de Séville qu’il ne put prendre, enleva d’assaut Alcala de Guadaïra, et dévasta toute celte partie de l’Andalousie. Le wali de Malaga mourut deux mois après cette expédition.

Le roi de Marrakesh ayant exercé les mêmes ravages dans les environs de Xerez, le roi de Grenade, qu’il avait invité à prendre part à la guerre de religion, vint le joindre près d’Ardjouna.

Casque de guerre du 13e siècle   Nasride exposé au Musée municipal d'Algésiras
Casque de guerre du 13e siècle Nasride exposé au Musée municipal d’Algésiras, Espagne

 

Ils marchèrent ensemble sur Cordoue, qu’ils endommagèrent sans pouvoir la prendre ; s’emparèrent de Hisn ben-Beschir et de la célèbre ville de Zahra , et désolè rent toute la contrée, entre Cordoue et Jaen.

Alfonse envoya une députation de moines et de prêtres, pour demander la paix au roi de Maroc , qui se trouvait alors à Baeça. Yacoub répondit que n’étant qu’auxiliaire du roi de Grenade, c’était à ce prince qu’il fallait s’adresser.

Ils  allèrent donc trouver Mohammed, lui dirent qu’ils étaient mécontents de leur souverain et qu’ils voulaient le déposer, parce qu’il ne savait pas défendre ses sujets et sa religion.

Ils jurèrent la paix sur leurs croix, et conclurent avec le roi de Grenade un traité que le monarque africain ratifia à Algéziras, vers la fin de ramadhan 676 (février 1278) .

Alfonse, ayant rompu la paix en 677 (1278), assiégea Algéziras par terre et par mer.

Des pluies , des ouragans et des révoltes empêchèrent Yacoub de revenir en Espagne ; mais son fils Yousouf se rendit à Tanger, et rassembla dans ce port une flotte de soixante vaisseaux , auxquels le roi de Grenade, qui ménageait encore le souverain de Maroc, joignit douze bâtiments qu’il avait armés à Malaga, Almérie et Almunecâb.

Le siège d’ Algéziras durait depuis près d’un an , et les habitants, épuisés par la disette et privés de se cours, ne recevaient d’autres nouvelles que celles que leur apportait une colombe expédiée de Gibraltar: mais les assiégeants n’étaient pas dans une meilleure situation.

Une maladie contagieuse avait fait des ravagés sur leur flotte , et nécessité le débarquement d’une partie de leurs équipages.

Ce fut dans ces circonstances que l’armée navale des musulmans attaqua les chrétiens et remporta une victoire complète.

L’amiral castillan , plusieurs officiers supérieurs , un parent du roi de Castille et le prince de Bayon furent faits prisonniers.

L’infant don Pèdre qui commandait l’armée de terre, voyant la défaite de sa flotte, ne voulut pas attendre que les vainqueurs eussent débarqué.

Il leva le siège précipitamment et abandonna ses tentes, ses machines, et ses munitions.

Ainsi fut délivrée Algéziras, le 12 rabi 1″. 678(juillet 1279 ), après un blocus d’environ un an.

Le prince Yousouf y vint au commencement du mois suivant , fit bâtir la nouvelle ville d’Algéziras , dans une position plus avantageuse , sur le terrain qu’avait occupé le camp des chrétiens, et accorda une trêve au roi de Castille, qui s’obligea de lui  fournir des troupes contre le roi de Grenade.

Le monarque  africain refusa d’approuver ce traité et de donner audience  aux ambassadeurs chrétiens , que son fils lui avait amenés,.

Mais la guerre contre le roi de la dynastie berbère des Zayyanides de Tlemcen le força d’ajourné  ses projets sur l’Andalousie.

Mohammed, roi de Grenade, tranquille du côté de l’Afrique, par son alliance avec le roi de Tlemcen et l’éloignement du roi de Marrakesh , entra dans les états de Castille , et ravagea les environs d’Ecija et de Cordoue.

Alfonse vint en personne à sa rencontre ; mais une ophtalmie, dont il fut attaqué, l’obligea de laisser le commandement de son armée à son fils Sanche , qui, ayant donné dans une embuscade près de Hisn-Moclin, au commencement de l’an 679(1280), eut trois mille hommes tués, parmi lesquels on comptait un grand nombre de chevaliers et d’officiers de distinction.

L’année suivante, l’infant voulut prendre sa revanche; mais Mohammed, a la tète de cinquante mille hommes, remporta une seconde victoire , et s’empara du camp des chrétiens.

Don Sanche s’élant révolté contre son père Alfonse X , fit alliance avec le roi de Grenade, et lui livra le fort de Arenas.

Ils eurent une entrevue à Priego, où ils se traitèrent comme s’ils eussent toujours été amis, et concertèrent leur plan de campagne.

Le roi de Castille, alarmé de cette alliance, et abandonné par tous les potentats de l’Europe, eut recours au roi de Marrakesh contre son fils rebelle.

Yacoub se rendit à Algéziras, à la fin de rabi 1″. 681 (juillet 1282 ), et continua sa marche jusqu’à Sakhret-ibad , suivant Dombay , ou à Zahra , suivant Cardonne.

Alfonse vint l’y trouver et lui offrit sa couronne en gage, pour prix des secours qu’il lui demandait.

Le monarque africain té moigna les plus grands égards au roi de Castille, lui donna cent mille dinars, et se joignit à lui pour aller assiéger don Sanche qui s’était fortifié dans Cordoue; mais au bout d’un mois, ils levèrent le siège à l’approche du roi de Grenade, ravagèrent les environs d’Andujar et de Jaen , furent bat tus près d’Ubeda, et retournèrent, l’un à Séville, l’autre à Algéziras.

Au commencement de moharrem 682 (avril 1283), Yacoub se rendit à Malaga, et prit Cartama, Schil et quelques autres châteaux qui appartenaient au roi de Grenade.

Celui-ci eut recours à la médiation de Yousouf , fils du roi de Marrakesh ; le jeune prince vint de Mauritanie, réussit à apaiser les différends qui existaient entre les deux souverains, et dé termina son père à ne traiter en ennemis que les chrétiens.

Patio de la grande  mosquée Nasride  de Grenade 14e siècle  (de nos jours église des Salvador) Espagne
Patio de la grande mosquée Nasride de Grenade 14e siècle (de nos jours église des Salvador) Espagne

Yacoub détruisit tous les lieux aux environs de Cordoue , remporta une victoire sur l’infant don Sanche , laissa son butin et son gros bagage à Baeça, se dirigea sur Tolède , ravagea tout le pays jusqu’à une journée de celte ville, et, après avoir tué plusieurs milliers de chrétiens, il revint à Algéziras avec une foule de prisonniers et une grande quan tile de riches dépouilles.

Comme ce monarque avait ménagé le sultan Nasride de Grenade, allié de Sanche, et qu’il avait enpéché que les terres des musulmans fussent dévastées par les croisés Castillans du parti d’Alfonse le maudit, qui servaient dans son armée, ceux-ci, soupçonnant quelque trahison, abandonnèrent son camp et retournèrent à Séville, où ils inspirèrent à leur souverain la défiance qu’ils avaient conçue sur les intelligences qu’ils supposaient entre les rois de Grenade et de Marrakesh.

Alfonse les crut et écrivit à ce dernier, pour se plaindre du refroidissement de son amitié.

Yacoub le rassura, et lui donna de nouveau sa parole de le faire triompher de tous ses ennemis.

Alfonse X étant mort en  avril 1284, peu de temps après le retour du roi de Marrakesh en Mauritanie, et le rebelle Sanche lui ayant succédé, Mohammed envoya complimenter le nouveau roi de Castille et confirma son alliance avec lui.

Yacoub, quoique touché de la mort d’Alfonse, offrit à Sanche la continuation de l’amitié qu’il avait eue pour son père.

Offensé de la réponse hautaine et grossière du roi de Castille, il reparut en Espagne, en safar 684- (avril 1285), et assiégea Xerez, tandis que le reste de ses troupes portait la désolation dans les territoires de Séville, de Carmone, d’Ecija et de Jaen ; mais l’approche de l’hiver, suivant Dombay , ou celle de l’armée de Castille et de Grenade, suivant Conde, le décida à lever le siège de Xerez et à retourner à Algéziras.

Il y reçut des ambassadeurs du rot de Castille auquel il accorda la paix .

Sanche , pour plaire à son nouvel allié, rompit toutes liaisons avec Mohammed, dont il congédia l’ambassadeur, en lui faisant entendre qu’il y était forcé par la nécessité.

Territoire du sultanat Arabe Nasride de Grenade  1238 – 1492
Territoire du sultanat Nasride de Grenade 1238 – 1492

De retour à Algéziras, Yacoub y appela le roi de Grenade, ainsi que les wallis de Malaga, de Guadix et de Comares, et les invita à la concorde , afin de résister plus facilement aux ennemis de l’islam.

Il exhorta Mohammed à se montrer le protecteur des musulmans, et à ne pas trop compter sur l’alliance et les secours des princes chrétiens, dont la poli tique était toujours subordonnée à l’intérêt et aux circonstances.

Il engagea les walis , trop faibles pour se maintenir dans leurs possessions , à se soumettre à lui ou au roi de Grenade.

Celui-ci appuya les raisons du monarque africain ; mais les autres , ayant paru peu disposés à reconnaître un suzerain , on se sépara sans rien terminer.

Cependant les walis traitèrent secrètement avec Yacoub, et l’un d’eux, Abou-Abdallah Mohammed ben-Eschkilola , lui céda Malaga  en échange de terres considérables en Mauritanie le monarque prit possession de cette ville, le 25 ramadhan 684; (24- novembre 1285), y passa les derniers mois de l’année et y mit pour gouverneur Omar ben-Mohly Al-Batouy, suivant Conde, ou Omar ben-Aly , suivant Dombay.

Le traité secret des walis avec le roi de Marrakesh et la perle Malaga , affectèrent sensiblement le roi de Grenade ; mais il dissimula son mécontentement, et s’attacha à mé nager l’amitié du roi Sanche, en attendant des circonstances plus favorables.

Yacoub mourut au commencement de Tannée 685 (1286).

Son fils, Yousouf III , lui ayant succédé sur le trône de Marrakesh, vint en Espagne et eut une entrevue , à Marbella , avec Mohammed-

Les deux princes s’y promirent, l’un, de ne plus soutenir les walis de Guadix et de Comares ; l’autre, de n’employer que les voies de la douceur pour les soumettre.

Malgré ces apparences d’amitié , tandis que le roi de Marrakech était occupé en Afrique par des révoltes et une guerre contre le roi de Tlemsen, Mohammed ayant gagné par ses présents le gouverneur de Malaga, Omar Al-Batouy, re couvra cette place importante , et céda à Omar en propriété, mais à titre d’hommage , la forteresse de Schaloubina.

Yousouf revint bientôt en Andalousie pour se venger du roi de Grenade , et pour punir la félonie d’Al-Batouy.

A peine débarqué à Algéziras , il assiégea la ville de Bejar ; niais l’approche d’une armée nombreuse envoyée contre lui par les rois de Grenade et de Castille , et le bruit que ces princes cherchaient à lui couper la retraite par mer en Afrique, l’obligèrent à retourner à Algéziras, d’où il passa secrètement à Tanger.

Il ordonna des levées considérables en Mauritanie, et il se disposait à revenir en Espagne, avec une armée formidable , lorsque les vaisseaux qui devaient la transporter furent brûlés, l’an 691 (1292), sur la côte de Tanger, par la flotte chrétienne , en présence des troupes musulmanes qui né purent s’y opposer.

Sanche, profitant de l’éloignement du roi de Marrakech, vint assiéger Tarifa , qu’il prit d’assaut, à la fin de chawal (octobre), et dont il donna le commandement à don Alfonse Perez de Guzman.

Ensemble de Palacios Nazari dans "Madinat al-Hamra"
Vue d’ensemble des palais Nasride , « Madinat al-Hamra »

 

Peu de temps après, l’infant don Juan, s étant révolté contre son frère le roi de Castille , alla chercher un asile à la cour de Marrakesh.

Il promit à Yousouf de reprendre Tarifa ; et, en ayant obtenu cinq cents cavaliers, il traversa le détroit, et alla mettre le siège devant cette place, secondé par la garnison d’ Algéziras.

La résistance qu’il éprouva , lui faisant craindre de s’être trop engagé avec le roi de Marrakesh, il eut recours à un moyen odieux qui a déshonoré sa mémoire.

Il  fit conduire, enchaîné , au pied des remparts, un jeune fils d’Alfonse de Guzman, avec menaces d’égorger cet enfant, si son père refusait de rendre la place.

Le gouverneur n’ayant répondu qu’en jetant son épée du haut des murailles , son fils fut à l’instant massacré ; mais la vue de sa tête, qui fut lancée dans la ville avec une catapulte, ne put abattre le courage de ce malheureux père, et les Maures furent forcés de lever le siège.

Le roi de Grenade avait fourni l’argent et les vivres pour l’expédition de Tarifa; et celte place, que le roi de Marrakesh  lui avait enlevée autrefois, devait lui être’ remise, d’après son traité avec le roi de Castillc. 11 en réclama la restitution.

Cette demande le brouilla avec Sanche, qui voulut garder sa conquête. Mohammed recommença ses in cursions sur les terres des chrétiens , et ravagea le royaume de Murcie.

De son côté, Sanche prit Quésada , emporta Alcaudète d’assaut, épouvanta les musulmans parles cruautés qu’il commit dans cette ville, et s’empara de plusieurs autres places.

Mais sa mort, arrivée l’an 694 (1295), rétablit les affaires de Mohammed, et le mit en état de réparer les pertes qu’il avait éprouvées, depuis le commencement d’un règne jusqu’alors sans éclat. Pendant une guerre de trois ans, il ne cessa de faire du mal aux chrétiens.

L’an 697 (1298) , il recouvra Quésada , reprit d’assaut Alcaudète, et les repeupla de musulmans.

Il se remit en possession d’Algéziras que lui vendit le roi de Marrakesh ; et celui-ci, dégoûté de ses entre prises en Andalousie, par une seconde tentative infructueuse contre Tarifa, ne s’occupa que des affaires d’Afrique, et renonça à ses acquisitions en Espagne .

Le roi de Grenade réussit alors à soumettre les walis de Guadix et de Comares, dont la révolte avait duré trente-six ans.

Ce prince, profilant des troubles qui déchiraient la Castille, pendant la minorité de Ferdinand IV, et informé que l’argent y était très-rare, offrit vingt mille dinars d’or à l’infant don Henri, avec quelques châteaux sur la frontière, pour qu’il lui rendît Tarifa.

Mais les ministres du jeune roi s’opposèrent à cet éehange, et le brave Perez de Guzman refusa de livrer la place. Le roi de Grenade vainquit ce guerrier près d’Ardjouna en 699 ( 1299 ) , et ne laissa pas d échouer devant Tarifa.

Il ne réussit pas mieux contre Jaen ; mais il brûla les faubourgs de Barra, ravagea toute cette partie de l’Andalousie , et s’empara de Bedmar. Mohammed II mourut au milieu de ces triomphes , le 8 chaban 701 ( 8 avril 1302), âgé de soixante-huit ans, après en avoir régné trente.

Prince habile, brave et prudent , il sut tour à tour employer les ressources des armes et de la politique, pour consolider le royaume que son père avait fondé.

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Détal de la fresque du palais Nasride de la Salle des Rois à l’Alhambra représentant les 10 premiers Sultans Nasrides

3«. Abou-Abdau.ah MOHAMMED III

. An de 1 hég. 701 (de J.-C. 1302).

Mohammed III succéda à son père Mohammed II , oui l’avait, de son vivant, associé au trône.

Son parent Abou’l- Hedjadj ibn-Naser, gouverneur de Guadix, fut le seul nui refusa de venir lui prêter serment de fidélité.

Mohammed, dès le premier mois de son règne , signa une trêve avec Jayme II , roi d’Aragon , et déclara la guerre à la Castille.

Il débuta par prendre d’assaut la ville d’Àlmandhar : parmi les choses précieuses et les captifs qu’il y trouva, était une fille d’une merveilleuse beauté, qui fut amenée à Grenade dans un char magnifique.

Sur le bruit de ses charmes, le souverain de Maroc la fît demander au roi de Grenade, qui, voulant se concilier l’amitié de ce puissant voisin , lui envoya la belle esclave, quoiqu’il en fût lui-même devenu amoureux.

L’an 703  ( 1303), Mohammed marcha contre son cousin Abou’l-Hedjadj , wali de Guadix (Wadi Ash), qui s’était révolté, le vainquit et le força d’aller se renfermer avec peu de monde dans cette ville.

La même année , il conclut une trêve aver le roi de Castille , sans pouvoir obtenir qu’on lui vendît ou qu’on lui échangeât la forteresse de Tarifa.

Informé des troubles qui régnaient en Mauritanie, pendant que le roi de Marrakesh faisait la guerre au roi de Tlemcen , il envoya son beau-frère Faradj , wali de Malaga , pour assiéger Ceuta par terre et par mer.

Cette ville se rendit le 29 chawal 705 ( 14 mai 13o6 ), après la fuite du gouverneur.

Faradj s’empara de quelques autres places, et retourna en Espagne avec un butin prodigieux.

Mohammed employa ces richesses à l’embellissement de Grenade.

Il y fit construire de nouveaux bains publics et une superbe mosquée , qui devint la principale de celte ville , et à laquelle il assigna de gros revenus.

Soleiman ben-Reby, gouverneur d’Almria , avait des intelligences secrètes avec le roi d’Aragon , et se préparait à la révolte. Mohammed ne lui en laissa pas le loisir et l’attaqua si brusquement , que Soléiman eut à peine le temps de se sauver.

Il se retira auprès du roi d’Aragon et l’excita à faire la guerre aux musulmans. I.e roi de Castille, d’accord avec ce dernier, envahit les frontières de Grenade.

Mohammed réclame en vain contre l’injuste violation des traités.

Le Castillan répondavec hauteur et va mettre le siège devant Algéziras, en safar 708 (juillet 13o8).

Dans le même temps, les Aragonais assiègent Âlméria par terre et par mer.

Murs de al-Casba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra .
Les murs d’al-Qasba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra . Grenade

 

Mohammed marcha au secours d’Algéziras ; mais les pluies contrarièrent ses opérations. Ferdinand IV convertit le siège en blocus, et envoya une partie de ses troupes contre Gi braltar, qui n’était pas alors dans la même position qu’elle occupe aujourd’hui. Cette place, mal gardée , ne tarda pas à capituler.

Les habitants en sortirent avec leurs biens, et plus de quinze cents passèrent en Afrique.

Cependant , Algéziras, quoique mieux défendue, aurait été forcée de se rendre, si le roi de Grenade , ayant à la fois sur les bras deux puis sants ennemis , tandis que des factions se formaient contre lui au sein de sa capitale , n’eût pris le parti de faire la paix avec le roi de Castille, à la fin de chaban 708 (février 1309).

Il obtint la levée du siège d’Algéziras, en payant à ce prince cinquante mille pièces d’or, et en lui cédant les places de Quadros , Chanquin, Quésada et Bedmar. Mohammed était doué de tous les avantages du corps et de l’esprit.

Il protégeait les savants , les gens de lettres , les admettait à sa table, proposait aux poètes des sujets de compositions, et figurait lui-même dans les concours.

Ses occupations littéraires et plus encore les soins continuels qu’il donnait aux affaires du gouvernement, lui ayant fait contracter l’habitude de travailler bien avant dans la nuit, avec ses ministres qui se relevaient successivement , il lui survint une maladie incurable qui altéra sa santé et particulièrement sa vue.

Cette infirmité, à laquelle il dut le sunom d’al-Ama (l aveugle), ou Al-Amasch (le chassieux), l’avait mis dans le cas d’accorder une confiance illimitée à son vézir, Abou- Abdallah Mohammed ben-Hakem; les émirs et les principaux cheikhs en furent jaloux.

Ils indis posèrent sourdement le peuple contre le roi , et lui suggérèrent le désir d être gouverné par un souverain plus clair voyant.

Enfin le dernier traité, entre Mohammed III et Ferdinand IV, fut le prétexte d’une sédition qui éclata avec fureur le 14. chawal 708 ( 1 4 mars 1309).

Dès le matin de ce jour solennel , une partie de la populace entoura l’ Alcaçar (al-Qasr), en se contentant de crier vive le roi Naser ! c’était le nom du chef de cette révolution , second frère de Mohammed.

En même temps la soldatesque enfonce les portes de la maison du vézir , brise ses meubles, brûle ses livres, et le poursuit jusqu’au palais.

Alors les mutins forcent la faible garde qui en défendait l’entrée , et sans respect pour la demeure royale , ils la livrent au pillage , égorgent le ministre aux pieds de son maître , et intiment à celui-ci la volonté du peuple qui exige son ab dication ou sa tête.

Mohammed , seul contre tant d’ennemis, se démet authentiquement, la nuit suivante, du trône qu’il avait occupé sept ans et deux mois.

Son frère ne daigna pas le voir, et le fit conduire au château d’Almunecâb, où il sur vécut cinq ans à sa disgrâce.

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Mohammed IV (assassiné) 1325-1333 Yûsuf Ier (assassiné) 1333-1354 Mohammed V al-Ghanî (démis) 1354-1359 Ismâ`îl II (assassiné) 1359-1360 Mohammed VI al-‘Ahmar 1360-1362

4e. Abou’l Djoïousch AL-NASER

. An de l’hég. 708 (de J.-C. 1309). Naser parcourut les rues de Grenade à cheval, et reçut léseraient de fidélité au milieu des acclamations de la joie publique.

La beauté de ses traits , la richesse de sa taille, le luxe recherché de ses vêlements , séduisaient le peuple qu’avaient rebuté la vie retirée et les infirmités de Mohammed.

Naser joignait d’ailleurs à ces avantages extérieurs, des qualités qui distinguent les grands princes ; affable , doux , juste et libéral , il aimait la vertu, et ceux qui la pratiquaient.

Il avait fait de si grands progrès dans l’astronomie et la gnomonique, sous Abou-Abdallah ibn Al-Rakam , le plus grand mathématicien de son temps , qu’il dressa lui-même des tables astronomiques fort exactes, et qu’il construisit une horloge avec une grande précision.

Mais ces talents , ces connaissances ne suffisaient pas à un souverain , dans des circonstances difficiles.

Sa révolte contre son frère avait brisé tous les liens de l’état, et fut la source des malheurs de son règne.

Le roi de Castille rompit la trêve qu’il avait conclue avec le monarque détrôné , envahit les frontières de Grenade et s’empara de la forteresse de Tempoul.

La ville de Ceuta qui , depuis plus de trois ans, supportait à regret la domination des Musulmans d’Espagne , ouvrit ses portes le 10 safar 709 (20 juillet 1309) aux troupes du roi de Marrakesh, Abou-Rebia Soléiman : ce prince, le mois suivant, dicta la paix au roi de Grenade , qu’il obligea de lui céder Algéziras et Ronda , et de lui donner sa fille en mariage.

Naser, n’ayant pu obtenir de Ferdinand une nouvelle trêve, ne laissa pas de marcher au secours d’Alméria.

Le roi d’Aragon vint à sa rencontre ; et , à la suite d’une sanglante bataille qui eut lieu, vers la fin de chaban 709 (fin de janvier 1310), les chrétiens levèrent le siège de cette ville, qui était à la veille de se rendre.

Après calte victoire , Naser retourna triomphant à Grenade.

Abou’l Walid Ismael, fils d’une sœur du roi Nasride de Grenade, et d’Abou-Saïd Faradj , wali de Malaga, s’étant fait des partisans, affectait l’indépendance.

Naser ordonna d’arrêter son neveu; mais l’ordre fut éventé , et le jeune ambitieux s’enfuit de Grenade.

Son père, au lieu de le punir, encouragea ses projets et fit une réponse menaçante à Naser, auquel il reprocha sa conduite envers son frère Mohammed.

A la fin de djoumadi II ». 710 (novembre 1310), Naser fut frappé d’apoplexie et passa pour mort.

Les amis de Mohammed s empressèrent d’aller le cherchera Almunecab, le mirent malgré lui dans une litière , et l’amenèrent à Grenade, dans les premiers jours de redjeb.

Mais ils virent avec surprise toute la ville en fêtes , pour le rétablissement inespéré du roi.

Mohammed allégua pour motif de sa visite, la part qu’il avait prise à la maladie de son frère.

Naser parut satisfait de sa démarche, mais il le fit reconduire à Almunecâb avec ceux qui s’étaient déclarés pour lui. Sur ces entrefaites, Ferdinand IV, roi de Castille, après avoir ravagé les frontières de Grenade, avait pris Alcaudète par capitulation.

Mohammed, qu’on soupçonnait d’avoir provoqué l’invasion de ce prince, lui écrivit pour le prier, au nom de leur ancienne amitié, de ne plus faire la guerre à Naser, son frère, mais au wali de Malaga, ennemi du roi de Grenade.

Ferdinand se préparait à marcher contre Malaga , lorsqu’il mourut subitement à Alcaudète, en septembre 1312.

On le porta à Jaen , où sa mort fut publiée trois jours après.

L’infant don Pèdre , son frère, accorda facilement la paix au roi de Grenade.

Naser n’en fut pas mieux affermi sur le trône.

L’ambition et les intrigues de son vézir, Mohammed ibn-Ali al-Hadji, bouleversèrent l’état , et causèrent la perle de son maître.

Ce ministre, voulant être seul à la tête des affaires , éloignait les grands de la personne du roi , et se défaisait de ceux qu’il voyait dans la faveur de ce prince.

Une puissante faction se forma contre lui; elle était soutenue parie wali de Malaga, dont le fils aspirait ouvertement au trône.

Ses agents arrivent à Grenade et y soufflent le feu de la sédition.

Le peuple s’attroupe, le 25 ramhadhan 712 (24 janvier 1313), et demande à grands cris la tête du vezir.

Carga arabe - Marcelino De Unceta Y Lopez
« Carga arabe » (Charge-arabe) – Marcelino De Unceta Y Lopez

 

Le roi , séduit par l’éloquence de ce ministre, ou satisfait de ses services, rassure de sa protection, sort pour haranguer les mu tins, et leur promet que Mohammed ne les chagrinera plus.

L’émeute se calme; mais Naser se borne à destituer le vezir, et irrite les mécontents qu’il punit partiellement à cause de ce favori.

Les principaux se retirent à Malaga et excitent Ismael à détrôner son oncle.

Le jeune wali rassemble des troupes nombreuses , et arrive devant Grenade le 28 chawal 713 (15 février 1314).

La plupart de ses partisans sortent en foule de la ville et viennent se joindre à lui : les autres prodiguent l’argent et les promesses pour exciter une révolte.

Les habitants se divisent en factions qui se pillent et s’égorgent réciproquement.

Le lendemain , les portes de la ville, du côté du faubourg Albaycin , sont ouvertes aux troupes d’Ismael.

Elles entrent sans résistance, et s’em parent, le même jour, de l’ancienne citadelle et de l’Al-Qaçar.

Naser, assiégé dans l’Alhamra, réclama les secours de l’infant don Pèdre, qui était à Cordoue.

Le prince croisé se mit aussitôt en marche avec ses troupes; mais, avant son arrivée , le roi de Grenade , pressé par les rebelles et par les sollicitations de ses amis, rendit la place et abdiqua te trône, à condition que lui et ses partisans auraient la vie sauve, et qu’on lui céderait Guadix et son territoire.

Le vainqueur, satisfait du succès de son entreprise, se montra généreux.

Naser partit pour Guadix le 3 dzoulkadah 713 (19 février 1314)

Victime d’une révolution semblable à celle qu’il avait suscitée contre son frère, et désabusé de la vanité des grandeurs humaines, il vécut content dans sa retraite , au sein d’une douce philosophie , rejetant tous les conseils qu’on lui donna pour recouvrer le trône qu’il avait occupé cinq ans et un mois.

La mort de Mohammed III avait précédé de peu de temps la catastrophe de son frère.

Il finit ses jours le 3 chawal 713 (24 janvier 1314) , à l’âge de cinquante-huit ans, soit naturellement , soit pour être tombé dans un lac par accident, suivant les uns, ou, suivant d’autres, par ordre de Naser.

Celui-ci mourut le 6 dzoulkàdah 722 (16 novembre 1322), âgé de trente-six ans.

Son corps, ainsi que celui de son frère, fut porté à Grenade.

Ils furent inhumés honorable ment auprès de leurs ancêtres, et l’on grava une longue épitaphe sur leurs tombeaux.

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Mohammed Ier al-‘Ahmar al-Ghâlib bi-llâh 1238-1273 Mohammed II al-Faqîh (empoisonné ?) 1273-1302 Mohammed III al-Makhlû` (démis) 1302-1309 Abû al-Juyûch Nasr (démis) 1309-1314 Abû al-Walîd Ismâ`îl Ier (assassiné) 1314-1325

5e. Abou’l Walid ISMAEL 1« .

An de l’hég. 713 (de J.-C. 1314 )• Ismaël fut proclamé roi, le jour même où Naser son oncle maternel sortit de Grenade.

Outre ce degré de parenté, ce prince appartenait à la famille des Nasrides; il paraît même qu’il était le plus roche héritier du trône, en ligne collatérale, depuis que Faradj , frère des deux derniers rois , et. incarcéré par ordre de l’un d’eux , avait sans doute terminé sa carrière dans les fers.

Ismaël, zélé défenseur des préceptes du Coran , corrigea les abus au moyen desquels on éludait la prohibition du vin: il obligea les juifs de porter, sur leurs habits, une marque qui servît à les distinguer des musulmans , et les assujettit à un impôt sur les maisons et sur les  bains.

Cependant , malgré sa dévotion , il était ennemi des subtilités théologiques des fakihs et des oulémas.

Un jour qu’ils disputaient devant lui sur les fondements et la vérité de l’islam , il se leva en s’écriant . « Je ne connais d’autres principes qu’une ferme » et sincère croyance au Dieu tout-puissant; et voici mes » arguments, » ajouta-t-il, en saisissant son épée.

L’infant don Pèdre , qui venait au secours de Naser, ayant appris en chemin la révolution qui avait privé celui-ci du trône, suspendit sa marche sur Grenade ; mais, ne voulant pas avoir fait une expédition inutile , il assiégea et prit d’assaut la forteresse de Rute, et retourna à Cordoue.

Ismaël, -informé qu’un corps de cavalerie escortait un convoi de vivres, envoyé par le roi de Castille à son allié le roi Naser à Guadix , voulut le surprendre ; mais ses troupes furent repoussées avec perte de quinze cents hommes, au commencement de l’année 716 (1316). près de la rivière Fortuna.

Les chrétiens prirent d’assaut les villes de Cambil et d’Alhawar, et dévastèrent toute cette frontière.

Ismaël marcha contre eux; mais ils se retirèrent à son approche.

Le roi de Gre nade , afin de ne pas perdre le fruit de cette campagne , alla mettre le siège devant Gibraltar, que le roi de Maroc venait d’enlever aux chrétiens , la même année , suivant Dombay , après avoir vaincu et tué leur amiral.

Le but d’Ismaël était d’ôter au roi de Marrakesh la facilité de passer d’Afrique en Espagne ; mais les secours que la place reçut par terre et par mer, forcèrent les troupes de Grenade de décamper, sans oser risquer une bataille.

Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l'ancienne ville d'Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.
Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l’ancienne ville d’Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.

Cependant l’infant don Pèdre, après avoir ravagé tout le pays entre Jaen et les montagnes, avait pénétré jusqu’à Hisn-Alhas et à Pina, dans les environs de Grenade , lorsque l’arrivée d’Ismaël l’obligea de retourner à Ubeda , et lui fit perdre dans cette retraite une partie de son butin et de ses prisonniers.

Il rentra bientôt dans les états de Grenade , et prit Velmez d’assaut, et Tiscar par capitulation.

Ces pertes n’abattirent point le courage d Ismaël, et la fortune ne tarda pas à l’en dédommager.

L’infant don Juan , seigneur de Biscaye, jaloux de partager la gloire de son neveu don Pèdre , se joignit à lui.

Ces deux princes, ayant saccagé les plaines depuis Alcabdal (Alcaudète), jusqu’à Alcala la Real , assiégèrent Illora, dont ils brûlèrent un faubourg, marchèrent sur Pinos, et parurent le jour de la Saint-Jean, 1319, à la vue de Grenade.

Ismael harangua ses capitaines ; toute la jeunesse de la capitale s’arma pour défendre son roi , qui donna le commandement de ses troupes à un Persan nommé Mahradjan al-Farisi, et se mit lui-même à la tête d’un corps de réserve.

Les chrétiens, attaqués avec fureur, ne purent résister au » nombre, et battirent en retraite ; mais, le désordre s’étant mis dans leurs rangs , ils furent enveloppés , et les deux infants tombèrent morts dans le plus fort de la mêlée.

Leurs troupes, poursuivies par les musulmans, jusqu’à la nuit qui favorisa leur fuite, laissèrent le » champ de bataille couvert de cadavres , que le roi de Grenade fit enterrer, de peur que l’air ne fût infecté par leur putréfaction.

Il renvoya à Cordoue le corps de don Juan qui fut reconnu par les captifs.

Cette bataille, que les historiens espagnols ont nommée la journée des infants, arriva le 26 juin 1319. Conde, en la rapportant à la fin de l’année 718 , qui correspond aux mois de janvier ou février 1319, s est trompé d’autant plus évidemment, que l’époque qu’il assigne à l’arrivée des infants devant Grenade , et les précautions d’Ismaël après sa victoire , confirment la tradition qui attribue principalement à l’extrême chaleur, la défaite et la mort des deux princes castillans.

Le roi de Grenade recouvra par cette victoire toutes les places qu’il avait perdues : il accorda une trêve de trois ans au roi de Castille, et en profita pour envahir les frontières de Murcie, où il s’empara de Huescar, Ores et Galcra, qui appartenaient probablement au roi d’Aragon.

La trêve expirée , lsmaèl , informé des troubles qui régnaient en Castille, alla camper devant Raeça, en redjeb 724 ( juillet 1324)- il attaqua cette ville jour et nuit , se servant de machines ingénieuses, qui lançaient avec grand bruit des globes de feu semblables à la foudre, et dont les ravages sur les murs et les tours de la place l’obligèrent de se rendre, le 24 de ce mois ( 17 juillet).

L’année suivante, il réduisit, par les mêmes moyens, la ville de Marlos qu’il prit d’assaut.

Le carnage y fut si horrible, que les vainqueurs firent la prière du soir et du lendemain sur le tapis de sang qui couvrait toutes les rues.

Il revint triomphant à Grenade, chargé de dépouilles et suivi d’une multitude de femmes et d’enfants captifs.

Dans ce nombre se trouvait une fille de la plus rare beauté, que Mohammed ibn-lsmaël, fils du wali d’Algéziras, et cousin- germain du roi , avait arrachée des mains des soldats , au péril de sa propre vie Ismaël, l’ayant vue, en devint amoureux, la fit enlever et conduire dans son harem.

Al-Bab Fajj al-Lawza donnae  accès au sommet de l' Albaicin de Grenade
La porte Al-Bab Fajj al-Lawza donnee accès au sommet de l’ Albaicin de Grenade

Sensible à cet outrage, Mohammed s’en plaignit avec véhémence: mais le roi lui ordonna de se taire et le chassa dure ment de sa présence.

Mohammed, la rage dans le cœur, fit partager ses projets de vengeance à ses parents et à ses amis , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Deux jours après le retour d Ismaël à Grenade, les conjurés allèrent l’attendre à la porte de l’Alhamra, sous prétexte de vouloir lui parler à son passage; et, lorsqu’ils le virent sortir , Mohammed et son frère, s’étant approchés de lui , comme pour le saluer, le frappèrent de plusieurs coups de poignard, tandis que les autres conjurés mirent à mort le premier vezir qui avait essayé de défendre son maître.

Ce .crime fut commis avec tant de promptitude , que les assassins eurent le temps d’échapper à la vigilante activité du second vezir, qui fit trancher la tête à leurs amis.Ismaël fut porté dans les appartements de la sultane mère, où il expira le même jour, 26 redjeb 725 (8 juillet 1325), a l’âge de quarante-huit ans, après avoir régné onze ans et neuf mois.

Il fut enterré le lendemain , auprès de ses ancêtres, et on lui érigea un tombeau de marbre, sur lequel on grava son épitaphe.

Ce prince laissait quatre fils en bas âge , Mohammed , Faradj , Abou’l Hedjadj et Ismaël.

Le vezir, par son adresse, sa fermeté, et avec le secours de ses amis, sut déjouer les projets du capitaine des gardes, Osman, partisan secret des conspirateurs, et assura le trône à Mohammed, en le faisant reconnaître roi, avant de publier la mort de sou père.

Arbalète nasride,15eme siècle
Arbalète nasride,15eme siècle

6e. Abou-Abdai.i.au MOHAMMED IV.

An de l’hég. 725 (de J.-C. 1325). Mohammed n’avait pas onze ans, lorsqu’il fut proclamé roi de Grenade.

Son vizir, Aboul Hassan Ali al-Moharaby, et le commandant de la garde Jinete nord-africaine, Abou-Said Othmaun , habile et vaillant capitaine, de la race des Mérinides qui régnait à Fez et à Marrakesh, furent chargés du gouvernement pendant sa minorité; mais, le vezir étant mort cinq semaines après, son successeur, Mohammed al-Mahrouk, crut pouvoir profiler de la jeunesse du roi, pour opprimer ses égaux , abattre la principale noblesse, obscurcir le mérite et éloigner de la cour jusqu’aux frères de ce prince.

L’un d’eux , Faradj, fut exilé à Alméria, où il finit ses jours dans les fers. Ismaël fut banni et demeura en Afrique pendant tout le régne de son frère.

L’an 726 ( 1326), Othman fit une invasion sur les terres de Castille, et enleva aux chrétiens la forteresse de Rute.

Carte du croisé  Pietro Vesconte en 1325 de l'Afrique du Nord et de l'Andalousie avec leurs bannières
Carte du croisé Pietro Vesconte en 1325 de l’Afrique du Nord et de l’Andalousie avec leurs bannières

Peu de temps après , ce général , ayant reçu quelque offense du vezir, quitta le service de Mohammed qui n’avait pas eu égard à ses plaintes, et partit de Grenade pour passer en Afrique. Cependant l’orgueil et l’ambition du ministre ex citèrent un mécontentement général.

Le roi, sans qu’on lui eût porté de nouvelles plaintes, déposa le vezir, le fit charger de fers , et le remplaça par Mohammed ibn- Yahia al-Kidjati , homme généralement estimé.

Cet acte de vigueur intimida les courtisans, et fil bien augurer de la fermeté, du courage et de la justice du jeune monarque.

Au commencement de l’année 727 (fin de 1326), Othman revint d’Afrique, excita un soulèvement dans le district d’Andujar, et y fit proclamer roi, l’oncle paternel de Mohammed IV, nommé Mohammed^ ibn-Faradj , qu’il disait avoir ramené de Tlemcen.

Le roi de Grenade marcha sans délai contre ces rebelles et les combattit avec des avantages réciproques ; mais, Othman ayant sollicité le secours des chrétiens, Alfonse XI , roi de Castille , saisit cette occasion de faire des incursions sur les terres des musulmans, auxquels il enleva les villes de Vera , Olbera , Pruna et Ayamonte.

Mohammed livra ba taille aux Castillans , dans les environs de Cordoue , sur les bords du Guadalorza; mais il fut vaincu par leur général , don Manuel , seigneur d’AI-Hojra.

De retour à Grenade, le 2 moharrem 729 (6 novembre 1328), il fit- décapiter, le même jour, l’ancien vezir Al-Mahrouk , principale cause de cette guerre funeste.

Sur le bruit de la prochaine arrivée des Africains, Mohammed envoya son vezir Al-Kidjati, pour recommander à son oncle, wali d’Algéziras , de défendre cette place contre leurs attaques.

Mais quelques jours après , le 17 redjeb 729 ( 17 mai 1329), ce ministre périt dans une bataille gagnée par les Africains, qui prirent Algéziras , ainsi que Ronda et Marbella. Ces nouvelles répandirent l’alarme dans Grenade.

Le roi , avant de se mettre en campagne , rromma pour premier vezir et hadjeb , Abou’l Naïm lledhwan , habile et vaillant capitaine qui jouissait de la confiance universelle. Mohammed, à la tête d’une brillante armée, entra dans les états de Castille et s’empara de Cabra et de Pripgo.

Il battit ensuite les chrétiens et emporta la forteresse de Jaen, au grand étonnement de ses généraux qui avaient jugé l’entreprise téméraire.

Il détruisit les murs de Casares, et serait entré dans cette place, s’il n’avait ras diffère l’assaut jus qu’au lendemain ; mais, sur l’avis de ses coureurs , il leva le siège, alla livrer bataille aux Castillans, les vainquit et les poursuivit l’espace de plusieurs milles.

Au lieu de retourner devant Casares, il vint assiéger Gibraltar, qu’il savait n’être défendu que par une faible garnison ; et , malgré les ma chines et la résistance des chrétiens, il l’emporta d’assaut.

Il reprit ensuite Ronda , Marbella et Algcziras , que les Afri cains , aidés par les rebelles, lui avaient enlevées pendant sa minorité.

Peu de temps après , les chrétiens vinrent assiéger Gibraltar par terre et par mer.

Ils s’éloignèrent , à l’approche de Mohammed, et allèrent attaquer Teba de Ardalis, dans les environs d’Ossuna.

Le roi de Grenade marcha contre eux et vint camper à Turon , près de Teba.

La forteresse de Pruna lui ayant été livrée par le gouverneur, il envoya trois mille cavaliers, qui pénétrèrent dans le camp des chrétiens, y firent un grand carnage, et se retirèrent ensuite pour les attirer dans une vallée à une lieue de là , où trois mille autres cavaliers étaient en embuscade; mais les Castillans attendirent prudemment les renforts que leur envoya leur souverain, s’avancèrent alors en bon ordre, as saillirent les musulmans dans leur propre camp, les mirent en déroute et revinrent devant Teba, dont ils s’emparèrent , ainsi que de Priego, Canete, las Cuevas et Ortejicar.

Sur ces entrefaites, Abou’l Haçan Ali, roi de Marrakesh, traversa le détroit, et se rendit maître de Gibraltar.

Mohammed dissimula cette injure; et , pour ne pas perdre l’amitié d’un prince si puissant et si belliaueux , il fui céda de bonne grâce cette forteresse.

Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l'alhambra  (henry Regnault)
Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l’alhambra (henry Regnault) 
Il envahit ensuite le territoire de Cordoue , assiégea inutilement Castro del Rio, et retourna par Cabra dans sa capitale.
Le roi de Castille , connaissant l’importance de Gibraltar, la fit attaquer par toutes ses forces de terre et de mer.
Malgré la vive résistance de la garnison africaine, il l’aurait réduite par famine, sî le roi de Grenade , informé de l’état de la place , ne fût accouru à son secours , comme allié du roi de Marrakesh.
Arrivé à Algéziras, il tomba sur les chrétiens avec tant de succès, qu’il les contraignit de lever le siège.
Jeune et fier de sa victoire, il plaisanta les capitaines africain*, et leur fit sentir assez malignement que, sans lui, ils seraient morts de faim , ou qu’ils auraient subi la loi des chrétiens. 11 fut cruellement puni de cette imprudente raillerie.
Dans le dessein d’aller visiter en Afrique le roi de Marrakesh , son allié, il avait congédié son armée, et il revenait le lendemain, avec une suite peu nombreuse, pour s’embarquer à Gibraltar, lorsque des assassins, apostés par les capitaines  africains, sur les montagnes escarpées qu’il avait à gravir, aux environs de cette ville, l’attaquèrent dans un étroit défilé , où ses gardes, marchant à la file des uns des autres, ne pouvaient le défendre , et ils le percèrent de leurs lances, le 13 dzoulhadjah 733 ( 24 août 1333) .
File:Puerta de las Armas.JPG
« Bib al-Medina » ou Porte de la Citadelle de Grenade. Nasride.
Muhammad était à peine âgé de dix- neuf ans, et n’avait régné que huit ans et cinq mois. Ses gens ayant redescendu la mon tagne en fuyant, son corps y demeura exposé a’ux outrages des soldats africains qui lui devaient la vie.
Vers le soir , des troupes, envoyées par son frère Yousouf, vinrent recueillir les restes de leur noble et brave souverain , et voulurent venger sa mort ; mais elles trouvèrent les portes de la ville fermées.
On l’enterra dans un jardin , près de Malaga , et son tombeau , décoré d’une épitaphe , fut renfermé dans une chapelle sépulcrale.
Tel fut le sort de Mohammed IV, qui, à la beauté des formes , aux grâces, aux qualités aimables de la jeunesse , joignait les talents, les vertus et la majesté d’un grand roi.
Eloquent, spirituel, il était doué d’une force prodigieuse, et d’une adresse admirable dans tous les exercices du corps.
Personne ne l’égalait dans les joutes, les tournois et les carousels.
Passionné pour les chevaux de race, il les préférait à tous les autres présents.
Sa libéralité était extrême, et il ré compensait avec la même magnificence les savants, les gens de lettres, les guerriers, les hardis écuyers et les hommes habiles dans les arts mécaniques et libéraux.
Il employait les loisirs de la paix à embellir Grenade par des mosquées, des fontaines, des jardins.
Il améliorait la police; et dans les moments qu’il dérobait aux soins du gouvernement, aux plaisirs de la chasse et de l’équitation, il se délassait eu lisant des vers et des histoires galantes et chevaleresques.
Cavalier arabe Nasride 14eme siècle
Cavalier archer arabe Nasride 14eme siècle

7«. Abou’l Hedjadj YOUSOUF I ».

An de l’hég. 733 (de J.-C. 1333 ). Yousouf était campé sur les bords du Guad-al Sefaïn , qui traverse la plaine d’Algéziras, lorsque l’armée qu’il ramenait à Grenade , ayant appris la fin tragique de son frère Mohammed , le proclama roi dans sa tente , le même soir : cette élection fut con firmée par le vezir et par le divan de Grenade. Yousouf con sola ses sujets de la perte de son frère.

Agé de quinze ans , il possédait les mêmes avantages physiques et moraux; mais, comme il cultivait les sciences et la poésie, il était plus porté pour la paix que pour la guerre.

Après les fêtes de son couronnement, il envoya des ambassadeurs à Séville, et conclut avec le roi de Castille une trêve de quatre ans , à des conditions avantageuses.

Alors il s’appliqua à réformer les lois et les ordonnances de ses prédécesseurs, qui s’altéraient chaque jour par les subtilités des docteurs et l’iniquité des juges. Il ordonna des formulaires plus courts et plus simples pour les actes publics ; il rédigea , à cet effet, des traités et des commentaires qu’il fit copier par les oulémas.

Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Il créa de nouvelles distinctions pour récompenser les services des fonctionnaires civils et militaires.

Il fit publier des traités pour le perfectionnement des arts et métiers ainsi que de la tactique.

Le vezir Redhwan, qui avait dirigé les affaires avec beau coup de talent , sous le dernier règne , étant mort , Yousouf lui donna pour successeur, le 3 moharrem 734. (14 septembre 1333), Abou-Ishak ibn Abd al-Bar

Ce choix ayant dé- plu généralement, le roi accueillit comme des preuves de zèle pour son service, les représentations multipliées qui lui furent adressées directement, sur le caractère hautain et vindicatif de ce ministre, et sur les troubles qu’il occa sionnait dans l’état.

Il le déposa quelques jours après et revêtit de sa charge, Abou’l-Naïm, fils de Redjiwan, homme juste et vertueux, mais dur et coléreux.

Sans égard pour le rang, la naissance ou la fortune, et terrible pour tous ceux qui paraissaient devant son tribunal, ce vezir était si sévère et si prompt dans ses jugements, qu’il punissait de mort les fautes les plus légères , et qu’il fit même périr quelques innocents, Yousouf , touché des plaintes qui lui parvinrent contre son ministre, le fit mettre en prison , le 22 redjeb 740 (23 janvier 134o).

Ce prince , se voyant en paix avec tous les rois ses contemporains , embellit ses états de somptueux bâtiments, entre autres d’une grande mosquée a Grenade , et d’un magnifique palais dans les environs de Malaga.

Après l’expiration de la trêve , renouvelée avec les chrétiens, Yousouf envoya des troupes ravager le royaume de Murcie, sous les ordres d’Abou-Tabet Omar ben-Othman, du sang royal des Merinides de Marrakesh et Fès.

Ce général , ayant brûlé la forteresse de Guad-al-Himar , revint à Grenade avec un butin considérable et un grand nombre de captifs.

Omar avait gagné la faveur du roi, par ses qualités aimables , son illustre naissance et l’importance de sa charge.

Il  était l’arbitre et le dispensateur de toutes les grâces; personne, sans sa permission , ne pouvait parler au monarque, et rien ne se faisait dans le palais, que par son ordre.

Cavalier leger  arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade  Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Cependant, peu de jours après le retour* de son favori, Yousouf le fit arrêter, et renfermer dans une rigoureuse prison.

On attribua cette étonnante disgrâce d’Omar, à quelques propos indiscrets sur les galanteries de son maître, ou à quelque rivalité d’amour.

Le roi de Grenade , ayant appris la victoire navale remportée par Abou’l-Haçan Ali, roi de Marrakesh, sur les Castillans, dans le détroit de Gibraltar, la fit célébrer dans ses états, par des illuminations et des réjouissances, et alla , avec une brillante escorte, visiter le monarque à Algéziras.

Les deux rois résolurent d’entreprendre le siège de Tarifa qu’ils commencèrent le 3 rabi ier. 741 (27 août 134o ).

Ils y firent usage de canons qui lançaient des boulets de fer, par le moyen du naphte , et détruisaient les murailles et les tours.

Durant ce siège , le roi de Marrakesh envoya un corps de troupes, qui, après avoir dévasté les territoires de Xerez, Sidonia , Lebrija et Arcos, et revenant chargées de butin, furent attaquées brusquement par les chrétiens , dans les environs de cette dernière ville, et prirent honteusement la fuite , à l’exception de quinze cents hommes qui se firent tailler en pièces, avec leurs deux généraux .

Cet échec fut très sensible aux rois de Marrakesh et de Grenade qui ordonnèrent aussitôt de nouvelles levées dans leurs états.

Les assiégés étaient serrés de près dans Tarifa , par les musulmans qui recevaient des renforts continuels, lorsque le roi de Castille et celui de Portugal, son auxiliaire, s’a vancèrent , pour délivrer cette place , et vinrent camper à tiijarayel (Pena-del-Ciervo), sur les bords du Guad-Acelito (le Rio-Salado).

L’armée des Musulmans s’avança contre eux, et s’arrêta sur l’autre rive.

Comme le jour était trop avancé, il n’y eut que des escarmouches d’avant-postes , et la ba taille fut remise au lendemain, 7 djoumadi 1″. 741 (29 oc tobre 134o ).

Les chrétiens traversèrent la rivière, et furent aussitôt attaqués par les Africains et par les troupes de Grenade.

Étendard Nasride de Grenade
Étendard Nasride de Grenade

On combattit des deux côtés avec autant de valeur que d’acharnement : mais la cavalerie musulmane, divisée en pelotons, finit par être coupée et enveloppée par la grosse cavalerie castillane; en même temps, la garnison de Tarifa, ayant fait une sortie générale, s’empara du camp du roi de Marrakesh, de son harem et de ses trésors.

L’épouvante se répandit alors parmi les Africains, qui s’en fuirent en désordre.

Les Musulmans espagnols résistaient encore avec des forces inégales; mais Yousouf, craignant qu’ils ne fussent cernés par toute l’armée chrétienne, ordonna la relraite; elle se fit en combattant jusqu’.i Algéziras.

Le roi de Maroc se retira sur Gibraltar , d’où il mit à la voile le même jour pour Ceuta. Les musulmans laissèrent la plaine couverte d’armes et de cadavres (2).

Le roi de Grenade, in formé que les chrétiens voulaient lui couper la retraite , embarqua ses troupes et se rendit par mer à Almunecar.

Après cette victoire, le roi de Castille assiégea Calayaseb, que les habitants rendirent et abandonnèrent par capitulation.

Il prit ensuite Priego et Ben-Anejir.

Les armes des Maures ne furent pas plus heureuses, l’année suivante, à l’embouchure du Guad-al-Menzil ; les flottes de Marrakesh et de Grenade, » vaincues par celle de Castille et de Portugal , perdirent plusieurs vaisseaux, et leurs deux amiraux furent tués dans cette action.

La fortune s’était alors déclarée contre les musulmans.

Animé par des succès aussi continuels, Alfonse résolut le siège d’Algéziras, ville importante par sa force et sa beauté, par la fertilité de son sol , et par sa situation qui la rendait une des clefs de l’Espagne.

Tandis qu’une partie de ses troupes continuait de ravager les états de Grenade , il vint camper devant Algéziras, le 3 août 1342, et se retrancha dans son camp.

La garnison fit plusieurs sorties pour inquiéter les travailleurs, et livra un grand nombre de combats.

Les machines et les tours de bois que les chrétiens construisaient , étaient détruites par les Musulmans , au moyen des pierres qu’ils laissaient tomber du haut des remparts, ou des boulets rouges qu’ils lançaient, avec du naphte tonnant (de la poudre a canon).

Abou’l-Haçan, roi de Marrakesh, occupé dans ses états par la révolte d’un de ses fils , n’ayant pu envoyer des troupes au secours d’Algéziras , le roi de Grenade entreprit de délivrer cette place.

Arrivé sur les bords du Gnadiaro, il eut besoin de stimuler le courage de ses capitaines, devenus timides depuis la bataille de Tarifa.

Ils traversèrent avec lui la rivière Palmones qui séparait les deux camps, et surprirent au point du jour les chrétiens, par une attaque subite qui mit le désordre parmi ces derniers.

Mais la cavalerie des Musulmans, renversant tout ce qui lui résistait, échoua devant le retranchement et le rempart de lances que les Castillans lui opposaient.

Les musulmans furent alors obligés ds se retirer.

Les bateaux qui , pendant la nuit, introduisaient des vivres dans Algéziras, ne purent la préserver de la disette; les assiégés manifestèrent au roi de Grenade le désir de traiter avec les chrétiens.

Yousouf , ayant reçu du roi de Marrakesh le conseil de faire la paix avec le roi de Castille, entra en négociation ; mais, comme Alfonse exigeait pour première clause, la reddition de la place, Yousouf aurait tenté un dernier effort, si ses généraux ne lui eussent représenté que , pour sauver une ville, il s’exposait à perdre son royaume. Algéziras fut donc rendu.

Les chrétiens y entrèrent le 26 mars 1344, après un siège de vingt mois : les habitants emportèrent leurs trésors el leurs effets dans la vieille ville, d où ils se retirèrent où ils voulurent.

Les rois de Grenade et de Castille signèrent une trêve de dix ans. Alfonse se montra généreux . et traita avec beaucoup d’égards les plénipotentiaires musulmans.

Yousouf s’occupa du bonheur de ses peuples pendant la fiaix, et c’est à ce titre qu’il tient un rang distingue parmi es meilleurs rois de Grenade.

Il établit dans ses états des écoles, où la méthode d’enseignement fut simple et uniforme.

Le fort Nasarde d'al-Hamra (Alhambra) à Grenade
Le fort Nasride d’al-Hamra (Alhambra) à Grenade

Il publia des règlements sages et utiles pour l’observance de la religion et le maintien de la discipline ecclésiastique.

Il voulut que tous les villages , qui renfermaient plus de douze maisons, eussent une mosquée.

Il  réforma les désordres, les indécences, les profanations qui avaient lieu pendant les deui fêtes de Pâques, et prescrivit qu’on les célébrât , ainsi que les dimanches, avec recueillement, par des actes de bienfaisance, par des lectures el des conversations édifiantes, etc.

Il ordonna que les femmes fussent entièrement séparées des hommes dans les mosquées, et défendit aux filles d’y assister, sinon dans des tribunes particulières.

Il prohiba les prières tumultueuses qui avaient lieu dans les rues et dans les places publiques, pour obtenir de la pluie , et prescrivit de les faire avec humilité dans les campagnes.

Il abolit les assemblées nocturnes dans les mosquées, enjoignit aux femmes de ne plus y faire de neuvaines sans leurs maris, leurs pères ou leurs frères, en exclut les filles et leur défendit de suivre les enterrements.

Il interdit l’usage de l’or, de l’argent et de la soie pour la sépulture des morts , ainsi que les cris, les lamentations ridicules, et les cérémonies superstitieuses.

Il permit les danses et les festins pour les noces , les naissances et les autres fêtes de famille; mais il en bannit la licence et l’ivresse.

Il perfectionna la police de la capitale, et créa des vezirs pour veiller au bon ordre des marchés, et à la sûreté de chaque quartier , qui devait être fermé le soir et visité par des rondes nocturnes. » Yousouf publia des ordonnances sur l’art de la guerre et la discipline militaire.

Il établit la peine de mort contre tout musulman qui fuirait devant l’ennemi, lorsque celui- ci ne serait pas au moins deux, fois plus nombreux.

II défendit aux gens de guerre de tuer les enfants, les femmes , les vieillards, les malades, et même les religieux, à moins que ceux-ci ne fussent pris les armes à la main.

Il ordonna que les biens seraient rendus en nature ou en équivalent aux chrétiens qui embrasseraient l’islam.

Il fixa la part de butin qui devait revenir à tous les musulmans, depuis le roi jusqu’au dernier ouvrier de l’armée.

Il défendit aux fils de famille d’entreprendre le pèlerinage de là Mekke ou d’embrasser le parti des armes, sans la permission de leurs parents, et ne les dispensa de cette formalité, pour le second cas, que dans les dangers pressants.

La législation criminelle fut aussi l’objet de son attention.

Il ordonna que les accusés d’adultère, d’homicide et d’autres crimes capitaux , ne pussent être condamnés à mort , sans l’aveu des coupables, ou sans la déposition unanime de quatre témoins.

Les adultères devaient être lapidés ; les coupables de fornication , non mariés, devaient être bannis pour un an, après avoir reçu cent coups de fouet, les filles sur leur chemise, les hommes à nu ; et, s’ils étaient de condition égale, on les obligeait de se marier.

Il voulut que les voleurs fussent jugés juridiquement; et, à la place des peines arbitraires qu’on leur infligeait, il établit des supplices plus ou moins graves, suivant la nature des délits et les cas de récidive.

Enfin, il ordonna que les corps des suppliciés fussent lavés , ensevelis et inhumés, avec les mêmes céré monies et la même décence que ceux des autres musulmans.

Nom : Maison nasride Lieu : Rue Cobertizo de Santa Inès, n° 4, Grenade, Espagne Date/période de construction : XIVe siècle Dimensions : 164 m2
Cette maison du 14e siècle est l’un des rares exemples encore conservés d’habitation nasride, située dans une allée ou une impasse à Grenade , Espagne, typique de la ville arabe médiévale

Ce sage monarque fit achever et embellir les édifices commencés dans la capitale.

A son exemple, les seigneurs de Grenade firent bâtir, et la ville se remplit de maisons et de tours élégantes , les unes en bois de cèdre , admirablement travaillées; les autres en pierres revêtues de métaux.

Dans l’intérieur, on voyait des pavillons surmontés de dômes d’un travail délicat , dont les murs étaient d’or et d’azur et les planchers en mosaïque.

De belles fontaines y répandaient la fraîcheur.

Le goût de l’architecture fut tellement en vogue sous le règne d’Abou’ Hedjadj Yousouf, que, suivant les expressions d’un auteur arabe, Grenade était connue une lasse d’argent pleine d’hyacinthes et d’émeraudes.

Yousouf conserva l’amitié des rois de Marrakesh, Abou’I Hassan-Ali et Abou-Anan Fares.

Il aurait désiré de renouveler, pour quinze ans , la trêve avec les chrétiens ; mais le roi de Castille, encouragé p3r ses derniers triomphes, et voulant profiler des troubles qui régnaient en Mauritanie, pour enle ver aux musulmans tout ce qui leur restait en Espagne , rompit la trêve, vint assiéger Gibraltar, au printemps de l’année 700 (1349), et campa dans une plaine sablonneuse qui séparait cette ville d’Algéziras.

Les fortifications naturelles de la place, et la valeur de sa garnison , lui opposè rent une longue et vive résistance.

La peste s’étant mise dans son armée, il en mourut le 10 moharrem 751 (20 mars 135o).

Le roi de Grenade, qui faisait des incursions depuis Ronda , Zahara , Eslcpona et Marbella, pour inquiéter les assiégeants ayant appris la mort de leur souverain, quoiqu’il dut la regarder comme un événement heureux pour l’islam , ne put s’empêcher de dire que le monde avait perdu un excellent prince , qui savait honorer le mérite , même celui de ses ennemis.

Il permit que plusieurs capitaines musulmans portassent le deuil d’Alfonse, et ne troubla pas la retraite des Castillans , qui portèrent religieusèment le corps de leur monarque à Séville.

La même année, mourut, dans les prisons d’Alméria , le prince Faradj , frère de Mohammed IV et de Yousouf.

Le roi de Grenade célébrant la pâque dans la grande mosquée, le ier. chawal 755 (19 octobre i354) , un assassin obscur se jeta sur lui avec fureur, et le frappa de son poignard.

Le monarque, blessé, interrompit sa prière: on vola à son secours; on le porta dans son palais; mais il expira en y arrivant, âgé de trente-huit ans , après en avoir régné vingt- deux , moins un mois. Son meurtrier fut mis en pièces et brûlé publiquement.

Les funérailles de Yousouf se firent le soir aux flambeaux.

Sur le magnifique tombeau de mar bre qu’on lui érigea dans le cimetière royal, on grava, en lettres d’or et d’azur, son épitaphe en vers et en prose, où de justes louanges paraissent avoir été données à ses vertus

Une des courts des palais nasrides de l'alhambra   au temps du sultanat  (peint en  1876)
Une des courts des palais nasrides de l’alhambra  (peint en 1876)

8′. Abou-Abdallah MOHAMMED V.

An de l’hég. 755 (de J.-C. 1354). Mohammed fut proclamé roi immédiatement après la mort de son père.

Quoi qu’il eût à peine vingt ans, il se concilia tous les suffrages par son esprit, ses avantages physiques , ses vertus, son jugement, sa grâce et son adresse dans tous les exercices du corps et dans les tournois.

Doux et affable, il était si compatissant, qu’il versait des larmes au récit de quelque événement malheureux : sa bienfaisance lui gagnait les cœurs de tous ceux qui approchaient de sa personne.

Il bannit de son palais les flatteurs, supprima les emplois de sa maison, inutiles et onéreux à l’état , et réduisit les officiers qui la composaient, à un nombre suffisant et proportionné à l’étendue et à la prospérité de son royaume.

Ces réformes lui attirèrent la haine des méchants et des courtisans corrompus; mais elles lui méritèrent t’estime des gens de bien , l’amour et le respect du peuple.

Le 6 dzoulkadah 756 (12 novembre 1355), le wali de Gibraltar, Isa ibn- Al-Haçan Al-Ascari , prit le titre de roi et opprima les habitants fidèles qui voulurent s’opposer à sa révolte.

Mais il se rendit si odieux par son avarice et sa cruauté, que le peuple se souleva et le força, vingt jours après, de s’enfermer oans le château.

Il y fut assiégé, pris et envoyé à Ceuta , où il périt dans les tourments, par ordre du roi de. Marrakesh, Abou-Anan Fares .

Le roi de Grenade , en montant sur le trône , avait disposé, près de l’Alhamra, un palais agréable et commode pour ses frères et sa belle-mère.

Celle-ci employait les trésors qu’elle avait amassés, du vivant, du roi Yousouf son époux, à aplanir à son fils Ismaël le chemin du trône.

Par le moyen de sa fille, qui avait épousé Abou-Saïd, prince du sang royal  , elle gagna celui-ci et en fit le chef d’une faction puissante contre Mohammed.

La conjuration éclate dans la nuit du 28 ramadhan 760 ( 23 août 1359).

Une partie des séditieux escalade les murs du palais; d’autres enfoncent les portes et massacrent tout ce qu’ils renco trent.

Une troisième troupe force la maison du vezir, et l’égorge avec toute sa famille.

Mais, tandis que tous se livrent au pillage , Mohammed , qui se trouvait dans un des appartements les plus reculés de son harem , prend des vêtements de femme , et se sauve à travers les jardins : à la faveur tumulte , il monte sur un cheval que le hasard lui présente , et s’enfuit à toute bride à Guadix , où il arrive libre de tout danger.

Les habitants le reconnaissent pour souverain , et lui fournissent une garde pour sa défense.

Le rebelle Abou-Abdallah (ou plutôt Abou-Saïd), persuadé que ce prince avait péri dans le massacre, accourut au palais , avec Ismaël qu’il fit proclamer roi.

Le dernier Bastion de l'islam en Andalousie et le dernier état arabe d'Europe
Le dernier Bastion de l’islam en Andalousie et le dernier état arabe d’Europe

9e. ISMAEL II .

An de l’hég. 760 (de J.-C. 1359).L’usurpateur Ismaël fut promené à cheval dans les rues de Grenade , par Abou- Saïd et ses partisans.

Il écrivit aussitôt a Pierre, roi de Castille , offrit d’être son vassal et de lui payer tribut , et réussit d’autant plus aisément à l’intéresser en sa faveur, que ce prince, était alors en guerre avec le roi d’Aragon.

Mohammed , quoique sûr de la fidélité des habitants de Guadix, ne pouvant y réunir assez de forces pour disputer le trône à son frère Ismaël, eut recours aux rois de Maroc et de Castille; et bientôt, sur l’invitation du premier, il alla s’embarquer à Marbella, avec une suite nombreuse, et arriva à Fez, le 6 moharrem 761 (28 novembre i35q).

Il fut accueilli dans cette cour, avec tous les égards dus à un roi malheureux; Abou-Salem le logea dans son palais, et lui promit son secours.

Ismaël n’avait reçu de la nature que la beauté des femmes et des traits.

Semblable à une femme par les charmes de sa figure , il en avait le caractère et la faiblesse.

Adonné à tous les plaisirs sensuels, il était peu capable de gouverner et d’apaiser les troubles de l’état.

Aussi se laissait-il dominer par les factieux auxquels il devait son élévation.

Abou-Saïd , surtout , sans respect pour la dignité et l’autorité royale, le traitait comme un esclave, le sou mettait à tous ses caprices.

Quoiqu’il eût confirmé la nomination du vezir qu’Ismaël s’était choisi, il l’accusa bientôt de trahison et de correspondances avec le roi de Maroc, l’empêcha de se justifier, et le fit précipiter dans la mer.

Mais , peu satisfait du pouvoir absolu qu’il s’était arrogé, et aspirant au seul titre qui lui manquait , il calomnia Ismaël pour le rendre odieux , et gagna facilement les chefs de l’armée, parce qu’il distribuait à son gré les récompenses, et qu’il disposait de tous les emplois civils et militaires.

Il communiqua ses projets aux plus audacieux d’entre eux , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Le 2G chaban 761 ( 12 juillet i36o), une troupe de séditieux entoura le palais, en demandant à grands cris la dé position et la tête d’Ismaël.

Ce prince prit la fuite et alla se renfermer dans la citadelle , d’où il appela le peuple à sa défense. Mais les intrigues de ses ennemis et sa propre usur pation avaient paralysé toutes ses mesures.

Jeune et sans expérience, il osa faire une sortie contre les rebelles, à la tôle de quelques troupes qui l’avaient suivi ; il fui vaincu et fait prisonnier.

Le perfide Abou-Saïd l’accusa des crimes dont il l’avait rendu l’aveugle instrument, le fit dépouiller de ses vêtements précieux, et traîner dans la prison des malfaiteurs : mais, avant d’y arriver, lsmaël, d’après les ordres de son oncle , fut massacré par les soldats qui le conduisaient.

On montra sa tète à la populace, qu: se jeta aussitôt sur Qaïs, son jeune frère, et le mit en pièces.

Les hôtes de ces deux princes furent promenées dans les rues de Grenade , et leurs cadavres , couverts de haillons , demeurèrent sans sépulture, jusqu’à ce qu’ils fussent tombés en putréfaction.

Ismael  n’avait régné que onze mois.

L'arbre généalogique de la  dyanstie arabe des Nasride de souche "ansarite"
L’arbre généalogique de la dynastie arabe des Nasrides de souche « ansarite »

10 eme. ABOU-SAÏD .

An de l’hég. 761 (de J.-C. 136o). Le jour même qui éclaira ces horreurs , Abou-Saïd fui proclamé roi de Grenade par la soldatesque , et par la plus vile populace. Il récompensa les factieux qui l’avaient si bien secondé ; mais il n’en fini pas mieux affermi sur le trône.

Cependant Abou-Salem avait tenu parole à Mohammed V; et celui-ci , après vingt-un mois de séjour à la cour de Fez, s’embarqua, le 18 chawal 762 (21 août 1361), pour repasser en Espagne, avec les puissants secours que le roi de Maroc lui fournit.

Toute la Péninsule trembla au bruit de ce débarquement; mais surtout les partisans de l’usurpateur qui s’avancèrent pour arrêter fa marche du souverain légitime , sans oser néanmoins risquer une bataille.

Une révolution arrivée à Marrakesh déconcerta les projets de Mohammed.

Abou-Salem fut détrôné et assassiné, le 20 dzoul-kadah (21 septembre), et son frère Taschfyn lui fut substitué par les rebelles.

A cette nouvelle, les troupes africaines quittèrent l’Espagne ; Mohammed, déçu dans ses espérances, se retira à Ronda, qui s’était déclarée pour lui, et s’y maintint en attendant des circonstances plus favorables.

Ses démarches, n’ayant pu rien obtenir du nouveau roi de Marrakesh , il fut plus heureux dans ses négociations avec le roi de Castille.

Pierre-le-Cruel , irrité de l’alliance qu’Abou-Saïd avait contractée avec le roi d’Aragon , lui avait voué une haine mortelle.

Il envoya une armée nombreuse, avec cinq cents chariots de machines et de munitions de guerre, qui arrivèrent à Ronda,le 1 djoumadi 1″. 7*13(26 février 1^62).

Mohammed joignit ses forces à celles de son auxiliaire; et leurs troupes , mêlées et confondues, comme si elles eussent été composées* de gcns de la même religion , entrèrent dans les états d’Aborj-Saïd , qui venait de faire une invasion dans ceux du roi de Castille.

Les princes confédérés prirent par capitulation Hisn-Atara et d’autres places, qui se rendirent à Mohammed ; mais ce bon roi , touché des maux que la guerre causait aux musulmans , et ne voulant plus y prendre part , demanda au roi de Castille la permission de se retirer avec ses troupes, pour n’avoir pas la douleur d’être témoin des malheurs de ses peuples.

Il retourna donc à Ronda, le 8 du même mois , aimant mieux perdre injustement son royaume, que de le recouvrer en répandant le sang de ses sujets, et en s’attirant leur haine.

Il vécut content dans sa retraite, et continua de faire le bonheur de ceux qui vivaient sous son gouvernement paternel.

La guerre ne laissa pas de continuer entre le tyran de Castille et celui de Grenade.

Malgré quelques avantages obtenus par ce dernier sur les chrétiens, il n’en était pas moins odieux à ses sujets.

Alors il chercha à ménager le monarque castillan.

Un corps de troupes chrétiennes, ayant été vaincu devant Wadi Ash (Guadix) par les musulmans , plusieurs seigneurs , entre autres le grand maître de Calalrava, furent faits prisonniers et conduits à Grenade.

Abou-Saïd les renvoya sans rançon, et les combla de présents, afin de les engager à disposer leur souverain en sa faveur, à lui gagner son amitié, et à le détourner de l’alliance du roi Mohammed.

Mais Pierre, loin d’être touché par ce trait de générosité, n’en pressa que plus vivement Abou-Saïd; et, afin de le priver des secours de l’Aragonais, il se hâta de conclure la paix avec ce dernier.

Malaga , ayant ouvert ses portes à Muhammad , l’usurpateur craignit que la capitale n’imitât cet exemple », et commença à se délier de la fortune qui jusqu’alors lui avait été favorable.

Abhorré à cause de ses cruautés, entouré d’ennemis et de traîtres, abandonné par ses courtisans qui se tournaient du côté de son rival, privé d’une partie de ses revenus par l’infidélité des percepteurs , il prit une résolution désespérée qui lui fut bien fatale.

Sur la foi d’un sauf-conduit , il se rendit à Séville avec ses trésors , suivi d’une nombreuse, et brillante escorte.

Il se flattait de gagner la bienveillance du roi de Castille, par cet acte de confiance , et plus encore par ses promesses et ses présents, et il espérait trouver en lui un puissant protecteur , qui l’affermirait sur son trône mal assuré.

Pierre le reçut d’abord avec une politesse affectée ; mais, dans un conseil tenu par ses ministres, on décida que, pour le bonheur et la tranquillité de l’état , il fallait faire périr l’usurpateur du trône de Grenade, l’ennemi du roi Mohammed, avec qui l’on entretenait paix et bonne amitié.

Ainsi., au mépris des lois de l’hospitalité , tous les Musulmans qui avaient accompagné Abou -Saïd furent égorgés la nuit suivante, par ordre du roi de Castille, dans le palais où on les avait logés.

Le lendemain , ce monarque ayant fait amener dans une plaine, hors de la ville , le malheureux Abou-Saïd, enchaîné, devint son bourreau et le perça de sa lance.

Le prince musulmans, en se voyant frappé par le Castillan, s’écria : « 0 Pierre! quel honteux triomphe tu obtiens aujourd’hui sur un prince qui s’est fié à ta parole. » 

Le roi de Castille enchérit sur la barbarie du prince qu’il venait d’immoler : il fit élever une pyramide formée de tous ces cadavres , et placer les têtes au sommet , de manière que de toute la ville , on pouvait voir cet horrible trophée, digne de l’exécuteur et de la victime.

Ce qui rend le crime de Pierre-le-Cruel encore plus infâme , c’est que la cupidité n’y eut pas moins de part que la vengeance, et qu’il s appropria -tous les trésors du roi de Grenade.

Telle fut la lin d’Abou-Saïd, probablement dans les premiers jours de djoumadi 11e. 763( avril 1362).

Cet usurpateur n’avait régné à Grenade qu’environ vingt et un mois.

Détail du palais nasride de l'alhambra
Détail du palais nasride de l’alhambra

MOHAMMED V pour la seconde fois.

An de l’hég. 763 (de J.-C. 1362).Mohammed recueillit le fruit d’un forfait dont il était absolument innocent.

Ayant appris à Malaga la mort de son ennemi, il s’en réjouit, mais en délestant la perfidie de son allié.

Il partit aussitôt pour Grenade , où il entra au milieu des acclamations uni verselles, le samedi 20 djouinadi 11e. 763 ( 16 avril i36a ).

Les partisans même d’Abou-Saïd vinrent le complimenter, et s’empressèrent par leur soumission de prévenir les effets de sa juste vengeance.

On dit que Pierre le Cruel ayant envoyé la tête d’Abou-Saïd au roi de Grenade, celui-ci lui témoigna sa reconnaissance par un présent de vingt-cinq chevaux, la fleur de ses haras, qui portaient des caparaçons ornés d’or et de pierres précieuses.

Il  mit aussi en liberté tous les chrétiens qui étaient captifs dans ses états.

Quelque temps après, un parti de mécontents excita une sédition, et voulut mettre sur le trône Aly ben-Ahmcd, ben-Naser, prince du sang royal ; mais les généraux de Mohammed vainquirent les rebelles en diverses rencontres, et forcèrent les chefs de fuir et de se cacher.

L’alliance perpétuelle que Mohammed avait négociée avec le roi de Castille, et les révoltes qui éclatèrent dans les états de celui-ci , auraient fait jouir les musulmans de Gre nade d’une longue et profonde paix, si leur souverain n’eût été obligé de fournir des secours à son allié contre le prince Henri, son frère, et contre le roi d’Aragon , qui s efforçaient de le détrôner.

Il lui envoya d’abord six cents cavaliers d’élite , ensuite un corps de sept mille hommes de cavalerie, sans comprendre l’infanterie.

Ces forces assiégèrent Cordoue, s’emparèrent du vieux château, et n’ayant pu prendre la ville , s’en vengèrent en pillant et en saccageant Ubeda et Jaen, et en dévastant les plaines de l’Andalousie et du Malrara, d’où elles emmenèrent un grand nombre de captifs.

Mohammed était à la veille d’envoyer une armée plus considérable en faveur de son indigne allié, lorsqu’il apprit que Pierre avait péri de la main de son frère, dans la plaine  Montiel, l’an 771 (1069) (2), et que toute la Castille s’était déclarée pour Henri.

Afin de ne pas perdre les frais de cet armement, et de profiler des guerres civiles qui divi saient les chrétiens, Mohammed, sous prétexte de vengei son allié, fit la guerre au nouveau roi de Castille, refusa la paix qu’il offrait , ravagea ses états, et sans attaquer aucune place forte, pilla et enleva tout ce qui était hors des murs.

L’année suivante 772 (1370), il s’empara d’Algéziras , qui était mal défendu : mais prévoyant qu’il ne pourrait conserver cette place, il la brûla et la rasa pour qu’elle ne pût servir aux chrétiens. 11 accepta néanmoins les offres nue le roi de Castille lui fit par l’entremise du grand-maître «le Calatrava, et consentit à une trêve afin de rétablir la justice et le bon ordre dans ses états .

En paix avec tous ses voisins, il fonda, l’an 777 (1375), un hospice magnifique pour les pauvres et les malades, orné de fontaines et de vastes bassins de marbre.

Il  embellit aussi, par des édifices somptueux, la ville de Guadix, où tous les ans il séjournait quelques mois : il encouragea l’agriculture, le commerce, les arts et les manufactures. Grenade  fut, de son temps, la ville la plus commerçante de l’Espagne.

On y voyait des marchands de diverses contrées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, des musulmans, des juifs et des chrétiens.

Elle Semblait etre la patrie commune de toutes les nations.

Mohammed fit alors reconnaître son fils Yousouf pour son successeur, et maria ce jeune prince avec la fille du roi de Fez.

La princesse fut amenée par son frère , qui épousa la fille d’un des plus grands seigneurs de l’Andalousie.

Ces doubles noces furent célébrées par des jeux et des tournois, où se distinguèrent plusieurs chevaliers d’Afrique, d’Egypte, d’Espagne et «le France, qui vivaient protèges et honorés à la cour de Mohammed.

Les uns étaient logés dans la maison consulaire des Génois, et les autres dans des habitations particulières. Mohammed envoya de riches présents au roi de Castille, Henri II, pour renouveler la trêve.

Celui-ci étant mort peu de temps après, en 1379, des malveillants publièrent que le roi de Grenade lui avait envoyé des brodequins empoisonnés; mais c’était une imposture : Mohammed ne fut ni un perfide ni un assassin, et d’ailleurs il vécut toujours en paix avec Jean I , qui régna après son père Henri II.

Ce monarque mourut, l’an 794 (1391-92), universellement regretté, à l’âge de cinquante-neuf ans, après en avoir régné trente-neuf, si l’on compte les trois années qu’avait duré l’usurpation d’lsmaè’l II et d’Abou-Saïd.

Il  fut enterré dans le Djenn-al-Arif (Genêralif ), et toutes les classes de habitants de la ville accompagnèrent sa pompe funèbre.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..361 à  378

Date d’édition : 1818-1819

Fin de règne berbère Almohade en Andalousie, avènement d’Ibn Hud et des Nasrides :

Publié le Mis à jour le

Guerrier élite berbère Almohade
Guerrier élite berbère Almohade

Abû al-`Alâ’ Idrîs al-Ma’mûn 1227–1233

 (second prétendant à la succession des Almohades de Marakesh, soutenu par le souverain chrétien Ferdinand III de Castille).

An de l’hég. Ga4 (de. J.-C. 1227). Abou-Aly Edris, âgé de trente- neuf ans , jouissait d’une grande considération parmi les Almohades. Il, savait allier la prudence à la valeur, et s’était couvert de gloire dans l’Afrique orientale (Ifriqya : Constantinois, Tunisie, et Tripolitaine), sous le règne de son neveu al-Mustansir.

Pourvu depuis du gouvernement de Séville, il y étais regardé comme le prince le plus capable d’arrêter les progrès des chrétiens.

Afin d’honorer la ville de Malaga, où il était né, il y avait fondé, l’année précédente, un superbe palais, nommé l’Alcaçar des Seïds, et exécuté sous sa direction ; mais les talents supérieurs d’ Al-Mamoun ne purent lutter contre les coups de la fortune et la fatalité des circonstances .

L’Espagne (Al-Andalus) et la Mauritanie (Maroc, al-Maghreb al-Aqsa) furent ravagées cette année par une nuée de sauterelles.

Pèièce de Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma'mûn
Pièce du croisé Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma’mûn l’Almohade

Au fléau de la disette et des maux qui l’accompa gnent , se joignirent les malheurs d’une guerre continuelle avec les chrétiens et les fureurs des discordes intestines. Abou-Mohammed le Baëcien , ce prince vassal des Castillans, favorisait toujours leurs conquêtes. Ils prirent Loja et Alhamra , poussèrent leurs ravages jusqu’aux environs de Grenade et aux bords du Xenil, et assiégèrent Jaen.

Al- Mamoun vola au secours de cette place , tailla en pièces les chrétiens, et les força d’abandonner leur camp, leur butin et leurs conquêtes.

Ils revinrent s’emparer de Salvatierra, de Borgalhimar, etc., toujours secondés par Abu-Mohammed : mais Al-Mamoun, ayant rassemblé les troupes de Cordoue, de Séville et de Malaga, marcha contre ce traître , et l’assiégea dans Baeça.

L'extension maximale de  l'empire éphémère des  Almohades dura 17 ans .
L’extension maximale de l’empire des Almohades dura 17 ans  

Quelques jours après, les habitants, indignés des liaisons de leur prince avec les chrétiens, se révoltèrent contre lui , le massacrèrent et portèrent s’a tête à Al-Mamoun, auquel ils ouvrirent les portes de leur ville, à la fin de l’an 624 ( 1227 ) .

Quoique les cheikhs almohades qui, depuis quelques années, avaient formé à Marrakesh une sorte de gouvernement aristocratique, eussent envoyé par écrit leur serment de fidélité à Al-Mamoun , et l’eussent reconnu pour « émir al-moumenin », ils s’en étaient repentis peu de jours après; et, préférant avoir un souverain qu’ils pussent diriger à leur gré, ils avaient proclamé Yahia, son neveu , âgé de quatorze ans , sous le titre d’Al-Mutasim-Billah : mais ce choix n’avait pas obtenu l’approbation générale dans le Maghreb,.et plusieurs tribus y étaient demeurées fidèles à Al- Mamoun.

Ce dernier, obligé de défendre en Espagne ses domaines attaqués par les princes chrétiens et par des usurpateurs de sa famille, avait différé malgré lui d’aller prendre possession du trône de Marrakesh , et d’en éloigner ce faible compétiteur, que les factieux lui avaient suscité; lors qu’un rival plus redoutable s’éleva contre lui dans la Péninsule, et y accéléra le renversement de la puissance des berbères Almohades.

Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)
Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)

Ibn Hud (Ou Ben Houd, ou Bin Hud)

Abou-Abdallah Mohammed ben -Yousouf, ben-Houd Al-Judhami , issu des derniers rois arabe de Saragosse, comptait parmi ses ancêtres, Djudam ben-Amer, l’un des princiaux officiers du conquérant arabe (Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi) de l’Espagne, et un ou deux des gouverneurs de cette Péninsule, pour les khalifes Omeyyade de Damas (Voyez, sous la première époque Omeyyade, le vingtième émir, Thouaba ibn- Salma , et le onzième, Othman ben Abou-Neza, al-Chemi , al-Djohani. ou al-Djezami.).

Puissant par l’ascendant que lui donnaient sa naissance , ses richesses , son courage , ses talents , et voyant une occasion favorable de délivrer les musulmans d’Espagne delà tyrannie des Al-Mohades, contre lesquels il nourrissait une haine héréditaire, il résolut de recouvrer les droits de sa famille, et de satisfaire à la fois son ambition et sa vengeance personnelle.

Il réussit , par son éloquence, sa générosité et les intrigues de ses amis, à réunit- un grand nombre de braves, qui, s’étant assemblés à Escuriante ou à as-Souhour, lieux escarpés et naturellement fortifiés dans le taha d’Uxixar, l’un des districts des Alpujarras, à la fin de redjeb 625 ( juillet 1228) , y proclamèrent roi, Mohammed ben-Houd , lui donnèrent le titre de Motawakkel Ala- Allah , et jurèrent de lui obéir et de mourir pour son service.

Afin d’accréditer son parti, et de dé tacher les musulmans de la domination des Almohades , il dénonça ceux-ci comme hérétiques et corrupteurs de l’islam.

Il les accusa d’être les seuls auteurs des calamités qui affligeaient l’Espagne, par le schisme qu’ils y avaient introduit.

Il publia qu’ils avaient souillé les mosquées , et ordonna aux imams, aux khatibs de les bénir et ne les purifier par des lustrations, et d’y prononcer la khothbah , au nom du khalife abbasside de Baghdad , Mostanser-Billah .

Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Yazami (mort en 1238), émir de la Taïfa d'Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse . Idevenu le chef de la quasi-totalité d'Al-Andalus.  En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade. Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .
Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Judhami (mort en 1238), émir de la Taïfa d’Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse .
devenu le chef de la quasi-totalité d’Al-Andalus.
En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade.
Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .

Il paraissait avec sa noblesse, dans ces cérémonies publiques, en habits de deuil. Ayant ainsi excité le peuple, il promit solennellement de le délivrer d’une injuste oppression , d’abolir les contributions onéreuses et arbitraires, et d’établir des impôts modérés et légaux.

Ces moyens lui attirèrent un grand nombre de partisans, et le mirent bientôt en état, avec le secours des chrétiens, de s’emparer de Murcie.

Le 1er.de ramadhan ( 4 août) de la même année, il se rendit en personne dans cette ville, et y fut proclamé roi, au milieu des applaudissements universels des grands et du peuple qui étaient également fatigués du joug des Almohades.

Un tel succès fut bientôt suivi de la conquête de Schatibah et de Dénia.

Dans le même temps , le wali Djomaïl ben-Zeyan (ou Abou-Djemaïl Zéyan, ibn-Modaf , ibn-Mardenisch,) al-Djudhami, parent du nouveau roi de Murcie, et descendant de ce Mohammed ibn-Sad, ibn- Mardenisch (Dit aussi le roi Loup d’origine goth), qui avait régné long-temps à Murcie et à Valence, voulut aussi recouvrer une partie de l’héritage dont ses ancêtres avaient été dépouillés par les Almohades : il excita contre ceux-ci une révolution dans Valence, et en expulsa Abou-Zeïd qui s’en était fait roi.

Celui-ci, après plusieurs combats dans lesquels la fortune lui fut toujours contraire, se voyant abandonné de la plupart des siens, se réfugia, l’an 626 (1229 ) , auprès de Jayme Ier., roi d’Aragon, dont il avait toujours ménagé et payé chèrement l’alliance et l’amitié. 

Le monarque chrétien le reçut avec bienveillance ; mais en feignant de vouloir le venger et le rétablir sur le trône , il ne songea qu’à profiter des dissensions des musulmans. Abou-Zeïd , trompé dans ses espérances, et n’ayant plus à se promettre ni asile , ni secours, dans l’état de trouble et de décadence où sa famille était réduite en Afrique et en Espagne, se fit baptiser avec ses deux fils

L’an 626 (1226), Mohammed ibn-Houd marcha sur Grenade, vainquit Abou-Abdallah , frère du roi berbère almohade de Marrakesh, Abou-Aly Edris Al-Mamoun , et s’empara de cette ville , au moyen de ses intelligences avec les habitants.

Le prince Abou-Abdallah se retira dans l’Alcaçar; mais, ne pouvant s’y maintenir à cause des dispositions peu favorables des Grenadins, il alla trouver son frère à Cordoue. Al-Mamoun, qui se disposait à lui envoyer des secours , fut consterné de la perte de Grenade, qui lui présageait celle des autres provinces.

Il conclut alors une trêve avec Ferdinand, et se porta avec toutes les forces qu’il put rassembler, pour arrêter les progrès de ibn-Houd (Ibn-Hud), qui s’avançait vers le midi de l’Andalousie.

Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tarifa , le 6 ramadhan ( 29 juillet ) , combattirent tout le jour avec un égal acharnement, et, s’étant reposées la nuit, recommencèrent le lendemain au point du jour; mais les Almohades , inférieurs en nombre, ne purent résister long-temps aux Andalousiens d’Ibn Hud.

Al-Mamoun l’Almohade abandonna le champ de bataille en bon ordre, sans que les vainqueurs, épuisés eux-mêmes, et craignant de le réduire au désespoir, osassent troubler sa retraite.

Il y perdit ses principaux capitaines, entre autres ses parents Âbou-Zeyad al-Mogayed, wali de Badajoz, et Ibrahim ben-Edris, ben- Abou-Ishak , wali de Ceuta et amiral de sa flotte.

Al-Mamoun, prévoyant que ses états en Espagne allaient lui échapper , en confia la défense à son fils Abou’l-Haçan, et à deux de ses frères, Seïd Abou-Abdallah et Seïd Mohammed, et voulut au moins conserver le trône de Mauritanie, que son neveu Yahia lui disputait.

Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc
Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc

Pour combattre cet usurpateur, il eut recours au roi croisé de Castille, Ferdinand III, qui lui fournit douze mille hommes de cavalerie, aux conditions suivantes:

1°. qu’Al-Mamoun lui céderait les dix places-fortes les plus voisines des frontières de Castille,

2*, qu’aussitôt après son entrée dans Marakesh , ce prince y fonderait une église pour les chrétiens qui l’auraient accompagné » ;

3°. qu’ils y auraient le libre exercice de leur religion et l’usage des cloches;

4-*  , lorsqu’un chrétien voudrait embrasser l’islam, on le livrerait à ses chefs pour être jugé suivant leur loi ;

5°. que, lorsqu’un musulman voudrait se faire baptiser, on ne s’y opposerait point.

Ce fut la première armée chrétienne qui fit la guerre en Mauritanie (Actuel Maroc).

Al-Mamoun, ayant embarqué à Algéziras l’élite de son armée avec ses troupes auxiliaires, se rendit à Ceuta , au mois de dzoulkadah (octobre), marcha sur Marrakesh, vainquit son neveu Yahia quelques mois après , et recouvra sa capitale, ainsi que la plus grande partie de ses états dans le Maghreb.

La dernière victoire de al-Mutawakkil ibn-Houd lui assura la supériorité dans l’Espagne musulmane.

Les habitants de  Cordoue le reconnurent pour roi, dans le mois de dzoulkadah (octobre), chassèrent les berbères Almohades, et mirent à mort tous ceux qui tombèrent sous leurs mains.

Ibn-Hud prit alors le titre de Prince des Fidèles.

Ayant livré bataille au commencement de l’année 627 (fin de 1229), près d’Alhanjé, dans l’Estramadure , au wali de Séville, Seïd Abou-Abdallah, qui s’avançait contre lui avec toutes les forces qu’il avait pu rassembler dans l’Al-Gharb, et les secours qu’il avait reçus d’Alfonse IX, roi de Léon , il en triompha complètement, et entra dès la nuit suivante dans Mérida , dont ses partisans lui ouvrirent les portes.

Quelques débris de l’armée des Almohades étant revenus à Séville , la populace se souleva contre eux et les mit en pièces, entre autres Abou-Omar Abdal-Rahman , capitaine et poète célèbre, dont la mort affligea vivement le roi Ibn-Hud , qui savait apprécié son esprit et son érudition .

Ce prince fit alors son entrée triomphante dans Séville, où il fut reçu comme un libérateur.

Tous les caïds de la contrée vinrent lui rendre hommage, et l’Andalousie entière fut soumise à sa domination ; mais dès ce moment la fortune lui devint contraire.

Le roi al-salibi  (croisé) de Castille, voyant que l’Andalousie n’appartenait plus au souverain avec lequel il avait fait un traité de paix et d’alliance, y recommença ses incursions, ravagea le district de Cazorla, prit Quesada et plusieurs châteaux.

Le roi  al-salibi (croisé) du Portugal, Sanche II, s’empara d’Elvas, de Serpa et de quelques autres places de l’Alentejo.

Le roi  al-salibi (croisé) de Léon emporta d’assaut Caceres , qu’il n’avait pu prendre dans les campagnes précédentes, et se rendit maître de Toujillo, après avoir battu le gouverneur de Badajoz.

Le roi al-salibi (croisé) d’Aragon , Jayme Ier , sous prétexte de secourir l’ex-roi de Valence, Abou-Zeid, arma une puissante flotte, fit voile pour Maïorquc, s’empara des ports principaux , et malgré la vive résistance du wali qurayshite, Abou-Othman Saïd ben- Al-Hakem, al-Qoraïschi, força ce gouverneur de se renfermer dans la citadelle, où ce dernier, après s’être défendu encore quelque temps, se soumit, le 14 safar 627 (12 janvier 123o), ainsi que les al-Shurafa (sharif au plurielle, nobles) de Minorque et d’Iviça, à payer tribut au roi d’Aragon.

Saïd ben Al-Hakem le Qurayshite conserva le gouvernement de ces îles, jusqu’à ce que la jalousie et les intrigues du cadhi , Abou-Abdallah Mohammed, y rappelèrent les croisés , et aggravèrent leur joug.

L’an 628 (1231), les rois de Castille et de Léon attaquent les états de Ibn-Hud: le premier réduit Montesa et Montiel, et saccage les environs de Jaen ; le second as siège Mérida et l’emporte d’assaut.

Ibn-Hud qui, dans le même temps, enlevait Gibraltar et Algéziras aux Almohades, accourt pour sauver ou reprendre Mérida : il livre bataille au roi de Léon , la perd et ne peut empêcher le vainqueur de s’emparer de Montanches et de Badajoz, au mois de chaban (juin).

Cet échec ébranle la puissance encore mal affermie de Ibn-Houd.

Le roi de Valence, Abou-Djomaïl-Zeyan, lui enlève Dénia : mais un rival, plus redoutable et surtout plus habile et plus heureux , commence à s’é lever contre lui.

Détail d'une fresque de l'Alhambra avec la famuse devise et c'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Détail d’une fresque de l’Alhambra avec la famuse devise et c’est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Avènement des Nasrides 

 Abou-Abdallah Mohammed ibn-Yusuf-ibn-Nasr , plus connu par le surnom de ibn Al-Ahmar , était natif d’Ardjouna ou Ardjidouna dans l’Andalousie orientale, mais issu d’un Ansar ou compagnon du législateur, le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le médinois nommé Saad ibn `Ubâda chef de la tribu arabe des Banu Khazraj, dont un descendant était venu d’Arabie, s’établir en Espagne, dès les premiers temps où elle fut conquise par les musulmans sous le califat Omeyyade.

Il reçut une éducation soignée, et manifesta, dès sa jeunesse, le désir de dominer et e se signaler par de grandes entreprises.

Sa taille , sa figure , sa force, sa valeur, commandaient la crainte et le respect, en même temps qu’il s’attirait l’estime universelle, par sa prudence , sa frugalité , sa douceur, l’austérité de ses mœurs , et la simplicité de ses vêtements.

Il servit d’abord sous les rois almohades , et montra autant de droiture et de désintéressement dans les emplois administratifs, que de courage et de talents dans ses expéditions militaires.

Après la décadence de cette dynastie , il se joignit à Mutawakkil ibn-Houd, et combattit longtemps avec lui, pour anéantir la puissance et la doctrine hérétique des Almohades.

Enfin, il se révolta contre ce prince, dans Ardjidiouna, sa patrie, dont il était sans doute gouverneur, prit d’assaut Jaen , l’an 629 (i235), s’empara successivement de Guadix, de Baça, etc., et se fit proclamer roi dans toutes les villes qui reconnurent sa domination.

Tels furent les commencements de la dynastie arabe des Nasrides et du nouveau royaume de Grenade, qui remplira seul la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne.

Cette année, Abou-Mousa Amran , frère du roi  berbère Almohade de Marrakesh, se révolta dans son gouvernement de Ceuta; mais, redoutant la vengeance de son frère , il se rendit en Espagne, auprès de Mutawakkil ibn-Hud, et lui livra Ceuta, en échange d’Almeria, où il mourut quelque temps après.

La perte de Ceuta fut si sensible à Edris Al-Mamoun l’Almohade, qu’il fut frappé d’apoplexie, et expira le 29 dzoulhadjah 629 ( 16 oc tobre 1232).

Son règne avait duré cinq ans et deux mois.

Nous pourrions terminer ici la quatrième époque, puis- qu’avec ce prince s’anéantirent la domination et les espérances des Almohades en Espagne ; mais, comme ils y conservèrent, quelques années encore , un petit nombre de places, et que la plus grande partie des provinces qu’ils y avaient possédées, se trouvaient alors partagées entre trois princes musulmans, dont le plus faible d’abord était le fondateur du royaume de Grenade ; nous avons cru devoir continuer cette époque jusqu’au temps où la mort de Mutawakkil ibn-Hud fit passer Grenade au pouvoir de Mohammed ibn Al-Ahmar le Nasride, temps qui coïncide avec la prise de Cordoue et de Valence par les chrétiens.

Des trois états que comprenait alors l’Espagne musulmane , Abou-Djomaïl Zeyan possédait à peine la moitié du royaume de Valence avec sa capitale.

Tout le reste , c’est- à-dire , l’Andalousie , les royaumes de Murcie et de Grenade, et quelques districts de celui de Valence, était au pouvoir de Ibn-Hud, à l’exception des places que ibn Al- Ahmar venait de lui enlever.

Mais le soin qu’il avait pris de former une puissance capable de résister aux chrétiens , fut la cause de sa durée éphémère. Son ambition réveilla leur défiance , en même temps que la jalousie de ses rivaux, et lui suscita une foule d’ennemis.

Tandis qu’il s’opposait aux progrès de la révolte de Ibn Al-Ahmar, le roi croisé de Castille, favorisé par les guerres civiles des Musulmans; ayant pris plusieurs places-fortes, entre autres Palma , dont il fit égorger tous les habitants (musulmans) sans distinction, il répandit , par ce terrible exemple, une telle épouvante, qu’il put pénétrer sans obstacle jusqu’à Xérèz , et campa sur les bords du Guadalete, si fameux par la défaite du dernier roi des Wisigoths face au Omeyyades de Damas.

Ibn-Hud, peu inquiet des avantages que son nouveau rival obtenait contre lui, dans les environs de Grenade, rassemble toutes ses forces, et marche contre les ennemis de l’islam. A son approche, les chrétiens, embarrassés par le grand nombre des captifs, les massacrent impitoyablement  , et se rangent en bataille.

Après une mêlée sanglante où les deux armées combattent avec fureur, les musulmans se replient dans un bois d’oliviers, échappent aux vainqueurs, et se retirent à Xérèz et à madina al-Sidonia.

Cette affaire eut lieu en 63o (1233), et détermina Ibn- Hud à acheter une trêve au prix de 1000 dinars par jour.

Dans le même temps, Mohammed ibn Al-Ahmar enlevait à ce prince Loja, Alhama et tous les châteaux des Alpujarras.

Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus)
Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus) le château entre définitivement dans le domaine castillan, en 1225 par Ferdinand III

 

Fier de ces succès et croyant son rival abattu par sa dernière défaite, il ose lui livrer bataille dans les environs de Séville, en 631 (1234.); mais il est vaincu , et va néanmoins surprendre Séville , dont il est chassé, au bout d’un mois , par les habitants .

Dans l’Espagne orientale, Abou-Djomaïl Zeyan, après avoir ravagé les états du roi croisé d’Aragon , tandis que celui-ci était occupé à son expédition contre les îles Baléares, pénétra jusqu’à Hisn-Ambosta et Tortose , et revint avec un butin considérable et un grand nombre de captifs chrétiens.

Jayme le croisé, à son retour, entra dans le royaume de Valence, usa de représailles , reprit Péniscola , s’empara de Castillon, Bunol , Mansoura , Morelia , soit de vive force , soit par stratagème , réduisit Burriana à capituler à la fin de celle année, et accorda sécurité aux habitants.

L’an 632 ( 1235), les troupes de ce prince font la conquête de l’île d’Iviça, après un siège de cinq mois .

Cette année, les Génois vont avec une flotte considérable assiéger Ceuta , qui appartenait au roi de Murcie ; mais, après de longs et inutiles efforts, ils font la paix avec les habitants, reçoivent 4.00 mille dinars et remettent à la voile.

La même année, Ferdinand assiège et prend par capitulation l’importante place d’Ubeda, qui , malgré ses fortifications respectables, ne peut résister long-temps à cause de »a grande population : les Musulmans s’y étaient réfugiés en foule , après avoir abandonné les autres villes subjuguées par les chrétiens.

Dans l’Estramadure , les Castillans s’emparent aussi d’Alhanjc et de plusieurs autres places, entre autres, de Medelin et Mudela qui avaient des seigneurs parti culiers , parents du roi de Valence.

Les chrétiens de là garnison d’Ubeda , informés que Cordoue était mal gardée, se joignent aux troupes d’Andujar , escaladent de nuit le côté oriental des remparts de Cordoue, surprennent une tour, et égorgent les soldats qui la défen daient. Au point du jour , les habitants s’efforcent en vain de la reprendre.

Le roi Ibn-Hud rassemblait alors ses forces pour voler à la défense d’Ubeda et de Grenade.

A la nouvelle du danger qui menace Cordoue, il marche pour la secourir; mais il apprend en chemin que tout le faubourg oriental est au pouvoir des croisés, et que Ferdinand III, arrivé de l’Estramadure avec une nombreuse armée , est campé à Alcolea.

Ibn-Hud , au lieu de livrer bataille au roi croisé de Castille , pour relever le courage des Cordouans , prend un parti plus timide, suivant l’avis de la majorité de son conseil.

Il envoie don Suar (Laurent Suares de Figueroa) pour connaître le nombre et les dispositions de l’armée castillane.

Trompé par le rapport infidèle ou exagéré de ce transfuge espagnol, Ibn-Hud hésite encore, lorsque l’arrivée d’un courrier du roi de Valence fixé son irrésolution.

Zeyan lui écrivait de Dénia qu’il avait obligé les Aragonais de lever le siège de Cullera, mais que la prise de Montcast les rendait maîtres des plaines de Valence, et mettait en danger cette capitale.

Il implorait son secours, et promettait d’être son vassal et son tributaire.

Ibn-Hud, voyant ses troupes découragées par leur défaite devant Xérez et par la crainte d’en essuyer une seconde; flatté, d’ailleurs, d’acquérir le royaume de Valence, et persuadé que Cordoue était en état de résister long-temps, ou que dans tous les cas il la reprendrait aisément , s’éloigna de cette ville.

La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel
La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel , fut principalement l’oeuvre d’Abd al-Rahman Ad-Dakhil

La chute de Cordoue al-Qurtuba après 540 ans de domination Islamique 

 

A cette nouvelle, les habitants qui, jusqu’alors, n’avaient cessé de combattre chaque jour dans les rues et dans les places publiques, pour défendre leur patrie, leur culte , leur vie et leur liberté, perdirent courage, et demandèrent à capituler.

Ferdinand le maudit fils du maudit, sûr que la ville ne pouvait lui échapper, leur accorda seulement la vie, et la permission de se retirer où ils voudraient.

Il y fit son entrée le dimanche 22 chawal 633 (22 juin 1236).

 

Ainsi fut perdue pour les Musulmans qui en avaient été les maîtres pendant 54o ans, la métropole de l’Andalousie, l’antique et célèbre Cordoue al-Qurtuba le joyaux des Omeyyades la capitale du califat d’Occident.

Les chrétiens se partagèrent les biens des musulmans, et changèrent les mosquées en églises .

Les villes de Baeça, Astapa , Leija, Almodovar et un grand nombre de bourgs et de villages, désespérant de résister au roi de Castille, se mirent sous sa protection , et lui payèrent tribut.

Abou-Djomaïl Zeyan , animé par l’espoir des secours de Ibn-Hud, recruta son armée, et assiégea Santa-Maria ; mais, après plusieurs assauts, il fut force de se retirer, et alla se renfermer dans Valence, à la fin de dzoulhadjah 634 (août 1237).

Al-Mutawakkil ibn-Hud s’était rendu à Alméria dans l’intention de s’y embarquer, avec ses troupes, pour Valence , où il comptait se joindre au roi Zeyan.

L'armée arabe nasride avec la bannière  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X
L’armée musulmane  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X

 

Mort d’al-Mutawakkil ibn Hud

Il y fut reçu par l’alcaïd Abd-el-rahman , qui lui donna un banquet solennel; mais, la nuit suivante, ce perfide fit étouffer le monarque pendant son sommeil.

Conde place la mort d’al-Mutawakkil ibn-Hud, au 27 djoumadi 1″. 635 ; mais cette date est évidemment une erreur .

Est-il vraisemblable que ce prince, volant au secours du roi de Valence, ait mis dix-huit mois pour se rendre des environs de Cordoue à Alméria, ou qu’il soit resté tout ce temps dans cette dernière ville, au sein de la mollesse et de l’oisiveté ?

Outre qu’aucun historien ne rapporte les événements qui auraient dû se passer dans ce long intervalle, Cardonne , Chenier, et tous les auteurs espagnols font mourir le roi de Murcie avant la prise de Cordoue, et disent même que la nouvelle de sa mort décida la reddition de cette ville.

Nous adoptons leur opinion d’autant plus volontiers, qu’elle ne contrarie en rien l’ordre chronologique des événements, et qu’au moyen du changement d’un chiffre , elle s’accorde avec la date donnée par Conde.

Nous pensons donc qu’al-Mutawakkil ibn Hud fut assassiné le 27 djoumadi 1er ». 633 (7 février 1236), c’est-à-dire , environ trois semaines ou un mois après s’être éloigné de Cordoue , dont les chrétiens pressèrent alors plus vivement le siège.

Cet intervalle est plus que suffisant pour qu’il ait eu le temps de se rendre avec son armée à Alméria.

La fin tragique et imprévue de Mutawakkil ibn-Hud , porta un coup fatal à l’islam en Espagne.

Ce prince , que sa naissance , ses vertus, son courage, ses talents politiques et militaires , rendaient digne d’une meilleure destinée, avait fait de vains efforts pour réunir sous sa domination tous les lambeaux de la puissance musulmane dans la Péninsule; seul moyen , en effet, d’opposer une barrière aux conquêtes des princes croisés chrétiens.

Son règne, qui dura huit ans (ou dix, si on laisse subsister la date de Conde), fut une lutte continuelle, un enchaînement de guerres, de troubles et de convulsions qui ne fut pas néanmoins sans éclat , mais qui ne laissa à ses sujets que périls, malheurs et afflictions.

Pour ôter tous soupçons a son armée, on publia qu’il était mort d’apoplexie ou des suites de l’ivresse.

Malgré cette précaution, ses troupes se dispersèrent , retournèrent dans leurs foyers, xil personne ne songea à secourir le roi de Valence.

Construite par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.
Fort de Merida al-Andalus, construit par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe. elle est capitale de l’Estrémadure. En 1230, elle est prise par les troupes d’Alphonse IX de Léon.

Ali ibn Yussuf frère d’Ibn Hud dit : al-Adid al-Dawla

Aussitôt que la nouvelle de cet événement fut arrivée à Murcie, on y reconnut pour roi, Ali ibn-Yousouf, frère de al-Mutawakkel ibn Hud, et on lui donna le surnom d’Adid ed-daulah (al-Adid al-Dawla).

Mais son autorité précaire ne s’étendit guère au-delà du territoire de sa capitale.

Séville et Ceuta se soumirent au roi berbère Almohade de Marrakesh , Abu-el-wahed Al-Raschid, fils et successeur d’Edris Al-Mamoun.

Le gouverneur d’Alméria fit déclarer cette ville en faveur de Mohammed ben Al-Ahmar (le Nasride), roi d’Ardjouna et de Jaen et le wali de cette dernière ville, ayant gagné les habitants de Grenade, y fit recevoir ce prince, à la fin de ramadhan 635 (mai 1238), suivant Conde , ou peut-être l’année précédente, mais toujours depuis la mort d’al-Mutawakkil Ibn-Houd.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..356.-357.-358.-359.-360.-361.

Date d’édition : 1818-1819

Doc : Lorsque le monde parlait l’Arabe entier 3h04

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Contient les 8 chapitres du documentaire

– Les arabes entrent en scène
– Il était une fois à Bagdad
– L’épopée Andalouse
– Le ciel à livre ouvert
– Les secrets du corps humain
– Les ulémas et les philosophes
– De l’arabe au latin
– Oublier l’arabe

Du IXe au XIIe siècle, le monde musulman connait un rayonnement sans égal : il s’étend de l’Espagne à l’Inde, avec des capitales de rêve : Bagdad, Cordoue, Grenade, Le Caire, Damas… De la théologie à la médecine et à la botanique, des mathématiques à l’astronomie, son essor scientifique et culturel fascine – autant qu’il inquiète – l’Occident médiéval en retard…

 

Doc : L’Alambra de Gharnata (grenade) de la dynastie islamique Nasride al-Andalus

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Documentaire sur la dynastie Issue des banu khazraj de médine (ansar) , dernière dynastie arabo-islamique d’Al-Andalus la dynastie est instituée en 1238 par un émir arabe, Mohammed ibn Nazar souvent appelé Al-Ahmar (Le rouge) et surnommé Al-Ghâlib (le vainqueur) qui descend du médinois Sa`d ibn `Ubâda chef Ansar de la tribu des Banu Khazraj.

La devise des nasrides aurait été proclamée par le premier conquérant lors de son entrée sous la porte d’Elvira de Grenade :
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall vingt-troisième émir nasride de Grenade

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Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade
Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall est le vingt-troisième émir nasride de Grenade (dynastie ansarite des banu khazraj qahtaniyun)

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade. Il est le fils de Sa`d al-Musta`în (Ciriza), le frère de Abû al-Hasan `Alî (El viejo) ou (Muley Hacén) à qui il succède en 1485 et enfin l’oncle de Boabdil Mohammed XII az-Zughbî qui en 1487 après sa libération par les Castillans lui reprend son trône perdu en 1484. En 1489, il décide d’aller à Oran, puis à Tlemcen où il s’installe définitivement. Al-Maqqari en son temps, signale la présence de ses descendants, connus comme Les enfants du sultan d’al-Andalus ( بني سلطان الأندلس en arabe)2.Il décède probablement en 1494. Les Grenadins qui l’estimaient beaucoup le surnommèrent Az-Zaghall (Le Courageux). Sa descendance serait de nos jours en partie originaire de Sfax en Tunisie sous le nom de famille Zghal. 

Quand il arrive au pouvoir, Mohammed az-Zughbî (Boabdil) est prisonnier des Castillans après une défaite humiliante à la fin de l’année 1484. Abû al-Hasan `Alî, le père de Boabdil que celui-ci avait détrôné en 1482, a repris le pouvoir. Les Rois Catholiquesconquièrent Ronda. Une série de défaites grenadines et la maladie d’Abû al-Hasan `Alî, permettent à Mohammed az-Zaghall de prendre le pouvoir. Il se fait nommer émir en 1485.

Le règne (1485 -1487)

Les Rois Catholiques ont alors attaqué la forteresse de Moclín, mais l’avant gardes chrétienne est mise en échec par le sultan al-Zaghall aux alentours de la ville, au cours d’un dur combat du 31 août au 3 septembre 14853.

Le 29 mai 1486 les chrétiens, qui disposent maintenant de mercenaires suisses et allemands, ils prennent Loja. Le 30 mai et 9 juin, Saler et Illora tombent aux mains des Castillans. Moclín est tombée le 16 juin bien que les musulmans aient résisté grâce à leur artillerie légère. Les châteaux Colomera et de Montefrío tombent quelques jours plus tard. Les musulmans prennent alors pleinement conscience du danger qui menace Grenade.

L’assaut contre Malaga

Au printemps 1487, les chrétiens encerclent Malaga. Le chef de la garnison nasride, Ahmad at-Tagrî, prend le commandement de la ville à partir du 6 mai. Il est déterminé à combattre jusqu’au bout. Soumis au feu des bombardes castillanes, les musulmans se défendent de leur mieux. En juillet, les vivres arrivent à manquer. Les habitants de Málaga sont obligés de manger des chevaux, ânes, mulets et chiens. Málaga capitule au bout de trois mois et demi de siège, le 18 août 1487. Les quinze milles prisonniers musulmans sont dans un véritable état d’inanition.

Son neveu Mohammed az-Zughbî (Boabdil), revenu au pouvoir à Grenade, s’est conformé à l’accord secret signé avec les Rois Catholiques et n’est pas intervenu en faveur de Málaga.

En revanche Muhammad XIII az-Zaghall s’est exilé à Almeria après la chute de Baza. Il a essayé une manœuvre de diversion en lançant quelques détachements de volontaires nasrides, d’Adra, sur les chrétiens aux alentours de Vélez-Málaga.

El Zagal finit par pactiser avec Ferdinand, lui vendit Almeria et Guadix, devint son vassal et se fit nommer Roi des Alpujarras. Quelque temps plus tard, il lui vendit le reste de son royaume pour 5 millions de maravedis et passa en Afrique.

Notes

  1.  arabe : muḥammad ben saʿd az-zaḡall, محمد بن سعد الزغل
  2.  (ar)نفح الطيب من غصن الأندلس الرطيب, par Al Maqqari, Dar Sader, 1997, partie 4, p 524
  3.  19-22 chaban 890 A.H.

 

 

Philippe III de Habsburg, Edit d’Expulsion des « Nouveaux Chrétiens Morisques (arabo-musulmans) » de Grenade, Murcie et du reste de l’Andalousie, 9/12/1609

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Expulsion des Musulmans d’al-Andalus (Espagne) 

Philippe III de Habsburg, Edit d’Expulsion des « Nouveaux Chrétiens Morisques (arabo-musulmans) » de Grenade, Murcie et du reste de l’Andalousie, 9/12/1609

Edit d’Expulsion des Morisques de Grenade, Murcie et Andalousie, 9/12/1609

Le roi, parce que la raison oblige en conscience le bon et chrétien gouvernement d’expulser et chasser de tous Royaumes et Républiques les choses qui y causent scandale et portent dommage aux bons sujets, et danger à l’Etat, et surtout qui offensent Dieu notre Seigneur, et sont préjudiciables à son Service.

A cette cause, l’expérience ayant montré que la résidence des nouveaux Chrétiens les Morisques et leur demeure aux Royaumes de Grenade, Murcie et Andalousie, a causé tous ces inconvénients : parce qu’outre la façon de procéder de ceux qui s’accordèrent en le soulèvement dudit Royaume de Grenade, laquelle commença par d’atroces meurtres et tueries, de tous les Prêtres et Vieux Chrétiens qu’ils purent attraper de ceux qui vivaient parmi eux, appelant le Turc à leur secours et aide.

Et les ayant tirés dudit Royaume et permis de demeurer en nos autres Royaumes, moyennant qu’ils se repentissent de leurs fautes et vécussent fidèlement et chrétiennement, selon les préceptes et justes ordonnances qu’on leur donna.

Non seulement ils ne les ont ni respectés ni accomplis, suivant les obligations de notre sainte Foi : ainsi ont-ils toujours montré avoir pour icelle un grand mépris et n’avoir jamais craint d’offenser Dieu notre Seigneur, comme a été vu par la multitude de ceux qui ont été châtié par et punis par le Saint Office de l’Inquisition.

Outre cela, qu’ils ont commis plusieurs larcins et meurtres contre les Vieux Chrétiens. Et non contents de cela, ont voulu conspirer contre la royale Couronne et mes Royaumes, recherchant l’aide et le secours du Turc, allant et venant des personnes par eux envoyées à cet effet, et faisant le même envers d’autres Princes, desquels ils se promettaient aide & secours. Leur offrant leurs personne & moyen.

«Morisques musulmans du royaume de Grenade sos domination croisée, en prenant la marche dans le pays avec des femmes et des enfants. pour fuire les exactions chrétienne » Dessin de Weiditz Christophe en 1529

Et puis que durant tant d’années qu’ils trament ces trahisons & conspirations, aucun d’eux n’est venu à les révéler, ainsi les ont toujours couvertes, cachées & niées. C‘est un signe très évident que tous ont été de même opinion & volonté contre le service de Dieu et le mien, & contre le bien de ces Royaumes encore qu’ils aient pu imiter plusieurs Chevaliers des leurs de généreuse extraction, qui ont fait service à Dieu, & à nos Seigneurs les Rois nos prédécesseurs, & à moi, comme bons Chrétiens, & vassaux très loyaux.

Considérant donc tout ce que dit,  m’obligea donc d’y mettre ordre & remède, de se procurer la conservation & augmentation de mes Royaumes & sujets, & désirant pourvoir au tout, j’ai arrêté avec l’avis & conseil de plusieurs hommes doctes, & d’autres personnes fort Chrétiens, prudents et jaloux du service de Dieu & du mien, de chasser desdits Royaumes de Grenade, Murcie et Andalousie, et de la ville d’Hernache (encore que ce soit hors les limites desdits Royaumes) tous les Nouveaux Chrétiens Morisques qui sont en iceux, tant hommes que femmes & enfants.

Car comme quand quelque grand & détestable crime se commet en quelque Collège ou Communautéil est raisonnable que tel Collège ou Communauté soit détruit ou perdu, & que les petits pour les grands, & les uns & les autres soient punis. Et que ceux qui pervertissent la bonne & sincère vie des Republiques & de leurs Villages & Cités, soient chassés loin des autres habitants, afin que leur contagion ne se prenne & gâte les autres:

A ceste cause en vertu des présentes, j’ordonne et commande que tous les Nouveaux Chrétiens Morisques, sans en excepter aucun de ceux qui vivent & sont résidents auxdits Royaumes de Grenade, Murcie, Andalousie, & ladite ville d’Hernache, tant hommes que femmes, de quelques âges qu’ils soient, tant naturels que non naturels, qui en quelque manière ou pour quelque cause que ce soit sont venus & demeurent susdits lieux, excepté ceux qui sont esclaves, sortent dans les 30 jours premiers suivants, qui se compteront en jour de la publication des présentes, de tous ces tiens Royaumes & Seigneuries d’Espagne avec leurs enfants & filles, serviteurs & servantes, et autres leurs domestiques de leur nation, tant grands que petits et qu’ils ne soient si hardis de retourner ou demeurer en iceux, ni en aucun endroit or partie d’iceux de résidence ni de passage ni en aucune autre manière quelconque.

Et leur prohibe & défends de sortir par les Royaumes de Valence ou d’Aragon, ni d’entrer en iceux, sur peine que s’ils le font & n’accomplissent pas, de la sorte, ce que dit est ; & s’ils font trouvés en mesdits Royaumes & Seigneuries en quelque sorte & manière que ce soit passé ledit terme, ils encourront la peine de mort, et confiscation de tous leurs biens pour l’effet que j’ordonnerai y les appliquer. Lesquelles peines ils encourront pour le même fait, sans autre figure de procès, sentence, ni déclaration.

Et prohibe & commande, qu’aucune personne de tous mes Royaumes et Seigneuries, y étant & y habitant, de quelque Etat, qualité, prééminence, & condition qu’ils soient, qu’ils ne soient si hardis de recevoir, ni receler, recueillir, ni défendre publiquement, ni secrètement, homme ou femme Morisque, passé ledit terme, & ce pour toujours & à jamais, en leurs terres, maisons, ni autre lieu quelconque, sur peine de perdition de tous leurs biens, vassaux. Forteresses, & autres, & en outre de perdre toutes & chacune des grâces & bienfaits qu’ils ont de moi, applicables ma chambre & fisc.

Carte des expulsions ver le Maroc (Seville et Malaga) et en Algerie Ottomane (Murcia, Alicante,Grao, Vinarez, Los Alfaques) et ver la France depuis le nord

Et encore que équitablement j’eusse pu confisquer & appliquer à mon domaine tous les biens meubles & immeubles desdits Morisques, comme biens de profiteurs, criminels de lèse-Majesté divine & humaine et toutefois usant de clémence envers eux, il me plait, que pendant & durant ledit temps de 30 jours, ils puissent disposer de leurs biens, meubles, et choses mobilières et les emporter, non en monnaie, or, argent, joyaux, ni lettres de change, mais en marchandises qui ne soient pas prohibées, achetées des naturels de ces Royaumes, & non d’autres, ou en fruits desdits Royaumes.

Et afin qu’iceux Morisques puissent durant ledit temps de 30 jours disposer d’eux, & de leurs biens,  meubles, & choses nobiliaires, & faire emploi d’iceux en marchandises et comme dit est en fruits de ladite terre, & emporter celles qu’ils achèteront excepté que pour les immeubles faut qu’ils demeurent pour mon domaine, & pour les appliquer à l’œuvre du service de Dieu, & bien public, selon que mieux me semblera être convenable.

Je déclare par ces présentes, que je les prends & reçois sous ma protection & sauvegarde Royale, & les assure eux & leurs biens, à ce que pendant ledit temps ils puissent aller & venir, & être assurés pour vendre, troquer, & aliéner tous leurs susdits biens, meubles, & choses mobilières, & employer la monnaie, or, argent, & joyaux comme dit est en marchandises non défendues & achetées des naturels de ces Royaumes, & fruits d’iceux, & emporter avec eux lesdites marchandises & fruits, librement, & à leur volonté, sans que pendant ledit temps leur soit fait ni donné aucun mal ni dommage en leurs personnes, ni biens contre Justice, sur les peines en quoi encourent ceux qui rompent la sauvegarde Royale.

Et tout de même donne permission & faculté aux susdits Morisques qu’ils puissent emporter avec eux de mesdits Royaumes & Seigneuries lesdites marchandises & fruits, tant par mer, que par terre payant les droits accoutumés avec ce que (comme dessus est dit) qu’ils ne retirent or, ni argent monnayé, ou à monnayer, ni autres choses défendues par les lois de ces miens Royaumes, en espèce, ni par change, sauf lesdites marchandises & fruits, qui ne soient choses défendues.

Toutefois leurs permets bien qu’ils puissent emporter l’argent qu’ils auront besoin pour leur passage et transport qu’ils auront à faire par terre, comme aussi pour leur embarquement par mer. Et commande à toutes les justices de cesdits miens Royaumes, & à mes Capitaines Généraux de mes galères, & armées de haut bord, qu’ils fassent garder & accomplir tout le contenu ci-dessus. Et que non seulement ils ne contreviennent pas à cela, mais encore qu’ils y donnent & apportent bonne & bref exécution, & toute faveur & aide que besoin sera, sur peine de privation de leurs Offices, & confiscation de le leurs biens.

Et commande que cette mienne commission & tout le contenu en icelle ils fassent publier publiquement ; afin qu’icelle vienne à la notice de tous, & que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance- Donné à Madrid le 9 Décembre 1609. Signé : Le Roi