Le sultanat Nasride de Grenade ( la fin d’al-Andalus)

Les derniers Sultans Nasrides de Grenade et fin de l’Islam en Andalousie:

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Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Nasride Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

11e. Abou- Abdallah YOUSOUF II.

An de l’hég. 794 (de J.-C. 1391-93 ). Yousouf, fils et successeur de Mohammed V, fut proclamé solennellement, et tous les grands delà capitale et du royaume lui baisèrent les mains. Imitant, les vertus pacifiques de son père, il envoya demander au roi de Castille la continuation de la trêve et de son amitié

Sa demande était accompagnée de six beaux chevaux richement caparaçonnés, et de quelques captifs chrétiens qu’il mettait en liberté sans rançon.

Henri III accueillit le wali de Malaga qui était à la tête de l’ambassade , et le congédia , ainsi que les députés chargés de conclure le traité avec le roi de Grenade. Yousouf avait quatre fils : Yousouf, Mohammed , Aly et Ahmed.

Le second, d’un caractère violent et ambitieux, voyant que le droit de la nature et l’affection de son père appelaient au trône son frère aîné, conçut contre celui-ci une haine implacable.

Il feignit un grand zèle pour l’islam ; et , méditant de se révolter contre son père , il accrédita le bruit que ce monarque était mauvais musulman, et chrétien au fond du cœur, puisqu’il favorisait les infidèles, qu’il protégeait ceux qui vivaient, à sa cour, et les traitait avec une extrême bienveillance.

Bientôt les mécontents et les partisans de Mohammed en vinrent au point de de mander hautement la déposition de Yousouf.

La sédition commença devant l’alcaçar; le roi était au moment d’abdiquer le trône et de se mettre entre les mains de son fils rebelle, lorsqu’un ambassadeur de Fez , homme aussi ferme et habile qu’éloquent , sortit à cheval du palais , et harangua les mutins.

Il leur dépeignit avec tant de vérité, de force et d’onction , les horreurs des guerres civiles, les malheurs qu’avait éprouvés l’islam, par suite des funestes dissensions qui avaient entraîné la chute des Omeyyades, des Almoravides, des Almohades et des Houdides, en Espagne ; l’avantage que les chrétiens en avaient toujours retiré pour s’agrandir, etc. , qu ‘il persuada aux séditieux de se soumettre à leur roi légitime, et d’attaquer la Castille, tandis qu’elle était en proie aux troubles, pendant la minorité de Henri III : il les assura que leur souverain se mettrait à leur tête, et qu’ils verraient alors combien ils avaient été injustes à son égard.

Son discours fut couvert des applaudissements du peuple.

On publia la ghaziah, et bientôt l’armée musulmane envahit les champs de Murcie et de Lorca qu’elle mit à feu et à sang, combattit les chrétiens avec divers avantages, et revint chargée de butin à Grenade.

Les Jardins Nasride de l'Alhambra
Les Jardins  des arabes Nasride de l’Alhambra, Grenade

Comme Yousouf faisait la guerre contre son gré, il accorda facilement une trêve au roi de Castille. Selon d’autres autours , il la proposa lui-même, afin de détourner l’effet des préparatifs qu on fesait contre lui en Castille et en Aragon.

Pendant cette trêve, le grand-maître d’Alcantara , avec des troupes levées à la hâte, entra témérairement dans la plaine de Grenade, et assiégea la tour de Hisn-Egla ; mais, ayant osé venir à la rencontre des forces que Yousouf envoyait contre lui, il fut taillé en pièces avec tous ses gens, l’an 798 (1395-96).

Le roi de Castille désavoua cette infraction au traité , ce qui satisfit les musulmans et les empêcha d’en tirer vengeance.

Yousouf mourut peu de temps après, l’an 799 (1396), suivant Cardonne, empoisonné, dit-on, par une robe que le roi de Fez, Ahmed ben-Sélim, qui se disait son ami, lui avait envoyée avec d’autres présents.

Les douleurs qu’il éprouva, aussitôt qu’il eut revêtu cette robe, durèrent plus d’un mois, et ne cessèrent qu’à sa mort.

Suivant d’autres auteurs , moins amis du merveilleux , ce prince mourut des suites de douleurs qu’il ressentait long-temps avant l’arrivée des présents.

Il n’avait régné qu’environ cinq ans.

Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .
Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .

12e. MOHAMMED VI.

An de l’hég. 799 (de J.-C. 1396). Les intrigues et les manœuvres de Mohammed , deuxième fils d’Yousouf II , prévalurent sur les dernières volontés de son père et sur les droits d Yousouf, son frère aîné.

Soutenu par la noblesse et par les troupes , il fut proclamé solennellement avant les funérailles du feu roi , qui n’eurent lieu, par son ordre, ue le lendemain de son installation.

Yousouf II fut enterré ans le Djenn-al-Arif , auprès de son père et de son aïeul.

La première action de Mohammed fut de faire arrêter son frère qui, content de mener une vie privée, ne sortait pas de sa maison , et ne paraissait nullement disposé à exci ter une révolution.

Mohammed l’envoya sous bonne escorte dans la forteresse de Schaloubina , où il lui laissa cependant sa famille, son harem, el la jouissance de toutes les com modités de la vie.

Le nouveau roi joignait à un physique avantageux, un es prit vif, un grand courage, une éloquence persuasive et une extrême affabilité qui charmaient le peuple.

Désirant s’af fermir sur le trône avant de rompre avec les chrétiens, il partit, sans autre escorte que vingt-cinq cavaliers déterminés, tous prétexte de visiter ses frontières, et se rendit à Tolède comme ambassadeur.

Il y fut reçu avec honneur et amitié par le roi de Castille, et lui fit signer, l’an 800 (1397), un traité de paix qui confirmait celui qu’avait obtenu son père.

Il retourna ensuite dans ses états, où l’on était inquiet de son absence.

Peu de temps après , les chrétiens ayant violé la trêve , et ravagé les frontières du royaume de Grenade, Mohammed , aussi superbe qu’habile politique, au lieu de se plaindre , se mit à la tête d’une armée, exerça de cruelles représailles dans les états de Castille, et prit d’assaut la forteresse d’Ayamonte.

Des envoyés castillans ayant réclamé la restitution de cette place, Mohammed répondit fièrement qu’il ne la rendrait que lorsque ses sujets auraient été indemnisés des pertes qu’ils avaient éprouvées de la part des violateurs de la paix.

Cette réponse décida le roi Henri III à la guerre.

Mohammed remporta en personne, sur les chrétiens, divers avantages qui lui coûtèrent cher.

Le crépuscule d'Or nasride  1 2 3
Le crépuscule d’Or nasride 14e siècle
1) Officier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
2) Cavalier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
3) Volontaire nord-africiain 14e siècle 

L’hiver et les pluies sus pendirent les hostilités.

Sur ces entrefaites, mourut le roi de Castille ( en décembre 1406, suivant les auteurs espagnols), lorsqu’il se préparait à marcher lui-même contre les Musulmans, laissant pour successeur son fils Jean II , encore en bas âge.

L’oncle du jeune roi , don Ferdinand , chargé de la régence, continua la guerre, prit Zahara par capitulation, s’empara de la forteresse d’Azzeddin, et mit le siège devant Setenil.

La longue résistance que lui opposa la garnison de cette place, lui donna le temps de détacher une partie de ses troupes, qui allèrent réduire Àvamonte, Priégo, Lacobin et Ortejicar.

Mohammed, au lieu d’arrêter les progrès de l’armée castillane, préféra de porter ses ravages dans la province de Jaen , et obligea les ennemis, parcelle diversion , à lever le siège de Seteuil, où ils avaient perdu beaucoup de monde (1).

L’année suivante (1408), Mohammed, ayant attaqué la place d’Alcabdat (Alcaudète) avec sept mille hommes de cavalerie et douze mille d’infanterie, sans pouvoir la pren dre, livra plusieurs combats aux chrétiens, avec des avantages réciproques.

Enfin les deux partis épuisés mirent fin aux hostilités par une trêve de huit ans.

Pendant cet armistice, le roi de Grenade tomba malade: se voyant condamné parles médecins, il voulut assurer le trône à son fils, et envoya l’ordre de faire mourir son frère Yousouf, prisonnier à Scha loubina.

L’alcaïd de celte ville jouait aux échecs avec ce prince, lorsqu’il reçut la lettre du roi.

Il se troubla en la lisant, par suite de l’intérêt qu’avaient inspiré à tout le monde la bonté et les excellentes qualités de Yousouf.

Son émotion ayant été remarquée par celui-ci , jl ne put se dis penser de lui montrer l’ordre du roi.

Le prince demanda un délai, pour dire adieu k ses femmes et faire ses dernières dis positions : l’envoyé le lui refusa et lui accorda seulement le temps de finir sa partie d’échecs.

Elle n’était pas encore terminée, que l’arrivée de quelques officiers de Grenade lui an nonça la mort de son frère Mohammed, qui eut lieu, suivant Chénier, le 11 mai 1408 , après un règne d’environ douze ans.

Mohammed ben Nazar, le souverain nasride maure de l'émirat de Grenade embrassant son allié castillanDevant la reconquista chrétienne, l'émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb5 , qui ont accordé leur soutien après la cession d'Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María
Mohammed ibn Nasr al-Khazraji, le  premier souverain nasride de l’émirat de Grenade embrassant son « allié » castillan. Devant la reconquista chrétienne, l’émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb , qui ont accordé leur soutien après la cession d’Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María

13′. Abou’l Hedjadj (2) YOUSOUF III

An de l’hég. 810 (de J.-C. 1408). Yousouf partit aussitôt pour Grenade, où il fut reçu avec les transports de la plus vive allégresse.

Les maisons étaient tapissées de riches étoffes, et les rues jonchées de fleurs et ornées d’arcs de triomphe.

Les fêtes de son couronnement durèrent deux jours, et les vertus, l’affabilité qu’il montra dès les commencements de son règne, firent présager un roi digne de ses plus illustres prédécesseurs.

Yousouf envoya un ambassadeur au roi de Castille pour lui notifier son avènement au trône, et ses intentions pacifiques.

Une trêve fut signée pour deux ans, aux mômes conditions que celle du règne de Mohammed VI.

Yousouf la confirma et envoya de riches présents au roi de Castille, en chevaux, bijoux, armes, étoffes d’or et de soie , etc.

Deux ans après, le roi de Grenade députa son frère Aly, pour proroger la trêve: mais, comme les ministres castillans exigeaient que Yousouf se reconnût vassal et payât tribut , à l’exemple de ses ancêtres, le prince musulman refusa de ce soumettre à cette humiliation , sous prétexte qu’il n’y était pas autorisé par son frère, et se retira sans renouveler la trêve.

Lorsque la première fut expirée, l’infant don Ferdinand entra dans le royaume de Grenade avec une puis sante armée, en 813 (1410), et assiégea Antequerra , qui , malgré sa vive résistance , malgré les efforts des princes Ahmed et Aly, frères de Yousouf, pour la secourir, fut réduite par la famine à capituler, vers la fin de septembre, après un siège de cinq mois.

Les habitants en sortirent avec leurs biens. Hisn-Hijar et d’autres places du pays se rendirent aux mêmes conditions.

De son côté, le roi Nasride de Grenade avait surpris Zahara , qu’il pilla et dont il brûla les portes.

Une trêve de dix-sept mois mit fin aux hostilités dont le avantages les plus marqués avaient été en faveur des chré tiens.

En ce temps-là (814  de l’hég. (1411 de J.-C), suivant Cardonne), les musulmans de Gibraltar, opprimés par leur gouverneur, et fatigués de la domination du roi de Grenade, se soumirent au roi mérinide de Fez, Abou-Saïd, qui reçut fort bien leurs députés et envoya son frère Saïd , avec deux mille hommes, pour prendre possession de cette place importante.

Le monarque avait cru saisir une occasion favorable d’éloigner un frère dont les rares qualités lui portaient ombrage.

Dès que le prince parut devant Gibraltar, les portes lui en furent ouvertes.

Schéma idéal d'une ville musulmane
Schéma idéal d’une ville musulmane

Le gouverneur, retiré dans la citadelle, voyant qu’il ne recevait point de secours de Grenade, traitait déjà de la capitulation y lorsque Ahmed, frère du roi de Grenade, se présenta devant Gibraltar et en fit le siège.

Le prince de Fez demanda des renforts au roi son frère, qui, voulant le sacrifier, se contenta de lui en voyer quelques bateaux avec des troupes et des provisions. Saïd, n’ayant plus d’espoir, se rendit au prince de Grenade qui, à son intercession, pardonna aux habitants, laissa une forte garnison dans Gibraltar, et emmena Saïd prisonnier à Grenade, où celui-ci fut traité avec beaucoup d’égards.

Quelque temps après, Yousouf reçut des ambassadeurs du roi de Fez, qui le priait de faire périr son frère Saïd, et lui offrait à ce prix son amitié.

Yousouf, qui avait eu tant à souffrir de la tyrannie ombrageuse de son frère Mohammed VI, au lieu de consentir à la trahison qu’on lui proposait , s’intéressa au sort du prince africain , lui montra la lettre du roi de Fez, lui offrit le secours de ses troupes et de ses trésors , pour le venger d’un frère perfide et cruel, ou , en cas de refus , un asile assuré et honorable dans ses états.

Saïd conçut tant de baine contre le roi son frère, qu’il accepta la première proposition du roi de Grenade.

Il s’embarqua à Almérie, avec les troupes et l’argent que ce prince lui fournit.

Abou-Saïd , qui croyait que son frère avait été sacrifié à sa cruelle défiance , fut consterné en ap prenant qu’il s’avançait vers la capitale’, à la tête d’une puissante armée, grossie par les braves de toutes les tribus qui étaient venus le joindre.

Il marcha contre lui , fut vaincu, assiégé dans Fez où il s’était renfermé, livré à son frère qui lui succéda , et resserré dans une prison où il mourut de chagrin.

Le nouveau roi de Fez témoigna sa reconnais sance à Yousouf, lui envoya des dons précieux et lui jura une éternelle amitié.

Le roi de Grenade, préférant les avantages de la paix aux chances de la guerre , renouvela tous les deux ans la trêve avec les chrétiens, jusqu’à la fin de sa vie, et fit toujours de riches présents aux plénipotentiaires suivant la coutume de ses prédécesseurs. Sa cour fut l’asile de tous les seigneurs mé contents de Castille et d’Aragon.

Ils y vidaient leurs différends en champ clos.

Lorsqu’il ne pouvait les accommoder, il as sistait à leurs combats; et souvent, dès les premiers coups, il les séparait et les réconciliait.

Aussi n’était-il pas mois aimé des étrangers que de ses sujets.

Il avait entretenu une correspondance intime avec la reine-mère de Castille, et ils s’étaient envoyés, tous les ans, des présents réciproques.

Ce fut parsuite des conseils de cette princesse, que le jeune roi de Castille, Jean II, accorda encore une prolongation de trêve au roi de Grenade, en 1421 , et l’assura de son amitié.

Yousouf III maintint son royaume dans un état florissant ; et ses sujets , heureux et tranquilles , se livrèrent sans crainte à leur goût pour les douceurs de la vie champêtre.

Ce bon prince mourut subitement, sans avoir été malade, l’an 1423 de J.-C, suivant Cardonne et Chénier (2), après un règne de quinze ans.

Avec lui, s’éclipsèrent pour jamais les beaux jours du royaume Nasride de Grenade.

Il fut enterré dans le Djenn-al-Arif.(Generalife)

 

Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade
Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade

14c. MOHAMMED VII, Al-Aasar ou Al-Aïsar .

An de l’hég. 826 ( de J.-C. 1423.) Mohammed VII, proclamé roi de Grenade, le jour même de la mort de son père , fut surnommé Al-Aasar (le gaucher), ou Al-A’tsar (le gauche), soit en raison d’une habitude naturelle de ses mains, soit à cause des malheurs que lui attirèrent son imprudence et son incapacité.

Il ordonna que la cérémonie de son inauguration fût célébrée solennellement dans toute l’étendue de ses états, et que tous les walis et les alcaïds lui envoyassent leur serment d’obéissance et de fidélité.

Se proposant de suivre la politique de son père, pour modèle d’un bon gouvernement , il ne sut l’imiter qu’en un point : ce fut de conserver l’alliance des princes d’Afrique et d Es pagne, auxquels il envoya des ambassadeurs à cet effet.

Mais il négligea totalement de gagner la bienveillance et l’amour de ses peuples.

Vain et superbe, il traitait en esclaves ses ministres et ses courtisans; il laissait passer plusieurs se maines, plusieurs mois, sans donner audience a ses sujets, sans recevoir même ses vézirs qui voulaient lui rendre compte de l’état des affaires.

Tous ses soins se bornaient à maintenir la trêve avec les chrétiens, à ne pas leur donner occasion de la rompre , et à ménager l’amitié du roi de Tunis.

Dédaignant les coutumes de sa nation, il défendit les joutes, les tournois et les autres divertissements auxquels se livrait la jeunesse.

Aussi se rendit-il également odieux aux grands et au peuple.

Le seul qui jouit de sa faveur, fut Yousouf ben – Seradj , son vézir , cadhi de Grenade.

Cet homme, appartenant à la plus ancienne et à la plus puissante famille du royaume (les Banu Sarraj ‘d’origine arabe), sut , par son autorité , contenir d’abord la foule des mécontents qui méditaient la déposition de son maître.

Mais sa prudence et son crédit ne purent empêcher qu’une insurrection populaire ne proclamât roi , Mohammed Al-Saghir, cousin du monarque.

Tandis que les mutins pénétraient de vive force dans le palais, Mohammed VII, favorisé par quelques-uns de ses gardes, sortit à travers les jardins , gagna les bords delà mer, et, déguisé en pêcheur, se mit dans une petite barque qui le porta sur les côtes d’Afrique, où il trouva un asile auprès de son ami, Abou-Faris , roi berbère Hafside de Tunis.

Cette révolution arriva l’an 831 (1427), suivant Cardonne et Chénier .

Mohammed Vil avait régné environ quatre ans.

The castellan informed him that fifteen hungry men held itThe King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle
L’armée arabo-islamique Nasride de Grenade tiré du Cantigas de Santa Maria

15e. MOHAMMED VIII AL-SAGHIR.

An de l’hég. 83 1 (de J.-C. 1427). Mohammed, surnommé al-Saghir (le petit), fut reconnu à Grcnade et dans les principales villes du royaume.

Il donna au peuple des fêtes, des joutes et des tournois ; et , comme il se piquait d’être très-habile dans les exercices du corps, il entrait dans les lices, se mêlait parmi les combattants, tirant des traits (flèches), et évitait ceux de ses adversaires, en faisant manœuvrer son cheval avec beaucoup d’adresse et de légèreté.

Il régala plusieurs jours les chevaliers, mangea et s’entretint familièrement avec eux, et les combla d’honneurs et de présents.

Cet usurpateur, craignant que les partisans de son prédécesseur n’excitassent quelques troubles dans l’état , résolut de se défaire d’eux ; ils en furent avertis à temps par leurs amis et se retirèrent secrètement dans le royaume de Murcie.

Quelques-uns, moins défiants, étant restés à Grenade, éprouvèrent la rigueur du tyran , chez qui la cruauté commençait à remplacer la crainte.

Au nombre des premiers étaient l’ex – vézir Yousouf ben-Seradj, et quarante seigneurs de sa famille. Ils furent bien reçus à Lorca et à Murcie, d’où, ayant obtenu un sauf-conduit du roi de Castille , ils allèrent lui rendre hommage.

Ce jeune mo narque les traita honorablement, témoigna beaucoup de regrets de la disgrâce de Mohammed al-Aïsar, son allié ; et , apprenant qu’il s’était retiré à Tunis , offrit généreu sement de le rétablir sur le trône et de châtier l’usurpateur.

Dans ce dessein, il envoya Yousouf ben-Seradj et le gouverneur de Murcie à Tunis, avec des lettres, par lesquelles il invitait le roi Abou-Faris à se joindre à lui, pour rendre, aux peuples de Grenade leur légitime souverain , el le priait de lui envoyer ce prince.

Le roi Hafside de Tunis entra noblement dans les vues du Castillan.

Il donna cinq cents cavaliers  avec des sommes considérables à Mohammed al-Aïsar , et confia à l’ambassadeur chrétien des présents de choses rares et précieuses pour son maître.

Mohammed alla s’embarquer à Oran , et aborda à Vera, sur les côtes de Grenade, d’où il s’avança vers Alméria.

Mohammed al-Saghir fut consterné à la nouvelle de ce débarquement.

Il envoya son frère à la tête de sept cents cavaliers d’élite, pour tâcher de surprendre et d’arrêter son rival.

Mais la moitié de cette troupe s’étant rangée sous les drapeaux du roi détrôné , le prince , peu silr des soldats qui lui restaient , n’osa pas engager un combat inégal et revint à Grenade.

Cette défection facilita les progrès de Mohammed al-Aïsar.

Almérie et Guadix lui ouvrirent successivement leurs portes, et il y fut reçu avec les témoignages les plus éclatants de joie, d’amour et de respect.

Cédant aux instances de plusieurs seigneurs de Grenade qui étaient venus le. trouver à Guadix, il marcha sur la capitale, suivi d’une foule immense, qui, depuis son débarquement, accourait de toutes parts auprès de lui.

Cette populace inconstante donnait , par ses clameurs , beaucoup de poids au parti de ce prince. Mohammed al-Saghir, n’étant pas en forces pour s’opposer à son rival, prit le parti de se fortifier dans Al- hamra.

Il y fut assiégé dès le lendemain : mais ses soldats, intimidés par les vives attaques de l’ennemi, n’osèrent s’ex poser aux horreurs d’un assaut et livrèrent eux-mêmes leur souverain , qui fut à l’instant décapité, l’an 1429, après un règne de deux ans et quelques mois .

Ses fils furent étroitement incarcérés, et Mohammed VIII demeura paisible possesseur de la capitale et du trône.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra.

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar, pour la deuxième fois.

An de l’hég. 833 (de J.-C. 1429). Mohammed, ayant assoupi les troubles et rassuré les esprits sur la crainte qu’ils avaient de son système de gouvernement , rendit les sceaux à son ami Yousouf ben-Seradj.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille pour le remercier de sa généreuse protection , lui demander la continuation de son amitié, conclure avec lui un traité perpétuel de paix et d’alliance, et lui offrir des troupes auxiliaires dans ses guerres contre des princes de sa famille.

Le roi de Castille reçut à Burgos les ambassadeurs musulmans.

Il refusa les secours du roi de Grenade, et demanda seulement la stipulation du tribut que ce prince paierait à l’avenir comme vassal.

Mais Mohammed n’ayant pas voulu y con sentir, dans la persuasion que le Castillan, embarrassé dans des guerres intestines et extérieures, se contenterait d’un don volontaire, les négociations furent rompues.

Jean écrivit au roi berbère  Hafside  de Tunis, pour se plaindre de l’ingratitude de Mohammed, et pour le prier de lui retirer son assistance.

Abou-Faris n’envoya point en effet les galères et les troupes qu’il avait promises au roi de Grenade, et l’invita d’une manière pressante à payer tribut au roi de Castille auquel il devait le trône.

En même temps il répondit à celui-ci, pour l’engager à modérer sa vengeance contre un prince musulman dont la famille était alliée à la sienne.

Le monarque chrétien , ayant fait la paix avec les infants , envoya des troupes contre les Musulmans de Grenade.

Elles ravagèrent les environs de Ronda et prirenlla forteresse de Xiména. Mais, d’autre part, Mohammed gagna un combat décisif sur les Castillans qui avaient fait une invasion sur ses terres , du côté de Cazorla : toutefois , sur la nouvelle que le roi de Castille s’avançait en personne avec des forces plus imposantes, il craignit que son arrivée n’excitât quelque révolution dans ses états.

La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela
La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela en 1431

Il laissa donc le commandement de son armée à ses généraux, revint à Grenade avec cinq mille cavaliers, et y donna des armes à vingt mille habitants, afin d’augmenter la garnison de cette capitale.

Cependant les chrétiens, après avoir dévasté les districts d’Illora, de Taxaxar, d’Alora  d’Ardjidouna, etc., reprirent le chemin de Cordoue.

Les craintes de Mohammed étaient fondées. Yousouf ben- Al-Ahmar, prince du sang , riche et ambitieux , voulant s’emparer du trône de Grenade, rechercha l’appui du roi de Castille, par l’entremise d’un seigneur musulman, d’origine chrétienne, qui savait parfaitement la langue castillane.

Il promit de se joindre, avec plus de huit mille hommes, aux troupes de ce monarque , aussitôt qu’elles paraîtraient sur la frontière, et de devenir son vassal , si, par son secours, il obtenait la couronne.

Cette négociation ayant réussi, les partisans de Yousouf abandonnèrent peu à peu la ville, sous prétexte d’aller joindre l’armée musulmane.

Il les réunit au nombre de huit mille, la plupart nobles et cavaliers, se rendit avec eux auprès du roi de Castille , qui avait déjà dé passe la frontière, à la tôle de ses troupes, et lui baisa la main en signe d’hommage.

Jean II vint camper sur le penchant du mont Elvire, d’où il admirait la situation et a beauté de Grenade.

Yousouf lui en indiquait les for teresses et les principaux édifices, tels que l’Alhamra, l’Albaycin, etc.

>Détail sur l'armée Nasride à la Bataille de Higueruela  1431
Détail sur l’armée Nasride à la Bataille de Higueruela 1431

Après plusieurs escarmouches entre les avant-postes des deux armées, on en vint à une bataille générale, où l’on combattit un jour entier, avec un égal acharnement de part et d’autre, jusqu a ce que les Musulmans commencèrent à plier, et s’enfuirent la nuit, laissant la plaine couverte de cadavres.

Jamais le royaume de Grenade n’avait essuyé un plus terrible échec : mais la perte des chrétiens fut aussi très-considérable; et, sans les transfuges musulmans qui renforçaient leur armée , en affaiblissant celle de leurs ennemis, ils auraient éprouvé le même désastre qu’à la journée d’ Al-Arcos. La nouvelle de cette déroule ré pandit le deuil dans Grenade.

Un tremblement de terre ajouta encore à la consternation des habitants; mais la présence de Mohammed VII , que ce revers n’avait pu abattre, ne leur laissa d’autre parti que la résistance.

Le roi de Castille ne tira aucun avantage d’une victoire qui lui avait coûté si cher.

Après avoir fait le dégât dans le pays, il décampa et retourna à Cordoue  ; mais pour consoler Yousouf, et détruire les soupçons que son départ avait inspirés aux partisans de ce prince, il le fit proclamer roi de Grenade, en présence de sa cour et de l’armée, et chargea ses généraux de l’aider à prendre possession du trône.

Détail d'un cavalier Nasride et d'un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d'Higuruela en 1431
Détail d’un cavalier Nasride et d’un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d’Higuruela en 1431

 

Cette déclaration entraîna dans le parti de Yousouf plusieurs villes et bourgs du royaume de Grenade, Montefrio, lllora, Cambil, Alhabar, Ortejicar, Taxaxar, Hisn-Alloz, Ronda, Loja, etc.

Ce prince ayant reconnu le roi de Castille pour son suzerain, s obligea de lui payer un tribut annuel , de lui fournir quinze cents cavaliers en temps de guerre, et de venir lui rendre hommage à sa cour dans les occasions solennelles, soit en personne, soit en envoyant un prince de sa famille.

Il marcha ensuite sur Grenade avec une puissante armée. Mohammed al-Aïsar lui opposa son vézir Yousouf ben- Seradj qui fut tué dans une bataille qu’il perdit , en combat tant comme un lion.

Les vaincus revinrent à Grenade où ils jetèrent l’épouvante , en exagérant les forces et les cruautés de l’ennemi.

Cette victoire acheva de soumet tre à Yousouf le reste du royaume.

A son approche, une insurrection éclata dans la capitale.

Les grands ayant représenté alors à Mohammed que toute résistance était impossible, l’invitèrent à pourvoir à sa sûreté, et à ne pas exposer la ville aux horreurs d’une prise d’assaut.

Le roi enleva donc tous les trésors du palais , emmena son harem avec les deux fils de Mohammed VIII, et, suivi de ses- plus intimes amis , il prit la route de Malaga , où il avait de nombreux partisans.

Cette révolution arriva l’an 835 (vers la fin de 1431 , ou au commencement de 1432).

Le second règne de Mohammed VII n’avait duré que trois ans.

Les Palais Nasride de l'Alhambra, Grenade, Espagne (de l'art. XIV) . Volumétrique.
Les Palais Nasride de l’Alhambra, Grenade, Espagne (de l’art. XIV) . Volumétrique.

16 YOUSOUF IV.

An de Thég. 835 (de J.-C. 1431-32). Yousouf ben Al- Ahmar entra dans Grenade avec six cents cavaliers de sa garde seulement , afin de rassurer les habitants sur les vio lences qu’ils craignaient Arrivé à l’Alhamra , il y convoqua- les cheikhs, les walis, les alcaïds et les cadhis du royaume, fut proclamé roi solennellement, et parcourut la ville avec une pompe éclatante.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille, pour lui faire part de ses heureux succès, lui renouveler les témoignages de sa reconnaissance et de sa soumission, lui offrir un tribut deux fois plus considérable que celui qu’avaient payé ses prédécesseurs à la couronne de Castille, et lui annoncer que ses troupes allaient se réunir à celles du général don Gomez Rivera  pour attaquer Malaga.

Une lettre du roi  Hafside de Tunis, parvenue au monarque chrétien par l’entremise d’un négociant’ génois, lui inspira des sentiments plus généreux envers Mohammed Al-Aïsar, et l’expédition n’eut pas lieu.

Yousouf IV n’avait régné que six mois à Grenade, lorsqu’à son âge avancé se joignit une maladie qui l’enleva , le 4 juin 1431  suivant Chénier .

Intérieur du palais nasride de l'Alhambra
Intérieur du palais nasride de l’Alhambra

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar , pour la troisième fois.

An de l’hég. 836 (de J.*C. 1432). La mort de Yousouf mit fin aux factions qui divisaient Grenade.

Toute la population se réunit pour rappeler au trône Mohammed VII.

Ayant appris à Malaga ces heureuses nouvelles, il se rendit à Grenade , après avoir pris des mesures pour s’assurer de la sincérité et de la fidélité des habitants, et y fut proclamé roi pour la troisième fois.

Il choisit pour vézir Abd-clbar, homme distingué par sa naissance et son mérite.

Il envoya des ambassadeurs aux cours de Tunis (dynastie berbère Hafside) et de Castille, lâcha d’apaiser le roi Jean, et conclut en effet avec lui une trêve d’un an, qu’il renouvela pour une autre année .

A peine fut-elle expirée, que les chrétiens entrèrent dans le royaume, de Grenade , et prirent la forteresse de Beni- Maurel après un siège opiniâtre.

Le vézir ayant ‘marché contre une de leurs divisions qui s’avançait du côté de la frontière de Murcie, la tailla en pièces, et le général castillan s’y fit tuer pour ne pas survivre à sa défaite (3,).

Les chrétiens ayant emporté d’assaut line ira, où le carnage fut hor rible, la garnison se réfugia dans la citadelle, et y soutint un nouveau siège ; mais malgré les secours que le gouverneur de Baça y avait introduits, en forçant les lignes des assiégeants, le manque de vivres et de munitions obligea les Musulmans de rendre la place, d’où ils sortirent librement.

L’an 840 ( 1436) , le vézir Abd-elbar (Abd al-Bar) vainquit les chrétiens dans un défilé, et en fit un grand carnage près d’Ardjidouna qu ils avaient tenté de surprendre, ils furent presque tous tués ou faits prisonniers.

Le grand- maître d’Alrautara perdit son étendard et ne dut son salut qu’à la vitesse de ton cheval.

Le général musulman força ensuite les croisés Castillans de lever le siège de Huelma et de se retirer à Jaen , sans oser lui livrer bataille.

Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, c. 1400
Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, fabriquer en 1400.

L’an 841 (1437), Abd-elbar remporta sur les Castillans, dans les plaines de Guadix et de Grenade , plusieurs avantages importants.

L’année suivante, les places de Welad- Blanco, Welad-Rubio et deux autres, près des frontières de Murcie , afin de se délivrer des continuelles incursions des chrétiens, se mirent sous la protection du roi de Castille , qui accepta leur offre et leur tribut volontaire, à condition qu’elles recevraient garnison chrétienne.

Ce fut dans le même dessein que les villes de Guadix et de liaça deman dèrent à se mettre sous la sauve-garde du roi de Castille: mais, comme elles voulaient rester libres et neutres, la négociation fut sans résultat et leur territoire continua d’être ravagé.

Les habitants de Galera et de quelques autres places- fortes traitèrent avec les chrétiens aux mêmes conditions.

Le comte de Niebla, à la tête d’un corps de Castillans, attaqua Gibraltar; mais la garnison, qu’il croyait surprendre, fit une sortie si heureuse qu’elle mit les chrétiens en déroute , et que la plupart de ceux oui échappèrent au fer musulman, périrent avec leur général dans la rivière Palmones, grossie par la marée.

L’an 842 (1438) , la ville d’Huelma fut forcée de se rendre aux chrétiens , et ses habitants obtinrent la permission d’en sortir .

Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450
Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450

Dans le même temps, le brave Ben-Seradj ayant rencontré un autre corps de Castillans, commandés par le gouverneur de Cazorla , don Fulan Pérea, on combattit de part et d’autre avec une extrême fureur; les deux généraux expirèrent sur le champ de bataille ; mais la victoire se déclara pour les musulmans.

La perte de Ben-Seradj laissa de vifs et justes regrets à Grenade; , surtout parmi la jeune noblesse et le beau sexe.

Il était le héros de son pays, et joignait à une bravoure chevaleresque la force et les grâces du corps (a). La dernière défaite des chrétiens et les troubles qui éclatèrent de nouveau en Castille, suspendirent les hostilités; mais les factions recommencèrent aussi à Grenade, et l’empêchèrent de jouir des douceurs de la paix.

Mohammed VII ignorait l’art de gagner l’amour de ses sujets. Plusieurs des principaux d entre eux quittèrent sa cour, se rendirent à Séville et se mirent au service du roi de Caslille.

Le chef de ces mécontents, Mohammed ben-Ismaë’l, neveu du roi, s’é tait trouvé offensé que la main d’une femme qu’il aimait, lui eût été refusée par le monarque, qui l’avait accordée à l’un de ses courtisans.

Un autre neveu du roi, Mohammed ben-Othman , gouverneur d’Alméria, informé de la situation politique de la capitale , s’y rendit secrètement , l’an 848 (1444) avec plusieurs de ses partisans , répandit beaucoup d’argent pour gagner la populace, réveilla l’ambition et le mécontentement des grands, échauffa tous les esprits, et réussit enfin à exciter une sédition, à la faveur de laquelle il s’empara de l’Alhamra, de toutes les forteresses de Grenade et de la personne de son oncle, qui fut ainsi détrôné pour la troisième fois, l’an 849) (1445).

Le dernier règne de Mohammed al-Aïiar avait duré près de quinze ans.

Ce faible prince termina ses jour» dans une obscure prison.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra

17e MOHAMMED IX AL-AHNAF.

An de Hégire .849 C^c «L C. 1445)- Mohammed ben-Othmansurnommé Al- Ahnaf ( le pied-bot ou le boiteux ), fut proclamé roi, après la déposition de son oncle, mais non pas avec l’approbation générale. 11 vit bien tôt se former contre lui un puissant parti , à la tête duquel était l’ex-vézir Abd- elbar.

Ce ministre, retiré à Montefrio avec tous ses parents et ses amis, voyant qu’il était difficile de rétablir sur le trône le roi déposé , et qu’élever la voix pour lui ce serait hâter sa mort , écrivit à Ben-Ismaël, qui était en Castille, pour lui offrir le royaume de Grenade, et lui suggérer les moyens d’en venir prendre possession, sans crainte d’être retenu par le roi de Castille.

Mais Ben-lsmaël ne voulut point partir sans la permission du monarque qui l’avait accueilli a sa cour, et il lui découvrit franchement ses vues et son plan.

Le roi Jean y adhéra, lui offrit sa protection, et chargea les commandants de ses frontières de lui fournir des secours. Ben-lsmaël, suivi des musulmans qui s’étaient attachés à son sort, et d’un corps de troupes castillanes, arriva à Montefrio.

Il y fut reçu par Abd-elbar et ses partisans, qui le proclamèrent roi de Grenade ; mais les troubles qui continuaient de déchirer la Castille, ayant rendu inutile son alliance avec le roi Jean, lui ôtèrent les moyens de disputer le trône à son rival , et le réduisirent à tâcher de se main tenir dans Montefrio et dans quelques places voisines (i).

Cependant Mohammsd-at-Ahnaf , voulant se venger de la protection que les Castillans avaient accordée à son cousin , attaqua leurs frontières, prit d’assaut Beni-Maurel et Ben-Salema, dont il fit passer les garnisons au fil de l’épée, et revint à Grenade , avec beaucoup de butin , de troupeaux et de captifs, sans avoir rencontré d’ennemis qui eussent osé arrêter sa marche.

Épée Arabe du sultan Nasride  ABu Abd'Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade
Épée Arabe du sultan Nasride ABu Abd’Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade

L’an 851 ( 1447 ) ‘ Mohammed partagea ses troupes en divers corps, dirigea les uns contre les frontières de Castille, les autres contre son cousin Ben-lsmaël ; et tandis que ses généraux lui soumettaient Welad-Blanco , Welad- Bubio, etc., il prit en personne Huescar, Welad-Abiad , Welad-al-Ahmar, et mit à feu et à sang les frontières de l’Andalousie.

Il envoya des ambassadeurs et des présents aux rois de Navarre et d’Aragon qu’il savait dire ennemis du roi de Castille, et conclut avec eux une alliance offensive et défensive contre ce dernier prince.

En conséquence, il porta le théâtre de la guerre dans la province de Murcie, en 852 (1448), la ravagea et vainquit, près de Chinchilla, les Castillans commandés par don Tel lez- Giron.

L’an 853 (1449), il rentra dans l’Andalousie, menaça Cordoue et saccagea les territoires d’Utrera , de Baena et de Jaen.

L’an 854 (i45o), il chargea Mohammed, fils d’ Abd-el bar, d’une expédition dans la province de Murcie.

Ce jeune homme n’avait pas suivi le parti de son père. Betenu par l amour, il était resté à Grenade, dans l’espoir d’obtenir la main de son amante, pour prix de ses services.

Le roi estimait sa valeur et lui confiait les commissions les plus importantes et les plus périlleuses.

Ben-Abd-elbar réussit dans celle de Murcie; mais comme il revenait, chargé de dépouilles, il se laissa entraîner, par quelques jeunes téméraires , à tenter une incursion dans le district de Lorca.

Les habitants de cette ville l’ayant attaqué avec des forces supérieures , il ne refusa point le combat et fit des prodiges de bravoure; mais il perdit tout son butin, ses captifs, ses plus braves capitaines, et revint à Grenade avec les débris de ses troupes. Irrité de sa disgrâce, le roi le fit exécuter, en lui disant : « Tu mérites de périr comme un lâche , » puisque tu n’as pas su mourir en héros. »

Les courses des musulmans, dans l’année 856 (1452), eurent moins de succès que celles des campagnes précédentes.

Ils ravagèrent le royaume de Jaen, prirent et brûlè rent la ville de Carillo, après l’avoir pillée; mais un de leurs détachements s’étant porté, par Bonda et Setenil , sur le territoire d’Arcos, fut attaqué et mis en fuite.

Ils continuèrent leurs incursions, l’an 857 (1453), avec d’autant plus de férocité, que le bruit de la prise de Constantinople par les Ottomans , avait réveillé l’ardeur des Musulmans d’Espagne.

Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos
Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos

Ils envahirent le royaume de Jaen , y commirent toute sorte d’excès , et détruisirent les murs de Ximena et de plusieurs autres places .

Enorgueilli par ses triomphes sur les chrétiens, Mohammed IX se crut bien affermi sur le trône et abusa de l’auto rité suprême.

Il devint si sanguinaire, que tout le monde tremblait en sa présence.

Il condamnait à mort sans motifs, ou pour les torts les plus légers, les personnages les plus illustres.

Il dépouillait de leurs gouvernements et de leurs- emplois les vieux et loyaux sujets, pour les donner aux compagnons de ses téméraires entreprises, aux agents de sa ty rannie. 11 mariait ses jeunes courtisans au gré de ses caprices, et forçait les pères de leur donner leurs filles.

Des vexation» aussi criantes excitèrent de justes plaintes, et rendirent le roi de Grenade odieux à tous les musulmans.

Mohammed ben-lsmaël , son cousin ,avait conservé Montefrio et quelques autres châteaux, dans l’espoir que le roi de Castille, débarrassé de ses guerres intestines, l’aide rait puissamment contre son rival.

Il ne cessait d’encourager ses partisans par ses promesses, et d’entretenir des relations secrètes avec les ennemis de Mohammed al-Ahnaf , afin de fomenter le mécontentement général qu’avait provoqué la cruauté de ce tyran.

Enfin le croisé  roi Jean II ayant fait la paix avec les rois de Navarre et d’Aragon , et voulant se venger de Mohammed IX, envoya une armée à son cousin pour lui faire la guerre.

Les deux rivaux se rencontrèrent et combattirent avec une égale valeur; mais le secours des chrétiens fit triompher Ben-lsmaël.

Le roi de Grenade vaincu s’enfuit dans sa capitale avec les débris de son armée.

Un appel qu’il fit à ses sujets ne lui procura que de faibles ressources.

Voyant que son étoile avait pâli, il voulut au moins en traîner dans sa chute ceux lui travaillaient sourdement à le précipiter du trône.

Il appela les principaux dans l’Alhamra et les fit mettre à mort. Il se préparait à se défendre dans cette forteresse; mais, informé que toute la ville révoltée avait proclamé roi son cousin, même avant l’arrivée de ce prince , il ne s’y crut plus en sûreté.

Comme il ne redoutait pas moins les suites d’un siège que les effets de quelque trahison , il sortit de l’Alhamra, suivi d’un petit nombre de cavaliers qui lui étaient dévoués, et alla se cacher dans les montagnes, en l’année 858 ( 1454), après un règne d’en viron neuf ans.

Il y périt sans doute misérablement, car les historiens ne font plus mention de lui.

Poignet d'épée Nasride du 14eme siècle
Poignet d’épée Nasride du 14eme siècle

18«. MOHAMMED X, ou ISMAEL III 

An de l’hég. 858 ( i454 )• Mohammed ben-Ismaël fut reçu dans Grenade par les personnages les plus distingués, et y fut proclamé roi solennellement, ainsi que dans les principales villes du royaume.

Il écrivit à Jean , roi de Castille, pour lui témoigner sa reconnaissance , se déclara son vassal et lui envoya de riches présents.

Mais ce monarque étant morl peu de temps après, Mohammed ne renouvela pas la trêve et l’amitié avec Henri IV, son fils, de peur de mécon tenter les Grenadins qui voyaient de mauvais œil ses liai sons avec les chrétiens.

Il permit à ses capitaines de faire des incursions dans les états du nouveau roi de Castille, et le butin qu’ils en rapportèrent fut d’autant plus considérable , que les Castillans étaient sans défiance.

Surpris et irrité de cette agression imprévue et injuste, Henri rassembla une armée de quatorze mille cavaliers et d’un grand nombre de fantassins , marcha contre Grenade, l’an 1455 , et mit à feu et à sang tout le pays qu’il parcourut jusqu’à son arrivée devant celle capitale.

Mohammed, n’osant pas risquer une bataille, se tint sur la défensive, et permit seulement aux plus braves de ses officiers de sortir de la ville, et d’aller défier les chrétiens en combats singuliers dont l’avantage fut toujours pour les musulmans.

Le roi de Castille , voyant que ces actions particulières avaient coûté la vie à plusieurs de ses plus vaillants capitaines, défendit à ses troupes de répondre aux provocations de l’ennemi, et décampa même avec son butin.

Il revint, en 860 (1456), et comme les éclaireurs de Grenade voulurent s’opposer aux pillages commis par son avant garde, il y eut une escarmouche qui devint presque une bataille générale, dans laquelle périt Garcilaso de la Vega, son ami.

Il s’en vengea par les plus cruels ravages, et par la prise de Ximcna dont il égorgea tous les habitants.

Le roi de Grenade , pour mettre un terme aux maux que les chrétiens fesaient à ses états, demanda une trêve, quoique avec beaucoup de répugnance : elle fut conclue pour un temps limité et à certaines conditions , dont la plus singulière était que la frontière du royaume de Grenade, du côté de Jaen , ne fut pas comprise dans le traité, et que les hostilités continuèrent sur ce point.

Mais les Maures étant entrés dans la province de Jaen, et ayant vaincu le comte de Castaneda qu’ils amenèrent prisonnier à Grenade, la trêve fut déclarée générale, et observée assez fidèlement de part et d’autre pendant trois ans. Mohammed profita de cet instant de repos pour tâcher de réparer les malheurs de la guerre : il fit planter un grand nombre d’arbres, et relever les édifices publics et les maisons en ruines.

II se plaisait à donner des joutes et des tournois, y figurait avec avantage et montrait son adresse à manier un cheval.

Ce prince avait deux fils, Muley-Abou’l Haçan Aly et Se’id- Abdallah.

L’aîné, parvenu à l’âge viril, était bon cavalier, violent et plein de courage. Brûlant de signaler sa valeur contre les chrétiens, il prit un détachement de ca valerie, et au mépris de la trêve, il entra dans l’Andalousie, l’an 864 ( 146o ) , dévasta le district d’Estepa, enleva les troupeaux, massacra ou chargea de fers les habitants des campagnes; mais, attaqué par les troupes d’Ossuna, après un combat meurtrier, il fut forcé de fuir et d’abandonner son butin.

Le déclin de  la Grenade Nasride 15e siècle  1 2 3
Le déclin de la Grenade Nasride 15e siècle
1) Officier Nasride 15e siècle
2) Fantassin arbalétrier Nasride 15e siècle 
3) Cavalier en armure Nasride 

Dans l’automne de l’année 865 (1461),il fil une nouvelle incursion qui lui fut plus profitable et moins périlleuse.

Mais la guerre qu’il avait rallumée devint fatale aux musulmans.

L’année suivante, le duc de Medina-Sidonia leur enleva Gibraltar qui se rendit après un siège de peu de durée, tandis que don Pedro Giron , grand-maître Je Ca- latrava, attaquait Ardjidouna qui fut réduite à capituler (1).

Ces pertes irréparables obligèrent le roi de Grenade à implorer la générosité du roi de Castille.

Le monarque chré tien vint de Gibraltar dans les plaines de Grenade, où Mohammed le reçut avec magnificence , l’an 868 ( 1464) : ils mangèrent ensemble sous une superbe tente , signèrent la paix et se firent des présents réciproques.

Henri partit, escorté jusqu’à la frontière, par les principaux seigneurs de Grenade, dont plusieurs l’accompagnèrent même dans sa capitale, suivant une des clauses du traité, qui por tait que les sujets des deux monarques, voyageraient libre ment dans les états respectifs de l’un et de l’autre, et y trouveraient protection et sûreté.

Mohammed vécut en paix jusqu’à la fin de son règne , qui fut d’environ douze ans (2).

Il gouverna avec beaucoup de sagesse et de justice , et mé rita l’amour de ses sujets.

Il  mourut, au printemps de l’année 870 ( 1466) , dans son palais à Alméria.

N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman0, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs Grenadin .
N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs (shuyukh au plr) Grenadin .

19′. Abou’l Haçan ALY.

An de l’hég. 870 (de J.-C. 1466). Muley Abou’l Haçan Aly succéda à son père.

Ce prince brave et magnanime aimait la guerre, ses périls et ses horreurs.

Son ambition et son humeur belliqueuse causèrent la perte de son royaume et la ruine de l’islamisme en Espagne.

Les premières années de son règne furent paisibles ; mais lorsqu’il se disposait à attaquer les chrétiens, et qu’il ne cherchait qu’une occasion de rompre avec eux, il fut retenu par la révolte de l’alcaïde de Malaga, homme puissant et courageux, qui jouissait d’une grande considération dans le royaume.

Le roi de Grenade envoya aussitôt un prince de sa famille pour réduire et remplacer le rebelle ; mais celui-ci , sans perdre de temps, ré clama le secours du roi de Castille, Henri IV.

Le monarque croisé étant venu à Ardjidouna, l’an 874 ( 1469), l’alcaïde se rendit auprès de lui , se mit sous sa protection , lui offrit de riches présents en chevaux , armes, joyaux , et lui promit de se joindre à lui contre le roi de Grenade.

Aly, informé et irrité de ces liaisons, porta le fer et la flamme dans les royaumes de Cordoue et de Séville, et répandit l’épouvante dans l’Andalousie.

Il y fit une seconde incursion , l’an 876 (147 1) , y exerça les mêmes ravages , mais sans prendre aucune place-forte. Cette année, don Diègue de Cordoue, n’ayant pu obtenir du roi de Castille l’autorisation de se balire en champ- clos contre don Alonzo de Aguilar, son ennemi personnel, se retira chez le roi de Grenade qui lui permit de vider sa que relle.

Comme don Alonzo, retenu par les ordres de son sou- vciain, ne put se trouver au rendez- vous, Aly le déclara vaincu, suivant les lois de la chevalerie. Un parent du roi, ami de don Alonzo, soutint que ce dernier était un brave chevalier, incapable de manquer, par sa faute , à un rendez-vous d’honneur , s’opposa a ce que son ami fut con damné comme un lâche, et offrit de se battre pour lui.

Il  insista, malgré le refus du roi de Grenade, qui, offensé de son obstination, voulait le faire périr, mais qui lui ac corda sa grâce, par l’intercession de don Diègue (1).

Tandis que les musulmans envahissaient sur plusieurs points le territoire chrétien, le gouverneur d’Andalousie , don Ruy Ponce de Léon, parvint à surprendre la ville de Montejicar, que les troupes de Grenade reprirent d’assaut bientôt après.

Les trois années. suivantes, le roi fut occupé à faire la guerre à son frère Abdallah , wali de Malaga.

Elle eut lieu avec des avantages réciproques ; mais elle affaiblit le royaume de Grenade, et suspendit les hostilités contre les chrétiens qui, de leur côté, n’en commirent aucune, attendant le résultat de la lutte qui s’état engagée entre les deux frères . le roi don Henri étant mort l’an 879 (1474).

Ali par le conseil de Doc Diègue de Cordoue, pour lequel il avait, conclut avec les nouveaux rois de Castille, Ferdinand et Isabelle, une trêve qui fut bien observée des deux côtés.

Il s’accommoda aussi avec son frère, et employa cet intervalle de paix à faire achever son palais qu’il orna de tours: des kiosks élégants embellirent ses jardins. Cependant la discorde régnait dans le harem.

Au nombre de ses femmes , il y en avait deux que le roi préférait aux autres.

La première était sa cousine et l’avait rendu père d’Abou-Abdallah Mohammed.

L’autre, fille de l’al- caïde de Martos , était chretienne d’origine, et lui avait donné deux fils, Seïd Yahia et Seïd Al-Nayar.  La sulthane Zoraya, jalouse de la préférence que le roi accordait à sa rivale, avait juré sa perte et celle de ses enfants.

Ces querelles domestiques franchirent l’enceinte du palais, et firent le sujet des entretiens de la capitale.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture mural du 14e siècle  dans une maison de l'Alhambra  Casas del Partal
Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal 

L’an 883 (1478), Abou’l Haçan Aly envoya des ambassadeurs à Séville, pour demander la prolongation de la trêve, avant qu’elle fût expirée.

Ferdinand et Isabelle y consentirent , sous la condition que le roi de Grenade paierait , comme ses ancêtres , un tribut annuel à la couronne de Castille.

Les ambassadeurs musulmans n’étant pas autorisés à insérer dans le traité une pareille clause, les rois de Castille les firent accompagner par des plénipotentiaires chrétiens, chargés de signer la trêve avec cette stipulation.

Aussitôt que ces derniers eurent communiqué leurs instructions au roi de Grenade : « Retournez auprès de vos souverains » , leur dit-il ; « rapportez-leur que les rois de ma race qui s’étaient rendus tributaires , sont morts, et que nous ne fabriquons plus ici que des èpées et des fers de lance contre nos ennemis. »

Les ayant ainsi congédiés, il se prépara à la guerre sans s’inquiéter si les chrétiens consentiraient à une trêve pure et simple.

Informé que les frontières de Castille étaient gardées négligemment, Aly prit l’élite de sa cavalerie, l’an 886 (1481), non pas au commencement de l’année, comme le dit Conde, mais à la fin du mois de décembre, suivant Chénier, et marcha en hâte sur Zahara.

Il arriva devant cette place, au milieu d’une nuit obscure que le vent et la pluie rendaient encore plus affreuse : malgré les timides conseils de ses vézirs , malgré les éléments conjurés contre lui , il l’attaqua avec fureur, et la prit par escalade ( le 27 décembre).

Quoique les habitants, surpriset effrayés, n’eus sent tenté qu’une faible résistance, il en fit passer un grand nombre au fil de l’épée et réduisit le reste en esclavage. Après avoir fortifié Zahara , et y avoir laissé une bonne garnison, il retourna à Grenade.

Tous les corps de l’état vin rent le féliciter sur celte conquête ; un seul homme, le cheikh Macer, ancien fakih, eut la hardiesse de lui prédire la ruine prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Mais le roi de Grenade, méprisant les avertissements du ciel, comme les présages superstitieux de ses oulémas, partit au commencement de l’année 887 (1482), pour une nouvelle expédition.

Il échoua cependant contre Castellar et Olbera, et ne fut dédommagé de ce mauvais succès que par le butin.

Dans le même temps, les troupes d’Andalousie, com mandées par Ruy Ponce, marquis de Cadix, surprirent la villé d’Alhama qui était le boulevard de Grenade , et profitant de la stupéfaction que leur arrivée imprévue avait pro duite sur les habitants , elles en firent un carnage épouvanta ble (2).

Cette nouvelle remplit d’effroi la capitale : le peuple murmura contre son roi , et l’accusa d’avoir provoqué une guerre si désastreuse.

Aly partit à la tête de plus de cinquante mille hommes pour reprendre Alfaama ; mais n’ayant pu y réussir, parce qu’il avait laissé son artillerie qui aurait arrêté sa marche, il partagea son armée en plusieurs corps, afin d’intercepter les secours destinés pour la place.

Après quelques combats sans succès décisifs, les forces supérieures des chrétiens l’obligèrent de retourner à Grenade.

Il revint bientôt devant Alhama , et tandis que divers corps de ses eclaireurs faisaient le dégât dans l’Andalousie, il pressait le siège de cette ville: mais des nouvelles fâcheuses le rappelèrent subitement à Grenade , où une conspiration s’était formée contre lui.

Il s’assura secrètement de la personne de son fils Abou-Abdallah Mohammed qui en était le chef, et le fit renfermer dans la tour de Comares avec sa mère Zoraya , l’âme de ce parti.

Les Castillans se présentèrent devant Loja , une des plus fortes et des principales places du royaume de Grenade.

Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar
Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar

Un vieux et brave capitaine, l’alcaïde Ali-Attar, la défendit avec tant de talent et de bonheur, qu’après avoir fait quelques sorties meurtrières contre les chrétiens , il pénétra l’épée à la main dans leur camp, les mit en pleine dé route, le 13 juillet 1482, et tua plusieurs de leurs chefs, entre autres don Ruy Tellez Giron , grand-maître de Calatrava.

Le roi de Grenade se disposait à faire une troisième tentative pour reprendre Alhama, et attendait les secours qu’il avait demandés au roi de Marrakesh, lorqu’une révolte terrible ajouta aux malheurs de ses sujets, en les divisant pour jamais, -et fut, ainsi une des causes immédiates de la chute prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Les revers d’Aly avaient indisposé contre lui une partie de là nation.

La dureté de son gouvernement avait aliéné la plupart des nobles.

Son fils Abou-Abdallah au contraire s’était fait beaucoup d’amis par ses manières affables.

La sulthane Zoraya , crai gnant pour les jours de ce jeune prince, eut recours à ses femmes qui le délivrèrent de la tour où il était détenu, en le descendant avec des cordes.

Il fut reçu par ses. principaux partisans qui le proclamèrent roi, et firent armer pour sa défense un grand nombre d’habitants de Grenade.

Cette révolution dut arriver à la fin de l’année 887 (1482).

El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana)la ou été emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.
El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana), là ou fut emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.

Abou’l Haçan ALY et le 20e « Abou-Abdallah. MOHAMMED XI dit Boabdil.

An de l’hég. 887 ( de J.-C. 1482). Au bruit de cette sé dition , le vézir et les troupes du gouverneur accoururent et livrèrent un combat sanglant aux rebelles, sans pouvoir les empêcher de s’emparer de l’Albaycin et de s’y fortifier.

Ceux-ci ayant reçu des renforts, recommencèrent le combat le lendemain ; et la populace, avide de nouveautés, s’étant jointe à eux, les partisans d’Aly furent battus et chassés de tous les postes qu’ils occupaient en son nom.

Mais les secours que ce prince reçut de son parent Selim , wali d’Almérie, l’aidèrent à se rendre maître de l’Alhamra, à l’exception d’une seule tour.

On donna au roi Aly le sur nom de Cheikh, soit par honneur, soit par mépris, et on distingua son fils Mohammed XI , par le surnom de Saghir, (le petit). Malgré l’avantage qu’avait obtenu le vieux roi, il succomba toujours dans sa lutte contre ses nombreux adver saires.

Quelques hommes sages et amis de la paix firent de vains efforts pour désarmer le peuple et ramener à la concorde les deux partis, occupés chaque jour à s’entre-détruire.

Enfin les deux rois, renfermés l’un dans l’Alhamra, l’autre dans l’Albaycin, suspendirent les horreurs de la guerre civile , non pour négocier un raccommodement proposé par les oulémas, mais parce qu’ils étaient fatigués de carnage.

Aly profita de ce court intervalle de paix pour voler au se cours de Loja que les chrétiens assiégeaient.

Il les attaqua et les vainquit ; et l’alcaïde Aly-Attar , étant sorti en même temps de la place, tomba sur les derrières de l’ennemi et compléta sa déroute.

Le vieux roi se présenta encore devant Alhama ; mais la voyant dans un état respectable de défense, il partit avec son camp volant, et alla prendre la ville de Ca- nete qu’il brûla et rasa, après en avoir égorgé et fait prisonniers tous les habitants.

Pendant son absence, l’Alhamra était tombé au pouvoir de son fils qui , maître absolu de la capitale , croyait l’être de tout le royaume.

Abou’l Haçan Aly , ne pouvant donc plus retourner à Grenade , se retira à Malaga ,par le conseil de son frère Abdallah qui en était encore gouverneur. Les villes de Guadix et de Baça lui de meurèrent également fidèles.

L’an 888 ( 1483 ) , trois armées castillanes , commandées par le grand-maître de Saint- Jacques, le marquis de Cadix, et le comte de Cifuentes, entrent dans la province de Malaga, brûlent les moissons, et arrachent les arbres et les vignes, jusqu’aux portes de la ville.

Épée arabe nasride du sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil ou du Shaykh Ali Al-Attar
Épée arabe nasride du Shaykh Ali Al-Attar ou du sultan Abu Abd Allah dit Boabdil

Abou’l Haçan Aly voulait marcher contre eux ; mats son frère et le prince Redwan Benegas  l’en ayant dissuadé , partagent leurs troupes en deux corps et sortent de la place.

Abdallah atteint le grand-maître qui voulant sauver son butin et ses captifs , cherche à éviter le combat ; il l’attaque vigoureusement ,le met en déroute, et le force de gagner les montagnes où Redwan taille en pièces les fuyards.

Tandis qu’Abdallah triomphe aisément de la seconde colonne castillane, Redwan descend dans la plaine et complète la victoire, par la défaite du comte de Cifuentes qui lui doit la vie, et demeure son prisonnier.

Cette action d’éclat anime les musulmans, mais elle produit une troisième faction.

Une grande partie de la nation se déclare pour le prince Abdallah , seul capable de réparer les malheurs de cette. guerre.

On murmure contre l’inertie de Mohammed , et on le met au-dessous de son père qui, malgré son âge, sait encore braver les dangers.

Ces propos piquent d’honneur le jeune roi ; dans l’espoir tl’acquérir de la gloire, il ose tenter la conquête de Lucena.

En sortant de Grenade , sa lance se rompt contre la voûte de la porte : ce fâcheux présage ne l’arrête pas ; il croit marcher à une victoire certaine.

Don Diègue de Cordoue , gouverneur de Lucena , avait eu letemps de se mettre en état de défense et de demander des secours aux commandants voisins. Mohammed, après avoir dévasté tout le pays qu’il a parcouru, arrive devant la place, et menace le commandant, s’il ne la livre pas, de passer sa garnison au fil de l’épée.

Don Diègue feint de vouloir capituler, et amuse jusqu’au soir son ami, Ahmed ben-Seradj , qu’il a demandé pour plénipotentiaire.

Alors arrivent successivement les renforts qu’il a sollicités.

L’infanterie musulmane , saisie d’une terreur panique, traverse la rivière et emmène les captifs et le butin.

La cavalerie tient bon ; mais elle est forcée de céder au nombre.

Le vaillant Aly- Altar, alcaïde de Loja, après avoir fait des exploits étonnants pour son grand âge, tombe mort auprès du roi.

Ce prince , se voyant seul au milieu des ennemis, veut se retirer; et comme son cheval , couvert de blessures, ne peut plus le porter, il se laisse glisser au passage de la rivière, et se cache parmi les arbustes et les roseaux : poursuivi et découvert par trois chrétiens, il demande la vie et se rend prisonnier.

On le conduit à Lucena où il est traité avec les égards dus à un roi malheureux.

Cette nouvelle plonge Grenade dans le deuil : l’élite de la cavalerie ayant péri, les familles les plus distinguées ont toutes à déplorer quelque perte.

Mais le peuple inconstant, abandonne le parti du jeune roi vaincu et prisonnier, pour se tourner du côté de son père. Abou’l Haçan Aly , ravi de ce changement inespéré de fortune , part de Malaga , revient à Grenade et rentre dans l’Alhamra, sans obstacles.

La sulthane Zoraya envoie des ambassadeurs avec dés sommes considérables au roi de Castille, pour traiter de la liberté de son fils.

Celui-ci, par le conseil de sa mère, offre au monarque chrétien d’être à per pétuité son vassal , de lui payer tous les ans douze mille doubles écus d’or, de délivrer trois cents captifs chrétiens, à son choix, de marcher à ses ordres, en paix comme en guerre , et de donner son fils en otage , pour prix de sa liberté et des secours qui doivent l’aider à recouvrer les places attachées au parti de son père, Abou’l Haçan.

Ferdinand et Isabelle tinrent conseil sur cette affaire importante; quelques voix proposèrent de retenir le roi Mohammed ; mais la majorité décida qu’il fallait soutenu- ce prince, et affaiblir ses états, en y fomentant la discorde, afin de les conquérir plus aisément.

Le roi de Grenade obtint la liberté aux conditions qu’il avait proposées.

Conduit à Cordoue, et présenté à Ferdinand, il reçut un accueil honorable et affectueux de ce prince, qui , loin de souffrir qu’il lui baisât la main comme vassal, l’embrassa et l’appela son ami.

Ensuite, Mohammed signa le traité honteux qui de vait anéantir la puissance musulmane en Espagne.

Mohammed se rendit à Grenade , avec un corps nombreux de cavaliers chrétiens .

Les amis de sa mère l’introduisirent dans la ville et le remirent en possession de l’Albaycin.

Les trésors de cette princesse , distribués à propos à la populace , et les promesses de son fils , ramenèrent à celui-ci ses partisans qu’avaient indisposés son alliance avec les chrétiens.

Le vieux roi , informé de cette révolution , et se rappelant que les astrologues lui avaient prédit qu’il serait détrôné par son fils, ordonna d’attaquer les rebelles et d’assiéger l’ Albaycin.

Ses troupes d’abord repoussèrent aisément une multitude indisciplinée ; cependant le combat devint plus opiniâtre dans les rues adjacentes au palais, et le carnage ne cessa qu’à la nuit.

Il devait recommencer le lendemain ; mais Aly ayant témoigné ses regrets sur la mort de tant de braves gens , le fakih Macer profita de ses dispositions pour lui faire approuver un moyen de conciliation.

Au moment où les deux partis allaient en venir aux mains, Macer s’avance, élève la voix et leur représente avec force les maux que leurs cruelles dissensions causent à la patrie et à la religion ; combien ils sont insensés de vendre leur sang à deux princes sans courage , sans vertus , sans honneur, sans qualités royales, et dont l’un , mauvais fils et mauvais musulman , avait avili le trône , en se rendant vassal et tributaire ; que l’état a besoin d’un souverain capable de le gouverner et de le dé fendre , et que le seul qui puisse convenir dans ces cir constances critiques , c’est le prince Abdallah , wali de Malaga, la terreur des frontières chrétiennes.

Aussitôt des cris prolongés s’élèvent de tous côtés, et proclament ce prince , souverain de Grenade.

Abdallah , informé déjà de la résolution de son frère, se rendit aux vœux exprimés par les députés, qui allèrent l’inviter, au nom îles deux partis, à prendre possession d’un trône dont son neveu s’était rendu indigne, et auquel son frère renonçait à cause de son âge.

Il partit de Malaga, avec Redwan Benegas, auquel il destinait le gouvernement de Grenade , tailla en pièces un détache ment de chrétiens qu’il rencontra sur sa route, et fut reçu en triomphe dans la capitale.

Il alla s’installer dans Al-hamra où il embrassa son frère, qui prit aussitôt le chemin d lllora , avec ses trésors, son harem et ses fils \ahia et Al-Nayar (2).

Abou’l Haçan Aly , après avoir occupé le trône environ dix-neuf ans, l’abandonna ainsi au commen cement de l’année 889 ( 1484).

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade
Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall est le vingt-troisième émir nasride de Grenade (1485 -1487)

Abou-Abdallah MOHAMMED XII (Boabdil) , et 21e. et dernier ABDALLAH Al-Zaghal .

An de l’hég. 889 (de J.-C. »484)

Le nouveau roi proposa à son neveu de partager le royaume , et de se concerter ensemble pour empêcher sa ruine , en mettant fin à la guerre civile , et en arrêtant les conquêtes des chrétiens. Mais Mohammed, qui avait refusé d abdiquer la couronne, ne voulut consentir à aucune concession qui tendrait à diminuer son autorité.

Les secours qu’il reçut encore des chrétiens , détachèrent de ses intérêts ses principaux ca pitaines, et son parti ne fut plus soutenu que par la populace.

Le prince Sélim , wali d’Alméria , et son fils Yahia , wali de Guadix, s’étaient déclarés pour Abdallah.

Tandis que les deux rois de Grenade se fesaient la guerre au sein de la capitale, Ferdinand ruinait également les états de l’un et de l’autre, et poursuivait ses conquêtes.

Il assiégea et prit par capitulation Alora, forteresse située sur les montagnes au bord de la mer , Cazara-Bonela , Setenil, et quelques autres places auxquelles il accorda des conditions avanta geuses.

Abdallah envoya solliciter des secours auprès du sultan mamlouk d’Egypte, et des divers souverains musulmans de l’Afrique ; mais tous furent sourds à ses prières , et laissèrent Grenade livrée aux fléaux de la guerre et de l’anarchie des chrétiens.

Les Castillans saccagèrent le territoire de Loja, et malgré la rigueur de l’hiver , ils auraient soumis cette ville , si elle n’eût été secourue par le roi Abdallah.

Ils enlevèrent d’assaut le château de Cohin , qu’ils rasèrent après en avoir égorgé la garnison , et ils prirent Cartama par composition.

Ils se présentèrent devant Bouda, forteresse inaccessible et entourée d’une rivière et de précipices.

Le siège fut long et meurtrier ; la place était bien approvisionnée, et défendue par les plus braves habitants et les meilleurs soldats du royaume.

Mais attaquée par cinq corps d’armée à la fois , elle fut réduite à capituler le 23 mai 1485: cette conquête fut suivie de celle de Marbella.

Les oulémas , les fakihs , les cadhis et les principaux alcaïdes, qui tous étaient dans le parti d’Abdallah Al- Zagal, craignant pour Velez-Malaga , pressèrent ce prince d’empêcher que cette place importante ne tombât au pouvoir des chrétiens.

Abdallah, avant de partir, fil encore une tentative infructueuse pour amener son neveu Mohammed à un accommodement que réclamait leur intérêt commun , et celui de l’islamisme.

N’ayant pu vaincre l’obstination de ce prince aveugle et pusillanime, il quitta Grenade avec une armée de quarante mille hommes, la moitié consistant en excellente cavalerie dont il confia l’avant-garde au brave Redwan-Benegas, son cousin.

Arrivés devant Moclin, ils délivrèrent cette place , après avoir taillé en pièces un corps de troupes castillanes qui l’assiégeaient, sous les ordres du comte de Cabra.

D’un autre côté , les chrétiens ayant pris Albahar et Cambil, deux forteresses séparées parla rivière Frio, et mal défendues par leur garnison, assiégèrent Loja.

Mohammed, jaloux de la gloire de son rival, marcha au secours de cette place, où il entra, en forçant le camp des ennemis; mais ayant échoué dans les diverses sorties qu’il fil contre eux , voyant d’ailleurs qu’ils redoublaient d’efforts pour prendre la ville, et qu’ils avaient déjà détruit le pont et fait des brèches considérables aux murailles, il craignit de retomber entre les mains de ses prétendus alliés , et capitula.

Tous les habitants sortirent de Loja avec ce qu’ils purent emporter de leurs biens.

Ferdinand reproche au roi de Grenade son infraction au traité d’alliance et de paix. Mohammed se justifie en alléguant la nécessité, et proteste qu’il n’a point varié dans ses sentiments de loyauté et de fidélité.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l'Alhambra Casas del Partal

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal

Le Castillan feint d’agréer les excuses de ce prince méprisable , afin de prolonger les troubles qui doivent entraîner la chute de Grenade.

De retour dans sa capitale, Mohammed profite de l’absence de son rival , pour s’emparer de l’Alhamra et de tous les forts de la ville dont il reste seul possesseur.

Les chrétiens continuent leurs progrès. Maîtres de Loja, ils prennent Moclin et Illora , qu’on appelait les deux yeux de Grenade, ensuite Zagra, Banos, etc.

Le vieux roi Abou’l-Haçan Aly, qui, pour s’éloigner du théâtre de la guérie, s’était retiré d’Illora à Almunecâb, mourut dans cette ville, avec le regret peut- être d’avoir été le premier artisan de tant de maux.

C’est sans aucun fondement qu’on a accusé son frère Abdallah d’avoir attenté à sa liberté et à ses jours.

Abdallah et Redwan , après leur dernière victoire, mar chèrent sur Vêlez – Malaga , dont les Castillans avaipnt déjà pris les faubourgs.

Redwan attaqua le camp des chré tiens et les mit en désordre , sans attendre l’armée royale dont le retard l’empêcha de triompher complètement.

A l’arrivée d’Abdallah , les chrétiens avaient déjà rassemblé toutes leurs forces et s’étaient rangés en bataille; ils assaillirent les Musulmans avec tant de vigueur, que l’infanterie Nasride lâcha le pied presque sans combattre.

Redwan, qui avait /ait des prodiges de valeur, voyant la bataille perdue, entra dans la place avec un bon nombre de cavaliers.

Abdallah, suivi des débris de son armée, reprit le chemin de Grenade.

Les habitants lui en avaient fermé les portes, en le maudissant, et ses partisans s’étaient soumis à son rival.

Trahi par la fortune et par ses amis , il se relira à Guadrx qui, ainsi que Baça el Alméria, lui demeura fidèle, et il y fut bien reçu par les princes Sélim et Yahia, qui en étaient walis héréditaires.

Redwan continua de faire la plus courageuse résistance dans Vêlez- Malaga; mais perdant l’espoir de s’y maintenir, faute de secours, il se rendit et obtint une capitulation honorable, par la médiation du comte de Cifuentes, qui, naguère son prisonnier, était devenu son ami.

Les musulmans évacuèrent la place, et emportèrent leurs richesses, le 37 avril 1487.

La forteresse de Bentome suivit le sort de Velez-Malaga.

L’orage allait bientôt fondre sur Malaga , cité florissante par son commerce maritime, et la seconde du royaume.

Elle était située dans nne plaine , et dominée d’un seul côté par une montagne sur laquelle étaient bâties deux forteresses, dont la plus élevée se nommait le Djebal- faro , et l’autre l’Alcaçaba.

Elle avait pour gouverneur Ben-Mousa, prince du sang des rois de Grenade, lequel avait pourvu à la défense de la place, et augmenté la gar nison en prenant à sa solde un corps d’Africains.

'Alcazaba de Malaga (de l'arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant "citadelle") est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.
Alcazaba de Malaga (de l’arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant « citadelle ») est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.

Lorsque les chrétiens se présentèrent devant Malaga, le wali entra en négociation avec eux, afin d’épargner aux habitants une partie des horreurs de la guerre.

Les Africains, croyant qu’il s’agissait de les livrer à l’ennemi à leur insu , se révoltèrent et s’emparèrent de l’Alcaçaba, dont ils égorgèrent la garnison ainsi que le commandant, frère de Ben-Mousa; ils se rendirent maîtres des portes et des remparts, pour empêcher les habitants de communiquer avec les chrétiens, et tuèrent ceux qui voulurent le tenter .

Le gouverneur étant parvenu à calmerces furieux, se défendit d’abord avec autant de courage que de succès ; mais comme la ville était très- peuplée , la disette s’y lit bientôt sentir. Les citoyens riches it accoutumés à toutes les jouissances du luxe, ne pouvant supporter les privations qu’ils éprouvaient , songèrent à traiter de la reddition de la place.

L’un d’eux étant sorti dans- ce dessein, se laissa corrompre par le roi de Castille , et l’introduisit dans Malaga, le 18 août 1487, suivant Mariana , ou en 1488, suivant Conde.

Les chrétiens la livrèrent au pillage , emballèrent tout ce qu’ils y trouvèrent de précieux , et réduisirent en esclavage tous les hommes qui ne purent se sauver par mer.

Le traître Aly en fut nommé wali, pour régler et percevoir la rançon de ses concitoyens.

Le roi Abdallah al-Zagal, retiré à Guadix et secondé par le prince Sélim , wali d’Alméria, usait de représailles en vers les chrétiens, en dévastant les frontières de Murcie.

Quant au lâche Mohammed, son compétiteur, il envoya des chevaux, des pierreries , des étoffes superbes et des par fums au roi et à la reine de Castille, avec des félicitations sut la prise de Malaga et sur leurs autres conquêtes, dans l’espoir qu’ils s’en contenteraient et le laisseraient jouir du reste de son royaume. Ferdinand et Isabelle agréèrent l’ambassade et les présents, mais ils n’en poursuivirent pas moins la ruine de l’islam en Espagne.

A la tête d’un camp- volant, le roi de Castille se rendit dans le district d’Almeria , pour mettre un terme aux courses des musulmans de cette ville ; mais il fut repoussé par le prince Sélim et son fils Yahia.

Le roi Abdallah fit aussi une heureuse expédition sur le territoire d’Alcala-Yahseb. et rapporta beaucoup de butin à Guadix.

Toutes les forces des Castillans se dirigèrent alors contre Alméria.

Ils prirent par capitulation Vera, Murjacra, Welad-Alahmar et quelques autres places, que la conquête de Ronda et de Malaga avait effrayées.

Ils assiégeaient Taberna, lorsque le roi Abdallah étant accouru à la tête de mille cavaliers et d’une nombreuse infanterie, levée à la hâte, mais composée de braves montagnards, se porta dans les bois, d’où il inquiéta les chrétiens, les força de lever le siège de cette forteresse , leur tua beaucoup de monde , les repoussa sur leur frontière et recouvra les places perdues.

Il eut le même succès à Hucscar, dont la garnison ayant fait une sortie, mit en fuite les chrétiens, et en passa plusieurs an fil de l’épée, entre autres, le grand-maître de Monlésa , neveu du roi de Castille.

Tous ces événements arrivèrent dans l’armée 893 ( 1488).

Ferdinand et Isabelle , persuadés que leurs succès dépendaient principalement de la désunion des deux rois de Gre nade, offrirent à Mohammed XI de le défendre contre ses ennemis, à condition qu il emploierait tous les moyens pour mettre en leur pouvoir les villes de Guadix, de Baça et d’Almérie qui appartenaient à son oncle Abdallah et à son cousin Sélim.

Flatté de l’espoir qu’il vivrait alors en paix et dans l’opulence, sous la protection du roi de Castille, son suzerain, le lâche Mohammed signa ce nouveau traité, sans prévoir que ses perfides alliés ne feignaient <le le soutenir qu’afin de le dépouiller plus aisément.

Il y fut déterminé^par la crainte d’être forcé de céder Grenade à son oncle , qui , depuis ses dernières victoires, lui semblait plus redoutable ; mais comme il n’appréhendait pas moins d’être détrôné et massacré par ses sujets, s’ils avaient connaissance de ce hon teux traité , il ne mil dans son secret que sa mère et son vé- zir, Mousa ben-Almelik.

Au printemps de l’année 894 ( 1489 ), Abdallah al- Zagal , informé que le roi de Castillc avait rassemblé plus de soixante mille hommes du côté de Jaen, et prévoyant que cet armement était destiné contre Baça , chargea son cou sin Yahia de la défense de cette forterese.

Yahia qui venait de prendre possession du gouvernement d’Almérie, après la mort de son père Sélim, partit aussitôt, à la tête de dix mille hommes déterminés, et alla se renfermer dans Baça.

Il y fut bientôt assiégé par les chrétiens qui s’étaient déjà rendus maîtres des places voisines.

Les musulmans résistèrent avec intrépidité à toutes les attaques de l’ennemi , les repoussèrent souvent avec succès, et firent plusieurs brillantes sorties.

Mais Ferdinand s’étant acharné à la prise de Baça, fit creuser autour de son camp et devant toutes les issues de la ville, un profond retranchement défendu par des tours, de distance en distance.

Après six ou sept mois de combats continuels, Yahia écrivit au roi Abdallah que, s’il n’était pas secouru , il serait forcé de se rendre.

Abdallah n’ayant aucun moyen de prolonger la belle défense de Baça et de la sauver , autorisa son cousin à agir suivant les circons tances.

Yahia députa donc le cheikh Haçan , gouverneur de la ville, au camp des chrétiens, pour traiter de la capitulation qui fut signée le 4 décembre 1489.

Les habitants conservèrent leur liberté, la jouissance de leurs biens et l’exercice de leur religion.

Seid Yahia et ses principaux capitaines se rendirent auprès des rois de Castille qui les reçurent avec toutes les distinctions dues à la naissance et à la valeur. Gagné par leurs caresses et par leur accueil paternel, le prince musulman jura de ne jamais porter les armes contre eux , et promit d’employer tous ses efforts pour engager le rni Abdallah son cousin à livrer volontaire ment Almérie et Guadix.

La reine Isabelle , charmée de son amabilité, lui dit galamment qu’après ^voir acquis un héros tel que lui , elle regardait la guerre de Grenade comme terminée.

On prétend qu’à la persuasion de cette princesse, Yahia se fit chrétien, mais secrètement, afin de ne pas être abhorré et abandonné de son parti, jusqu’à ce que, par son adresse, il eût achevé de soumettre aux rois de Castille le royaume de Grenade.

Ferdinand et Isabelle comblèrent de présents ce prince et ses fils, leur promirent de grands do maines en Castille, et dès ce moment ils cédèrent a Yahia la taade Marchena avec ses bourgs, ses terres et ses habitants.

Yahia partit pour Guadix, représenta au roi Abdallah la décadence du royaume du Grenade, les malheurs qu’entraî

nerait une résistance désormais aussi inutile qu’impossible , l’exhorta à se fier à la justice et à la générosité des rois de Castille, à ne plus compter sur la fortune qui avait tourné le dos aux musulmans, et à se résigner à la volonté de Dieu qui décide du sort des rois et des empires.

Abdallah , l’ayant écouté attentivement , garda un moment le silence, poussa un soupir et s’écria; Oui, si Dieu n’avait pas décrété la chute du royaume de Grenade , mon bras et mon épée auraient suffi pour l’ empêcher.

Il se rendit avec Yahia au camp de Ferdinand, dans les environs d’Almérie; il y fut reçu avec de grands honneurs et traita avec lui de la reddition de Guadix et d’Almérie, les deux plus précieux joyaux de la couronne de Grenade, ainsi que de la partie maritime des Alpujarras , qui était dans son parti.

Ferdinand offrit à ce prince sa protection, son éternelle amitié, lui céda la taa d’Andaraz ou Andajar, la vallée d’Alhaurin avec tous leurs bourgs, villages et dépendances, et la moitié des salines de Malena.

Les habitants des villes livrées aux chrétiens demeurèrent libres et maîtres de leurs biens, et ne furent soumis envers le roi de Castille qu’au tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain. Le traité ne fut publié que le jour de la remise de ces villes.

Leur exemple entraîna la reddition volontaire des forteresses de Taberna, de Seron, et des grandes et inexpugnables places maritimes d’Almunecâb et de Schaloubina.

Toutes ces pertes importantes eurent lieu dans les mois de moharrem et de safar 899 ( décembre 1489 et janvier 1490)- Abdallah al-Zagal n’avait régné que sept ans, en concurrence avec son neveu.

 

Muhammad XII Abu Abd'Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue
Muhammad XII Abu Abd’Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue

Abou-Abdallah MOHAMMED XII AL-SAGHIR, seul (Boabdil).

An de l’hég. 889 (de J.-C. 149o ). Ces nouvelles produisirent la plus vive sensation dans Grenade.

Le peuple mécontent et dégoûté du roi Mohammed Al-Saghir, qu’on regardait comme l’artisan des malheurs du royaume et de l’islam , s’attroupa tumultueusement, et l’appelant traître , lâche et ennemi de la religion, demanda , à grands cris , sa déposition et sa mort.

Tandis que les chouyoukh ( cheikh au plr) et les fukaha (fakihs au plr) lésaient de vains efforts pour calmer les séditieux, en leur représentant que leurs fréquentes insurrec tions avaient été la première cause de là décadence de l’état , et que la concorde et la soumission pouvaient seules prévenir sa ruine ; les chrétiens, dont le roi de Grenade avait imploré le secours , s’approchèrent de la capitale et en ravagèrent les belles campagnes.

Leur invasion fit plus d’impression que les discours des fakihs sur l’esprit des Grenadins.

Ils rentrèrent dans le devoir et ne s occupèrent que de la défense commune.

Sommé par le roi de Castille de l’exécution du traité par lequel il s’était obligé de livrersa capitale, après la reddition d’Almérie, de Guadix et de Baça, le malheureux Mohammed reconnut trop tard son imprudence et sa faiblesse.

Il s’excusa de ne pouvoir tenir ses engagements, sur ce que les principaux citoyens de Grenade s’y opposaient, et pria Fer dinand de se contenter de ses dernières conquêtes.

Les habitants de Guadix, vexés par les Castillans qui voulaient les désarmer et les reléguer dans les faubourgs , s’étant révoltés, furent contraints de céder à la force.

Les peuples du district d’Andaraz se soulevèrent dans le même temps contre leur seigneur, l’ex-roi Abdallah al-Zagal: il se cacha et vint trouver le roi de Castille qui lui offrit son secours pour réduire ses vassaux; mais Abdallah jugea plus convenable d’abandonner sa malheureuse patrie.

En ayant obtenu la permission du monarque chrétien, il céda à sou cousin Yahia une partie de ses biens et de ses salines de Maleha, vendit au roi de Castille, moyennant cinq millions de maravédis, les ving-trois bourgs et villages qui lui appartenaient dans les districts d’Andaraz et d’Alhaurin, reçut de ce prince de grandes richesses , et s’embarqua pour l’Afrique.

Epée du général arabe de la dynastie nasride Ai al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ali al-Attar

Peu satisfait des excuses du roi de Grenade, Ferdinand lui déclara la guerre. Mohammed, persuadé que, n’ayant plus de compétiteur, tous les musulmans se joindraient à lui, envoya ses oulémas prêcher la concorde et la guerre sainte.

En effet , les montagnards des Alpujarras se déclarèrent pour lui ; plusieurs villes se révoltèrent contre les chrétiens, entre autres Adra et Castil-Ferrah.

Dans l’automne de 895 (1490), il marcha en personne pour assiéger Schaloubina , tandis qu’un autre corps de ses troupes prit Alhcndin , la rasa et en égorgea la garnison.

Les Castillans ne purent se venger cette année qu’en ravageant les panis et les millets; mais, l’année suivante , ils dévastèrent les champs ensemencés, brûlèrent les blés, et envoyèrent de puissants renforts à- Schaloubina.

Tandis que Seïd Yahia, à la tête des musulmans ses vas saux, soumettait à la domination chrétienne, plus par ruse et persuasion , que par la force des armes, toutes les places du district de Marchena et des bords de l’Almansoura , Al- Nayar avec une flotte castillane, aidait aussi à la ruine de sa patrie, en venant réduire les insurgés d’Adra : afin de les tromper , il arbora le pavillon africain , et donna des habits musulmans à tous ses équipages.

Les habitants , croyant voir arriver des secours d’Afrique, s’avancèrent sur le rivage pour les recevoir; mais, attaqués, dans ce moment, par Yahia, du côté de la terre, ils furent vaincus et forcés de se renfermer dans la ville où ils continuèrent de se défendre.

Le roi de Grenade qui marchait pour les délivrer, ayant appris leur défaite, crut la ville prise , et retourna devant Schaloubina.

Sa retraite, qu’ils attribuèrent à la crainte, leur ôtant tout espoir, ils se rendirent à l’approche du roi de Castille.

Le sultan nasride Abu'Abd'ALLAH dit Boabdil Muhammad XII  et un cavalier leger et un fantassin lourd
Le sultan nasride Abu’Abd’ALLAH dit Boabdil Muhammad XII et un cavalier leger et un fantassin lourd

Mohammed leva le siège de Schaloubina , sans risquer une bataille ; mais avant de retourner à Grenade , il ravagea le district de Marchena, vainquit les troupes des princes Yahia et Al-Nayar, et signala sa haine contre ces ennemis de leur patrie, en rasant toutes leurs forteresses et en brûlant tous leurs villages. Au printemps de l’année 896 ( 1491 ), les rois Ferdinand et Isabelle vinrent camper, avec cinquante mille hommes, dans la véga de Grenade , à deux lieues de cette ville , sur les bords de Guadaro.

Cette nouvelle consterna tous les citoyens , même les plus braves ; tant le luxe, la mollesse . et l’exemple de leur égoïste et lâche souverain , avaient énervé leur courage et refroidi leur zèle pour la patrie et la reli gion.

Mohammed tint conseil pour délibérer sur les mesures de défense.

Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd'Allah dit Boabdil
Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd’Allah dit Boabdil

Le vézir de la ville, Abou’l Cacem Abd-el-Melek, présenta le tableau des approvisionnements de la capitale, avec la liste de tous les hommes en état de porter les armes ; mais il avoua que la majeure partie de la population de Grenade, factieuse, en temps de paix, n’était nullement propre pour la guerre.

En vain , le vaillant Mousa ben Abou’l Gazan objecta qu’il ne fallait pas désespérer du salut de Grenade ; qu’outre ses troupes réglées et endurcies à la guerre , elle comptait vingt mille jeunes gens qui brûlaient de se mesurer contre les chrétiens.

L’événement prouva que le vézir connaissait mieux l’esprit public de ses compatriotes.

Le roi chargea celui-ci des levées et des approvisionnements; Mousa eut la direction de la défense et des sorties, et la garde des remparts fut confiée à Abd-el-Kerim Zegri.

Les premiers mois de cette année, on ne ferma pas les principales portes de la ville. Chaque jour, trois mille cavaliers sortaient pour escarmoucher avec les chrétiens , et pour faciliter les convois de vivres qui venaient des Alpujarras.

Le brave Mousa obtenait fréquemment des avantages contre les Castillans, qu’il allait inquiéter et provoquer sous leurs tentes. Ferdinand fit alors entourer son camp d’un mur et d’un fossé, et en forma une ville (2), manifestant ainsi sa ferme résolution de ne lever le siège de Grenade qu’après l’avoir prise. Mousa , avec la plus grande partie des forces musulmanes , vint attaquer cette nouvelle ville.

Sa cavalerie fit des merveilles; mais son infanterie ayant lâché le pied dès le premier choc , les chrétiens poursuivirent les vaincus jusqu’aux murs de Grenade , et s’emparèrent de leur artillerie, ainsi que des tours d’observation , où ils mirent garnison.

Mousa rentra dans la place, bouillant de colère, et ordonna de fermer les portes du côté de la véga, se défiant des troupes qui les gardaient.

Les courses et les ravages des assiégeants ayant intercepté l’arrivée des vivres, la disette se fit sentir dans Grenade.

La difficulté de nourrir une immense population alarma le roi.

Il convoqua son divan; malgré les efforts de Mousa , qui , seul , soutint que toutes les ressources n’étaient pas épuisées, et qu’on n’avait pas encore pris les armes du désespoir, on décida qu’il fallait traiter avec le roi de Castille.

Le vézir Abou’l-Cacem Abd el-Melek, chargé de cette négociation , alla trouver Ferdinand, et , après de longues conférences avec ses plénipotentiaires , au nombre desquels était le fameux Gonzalve de Cordoue , on signa , le 22 mo- harrem 897 (25 novembre 1491), un traité par lequel il fut convenu, que si, dans deux mois, le roi de Grenade n’était pas secouru par terre ou par mer, il livrerait les deux citadelles de la ville, les tours et les portes ; qu’il jurerait, ainsi que ses capitaines, obéissance au roi de Castille , qui serait reconnu souverain par tous les habitants ; que tous les captifs chrétiens seraient mis en liberté sans rançon ; que jusqu à la pleine exécution du traité, cinq cents otages , pris parmi les jeunes gens des premières familles, seraient remis aux chrétiens.

Le dernier conseil du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus
Le dernier conseil  remplis de tristesse du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus 

On stipula en outre que les Alpujarras seraient laissés à Mohammed, avec des revenus suffisants pour y vivre en roi ; que les musulmans conserveraient leur liberté, leurs biens, leurs armes, leurs chevaux, leurs- lois , leurs coutumes, leur langue, leurs juges naturels, leurs mosquées , le libre exercice de leur religion ; qu’ils seraient exempts d’impôts pendant trois ans , et qu’ensuite on n’exigerait d’eux que le tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain.

Lorsque le vézir rapporta cette capitulation dans le diwan , tous les membres fondirent en larmes.

Le seul Mousa prit encore la parole ; il s’efforça de ranimer leur courage et leur patriotisme, en leur dépeignant les outrages et les vexations qu’ils auraient à endurer de la part des chrétiens, et en les exhortant à préférer une mort glorieuse à un esclavage humiliant.

Jugeant à leur silence et à leur abattement que tout sentiment généreux était éteint dans leurs âmes pusillanimes , il sortit furieux de l’assemblée , alla chez lui pren dre ses armes et son cheval , abandonna la ville et ne reparut plus .

Le lâche Mohammed, incapable de cet effort de courage, se consola , en voyant qu’aucun des membres de son conseil ne montrait plus d’énergie.

La famille royal Nasride d'Abu Abd'Allah dit Boabdil quitte Grenade  1492
La famille royale Nasride d’Abu Abd’Allah dit Boabdil quitte Grenade 1492

Le vézir et les princi paux cheikhs, craignant que le peuple excité par les discours animés de Mousa et de quelques autres vaillants capitaines , ne se révoltât, dans l’intervalle qui devait s’écouler jusqu’au délai fixé par la capitulation , conseillèrent au roi de Grenade de rendre la ville avant l’expiration de ce terme, afin de prévenir de nouvelles révolutions et de plus grands mal heurs.

Mohammed envoya donc au roi de Castille de riches présents en chevaux de race, armes et pierreries , et lui fit savoir que puisque telle était la volonté de Dieu , il livre rait la ville et ses forteresses le lendemain.

Ferdinand accueillit favorablement et avec joie ce message, réitéra ses promesses de protection pour le roi de Grenade, et lui garantit la cession des districts de Purchena, Versa , Dalias, Marchena, Volodin, Luchar, Andaraz, Juviles, Ferreira , Poqueira et Orgiba, avec leurs dépendances , leurs droits el leurs revenus , et des rentes considérables pour son entre tien.

Il lui envoya aussi des lettres de sécurité pour tous les habitants.

Cette convention eut lieu le 4 rabi 897 (5 janvier 1492).

La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques
La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques

Le lendemain , dès le point du jour, le roi de Grenade fit partir sa famille et ses trésors pour les Alpujarras, et sortit de sa capitale, accompagné de ses vézirs et de cinquante île ses principaux officiers, pour aller au-devant du roi de Castille : lorsqu’il l’eut rencontré, il voulut mettre pied à terre, comme firent les gens de sa suite; mais Ferdinand s’y opposa.

Les deux princes s’étant approchés l’un de l’autre à cheval, Mohammed baisa le bras droit du monarque chrétien , et lui dit humblement : Je suis à vous , puissant roi, et, puisque Dieu le veut ainsi , je vous livre ma capitale et mon royaume , dans la confiance que vous serez élément et généreux-.

En même temps il lui fit présenter les clés par son vézir.

Ferdinand le maudit fils du maudit le  « consola », l’embrassa et l’assura que son amitié le dédommagerait des torts de la fortune.

détail du sultan Nasride Abu Abd'Allah
détail du sultan Nasride Abu Abd’Allah

Mohammed ne rentra point dans Grenade : il prit le chemin des montagnes et alla rejoindre sa famille.

Le vézir livra aux capitaines castillans l’Alhamra , l’Alcaçaba et l’Albaycin ; mais les habitants désolés se renfermèrent dans leurs maisons, et les rues demeurèrent désertes.

Lorsque les croix et les bannières chrétiennes eurent été placées sur les tours de Grenade, le comte de ‘Fendilla , qui en fut le premier gouverneur chrétien , en prit possession , avec une partie de l’armée.

Les principaux seigneurs maures vinrent le saluer, et se promenèrent dans la ville avec les capitaines castillans , comme sujets du même souverain.

Ferdinand et Isabelle entrèrent dans Grenade, le même jour, de  janvier , nommèrent pour chef des musulmans , Serd Yahia, et donnèrent à Al-Nayar le commandement de la côte.

Tel fut le prix de la trahison de ces princes et des services qu’ils avaient rendus pour la ruine de leur patrie .

Abu Abd Allah dit Boabdil en quittant Grenade 1492
Abu Abd Allah dit Boabdil , sortant de Grenade 1492

Abou- Abdallah Mohammed arrivé à Padul , jeta , pour la dernière fois ses regards sur Grenade, et s’écria en pleurant : Allah u akhbar (Dieu est grand ).

La sulthane sa mère, qui avait tout sacrifié pour le placer sur le trône, lui dit : « Tu fais bien de pleurer comme une femme un royaume que tu n’as pas su défendre en homme et en roi. »

Ce prince fut le dernier de la dynastie des Nasrides, qui avaient possédé le royaume de Grenade deux cent soixante- deux ans, et porté le titre de roi , six ans de plus.

Abou-Abdallah Mohammed avait régné environ neuf ans, tant seul qu’en concurrence avec son père et son oncle.

En lui finit aussi la domination musulmane, après avoir duré près de huit cent cinq années lunaires ( près de sept cent quatre- vingt-un ans, suivant le calendrier chrétien) , et fourni à l’Espagne un très-grand nombre de princes distingués par leurs vertus, leurs talents, et leur amour pour les sciences, les lettres et les arts.

Le roi déchu ne pouvait sans douleur supporter la condition privée où la fortune l’avait réduit; son vézir, sans son aveu et à son insu, vendit au roi de Castille le taa de Purchena, pour la somme de 80,000 ducats d’or qu’il compta à son maître, en lui conseillant d’abandonner une terre dont le séjour ne pouvait qu’éterniser et aggraver ses chagrins.

Mohammed s’embarqua donc pour l’Afrique, l’an 808(1493); et ce malheureux , qui n’avait pas eu le courage de mourir en défendant ses sujets et sa couronne, périt peu de temps après sur le champ de bataille, pour la cause du roi de Fez, Muley Ahmed, son parent, en combattant contre les chérifs, sur les bords de Ouad-al-Aswad.

Les Arabes ou Maures , persécutés par les chrétiens , au mépris des capitulations, dès l’année 1498, supportèrent impatiemment le joug.

Poussés enfin à bout par l’intolérance lyrannique de Philippe II, ils se révoltèrent l’an 977 de l’hégire (1569 deJ.-C).

Ils élurent pour roi ou chef, Mohammed bcn-Ommeyah (l’Omeyyade), qu’ils étranglèrent quelque temps après, et le remplacèrent par Muley Abdallah, dont la mort tragique mit fin à la rébellion, au commencement de 1571.

Ils ne furent entièrement chassés de l’Espagne que sous le règne de Philippe III , en 1610.

Plus de 15o,ooo d’entre eux passèrent en France, où ils furent traités avec beaucoup d’égards et d humanité, conformément à un édit de Henri IV, en date du 22 février.

Quelques-uns s’établirent en Languedoc et en Provence, et se firent chrétiens; mais la plupart s’embarquèrent dans les ports de France, pour gagner l’Afrique du Nord et les états Ottomans.

Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd'Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.
Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd’Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.

FIN DE LA CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES MUSULMANS D’AL-ANDALUS (D’ESPAGNE.)

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p.361. à 392

Date d’édition : 1818-1819

Les 10 premiers sultans de la dynastie arabe des Nasrides de Grenade :

Publié le Mis à jour le

Les Palais nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nazaris, à l'intérieur de l'Alhambra de Grenade
Les Palais arabes nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nasrides, à l’intérieur d’al-Hamra de Gharnata
Royaume de Grenade. Dynastie Arabe des Nasrides ou des Banu Al-Ahmar .

Ier. Abou-Abdallah  MOHAMMED. Ier. Al-Ghaleb Billah

-An de l’hég. 635 (de J.-C. 1238). Nous avons rapporté ci-dessus l’origine de ce prince et les commencements de son élévation.

Quoiqu’il fût roi d’Ardjouna et de Jaen depuis six ans, comme il ne joua qu’un rôle secondaire, pendant la vie de Ibn-Houd et jusqu’à la prise de Grenade, nous ne commençons la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne , qu’à l’entrée de Mohammed dans cette ville.

Il y fut reçu avec les plus vives démonstrations d’allégresse, et il en fit la capitale de son royaume. Lorsque ce prince parvint au trône, Valence, Murcie, avaient chacune leur souverain particulier.

Séville , avec les autres places de l’Andalousie occidentale, et celles de l’Al-Gharb, obéissaient encore aux berbères Almohades et à quelques petits chefs.

Mohammed , maître de tout le royaume de Grenade, de Jaen et de quelques autres places de l’Andalousie orientale , était déjà le plus puissant prince musulman d’Espagne.

Il distribua d’abondantes aumônes aux indigents , aux infirmes, aux vieillards, et ses successeurs imitèrent son exemple à leur avènement au trône.

Le roi d’Aragon, après diverses incursions dans le royaume de Valence, y entra à la tête de quatre-vingt mille hommes, traversa le Guadalabiar, battit en plusieurs rencontres la cavalerie des Musulmans qui voulait arrêter sa marche , et vint camper devant Valence , qu’il assiégea par terre , tandis qu’une flotte nombreuse de Catalans et de Français la bloquait pur mer.

Le siège commença le 17 ramadhan 635 ( 3 mai 1238).

Abou-Djomaïl Zeyan défendit la place avec intrépidité , et sollicita des secours en Andalousie , en Afrique, et surtout auprès de son parent, le roi berbère de Tlemcen, Yaghmourasan ibn-Zeyan.

Ce prince envoya une flotte qui, arrêtée plusieurs jours par les vents contraires, à la vue de Valence, ne put débarquer et fut obligée de s’en retourner.

Bannière de la Conquête  hissé par les musulmans de valence  comme un signe d'abandon à James I en 1238
Bannière de la défaite hissé par les musulmans de valence comme un signe d’abandon  au roi croisé d’Aragon  en 1238

La chute de Balansiya (‘ Valence)

Malgré ce contre-temps, malgré l’inutilité de ses démarches auprès des rois de Grenade , de Murcie et des walis d’Andalousie, Abou-Djomaïl  Zeyan continua de résister; mais les Valenciens, fatigués des incommodités d’un long siège et épuisés par les assauts qu’ils avaient soutenus , forcèrent leur souverain de capituler à des conditions avantageuses.

Ils obtinrent la vie sauve , et la faculté de sortir de la ville et d’emporter leurs biens.

Ceux qui voulurent y rester, conservèrent leurs propriétés, leur liberté, avec l’exercice de leurs lois, de leurs coutumes et de leur religion, habitèrent des quartiers particuliers, et furent seulement imposés au simple tribut que payaient les sujets du roi d’Aragon.

Ce prince conclut en même temps une trêve de cinq ans, avec Zeyan.

Il entra dans Valence, le 17 safar 636 (29 septembre 1238)

Les Musulmans en sortirent dans l’espace de cinq jours, et se retirèrent sur la rive droite du Xucar.

Ainsi finit le royaume du berbère Abou-Djomaïl Zeyan , et la domination des musulmans à Valence.

Mohammed ibn Nazar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars
Statue de Mohammed ibn Nasar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars

Sa famille est originaire de Saragosse mais elle s’est réfugiée en Andalousie lors de la conquête de la cité aragonaise par le croisé maudit  Alphonse Ier L’anarchie régnait à Murcie.

Le roi Ali Adid-al-dawla ibn Hud y eut pour compétiteur Abou-Djomaïl ibn-Moudafe ibn Sad, al-Djezami, (al-Judhami d’origine arabe tout deux) qui, par ses intrigues et sa perfidie, gagna la faveur du peuple, attaqua Adid-al-dawlah , le 15 ramadhan 636 (21 avril 1239), se rendit maître de sa personne, et lui fit couper la tête onze jours après.

Mais les caïds des autres places, ne voulurent point reconnaître l’usurpateur, affectèrent l’indépendance , et se firent la guerre pour les limites de leurs gouvernements.

Le roi de Grenade se trouvait alors l’unique colonne de l’islam en Espagne.

Pour réparer tant de malheurs, il s’occupa d’abord d’établir dans sa capitale une bonne police.

Il confia les principaux emplois à des hommes agréables au peuple, et distingués par leur courage, leur prudence et leurs talents.

Ayant ainsi assuré la tranquillité dans ‘intérieur de ses états, il fit un appel à ses sujets et leva une petite armée, avec laquelle il entreprit des courses contre les chrétiens: mais ayant assiégé la ville de Martos, il ne put la prendre , quoiqu’il eût vaincu les troupes qui étaient venues au secours de la place.

Ferdinand, roi de Castille, informé des incursion des nasrides dans le royaume de Murcie, envoya son fils Alfonse , avec une puissante armée, pour s’en emparer.

Les Murciens, fatigués des malheurs qu’ils éprouvaient depuis quelques années, et trop désunis pour s’occuper de la défense commune, voulurent au moins épargner à leur pays les ravages d’une armée ennemie.

Ils convinrent que chacun des partis enverrait des députés à l’infant, pour lui offrir hom mage et soumission. Alfonse les accueillit avec bienveillance, et concerta avec eux l’acte de vassalité qu ils lui proposaient.

Ce traité fut signé par Muhammad ibn Ali, Ibn Hud roi de Murcie et par les shuyukh d’Alicante, d’Elche, d’Orihuela, d’Alhama, d’Alido, d’Aceca et de Chinchilla.

 C’est à son arrivée à la porte d'Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé : « Wa lâ Ghâlib illâ Allâh6 ! »

C’est à son arrivée à la porte d’Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ibn Nasr a proclamé :
« Wa lâ Ghâlib illâ Allâh ! »

Mais le wali de Lorca , Aboubakr al-Aziz ibn-Abd-al-Malik, refusa d’y concourir, parce qu’ayant gouverné Murcie, sous le régne de Mutawakkil ibn-Houd , il se regardait comme l’héritier de sa puissance : son exemple fut imité par les al- caïds de Carthagène et de Mula , qui lui étaient dévoués.

Alfonse le maudit entra alors dans Murcie, escorté par un grand nombre de capitaines musulmans, qui le traitaient comme leur chef; son entrée fut paisible et solennelle, et ses manières affables lui gagnèrent plusieurs autres places, qui d’abord n’avaient pas voulu se soumettre.

En Andalousie, les Castillans ravagèrent les plaines de Jaen et d’Alcabdat, et assiégèrent Ardjouna, dont les habitants, faute de secours , se rendirent par capitulation, et n’obtinrent que la vie sauve et la permission de se retirer.

Les chrétiens prirent ensuite l’egalhajar, Carchena, etc.

Ils marchaient déjà sur Grenade, lorsque Mohammed ibn Al-Ahmar vint à leur rencontre, les vainquit et leur enleva une grande partie de leur butin. De retour dans sa capitale, ce prince assura ses frontières et répara ses forteresses.

Il veilla à ce que Grenade fût toujours abondamment approvisionnée.

Il y fonda des hôpitaux pour les malades, les pauvres et les vieillards, des hôtelleries pour les voyageurs, des collèges , des écoles, des bains, des fours, des boucheries , des greniers, des fontaines, des canaux, des aqueducs, etc.

Ces travaux l’obligèrent à établir quelques impôts temporaires en sus de la dime : mais le peuple n’en murmura point voyant son roi employer tous ses trésors à des établissements ‘une utilité générale , et n’en rien réserver pour augmenter la modeste dépense de sa maison.

A la fin de chaban 63q (février 1242) mourut à Schatibah, le wali de cette ville, Ahmed ibn-Isa al-Khazradji (des arabes Banu Khazraj) , qui la possédait avant le roi Mutawakkil ibn -Houd, et qui eut pour successeur son fils, Abou’l Houcein Yahia.

La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanismes de défense du sultanat Nasrid de Grenade
La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanisme défensif du sultanat Nasride de Grenade

Le prince croisé Alfonse , avant de quitter Murcie , s’empara de Mula, place-forte importante, et ravagea les territoires de Carthagène et de Lorca , dont le wali avait refusé de traiter avec lui et de se soumettre à Mohammed ibn-Ali, roi de Murcie.

L’an 64o (1242-3) Sanche II, roi al-salibi (croisé) du Portugal, obtint de grands avantages sur les Musulmans, ravagea leurs campagnes, les bourgs , les villages, enleva les troupeaux , tua ou réduisit en esclavage les habitants, et prit Lourina , Merina et Lisbonne.

L’ex-roi berbère de Valence, Abou-Djomaïl Zéyan , voulant se dédommager de la perte de sa capitale , entra dans le royaume de Murcie, s’empara de plusieurs châteaux, vainquit et tua, le 26 ramadhan 640 (19 mars 1243), dans les environs d’Alicante, lewali de Lorca, Aziz ibn -Abd-el-melek, et prit Lorca, le mois suivant , ainsi que Carthagène.

Le roi arabe de Murcie, Mohammed ibn -Ali, ben-Hud, lui céda sans doute ces deux places , en reconnaissance de ce qu’il l’avait délivré du wali rebelle .

Dans le même temps , le roi Jayme I assiégea , par terre et par mer, Dénia, qui, malgré la longue et courageuse défense du wali de Schatibah, Abou’l Houcein Yahia , fut forcée de se rendre, le 1″. dzoulhadjah 641 (11 mai 1244).

Mohammed Ibn  Al-Ahmar rechercha l’amitié des rois de Fez (berbères Mérinide), de Tlemsen (berbères Zayyanide) et de Tunis (berbère Hafside), qui fondaient de nouvelles, puissances sur les ruines de celle des Almohades , aux quels il ne restait plus que quelques provinces autour de Marrakesh.

Le roi de Grenade, présumant que Jaen était menacée par les Castillans, y envoya 5oo mulets chargés d’armes et de mu nitions, et 5oo cavaliers.

En effet, cette place ne tarda pat à être assiégée par le roi Ferdinand.

La résistance que ce prince éprouva de la part du gouverneur, Abou-Omar Ali ibn- Mousa, lui permit de ravager les environs, de s’emparer d’Al-Qala ibn-Saïd , de brûler et détruire Illora, et de tuer ou de réduire en esclavage un grand nombre de musulmans.

Mohammed marcha contre lui, avec une armée levée à la hâte, et. le combattit vaillamment près de Hisn-Bolullos, à douze milles de Grenade ; mais, ses soldats, peu exercés au métier des armes , ayant lâché le pied, mirent le désordre dans sa cavalerie qui essuya une déroute complète.

Ce prince , voyant que , malgré les pluies , Ferdinand avait juré, de ne pas lever le siège de Jaen , jusqu’à ce qu’il s’en fût emparé , se rendit avec confiance dans le camp des chrétiens , se mit sous la sauve-garde du roi de Castille, lui livra sa personne et ses états, et lui baisa la main en signe de vassalité.

Ferdinand accueillit généreusement le roi de Grenade, l’embrassa, et l’appela son « ami. »

Il fut convenu que le prince musulman conserverait tous ses états , qu’il payerait un tri but annuel au roi de Castille et à ses successeurs, qu’il leur fournirait des troupes et se rendrait à leur cour, lorsqu’il en serait requis.

Jaen reçut garnison chrétienne et fut donnée à Ferdinand , pour garantie du traité que les deux monarques signèrent devant cette place, l’an 643 (1 245). Mohammed retourna à Grenade, emmenant le gouverneur de Jaen, Ali ibn-Mousa, auquel il confia le commandement de sa cavalerie.

Cinq mois après, il fut obligé d’aller, avec cinq cents cavaliers, joindre le roi de Castille, qui se proposait d’assiéger Séville. Il prit en chemin Alcala de Guadaïra, que Ferdinand lui céda comme prémices de l’expédition.

Le prince Almohade Abul Hassan fils du feu roi Edriss al-Mamoun, après avoir défendu la ville de Carmonne attaqués par les croisés, y laissa pour lieutenant l’un de ces capitaines ; et , ayant rassemblé quelques troupes, il se replia sur Séville , par ordre de son oncle, Seid Abou-Abd- allah,\vali de cette ville.

Carmone et Constantine , abandonnées à leurs propres forces, et épouvantées des ravages commis par les Castillans, obtinrent une capitulation avan tageuse. Lora ouvrit ses portes à la persuasion du roi de Grenade, et fut traitée aussi favorablement.

Les chrétiens tra versèrent alors le Guadalquivir; mais, s’étant imprudemment engagés dans des marais et des bourbiers, ils y furent attaqués avec avantage par les habitants de Cantanlla, qui leur tuèrent beaucoup de monde.

L’arrivée de l’infanterie castillane obligea ceux-ci à rentrer dans leur ville.

Elle fut assiégée, prise d’assaut , et les vainqueurs se vengèrent de leur dernier échec, en y faisant un affreux carnage.

  • Le pont Nasride de Lanjaron, Grenade
    Le pont Nasride  Tablat de Lanjaron, Grenade

Affligé de ces malheurs , le roi de Grenade pria Ferdinand de défendre à ses troupes des mesures aussi cruelles, et d’épargner au moins les vieillards, les femmes et les enfants.

Il écrivit aussi aux habitants de diverses places de se soumettre, afin de ménager le sang des musulmans.

Guillena fut la première qui se rendit ainsi.

Alcala del Rio ne capitula qu’après que son commandant , qui avait osé combattre les Castillans en rase campagne, eût été repoussé par les troupes de Grenade, et contraint de se retirer à Séville.

Dans ce temps-là , le roi d’Aragon , ayant assiégé Schatibah, força le wali Abou’l Houcein Yahia de capituler, à la fin de safar 644 (juillet 1246).

Les conditions portaient que les citoyens resteraient dans la ville, et conserveraient leurs biens et l’exercice de leur religion ; mais peu de temps après, les chrétiens en renvoyèrent plusieurs milliers , qui , ainsi que leur wali, se dispersèrent dans les villages voisins, cl vécurent errants et misérables.

Au commencement de l’année 645 (mai 1247), mourut à Lorca, Abou -Abdallah Mohammed ibn-AIi (ibn-Houd), roi de Murcie, homme habile et plein de mérite, qui , après avoir favorisé l’entrée d’Abou-Djomaïl Zeyan dans cette province, en trompant la garnison chrétienne de Murcie , s’était retiré à Lorca, où il avait fondé des aqueducs, des hôpitaux, des hôtelleries et autres établissements utiles qui l’avaient rendu cher aux habitants .

La même année (1247), et non pas l’an 644» comme le dit Conde , les Castillans assiègent Séville par terre, tandis que leur flotte lui ferme les communications avec la mer, en bloquant l’embouchure du Guadalquivir.

Le roi de Gre nade était campé devant la porte de l’Alcaçar (al-Qasr) et près de la tour Al-Faradj.

Il avait en tête les troupes de l’Al-Gharb, commandées par Mohammed, wali de Niebla , et il rendit d importants services au roi de Castille, par sa valeur et ses conseils.

Mur construit par le ziride pour protéger le noyau originel de Grenade , dans le XIe siècle .
Mur construit par les berbères zirides pour protéger le noyau originel de Grenade , au  11e siècle .

 

Ce fut à sa persuasion, que Ferdinand fit construire des machines, qui brûlèrent les vaisseaux des assiégés et le pont de bateaux qui servait de communication entre la ville et le château de Atrayana (le faubourg nommé aujourd’hui Triana).

Pendant le long siège de Séville, les musulmans du royaume de Valence, fatigués du joug et des vexations des chrétiens, abandonnèrent leurs habitations, et se retirèrent dans les états du roi de Grenade, qui les accueillit avec humanité , leur donna des établissements , et les exempta d’impôts pour plusieurs années, il ne resta à Valence et dans les autres villes de cette province que les Musulmans riches qui avaient des propriétés à conserver.

Après un siège de dix-huit mois, suivant les historiens arabes , ou de quinze mois, suivant les auteurs espagnols , les chrétiens ayant brûlé le faubourg de Ibn Àl-Bofar, et pillé celui de Bab-Marcarena, la famine réduisit les habitants de Séville à capituler, au mois de chaban 646 ( novembre 1248 ).

Le roi de Castille leur accorda la permission de rester dans la ville, et d’y jouir de leurs biens et d’une liberté entière, à la charge du même tribut nue ce lui qu’ils payaient au roi de Maroc.

Ceux qui préférèrent se retirer, eurent un mois pour vendre leurs propriétés , et on leur fournit soit des vaisseaux , soit des bêles de somme pour les transporter, par mer ou par terre, où ils voulu rent.

Le wali Abou’l-Hassan  résista aux offres du roi de Castille qui l’invitait à se fixer dans ses états, où il lui pro mettait une existence honorable.

Il remit les clefs à ce monarque, le 12 chaban ( 3o novembre ) , et s’embarqua le même jour pour l’Afrique.

Un petit nombre de Maures accompagna le prince almohade à Ceuta.

La plupart se re tirèrent dans le royaume de Grenade ; le reste se rendit à Xerez et dans l’Al-Gharb.

Séville avait été, 553 ans, soumise aux lois du Coran, y compris les 1o5 ans qu’elle avait demeuré sous la domination des Almohades.

Tandis que Ferdinand occupait le palais, et partageait entre ses troupes les terres et les maisons des musulmans, le roi de Grenade, le cœur navré des succès des chrétiens, qui lui annonçaient la ruine de l’islam en Espagne, reprit le chemin de sa capitale, où il fut reçu comme un père.

Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle
Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle

Il s’y appliqua à stimuler l’industrie et le zèle de ses sujets, en accordant des privilèges et des récompenses a ceux qui se distinguaient dans l’agriculture, dans l’art d’élever les chevaux et les vers-à-soie, dans les manufactures d’armes et de soieries, et dans tous les arts utiles.

Aussi fleurirent- ils dans ses états , et cette terre, naturellement fertile , le de vint d’une manière étonnante.

Les soieries de Grenade fu rent supérieures à celles de Syrie.

Les mines d’or, d’argent et d’autres métaux augmentèrent considérablement les revenus du roi , et il eut soin que sa monnaie fût bien frappée et de bon aloi.

Il jeta les fondements de l’Alhamra, ou plutôt il fit réparer cet édifice , qui était à la fois la cita delle et le palais de Grenade , et dont la première fondation dut être beaucoup plus ancienne, comme on l’a vu ci-des sus.

Il dirigeait lui-même les travaux, et s’entretenait sou vent avec les architectes et les inspecteurs. Alfonse X ayant succédé, l’an 65o ( 1252) , à son père.

Ferdinand , le roi de Grenade lui envoya des ambassadeurs, pour le complimenter et renouveler le traité de paix et d’alliance qui l’unissait à la Castille.

Deux ans après, il se vit, avec douleur, obligé de conduire une partie de son armée devant Xerez, et de contribuera la réduction de cette ville, qui se rendit aux chrétiens, l’an 652 ( 1254).

Il fut permis aux habitants d’en sortir avec toutes leurs richesses, ou d’y demeurer pour y être traités comme les sujets du roi de Castille. Les Al-Mohades et leurs familles obtinrent sûreté.

Alfonse y laissa le comte Gomez pour gouverneur, et chargea le prince don Henri, son frère, d’assiéger Arcos, Si- uonia et Nebrisa, qui se rendirent aux mêmes conditions que Xerez.

L’infant s’étant brouillé bientôt après avec le roi de Castille , pour quelque intrigue amoureuse , à ce que di sent les auteurs arabes, et ayant réclamé la protection du roi de Grenade, avec lequel il s’était lié d’amitié pendant le siège de Xerez, Mohammed craignit de déplaire à Al fonse, engagea Henri à passer en Afrique, et lui donna des recommandations très-pressantes pour le roi de Tunis, qui reçut le prince chrétien avec beaucoup d’honneurs et de bienveillance .

Deux ans après la prise de Xerez , le roi de Castille écrivit à celui de Grenade, pour qu’il l’aidât à chasser de l’Al-Gharb les Almohades , leurs ennemis communs. Mohammed lui envoya des troupes , sous les ordres du wali de Malaga.

Les Castillans assiégèrent alors Niebla, et poussèrent leurs in cursions jusqu’à Saltis, où résidait Ibn-Mohammed, chef des Almohades.

Ibn-Obeïd , qui avait défendu Xerez, fit une vigoureuse résistance dans Niebla ; outre les dards et les pierres qu’il lançait avec des machines, il tirait des coups de canon avec du feu.

Mais , après un siège de neuf mois , la disette et la privation de secours le déterminèrent à traiter avec Alfonse.

La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d'Elvira)  ou  Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade
La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d’Elvira) ou Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade

Il alla trouver ce prince et en obtint les conditions les plus favorables.

Les villes de Niebla, Huelva , Serpa, Djebal-Oyoun ( Gibraleon ), Moura , Alhaurin, Tavira, Faro , Laule et Xinibos furent comprises dans la capitulation ; de sorte que presque tout l’Al-Gharb, pays riche, fertile, peuplé et bien fortifié, fut réuni aux états de Castille , l’an 655 ( 1257).

Alfonse dédommagea le wali Ibn-Obeïd , en lui cédant des terres et des revenus considérables.

Le roi de Grenade, prévoyant qu’il ne pourrait conserver la paix avec les chrétiens , parcourut ses provinces et fortifia ses frontières.

Il venait de visiter Malaga, Tarifa et Algéziras, et se trouvait à Gibraltar, dont il faisait réparer les murs, lorsqu’il y reçut les députés des villes de Xerez, d’Arcos et de Sidonia, qui lui offrirent de le reconnaître pour souverain , s’il voulait les aider à secouer le joug des chrétiens.

Mohammed, avant de leur répondre, se rendit à Grenade, et convoqua son meschouar, afin de délibérer sur cette affaire importante.

L’avis de la majorité fut qu’il fallait se courir les musulmans; et, que pour diviser les forces d’Alfonse, sans rompre ouvertement avec lui, on favoriserait secrètement les Murciens, et on écrirait aux habitants de Xerez et des villes de l’Al-Gharb, de se soulever contre les Castillans.

Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides  différents
Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides différents

La révolte éclata, l’an 65o, (1261), à Murcie, Lorca, Mula, Xerez, Arcos, Nebrisa, etc.

Le peuple, avide de vengeance et de nouveautés, comptant sur le secours du roi de Grenade , le proclama souverain , et tomba le même jour sur les chrétiens , qui partout furent chassés ou mas sacrés.

Le carnage fut horrible à Xerez , à cause de la mémorable résistance du comte de Gomez, qui, ayant perdu tous ses guerriers, en défendant la citadelle contre les in surgés, soutenus par les Musulmans d’Algéziras et de Tarifa, succomba le dernier, et périt entouré de morts .

Murcie, avec le secours du roi de Grenade , reconquit aussi son in dépendance.

Alfonse envoya des troupes de tous côtés contre les re belles, et somma Mohammed de se joindre à lui contre le roi de Murcie.

Ben Al-Ahmar allégua des motifs de religion et de politique pour s’en dispenser, et rompit son alliance avec le rot de Castille, tout en feignant de vouloir rester son ami. Alfonse donna ordre à ses généraux de trai ter en ennemis les sujets du roi de Grenade.

Mais celui-ci commença les hostilités l’an 660 (1262), ravagea les environs d’Al-Qaala ben-Saïd, et Vainquit près de celte ville les Castillans, commandés par leur monarque en personne. 11 y eut depuis, chaque jour, quelques autres affaires sans suc cès décisifs. Alfonse, obligé de diviser ses forces , ne put empêcher le roi de Grenade de continuer et d’étendre ses dévastations.

La péninsule ibérique (al-Andalus) , avec sa toponomie  en arabe
La péninsule ibérique (al-Andalus, 756) , avec ses noms en arabe

La première expédition Mérinide en Espagne

L’an 661 (1263′), Abou-Yousouf Yacoub , roi de Fez, de la dynastie des Merinides , envoya un corps de plus de trois mille cavaliers au secours des musulmans d’Espagne.

Ce fut la première expédition des Mérinides dans la Péninsule : mais leur souverain n’était pas encore roi de Marrakesh et du Maghreb (Maroc), comme le disent les auteurs espagnols et Cardonne lui-même .

Au commencement de l’année 662 ( novembre 1264), le roi de Grenade associa au trône son fils aîné, Mohammed , le fit reconnaître pour son successeur, et voulut qu’on lui prêtât serment de fidélité , et que son nom fût ajouté à la khothah.

Les walis de Malaga , de Guadix et de Comares, Abou- Mohammed Abdallah, Abou’l Hassan et Abou-Ishak, tous trois de la famille Ibn-Eschkalioula, ou Eschkilola, furent les seuls qui n’assistèrent pas à cette cérémonie.

Jaloux des distinctions et des récompenses accordées par leur souverain à quelques capitaines Zenates (berbères Zenètes) et Zegris (berbères Ziride), auxquels il était redevable de sa dernière victoire , ils se retirèrent avec leurs troupes, sous prétexte que leur présence était nécessaire dans leurs gouvernements , et refusèrent de servir dans l’expédition que Mohammed préparait pour secourir Murcie.

Ils se rendirent vassaux du roi de Castille , lui offrirent d’attaquer le roi de Grenade, et de ne faire avec lui ni paix ni trêve, sans le consentement de leur nouveau suzerain. Al fonse agréa leurs offres , leur promit sa protection , et les invita à commencer la guerre contre Mohammed.

Cette diversion dérangea les projets de celui-ci , et donna au roi de Castille les moyens de reprendre ses avantages.

Il assiégea Xerez, s’en rendit maître par capitulation , l’an 663 (1265), et n’accorda aux habitants que la vie et la liberté.

Ces malheureux, dénués de tout, se dispersèrent dans l’Andalousie; plusieurs se retirèrent à Algéziras et à Malaga, et le resle passa en Afrique.

Les. villes de Sidonia, Itota, Solucar (San-Lucar) , Nebrisa et Arcos , éprouvèrent le même sort, et leurs citoyens cherchèrent pour la plupart un asile dans les états du roi de Grenade , qui fut ainsi dédommagé de la perte de quelques territoires , par l’acquisition d’une population considérable.

Ce prince marcha avec une parlie de sa cavalerie contre le wali rebelle de Guadix (Wadi ash) , et vers les frontières de Jaen , et envoya le reste de ses troupes au secours de Murcie.

Cette ville était alors attaquée en même temps, et par Jayme, roi d’Aragon, qui avait déjà pris quelques autres places de la province, et par le roi de Castille qui faisait va loir ses prétentions sur son ancienne conquête.

Les deux monarques convinrent de donner le royaume de Murcie à 1 iu- fanl don Emmanuel , frère d’ Alfonse, et de le marier à Constance , l’une des filles du roi d’Aragon. Mais Yolande , reine de Castille , jalouse de sa sœur qui la surpassait en beauté , intrigua pour l’empêcher de porter la couronne de Murcie.

Elle écrivit au roi de Grenade, et , feignant un grand désir de la paix , elle le pria de proposer à Alfonse un traité qui leur permît à tous deux de veniràbout de leurs desseins, à l’un, contre les rebelles de Murcie, à l’autre, contre les walis qui s’étaient soustraits à son obéissance; mais surtout qui déconcertât les projets du roi d’Aragon sur Murcie.

Mohammed, conformément aux intentions de la reine, fit des avances au roi de Castille qui les agréa, et qui invita le E rince musulman à une conférence dans le château d’Alcala en-Saïd.

Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus
Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus

Les deux monarques, s’y étant réunis, tombèrent d’accord, après plusieurs conférences: que le ioi de Grenade et son fils renonceraient à toutes prétentions sur le royaume de Murcie; que cet élat serait soumis à la couronne de Castille , mais gouverné par un roi musulman , suivant les lois et coutumes des musulmans; que les sujets ne payeraient d’autre impôt que la dîme ordinaire de tous leurs biens , et que le tiers servirait pour l’entretien de leur roi ; qu’Alfonse ne donnerait aucun secours aux walis rebelles ; mais que ceux-ci auraient un an de trêve , pour se soumettre, et que, ce délai passé , le roi de Grenade pourrait alors les réduire par la force; que ce prince , au lieu des troupes auxiliaires qu’il était tenu de fournir au roi de Castille, lui payerait un tribut annuel ; qu’il ne serait plus obligé désormais de se rendre qu’aux cortès, qui se tiendraient près de ses frontières ; qu’il faciliterait la soumission de Murcie, moyennant une amnistie générale , dont on n’excepterait que trois chefs de la révolte, qui seraient bannis.

Ce traité d’Alcala fut signé, l’an 664 (1206), par les deux monarques, par Mohammed, fils du roi de Grenade, et par plusieurs seigneurs des deux cours.

Sur ces entrefaites , les Maures, ayant surpris un convoi considérable destiné pour le camp des chrétiens , le manque de vivres, et la mésintelligence qui dégénérait en querelles sanglantes, entre les Castillans et les Aragonais, les forcèrent de lever le siège Mohammed et Alfonse partirent alors pour Murcie.

Les walis de cette ville et des autres places du royaume vinrent, à la persuasion du premier, se soumettre au roi de Castille , et déclarèrent qu’ils ne voulaient pour suzerain aucun autre prince chrétien.

Les deux monarques entrèrent dans la capitale.

Les habitants reconnurent pour roi, Abou-Abilallah Mohammed, frère du célèbre Motawakkel ibn-Houd, lequel leur fut donné par Alfonse qui estimait beaucoup sa sagesse et sa modération ; et ils témoignèrent une joie extrême d’a voir un souverain de leur religion , de race royale., et distingué par ses vertus .

Ainsi Alfonse satisfit sa vanité d’avoir des rois pour vassaux ; la reine Yolande fut contente de ne pas voir sa soeur couronnée; et Mohammed, qui avait négocié toute cette affaire, prit congé du roi de Castille et s’achemina vers Grenade , emmenant avec lui les trois bannis de Murcie , auxquels il donna des maisons et des terres.

Bannière du sultanat arabe de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus
Bannière  de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus

L’an 665 ( 1267 ), les walis de Malaga, de Guadix et de Comares, ne s’étant prêtés à aucun acte de soumission, le roi de Grenade leur fit la guerre, après en avoir donné avis au roi de Castille et malgré son intercession.

Celui-ci, sollicité par ces factieux, écrivit une lettre menaçante à Mohammed, lui ordonna de cesser toute hostilité contre eux , et lui demanda la cession d’Algéziras et de Tarifa.

Le roi de Grenade , dans sa réponse, se plaignit qu’Alfonse manquât ainsi au traité d’Alcala et qu’il exigeât les clefs de son royaume.

Il le pria de suivre des sentiments plus généreux; et , quoiqu’il fût préparé à la guerre , il promit de ne pas être l’agresseur , à moins que le roi de Castille ne prît ou vertement la défense des walis rebelles.

Dans ce temps-là, l’infant don Philippe , révolté contre son frère Alfonse qui , suivant les auteurs arabes , se laissait gouverner par sa femme plutôt que par les conseils d’une sage politique, vient chercher un asile à la cour de Grenade, avec don Nuno de Lara et d’autres seigneurs castillans.

Mohammed comble d’honneurs et de caresses ces illustres hôtes et accepte leurs propositions de le servir contre tous ses ennemis , excepté contre le roi de Castille.

File:Alha Generalife1.jpg
Le Patio d’al-Janna al-Aarif « Genaralife »

Il les emploie utilement dans l’armée commandée par son fils; mais, malgré leurs exploits , comme les forces du roi de Grenade étaient divisées, la guerre contre les walis réfractairesse passa en pillages et en dévastations, et dura quelques années sans événements importants.

Enfin, l’an 670 (1271-72) , le roi de Grenade prit le parti de solliciter les secours du roi de Fez et de Marrakesh , Abou-Yousouf Yacoub , fondateur de la dynastie berbère des Merinides , contre le roi de Castille et contre les factieux qui coopéraient avec ce prince à la ruine de l’islam en Espagne.

Cette démarche affligea les seigneurs castillans re tirés à Grenade , et répandit l’alarme parmi les chrétiens  et les croisés de la Péninsule ; mais Mohammed n’en vit pas le succès.

Ce prince, ayant fait des levées extraordinaires, pour accabler les trois gouverneurs rebelles dont les incursipns continuelles troublaient et ruinaient ses états , voulut mar cher contre eux en personne , malgré son grand âge.

Il se sentit indisposé à moitié chemin, reprit celui de sa capitale, porté sur un brancard, et expira avant d’y arriver, à la suite d’un vomissement de sang , le 29 djoumadi II 671 (21 janvier 1273 ), ayant à ses côtés l’infant don Philippe qui l’avait accompagné dans cette expédition.

Le Generalife (en arabe : جنة العريف ) est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne
Le Janna al-Aarif  (Generalife)  est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne

 

Mohammed était âgé de quatre-vingts ans, et en avait régné trente-six à Grenade ; mais il avait porté quarante-deux ans le titre de roi , depuis sa première proclamation à Ardjouna.

Sa mort fit couler les larmes de tous ses sujets, dont le bonheur l’avait plus occupé que le soin de sa propre gloire.

C’est pour eux qu’il se rendit vassal de la Castille , et qu’il ne chercha point à reculer les frontières de ses états.

Aussi son royaume dura-t-il plus long-temps que la plupart des empires musulmans, fondés par la violence et l’ambition.

Mohammed avait deux vézirs, un capitaine des gardes, un généralissime, un amiral , un commandant de la cavalerie , sept cadhis ou juges , et quatre khatibs ou secrétaires, dont le premier l’était en même temps du meschouar ou conseil que le roi présidait lui-même.

Deux fois la semaine, il donnait audience aux pauvres comme aux riches.

Il visitait les écoles, les collèges, les hospices, s’informait du service et de l’exactitude des professeurs , des médecins, et inter rogeait lui-même les malades et les indigents.

Blason du sultanat arabe nasride de Grenade
Blason du sultanat  nasride de Grenade

Ennemi du faste , indulgent pour ses serviteurs , et plein d’ordre dans ses affaires domestiques , il n’eut point de concubines , et n’épousa qu’un petit nombre de femmes, toutes filles des principaux seigneurs de l’état.

Il les voyait peu souvent; mais il prévenait tous leurs désirs et maintenait entre elles la con corde.

Il  n’eut que trois fils, Mohammed , Faradj et Yousouf, auxquels il donna les maîtres les plus habiles et les plus vertueux, et ils les instruisait aussi lui-même, dans ses moments de loisir.

Il aimait beaucoup à lire l’histoire et a cultiver les fleurs et les plantes aromatiques.

Mohammed fut enterré avec pompe dans un cimetière particulier.

Son corps embaumé fut renfermé dans une châsse d’argent et placé dans un tombeau de marbre précieux , sur lequel on grava en lettres d’or une épilaphe fastueuse, rapportée par Conde et par Casiri .

Les princes Nasrides, comme les sultans Ottomans , reçurent sans doute des chrétiens cet usage , inconnu aux khalifes Omeyyades, et Abbasside et aux monarques de l’orient, prohibé même par l’islam.

Une autre mode que la fréquentation des chrétiens introduisit probablement à Grenade, fut celle des armoiries.

Mohammed prit pour les siennes un écu au champ d’argent , portant une bande diagonale d’azur, sur laquelle étaient écrits en lettres d’or, ces mots :

« La ghaleb ila Allah » (il n’y a de vainqueur que Dieu) , parce que ses sujets lui avaient donné le titre d al-Ghaleb-Billah ( le vainqueur par la grâce de Dieu).

Les extrémités de la bande se terminaient en gueules de dragon.

Les successeurs de ce prince conservèrent cette devise : mais ils changèrent fréquemment les couleurs de l’écu et de la bande.

Mohammed al-Faqîh a continué l'œuvre de son père et il a terminé la construction de l'Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.
Mohammed al-Faqîh le 2e nasride a continué l’œuvre de son père et il a terminé la construction de l’Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.

2em. MOHAMMED II. Al-Emir.

L’an hég. 671 (de J.-C. 1273).

Mohammed, fils de Mohammed Ier. qui reçu le titre d’émir al-moumenin le seul qui avait eût survécu à son père; c’est pourquoi Casiri et Conde le distinguent par le surnom d’Emir .

Aussitôt qu’il eut achevé les obsèques de son père, il par courut à cheval les principales rues de Grenade, et fut pro clamé roi au milieu des transports de la plus vive allégresse.

Résolu à prendre son père pour modèle dans toutes ses entreprises , et à imiter ses vertus, il ne fit aucun change ment dans les emplois civils et militaires , ni dans le sys tème d’administration établi par ce sage monarque.

Il conserva la garde africaine qui avait toujours pour chef un prince berbère Merinide ou Zeïanide , ainsi que la garde andalousienne qui , à défaut d’un prince du sang, était commandée par Abou-Mousa , et il augmenta la solde de l’une et de l’autre.

Quelques courtisans, déçus dans l’espoir de s’élever par leurs intrigues, au commencement d’un nouveau règne, accusèrent leur souverain d’ingratitude, formèrent un parti de mécontents et allèrent se joindre aux walis Eschkilolides.

Ceux-ci avaient profité de la mort du dernier roi pour re commencer leurs incursions.

Mohammed II marcha contre eux, les tailla en pièces, près d’Antekaria (Antequerra) enleva tout leur butin, les poursuivit l’espace de plusieurs lieues, et revint à Grenade, où il récompensa noblement les seigneurs castillans dont la valeur avait assuré son triomphe.

L’infant don Henri, s’étant sauvé de Tunis, sur un soupçon mal fondé que le roi voulait se défaire de lui, revint en Espagne, reprocha à son frère Alfonse X, de favoriser les sujets rebelles du roi de Grenade, et lui fit craindre que ce prince n’eût recours à la protection du roi de Marrakesh.

Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l' Albaicin de Grenade , communauté autonome d' Andalousie , Espagne . Il a été construit dans le XVe siècle , dans un palais Zirí ci-dessus, le XIe siècle
Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l’ Albaicin de Grenade , Espagne, construit dans le XVe siècle , sur un palais Ziríde , du XIe siècle

 

Dans cette inquiétude, Alfonse écrivit à son frère don Philippe et aux autres seigneurs castillans qui étaient à Grenade , de revenir à sa cour, et de négocier un accommodement entre lui et Mohammed II.

Celui-ci , plein de confiance dans ses hâtes, et voulant sincèrement la paix, écouta leurs propositions, et ne fit aucune difficulté de les suivre à Séville, au mois de ramadhan 671 (avril 1273).

Alfonse vint au devant d’eux avec une brillante cavalcade, logea Mohammed dans son palais , lui donna des fêtes, l’arma chevalier, l’embrassa comme son ami, et, à son intercession , par donna à ses frères et à leurs partisans , qui tous en témoignèrent leur satisfaction au roi de. Grenade.

Ce prince , alors dans la force de l’âge, joignait à tous les avantages physiques, celui de parler avec facilité la langue castillane , ce qui lui donna souvent occasion de converser avec la reine Yolande et avec ses filles.

Cette adroite princesse lui ayant arraché une promesse d’accorder une trêve d’un an aux walis de Guadix, de Comaresel de Malaga, Mohammed feignit d’y consentir par galanterie : mais il comprit que le but des chrétiens était de le tenir en échec , au moyen de ces ennemis internes qu’ils pourraient à volonté susciter contre lui.

Il conclut peu de jours après un traité avec le roi de Castille, auquel il s’obligea de payer un tribut annuel , pour tenir lieu du service de cavalerie qui avait été imposé a son père.

Il obtint que les musulmans, dans leurs relations avec les chrétiens, jouiraient des mêmes sûretés et des mêmes franchises, et il accorda la trêve aux Irois walis suivant sa promesse.

Il prit ensuite congé d’Alfonse et de toute la famille royale, et fut accompagné jusqu’à Marchena, par les infants don Philippe, don Emmanuel et don Henri.

De retour à Grenade , Mohammed , mécontent de sa négociation , et prévoyant qu’ Alfonse, délivré de tous soucis domestiques , ne s’occuperait qu’à fomenter la guerre civile parmi les musulmans, ne voulut pas laisser aux walis rebelles le temps de réparer leurs pertes et de recevoir les secours de ce prince.

Résolu à frapper un grand coup pour terminer cette affaire, il écrivit au roi de Marrakesh, Yacoub lII, pour le prier de l’aider à recouvrer toute l’Andalousie , et à former une puissance plus formidable aux chrétiens , leurs communs ennemis.

Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, l' Alcazaba Cadima ou la vieille; dans le fond, l'Alcazaba de la Alhambra.
Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, al-Qasba al- Qadima ou la vieille ville; au  fond, l’Alcazaba (al-Qasba)  et  la Alhambra (al-Hamra).

 

Afin de déterminer le monarque africain, il lui offrit les ports d’Algéziras et de Tarifa,qui lui serviraient d’arsenaux et de points de débarquement.

Yacoub , enchanté de ces offres, s’empressa d’envoyer neuf mille hommes, qui prirent possession de ces deux places ; et il les suivit de près, avec des forces plus considérables.

Il se rendit à Malaga, où il fut reçu par les walis Eschkilolides, jusqu’à l’arrivée du roi de Grenade, avec lequel ils étaient en pourparler d’arrangement.

Il leur reprocha leur révolte préjudiciable à l’islam, les réconcilia avec Mohammed, et les invita, pour leurs propres intérêts, à rester fidèles à ce prince.

Il fut convenu dans cette conférence que Yacoub attaquerait le royaume de Séville , que Mohammed fondrait sur celui de Jaen , et que les trois walis entreraient dans celui de Cordoue.

L’arrivée du roi de Marrakesh avait répandu l’épouvante parmi les chrétiens ; toute l’Espagne s’était mise en mouvement.

Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord , les Brigades de la Foi ! ., lors de la bataille d’ejita en 1275 al-Andalus en coalition avec les Nasrides.
Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord, « les Brigades de la Foi » lors de la bataille Ecija en 1275 , en coalition avec les Nasrides. 

Don Nuno de Lara, gouverneur  croisé de l’Andalousie, poussé par un fol amour-propre ou par une imprudente bravoure , osa se mesurer avec l’armée africaine, qu’il savait être deux fois plus nombreuse que la sienne : mais , après une mêlée horrible , il périt sur le champ de bataille avec dix-huit mille des siens, le 5 rabi i ». 774 ( 8 septembre 1375) près d’Ecija.

Yacoub adressa au roi de Grenade la relation de sa victoire, avec la tête du général castillan.

Mohammed détourna les yeux et versa des larmes , à l’aspect des tristes restes de ce vaillant capitaine , avec lequel il avait été lié d’une étroite amitié.

Il fit embaumer sa tête et l’envoya dans un coffre d’argent au roi de Castille, pour qu’elle fût enterrée honorablement à Cordoue.

Le monarque africain, n’ayant pu prendre Ecija, rava gea tout le pays jusqu’aux portes de Séville , et ramena son butin et ses prisonniers à Algéziras.

Le roi de Grenade, de son côté, venait «le ruiner les territoires de Jaen et de Martos, lorsque l’infant d’Aragon , don Sanche, archevêque de Tolède , animé par un vain désir de gloire et par l’espoir de vaincre aisément une armée chargée de butin, s’avança imprudemment avec des troupe* levées à la hâle , et attaqua les musulmans, sans attendre les renforts que lui amenait don Lope Diaz de Haro.

Sa téméraire présomption fut cruellement punie.

Son armée , ayant été enveloppée et taillée en pièces , il fut reconnu à son costume et fait prisonnier.

Une dispute s’éleva entre les Africains auxiliaires qui voulaient le conduire au roi de Marrakesh , et les Musulmans d’Espagne qui le réservaient pour le roi de Grenade.

Les deux partis allaient en venir aux mains; lorsqu’un parent de Mohammed fondit sur don Sanche et le perça de sa lance, en disant : Dieu ne veut pas que pour un chien , le sang des musulmans soit versé.

On coupa au malheureux infant la tête et la main où était l’anneau épiscopal, et on donna la première aux Africains et la seconde aux Andalousiens.

Le lendemain , l’armée castillane, commandée par Alforrsc X ( suivant Conde) , ou par don Lope Dias de Haro ( suivant Cardonne et Chénier), rencontra, près de Hisn Azzahara (Madina al-Zahara), les vainqueurs qui continuaient leur marche.

Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade
Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade

 

On se battit avec un égal acharnement et sans avantages décisifs; mais quoique les Musulmans eussent conservé leurs positions, ils se retirèrent la nuit avec leur butin.

Le roi de Marrakesh , informé qu’une flotte chrétienne voulait s’opposer à son retour en Afrique , et voyant déjà ses convois interceptés et son armée souffrir de la disette, conclut une trêve de deux ans avec Alfonse , sans la participation du roi de Grenade, et repassa le détroit.

Les walis de Guadix et de Malaga quittèrent l’armée et renouvelèrent leurs soumissions au roi de Castille.

Mohammed , abandonné par son allié , et regrettant de lui avoir livré les deux clefs de l’Andalousie , ne laissa pas de pourvoir à la sûreté de ses frontières, et de continuer les hostilités contre les chrétiens , sans résultats importants.

Au milieu de ses préparatifs de guerre , il trouvait le loisir de cultiver la poésie et l’éloquence avec son premier vezir, Aziz ben-Ali, ben-Abd-al-Menam , qui partageait les goûts de son maître , auquel il ressemblait aussi d’une manière singulière , par l’âge, la taille, la figure et le caractère.

Ils admettaient a leurs conférences les savants de l’Andalousie, les philosophes, les médecins et les astronomes , pour qui les portes de l’Alcaçar étaient toujours ouvertes .

L’an 676 ( 1 277 ) , Abou-Yousouf Yacoub revint en Espagne et se rendit a Honda , où Abou-Ishak, wali de Guadix , et Abou-Mohammed , wali de Malaga, se joignirent à lui pour faire la guerre aux Castillans.

Il remporta sur Alfonse X, le 12 rabi 1er ». (i3 août), une grande victoire , près de Séville qu’il ne put prendre, enleva d’assaut Alcala de Guadaïra, et dévasta toute celte partie de l’Andalousie. Le wali de Malaga mourut deux mois après cette expédition.

Le roi de Marrakesh ayant exercé les mêmes ravages dans les environs de Xerez, le roi de Grenade, qu’il avait invité à prendre part à la guerre de religion, vint le joindre près d’Ardjouna.

Casque de guerre du 13e siècle   Nasride exposé au Musée municipal d'Algésiras
Casque de guerre du 13e siècle Nasride exposé au Musée municipal d’Algésiras, Espagne

 

Ils marchèrent ensemble sur Cordoue, qu’ils endommagèrent sans pouvoir la prendre ; s’emparèrent de Hisn ben-Beschir et de la célèbre ville de Zahra , et désolè rent toute la contrée, entre Cordoue et Jaen.

Alfonse envoya une députation de moines et de prêtres, pour demander la paix au roi de Maroc , qui se trouvait alors à Baeça. Yacoub répondit que n’étant qu’auxiliaire du roi de Grenade, c’était à ce prince qu’il fallait s’adresser.

Ils  allèrent donc trouver Mohammed, lui dirent qu’ils étaient mécontents de leur souverain et qu’ils voulaient le déposer, parce qu’il ne savait pas défendre ses sujets et sa religion.

Ils jurèrent la paix sur leurs croix, et conclurent avec le roi de Grenade un traité que le monarque africain ratifia à Algéziras, vers la fin de ramadhan 676 (février 1278) .

Alfonse, ayant rompu la paix en 677 (1278), assiégea Algéziras par terre et par mer.

Des pluies , des ouragans et des révoltes empêchèrent Yacoub de revenir en Espagne ; mais son fils Yousouf se rendit à Tanger, et rassembla dans ce port une flotte de soixante vaisseaux , auxquels le roi de Grenade, qui ménageait encore le souverain de Maroc, joignit douze bâtiments qu’il avait armés à Malaga, Almérie et Almunecâb.

Le siège d’ Algéziras durait depuis près d’un an , et les habitants, épuisés par la disette et privés de se cours, ne recevaient d’autres nouvelles que celles que leur apportait une colombe expédiée de Gibraltar: mais les assiégeants n’étaient pas dans une meilleure situation.

Une maladie contagieuse avait fait des ravagés sur leur flotte , et nécessité le débarquement d’une partie de leurs équipages.

Ce fut dans ces circonstances que l’armée navale des musulmans attaqua les chrétiens et remporta une victoire complète.

L’amiral castillan , plusieurs officiers supérieurs , un parent du roi de Castille et le prince de Bayon furent faits prisonniers.

L’infant don Pèdre qui commandait l’armée de terre, voyant la défaite de sa flotte, ne voulut pas attendre que les vainqueurs eussent débarqué.

Il leva le siège précipitamment et abandonna ses tentes, ses machines, et ses munitions.

Ainsi fut délivrée Algéziras, le 12 rabi 1″. 678(juillet 1279 ), après un blocus d’environ un an.

Le prince Yousouf y vint au commencement du mois suivant , fit bâtir la nouvelle ville d’Algéziras , dans une position plus avantageuse , sur le terrain qu’avait occupé le camp des chrétiens, et accorda une trêve au roi de Castille, qui s’obligea de lui  fournir des troupes contre le roi de Grenade.

Le monarque  africain refusa d’approuver ce traité et de donner audience  aux ambassadeurs chrétiens , que son fils lui avait amenés,.

Mais la guerre contre le roi de la dynastie berbère des Zayyanides de Tlemcen le força d’ajourné  ses projets sur l’Andalousie.

Mohammed, roi de Grenade, tranquille du côté de l’Afrique, par son alliance avec le roi de Tlemcen et l’éloignement du roi de Marrakesh , entra dans les états de Castille , et ravagea les environs d’Ecija et de Cordoue.

Alfonse vint en personne à sa rencontre ; mais une ophtalmie, dont il fut attaqué, l’obligea de laisser le commandement de son armée à son fils Sanche , qui, ayant donné dans une embuscade près de Hisn-Moclin, au commencement de l’an 679(1280), eut trois mille hommes tués, parmi lesquels on comptait un grand nombre de chevaliers et d’officiers de distinction.

L’année suivante, l’infant voulut prendre sa revanche; mais Mohammed, a la tète de cinquante mille hommes, remporta une seconde victoire , et s’empara du camp des chrétiens.

Don Sanche s’élant révolté contre son père Alfonse X , fit alliance avec le roi de Grenade, et lui livra le fort de Arenas.

Ils eurent une entrevue à Priego, où ils se traitèrent comme s’ils eussent toujours été amis, et concertèrent leur plan de campagne.

Le roi de Castille, alarmé de cette alliance, et abandonné par tous les potentats de l’Europe, eut recours au roi de Marrakesh contre son fils rebelle.

Yacoub se rendit à Algéziras, à la fin de rabi 1″. 681 (juillet 1282 ), et continua sa marche jusqu’à Sakhret-ibad , suivant Dombay , ou à Zahra , suivant Cardonne.

Alfonse vint l’y trouver et lui offrit sa couronne en gage, pour prix des secours qu’il lui demandait.

Le monarque africain té moigna les plus grands égards au roi de Castille, lui donna cent mille dinars, et se joignit à lui pour aller assiéger don Sanche qui s’était fortifié dans Cordoue; mais au bout d’un mois, ils levèrent le siège à l’approche du roi de Grenade, ravagèrent les environs d’Andujar et de Jaen , furent bat tus près d’Ubeda, et retournèrent, l’un à Séville, l’autre à Algéziras.

Au commencement de moharrem 682 (avril 1283), Yacoub se rendit à Malaga, et prit Cartama, Schil et quelques autres châteaux qui appartenaient au roi de Grenade.

Celui-ci eut recours à la médiation de Yousouf , fils du roi de Marrakesh ; le jeune prince vint de Mauritanie, réussit à apaiser les différends qui existaient entre les deux souverains, et dé termina son père à ne traiter en ennemis que les chrétiens.

Patio de la grande  mosquée Nasride  de Grenade 14e siècle  (de nos jours église des Salvador) Espagne
Patio de la grande mosquée Nasride de Grenade 14e siècle (de nos jours église des Salvador) Espagne

Yacoub détruisit tous les lieux aux environs de Cordoue , remporta une victoire sur l’infant don Sanche , laissa son butin et son gros bagage à Baeça, se dirigea sur Tolède , ravagea tout le pays jusqu’à une journée de celte ville, et, après avoir tué plusieurs milliers de chrétiens, il revint à Algéziras avec une foule de prisonniers et une grande quan tile de riches dépouilles.

Comme ce monarque avait ménagé le sultan Nasride de Grenade, allié de Sanche, et qu’il avait enpéché que les terres des musulmans fussent dévastées par les croisés Castillans du parti d’Alfonse le maudit, qui servaient dans son armée, ceux-ci, soupçonnant quelque trahison, abandonnèrent son camp et retournèrent à Séville, où ils inspirèrent à leur souverain la défiance qu’ils avaient conçue sur les intelligences qu’ils supposaient entre les rois de Grenade et de Marrakesh.

Alfonse les crut et écrivit à ce dernier, pour se plaindre du refroidissement de son amitié.

Yacoub le rassura, et lui donna de nouveau sa parole de le faire triompher de tous ses ennemis.

Alfonse X étant mort en  avril 1284, peu de temps après le retour du roi de Marrakesh en Mauritanie, et le rebelle Sanche lui ayant succédé, Mohammed envoya complimenter le nouveau roi de Castille et confirma son alliance avec lui.

Yacoub, quoique touché de la mort d’Alfonse, offrit à Sanche la continuation de l’amitié qu’il avait eue pour son père.

Offensé de la réponse hautaine et grossière du roi de Castille, il reparut en Espagne, en safar 684- (avril 1285), et assiégea Xerez, tandis que le reste de ses troupes portait la désolation dans les territoires de Séville, de Carmone, d’Ecija et de Jaen ; mais l’approche de l’hiver, suivant Dombay , ou celle de l’armée de Castille et de Grenade, suivant Conde, le décida à lever le siège de Xerez et à retourner à Algéziras.

Il y reçut des ambassadeurs du rot de Castille auquel il accorda la paix .

Sanche , pour plaire à son nouvel allié, rompit toutes liaisons avec Mohammed, dont il congédia l’ambassadeur, en lui faisant entendre qu’il y était forcé par la nécessité.

Territoire du sultanat Arabe Nasride de Grenade  1238 – 1492
Territoire du sultanat Nasride de Grenade 1238 – 1492

De retour à Algéziras, Yacoub y appela le roi de Grenade, ainsi que les wallis de Malaga, de Guadix et de Comares, et les invita à la concorde , afin de résister plus facilement aux ennemis de l’islam.

Il exhorta Mohammed à se montrer le protecteur des musulmans, et à ne pas trop compter sur l’alliance et les secours des princes chrétiens, dont la poli tique était toujours subordonnée à l’intérêt et aux circonstances.

Il engagea les walis , trop faibles pour se maintenir dans leurs possessions , à se soumettre à lui ou au roi de Grenade.

Celui-ci appuya les raisons du monarque africain ; mais les autres , ayant paru peu disposés à reconnaître un suzerain , on se sépara sans rien terminer.

Cependant les walis traitèrent secrètement avec Yacoub, et l’un d’eux, Abou-Abdallah Mohammed ben-Eschkilola , lui céda Malaga  en échange de terres considérables en Mauritanie le monarque prit possession de cette ville, le 25 ramadhan 684; (24- novembre 1285), y passa les derniers mois de l’année et y mit pour gouverneur Omar ben-Mohly Al-Batouy, suivant Conde, ou Omar ben-Aly , suivant Dombay.

Le traité secret des walis avec le roi de Marrakesh et la perle Malaga , affectèrent sensiblement le roi de Grenade ; mais il dissimula son mécontentement, et s’attacha à mé nager l’amitié du roi Sanche, en attendant des circonstances plus favorables.

Yacoub mourut au commencement de Tannée 685 (1286).

Son fils, Yousouf III , lui ayant succédé sur le trône de Marrakesh, vint en Espagne et eut une entrevue , à Marbella , avec Mohammed-

Les deux princes s’y promirent, l’un, de ne plus soutenir les walis de Guadix et de Comares ; l’autre, de n’employer que les voies de la douceur pour les soumettre.

Malgré ces apparences d’amitié , tandis que le roi de Marrakech était occupé en Afrique par des révoltes et une guerre contre le roi de Tlemsen, Mohammed ayant gagné par ses présents le gouverneur de Malaga, Omar Al-Batouy, re couvra cette place importante , et céda à Omar en propriété, mais à titre d’hommage , la forteresse de Schaloubina.

Yousouf revint bientôt en Andalousie pour se venger du roi de Grenade , et pour punir la félonie d’Al-Batouy.

A peine débarqué à Algéziras , il assiégea la ville de Bejar ; niais l’approche d’une armée nombreuse envoyée contre lui par les rois de Grenade et de Castille , et le bruit que ces princes cherchaient à lui couper la retraite par mer en Afrique, l’obligèrent à retourner à Algéziras, d’où il passa secrètement à Tanger.

Il ordonna des levées considérables en Mauritanie, et il se disposait à revenir en Espagne, avec une armée formidable , lorsque les vaisseaux qui devaient la transporter furent brûlés, l’an 691 (1292), sur la côte de Tanger, par la flotte chrétienne , en présence des troupes musulmanes qui né purent s’y opposer.

Sanche, profitant de l’éloignement du roi de Marrakech, vint assiéger Tarifa , qu’il prit d’assaut, à la fin de chawal (octobre), et dont il donna le commandement à don Alfonse Perez de Guzman.

Ensemble de Palacios Nazari dans "Madinat al-Hamra"
Vue d’ensemble des palais Nasride , « Madinat al-Hamra »

 

Peu de temps après, l’infant don Juan, s étant révolté contre son frère le roi de Castille , alla chercher un asile à la cour de Marrakesh.

Il promit à Yousouf de reprendre Tarifa ; et, en ayant obtenu cinq cents cavaliers, il traversa le détroit, et alla mettre le siège devant cette place, secondé par la garnison d’ Algéziras.

La résistance qu’il éprouva , lui faisant craindre de s’être trop engagé avec le roi de Marrakesh, il eut recours à un moyen odieux qui a déshonoré sa mémoire.

Il  fit conduire, enchaîné , au pied des remparts, un jeune fils d’Alfonse de Guzman, avec menaces d’égorger cet enfant, si son père refusait de rendre la place.

Le gouverneur n’ayant répondu qu’en jetant son épée du haut des murailles , son fils fut à l’instant massacré ; mais la vue de sa tête, qui fut lancée dans la ville avec une catapulte, ne put abattre le courage de ce malheureux père, et les Maures furent forcés de lever le siège.

Le roi de Grenade avait fourni l’argent et les vivres pour l’expédition de Tarifa; et celte place, que le roi de Marrakesh  lui avait enlevée autrefois, devait lui être’ remise, d’après son traité avec le roi de Castillc. 11 en réclama la restitution.

Cette demande le brouilla avec Sanche, qui voulut garder sa conquête. Mohammed recommença ses in cursions sur les terres des chrétiens , et ravagea le royaume de Murcie.

De son côté, Sanche prit Quésada , emporta Alcaudète d’assaut, épouvanta les musulmans parles cruautés qu’il commit dans cette ville, et s’empara de plusieurs autres places.

Mais sa mort, arrivée l’an 694 (1295), rétablit les affaires de Mohammed, et le mit en état de réparer les pertes qu’il avait éprouvées, depuis le commencement d’un règne jusqu’alors sans éclat. Pendant une guerre de trois ans, il ne cessa de faire du mal aux chrétiens.

L’an 697 (1298) , il recouvra Quésada , reprit d’assaut Alcaudète, et les repeupla de musulmans.

Il se remit en possession d’Algéziras que lui vendit le roi de Marrakesh ; et celui-ci, dégoûté de ses entre prises en Andalousie, par une seconde tentative infructueuse contre Tarifa, ne s’occupa que des affaires d’Afrique, et renonça à ses acquisitions en Espagne .

Le roi de Grenade réussit alors à soumettre les walis de Guadix et de Comares, dont la révolte avait duré trente-six ans.

Ce prince, profilant des troubles qui déchiraient la Castille, pendant la minorité de Ferdinand IV, et informé que l’argent y était très-rare, offrit vingt mille dinars d’or à l’infant don Henri, avec quelques châteaux sur la frontière, pour qu’il lui rendît Tarifa.

Mais les ministres du jeune roi s’opposèrent à cet éehange, et le brave Perez de Guzman refusa de livrer la place. Le roi de Grenade vainquit ce guerrier près d’Ardjouna en 699 ( 1299 ) , et ne laissa pas d échouer devant Tarifa.

Il ne réussit pas mieux contre Jaen ; mais il brûla les faubourgs de Barra, ravagea toute cette partie de l’Andalousie , et s’empara de Bedmar. Mohammed II mourut au milieu de ces triomphes , le 8 chaban 701 ( 8 avril 1302), âgé de soixante-huit ans, après en avoir régné trente.

Prince habile, brave et prudent , il sut tour à tour employer les ressources des armes et de la politique, pour consolider le royaume que son père avait fondé.

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Détal de la fresque du palais Nasride de la Salle des Rois à l’Alhambra représentant les 10 premiers Sultans Nasrides

3«. Abou-Abdau.ah MOHAMMED III

. An de 1 hég. 701 (de J.-C. 1302).

Mohammed III succéda à son père Mohammed II , oui l’avait, de son vivant, associé au trône.

Son parent Abou’l- Hedjadj ibn-Naser, gouverneur de Guadix, fut le seul nui refusa de venir lui prêter serment de fidélité.

Mohammed, dès le premier mois de son règne , signa une trêve avec Jayme II , roi d’Aragon , et déclara la guerre à la Castille.

Il débuta par prendre d’assaut la ville d’Àlmandhar : parmi les choses précieuses et les captifs qu’il y trouva, était une fille d’une merveilleuse beauté, qui fut amenée à Grenade dans un char magnifique.

Sur le bruit de ses charmes, le souverain de Maroc la fît demander au roi de Grenade, qui, voulant se concilier l’amitié de ce puissant voisin , lui envoya la belle esclave, quoiqu’il en fût lui-même devenu amoureux.

L’an 703  ( 1303), Mohammed marcha contre son cousin Abou’l-Hedjadj , wali de Guadix (Wadi Ash), qui s’était révolté, le vainquit et le força d’aller se renfermer avec peu de monde dans cette ville.

La même année , il conclut une trêve aver le roi de Castille , sans pouvoir obtenir qu’on lui vendît ou qu’on lui échangeât la forteresse de Tarifa.

Informé des troubles qui régnaient en Mauritanie, pendant que le roi de Marrakesh faisait la guerre au roi de Tlemcen , il envoya son beau-frère Faradj , wali de Malaga , pour assiéger Ceuta par terre et par mer.

Cette ville se rendit le 29 chawal 705 ( 14 mai 13o6 ), après la fuite du gouverneur.

Faradj s’empara de quelques autres places, et retourna en Espagne avec un butin prodigieux.

Mohammed employa ces richesses à l’embellissement de Grenade.

Il y fit construire de nouveaux bains publics et une superbe mosquée , qui devint la principale de celte ville , et à laquelle il assigna de gros revenus.

Soleiman ben-Reby, gouverneur d’Almria , avait des intelligences secrètes avec le roi d’Aragon , et se préparait à la révolte. Mohammed ne lui en laissa pas le loisir et l’attaqua si brusquement , que Soléiman eut à peine le temps de se sauver.

Il se retira auprès du roi d’Aragon et l’excita à faire la guerre aux musulmans. I.e roi de Castille, d’accord avec ce dernier, envahit les frontières de Grenade.

Mohammed réclame en vain contre l’injuste violation des traités.

Le Castillan répondavec hauteur et va mettre le siège devant Algéziras, en safar 708 (juillet 13o8).

Dans le même temps, les Aragonais assiègent Âlméria par terre et par mer.

Murs de al-Casba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra .
Les murs d’al-Qasba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra . Grenade

 

Mohammed marcha au secours d’Algéziras ; mais les pluies contrarièrent ses opérations. Ferdinand IV convertit le siège en blocus, et envoya une partie de ses troupes contre Gi braltar, qui n’était pas alors dans la même position qu’elle occupe aujourd’hui. Cette place, mal gardée , ne tarda pas à capituler.

Les habitants en sortirent avec leurs biens, et plus de quinze cents passèrent en Afrique.

Cependant , Algéziras, quoique mieux défendue, aurait été forcée de se rendre, si le roi de Grenade , ayant à la fois sur les bras deux puis sants ennemis , tandis que des factions se formaient contre lui au sein de sa capitale , n’eût pris le parti de faire la paix avec le roi de Castille, à la fin de chaban 708 (février 1309).

Il obtint la levée du siège d’Algéziras, en payant à ce prince cinquante mille pièces d’or, et en lui cédant les places de Quadros , Chanquin, Quésada et Bedmar. Mohammed était doué de tous les avantages du corps et de l’esprit.

Il protégeait les savants , les gens de lettres , les admettait à sa table, proposait aux poètes des sujets de compositions, et figurait lui-même dans les concours.

Ses occupations littéraires et plus encore les soins continuels qu’il donnait aux affaires du gouvernement, lui ayant fait contracter l’habitude de travailler bien avant dans la nuit, avec ses ministres qui se relevaient successivement , il lui survint une maladie incurable qui altéra sa santé et particulièrement sa vue.

Cette infirmité, à laquelle il dut le sunom d’al-Ama (l aveugle), ou Al-Amasch (le chassieux), l’avait mis dans le cas d’accorder une confiance illimitée à son vézir, Abou- Abdallah Mohammed ben-Hakem; les émirs et les principaux cheikhs en furent jaloux.

Ils indis posèrent sourdement le peuple contre le roi , et lui suggérèrent le désir d être gouverné par un souverain plus clair voyant.

Enfin le dernier traité, entre Mohammed III et Ferdinand IV, fut le prétexte d’une sédition qui éclata avec fureur le 14. chawal 708 ( 1 4 mars 1309).

Dès le matin de ce jour solennel , une partie de la populace entoura l’ Alcaçar (al-Qasr), en se contentant de crier vive le roi Naser ! c’était le nom du chef de cette révolution , second frère de Mohammed.

En même temps la soldatesque enfonce les portes de la maison du vézir , brise ses meubles, brûle ses livres, et le poursuit jusqu’au palais.

Alors les mutins forcent la faible garde qui en défendait l’entrée , et sans respect pour la demeure royale , ils la livrent au pillage , égorgent le ministre aux pieds de son maître , et intiment à celui-ci la volonté du peuple qui exige son ab dication ou sa tête.

Mohammed , seul contre tant d’ennemis, se démet authentiquement, la nuit suivante, du trône qu’il avait occupé sept ans et deux mois.

Son frère ne daigna pas le voir, et le fit conduire au château d’Almunecâb, où il sur vécut cinq ans à sa disgrâce.

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Mohammed IV (assassiné) 1325-1333 Yûsuf Ier (assassiné) 1333-1354 Mohammed V al-Ghanî (démis) 1354-1359 Ismâ`îl II (assassiné) 1359-1360 Mohammed VI al-‘Ahmar 1360-1362

4e. Abou’l Djoïousch AL-NASER

. An de l’hég. 708 (de J.-C. 1309). Naser parcourut les rues de Grenade à cheval, et reçut léseraient de fidélité au milieu des acclamations de la joie publique.

La beauté de ses traits , la richesse de sa taille, le luxe recherché de ses vêlements , séduisaient le peuple qu’avaient rebuté la vie retirée et les infirmités de Mohammed.

Naser joignait d’ailleurs à ces avantages extérieurs, des qualités qui distinguent les grands princes ; affable , doux , juste et libéral , il aimait la vertu, et ceux qui la pratiquaient.

Il avait fait de si grands progrès dans l’astronomie et la gnomonique, sous Abou-Abdallah ibn Al-Rakam , le plus grand mathématicien de son temps , qu’il dressa lui-même des tables astronomiques fort exactes, et qu’il construisit une horloge avec une grande précision.

Mais ces talents , ces connaissances ne suffisaient pas à un souverain , dans des circonstances difficiles.

Sa révolte contre son frère avait brisé tous les liens de l’état, et fut la source des malheurs de son règne.

Le roi de Castille rompit la trêve qu’il avait conclue avec le monarque détrôné , envahit les frontières de Grenade et s’empara de la forteresse de Tempoul.

La ville de Ceuta qui , depuis plus de trois ans, supportait à regret la domination des Musulmans d’Espagne , ouvrit ses portes le 10 safar 709 (20 juillet 1309) aux troupes du roi de Marrakesh, Abou-Rebia Soléiman : ce prince, le mois suivant, dicta la paix au roi de Grenade , qu’il obligea de lui céder Algéziras et Ronda , et de lui donner sa fille en mariage.

Naser, n’ayant pu obtenir de Ferdinand une nouvelle trêve, ne laissa pas de marcher au secours d’Alméria.

Le roi d’Aragon vint à sa rencontre ; et , à la suite d’une sanglante bataille qui eut lieu, vers la fin de chaban 709 (fin de janvier 1310), les chrétiens levèrent le siège de cette ville, qui était à la veille de se rendre.

Après calte victoire , Naser retourna triomphant à Grenade.

Abou’l Walid Ismael, fils d’une sœur du roi Nasride de Grenade, et d’Abou-Saïd Faradj , wali de Malaga, s’étant fait des partisans, affectait l’indépendance.

Naser ordonna d’arrêter son neveu; mais l’ordre fut éventé , et le jeune ambitieux s’enfuit de Grenade.

Son père, au lieu de le punir, encouragea ses projets et fit une réponse menaçante à Naser, auquel il reprocha sa conduite envers son frère Mohammed.

A la fin de djoumadi II ». 710 (novembre 1310), Naser fut frappé d’apoplexie et passa pour mort.

Les amis de Mohammed s empressèrent d’aller le cherchera Almunecab, le mirent malgré lui dans une litière , et l’amenèrent à Grenade, dans les premiers jours de redjeb.

Mais ils virent avec surprise toute la ville en fêtes , pour le rétablissement inespéré du roi.

Mohammed allégua pour motif de sa visite, la part qu’il avait prise à la maladie de son frère.

Naser parut satisfait de sa démarche, mais il le fit reconduire à Almunecâb avec ceux qui s’étaient déclarés pour lui. Sur ces entrefaites, Ferdinand IV, roi de Castille, après avoir ravagé les frontières de Grenade, avait pris Alcaudète par capitulation.

Mohammed, qu’on soupçonnait d’avoir provoqué l’invasion de ce prince, lui écrivit pour le prier, au nom de leur ancienne amitié, de ne plus faire la guerre à Naser, son frère, mais au wali de Malaga, ennemi du roi de Grenade.

Ferdinand se préparait à marcher contre Malaga , lorsqu’il mourut subitement à Alcaudète, en septembre 1312.

On le porta à Jaen , où sa mort fut publiée trois jours après.

L’infant don Pèdre , son frère, accorda facilement la paix au roi de Grenade.

Naser n’en fut pas mieux affermi sur le trône.

L’ambition et les intrigues de son vézir, Mohammed ibn-Ali al-Hadji, bouleversèrent l’état , et causèrent la perle de son maître.

Ce ministre, voulant être seul à la tête des affaires , éloignait les grands de la personne du roi , et se défaisait de ceux qu’il voyait dans la faveur de ce prince.

Une puissante faction se forma contre lui; elle était soutenue parie wali de Malaga, dont le fils aspirait ouvertement au trône.

Ses agents arrivent à Grenade et y soufflent le feu de la sédition.

Le peuple s’attroupe, le 25 ramhadhan 712 (24 janvier 1313), et demande à grands cris la tête du vezir.

Carga arabe - Marcelino De Unceta Y Lopez
« Carga arabe » (Charge-arabe) – Marcelino De Unceta Y Lopez

 

Le roi , séduit par l’éloquence de ce ministre, ou satisfait de ses services, rassure de sa protection, sort pour haranguer les mu tins, et leur promet que Mohammed ne les chagrinera plus.

L’émeute se calme; mais Naser se borne à destituer le vezir, et irrite les mécontents qu’il punit partiellement à cause de ce favori.

Les principaux se retirent à Malaga et excitent Ismael à détrôner son oncle.

Le jeune wali rassemble des troupes nombreuses , et arrive devant Grenade le 28 chawal 713 (15 février 1314).

La plupart de ses partisans sortent en foule de la ville et viennent se joindre à lui : les autres prodiguent l’argent et les promesses pour exciter une révolte.

Les habitants se divisent en factions qui se pillent et s’égorgent réciproquement.

Le lendemain , les portes de la ville, du côté du faubourg Albaycin , sont ouvertes aux troupes d’Ismael.

Elles entrent sans résistance, et s’em parent, le même jour, de l’ancienne citadelle et de l’Al-Qaçar.

Naser, assiégé dans l’Alhamra, réclama les secours de l’infant don Pèdre, qui était à Cordoue.

Le prince croisé se mit aussitôt en marche avec ses troupes; mais, avant son arrivée , le roi de Grenade , pressé par les rebelles et par les sollicitations de ses amis, rendit la place et abdiqua te trône, à condition que lui et ses partisans auraient la vie sauve, et qu’on lui céderait Guadix et son territoire.

Le vainqueur, satisfait du succès de son entreprise, se montra généreux.

Naser partit pour Guadix le 3 dzoulkadah 713 (19 février 1314)

Victime d’une révolution semblable à celle qu’il avait suscitée contre son frère, et désabusé de la vanité des grandeurs humaines, il vécut content dans sa retraite , au sein d’une douce philosophie , rejetant tous les conseils qu’on lui donna pour recouvrer le trône qu’il avait occupé cinq ans et un mois.

La mort de Mohammed III avait précédé de peu de temps la catastrophe de son frère.

Il finit ses jours le 3 chawal 713 (24 janvier 1314) , à l’âge de cinquante-huit ans, soit naturellement , soit pour être tombé dans un lac par accident, suivant les uns, ou, suivant d’autres, par ordre de Naser.

Celui-ci mourut le 6 dzoulkàdah 722 (16 novembre 1322), âgé de trente-six ans.

Son corps, ainsi que celui de son frère, fut porté à Grenade.

Ils furent inhumés honorable ment auprès de leurs ancêtres, et l’on grava une longue épitaphe sur leurs tombeaux.

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Mohammed Ier al-‘Ahmar al-Ghâlib bi-llâh 1238-1273 Mohammed II al-Faqîh (empoisonné ?) 1273-1302 Mohammed III al-Makhlû` (démis) 1302-1309 Abû al-Juyûch Nasr (démis) 1309-1314 Abû al-Walîd Ismâ`îl Ier (assassiné) 1314-1325

5e. Abou’l Walid ISMAEL 1« .

An de l’hég. 713 (de J.-C. 1314 )• Ismaël fut proclamé roi, le jour même où Naser son oncle maternel sortit de Grenade.

Outre ce degré de parenté, ce prince appartenait à la famille des Nasrides; il paraît même qu’il était le plus roche héritier du trône, en ligne collatérale, depuis que Faradj , frère des deux derniers rois , et. incarcéré par ordre de l’un d’eux , avait sans doute terminé sa carrière dans les fers.

Ismaël, zélé défenseur des préceptes du Coran , corrigea les abus au moyen desquels on éludait la prohibition du vin: il obligea les juifs de porter, sur leurs habits, une marque qui servît à les distinguer des musulmans , et les assujettit à un impôt sur les maisons et sur les  bains.

Cependant , malgré sa dévotion , il était ennemi des subtilités théologiques des fakihs et des oulémas.

Un jour qu’ils disputaient devant lui sur les fondements et la vérité de l’islam , il se leva en s’écriant . « Je ne connais d’autres principes qu’une ferme » et sincère croyance au Dieu tout-puissant; et voici mes » arguments, » ajouta-t-il, en saisissant son épée.

L’infant don Pèdre , qui venait au secours de Naser, ayant appris en chemin la révolution qui avait privé celui-ci du trône, suspendit sa marche sur Grenade ; mais, ne voulant pas avoir fait une expédition inutile , il assiégea et prit d’assaut la forteresse de Rute, et retourna à Cordoue.

Ismaël, -informé qu’un corps de cavalerie escortait un convoi de vivres, envoyé par le roi de Castille à son allié le roi Naser à Guadix , voulut le surprendre ; mais ses troupes furent repoussées avec perte de quinze cents hommes, au commencement de l’année 716 (1316). près de la rivière Fortuna.

Les chrétiens prirent d’assaut les villes de Cambil et d’Alhawar, et dévastèrent toute cette frontière.

Ismaël marcha contre eux; mais ils se retirèrent à son approche.

Le roi de Gre nade , afin de ne pas perdre le fruit de cette campagne , alla mettre le siège devant Gibraltar, que le roi de Maroc venait d’enlever aux chrétiens , la même année , suivant Dombay , après avoir vaincu et tué leur amiral.

Le but d’Ismaël était d’ôter au roi de Marrakesh la facilité de passer d’Afrique en Espagne ; mais les secours que la place reçut par terre et par mer, forcèrent les troupes de Grenade de décamper, sans oser risquer une bataille.

Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l'ancienne ville d'Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.
Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l’ancienne ville d’Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.

Cependant l’infant don Pèdre, après avoir ravagé tout le pays entre Jaen et les montagnes, avait pénétré jusqu’à Hisn-Alhas et à Pina, dans les environs de Grenade , lorsque l’arrivée d’Ismaël l’obligea de retourner à Ubeda , et lui fit perdre dans cette retraite une partie de son butin et de ses prisonniers.

Il rentra bientôt dans les états de Grenade , et prit Velmez d’assaut, et Tiscar par capitulation.

Ces pertes n’abattirent point le courage d Ismaël, et la fortune ne tarda pas à l’en dédommager.

L’infant don Juan , seigneur de Biscaye, jaloux de partager la gloire de son neveu don Pèdre , se joignit à lui.

Ces deux princes, ayant saccagé les plaines depuis Alcabdal (Alcaudète), jusqu’à Alcala la Real , assiégèrent Illora, dont ils brûlèrent un faubourg, marchèrent sur Pinos, et parurent le jour de la Saint-Jean, 1319, à la vue de Grenade.

Ismael harangua ses capitaines ; toute la jeunesse de la capitale s’arma pour défendre son roi , qui donna le commandement de ses troupes à un Persan nommé Mahradjan al-Farisi, et se mit lui-même à la tête d’un corps de réserve.

Les chrétiens, attaqués avec fureur, ne purent résister au » nombre, et battirent en retraite ; mais, le désordre s’étant mis dans leurs rangs , ils furent enveloppés , et les deux infants tombèrent morts dans le plus fort de la mêlée.

Leurs troupes, poursuivies par les musulmans, jusqu’à la nuit qui favorisa leur fuite, laissèrent le » champ de bataille couvert de cadavres , que le roi de Grenade fit enterrer, de peur que l’air ne fût infecté par leur putréfaction.

Il renvoya à Cordoue le corps de don Juan qui fut reconnu par les captifs.

Cette bataille, que les historiens espagnols ont nommée la journée des infants, arriva le 26 juin 1319. Conde, en la rapportant à la fin de l’année 718 , qui correspond aux mois de janvier ou février 1319, s est trompé d’autant plus évidemment, que l’époque qu’il assigne à l’arrivée des infants devant Grenade , et les précautions d’Ismaël après sa victoire , confirment la tradition qui attribue principalement à l’extrême chaleur, la défaite et la mort des deux princes castillans.

Le roi de Grenade recouvra par cette victoire toutes les places qu’il avait perdues : il accorda une trêve de trois ans au roi de Castille, et en profita pour envahir les frontières de Murcie, où il s’empara de Huescar, Ores et Galcra, qui appartenaient probablement au roi d’Aragon.

La trêve expirée , lsmaèl , informé des troubles qui régnaient en Castille, alla camper devant Raeça, en redjeb 724 ( juillet 1324)- il attaqua cette ville jour et nuit , se servant de machines ingénieuses, qui lançaient avec grand bruit des globes de feu semblables à la foudre, et dont les ravages sur les murs et les tours de la place l’obligèrent de se rendre, le 24 de ce mois ( 17 juillet).

L’année suivante, il réduisit, par les mêmes moyens, la ville de Marlos qu’il prit d’assaut.

Le carnage y fut si horrible, que les vainqueurs firent la prière du soir et du lendemain sur le tapis de sang qui couvrait toutes les rues.

Il revint triomphant à Grenade, chargé de dépouilles et suivi d’une multitude de femmes et d’enfants captifs.

Dans ce nombre se trouvait une fille de la plus rare beauté, que Mohammed ibn-lsmaël, fils du wali d’Algéziras, et cousin- germain du roi , avait arrachée des mains des soldats , au péril de sa propre vie Ismaël, l’ayant vue, en devint amoureux, la fit enlever et conduire dans son harem.

Al-Bab Fajj al-Lawza donnae  accès au sommet de l' Albaicin de Grenade
La porte Al-Bab Fajj al-Lawza donnee accès au sommet de l’ Albaicin de Grenade

Sensible à cet outrage, Mohammed s’en plaignit avec véhémence: mais le roi lui ordonna de se taire et le chassa dure ment de sa présence.

Mohammed, la rage dans le cœur, fit partager ses projets de vengeance à ses parents et à ses amis , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Deux jours après le retour d Ismaël à Grenade, les conjurés allèrent l’attendre à la porte de l’Alhamra, sous prétexte de vouloir lui parler à son passage; et, lorsqu’ils le virent sortir , Mohammed et son frère, s’étant approchés de lui , comme pour le saluer, le frappèrent de plusieurs coups de poignard, tandis que les autres conjurés mirent à mort le premier vezir qui avait essayé de défendre son maître.

Ce .crime fut commis avec tant de promptitude , que les assassins eurent le temps d’échapper à la vigilante activité du second vezir, qui fit trancher la tête à leurs amis.Ismaël fut porté dans les appartements de la sultane mère, où il expira le même jour, 26 redjeb 725 (8 juillet 1325), a l’âge de quarante-huit ans, après avoir régné onze ans et neuf mois.

Il fut enterré le lendemain , auprès de ses ancêtres, et on lui érigea un tombeau de marbre, sur lequel on grava son épitaphe.

Ce prince laissait quatre fils en bas âge , Mohammed , Faradj , Abou’l Hedjadj et Ismaël.

Le vezir, par son adresse, sa fermeté, et avec le secours de ses amis, sut déjouer les projets du capitaine des gardes, Osman, partisan secret des conspirateurs, et assura le trône à Mohammed, en le faisant reconnaître roi, avant de publier la mort de sou père.

Arbalète nasride,15eme siècle
Arbalète nasride,15eme siècle

6e. Abou-Abdai.i.au MOHAMMED IV.

An de l’hég. 725 (de J.-C. 1325). Mohammed n’avait pas onze ans, lorsqu’il fut proclamé roi de Grenade.

Son vizir, Aboul Hassan Ali al-Moharaby, et le commandant de la garde Jinete nord-africaine, Abou-Said Othmaun , habile et vaillant capitaine, de la race des Mérinides qui régnait à Fez et à Marrakesh, furent chargés du gouvernement pendant sa minorité; mais, le vezir étant mort cinq semaines après, son successeur, Mohammed al-Mahrouk, crut pouvoir profiler de la jeunesse du roi, pour opprimer ses égaux , abattre la principale noblesse, obscurcir le mérite et éloigner de la cour jusqu’aux frères de ce prince.

L’un d’eux , Faradj, fut exilé à Alméria, où il finit ses jours dans les fers. Ismaël fut banni et demeura en Afrique pendant tout le régne de son frère.

L’an 726 ( 1326), Othman fit une invasion sur les terres de Castille, et enleva aux chrétiens la forteresse de Rute.

Carte du croisé  Pietro Vesconte en 1325 de l'Afrique du Nord et de l'Andalousie avec leurs bannières
Carte du croisé Pietro Vesconte en 1325 de l’Afrique du Nord et de l’Andalousie avec leurs bannières

Peu de temps après , ce général , ayant reçu quelque offense du vezir, quitta le service de Mohammed qui n’avait pas eu égard à ses plaintes, et partit de Grenade pour passer en Afrique. Cependant l’orgueil et l’ambition du ministre ex citèrent un mécontentement général.

Le roi, sans qu’on lui eût porté de nouvelles plaintes, déposa le vezir, le fit charger de fers , et le remplaça par Mohammed ibn- Yahia al-Kidjati , homme généralement estimé.

Cet acte de vigueur intimida les courtisans, et fil bien augurer de la fermeté, du courage et de la justice du jeune monarque.

Au commencement de l’année 727 (fin de 1326), Othman revint d’Afrique, excita un soulèvement dans le district d’Andujar, et y fit proclamer roi, l’oncle paternel de Mohammed IV, nommé Mohammed^ ibn-Faradj , qu’il disait avoir ramené de Tlemcen.

Le roi de Grenade marcha sans délai contre ces rebelles et les combattit avec des avantages réciproques ; mais, Othman ayant sollicité le secours des chrétiens, Alfonse XI , roi de Castille , saisit cette occasion de faire des incursions sur les terres des musulmans, auxquels il enleva les villes de Vera , Olbera , Pruna et Ayamonte.

Mohammed livra ba taille aux Castillans , dans les environs de Cordoue , sur les bords du Guadalorza; mais il fut vaincu par leur général , don Manuel , seigneur d’AI-Hojra.

De retour à Grenade, le 2 moharrem 729 (6 novembre 1328), il fit- décapiter, le même jour, l’ancien vezir Al-Mahrouk , principale cause de cette guerre funeste.

Sur le bruit de la prochaine arrivée des Africains, Mohammed envoya son vezir Al-Kidjati, pour recommander à son oncle, wali d’Algéziras , de défendre cette place contre leurs attaques.

Mais quelques jours après , le 17 redjeb 729 ( 17 mai 1329), ce ministre périt dans une bataille gagnée par les Africains, qui prirent Algéziras , ainsi que Ronda et Marbella. Ces nouvelles répandirent l’alarme dans Grenade.

Le roi , avant de se mettre en campagne , rromma pour premier vezir et hadjeb , Abou’l Naïm lledhwan , habile et vaillant capitaine qui jouissait de la confiance universelle. Mohammed, à la tête d’une brillante armée, entra dans les états de Castille et s’empara de Cabra et de Pripgo.

Il battit ensuite les chrétiens et emporta la forteresse de Jaen, au grand étonnement de ses généraux qui avaient jugé l’entreprise téméraire.

Il détruisit les murs de Casares, et serait entré dans cette place, s’il n’avait ras diffère l’assaut jus qu’au lendemain ; mais, sur l’avis de ses coureurs , il leva le siège, alla livrer bataille aux Castillans, les vainquit et les poursuivit l’espace de plusieurs milles.

Au lieu de retourner devant Casares, il vint assiéger Gibraltar, qu’il savait n’être défendu que par une faible garnison ; et , malgré les ma chines et la résistance des chrétiens, il l’emporta d’assaut.

Il reprit ensuite Ronda , Marbella et Algcziras , que les Afri cains , aidés par les rebelles, lui avaient enlevées pendant sa minorité.

Peu de temps après , les chrétiens vinrent assiéger Gibraltar par terre et par mer.

Ils s’éloignèrent , à l’approche de Mohammed, et allèrent attaquer Teba de Ardalis, dans les environs d’Ossuna.

Le roi de Grenade marcha contre eux et vint camper à Turon , près de Teba.

La forteresse de Pruna lui ayant été livrée par le gouverneur, il envoya trois mille cavaliers, qui pénétrèrent dans le camp des chrétiens, y firent un grand carnage, et se retirèrent ensuite pour les attirer dans une vallée à une lieue de là , où trois mille autres cavaliers étaient en embuscade; mais les Castillans attendirent prudemment les renforts que leur envoya leur souverain, s’avancèrent alors en bon ordre, as saillirent les musulmans dans leur propre camp, les mirent en déroute et revinrent devant Teba, dont ils s’emparèrent , ainsi que de Priego, Canete, las Cuevas et Ortejicar.

Sur ces entrefaites, Abou’l Haçan Ali, roi de Marrakesh, traversa le détroit, et se rendit maître de Gibraltar.

Mohammed dissimula cette injure; et , pour ne pas perdre l’amitié d’un prince si puissant et si belliaueux , il fui céda de bonne grâce cette forteresse.

Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l'alhambra  (henry Regnault)
Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l’alhambra (henry Regnault) 
Il envahit ensuite le territoire de Cordoue , assiégea inutilement Castro del Rio, et retourna par Cabra dans sa capitale.
Le roi de Castille , connaissant l’importance de Gibraltar, la fit attaquer par toutes ses forces de terre et de mer.
Malgré la vive résistance de la garnison africaine, il l’aurait réduite par famine, sî le roi de Grenade , informé de l’état de la place , ne fût accouru à son secours , comme allié du roi de Marrakesh.
Arrivé à Algéziras, il tomba sur les chrétiens avec tant de succès, qu’il les contraignit de lever le siège.
Jeune et fier de sa victoire, il plaisanta les capitaines africain*, et leur fit sentir assez malignement que, sans lui, ils seraient morts de faim , ou qu’ils auraient subi la loi des chrétiens. 11 fut cruellement puni de cette imprudente raillerie.
Dans le dessein d’aller visiter en Afrique le roi de Marrakesh , son allié, il avait congédié son armée, et il revenait le lendemain, avec une suite peu nombreuse, pour s’embarquer à Gibraltar, lorsque des assassins, apostés par les capitaines  africains, sur les montagnes escarpées qu’il avait à gravir, aux environs de cette ville, l’attaquèrent dans un étroit défilé , où ses gardes, marchant à la file des uns des autres, ne pouvaient le défendre , et ils le percèrent de leurs lances, le 13 dzoulhadjah 733 ( 24 août 1333) .
File:Puerta de las Armas.JPG
« Bib al-Medina » ou Porte de la Citadelle de Grenade. Nasride.
Muhammad était à peine âgé de dix- neuf ans, et n’avait régné que huit ans et cinq mois. Ses gens ayant redescendu la mon tagne en fuyant, son corps y demeura exposé a’ux outrages des soldats africains qui lui devaient la vie.
Vers le soir , des troupes, envoyées par son frère Yousouf, vinrent recueillir les restes de leur noble et brave souverain , et voulurent venger sa mort ; mais elles trouvèrent les portes de la ville fermées.
On l’enterra dans un jardin , près de Malaga , et son tombeau , décoré d’une épitaphe , fut renfermé dans une chapelle sépulcrale.
Tel fut le sort de Mohammed IV, qui, à la beauté des formes , aux grâces, aux qualités aimables de la jeunesse , joignait les talents, les vertus et la majesté d’un grand roi.
Eloquent, spirituel, il était doué d’une force prodigieuse, et d’une adresse admirable dans tous les exercices du corps.
Personne ne l’égalait dans les joutes, les tournois et les carousels.
Passionné pour les chevaux de race, il les préférait à tous les autres présents.
Sa libéralité était extrême, et il ré compensait avec la même magnificence les savants, les gens de lettres, les guerriers, les hardis écuyers et les hommes habiles dans les arts mécaniques et libéraux.
Il employait les loisirs de la paix à embellir Grenade par des mosquées, des fontaines, des jardins.
Il améliorait la police; et dans les moments qu’il dérobait aux soins du gouvernement, aux plaisirs de la chasse et de l’équitation, il se délassait eu lisant des vers et des histoires galantes et chevaleresques.
Cavalier arabe Nasride 14eme siècle
Cavalier archer arabe Nasride 14eme siècle

7«. Abou’l Hedjadj YOUSOUF I ».

An de l’hég. 733 (de J.-C. 1333 ). Yousouf était campé sur les bords du Guad-al Sefaïn , qui traverse la plaine d’Algéziras, lorsque l’armée qu’il ramenait à Grenade , ayant appris la fin tragique de son frère Mohammed , le proclama roi dans sa tente , le même soir : cette élection fut con firmée par le vezir et par le divan de Grenade. Yousouf con sola ses sujets de la perte de son frère.

Agé de quinze ans , il possédait les mêmes avantages physiques et moraux; mais, comme il cultivait les sciences et la poésie, il était plus porté pour la paix que pour la guerre.

Après les fêtes de son couronnement, il envoya des ambassadeurs à Séville, et conclut avec le roi de Castille une trêve de quatre ans , à des conditions avantageuses.

Alors il s’appliqua à réformer les lois et les ordonnances de ses prédécesseurs, qui s’altéraient chaque jour par les subtilités des docteurs et l’iniquité des juges. Il ordonna des formulaires plus courts et plus simples pour les actes publics ; il rédigea , à cet effet, des traités et des commentaires qu’il fit copier par les oulémas.

Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Il créa de nouvelles distinctions pour récompenser les services des fonctionnaires civils et militaires.

Il fit publier des traités pour le perfectionnement des arts et métiers ainsi que de la tactique.

Le vezir Redhwan, qui avait dirigé les affaires avec beau coup de talent , sous le dernier règne , étant mort , Yousouf lui donna pour successeur, le 3 moharrem 734. (14 septembre 1333), Abou-Ishak ibn Abd al-Bar

Ce choix ayant dé- plu généralement, le roi accueillit comme des preuves de zèle pour son service, les représentations multipliées qui lui furent adressées directement, sur le caractère hautain et vindicatif de ce ministre, et sur les troubles qu’il occa sionnait dans l’état.

Il le déposa quelques jours après et revêtit de sa charge, Abou’l-Naïm, fils de Redjiwan, homme juste et vertueux, mais dur et coléreux.

Sans égard pour le rang, la naissance ou la fortune, et terrible pour tous ceux qui paraissaient devant son tribunal, ce vezir était si sévère et si prompt dans ses jugements, qu’il punissait de mort les fautes les plus légères , et qu’il fit même périr quelques innocents, Yousouf , touché des plaintes qui lui parvinrent contre son ministre, le fit mettre en prison , le 22 redjeb 740 (23 janvier 134o).

Ce prince , se voyant en paix avec tous les rois ses contemporains , embellit ses états de somptueux bâtiments, entre autres d’une grande mosquée a Grenade , et d’un magnifique palais dans les environs de Malaga.

Après l’expiration de la trêve , renouvelée avec les chrétiens, Yousouf envoya des troupes ravager le royaume de Murcie, sous les ordres d’Abou-Tabet Omar ben-Othman, du sang royal des Merinides de Marrakesh et Fès.

Ce général , ayant brûlé la forteresse de Guad-al-Himar , revint à Grenade avec un butin considérable et un grand nombre de captifs.

Omar avait gagné la faveur du roi, par ses qualités aimables , son illustre naissance et l’importance de sa charge.

Il  était l’arbitre et le dispensateur de toutes les grâces; personne, sans sa permission , ne pouvait parler au monarque, et rien ne se faisait dans le palais, que par son ordre.

Cavalier leger  arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade  Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Cependant, peu de jours après le retour* de son favori, Yousouf le fit arrêter, et renfermer dans une rigoureuse prison.

On attribua cette étonnante disgrâce d’Omar, à quelques propos indiscrets sur les galanteries de son maître, ou à quelque rivalité d’amour.

Le roi de Grenade , ayant appris la victoire navale remportée par Abou’l-Haçan Ali, roi de Marrakesh, sur les Castillans, dans le détroit de Gibraltar, la fit célébrer dans ses états, par des illuminations et des réjouissances, et alla , avec une brillante escorte, visiter le monarque à Algéziras.

Les deux rois résolurent d’entreprendre le siège de Tarifa qu’ils commencèrent le 3 rabi ier. 741 (27 août 134o ).

Ils y firent usage de canons qui lançaient des boulets de fer, par le moyen du naphte , et détruisaient les murailles et les tours.

Durant ce siège , le roi de Marrakesh envoya un corps de troupes, qui, après avoir dévasté les territoires de Xerez, Sidonia , Lebrija et Arcos, et revenant chargées de butin, furent attaquées brusquement par les chrétiens , dans les environs de cette dernière ville, et prirent honteusement la fuite , à l’exception de quinze cents hommes qui se firent tailler en pièces, avec leurs deux généraux .

Cet échec fut très sensible aux rois de Marrakesh et de Grenade qui ordonnèrent aussitôt de nouvelles levées dans leurs états.

Les assiégés étaient serrés de près dans Tarifa , par les musulmans qui recevaient des renforts continuels, lorsque le roi de Castille et celui de Portugal, son auxiliaire, s’a vancèrent , pour délivrer cette place , et vinrent camper à tiijarayel (Pena-del-Ciervo), sur les bords du Guad-Acelito (le Rio-Salado).

L’armée des Musulmans s’avança contre eux, et s’arrêta sur l’autre rive.

Comme le jour était trop avancé, il n’y eut que des escarmouches d’avant-postes , et la ba taille fut remise au lendemain, 7 djoumadi 1″. 741 (29 oc tobre 134o ).

Les chrétiens traversèrent la rivière, et furent aussitôt attaqués par les Africains et par les troupes de Grenade.

Étendard Nasride de Grenade
Étendard Nasride de Grenade

On combattit des deux côtés avec autant de valeur que d’acharnement : mais la cavalerie musulmane, divisée en pelotons, finit par être coupée et enveloppée par la grosse cavalerie castillane; en même temps, la garnison de Tarifa, ayant fait une sortie générale, s’empara du camp du roi de Marrakesh, de son harem et de ses trésors.

L’épouvante se répandit alors parmi les Africains, qui s’en fuirent en désordre.

Les Musulmans espagnols résistaient encore avec des forces inégales; mais Yousouf, craignant qu’ils ne fussent cernés par toute l’armée chrétienne, ordonna la relraite; elle se fit en combattant jusqu’.i Algéziras.

Le roi de Maroc se retira sur Gibraltar , d’où il mit à la voile le même jour pour Ceuta. Les musulmans laissèrent la plaine couverte d’armes et de cadavres (2).

Le roi de Grenade, in formé que les chrétiens voulaient lui couper la retraite , embarqua ses troupes et se rendit par mer à Almunecar.

Après cette victoire, le roi de Castille assiégea Calayaseb, que les habitants rendirent et abandonnèrent par capitulation.

Il prit ensuite Priego et Ben-Anejir.

Les armes des Maures ne furent pas plus heureuses, l’année suivante, à l’embouchure du Guad-al-Menzil ; les flottes de Marrakesh et de Grenade, » vaincues par celle de Castille et de Portugal , perdirent plusieurs vaisseaux, et leurs deux amiraux furent tués dans cette action.

La fortune s’était alors déclarée contre les musulmans.

Animé par des succès aussi continuels, Alfonse résolut le siège d’Algéziras, ville importante par sa force et sa beauté, par la fertilité de son sol , et par sa situation qui la rendait une des clefs de l’Espagne.

Tandis qu’une partie de ses troupes continuait de ravager les états de Grenade , il vint camper devant Algéziras, le 3 août 1342, et se retrancha dans son camp.

La garnison fit plusieurs sorties pour inquiéter les travailleurs, et livra un grand nombre de combats.

Les machines et les tours de bois que les chrétiens construisaient , étaient détruites par les Musulmans , au moyen des pierres qu’ils laissaient tomber du haut des remparts, ou des boulets rouges qu’ils lançaient, avec du naphte tonnant (de la poudre a canon).

Abou’l-Haçan, roi de Marrakesh, occupé dans ses états par la révolte d’un de ses fils , n’ayant pu envoyer des troupes au secours d’Algéziras , le roi de Grenade entreprit de délivrer cette place.

Arrivé sur les bords du Gnadiaro, il eut besoin de stimuler le courage de ses capitaines, devenus timides depuis la bataille de Tarifa.

Ils traversèrent avec lui la rivière Palmones qui séparait les deux camps, et surprirent au point du jour les chrétiens, par une attaque subite qui mit le désordre parmi ces derniers.

Mais la cavalerie des Musulmans, renversant tout ce qui lui résistait, échoua devant le retranchement et le rempart de lances que les Castillans lui opposaient.

Les musulmans furent alors obligés ds se retirer.

Les bateaux qui , pendant la nuit, introduisaient des vivres dans Algéziras, ne purent la préserver de la disette; les assiégés manifestèrent au roi de Grenade le désir de traiter avec les chrétiens.

Yousouf , ayant reçu du roi de Marrakesh le conseil de faire la paix avec le roi de Castille, entra en négociation ; mais, comme Alfonse exigeait pour première clause, la reddition de la place, Yousouf aurait tenté un dernier effort, si ses généraux ne lui eussent représenté que , pour sauver une ville, il s’exposait à perdre son royaume. Algéziras fut donc rendu.

Les chrétiens y entrèrent le 26 mars 1344, après un siège de vingt mois : les habitants emportèrent leurs trésors el leurs effets dans la vieille ville, d où ils se retirèrent où ils voulurent.

Les rois de Grenade et de Castille signèrent une trêve de dix ans. Alfonse se montra généreux . et traita avec beaucoup d’égards les plénipotentiaires musulmans.

Yousouf s’occupa du bonheur de ses peuples pendant la fiaix, et c’est à ce titre qu’il tient un rang distingue parmi es meilleurs rois de Grenade.

Il établit dans ses états des écoles, où la méthode d’enseignement fut simple et uniforme.

Le fort Nasarde d'al-Hamra (Alhambra) à Grenade
Le fort Nasride d’al-Hamra (Alhambra) à Grenade

Il publia des règlements sages et utiles pour l’observance de la religion et le maintien de la discipline ecclésiastique.

Il voulut que tous les villages , qui renfermaient plus de douze maisons, eussent une mosquée.

Il  réforma les désordres, les indécences, les profanations qui avaient lieu pendant les deui fêtes de Pâques, et prescrivit qu’on les célébrât , ainsi que les dimanches, avec recueillement, par des actes de bienfaisance, par des lectures el des conversations édifiantes, etc.

Il ordonna que les femmes fussent entièrement séparées des hommes dans les mosquées, et défendit aux filles d’y assister, sinon dans des tribunes particulières.

Il prohiba les prières tumultueuses qui avaient lieu dans les rues et dans les places publiques, pour obtenir de la pluie , et prescrivit de les faire avec humilité dans les campagnes.

Il abolit les assemblées nocturnes dans les mosquées, enjoignit aux femmes de ne plus y faire de neuvaines sans leurs maris, leurs pères ou leurs frères, en exclut les filles et leur défendit de suivre les enterrements.

Il interdit l’usage de l’or, de l’argent et de la soie pour la sépulture des morts , ainsi que les cris, les lamentations ridicules, et les cérémonies superstitieuses.

Il permit les danses et les festins pour les noces , les naissances et les autres fêtes de famille; mais il en bannit la licence et l’ivresse.

Il perfectionna la police de la capitale, et créa des vezirs pour veiller au bon ordre des marchés, et à la sûreté de chaque quartier , qui devait être fermé le soir et visité par des rondes nocturnes. » Yousouf publia des ordonnances sur l’art de la guerre et la discipline militaire.

Il établit la peine de mort contre tout musulman qui fuirait devant l’ennemi, lorsque celui- ci ne serait pas au moins deux, fois plus nombreux.

II défendit aux gens de guerre de tuer les enfants, les femmes , les vieillards, les malades, et même les religieux, à moins que ceux-ci ne fussent pris les armes à la main.

Il ordonna que les biens seraient rendus en nature ou en équivalent aux chrétiens qui embrasseraient l’islam.

Il fixa la part de butin qui devait revenir à tous les musulmans, depuis le roi jusqu’au dernier ouvrier de l’armée.

Il défendit aux fils de famille d’entreprendre le pèlerinage de là Mekke ou d’embrasser le parti des armes, sans la permission de leurs parents, et ne les dispensa de cette formalité, pour le second cas, que dans les dangers pressants.

La législation criminelle fut aussi l’objet de son attention.

Il ordonna que les accusés d’adultère, d’homicide et d’autres crimes capitaux , ne pussent être condamnés à mort , sans l’aveu des coupables, ou sans la déposition unanime de quatre témoins.

Les adultères devaient être lapidés ; les coupables de fornication , non mariés, devaient être bannis pour un an, après avoir reçu cent coups de fouet, les filles sur leur chemise, les hommes à nu ; et, s’ils étaient de condition égale, on les obligeait de se marier.

Il voulut que les voleurs fussent jugés juridiquement; et, à la place des peines arbitraires qu’on leur infligeait, il établit des supplices plus ou moins graves, suivant la nature des délits et les cas de récidive.

Enfin, il ordonna que les corps des suppliciés fussent lavés , ensevelis et inhumés, avec les mêmes céré monies et la même décence que ceux des autres musulmans.

Nom : Maison nasride Lieu : Rue Cobertizo de Santa Inès, n° 4, Grenade, Espagne Date/période de construction : XIVe siècle Dimensions : 164 m2
Cette maison du 14e siècle est l’un des rares exemples encore conservés d’habitation nasride, située dans une allée ou une impasse à Grenade , Espagne, typique de la ville arabe médiévale

Ce sage monarque fit achever et embellir les édifices commencés dans la capitale.

A son exemple, les seigneurs de Grenade firent bâtir, et la ville se remplit de maisons et de tours élégantes , les unes en bois de cèdre , admirablement travaillées; les autres en pierres revêtues de métaux.

Dans l’intérieur, on voyait des pavillons surmontés de dômes d’un travail délicat , dont les murs étaient d’or et d’azur et les planchers en mosaïque.

De belles fontaines y répandaient la fraîcheur.

Le goût de l’architecture fut tellement en vogue sous le règne d’Abou’ Hedjadj Yousouf, que, suivant les expressions d’un auteur arabe, Grenade était connue une lasse d’argent pleine d’hyacinthes et d’émeraudes.

Yousouf conserva l’amitié des rois de Marrakesh, Abou’I Hassan-Ali et Abou-Anan Fares.

Il aurait désiré de renouveler, pour quinze ans , la trêve avec les chrétiens ; mais le roi de Castille, encouragé p3r ses derniers triomphes, et voulant profiler des troubles qui régnaient en Mauritanie, pour enle ver aux musulmans tout ce qui leur restait en Espagne , rompit la trêve, vint assiéger Gibraltar, au printemps de l’année 700 (1349), et campa dans une plaine sablonneuse qui séparait cette ville d’Algéziras.

Les fortifications naturelles de la place, et la valeur de sa garnison , lui opposè rent une longue et vive résistance.

La peste s’étant mise dans son armée, il en mourut le 10 moharrem 751 (20 mars 135o).

Le roi de Grenade, qui faisait des incursions depuis Ronda , Zahara , Eslcpona et Marbella, pour inquiéter les assiégeants ayant appris la mort de leur souverain, quoiqu’il dut la regarder comme un événement heureux pour l’islam , ne put s’empêcher de dire que le monde avait perdu un excellent prince , qui savait honorer le mérite , même celui de ses ennemis.

Il permit que plusieurs capitaines musulmans portassent le deuil d’Alfonse, et ne troubla pas la retraite des Castillans , qui portèrent religieusèment le corps de leur monarque à Séville.

La même année, mourut, dans les prisons d’Alméria , le prince Faradj , frère de Mohammed IV et de Yousouf.

Le roi de Grenade célébrant la pâque dans la grande mosquée, le ier. chawal 755 (19 octobre i354) , un assassin obscur se jeta sur lui avec fureur, et le frappa de son poignard.

Le monarque, blessé, interrompit sa prière: on vola à son secours; on le porta dans son palais; mais il expira en y arrivant, âgé de trente-huit ans , après en avoir régné vingt- deux , moins un mois. Son meurtrier fut mis en pièces et brûlé publiquement.

Les funérailles de Yousouf se firent le soir aux flambeaux.

Sur le magnifique tombeau de mar bre qu’on lui érigea dans le cimetière royal, on grava, en lettres d’or et d’azur, son épitaphe en vers et en prose, où de justes louanges paraissent avoir été données à ses vertus

Une des courts des palais nasrides de l'alhambra   au temps du sultanat  (peint en  1876)
Une des courts des palais nasrides de l’alhambra  (peint en 1876)

8′. Abou-Abdallah MOHAMMED V.

An de l’hég. 755 (de J.-C. 1354). Mohammed fut proclamé roi immédiatement après la mort de son père.

Quoi qu’il eût à peine vingt ans, il se concilia tous les suffrages par son esprit, ses avantages physiques , ses vertus, son jugement, sa grâce et son adresse dans tous les exercices du corps et dans les tournois.

Doux et affable, il était si compatissant, qu’il versait des larmes au récit de quelque événement malheureux : sa bienfaisance lui gagnait les cœurs de tous ceux qui approchaient de sa personne.

Il bannit de son palais les flatteurs, supprima les emplois de sa maison, inutiles et onéreux à l’état , et réduisit les officiers qui la composaient, à un nombre suffisant et proportionné à l’étendue et à la prospérité de son royaume.

Ces réformes lui attirèrent la haine des méchants et des courtisans corrompus; mais elles lui méritèrent t’estime des gens de bien , l’amour et le respect du peuple.

Le 6 dzoulkadah 756 (12 novembre 1355), le wali de Gibraltar, Isa ibn- Al-Haçan Al-Ascari , prit le titre de roi et opprima les habitants fidèles qui voulurent s’opposer à sa révolte.

Mais il se rendit si odieux par son avarice et sa cruauté, que le peuple se souleva et le força, vingt jours après, de s’enfermer oans le château.

Il y fut assiégé, pris et envoyé à Ceuta , où il périt dans les tourments, par ordre du roi de. Marrakesh, Abou-Anan Fares .

Le roi de Grenade , en montant sur le trône , avait disposé, près de l’Alhamra, un palais agréable et commode pour ses frères et sa belle-mère.

Celle-ci employait les trésors qu’elle avait amassés, du vivant, du roi Yousouf son époux, à aplanir à son fils Ismaël le chemin du trône.

Par le moyen de sa fille, qui avait épousé Abou-Saïd, prince du sang royal  , elle gagna celui-ci et en fit le chef d’une faction puissante contre Mohammed.

La conjuration éclate dans la nuit du 28 ramadhan 760 ( 23 août 1359).

Une partie des séditieux escalade les murs du palais; d’autres enfoncent les portes et massacrent tout ce qu’ils renco trent.

Une troisième troupe force la maison du vezir, et l’égorge avec toute sa famille.

Mais, tandis que tous se livrent au pillage , Mohammed , qui se trouvait dans un des appartements les plus reculés de son harem , prend des vêtements de femme , et se sauve à travers les jardins : à la faveur tumulte , il monte sur un cheval que le hasard lui présente , et s’enfuit à toute bride à Guadix , où il arrive libre de tout danger.

Les habitants le reconnaissent pour souverain , et lui fournissent une garde pour sa défense.

Le rebelle Abou-Abdallah (ou plutôt Abou-Saïd), persuadé que ce prince avait péri dans le massacre, accourut au palais , avec Ismaël qu’il fit proclamer roi.

Le dernier Bastion de l'islam en Andalousie et le dernier état arabe d'Europe
Le dernier Bastion de l’islam en Andalousie et le dernier état arabe d’Europe

9e. ISMAEL II .

An de l’hég. 760 (de J.-C. 1359).L’usurpateur Ismaël fut promené à cheval dans les rues de Grenade , par Abou- Saïd et ses partisans.

Il écrivit aussitôt a Pierre, roi de Castille , offrit d’être son vassal et de lui payer tribut , et réussit d’autant plus aisément à l’intéresser en sa faveur, que ce prince, était alors en guerre avec le roi d’Aragon.

Mohammed , quoique sûr de la fidélité des habitants de Guadix, ne pouvant y réunir assez de forces pour disputer le trône à son frère Ismaël, eut recours aux rois de Maroc et de Castille; et bientôt, sur l’invitation du premier, il alla s’embarquer à Marbella, avec une suite nombreuse, et arriva à Fez, le 6 moharrem 761 (28 novembre i35q).

Il fut accueilli dans cette cour, avec tous les égards dus à un roi malheureux; Abou-Salem le logea dans son palais, et lui promit son secours.

Ismaël n’avait reçu de la nature que la beauté des femmes et des traits.

Semblable à une femme par les charmes de sa figure , il en avait le caractère et la faiblesse.

Adonné à tous les plaisirs sensuels, il était peu capable de gouverner et d’apaiser les troubles de l’état.

Aussi se laissait-il dominer par les factieux auxquels il devait son élévation.

Abou-Saïd , surtout , sans respect pour la dignité et l’autorité royale, le traitait comme un esclave, le sou mettait à tous ses caprices.

Quoiqu’il eût confirmé la nomination du vezir qu’Ismaël s’était choisi, il l’accusa bientôt de trahison et de correspondances avec le roi de Maroc, l’empêcha de se justifier, et le fit précipiter dans la mer.

Mais , peu satisfait du pouvoir absolu qu’il s’était arrogé, et aspirant au seul titre qui lui manquait , il calomnia Ismaël pour le rendre odieux , et gagna facilement les chefs de l’armée, parce qu’il distribuait à son gré les récompenses, et qu’il disposait de tous les emplois civils et militaires.

Il communiqua ses projets aux plus audacieux d’entre eux , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Le 2G chaban 761 ( 12 juillet i36o), une troupe de séditieux entoura le palais, en demandant à grands cris la dé position et la tête d’Ismaël.

Ce prince prit la fuite et alla se renfermer dans la citadelle , d’où il appela le peuple à sa défense. Mais les intrigues de ses ennemis et sa propre usur pation avaient paralysé toutes ses mesures.

Jeune et sans expérience, il osa faire une sortie contre les rebelles, à la tôle de quelques troupes qui l’avaient suivi ; il fui vaincu et fait prisonnier.

Le perfide Abou-Saïd l’accusa des crimes dont il l’avait rendu l’aveugle instrument, le fit dépouiller de ses vêtements précieux, et traîner dans la prison des malfaiteurs : mais, avant d’y arriver, lsmaël, d’après les ordres de son oncle , fut massacré par les soldats qui le conduisaient.

On montra sa tète à la populace, qu: se jeta aussitôt sur Qaïs, son jeune frère, et le mit en pièces.

Les hôtes de ces deux princes furent promenées dans les rues de Grenade , et leurs cadavres , couverts de haillons , demeurèrent sans sépulture, jusqu’à ce qu’ils fussent tombés en putréfaction.

Ismael  n’avait régné que onze mois.

L'arbre généalogique de la  dyanstie arabe des Nasride de souche "ansarite"
L’arbre généalogique de la dynastie arabe des Nasrides de souche « ansarite »

10 eme. ABOU-SAÏD .

An de l’hég. 761 (de J.-C. 136o). Le jour même qui éclaira ces horreurs , Abou-Saïd fui proclamé roi de Grenade par la soldatesque , et par la plus vile populace. Il récompensa les factieux qui l’avaient si bien secondé ; mais il n’en fini pas mieux affermi sur le trône.

Cependant Abou-Salem avait tenu parole à Mohammed V; et celui-ci , après vingt-un mois de séjour à la cour de Fez, s’embarqua, le 18 chawal 762 (21 août 1361), pour repasser en Espagne, avec les puissants secours que le roi de Maroc lui fournit.

Toute la Péninsule trembla au bruit de ce débarquement; mais surtout les partisans de l’usurpateur qui s’avancèrent pour arrêter fa marche du souverain légitime , sans oser néanmoins risquer une bataille.

Une révolution arrivée à Marrakesh déconcerta les projets de Mohammed.

Abou-Salem fut détrôné et assassiné, le 20 dzoul-kadah (21 septembre), et son frère Taschfyn lui fut substitué par les rebelles.

A cette nouvelle, les troupes africaines quittèrent l’Espagne ; Mohammed, déçu dans ses espérances, se retira à Ronda, qui s’était déclarée pour lui, et s’y maintint en attendant des circonstances plus favorables.

Ses démarches, n’ayant pu rien obtenir du nouveau roi de Marrakesh , il fut plus heureux dans ses négociations avec le roi de Castille.

Pierre-le-Cruel , irrité de l’alliance qu’Abou-Saïd avait contractée avec le roi d’Aragon , lui avait voué une haine mortelle.

Il envoya une armée nombreuse, avec cinq cents chariots de machines et de munitions de guerre, qui arrivèrent à Ronda,le 1 djoumadi 1″. 7*13(26 février 1^62).

Mohammed joignit ses forces à celles de son auxiliaire; et leurs troupes , mêlées et confondues, comme si elles eussent été composées* de gcns de la même religion , entrèrent dans les états d’Aborj-Saïd , qui venait de faire une invasion dans ceux du roi de Castille.

Les princes confédérés prirent par capitulation Hisn-Atara et d’autres places, qui se rendirent à Mohammed ; mais ce bon roi , touché des maux que la guerre causait aux musulmans , et ne voulant plus y prendre part , demanda au roi de Castille la permission de se retirer avec ses troupes, pour n’avoir pas la douleur d’être témoin des malheurs de ses peuples.

Il retourna donc à Ronda, le 8 du même mois , aimant mieux perdre injustement son royaume, que de le recouvrer en répandant le sang de ses sujets, et en s’attirant leur haine.

Il vécut content dans sa retraite, et continua de faire le bonheur de ceux qui vivaient sous son gouvernement paternel.

La guerre ne laissa pas de continuer entre le tyran de Castille et celui de Grenade.

Malgré quelques avantages obtenus par ce dernier sur les chrétiens, il n’en était pas moins odieux à ses sujets.

Alors il chercha à ménager le monarque castillan.

Un corps de troupes chrétiennes, ayant été vaincu devant Wadi Ash (Guadix) par les musulmans , plusieurs seigneurs , entre autres le grand maître de Calalrava, furent faits prisonniers et conduits à Grenade.

Abou-Saïd les renvoya sans rançon, et les combla de présents, afin de les engager à disposer leur souverain en sa faveur, à lui gagner son amitié, et à le détourner de l’alliance du roi Mohammed.

Mais Pierre, loin d’être touché par ce trait de générosité, n’en pressa que plus vivement Abou-Saïd; et, afin de le priver des secours de l’Aragonais, il se hâta de conclure la paix avec ce dernier.

Malaga , ayant ouvert ses portes à Muhammad , l’usurpateur craignit que la capitale n’imitât cet exemple », et commença à se délier de la fortune qui jusqu’alors lui avait été favorable.

Abhorré à cause de ses cruautés, entouré d’ennemis et de traîtres, abandonné par ses courtisans qui se tournaient du côté de son rival, privé d’une partie de ses revenus par l’infidélité des percepteurs , il prit une résolution désespérée qui lui fut bien fatale.

Sur la foi d’un sauf-conduit , il se rendit à Séville avec ses trésors , suivi d’une nombreuse, et brillante escorte.

Il se flattait de gagner la bienveillance du roi de Castille, par cet acte de confiance , et plus encore par ses promesses et ses présents, et il espérait trouver en lui un puissant protecteur , qui l’affermirait sur son trône mal assuré.

Pierre le reçut d’abord avec une politesse affectée ; mais, dans un conseil tenu par ses ministres, on décida que, pour le bonheur et la tranquillité de l’état , il fallait faire périr l’usurpateur du trône de Grenade, l’ennemi du roi Mohammed, avec qui l’on entretenait paix et bonne amitié.

Ainsi., au mépris des lois de l’hospitalité , tous les Musulmans qui avaient accompagné Abou -Saïd furent égorgés la nuit suivante, par ordre du roi de Castille, dans le palais où on les avait logés.

Le lendemain , ce monarque ayant fait amener dans une plaine, hors de la ville , le malheureux Abou-Saïd, enchaîné, devint son bourreau et le perça de sa lance.

Le prince musulmans, en se voyant frappé par le Castillan, s’écria : « 0 Pierre! quel honteux triomphe tu obtiens aujourd’hui sur un prince qui s’est fié à ta parole. » 

Le roi de Castille enchérit sur la barbarie du prince qu’il venait d’immoler : il fit élever une pyramide formée de tous ces cadavres , et placer les têtes au sommet , de manière que de toute la ville , on pouvait voir cet horrible trophée, digne de l’exécuteur et de la victime.

Ce qui rend le crime de Pierre-le-Cruel encore plus infâme , c’est que la cupidité n’y eut pas moins de part que la vengeance, et qu’il s appropria -tous les trésors du roi de Grenade.

Telle fut la lin d’Abou-Saïd, probablement dans les premiers jours de djoumadi 11e. 763( avril 1362).

Cet usurpateur n’avait régné à Grenade qu’environ vingt et un mois.

Détail du palais nasride de l'alhambra
Détail du palais nasride de l’alhambra

MOHAMMED V pour la seconde fois.

An de l’hég. 763 (de J.-C. 1362).Mohammed recueillit le fruit d’un forfait dont il était absolument innocent.

Ayant appris à Malaga la mort de son ennemi, il s’en réjouit, mais en délestant la perfidie de son allié.

Il partit aussitôt pour Grenade , où il entra au milieu des acclamations uni verselles, le samedi 20 djouinadi 11e. 763 ( 16 avril i36a ).

Les partisans même d’Abou-Saïd vinrent le complimenter, et s’empressèrent par leur soumission de prévenir les effets de sa juste vengeance.

On dit que Pierre le Cruel ayant envoyé la tête d’Abou-Saïd au roi de Grenade, celui-ci lui témoigna sa reconnaissance par un présent de vingt-cinq chevaux, la fleur de ses haras, qui portaient des caparaçons ornés d’or et de pierres précieuses.

Il  mit aussi en liberté tous les chrétiens qui étaient captifs dans ses états.

Quelque temps après, un parti de mécontents excita une sédition, et voulut mettre sur le trône Aly ben-Ahmcd, ben-Naser, prince du sang royal ; mais les généraux de Mohammed vainquirent les rebelles en diverses rencontres, et forcèrent les chefs de fuir et de se cacher.

L’alliance perpétuelle que Mohammed avait négociée avec le roi de Castille, et les révoltes qui éclatèrent dans les états de celui-ci , auraient fait jouir les musulmans de Gre nade d’une longue et profonde paix, si leur souverain n’eût été obligé de fournir des secours à son allié contre le prince Henri, son frère, et contre le roi d’Aragon , qui s efforçaient de le détrôner.

Il lui envoya d’abord six cents cavaliers d’élite , ensuite un corps de sept mille hommes de cavalerie, sans comprendre l’infanterie.

Ces forces assiégèrent Cordoue, s’emparèrent du vieux château, et n’ayant pu prendre la ville , s’en vengèrent en pillant et en saccageant Ubeda et Jaen, et en dévastant les plaines de l’Andalousie et du Malrara, d’où elles emmenèrent un grand nombre de captifs.

Mohammed était à la veille d’envoyer une armée plus considérable en faveur de son indigne allié, lorsqu’il apprit que Pierre avait péri de la main de son frère, dans la plaine  Montiel, l’an 771 (1069) (2), et que toute la Castille s’était déclarée pour Henri.

Afin de ne pas perdre les frais de cet armement, et de profiler des guerres civiles qui divi saient les chrétiens, Mohammed, sous prétexte de vengei son allié, fit la guerre au nouveau roi de Castille, refusa la paix qu’il offrait , ravagea ses états, et sans attaquer aucune place forte, pilla et enleva tout ce qui était hors des murs.

L’année suivante 772 (1370), il s’empara d’Algéziras , qui était mal défendu : mais prévoyant qu’il ne pourrait conserver cette place, il la brûla et la rasa pour qu’elle ne pût servir aux chrétiens. 11 accepta néanmoins les offres nue le roi de Castille lui fit par l’entremise du grand-maître «le Calatrava, et consentit à une trêve afin de rétablir la justice et le bon ordre dans ses états .

En paix avec tous ses voisins, il fonda, l’an 777 (1375), un hospice magnifique pour les pauvres et les malades, orné de fontaines et de vastes bassins de marbre.

Il  embellit aussi, par des édifices somptueux, la ville de Guadix, où tous les ans il séjournait quelques mois : il encouragea l’agriculture, le commerce, les arts et les manufactures. Grenade  fut, de son temps, la ville la plus commerçante de l’Espagne.

On y voyait des marchands de diverses contrées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, des musulmans, des juifs et des chrétiens.

Elle Semblait etre la patrie commune de toutes les nations.

Mohammed fit alors reconnaître son fils Yousouf pour son successeur, et maria ce jeune prince avec la fille du roi de Fez.

La princesse fut amenée par son frère , qui épousa la fille d’un des plus grands seigneurs de l’Andalousie.

Ces doubles noces furent célébrées par des jeux et des tournois, où se distinguèrent plusieurs chevaliers d’Afrique, d’Egypte, d’Espagne et «le France, qui vivaient protèges et honorés à la cour de Mohammed.

Les uns étaient logés dans la maison consulaire des Génois, et les autres dans des habitations particulières. Mohammed envoya de riches présents au roi de Castille, Henri II, pour renouveler la trêve.

Celui-ci étant mort peu de temps après, en 1379, des malveillants publièrent que le roi de Grenade lui avait envoyé des brodequins empoisonnés; mais c’était une imposture : Mohammed ne fut ni un perfide ni un assassin, et d’ailleurs il vécut toujours en paix avec Jean I , qui régna après son père Henri II.

Ce monarque mourut, l’an 794 (1391-92), universellement regretté, à l’âge de cinquante-neuf ans, après en avoir régné trente-neuf, si l’on compte les trois années qu’avait duré l’usurpation d’lsmaè’l II et d’Abou-Saïd.

Il  fut enterré dans le Djenn-al-Arif (Genêralif ), et toutes les classes de habitants de la ville accompagnèrent sa pompe funèbre.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..361 à  378

Date d’édition : 1818-1819

Fin de règne berbère Almohade en Andalousie, avènement d’Ibn Hud et des Nasrides :

Publié le Mis à jour le

Guerrier élite berbère Almohade
Guerrier élite berbère Almohade

Abû al-`Alâ’ Idrîs al-Ma’mûn 1227–1233

 (second prétendant à la succession des Almohades de Marakesh, soutenu par le souverain chrétien Ferdinand III de Castille).

An de l’hég. Ga4 (de. J.-C. 1227). Abou-Aly Edris, âgé de trente- neuf ans , jouissait d’une grande considération parmi les Almohades. Il, savait allier la prudence à la valeur, et s’était couvert de gloire dans l’Afrique orientale (Ifriqya : Constantinois, Tunisie, et Tripolitaine), sous le règne de son neveu al-Mustansir.

Pourvu depuis du gouvernement de Séville, il y étais regardé comme le prince le plus capable d’arrêter les progrès des chrétiens.

Afin d’honorer la ville de Malaga, où il était né, il y avait fondé, l’année précédente, un superbe palais, nommé l’Alcaçar des Seïds, et exécuté sous sa direction ; mais les talents supérieurs d’ Al-Mamoun ne purent lutter contre les coups de la fortune et la fatalité des circonstances .

L’Espagne (Al-Andalus) et la Mauritanie (Maroc, al-Maghreb al-Aqsa) furent ravagées cette année par une nuée de sauterelles.

Pèièce de Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma'mûn
Pièce du croisé Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma’mûn l’Almohade

Au fléau de la disette et des maux qui l’accompa gnent , se joignirent les malheurs d’une guerre continuelle avec les chrétiens et les fureurs des discordes intestines. Abou-Mohammed le Baëcien , ce prince vassal des Castillans, favorisait toujours leurs conquêtes. Ils prirent Loja et Alhamra , poussèrent leurs ravages jusqu’aux environs de Grenade et aux bords du Xenil, et assiégèrent Jaen.

Al- Mamoun vola au secours de cette place , tailla en pièces les chrétiens, et les força d’abandonner leur camp, leur butin et leurs conquêtes.

Ils revinrent s’emparer de Salvatierra, de Borgalhimar, etc., toujours secondés par Abu-Mohammed : mais Al-Mamoun, ayant rassemblé les troupes de Cordoue, de Séville et de Malaga, marcha contre ce traître , et l’assiégea dans Baeça.

L'extension maximale de  l'empire éphémère des  Almohades dura 17 ans .
L’extension maximale de l’empire des Almohades dura 17 ans  

Quelques jours après, les habitants, indignés des liaisons de leur prince avec les chrétiens, se révoltèrent contre lui , le massacrèrent et portèrent s’a tête à Al-Mamoun, auquel ils ouvrirent les portes de leur ville, à la fin de l’an 624 ( 1227 ) .

Quoique les cheikhs almohades qui, depuis quelques années, avaient formé à Marrakesh une sorte de gouvernement aristocratique, eussent envoyé par écrit leur serment de fidélité à Al-Mamoun , et l’eussent reconnu pour « émir al-moumenin », ils s’en étaient repentis peu de jours après; et, préférant avoir un souverain qu’ils pussent diriger à leur gré, ils avaient proclamé Yahia, son neveu , âgé de quatorze ans , sous le titre d’Al-Mutasim-Billah : mais ce choix n’avait pas obtenu l’approbation générale dans le Maghreb,.et plusieurs tribus y étaient demeurées fidèles à Al- Mamoun.

Ce dernier, obligé de défendre en Espagne ses domaines attaqués par les princes chrétiens et par des usurpateurs de sa famille, avait différé malgré lui d’aller prendre possession du trône de Marrakesh , et d’en éloigner ce faible compétiteur, que les factieux lui avaient suscité; lors qu’un rival plus redoutable s’éleva contre lui dans la Péninsule, et y accéléra le renversement de la puissance des berbères Almohades.

Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)
Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)

Ibn Hud (Ou Ben Houd, ou Bin Hud)

Abou-Abdallah Mohammed ben -Yousouf, ben-Houd Al-Judhami , issu des derniers rois arabe de Saragosse, comptait parmi ses ancêtres, Djudam ben-Amer, l’un des princiaux officiers du conquérant arabe (Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi) de l’Espagne, et un ou deux des gouverneurs de cette Péninsule, pour les khalifes Omeyyade de Damas (Voyez, sous la première époque Omeyyade, le vingtième émir, Thouaba ibn- Salma , et le onzième, Othman ben Abou-Neza, al-Chemi , al-Djohani. ou al-Djezami.).

Puissant par l’ascendant que lui donnaient sa naissance , ses richesses , son courage , ses talents , et voyant une occasion favorable de délivrer les musulmans d’Espagne delà tyrannie des Al-Mohades, contre lesquels il nourrissait une haine héréditaire, il résolut de recouvrer les droits de sa famille, et de satisfaire à la fois son ambition et sa vengeance personnelle.

Il réussit , par son éloquence, sa générosité et les intrigues de ses amis, à réunit- un grand nombre de braves, qui, s’étant assemblés à Escuriante ou à as-Souhour, lieux escarpés et naturellement fortifiés dans le taha d’Uxixar, l’un des districts des Alpujarras, à la fin de redjeb 625 ( juillet 1228) , y proclamèrent roi, Mohammed ben-Houd , lui donnèrent le titre de Motawakkel Ala- Allah , et jurèrent de lui obéir et de mourir pour son service.

Afin d’accréditer son parti, et de dé tacher les musulmans de la domination des Almohades , il dénonça ceux-ci comme hérétiques et corrupteurs de l’islam.

Il les accusa d’être les seuls auteurs des calamités qui affligeaient l’Espagne, par le schisme qu’ils y avaient introduit.

Il publia qu’ils avaient souillé les mosquées , et ordonna aux imams, aux khatibs de les bénir et ne les purifier par des lustrations, et d’y prononcer la khothbah , au nom du khalife abbasside de Baghdad , Mostanser-Billah .

Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Yazami (mort en 1238), émir de la Taïfa d'Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse . Idevenu le chef de la quasi-totalité d'Al-Andalus.  En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade. Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .
Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Judhami (mort en 1238), émir de la Taïfa d’Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse .
devenu le chef de la quasi-totalité d’Al-Andalus.
En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade.
Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .

Il paraissait avec sa noblesse, dans ces cérémonies publiques, en habits de deuil. Ayant ainsi excité le peuple, il promit solennellement de le délivrer d’une injuste oppression , d’abolir les contributions onéreuses et arbitraires, et d’établir des impôts modérés et légaux.

Ces moyens lui attirèrent un grand nombre de partisans, et le mirent bientôt en état, avec le secours des chrétiens, de s’emparer de Murcie.

Le 1er.de ramadhan ( 4 août) de la même année, il se rendit en personne dans cette ville, et y fut proclamé roi, au milieu des applaudissements universels des grands et du peuple qui étaient également fatigués du joug des Almohades.

Un tel succès fut bientôt suivi de la conquête de Schatibah et de Dénia.

Dans le même temps , le wali Djomaïl ben-Zeyan (ou Abou-Djemaïl Zéyan, ibn-Modaf , ibn-Mardenisch,) al-Djudhami, parent du nouveau roi de Murcie, et descendant de ce Mohammed ibn-Sad, ibn- Mardenisch (Dit aussi le roi Loup d’origine goth), qui avait régné long-temps à Murcie et à Valence, voulut aussi recouvrer une partie de l’héritage dont ses ancêtres avaient été dépouillés par les Almohades : il excita contre ceux-ci une révolution dans Valence, et en expulsa Abou-Zeïd qui s’en était fait roi.

Celui-ci, après plusieurs combats dans lesquels la fortune lui fut toujours contraire, se voyant abandonné de la plupart des siens, se réfugia, l’an 626 (1229 ) , auprès de Jayme Ier., roi d’Aragon, dont il avait toujours ménagé et payé chèrement l’alliance et l’amitié. 

Le monarque chrétien le reçut avec bienveillance ; mais en feignant de vouloir le venger et le rétablir sur le trône , il ne songea qu’à profiter des dissensions des musulmans. Abou-Zeïd , trompé dans ses espérances, et n’ayant plus à se promettre ni asile , ni secours, dans l’état de trouble et de décadence où sa famille était réduite en Afrique et en Espagne, se fit baptiser avec ses deux fils

L’an 626 (1226), Mohammed ibn-Houd marcha sur Grenade, vainquit Abou-Abdallah , frère du roi berbère almohade de Marrakesh, Abou-Aly Edris Al-Mamoun , et s’empara de cette ville , au moyen de ses intelligences avec les habitants.

Le prince Abou-Abdallah se retira dans l’Alcaçar; mais, ne pouvant s’y maintenir à cause des dispositions peu favorables des Grenadins, il alla trouver son frère à Cordoue. Al-Mamoun, qui se disposait à lui envoyer des secours , fut consterné de la perte de Grenade, qui lui présageait celle des autres provinces.

Il conclut alors une trêve avec Ferdinand, et se porta avec toutes les forces qu’il put rassembler, pour arrêter les progrès de ibn-Houd (Ibn-Hud), qui s’avançait vers le midi de l’Andalousie.

Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tarifa , le 6 ramadhan ( 29 juillet ) , combattirent tout le jour avec un égal acharnement, et, s’étant reposées la nuit, recommencèrent le lendemain au point du jour; mais les Almohades , inférieurs en nombre, ne purent résister long-temps aux Andalousiens d’Ibn Hud.

Al-Mamoun l’Almohade abandonna le champ de bataille en bon ordre, sans que les vainqueurs, épuisés eux-mêmes, et craignant de le réduire au désespoir, osassent troubler sa retraite.

Il y perdit ses principaux capitaines, entre autres ses parents Âbou-Zeyad al-Mogayed, wali de Badajoz, et Ibrahim ben-Edris, ben- Abou-Ishak , wali de Ceuta et amiral de sa flotte.

Al-Mamoun, prévoyant que ses états en Espagne allaient lui échapper , en confia la défense à son fils Abou’l-Haçan, et à deux de ses frères, Seïd Abou-Abdallah et Seïd Mohammed, et voulut au moins conserver le trône de Mauritanie, que son neveu Yahia lui disputait.

Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc
Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc

Pour combattre cet usurpateur, il eut recours au roi croisé de Castille, Ferdinand III, qui lui fournit douze mille hommes de cavalerie, aux conditions suivantes:

1°. qu’Al-Mamoun lui céderait les dix places-fortes les plus voisines des frontières de Castille,

2*, qu’aussitôt après son entrée dans Marakesh , ce prince y fonderait une église pour les chrétiens qui l’auraient accompagné » ;

3°. qu’ils y auraient le libre exercice de leur religion et l’usage des cloches;

4-*  , lorsqu’un chrétien voudrait embrasser l’islam, on le livrerait à ses chefs pour être jugé suivant leur loi ;

5°. que, lorsqu’un musulman voudrait se faire baptiser, on ne s’y opposerait point.

Ce fut la première armée chrétienne qui fit la guerre en Mauritanie (Actuel Maroc).

Al-Mamoun, ayant embarqué à Algéziras l’élite de son armée avec ses troupes auxiliaires, se rendit à Ceuta , au mois de dzoulkadah (octobre), marcha sur Marrakesh, vainquit son neveu Yahia quelques mois après , et recouvra sa capitale, ainsi que la plus grande partie de ses états dans le Maghreb.

La dernière victoire de al-Mutawakkil ibn-Houd lui assura la supériorité dans l’Espagne musulmane.

Les habitants de  Cordoue le reconnurent pour roi, dans le mois de dzoulkadah (octobre), chassèrent les berbères Almohades, et mirent à mort tous ceux qui tombèrent sous leurs mains.

Ibn-Hud prit alors le titre de Prince des Fidèles.

Ayant livré bataille au commencement de l’année 627 (fin de 1229), près d’Alhanjé, dans l’Estramadure , au wali de Séville, Seïd Abou-Abdallah, qui s’avançait contre lui avec toutes les forces qu’il avait pu rassembler dans l’Al-Gharb, et les secours qu’il avait reçus d’Alfonse IX, roi de Léon , il en triompha complètement, et entra dès la nuit suivante dans Mérida , dont ses partisans lui ouvrirent les portes.

Quelques débris de l’armée des Almohades étant revenus à Séville , la populace se souleva contre eux et les mit en pièces, entre autres Abou-Omar Abdal-Rahman , capitaine et poète célèbre, dont la mort affligea vivement le roi Ibn-Hud , qui savait apprécié son esprit et son érudition .

Ce prince fit alors son entrée triomphante dans Séville, où il fut reçu comme un libérateur.

Tous les caïds de la contrée vinrent lui rendre hommage, et l’Andalousie entière fut soumise à sa domination ; mais dès ce moment la fortune lui devint contraire.

Le roi al-salibi  (croisé) de Castille, voyant que l’Andalousie n’appartenait plus au souverain avec lequel il avait fait un traité de paix et d’alliance, y recommença ses incursions, ravagea le district de Cazorla, prit Quesada et plusieurs châteaux.

Le roi  al-salibi (croisé) du Portugal, Sanche II, s’empara d’Elvas, de Serpa et de quelques autres places de l’Alentejo.

Le roi  al-salibi (croisé) de Léon emporta d’assaut Caceres , qu’il n’avait pu prendre dans les campagnes précédentes, et se rendit maître de Toujillo, après avoir battu le gouverneur de Badajoz.

Le roi al-salibi (croisé) d’Aragon , Jayme Ier , sous prétexte de secourir l’ex-roi de Valence, Abou-Zeid, arma une puissante flotte, fit voile pour Maïorquc, s’empara des ports principaux , et malgré la vive résistance du wali qurayshite, Abou-Othman Saïd ben- Al-Hakem, al-Qoraïschi, força ce gouverneur de se renfermer dans la citadelle, où ce dernier, après s’être défendu encore quelque temps, se soumit, le 14 safar 627 (12 janvier 123o), ainsi que les al-Shurafa (sharif au plurielle, nobles) de Minorque et d’Iviça, à payer tribut au roi d’Aragon.

Saïd ben Al-Hakem le Qurayshite conserva le gouvernement de ces îles, jusqu’à ce que la jalousie et les intrigues du cadhi , Abou-Abdallah Mohammed, y rappelèrent les croisés , et aggravèrent leur joug.

L’an 628 (1231), les rois de Castille et de Léon attaquent les états de Ibn-Hud: le premier réduit Montesa et Montiel, et saccage les environs de Jaen ; le second as siège Mérida et l’emporte d’assaut.

Ibn-Hud qui, dans le même temps, enlevait Gibraltar et Algéziras aux Almohades, accourt pour sauver ou reprendre Mérida : il livre bataille au roi de Léon , la perd et ne peut empêcher le vainqueur de s’emparer de Montanches et de Badajoz, au mois de chaban (juin).

Cet échec ébranle la puissance encore mal affermie de Ibn-Houd.

Le roi de Valence, Abou-Djomaïl-Zeyan, lui enlève Dénia : mais un rival, plus redoutable et surtout plus habile et plus heureux , commence à s’é lever contre lui.

Détail d'une fresque de l'Alhambra avec la famuse devise et c'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Détail d’une fresque de l’Alhambra avec la famuse devise et c’est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Avènement des Nasrides 

 Abou-Abdallah Mohammed ibn-Yusuf-ibn-Nasr , plus connu par le surnom de ibn Al-Ahmar , était natif d’Ardjouna ou Ardjidouna dans l’Andalousie orientale, mais issu d’un Ansar ou compagnon du législateur, le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le médinois nommé Saad ibn `Ubâda chef de la tribu arabe des Banu Khazraj, dont un descendant était venu d’Arabie, s’établir en Espagne, dès les premiers temps où elle fut conquise par les musulmans sous le califat Omeyyade.

Il reçut une éducation soignée, et manifesta, dès sa jeunesse, le désir de dominer et e se signaler par de grandes entreprises.

Sa taille , sa figure , sa force, sa valeur, commandaient la crainte et le respect, en même temps qu’il s’attirait l’estime universelle, par sa prudence , sa frugalité , sa douceur, l’austérité de ses mœurs , et la simplicité de ses vêtements.

Il servit d’abord sous les rois almohades , et montra autant de droiture et de désintéressement dans les emplois administratifs, que de courage et de talents dans ses expéditions militaires.

Après la décadence de cette dynastie , il se joignit à Mutawakkil ibn-Houd, et combattit longtemps avec lui, pour anéantir la puissance et la doctrine hérétique des Almohades.

Enfin, il se révolta contre ce prince, dans Ardjidiouna, sa patrie, dont il était sans doute gouverneur, prit d’assaut Jaen , l’an 629 (i235), s’empara successivement de Guadix, de Baça, etc., et se fit proclamer roi dans toutes les villes qui reconnurent sa domination.

Tels furent les commencements de la dynastie arabe des Nasrides et du nouveau royaume de Grenade, qui remplira seul la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne.

Cette année, Abou-Mousa Amran , frère du roi  berbère Almohade de Marrakesh, se révolta dans son gouvernement de Ceuta; mais, redoutant la vengeance de son frère , il se rendit en Espagne, auprès de Mutawakkil ibn-Hud, et lui livra Ceuta, en échange d’Almeria, où il mourut quelque temps après.

La perte de Ceuta fut si sensible à Edris Al-Mamoun l’Almohade, qu’il fut frappé d’apoplexie, et expira le 29 dzoulhadjah 629 ( 16 oc tobre 1232).

Son règne avait duré cinq ans et deux mois.

Nous pourrions terminer ici la quatrième époque, puis- qu’avec ce prince s’anéantirent la domination et les espérances des Almohades en Espagne ; mais, comme ils y conservèrent, quelques années encore , un petit nombre de places, et que la plus grande partie des provinces qu’ils y avaient possédées, se trouvaient alors partagées entre trois princes musulmans, dont le plus faible d’abord était le fondateur du royaume de Grenade ; nous avons cru devoir continuer cette époque jusqu’au temps où la mort de Mutawakkil ibn-Hud fit passer Grenade au pouvoir de Mohammed ibn Al-Ahmar le Nasride, temps qui coïncide avec la prise de Cordoue et de Valence par les chrétiens.

Des trois états que comprenait alors l’Espagne musulmane , Abou-Djomaïl Zeyan possédait à peine la moitié du royaume de Valence avec sa capitale.

Tout le reste , c’est- à-dire , l’Andalousie , les royaumes de Murcie et de Grenade, et quelques districts de celui de Valence, était au pouvoir de Ibn-Hud, à l’exception des places que ibn Al- Ahmar venait de lui enlever.

Mais le soin qu’il avait pris de former une puissance capable de résister aux chrétiens , fut la cause de sa durée éphémère. Son ambition réveilla leur défiance , en même temps que la jalousie de ses rivaux, et lui suscita une foule d’ennemis.

Tandis qu’il s’opposait aux progrès de la révolte de Ibn Al-Ahmar, le roi croisé de Castille, favorisé par les guerres civiles des Musulmans; ayant pris plusieurs places-fortes, entre autres Palma , dont il fit égorger tous les habitants (musulmans) sans distinction, il répandit , par ce terrible exemple, une telle épouvante, qu’il put pénétrer sans obstacle jusqu’à Xérèz , et campa sur les bords du Guadalete, si fameux par la défaite du dernier roi des Wisigoths face au Omeyyades de Damas.

Ibn-Hud, peu inquiet des avantages que son nouveau rival obtenait contre lui, dans les environs de Grenade, rassemble toutes ses forces, et marche contre les ennemis de l’islam. A son approche, les chrétiens, embarrassés par le grand nombre des captifs, les massacrent impitoyablement  , et se rangent en bataille.

Après une mêlée sanglante où les deux armées combattent avec fureur, les musulmans se replient dans un bois d’oliviers, échappent aux vainqueurs, et se retirent à Xérèz et à madina al-Sidonia.

Cette affaire eut lieu en 63o (1233), et détermina Ibn- Hud à acheter une trêve au prix de 1000 dinars par jour.

Dans le même temps, Mohammed ibn Al-Ahmar enlevait à ce prince Loja, Alhama et tous les châteaux des Alpujarras.

Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus)
Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus) le château entre définitivement dans le domaine castillan, en 1225 par Ferdinand III

 

Fier de ces succès et croyant son rival abattu par sa dernière défaite, il ose lui livrer bataille dans les environs de Séville, en 631 (1234.); mais il est vaincu , et va néanmoins surprendre Séville , dont il est chassé, au bout d’un mois , par les habitants .

Dans l’Espagne orientale, Abou-Djomaïl Zeyan, après avoir ravagé les états du roi croisé d’Aragon , tandis que celui-ci était occupé à son expédition contre les îles Baléares, pénétra jusqu’à Hisn-Ambosta et Tortose , et revint avec un butin considérable et un grand nombre de captifs chrétiens.

Jayme le croisé, à son retour, entra dans le royaume de Valence, usa de représailles , reprit Péniscola , s’empara de Castillon, Bunol , Mansoura , Morelia , soit de vive force , soit par stratagème , réduisit Burriana à capituler à la fin de celle année, et accorda sécurité aux habitants.

L’an 632 ( 1235), les troupes de ce prince font la conquête de l’île d’Iviça, après un siège de cinq mois .

Cette année, les Génois vont avec une flotte considérable assiéger Ceuta , qui appartenait au roi de Murcie ; mais, après de longs et inutiles efforts, ils font la paix avec les habitants, reçoivent 4.00 mille dinars et remettent à la voile.

La même année, Ferdinand assiège et prend par capitulation l’importante place d’Ubeda, qui , malgré ses fortifications respectables, ne peut résister long-temps à cause de »a grande population : les Musulmans s’y étaient réfugiés en foule , après avoir abandonné les autres villes subjuguées par les chrétiens.

Dans l’Estramadure , les Castillans s’emparent aussi d’Alhanjc et de plusieurs autres places, entre autres, de Medelin et Mudela qui avaient des seigneurs parti culiers , parents du roi de Valence.

Les chrétiens de là garnison d’Ubeda , informés que Cordoue était mal gardée, se joignent aux troupes d’Andujar , escaladent de nuit le côté oriental des remparts de Cordoue, surprennent une tour, et égorgent les soldats qui la défen daient. Au point du jour , les habitants s’efforcent en vain de la reprendre.

Le roi Ibn-Hud rassemblait alors ses forces pour voler à la défense d’Ubeda et de Grenade.

A la nouvelle du danger qui menace Cordoue, il marche pour la secourir; mais il apprend en chemin que tout le faubourg oriental est au pouvoir des croisés, et que Ferdinand III, arrivé de l’Estramadure avec une nombreuse armée , est campé à Alcolea.

Ibn-Hud , au lieu de livrer bataille au roi croisé de Castille , pour relever le courage des Cordouans , prend un parti plus timide, suivant l’avis de la majorité de son conseil.

Il envoie don Suar (Laurent Suares de Figueroa) pour connaître le nombre et les dispositions de l’armée castillane.

Trompé par le rapport infidèle ou exagéré de ce transfuge espagnol, Ibn-Hud hésite encore, lorsque l’arrivée d’un courrier du roi de Valence fixé son irrésolution.

Zeyan lui écrivait de Dénia qu’il avait obligé les Aragonais de lever le siège de Cullera, mais que la prise de Montcast les rendait maîtres des plaines de Valence, et mettait en danger cette capitale.

Il implorait son secours, et promettait d’être son vassal et son tributaire.

Ibn-Hud, voyant ses troupes découragées par leur défaite devant Xérez et par la crainte d’en essuyer une seconde; flatté, d’ailleurs, d’acquérir le royaume de Valence, et persuadé que Cordoue était en état de résister long-temps, ou que dans tous les cas il la reprendrait aisément , s’éloigna de cette ville.

La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel
La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel , fut principalement l’oeuvre d’Abd al-Rahman Ad-Dakhil

La chute de Cordoue al-Qurtuba après 540 ans de domination Islamique 

 

A cette nouvelle, les habitants qui, jusqu’alors, n’avaient cessé de combattre chaque jour dans les rues et dans les places publiques, pour défendre leur patrie, leur culte , leur vie et leur liberté, perdirent courage, et demandèrent à capituler.

Ferdinand le maudit fils du maudit, sûr que la ville ne pouvait lui échapper, leur accorda seulement la vie, et la permission de se retirer où ils voudraient.

Il y fit son entrée le dimanche 22 chawal 633 (22 juin 1236).

 

Ainsi fut perdue pour les Musulmans qui en avaient été les maîtres pendant 54o ans, la métropole de l’Andalousie, l’antique et célèbre Cordoue al-Qurtuba le joyaux des Omeyyades la capitale du califat d’Occident.

Les chrétiens se partagèrent les biens des musulmans, et changèrent les mosquées en églises .

Les villes de Baeça, Astapa , Leija, Almodovar et un grand nombre de bourgs et de villages, désespérant de résister au roi de Castille, se mirent sous sa protection , et lui payèrent tribut.

Abou-Djomaïl Zeyan , animé par l’espoir des secours de Ibn-Hud, recruta son armée, et assiégea Santa-Maria ; mais, après plusieurs assauts, il fut force de se retirer, et alla se renfermer dans Valence, à la fin de dzoulhadjah 634 (août 1237).

Al-Mutawakkil ibn-Hud s’était rendu à Alméria dans l’intention de s’y embarquer, avec ses troupes, pour Valence , où il comptait se joindre au roi Zeyan.

L'armée arabe nasride avec la bannière  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X
L’armée musulmane  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X

 

Mort d’al-Mutawakkil ibn Hud

Il y fut reçu par l’alcaïd Abd-el-rahman , qui lui donna un banquet solennel; mais, la nuit suivante, ce perfide fit étouffer le monarque pendant son sommeil.

Conde place la mort d’al-Mutawakkil ibn-Hud, au 27 djoumadi 1″. 635 ; mais cette date est évidemment une erreur .

Est-il vraisemblable que ce prince, volant au secours du roi de Valence, ait mis dix-huit mois pour se rendre des environs de Cordoue à Alméria, ou qu’il soit resté tout ce temps dans cette dernière ville, au sein de la mollesse et de l’oisiveté ?

Outre qu’aucun historien ne rapporte les événements qui auraient dû se passer dans ce long intervalle, Cardonne , Chenier, et tous les auteurs espagnols font mourir le roi de Murcie avant la prise de Cordoue, et disent même que la nouvelle de sa mort décida la reddition de cette ville.

Nous adoptons leur opinion d’autant plus volontiers, qu’elle ne contrarie en rien l’ordre chronologique des événements, et qu’au moyen du changement d’un chiffre , elle s’accorde avec la date donnée par Conde.

Nous pensons donc qu’al-Mutawakkil ibn Hud fut assassiné le 27 djoumadi 1er ». 633 (7 février 1236), c’est-à-dire , environ trois semaines ou un mois après s’être éloigné de Cordoue , dont les chrétiens pressèrent alors plus vivement le siège.

Cet intervalle est plus que suffisant pour qu’il ait eu le temps de se rendre avec son armée à Alméria.

La fin tragique et imprévue de Mutawakkil ibn-Hud , porta un coup fatal à l’islam en Espagne.

Ce prince , que sa naissance , ses vertus, son courage, ses talents politiques et militaires , rendaient digne d’une meilleure destinée, avait fait de vains efforts pour réunir sous sa domination tous les lambeaux de la puissance musulmane dans la Péninsule; seul moyen , en effet, d’opposer une barrière aux conquêtes des princes croisés chrétiens.

Son règne, qui dura huit ans (ou dix, si on laisse subsister la date de Conde), fut une lutte continuelle, un enchaînement de guerres, de troubles et de convulsions qui ne fut pas néanmoins sans éclat , mais qui ne laissa à ses sujets que périls, malheurs et afflictions.

Pour ôter tous soupçons a son armée, on publia qu’il était mort d’apoplexie ou des suites de l’ivresse.

Malgré cette précaution, ses troupes se dispersèrent , retournèrent dans leurs foyers, xil personne ne songea à secourir le roi de Valence.

Construite par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.
Fort de Merida al-Andalus, construit par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe. elle est capitale de l’Estrémadure. En 1230, elle est prise par les troupes d’Alphonse IX de Léon.

Ali ibn Yussuf frère d’Ibn Hud dit : al-Adid al-Dawla

Aussitôt que la nouvelle de cet événement fut arrivée à Murcie, on y reconnut pour roi, Ali ibn-Yousouf, frère de al-Mutawakkel ibn Hud, et on lui donna le surnom d’Adid ed-daulah (al-Adid al-Dawla).

Mais son autorité précaire ne s’étendit guère au-delà du territoire de sa capitale.

Séville et Ceuta se soumirent au roi berbère Almohade de Marrakesh , Abu-el-wahed Al-Raschid, fils et successeur d’Edris Al-Mamoun.

Le gouverneur d’Alméria fit déclarer cette ville en faveur de Mohammed ben Al-Ahmar (le Nasride), roi d’Ardjouna et de Jaen et le wali de cette dernière ville, ayant gagné les habitants de Grenade, y fit recevoir ce prince, à la fin de ramadhan 635 (mai 1238), suivant Conde , ou peut-être l’année précédente, mais toujours depuis la mort d’al-Mutawakkil Ibn-Houd.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..356.-357.-358.-359.-360.-361.

Date d’édition : 1818-1819

Doc : Lorsque le monde parlait l’Arabe entier 3h04

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Contient les 8 chapitres du documentaire

– Les arabes entrent en scène
– Il était une fois à Bagdad
– L’épopée Andalouse
– Le ciel à livre ouvert
– Les secrets du corps humain
– Les ulémas et les philosophes
– De l’arabe au latin
– Oublier l’arabe

Du IXe au XIIe siècle, le monde musulman connait un rayonnement sans égal : il s’étend de l’Espagne à l’Inde, avec des capitales de rêve : Bagdad, Cordoue, Grenade, Le Caire, Damas… De la théologie à la médecine et à la botanique, des mathématiques à l’astronomie, son essor scientifique et culturel fascine – autant qu’il inquiète – l’Occident médiéval en retard…

 

Doc : L’Alambra de Gharnata (grenade) de la dynastie islamique Nasride al-Andalus

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Documentaire sur la dynastie Issue des banu khazraj de médine (ansar) , dernière dynastie arabo-islamique d’Al-Andalus la dynastie est instituée en 1238 par un émir arabe, Mohammed ibn Nazar souvent appelé Al-Ahmar (Le rouge) et surnommé Al-Ghâlib (le vainqueur) qui descend du médinois Sa`d ibn `Ubâda chef Ansar de la tribu des Banu Khazraj.

La devise des nasrides aurait été proclamée par le premier conquérant lors de son entrée sous la porte d’Elvira de Grenade :
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall vingt-troisième émir nasride de Grenade

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Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade
Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall est le vingt-troisième émir nasride de Grenade (dynastie ansarite des banu khazraj qahtaniyun)

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade. Il est le fils de Sa`d al-Musta`în (Ciriza), le frère de Abû al-Hasan `Alî (El viejo) ou (Muley Hacén) à qui il succède en 1485 et enfin l’oncle de Boabdil Mohammed XII az-Zughbî qui en 1487 après sa libération par les Castillans lui reprend son trône perdu en 1484. En 1489, il décide d’aller à Oran, puis à Tlemcen où il s’installe définitivement. Al-Maqqari en son temps, signale la présence de ses descendants, connus comme Les enfants du sultan d’al-Andalus ( بني سلطان الأندلس en arabe)2.Il décède probablement en 1494. Les Grenadins qui l’estimaient beaucoup le surnommèrent Az-Zaghall (Le Courageux). Sa descendance serait de nos jours en partie originaire de Sfax en Tunisie sous le nom de famille Zghal. 

Quand il arrive au pouvoir, Mohammed az-Zughbî (Boabdil) est prisonnier des Castillans après une défaite humiliante à la fin de l’année 1484. Abû al-Hasan `Alî, le père de Boabdil que celui-ci avait détrôné en 1482, a repris le pouvoir. Les Rois Catholiquesconquièrent Ronda. Une série de défaites grenadines et la maladie d’Abû al-Hasan `Alî, permettent à Mohammed az-Zaghall de prendre le pouvoir. Il se fait nommer émir en 1485.

Le règne (1485 -1487)

Les Rois Catholiques ont alors attaqué la forteresse de Moclín, mais l’avant gardes chrétienne est mise en échec par le sultan al-Zaghall aux alentours de la ville, au cours d’un dur combat du 31 août au 3 septembre 14853.

Le 29 mai 1486 les chrétiens, qui disposent maintenant de mercenaires suisses et allemands, ils prennent Loja. Le 30 mai et 9 juin, Saler et Illora tombent aux mains des Castillans. Moclín est tombée le 16 juin bien que les musulmans aient résisté grâce à leur artillerie légère. Les châteaux Colomera et de Montefrío tombent quelques jours plus tard. Les musulmans prennent alors pleinement conscience du danger qui menace Grenade.

L’assaut contre Malaga

Au printemps 1487, les chrétiens encerclent Malaga. Le chef de la garnison nasride, Ahmad at-Tagrî, prend le commandement de la ville à partir du 6 mai. Il est déterminé à combattre jusqu’au bout. Soumis au feu des bombardes castillanes, les musulmans se défendent de leur mieux. En juillet, les vivres arrivent à manquer. Les habitants de Málaga sont obligés de manger des chevaux, ânes, mulets et chiens. Málaga capitule au bout de trois mois et demi de siège, le 18 août 1487. Les quinze milles prisonniers musulmans sont dans un véritable état d’inanition.

Son neveu Mohammed az-Zughbî (Boabdil), revenu au pouvoir à Grenade, s’est conformé à l’accord secret signé avec les Rois Catholiques et n’est pas intervenu en faveur de Málaga.

En revanche Muhammad XIII az-Zaghall s’est exilé à Almeria après la chute de Baza. Il a essayé une manœuvre de diversion en lançant quelques détachements de volontaires nasrides, d’Adra, sur les chrétiens aux alentours de Vélez-Málaga.

El Zagal finit par pactiser avec Ferdinand, lui vendit Almeria et Guadix, devint son vassal et se fit nommer Roi des Alpujarras. Quelque temps plus tard, il lui vendit le reste de son royaume pour 5 millions de maravedis et passa en Afrique.

Notes

  1.  arabe : muḥammad ben saʿd az-zaḡall, محمد بن سعد الزغل
  2.  (ar)نفح الطيب من غصن الأندلس الرطيب, par Al Maqqari, Dar Sader, 1997, partie 4, p 524
  3.  19-22 chaban 890 A.H.

 

 

Philippe III de Habsburg, Edit d’Expulsion des « Nouveaux Chrétiens Morisques (arabo-musulmans) » de Grenade, Murcie et du reste de l’Andalousie, 9/12/1609

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Expulsion des Musulmans d’al-Andalus (Espagne) 

Philippe III de Habsburg, Edit d’Expulsion des « Nouveaux Chrétiens Morisques (arabo-musulmans) » de Grenade, Murcie et du reste de l’Andalousie, 9/12/1609

Edit d’Expulsion des Morisques de Grenade, Murcie et Andalousie, 9/12/1609

Le roi, parce que la raison oblige en conscience le bon et chrétien gouvernement d’expulser et chasser de tous Royaumes et Républiques les choses qui y causent scandale et portent dommage aux bons sujets, et danger à l’Etat, et surtout qui offensent Dieu notre Seigneur, et sont préjudiciables à son Service.

A cette cause, l’expérience ayant montré que la résidence des nouveaux Chrétiens les Morisques et leur demeure aux Royaumes de Grenade, Murcie et Andalousie, a causé tous ces inconvénients : parce qu’outre la façon de procéder de ceux qui s’accordèrent en le soulèvement dudit Royaume de Grenade, laquelle commença par d’atroces meurtres et tueries, de tous les Prêtres et Vieux Chrétiens qu’ils purent attraper de ceux qui vivaient parmi eux, appelant le Turc à leur secours et aide.

Et les ayant tirés dudit Royaume et permis de demeurer en nos autres Royaumes, moyennant qu’ils se repentissent de leurs fautes et vécussent fidèlement et chrétiennement, selon les préceptes et justes ordonnances qu’on leur donna.

Non seulement ils ne les ont ni respectés ni accomplis, suivant les obligations de notre sainte Foi : ainsi ont-ils toujours montré avoir pour icelle un grand mépris et n’avoir jamais craint d’offenser Dieu notre Seigneur, comme a été vu par la multitude de ceux qui ont été châtié par et punis par le Saint Office de l’Inquisition.

Outre cela, qu’ils ont commis plusieurs larcins et meurtres contre les Vieux Chrétiens. Et non contents de cela, ont voulu conspirer contre la royale Couronne et mes Royaumes, recherchant l’aide et le secours du Turc, allant et venant des personnes par eux envoyées à cet effet, et faisant le même envers d’autres Princes, desquels ils se promettaient aide & secours. Leur offrant leurs personne & moyen.

«Morisques musulmans du royaume de Grenade sos domination croisée, en prenant la marche dans le pays avec des femmes et des enfants. pour fuire les exactions chrétienne » Dessin de Weiditz Christophe en 1529

Et puis que durant tant d’années qu’ils trament ces trahisons & conspirations, aucun d’eux n’est venu à les révéler, ainsi les ont toujours couvertes, cachées & niées. C‘est un signe très évident que tous ont été de même opinion & volonté contre le service de Dieu et le mien, & contre le bien de ces Royaumes encore qu’ils aient pu imiter plusieurs Chevaliers des leurs de généreuse extraction, qui ont fait service à Dieu, & à nos Seigneurs les Rois nos prédécesseurs, & à moi, comme bons Chrétiens, & vassaux très loyaux.

Considérant donc tout ce que dit,  m’obligea donc d’y mettre ordre & remède, de se procurer la conservation & augmentation de mes Royaumes & sujets, & désirant pourvoir au tout, j’ai arrêté avec l’avis & conseil de plusieurs hommes doctes, & d’autres personnes fort Chrétiens, prudents et jaloux du service de Dieu & du mien, de chasser desdits Royaumes de Grenade, Murcie et Andalousie, et de la ville d’Hernache (encore que ce soit hors les limites desdits Royaumes) tous les Nouveaux Chrétiens Morisques qui sont en iceux, tant hommes que femmes & enfants.

Car comme quand quelque grand & détestable crime se commet en quelque Collège ou Communautéil est raisonnable que tel Collège ou Communauté soit détruit ou perdu, & que les petits pour les grands, & les uns & les autres soient punis. Et que ceux qui pervertissent la bonne & sincère vie des Republiques & de leurs Villages & Cités, soient chassés loin des autres habitants, afin que leur contagion ne se prenne & gâte les autres:

A ceste cause en vertu des présentes, j’ordonne et commande que tous les Nouveaux Chrétiens Morisques, sans en excepter aucun de ceux qui vivent & sont résidents auxdits Royaumes de Grenade, Murcie, Andalousie, & ladite ville d’Hernache, tant hommes que femmes, de quelques âges qu’ils soient, tant naturels que non naturels, qui en quelque manière ou pour quelque cause que ce soit sont venus & demeurent susdits lieux, excepté ceux qui sont esclaves, sortent dans les 30 jours premiers suivants, qui se compteront en jour de la publication des présentes, de tous ces tiens Royaumes & Seigneuries d’Espagne avec leurs enfants & filles, serviteurs & servantes, et autres leurs domestiques de leur nation, tant grands que petits et qu’ils ne soient si hardis de retourner ou demeurer en iceux, ni en aucun endroit or partie d’iceux de résidence ni de passage ni en aucune autre manière quelconque.

Et leur prohibe & défends de sortir par les Royaumes de Valence ou d’Aragon, ni d’entrer en iceux, sur peine que s’ils le font & n’accomplissent pas, de la sorte, ce que dit est ; & s’ils font trouvés en mesdits Royaumes & Seigneuries en quelque sorte & manière que ce soit passé ledit terme, ils encourront la peine de mort, et confiscation de tous leurs biens pour l’effet que j’ordonnerai y les appliquer. Lesquelles peines ils encourront pour le même fait, sans autre figure de procès, sentence, ni déclaration.

Et prohibe & commande, qu’aucune personne de tous mes Royaumes et Seigneuries, y étant & y habitant, de quelque Etat, qualité, prééminence, & condition qu’ils soient, qu’ils ne soient si hardis de recevoir, ni receler, recueillir, ni défendre publiquement, ni secrètement, homme ou femme Morisque, passé ledit terme, & ce pour toujours & à jamais, en leurs terres, maisons, ni autre lieu quelconque, sur peine de perdition de tous leurs biens, vassaux. Forteresses, & autres, & en outre de perdre toutes & chacune des grâces & bienfaits qu’ils ont de moi, applicables ma chambre & fisc.

Carte des expulsions ver le Maroc (Seville et Malaga) et en Algerie Ottomane (Murcia, Alicante,Grao, Vinarez, Los Alfaques) et ver la France depuis le nord

Et encore que équitablement j’eusse pu confisquer & appliquer à mon domaine tous les biens meubles & immeubles desdits Morisques, comme biens de profiteurs, criminels de lèse-Majesté divine & humaine et toutefois usant de clémence envers eux, il me plait, que pendant & durant ledit temps de 30 jours, ils puissent disposer de leurs biens, meubles, et choses mobilières et les emporter, non en monnaie, or, argent, joyaux, ni lettres de change, mais en marchandises qui ne soient pas prohibées, achetées des naturels de ces Royaumes, & non d’autres, ou en fruits desdits Royaumes.

Et afin qu’iceux Morisques puissent durant ledit temps de 30 jours disposer d’eux, & de leurs biens,  meubles, & choses nobiliaires, & faire emploi d’iceux en marchandises et comme dit est en fruits de ladite terre, & emporter celles qu’ils achèteront excepté que pour les immeubles faut qu’ils demeurent pour mon domaine, & pour les appliquer à l’œuvre du service de Dieu, & bien public, selon que mieux me semblera être convenable.

Je déclare par ces présentes, que je les prends & reçois sous ma protection & sauvegarde Royale, & les assure eux & leurs biens, à ce que pendant ledit temps ils puissent aller & venir, & être assurés pour vendre, troquer, & aliéner tous leurs susdits biens, meubles, & choses mobilières, & employer la monnaie, or, argent, & joyaux comme dit est en marchandises non défendues & achetées des naturels de ces Royaumes, & fruits d’iceux, & emporter avec eux lesdites marchandises & fruits, librement, & à leur volonté, sans que pendant ledit temps leur soit fait ni donné aucun mal ni dommage en leurs personnes, ni biens contre Justice, sur les peines en quoi encourent ceux qui rompent la sauvegarde Royale.

Et tout de même donne permission & faculté aux susdits Morisques qu’ils puissent emporter avec eux de mesdits Royaumes & Seigneuries lesdites marchandises & fruits, tant par mer, que par terre payant les droits accoutumés avec ce que (comme dessus est dit) qu’ils ne retirent or, ni argent monnayé, ou à monnayer, ni autres choses défendues par les lois de ces miens Royaumes, en espèce, ni par change, sauf lesdites marchandises & fruits, qui ne soient choses défendues.

Toutefois leurs permets bien qu’ils puissent emporter l’argent qu’ils auront besoin pour leur passage et transport qu’ils auront à faire par terre, comme aussi pour leur embarquement par mer. Et commande à toutes les justices de cesdits miens Royaumes, & à mes Capitaines Généraux de mes galères, & armées de haut bord, qu’ils fassent garder & accomplir tout le contenu ci-dessus. Et que non seulement ils ne contreviennent pas à cela, mais encore qu’ils y donnent & apportent bonne & bref exécution, & toute faveur & aide que besoin sera, sur peine de privation de leurs Offices, & confiscation de le leurs biens.

Et commande que cette mienne commission & tout le contenu en icelle ils fassent publier publiquement ; afin qu’icelle vienne à la notice de tous, & que personne n’en puisse prétendre cause d’ignorance- Donné à Madrid le 9 Décembre 1609. Signé : Le Roi

Aicha al-Horra Oum Abu Abd’Allah la mère du dernier sultan arabe d’Andalousie appelé Boabdil

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Aicha al-Horra Oum Abu Abd'Allah la mère du dernier sultan arabe d'Andalousie appelé Boabdil
Aicha al-Horra Oum Abu Abd’Allah la mère du dernier sultan arabe d’Andalousie appelé Boabdil, au musée de cire historique de Madrid au salon al-Andalus espagne arabe.

`Â’icha bint Mohammed “al-Horra”1Aixa en espagnol2, surnommée La Horra ou Al-Horra3 (La Libre) curieusement presque toujours traduit par La Honesta4 en espagnol, parfois appelée Fátima5 chez certains auteurs, est la mère du dernier souverain arabe musulman d’Al-Andalus Mohammed XII az-Zughbî (El Chico) (Boabdil). Elle est l’une des femmes les plus célèbres de l’histoire d’Al-Andalus, en dépit du peu de documents sur sa vie et de la polémique apparue sur son véritable nom.

 `Â’icha (ou Fátima) serait la fille de Mohammed IX al-‘Aysar (El Zurdo)6 (à moins qu’elle ne soit la fille de Mohammed X al-‘Ahnaf (El Cojo)7). En tout état de cause elle fait partie de la famille royale de Grenade à un haut rang et devait jouir d’un patrimoine et d’un prestige considérables qui expliqueraient son influence publique postérieure5. Selon un document apporté par Luis Seco de Lucena, le 3 octobre 1492 elle a reçu du chevalier chrétien Don Luis de Valdivia deux mille cinq cents réaux d’argent pour prix de la vente de ses propriétés agricoles qui deviendront ensuite propriété des Rois Catholiques. Dans Grenade, elle possédait le palais de Dar al-Horra8 et aux environs, l’Alcázar del Genil qui était sa résidence d’agrément5.

`Â’icha aurait été l’épouse en premières noces de Mohammed XI (El Chiquito)9. Elle est veuve en 1455. Sa`d al-Musta`în10 (Ciriza) marie `Â’icha à son fils Abû al-Hasan `Alî11 (El Viejo) (Muley Hacén). Avec cette union il espérait sans doute arriver à une réconciliation entre les factions grenadines12. Â’icha a été pendant vingt années la sultane, épouse du sultan Abû al-Hasan `Alî avec lequel a eu deux fils Mohammed XII az-Zughbî (El Chico) (Boabdil) et Abû al-Hajjâj Yûsuf ainsi qu’une fille nommée `Â’icha.

Mais le sultan est tombé amoureux d’une esclave chrétienne, Isabelle de Solis, qui a pris le nom de Soraya en se convertissant à l’islam. Elle aurait eu deux fils et a fini par supplanter `Â’icha, à l’expulser de l’Alhambra et à la faire reléguer dans les appartements moins royaux du palais de Dar al-Horra.

En juillet 1482, les Castillans s’installent dans une petite vallée plantée d’oliviers et des collines, au pied de la forteresse nasride de Loja. Cette place forte est défendue par un des meilleurs commandants grenadins : `Alî al-Attar. Celui-ci, profitant d’une négligence des envahisseurs, fait une sortie avec des fantassins et des cavaliers attaquant directement le camp des castillans. Il parvient ainsi à s’emparer d’armes, de canons et de matériels que les Castillans avaient amenés pour leur siège.

La crainte pour la succession de ses fils et la méfiance envers les intentions du sultan, ont incité `Â’icha à prendre part, avec la faction aristocratique arabe des Abencérages, à une conspiration pour détrôner Abû al-Hasan `Alî et mettre à sa place son fils Boabdil. Le 14 juillet 1482, les armées chrétiennes se retirent. Le même jour arrive de Grenade la nouvelle de l’évasion de l’Alhambra des deux fils d’Abû al-Hasan, Mohammed az-Zughbî (Boabdil) et Yûsuf. Leur fuite a été favorisée par `Â’icha. Les princes rebelles arrivent à Guadix. Mohammed az-Zughbî (Boabdil) y est reconnu comme souverain5.

`Â’icha est intervenu à nouveau avec ténacité et fermeté dans 1483, quand son fils est fait prisonnier des chrétiens dans la bataille de Lucena, elle a négocié sa libération5.

On sait peu de choses sur sa vie durant les années suivantes. Elle a sûrement continué s’impliquer dans les événements agités et décisifs qui eurent lieu à Grenade : les prétentions au trône de Az-Zaghall, son beau-frère qui prend le trône de Boabdil entre 1485 et 1487. `Â’icha a été l’âme de la résistance au harcèlement des troupes chrétiennes. Quand la ville se rend aux Rois Catholiques le 2 janvier 1492, `Â’icha part en exil avec son fils5.

Elle réside d’abord le chez le seigneur d’Andarax, dans l’Alpujarra. En octobre 1493, elle part avec son fils finir sa vie à Fès au Maroc.

Femme énergique et de caractère fort, l’image qu’on a d’elle venant de sources castillanes est celle d’une personne d’un caractère passionné. Sa vie agitée a été utilisée comme sujet dans la littérature jusqu’à nos jours. Elle a été une femme capable de prendre d’importantes décisions qui ont influencé l’évolution politique du royaume, pour s’assurer la succession de leur fils aîné au trône de la Grenade nasride. `Â’icha a combattu pour ses droits et ceux de ses fils avec une fermeté inhabituelle pour une femme du xve siècle. Une lutte que la littérature romantique a transformée en drame passionnel et histoire de vengeances5.

Notes

  1.  arabe : ʾāʿiša bint muḥammad al-ḥurra, عايشة ﺑﻨﺖ ﻣﺤﻤﺪ الحرة
  2.  En castillan ancienx se prononçait /ʃ/ (comme ch français). Alors Aixa en espagnol correspond à Aïcha en français.
  3.  arabe : (adj. f.) ḥurraحرة, « libre »
  4.  espagnol : honesto (ta), honnête ; honorable
  5. ↑ abcdef et g Mª Dolores Mirón, Universidad de Granada, Biografías de Mujeres Andaluzas (es) Aixa [archive]
  6.  Quinzième émir nasride de Grenade
  7.  Dix septième émir nasride
  8.  arabe : dār al-ḥurraدار الحرة
  9.  Dix-neuvième émir nasride
  10.  Vingtième émir nasride
  11.  Vingt-et-unième émir nasride
  12.  (es) Carpeta Didáctica : al-Andalus Al-Ándalus III: el Sultanato De Granada (1232-1492) y Una Breve Reseña Sobre la Alhambra [archive]

Al-Wansharisî, Fès, Fatwa sur l’obligation d’émigrer d’Espagne après la prise de Grenade lors de la fin des Nasrides , ver l’an 1492 de l’ère chrétienne

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Le sultan nasride Abu Abd’ALLAH dit Boabdil remettant les clés de la ville de Grenade

Al-Wansharisî, Fès, Fatwa sur l’obligation d’émigrer d’Espagne après la prise de Grenade lors de la fin des Nasrides , ver l’an 1492 de l’ère chrétienne

Obligation de quitter les territoires envahis par l’ennemi.

Un musulman habitant de Marbella, connu par sa vertu et son sentiment religieux, n’a pu prendre part à l’émigration avec ses coreligionnaires, ayant été obligé de rester dans le pays pour retrouver la trace de son frère, qui a disparu avant la guerre contre les infidèles.
Aujourd’hui, il n’a plus aucun espoir de le retrouver, mais un autre motif l’empêche d’émigrer. En effet, cet homme, qui connaît la langue des chrétiens, est, auprès de ceux-ci, l’avocat des musulmans tributaires, dont il a sauvé plus d’un du danger, en plaidant pour lui devant les juges chrétiens. Nul ne peut le remplacer et les pauvres musulmans de ce pays subiraient un grand préjudice, s’il venait à leur manquer. Lui est-il permis de rester avec ces musulmans tributaires, vu l’intérét qu’ils y ont et malgré la possibilité où il se trouve d’émigrer quand il veut ? Doit-on tolérer qu’il fasse sa prière avec ses habits (de tous les jours), rarement exempts d’impureté, puisqu’il est constamment en rapport avec les chrétiens, séjourne ou même passe la nuit dans leurs maisons, dans l’intérêt des musulmans ?

Quiconque croit à Allah et au Jour du Jugement dernier doit se hâter de fuir le voisinage des infidèles, ennemis de l’Ami de Dieu, Muhammad le Miséricordieux. Aucune des excuses données par cet homme, qui fait office d’interprète pour les musulmans tributaires, n’est admissible.

Il faut que l’Islam reste fier et non humilié, que la prière soit faite publiquement et soit exempte d’humiliation et de ridicule.

D’autre part, la Zakāt qui est un des piliers de la religion ne peut être pratiquée dans ce pays, car on n’en est tenu que vis-à-vis du souverain musulman. Le jeûne de Ramadan, qui est la Zakāt (aumône légale) des corps, ne peut être rigoureusement observé que lorsqu’on voit la nouvelle lune au commencement et à la fin du jeûne. Or, dans la plupart des cas, ce fait est établi par la déposition des témoins devant l’Imâm ou ses délégués. Il ne peut être question de ce témoignage dans un pays où il n’y a pas d’Imâm. Il y aura donc doute sur le commencement et la fin du mois.

La prescription du Jihâd n’y peut être non plus observée. Dans ce pays, on risque de subir des insultes, d’être opprimé dans sa personne et dans ses biens, autant de choses incompatibles avec la sounna et la virilité.

On peut craindre aussi que ces chrétiens ne violent leur pacte et n’attaquent les musulmans établis sur leur territoire.

Du temps de ‘Umar b. ῾Abd Al-῾Azīz, les musulmans étant encore très puissants et très nombreux dans l’Andalousie, ce khalife défendait déjà qu’on y demeurât.

S’ils ne violent pas la foi jurée, il y a lieu de craindre les méfaits de leurs voleurs et des hommes stupides, la séduction des femmes et des filles des musulmans par ces chiens et ces cochons d’ennemis. Enfin, on peut craindre aussi que, à la longue, les mœurs des chrétiens, leur manière de s’habiller, leur langue, n’arrivent à s’implanter parmi les musulmans. Et si la langue arabe disparait, les pratiques rituelles la suivent.

De tout cela, il résulte que le séjour dans ce pays constitue un grave péché. Cela est si bien établi, que cette question est devenue un principe auquel on rapporte les autres questions pour leur donner une solution identique.

« Le plus beau des commerces ou Eclaircissement des règles relatives à celui dont la patrie a été occupée par les chrétiens et qui n’émigre pas, et de ce dont il est passible en fait de châtiments et de reproches.»

Des Andalous ont abandonné leurs maisons, jardins, vignobles, terrains et tous autres biens, et ont même dépensé des sommes considérables, afin d’échapper à la domination des infidèles et de se réfugier auprès de Dieu avec leurs femmes et leurs enfants. Maintenant qu’ils sont sur le territoire de Tlslâm, ils se plaignent d’être à Tétroit, de ne pas trouver dans le Maghreb les mêmes facilités de vivre que dans le pays des infidèles. Ils se plaignent de l’insécurité du pays et ne cachent pas leur manière de voir, en tenant de mauvais propos qui indiquent la faiblesse de leur foi et ral)sence de sincérité dans leurs convictions religieuses. Ils n’ont pas émigré pour Dieu et son Apôtre, comme ils l’ont prétendu, mais pour les biens de ce monde qu’ils désiraient acquérir aussitôt arrivés sur le territoire de l’Islam, et au gré de leurs désirs. N’ayant pas rencontré la satisfaction de leurs souhaits, ils se prirent à médire des pays musulmans, à maudire ceux qui ont été cause de leur émigration. Ils font l’éloge du pays des infidèles et de ses habitants, et se repentent de l’avoir quitté. On a entendu tel d’entre eux dire, faisant allusion à ce pays de Maghreb, — que Dieu le protège ! « Ce n’est pas vers ce pays qu’il convient d’émigrer: c’est de lui, au contraire, qu’il faut fuir. » Un autre disait : « Si le seigneur de Castille venait jusqu’ici, nous irions lui demander de nous ramener dans son pays. » Certains même usent de stratagème pour revenir dans le pays de l’infidélité et se mettre sous la protection des mécréants. — De quel péché se rendent-ils ainsi coupables ? Quelle est la situation de ceux qui reviennent auprès des infidèles après s’être établis dans le pays de rislâm ? Doit-on infliger une correction à ceux contre lesquels ces faits sont attestés par témoins Pou faut-il d’abord commencer par les prêcher et les avertir ? Ou bien, faut-il laisser à Dieu le soin de récompenser ou de châtier ceux d’entre eux qui le méritent ? L’émigration vers le pays de l’Islâm est-elle subordonnée à la certitude d’y trouver tout au gré de ses désirs, ou, au contraire, est-on obligé d’y accourir, en s’attendant au doux comme à Vamer, et rien que pour être en pays d’Islam et pour échapper à la domination des infidèles ?

L’émigration du pays des infidèles vers le pays de Tlslâm est un devoir religieux prescrit jusqu’au jour de la Résurrection. Mâlik a dit que Ton ne doit pas séjourner dans un pays où Ton pratique autre chose que Téquité.
Si aucun pays n’est irréprochable à ce point de vue, ou choisira celui où l’injustice est la moindre. Seuls sont excusés de ne pas émigrer, ceux qui sont dans l’impossibilité absolue de le faire, par exemple pour cause de maladie.
Encore faut-il qu’ils aient toujours l’intention bien arrêtée d’émigrer dés qu’ils le pourront. Le Qoran, en plus d’un passage, prescrit cette obligation d’émigrer et défend de prendre comme amis ou protecteurs les juifs ou les chrétiens.

Le prince des jurisconsultes, le qâdî Aboù-1-Walîd ibn Ruschd s’exprime ainsi : « L’obligation religieuse d’émigrer des pays d’infidélité subsiste jusqu’au jour de la Résurrection. Les docteurs sont même unanimes à déclarer que celui qui embrasse l’Islamisme, étant dans le paj’S des infidèles, devra immédiatement le quitter, pour se soustraire aux lois des mécréants et se placer sous les lois musulmanes. Il en résulte qu’il ne peut être permis à aucun musulman d’entrer dans les pays ennemis, pour
raison de commerce ou autre. Màlik désapprouvait le séjour du musulman dans un pays où il pouvait entendre insulter les ancêtres ; à plus forte raison, s’il s’agissait d’un pays où l’on renie Dieu et où l’on adore les idoles. »

Si les premiers jurisconsultes n’ont pas prévu cette question, c’est que le voisinage de ces infidèles n’existait pas de la même manière qu’aujourd’hui, dans les premiers temps de l’Islam. Ces provinces voisines appartenant aux chrétiens n’ont commencé a paraître qu’à partir du cinquième siècle de l’hégire, lorsque les chrétiens maudits — que Dieu les anéantisse ! — se sont emparés de la Sicile et d’autres villes de l’Andalousie. C’est à partir de ce moment que les jurisconsultes commencèrent à s’occuper de la question. Jusque-là, on n’avait prévu que le cas de celui qui embrasse l’Islam, étant dans un pays d’infidélité, et on lui a fait un devoir de le quitter. Une controverse subsistait cependant sur le point suivant : le
converti à l’Islam qui reste dans le pays ennemi, est-il assimilé à un musulman ou à un ennemi, quand il est tué ou que ses biens et ses femmes sont emportés comme butin par les musulmans ? Cette question dépend du point de savoir si c’est la qualité de musulman ou le séjour en pays d’Isiâm qui constitue la sauvegarde de la personne ^t des biens. Selon Mâlik et Aboù Hanîfa, l’immunité n’existe que dans le pays de l’Islam ; tout ce qui est pris sur le territoire des infidèles est de bonne prise, car ces derniers n’ont pas le droit de propriété ; leurs femmes, leurs enfants et leurs biens sont licites pour tout musulman qui s’en empare.

Selon Ibn Al-’Arabî, l’immunité pour la personne du musulman est dans sa qualité de musulman; l’immunité pour ses biens, dans le lieu de séjour. Selon Schâfi’î, l’Islam seul protège, à la fois, la personne et les biens.

Quant à ceux qui, ayant émigré du pays des infidèles, se sont réfugiés sur le territoire du Maġrib et se plaignent de l’exiguïté de leurs ressources et de la difficulté de vivre dans ce pays, c’est uniquement une faiblesse de leur foi. Car ce pays est un des plus abondants de la terre de Dieu, et particulièrement la capitale Fâs, avec tous ses environs. En admettant même que ce pays soit tel que le décrivent ses détracteurs, cela prouve la bassesse de leur âme, qui leur fait accorder plus d’importance à une question infime de ce bas-monde qu’à une question religieuse intéressant la vie future.

Cela ‘étant posé, il ne peut être permis à aucun de ceux dont il est question, de retourner vers le pays des infidèles et, s’il y est, il doit faire tout son possible et employer les ruses les plus fines pour le quitter. Car, rester dans un pays où Ton ne peut exercer publiquement les pratiques rituelles, c’est s’écarter de l’orthodoxie. Quant aux propos désobligeants qu’ils ont tenu à l’égard du pays de l’islâm et au désir qu’ils ont manifesté de retourner parmi les infidèles, ils doivent subir, de ce chef, un châtiment sévère, qui leur sera infligé par le détenteur de
l’autorité. Ce sera des coups, de la prison, afin qu’ils ne transgressent pas les limites de Dieu. Aimer habiter avec les chrétiens, ne pas chercher à émigrer, être satisfait de leur payer la capitation, rejeter la puissance islamique, l’obéissance au souverain musulman, trouver bon que le roi chrétien triomphe des musulmans, sont autant de péchés considérables qui confinent à l’infidélité.

L’exclusion de ces hommes de tous emplois religieux, leur récusation comme témoins, né font pas de doute pour quiconque possède la moindre notion des principes de l’interprétation juridique.

D’après Ibn ‘Arafa, la condition de validité de la sentence du Qâdî est qu’il ait été régulièrement investi, parmi ceux dont l’investiture régulière est possible à tous égards. Par là, Ibn *Arafa exclut les Qâdîs pris parmi ahl ad-dadjn ( ,jf–>Jl J^l ou musulmans restés dans le pays avec l’autorisation du chrétien vainqueur et à charge de payer le tribut) ^ comme les qâdîs de Valence ou de Tortose.

Dans cet ordre d’idées, Abù ‘Abd Allah Al-Mâzarî fut consulté sur la question suivante :

« Les jugements rendus par le qâdî de Sicile, sur déposition de témoins irréprochables, sont-ils exécutoires dans un autre pays d’Islam, en cas de nécessité? On ignore si le séjour de ce qâdî dans le voisinage des infidèles est forcé ou spontané. »

Al-Mâzarî répondit que deux choses peuvent rendre suspecte la décision de ce qâdî : 1** son séjour dans le voisinage des infidèles ; “2° son investiture, à lui donnée par un souverain chrétien. Quant à la première cause de récusation, il y a un principe qu’on doit suivre : c’est qu’en l’absence de preuves du contraire, on doit toujours présumer la bonne intention chez le qâdî et tenir pour certain que ce n’est pas de son plein gré qu’il séjourne dans le pays des infidèles. Quant au motif tiré de son investiture de la part des infidèles, cela ne vise en rien ses jugements ni leur force exécutoire, tout comme s’il eut été nommé par un sultan musulman. La raison en est la nécessité et non pas, comme l’a prétendu certain docteur malékite, parce que cette décision s’impose rationnellement.

Les opinions sont d’ailleurs partagées sur la validité de l’investiture donnée par un sultan injuste. Cette question a été débattue entre les jurisconsultes Abû ‘Abd Allah Ibn Farrûkh, qui fait un devoir au qâdî, nommé dans ces conditions, de décliner le pouvoir, et Ibn Ghânim, qâdî d’ifrîqyya, qui l’autorise à accepter les fonctions dont le sultan injuste l’a investi. Mâlik, consulté à ce sujet, donna raison à Ibn Farroîikh.

Il ressort de tout cela que les individus en question, ceux qui sont restés dans le pays des infidèles ou ceux qui, après l’avoir quitté, y sont retournés et sont morts persistant dans leur péché, seront, dans la vie future, frappés d’un terrible châtiment, si ce n’est qu’ils n’y resteront pas éternellement, car même ceux qui ont commis les péchés capitaux bénéficieront de l’intercession de notre seigneur Mouhammad. Seuls, ceux qui donnent des associés à Dieu subiront un châtiment éternel.

Quant aux mauvais propos qu’ils ont tenus, cela prouve que ce sont des insensés et cela constitue un péché de Favis de tous.

Néanmoins, leur péché est moindre que celui commis par ceux qui, étant dans le pays des infidèles, ne cherchent pas à émigrer.

Le départ d’ Abu Abd’Allah dit Boabdil ver l’Afrique du Nord fin du 15eme siècle

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le départ du Sultan e la dynastie arabe des nasrides  Abu Abd'Allah  dit Boabdil par les occidentaux
Le départ du Sultan de la dynastie arabe des nasrides Abu Abd’Allah dit Boabdil ver l’Afrique du Nord fin du 15eme siècle

L’histoire racontée à propos de Abu Abd’Allah dit Boabdil ne peut, en fait, être véridique.

La légende dit qu’alors qu’il s’exilait, il s’ arrêta pour jeter un dernier regard sur sa cité, et  pleura ce qu’il avait perdu. Mais sa mère Aisha lui lança amèrement : « ne pleure pas comme une femme, pour ce que tu n’as su défendre comme un homme ».

L’endroit où cet épisode eut lieu, sur la route de Grenade à Salobreña, est appelé aujourd’hui « Puerto del Suspiro del Moro », « Col du Soupir du Maure ». Récemment, cependant, on a supposé que cette histoire avait été inventée bien plus tard, et qu’en route pour les Alpujarras,  Boabdil ne serait même jamais passé par là.

Le départ du dernier sultan Nasride Abu Abd'Allah ver l'afrique du nord en 1492
Le départ du dernier sultan Nasride Abu Abd’Allah ver l’afrique du nord en 1492

D’autres auteurs pensent que Abu Abd’Allah dit Boabdil et Morayma jouirent d’une courte période de bonheur dans les Alpujarras. Vrai ou faux,  l’année suivante, sa femme chérie et l’un de ses fils moururent ; éploré,  Boabdil quitta l’Espagne pour Fès et Tlemcen, sans jamais y revenir.

Le sultan Nasride Abu Abd'Allah quitte Grenade al-Andalus pour l'Afrique du Nord
Le sultan Nasride Abu Abd’Allah quitte Grenade al-Andalus pour l’Afrique du Nord

Il avait déjà écrit a l’émir de la dynastie berbère Marinide de Fès (actuel Maroc), pour lui demander un sanctuaire. Ceci lui fut bien sûr accordé, et Abu Abd’Allah dit Boabdil se rendit d’abord à Melilla, puis à Fez ; il y fut royalement traité, et autorisé à construire un palais.

À l’image de certains épisodes de sa vie, les circonstances de la mort de Abu Abd’Allah dit Boabdil sont discutables. Un chroniqueur espagnol du XVIe siècle écrivit qu’il mourut à la bataille de 1527, pour les berbères Marinids, contre leurs rivaux arabes, les Saadis. D’autres disent qu’il est mort chez lui, en 1533, entouré des siens.

La bataille de Tarifa 30 octobre 1340

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Informations générales Date30 octobre 1340 LieuSur les rives du fleuve Salado, devant les murs de Tarifa IssueDéfaite des musulmans Belligérants Coalition Chrétienne Castillano-Portugaise-Aragonaise	Coalition Musulmane Maroco-Andalouse Commandants Alphonse XI le Justicier de Castille et Alphonse IV de Portugal	Abu al-Hasan ben Uthman du Maroc et Yusuf Ier du royaume de Grenade Forces en présence Inconnues	60 000 (selon les chroniqueurs Arabes[Qui ?]) Pertes Inconnues	Inconnues

Date 30 octobre 1340
Lieu Sur les rives du fleuve Salado, devant les murs de Tarifa
Issue Défaite des musulmans
Belligérants
Coalition Chrétienne Castillano-Portugaise-Aragonaise Coalition Musulmane Berbère de Fès et -Arabes de Grenade
Commandants
                                                                                              Alphonse XI le Justicier de Castille et Alphonse IV de Portugal                                                                                           Le sultan berbère  Abu al-Hasan ben Uthman de Fès  et  le sultan arabe Yusuf Ier  de Grenade
Forces en présence
Inconnues 60 000 (selon les chroniqueurs Arabes
Pertes
Inconnues Inconnues
La bataille de Tarifa ou bataille du Salado se déroule le 30 octobre 1340 entre la coalition musulmane arabe et berbère mérinidonasrides et la coalition chrétienne castillano-portugaise avec l’aide d’un contingent aragonais. La coalition chrétienne est victorieuse à l’issue de cette bataille

En 1339, le sultan mérinide Abû al-Hasan ben `Utman apprend la mort de son jeune fils l’émir Abu Malik, qui après avoir réussi à récupérer Gibraltar en 1333 des mains des chrétiens, s’est aventuré en territoire espagnol, malgré les conseils de ses généraux. Cet excès de confiance lui coûte la vie après avoir été surpris et attaqué en pleine nuit par une importante troupe envoyée sur les ordres du roi de Castille.

Après ce triste évènement, Abû al-Hasan ben `Utman jure de venger la mort de son fils et les préparatifs mérinides commencent. Il ordonne la construction de plusieurs vaisseaux de guerre et demande l’aide du sultanHafside de Tunis qui lui envoie sa flotte militaire. Côté chrétien, les préparatifs ne sont pas moins intenses et les Castillans parviennent à rassembler une importante flotte militaire.

En 1340, la bataille maritime a lieu au détroit de Gibraltar et les Mérinides réussissent à infliger une lourde défaite au royaume de Castille (« …seuls cinq vaisseaux de guerre chrétiens parviendront à s’échapper. »), le commandant de l’armée castillane, l’amiral Alonso Jofre Tenorio, est emprisonné puis décapité.

À la suite de cette bataille, 60 000 soldats Musulmans entament le siège de Tarifa (perdue par les Arabes Andalous de la dynastie Nasride en 1292). Devant la supériorité militaire terrestre des berbères Mérinides et des arabes Nasrides , le roi croisé de Castille Alphonse XI le Juste est contraint de demander l’aide au roi croisé  de Portugal Alphonse IV qui accepte la demande ; l’aide portugaise est cruciale et permet une victoire terrestre décisive.

fantassin berbère Mérinide

1ere partie Les aventures du dernier Abencerage (tribu arabe de Grenade) 1826 de François-René de Chateaubriand, (1768-1848)

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Le Massacre de la tribu arabe des Banu sarraj dit des Abencérages à Grenade par les arabes Nasrides (Banu al-Ahmar)  Georges Clairin - Musées de Rouen
Le Massacre de la tribu arabe des Banu sarraj dit des Abencérages à Grenade par les arabes Nasrides (Banu al-Ahmar) Georges Clairin – Musées de Rouen

 » Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d’abandonner le royaume de ses pères, il s’arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l’infortuné monarque allait s’embarquer pour l’Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s’élevaient les tentes de Ferdinand et d’Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l’accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit :  » Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n’as pas su défendre comme un homme !  » Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.

Les Maures d’Espagne qui partagèrent le sort de leur roi se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Goméles s’établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiraient leur origine. Les Vanégas et les Alabès s’arrêtèrent sur la côte, depuis Oran jusqu’à Alger ; enfin les Abencerages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent, à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l’on distingue encore aujourd’hui des Maures d’Afrique par l’élégance de ses mœurs et la douceur de ses lois.

Ces familles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paradis de Grenade vivait toujours dans leur mémoire ; les mères en redisaient le nom aux enfants qui suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient avec les romances des Zégris et des Abencerages. Tous les cinq jours on priait dans la mosquée, en se tournant vers Grenade. On invoquait Allah, afin qu’il rendit à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, son brillant soleil : loin des Tours vermeilles [Tours du palais de Grenade. (N.d.A.)] , il n’y avait ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure, ni soleil digne d’être regardé. Si l’on montrait à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouait la tête, et s’écriait en soupirant :  » Grenade ! « 

Les Abencerages surtout conservaient le plus tendre et le plus fidèle souvenir de la patrie. Ils avaient quitté avec un mortel regret le théâtre de leur gloire et les bords qu’ils firent si souvent retentir de ce cri d’armes :  » Honneur et amour.  » Ne pouvant plus lever la lance dans les déserts ni se couvrir du casque dans une colonie de laboureurs, ils s’étaient consacrés à l’étude des simples, profession estimée chez les Arabes à l’égal du métier des armes. Ainsi cette race de guerriers qui jadis faisait des blessures s’occupait maintenant de l’art de les guérir. En cela elle avait retenu quelque chose de son premier génie, car les chevaliers pansaient souvent eux-mêmes les plaies de l’ennemi qu’ils avaient abattu.

La cabane de cette famille, qui jadis eut des palais, n’était point placée dans le hameau des autres exilés, au pied de la montagne du Mamelife ; elle était bâtie parmi les débris mêmes de Carthage, au bord de la mer, dans l’endroit où saint Louis mourut sur la cendre et où l’on voit aujourd’hui un ermitage mahométan. Aux murailles de la cabane étaient attachés des boucliers de peau de lion, qui portaient empreintes sur un champ d’azur deux figures de sauvages brisant une ville avec une massue. Autour de cette devise on lisait ces mots :  » C’est peu de chose !  » armes et devise des Abencerages. Des lances ornées de pennons blancs et. bleus, des alburnos, des casaques de satin tailladé, étaient rangés auprès des boucliers et brillaient au milieu des cimeterres et des poignards. On voyait encore suspendus çà et là des gantelets, des mors enrichis de pierreries, de larges étriers d’argent, de longues épées dont le fourreau avait été brodé par les mains des princesses, et des éperons d’or que les Yseult, les Genièvre, les Oriane, chaussèrent jadis à de vaillants chevaliers.

Sur des tables, au pied de ces trophées de la gloire, étaient posés des trophées d’une vie pacifique ; c’étaient des plantes cueillies sur les sommets de l’Atlas et dans le désert de Zaara ; plusieurs même avaient été apportées de la plaine de Grenade. Les unes étaient propres à soulager les maux du corps, les autres devaient étendre leur pouvoir jusque sur les chagrins de l’âme. Les Abencerages estimaient surtout celles qui servaient à calmer les vains regrets, à dissiper les folles illusions et ces espérances de bonheur toujours naissantes, toujours déçues. Malheureusement ces simples avaient des vertus opposées, et souvent le parfum d’une fleur de la patrie était comme une espèce de poison pour les illustres bannis.

Vingt-quatre ans s’étaient écoulés depuis la prise de Grenade. Dans ce court espace de temps quatorze Abencerages avaient péri par l’influence d’un nouveau climat, par les accidents d’une vie errante et surtout par le chagrin, qui mine sourdement les forces de l’homme. Un seul rejeton était l’espoir de cette maison fameuse. Aben-Hamet portait le nom de cet Abencerage qui fut accusé par les Zégris d’avoir séduit la sultane Alfaïma. Il réunissait en lui la beauté, la valeur, la courtoisie, la générosité de ses ancêtres, avec ce doux éclat et cette légère impression de tristesse que donne le malheur noblement supporté. Il n’avait que vingt-deux ans lorsqu’il perdit son père ; il résolut alors de faire un pèlerinage au pays de ses aïeux, afin de satisfaire au besoin de son cœur et d’accomplir un dessein qu’il cacha soigneusement à sa mère.

L'alhambra , célèbre palais nasride
L’alhambra , célèbre palais nasride

Il s’embarqua à l’échelle de Tunis ; un vent favorable le conduit à Carthagène, il descend du navire et prend aussitôt la route de Grenade : il s’annonçait comme un médecin arabe qui venait herboriser parmi les rochers de la Sierra- Nevada. Une mule paisible le portait lentement dans le pays où les Abencerages volaient jadis sur de belliqueux coursiers ; un guide marchait en avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères et les bois de palmiers du royaume de Murcie : à la vieillesse de ces palmiers il jugea qu’ils devaient avoir été plantés par ses pères, et son cœur fut pénétré de regrets. Là s’élevait une tour où veillait la sentinelle au temps de la guerre des Maures et des chrétiens ; ici se montrait une ruine dont l’architecture annonçait une origine mauresque, autre sujet de douleur pour l’Abencerage ! Il descendait de sa mule, et, sous prétexte de chercher des plantes, il se cachait un moment dans ces débris, pour donner un libre cours à ses larmes. Il reprenait ensuite sa route en rêvant au bruit des sonnettes de la caravane et au chant monotone de son guide. Celui-ci n’interrompait sa longue romance que pour encourager ses mules, en leur donnant le nom de belles et de valeureuses , ou pour les gourmander, en les appelant paresseuses et obstinées .

Des troupeaux de moutons qu’un berger conduisait comme une armée dans des plaines jaunes et incultes, quelques voyageurs solitaires, loin de répandre la vie sur le chemin, ne servaient qu’à le faire paraître plus triste et plus désert. Ces voyageurs portaient tous une épée à la ceinture ; ils étaient enveloppés dans un manteau et un large chapeau rabattu leur couvrait à demi le visage. Ils saluaient en passant Aben-Hamet, qui ne distinguait dans ce noble salut que le nom de Dieu , de seigneur et de chevalier . Le soir, à la venta , l’Abencerage prenait sa place au milieu des étrangers, sans être importuné de leur curiosité indiscrète. On ne lui parlait point, on ne le questionnait point; son turban, sa robe, ses armes, n’excitaient aucun mouvement. Puisque Allah avait voulu que les Maures d’Espagne perdissent leur belle patrie, Aben-Hamet ne pouvait s’empêcher d’en estimer les graves conquérants.

Des émotions encore plus vives attendaient l’Abencerage au terme de sa course. Grenade est bâtie au pied de la Sierra Nevada, sur deux hautes collines que sépare une profonde vallée. Les maisons placées sur la pente des coteaux, dans l’enfoncement de la vallée, donnent à la ville l’air et la forme d’une grenade entrouverte, d’où lui est venu son nom. Deux rivières, le Xénil et le Douro, dont l’une roule des paillettes d’or et l’autre des sables d’argent, lavent le pied des collines, se réunissent et serpentent ensuite au milieu d’une plaine charmante appelée la Véga. Cette plaine, que domine Grenade, est couverte de vignes, de grenadiers, de figuiers, de mûriers, d’orangers ; elle est entourée par des montagnes d’une forme et d’une couleur admirables. Un ciel enchanté, un air pur et délicieux, portent dans l’âme une langueur secrète dont le voyageur qui ne fait que passer a même de la peine à se défendre. On sent que dans ce pays les tendres passions auraient promptement étouffé les passions héroïques, si l’amour, pour être véritable, n’avait pas toujours besoin d’être accompagné de la gloire.

Lorsque Aben-Hamet découvrit le faite des premiers édifices de Grenade, le cœur lui battit avec tant de violence qu’il fut obligé d’arrêter sa mule. Il croisa les bras sur sa poitrine, et, les yeux attachés sur la ville sacrée, il resta muet et immobile. Le guide s’arrêta à son tour, et comme tous les sentiments élevés sont aisément compris d’un Espagnol, il parut touché et devina que le Maure revoyait son ancienne patrie. L’Abencerage rompit enfin le silence.

 » Guide, s’écria-t-il, sois heureux ! ne me cache point la vérité, car le calme régnait dans les flots le jour de ta naissance et la lune entrait dans son croissant. Quelles sont ces tours qui brillent comme des étoiles au-dessus d’une verte forêt ?

 » C’est l’Alhambra,  » répond le guide.

 » Et cet autre château sur cette autre colline ?  » dit Aben-Hamet.

 » C’est le Généralife, répliqua l’Espagnol. Il y a dans ce château un jardin planté de myrtes où l’on prétend qu’Abencerage fut surpris avec la sultane Alfaïma. Plus loin vous voyez l’Albaïzyn, et plus près de nous les Tours vermeilles. « 

Chaque mot du guide perçait le cœur d’Aben-Hamet. Qu’il est cruel d’avoir recours à des étrangers pour apprendre à connaître les monuments de ses pères et de se faire raconter par des indifférents l’histoire de sa famille et de ses amis ! Le guide, mettant fin aux réflexions d’Aben-Hamet, s’écria :  » Marchons, seigneur Maure, marchons, Dieu l’a voulu ! Prenez courage ! François Ier, n’est- il pas aujourd’hui même prisonnier dans notre Madrid ? Dieu l’a voulu.  » Il ôta son chapeau, fit un grand signe de croix et frappa ses mules. L’Abencerage, pressant la sienne à son tour, s’écria :  » C’était écrit [Expression que les musulmans ont sans cesse à la bouche et qu’ils appliquent à la plupart des événements de la vie. (N.d.A.)] ;  » et ils descendirent vers Grenade.

Ils passèrent près du gros frêne célèbre par le combat de Muça et du grand maître de Calatrava, sous le dernier roi de Grenade. Ils firent le tour de la promenade Alaméida, et pénétrèrent dans la cité par la porte d’Elvire. Ils remontèrent le Rambla, et arrivèrent bientôt sur une place qu’environnaient de toutes parts des maisons d’architecture moresque. Un kan était ouvert sur cette place pour les Maures d’Afrique, que le commerce de soies de la Véga attirait en foule à Grenade. Ce fut là que le guide conduisit Aben-Hamet.

Une des courts des palais nasrides de l'alhambra   au temps du sultanat  (peint en  1876)
Une des courts des palais nasrides de l’alhambra au temps du sultanat (peint en 1876)

L’Abencerage était trop agité pour goûter un peu de repos dans sa nouvelle demeure ; la patrie le tourmentait. Ne pouvant résister aux sentiments qui troublaient son cœur, il sortit au milieu de la nuit pour errer dans les rues de Grenade. Il essayait de reconnaître avec ses yeux ou ses mains quelques-uns des monuments que les vieillards lui avaient si souvent décrits. Peut-être que ce haut édifice dont il entrevoyait les murs à travers les ténèbres était autrefois la demeure des Abencerages ; peut-être était-ce sur cette place solitaire que se donnaient ces fêtes qui portèrent la gloire de Grenade jusqu’aux nues. Là passaient les quadrilles superbement vêtus de brocart, là s’avançaient les galères chargées d’armes et de fleurs, les dragons qui lançaient des feux et qui recélaient dans leurs flancs d’illustres guerriers, ingénieuses inventions du plaisir et de la galanterie.

Mais, hélas ! au lieu du son des anafins, du bruit des trompettes et des chants d’amour, un silence profond régnait autour d’Aben-Hamet. Cette ville muette avait changé d’habitants, et les vainqueurs reposaient sur la couche des vaincus.  » Ils dorment donc, ces fiers Espagnols, s’écriait le jeune Maure indigné, sous ces toits dont ils ont exilé mes aïeux ! Et moi, Abencerage, je veille inconnu, solitaire, délaissé, à la porte du palais de mes pères ! « 

Aben-Hamet réfléchissait alors sur les destinées humaines, sur les vicissitudes de la fortune, sur la chute des empires, sur cette Grenade enfin, surprise par ses ennemis au milieu des plaisirs et changeant tout à coup ses guirlandes de fleurs contre des chaînes ; il lui semblait voir ses citoyens abandonnant leurs foyers en habits de fête, comme des convives qui, dans le désordre de leur parure, sont tout à coup chassés de la salle du festin par un incendie.

Toutes ces images, toutes ces pensées, se pressaient dans l’âme d’Aben-Hamet ; plein de douleur et de regret, il songeait surtout à exécuter le projet qui l’avait amené à Grenade : le jour le surprit. L’Abencerage s’était égaré : il se trouvait loin du kan, dans un faubourg écarté de la ville. Tout dormait, aucun bruit ne troublait le silence des rues ; les portes et les fenêtres des maisons étaient fermées : seulement la voix du coq proclamait dans l’habitation du pauvre le retour des peines et des travaux.

Après avoir erré longtemps sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit une porte s’ouvrir. Il vit sortir une jeune femme, vêtue à peu près comme ces reines gothiques sculptées sur les monuments de nos anciennes abbayes. Son corset noir, garni de jais, serrait sa taille élégante ; son jupon court, étroit et sans plis, découvrait une jambe fine et un pied charmant ; une mantille également noire était jetée sur sa tête ; elle tenait avec sa main gauche cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au-dessous de son menton, de sorte que l’on n’apercevait de tout son visage que ses grands yeux et sa bouche de rose. Une duègne accompagnait ses pas ; un page portait devant elle un livre d’église ; deux varlets, parés de ses couleurs, suivaient à quelque distance la belle inconnue : elle se rendait à la prière matinale, que les tintements d’une cloche annonçaient dans un monastère voisin.

Aben-Hamet crut voir l’ange Israfil ou la plus jeune des houris. L’Espagnole, non moins surprise, regardait l’Abencerage, dont le turban, la robe et les armes embellissaient encore la noble figure. Revenue de son premier étonnement, elle fit signe à l’étranger de s’approcher avec une grâce et une liberté particulières aux femmes de ce pays.  » Seigneur Maure, lui dit-elle, vous paraissez nouvellement arrivé à Grenade : vous seriez-vous égaré ? « 

 » Sultane des fleurs, répondit Aben-Hamet, délices des yeux des hommes, ô esclave chrétienne, plus belle que les vierges de la Géorgie, tu l’as deviné ! je suis étranger dans cette ville : perdu au milieu de ces palais, je n’ai pu retrouver le kan des Maures. Que Mahomet touche ton cœur et récompense ton hospitalité ! « 

 » Les Maures sont renommés pour leur galanterie, reprit l’Espagnole avec le plus doux sourire, mais je ne suis ni sultane des fleurs, ni esclave, ni contente d’être recommandée à Mahomet. Suivez-moi, seigneur chevalier, je vais vous conduire au kan des Maures. « 

Elle marcha légèrement devant l’Abencerage, le mena jusqu’à la porte du kan, le lui montra de la main, passa derrière un palais, et disparut.

A quoi tient donc le repos de la vie ! La patrie n’occupe plus seule et tout entière l’âme d’Aben-Hamet : Grenade a cessé d’être pour lui déserte, abandonnée, veuve, solitaire ; elle est plus chère que jamais à son cœur, mais c’est un prestige nouveau qui embellit ses ruines ; au souvenir des aïeux se mêle à présent un autre charme. Aben-Hamet a découvert le cimetière où reposent les cendres des Abencerages ; mais en priant, mais en se prosternant, mais en versant des larmes filiales, il songe que la jeune Espagnole a passé quelquefois sur ces tombeaux, et il ne trouve plus ses ancêtres si malheureux..

C’est en vain qu’il ne veut s’occuper que de son pèlerinage au pays de ses pères

c’est en vain qu’il parcourt les coteaux du Douro et du Xénil, pour y

recueillir des plantes au lever de l’aurore : la fleur qu’il cherche maintenant, c’est la belle chrétienne. Que d’inutiles efforts il a déjà tentés pour retrouver le palais de son enchanteresse ! Que de fois il a essayé de repasser par les chemins que lui fit parcourir son divin guide ! Que de fois il à cru reconnaître le son de cette cloche, le chant de ce coq qu’il entendit près de la demeure de l’Espagnole ! Trompé par des bruits pareils, il court aussitôt de ce côté et le palais magique ne s’offre point à ses regards ! Souvent encore le vêtement uniforme des femmes de Grenade lui donnait un moment d’espoir : de loin toutes les chrétiennes ressemblaient à la maîtresse de son cœur ; de près, pas une n’avait sa beauté ou sa grâce. Aben-Hamet avait enfin parcouru les églises pour découvrir l’étrangère ; il avait même pénétré jusqu’à la tombe de Ferdinand et d’Isabelle, mais c’était aussi le plus grand sacrifice qu’il eût jusque alors fait à l’amour.

Le sultan de la dynastie arabe des Nasride Abu Abd'Allah dit Boabdil
Le sultan de la dynastie arabe des Nasride Abu Abd’Allah dit Boabdil

Un jour il herborisait dans la vallée du Douro. Le coteau du midi soutenait sur sa pente fleurie les murailles de l’Alhambra et les jardins du Généralife ; la colline du nord était décorée par l’Albaïzyn, par de riants vergers et par des grottes qu’habitait un peuple nombreux. A l’extrémité occidentale de la vallée on découvrait les clochers de Grenade, qui s’élevaient en groupe du milieu des chênes verts et des cyprès. A l’autre extrémité, vers l’orient, l’oeil rencontrait sur des pointes de rochers des couvents, des ermitages, quelques ruines de l’ancienne Illibérie, et dans le lointain les sommets de la Sierra- Nevada. Le Douro roulait au milieu du vallon et présentait le long de son cours de frais moulins, de bruyantes cascades, les arches brisées d’un aqueduc romain et les restes d’un pont du temps des Maures.

Aben-Hamet n’était plus ni assez infortuné, ni assez heureux, pour bien goûter le charme de la solitude : il parcourait avec distraction et indifférence ces bords enchantés. En marchant à l’aventure, il suivit une allée d’arbres qui circulait sur la pente du coteau de l’Albaïzyn. Une maison de campagne, environnée d’un bocage, s’offrit bientôt à ses yeux : en approchant du bocage, il entendît les sons d’une voix et d’une guitare. Entre la voix, les traits et les regards d’une femme, il y a des rapports qui ne trompent jamais un homme que l’amour possède.  » C’est ma houri !  » dit Aben-Hamet ; et il écoute, le cœur palpitant : au nom des Abencerages plusieurs fois répété, son cœur bat encore plus vite. L’inconnue chantait une romance castillane qui retraçait l’histoire des Abencerages et des Zégris. Aben-Hamet ne peut plus résister à son émotion ; il s’élance à travers une haie de myrtes et tombe au milieu d’une troupe de jeunes femmes effrayées qui fuient en poussant des cris. L’Espagnole, qui venait de chanter et qui tenait encore la guitare, s’écrie :  » C’est le seigneur maure !  » Et elle rappelle ses compagnes.  » Favorite des Génies, dit l’Abencerage, je te cherchais comme l’Arabe cherche une source dans l’ardeur du midi ; j’ai entendu les sons de ta guitare, tu célébrais les héros de mon pays, je t’ai devinée à la beauté de tes accents, et j’apporte à tes pieds le cœur d’Aben- Hamet. « 

 » Et moi, répondit dona Blanca, c’était en pensant à vous que je redisais la romance des Abencerages. Depuis que je vous ai vu, je me suis figuré que ces chevaliers maures vous ressemblaient. « 

Une légère rougeur monta au front de Blanca en prononçant ces mots. Aben-Hamet se sentit prêt à tomber aux genoux de la jeune chrétienne, à lui déclarer qu’il était le dernier Abencerage ; mais un reste de prudence le retint ; il craignit que son nom, trop fameux à Grenade, ne donnât des inquiétudes au gouverneur. La guerre des Morisques était à peine terminée, et la présence d’un Abencerage dans ce moment pouvait inspirer aux Espagnols de justes craintes. Ce n’est pas qu’Aben-Hamet s’effrayât d’aucun péril, mais il frémissait à la pensée d’être obligé de s’éloigner pour jamais de la fille de don Rodrigue.

Dona Blanca descendait d’une famille qui tirait son origine du Cid de Bivar et de Chimène, fille du comte Gomez de Gormas. La postérité du vainqueur de Valence la Belle tomba, par l’ingratitude de la cour de Castille, dans une extrême pauvreté, on crut même pendant plusieurs siècles qu’elle s’était éteinte, tant elle devint obscure. Mais, vers le temps de la conquête de Grenade, un dernier rejeton de la race des Bivar, l’aïeul de Blanca, se fit reconnaître moins encore à ses titres qu’à l’éclat de sa valeur. Après l’expulsion des infidèles, Ferdinand donna au descendant du Cid les biens de plusieurs familles maures et le créa duc de Santa-Fé. Le nouveau duc fixa sa demeure à Grenade, et mourut jeune encore, laissant un fils unique déjà marié, don Rodrigue, père de Blanca.

Dona Thérésa de Xérès, femme de don Rodrigue, mit au jour un fils qui reçut à sa naissance le nom de Rodrigue, comme tous ses aïeux, mais que l’on appela don Carlos pour le distinguer de son père. Les grands événements que don Carlos eut sous les yeux dès sa plus tendre jeunesse, les périls auxquels il fut exposé presque au sortir de l’enfance, ne firent que rendre plus grave et plus rigide un caractère naturellement porté à l’austérité. Don Carlos comptait à peine quatorze ans lorsqu’il suivit Cortez au Mexique : il avait supporté tous les dangers, il avait été témoin de toutes les horreurs de cette étonnante aventure

il avait assisté à la chute du dernier roi d’un monde jusque alors inconnu.

Trois ans après cette catastrophe, don Carlos s’était trouvé en Europe à la bataille de Pavie, comme pour voir l’honneur et la vaillance couronnés succomber sous les coups de la fortune. L’aspect d’un nouvel univers, de longs voyages sur des mers non encore parcourues, le spectacle des révolutions et des vicissitudes du sort, avaient fortement ébranlé l’imagination religieuse et mélancolique de don Carlos : il était entré dans l’ordre chevaleresque de Calatrava, et, renonçant au mariage malgré les prières de don Rodrigue, il destinait tous ses biens à sa sœur.

Blanca de Bivar, sœur unique de don Carlos et beaucoup plus jeune que lui, était l’idole de son père : elle avait perdu sa mère, et elle entrait dans sa dix-huitième année lorsque Aben-Hamet parut à Grenade. Tout était séduction dans cette femme enchanteresse ; sa voix était ravissante, sa danse plus légère que le zéphyr ; tantôt elle se plaisait à guider un char comme Armide, tantôt elle volait sur le dos du plus rapide coursier d’Andalousie, comme ces fées charmantes qui apparaissaient à Tristan et à Galaor dans les forêts. Athènes l’eût prise pour Aspasie et Paris pour Diane de Poitiers, qui commençait à briller à la cour. Mais avec les charmes d’une Française elle avait les passions d’une Espagnole, et sa coquetterie naturelle n’ôtait rien à la sûreté, à la constance, à la force, à l’élévation des sentiments de son cœur.

La court nasride
La court nasride

Aux cris qu’avaient poussés les jeunes Espagnoles lorsque Aben-Hamet s’était élancé dans le bocage, don Rodrigue était accouru.  » Mon père, dit Blanca, voilà le seigneur maure dont je vous ai parlé. Il m’a entendue chanter, il m’a reconnue ; il est entré dans le jardin pour me remercier de lui avoir enseigné sa route. « 

Le duc de Santa-Fé reçut l’Abencerage avec la politesse grave et pourtant naïve des Espagnols. On ne remarque chez cette nation aucun de ces airs serviles, aucun de ces tours de phrase qui annoncent l’abjection des pensées et la dégradation de l’âme. La langue du grand seigneur et du paysan est la même, le salut le même, les compliments, les habitudes, les usages, sont les mêmes. Autant la confiance et la générosité de ce peuple envers les étrangers sont sans bornes, autant sa vengeance est terrible quand on le trahit. D’un courage héroïque, d’une patience à toute épreuve, incapable de céder à la mauvaise fortune, il faut qu’il la dompte ou qu’il en soit écrasé. Il a peu de ce qu’on appelle esprit ; mais les passions exaltées lui tiennent lieu de cette lumière qui vient de la finesse et de l’abondance des idées. Un Espagnol qui passe le jour sans parler, qui n’a rien vu, qui ne se soucie de rien voir, qui n’a rien lu, rien étudié, rien comparé, trouvera dans la grandeur de ses résolutions les ressources nécessaires au moment de l’adversité.

C’était le jour de la naissance de don Rodrigue, et Blanca donnait à son père une tertullia , ou petite fête, dans cette charmante solitude. Le duc de Santa- Fé invita Aben-Hamet à s’asseoir au milieu des jeunes femmes, qui s’amusaient du turban et de la robe de l’étranger. On apporta des carreaux de velours, et l’Abencerage se reposa sur ces carreaux à la façon des Maures. On lui fit des questions sur son pays et sur ses aventures ; il y répondit avec esprit et gaieté. Il parlait le castillan le plus pur ; on aurait pu le prendre pour un Espagnol, s’il n’eût presque toujours dit toi au lieu de vous. Ce mot avait quelque chose de si doux dans sa bouche, que Blanca ne pouvait se défendre d’un secret dépit lorsqu’il s’adressait à l’une de ses compagnes.

De nombreux serviteurs parurent : ils portaient le chocolat, les pâtes de fruits et les petits pains de sucre de Malaga, blancs comme la neige, poreux et légers comme des éponges. Après le refresco , on pria Blanca d’exécuter une de ces danses de caractère où elle surpassait les plus habiles gitanas. Elle fut obligée de céder aux veux de ses amies. Aben-Hamet avait gardé le silence, mais ses regards suppliants parlaient au défaut de sa bouche. Blanca choisit une Zambra, danse expressive que les Espagnols ont empruntée des Maures.

Une des jeunes femmes commence à jouer sur la guitare l’air de la danse étrangère. La fille de don Rodrigue ôte son voile et attache à ses mains blanches des castagnettes de bois d’ébène. Ses cheveux noirs tombent en boucles sur son cou d’albâtre ; sa bouche et ses yeux sourient de concert ; son teint est animé par le mouvement de son cœur. Tout à coup elle fait retentir le bruyant ébène, frappe trois fois la mesure, entonne le chant de la Zambra et, mêlant sa voix au son de la guitare, elle part comme un éclair.

Quelle variété dans ses pas ! quelle élégance dans ses attitudes ! Tantôt elle lève ses bras avec vivacité, tantôt elle les laisse retomber avec mollesse. Quelquefois elle s’élance comme enivrée de plaisir et se retire comme accablée de douleur. Elle tourne la tête, semble appeler quelqu’un d’invisible, tend modestement une joue vermeille au baiser d’un nouvel époux, fuit honteuse, revient brillante et consolée, marche d’un pas noble et presque guerrier, puis voltige de nouveau sur le gazon. L’harmonie de ses pas, de ses chants et des sons de sa guitare était parfaite. La voix de Blanca, légèrement voilée, avait cette sorte d’accent qui remue les passions jusqu’au fond de l’âme. La musique espagnole, composée de soupirs et de mouvements vifs, de refrains tristes, de chants subitement arrêtés, offre un singulier mélange de gaieté et de mélancolie. Cette musique et cette danse fixèrent sans retour le destin du dernier Abencerage : elles auraient suffi pour troubler un cœur moins malade que le sien.

On retourna le soir à Grenade par la vallée du Douro. Don Rodrigue, charmé des manières nobles et polies d’Aben-Hamet, ne voulut point se séparer de lui qu’il ne lui eût promis de venir souvent amuser Blanca des merveilleux récits de l’Orient. Le Maure, au comble de ses vœux, accepta l’invitation du duc de Santa-Fé, et dès le lendemain il se rendit au palais où respirait celle qu’il aimait plus que la lumière du jour.

Blanca se trouva bientôt engagée dans une passion profonde par l’impossibilité même où elle crut être d’éprouver jamais cette passion. Aimer un infidèle, un Maure, un inconnu, lui paraissait une chose si étrange, qu’elle ne prit aucune précaution contre le mal qui commençait à se glisser dans ses veines ; mais aussitôt qu’elle en reconnut les atteintes, elle accepta ce mal en véritable Espagnole. Les périls et les chagrins qu’elle prévit ne la firent point reculer au bord de l’abîme, ni délibérer longtemps avec son cœur. Elle se dit :  » Qu’Aben-Hamet soit chrétien, qu’il m’aime, et je le suis au bout de la terre. « 

L’Abencerage ressentait de son côté toute la puissance d’une passion irrésistible : il ne vivait plus que pour Blanca. Il ne s’occupait plus des projets qui l’avaient amené à Grenade ; il lui était facile d’obtenir des éclaircissements qu’il était venu chercher, mais tout autre intérêt que celui de son amour s’était évanoui à ses yeux. Il redoutait même des lumières qui auraient pu apporter des changements dans sa vie. Il ne demandait rien, il ne voulait rien connaître, il se disait :  » Que Blanca soit musulmane, qu’elle m’aime, et je la sers jusqu’à mon dernier soupir. « 

Aben-Hamet et Blanca, ainsi fixés dans leur résolution, n’attendaient que le moment de se découvrir leurs sentiments. On était alors dans les plus beaux jours de l’année.  » Vous n’avez point encore vu l’Alhambra, dit la fille du duc de Santa-Fé à l’Abencerage. Si j’en crois quelques paroles qui vous sont échappées, votre famille est originaire de Grenade. Peut-être serez-vous bien aise de visiter le palais de vos anciens rois ? Je veux moi-même ce soir vous servir de guide. « 

Aben-Hamet jura par le prophète que jamais promenade ne pouvait lui être plus agréable.

L’heure fixée pour le pèlerinage de l’Alhambra étant arrivée, la fille de don Rodrigue monta sur une haquenée blanche accoutumée à gravir les rochers comme un chevreuil. Aben-Hamet accompagnait la brillante Espagnole sur un cheval andalou équipé à la manière des Turcs. Dans la course rapide du jeune Maure, sa robe de pourpre s’enflait derrière lui, son sabre recourbé retentissait sur la selle élevée et le vent agitait l’aigrette dont son turban était surmonté. Le peuple, charmé de sa bonne grâce, disait en le regardant passer :  » C’est un prince infidèle que dona Blanca va convertir. « 

Ils suivirent d’abord une longue rue qui portait encore le nom d’une illustre famille maure ; cette rue aboutissait à l’enceinte extérieure de l’Alhambra. Ils traversèrent ensuite un bois d’ormeaux, arrivèrent à une fontaine, et se trouvèrent bientôt devant l’enceinte intérieure du palais de Boabdil. Dans une muraille flanquée de tours et surmontée de créneaux s’ouvrait une porte appelée la Porte du Jugement . Ils franchirent cette première porte, et s’avancèrent par un chemin étroit qui serpentait entre de hauts murs et des masures à demi ruinées. Ce chemin les conduisit à la place des Algibes, près de laquelle Charles-Quint faisait alors élever un palais. De là, tournant vers le nord, ils s’arrêtèrent dans une cour déserte, au pied d’un mur sans ornements et dégradé par les âges. Aben-Hamet, sautant légèrement à terre, offrit la main à Blanca pour descendre de sa mule. Les serviteurs frappèrent à une porte abandonnée dont l’herbe cachait le seuil : la porte s’ouvrit et laissa voir tout à coup les réduits secrets de l’Alhambra.

Tous les charmes, tous les regrets de la patrie, mêlés aux prestiges de l’amour, saisirent le cœur du dernier Abencerage. Immobile et muet, il plongeait des regards étonnés dans cette habitation des Génies : il croyait être transporté à l’entrée d’un de ces palais dont on lit la description dans les contes arabes. De légères galeries, des canaux de marbre blanc bordés de citronniers et d’orangers en fleur, des fontaines, des cours solitaires, s’offraient de toutes parts aux yeux d’Aben-Hamet, et à travers les voûtes allongées des portiques il apercevait d’autres labyrinthes et de nouveaux enchantements. L’azur du plus beau ciel se montrait entre des colonnes qui soutenaient une chaîne d’arceaux gothiques. Les murs, chargés d’arabesques, imitaient à la vue ces étoffes de l’Orient que brode dans l’ennui du harem le caprice d’une femme esclave. Quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier semblait respirer dans ce magique édifice, espèce de cloître de l’amour, retraite mystérieuse où les rois maures goûtaient tous les plaisirs et oubliaient tous les devoirs de la vie.

Après quelques instants de surprise et de silence, les deux amants entrèrent dans ce séjour de la puissance évanouie et des félicités passées. Ils firent d’abord le tour de la salle des Mésucar, au milieu du parfum des fleurs et de la fraîcheur des eaux. Ils pénétrèrent ensuite dans la cour des Lions. L’émotion d’aben-hamet augmentait à chaque pas.  » Si tu ne remplissais mon âme de délices, dit-il à Blanca, avec quel chagrin me verrais-je obligé de te demander, à toi Espagnole, l’histoire de ces demeures ! Ah ! ces lieux sont faits pour servir de retraite au bonheur, et moi… ! « 

Aben-Hamet aperçut le nom de Boabdil enchâssé dans des mosaïques.  » O mou roi ! s’écria-t-il, qu’es-tu devenu ? Où te trouverai-je dans ton Alhambra désert ?  » Et les larmes de la fidélité, de la loyauté et de l’honneur couvraient les yeux du jeune Maure.  » Vos anciens maîtres dit Blanca, ou plutôt les rois de vos pères étaient des ingrats. – Qu’importe ? repartit l’Abencerage : ils ont été malheureux ! « 

L'armée Nasride au combat
L’armée Nasride au combat

Comme il prononçait ces mots, Blanca le conduisit dans un cabinet qui semblait être le sanctuaire même du temple de l’Amour. Rien n’égalait l’élégance de cet asile : la voûte entière, peinte d’azur et d’or et composée d’arabesques découpées à jour, laissait passer la lumière comme à travers un tissu de fleurs. Une fontaine jaillissait au milieu de l’édifice, et ses eaux, retombant en rosée, étaient recueillies dans une conque d’albâtre.  » Aben-Hamet, dit la fille du duc de Santa-Fé, regardez bien cette fontaine : elle reçut les têtes défigurées des Abencerages. Vous voyez encore sur le marbre la tache du sang des infortunés que Boabdil sacrifia à ses soupçons. C’est ainsi qu’on traite dans votre pays les hommes qui séduisent les femmes crédules. « 

Aben-Hamet n’écoutait plus Blanca ; il s’était prosterné et baisait avec respect la trace du sang de ses ancêtres. Il se relève et s’écrie :  » O Blanca ! je jure par le sang de ces chevaliers de t’aimer avec la constance, la fidélité et l’ardeur d’un Abencerage. « 

 » Vous m’aimez donc ?  » repartit Blanca en joignant ses deux belles mains et levant ses regards au ciel.  » Mais songez-vous que vous êtes un infidèle, un Maure, un ennemi, et que je suis chrétienne et Espagnole ? « 

 » O saint prophète ! dit Aben-Hamet, soyez témoin de mes serments !…  » Blanca l’interrompant :  » Quelle foi voulez-vous que j’ajoute aux serments d’un persécuteur de mon Dieu ? Savez-vous si je vous aime ? Qui vous a donné l’assurance de me tenir un pareil langage ? « 

Aben-Hamet, consterné, répondit :  » Il est vrai, je ne suis que ton esclave ; tu ne m’as pas choisi pour ton chevalier. « 

 » Maure, dit Blanca, laisse là la ruse ; tu as vu dans mes regards que je t’aimais ; ma folie pour toi passe toute mesure ; sois chrétien, et rien ne pourra m’empêcher d’être à toi. Mais si la fille du duc de Santa-Fé ose te parler avec cette franchise, tu peux juger par cela même qu’elle saura se vaincre et que jamais un ennemi des chrétiens n’aura aucun droit sur elle. « 

Aben-Hamet, dans un transport de passion, saisit les mains de Blanca, les posa sur son turban et ensuite sur son cœur.  » Allah est puissant, s’écria-t-il, et Aben-Hamet est heureux ! O Mahomet ! que cette chrétienne connaisse ta loi, et rien ne pourra…  » –  » Tu blasphèmes, dit Blanca : sortons d’ici ! « 

Elle s’appuya sur le bras du Maure, et s’approcha de la fontaine des Douze- Lions, qui donne son nom à l’une des cours de l’Albambra :  » Etranger, dit la naïve Espagnole, quand je regarde ta robe, ton turban, tes armes, et que je songe à nos amours, je crois voir l’ombre du bel Abencerage se promenant dans cette retraite abandonnée avec l’infortunée Alfaïma. Explique-moi l’inscription arabe gravée sur le marbre de cette fontaine. « 

Aben-Hamet lut ces mots [Cette inscription existe avec quelques autres. Il est inutile de répéter que j’ai fait cette description de l’Alhambra sur les lieux mêmes. (N.d.A.)] :

La belle princesse qui se promène couverte de perles dans son jardin en augmente si prodigieusement la beauté … Le reste de l’inscription était effacé.

 » C’est pour toi qu’elle a été faite, cette inscription, dit Aben-Hamet. Sultane aimée, ces palais n’ont jamais été aussi beaux dans leur jeunesse qu’ils le sont aujourd’hui dans leurs ruines. Ecoute le bruit des fontaines dont la mousse a détourné les eaux ; regarde les jardins qui se montrent à travers ces arcades à demi tombées ; contemple l’astre du jour qui se couche par delà tous ces portiques : qu’il est doux d’errer avec toi dans ces lieux ! Tes paroles embaument ces retraites, comme les roses de l’hymen. Avec quel charme je reconnais dans ton langage quelques accents de la langue de mes pères ! Le seul frémissement de ta robe sur ces marbres me fait tressaillir. L’air n’est parfumé que parce qu’il a touché ta chevelure. Tu es belle comme le Génie de ma patrie au milieu de ces débris. Mais Aben-Hamet peut-il espérer de fixer ton cœur ? Qu’est-il auprès de toi ? Il a parcouru les montagnes avec son père ; il connaît les plantes du désert… hélas ! il n’en est pas une seule qui pût le guérir de la blessure que tu lui as faite ! Il porte des armes, mais il n’est point chevalier. Je me disais autrefois : L’eau de la mer qui dort à l’abri dans le creux du rocher est tranquille et muette, tandis que tout auprès la grande mer est agitée et bruyante. Aben-Hamet ! ainsi sera ta vie, silencieuse, paisible, ignorée dans un coin de terre inconnu, tandis que la cour du sultan est bouleversée par les orages. Je me disais cela, jeune chrétienne, et tu m’as prouvé que la tempête peut aussi troubler la goutte d’eau dans le creux du rocher. « 

Blanca écoutait avec ravissement ce langage nouveau pour elle, et dont le tour oriental semblait si bien convenir à la demeure des Fées, qu’elle parcourait avec son amant. L’amour pénétrait dans son cœur de toutes parts ; elle sentait chanceler ses genoux, elle était obligée de s’appuyer plus fortement sur le bras de son guide. Aben-Hamet soutenait le doux fardeau, et répétait en marchant :  » Ah ! que ne suis-je un brillant Abencerage ! « 

 » Tu me plairais moins, dit Blanca, car je serais plus tourmentée : reste obscur et vis pour moi. Souvent un chevalier célèbre oublie l’amour pour la renommée. « 

 » Tu n’aurais pas ce danger à craindre,  » répliqua vivement Aben-Hamet.

 » Et comment m’aimerais-tu donc si tu étais un Abencerage ?  » dit la descendante de Chimène.

 » Je t’aimerais, répondit le Maure, plus que la gloire et moins que l’honneur. « 

Le soleil était descendu sous l’horizon pendant la promenade des deux amants. Ils avaient parcouru tout l’Alhambra. Quels souvenirs offerts à la pensée d’Aben-Hamet ! Ici la sultane recevait par des soupiraux la fumée des parfums qu’on brûlait au-dessous d’elle. Là, dans cet asile écarté, elle se parait de tous les atours de l’Orient. Et c’était Blanca, c’était une femme adorée qui racontait ces détails au beau jeune homme qu’elle idolâtrait.

La lune, en se levant, répandit sa clarté douteuse dans les sanctuaires abandonnés et dans les parvis déserts de l’Alhambra. Ses blancs rayons dessinaient sur le gazon des parterres, sur les murs des salles, la dentelle d’une architecture aérienne, les cintres des cloîtres, l’ombre mobile des eaux jaillissantes et celle des arbustes balancés par le zéphyr. Le rossignol chantait dans un cyprès qui perçait les dômes d’une mosquée en ruine, et les échos répétaient ses plaintes. Aben-Hamet écrivit au clair de la lune le nom de Blanca sur le marbre de la salle des Deux-Sœurs : il traça ce nom en caractères arabes, afin que le voyageur eût un mystère de plus à deviner dans ce palais des mystères.

 » Maure, ces lieux sont cruels, dit Blanca : quittons ces lieux. Le destin de ma vie est fixé pour jamais. Retiens bien ces mots : Musulman, je suis ton amante sans espoir ; chrétien, je suis ton épouse fortunée. « 

Aben-Hamet répondit :  » Chrétienne, je suis ton esclave désolé ; musulmane, je suis ton époux glorieux. « 

Et ces nobles amants sortirent de ce dangereux palais.

La passion de Blanca s’augmenta de jour en jour, et celle d’Aben-Hamet s’accrut avec la même violence. Il était si enchanté d’être aimé pour lui seul, de ne devoir à aucune cause étrangère les sentiments qu’il inspirait, qu’il ne révéla point le secret de sa naissance à la fille du duc de Santa-Fé. Il se faisait un plaisir délicat de lui apprendre qu’il portait un nom illustre, le jour même où elle consentirait à lui donner sa main. Mais il fut tout à coup rappelé à Tunis

sa mère, atteinte d’un mal sans remède, voulait embrasser son fils et le bénir

avant d’abandonner la vie. Aben-Hamet se présente au palais de Blanca.  » Sultane, lui dit-il, ma mère va mourir. Elle me demande pour lui fermer les yeux. Me conserveras-tu ton amour ? « 

 » Tu me quittes, répondit Blanca pâlissante. Te reverrai-je jamais ? « 

 » Viens, dit Aben-Hamet. Je veux exiger de toi un serment, et t’en faire un que la mort seule pourra briser. Suis-moi. « 

Ils sortent ; ils arrivent à un cimetière qui fut jadis celui des Maures. On voyait encore çà et là de petites colonnes funèbres autour desquelles le sculpteur figura jadis un turban, mais les chrétiens avaient depuis remplacé ce turban par une croix. Aben-Hamet conduisit Blanca au pied de ces colonnes.

 » Blanca, dit-il, mes ancêtres reposent ici : je jure par leurs cendres de t’aimer jusqu’au jour où l’ange du jugement m’appellera au tribunal d’Allah. Je te promets de ne jamais engager mon cœur à une autre femme et de te prendre pour épouse aussitôt que tu connaîtras la sainte lumière du prophète. Chaque année, à cette époque, je reviendrai à Grenade pour voir si tu m’as gardé ta foi et si tu veux renoncer à tes erreurs. « 

 » Et moi, dit Blanca en larmes, je t’attendrai tous les ans ; je te conserverai jusqu’à mon dernier soupir la foi que je t’ai jurée, et je te recevrai pour époux lorsque le Dieu des chrétiens, plus puissant que ton amante, aura touché ton cœur infidèle. « 

Aben-Hamet part ; les vents l’emportent aux bords africains ; sa mère venait d’expirer. Il la pleure, il embrasse son cercueil. Les mois s’écoulent : tantôt errant parmi les ruines de Carthage, tantôt assis sur le tombeau de saint Louis, l’Abencerage exilé appelle le jour qui doit le ramener à Grenade. Ce jour se lève enfin : Aben-Hamet monte sur un vaisseau et fait tourner la proue vers Malaga. Avec quel transport, avec quelle joie mêlée de crainte il aperçut les premiers promontoires de l’Espagne ! Blanca l’attend-elle sur ces bords ? Se souvient-elle encore d’un pauvre Arabe qui ne cessa de l’adorer sous le palmier du désert ?

Les sultans de la dynastie arabe des Nasrides dans une fresque du palais de l'alhambra
Les sultans de la dynastie arabe des Nasrides dans une fresque du palais de l’alhambra

La fille du duc de Santa-Fé n’était point infidèle à ses serments. Elle avait prié son père de la conduire à Malaga. Du haut des montagnes qui bordaient la côte inhabitée, elle suivait des yeux les vaisseaux lointains et les voiles fugitives. Pendant la tempête, elle contemplait avec effroi la mer soulevée par les vents : elle aimait alors à se perdre dans les nuages, à s’exposer dans les passages dangereux, à se sentir baignée par les mêmes vagues, enlevé par le même tourbillon, qui menaçaient les jours d’Aben-Hamet. Quand elle voyait la mouette plaintive raser les flots avec ses grandes ailes recourbées et voler vers les rivages de l’Afrique, elle la chargeait de toutes ces paroles d’amour, de tous ces veux insensés qui sortent d’un cœur que la passion dévore.

Un jour qu’elle errait sur les grèves, elle aperçut une longue barque dont la proue élevée, le mat penché et la voile latine annonçaient l’élégant génie des Maures. Blanca court au port, et voit bientôt entrer le vaisseau barbaresque, qui faisait écumer l’onde sous la rapidité de sa course. Un Maure couvert de superbes habits se tenait debout sur la proue. Derrière lui deux esclaves noirs arrêtaient par le frein un cheval arabe dont les naseaux fumants et les crins épars annonçaient à la fois son naturel ardent et la frayeur que lui inspirait le bruit des vagues. La barque arrive, abaisse ses voiles, touche au mole, présente le flanc : le Maure s’élance sur la rive, qui retentit du son de ses armes. Les esclaves font sortir le coursier tigré comme un léopard, qui hennit et bondit de joie en retrouvant la terre. D’autres esclaves descendent doucement une corbeille où reposait une gazelle couchée parmi des feuilles de palmier. Ses jambes fines étaient attachées et ployées sous elle de peur qu’elles ne se fussent brisées dans les mouvements du vaisseau ; elle portait un collier de grains d’aloès, et sur une plaque d’or qui servaient à rejoindre les deux bouts du collier étaient gravés en arabe un nom et un talisman.

Blanca reconnaît Aben-Hamet : elle n’ose se trahir aux yeux de la foule, elle se retire et envoie Dorothée, une de ses femmes, avertir l’Abencerage qu’elle l’attend au palais des Maures. Aben-Hamet présentait en ce moment au gouverneur son firman, écrit en lettres d’azur sur un vélin précieux et renfermé dans un fourreau de soie. Dorothée s’approche, et conduit l’heureux Abencerage aux pieds de Blanca. Quels transports en se retrouvant tous deux fidèles ! quel bonheur de se revoir après avoir été si longtemps séparés ! Quels nouveaux serments de s’aimer toujours !

Les deux esclaves noirs amènent le cheval numide, qui, au lieu de selle, n’avait sur le dos qu’une peau de lion rattachée par une zone de pourpre. On apporte ensuite la gazelle.  » Sultane, dit Aben-Hamet, c’est un chevreuil de mon pays, presque aussi léger que toi.  » Blanca détache elle-même l’animal charmant, qui semblait la remercier en jetant sur elle les regards les plus doux. Pendant l’absence de l’Abencerage, la fille du duc de Santa-Fé avait étudié l’arabe : elle lut avec des yeux attendris son propre nom sur le collier de la gazelle. Celle-ci, rendue à la liberté, se soutenait à peine sur ses pieds si longtemps enchaînés ; elle se couchait à terre et appuyait sa tête sur les genoux de sa maîtresse. Blanca lui présentait des dattes nouvelles et caressait cette chevrette du désert, dont la peau fine avait retenu l’odeur du bois d’aloès et de la rose de Tunis.

L’Abencerage, le duc de Santa-Fé et sa fille partirent ensemble pour Grenade. Les jours du couple heureux s’écoulèrent comme ceux de l’année précédente : mêmes promenades, même regret à la vue de la patrie, même amour ou plutôt amour toujours croissant, toujours partagé, mais aussi même attachement dans les deux amants à la religion de leurs pères.  » Sois chrétien,  » disait Blanca ;  » Sois musulmane,  » disait Aben-Hamet : et ils se séparèrent encore une fois sans avoir succombé à la passion qui les entraînait l’un vers l’autre.

Aben-Hamet reparut la troisième année, comme ces oiseaux voyageurs que l’amour ramène au printemps dans nos climats. Il ne trouva point Blanca au rivage, mais une lettre de cette femme adorée apprit au fidèle Arabe le départ du duc de Santa-Fé pour Madrid et l’arrivée de don Carlos à Grenade. Don Carlos était accompagné d’un prisonnier français, ami du frère de Blanca. Le Maure sentit son cœur se serrer à la lecture de cette lettre. Il partit de Malaga pour Grenade avec les plus tristes pressentiments. Les montagnes lui parurent d’une solitude effrayante, et il tourna plusieurs fois la tête pour regarder la mer qu’il venait de traverser.

Blanca, pendant l’absence de son père, n’avait pu quitter un frère qu’elle aimait, un frère qui voulait en sa faveur se dépouiller de tous ses biens et qu’elle revoyait après sept années d’absence. Don Carlos avait tout le courage et toute la fierté de sa nation : terrible comme les conquérants du Nouveau- Monde, parmi lesquels il avait fait ses premières armes ; religieux comme les chevaliers espagnols vainqueurs des Maures, il nourrissait dans son cœur contre les infidèles la haine qu’il avait héritée du sang du Cid.

Thomas de Lautrec, de l’illustre maison de Foix, où la beauté dans les femmes et la beauté dans les hommes passaient pour un don héréditaire, était frère cadet de la comtesse de Foix et du brave et malheureux Odet de Foix, seigneur de Lautrec. A l’âge de dix-huit ans, Thomas avait été armé chevalier par Bayard, dans cette retraite qui coûta la vie au Chevalier sans peur et sans reproche. Quelque temps après, Thomas fut percé de coups et fait prisonnier à Pavie, en défendant le roi chevalier qui perdit tout alors, fors l’honneur . « 

Les Abencérages ou Benserradj ou Banû Serraj/Sarraj1 (ou Abencerrajes) sont une tribu arabe du royaume de Grenade au xve siècle, établie en Espagne depuis le viie siècle.

Elle était opposée à celle des berbères Zirides Zégris ou Zésrites ; les querelles de ces deux factions ensanglantèrent Grenade de 1480 à 14922 et hâtèrent la chute du royaume. 

François-René de Chateaubriand a écrit en 1826 les Aventures du dernier Abencérage. C’est une fiction relatant les aventures d’un survivant de la famille Abencérage après la prise de Grenade en 1492.

 

2eme Les aventures du dernier Abencerage (tribu arabe de Grenade) 1826 de François-René de Chateaubriand, (1768-1848)

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Le Massacre des arabes Banu Serraj par les Arabes Banu al-Ahmar (  Nasrides) Grenade (Gharnata)
Le Massacre des arabes Banu Serraj par les Arabes Banu al-Ahmar ( Nasrides) Grenade (Gharnata)

Don Carlos de Bivar, témoin de la vaillance de Lautrec, avait fait prendre soin des blessures du jeune Français, et bientôt il s’établit entre eux une de ces amitiés héroïques dont l’estime et la vertu sont les fondements. François Ier était retourné en France, mais Charles Quint retint les autres prisonniers. Lautrec avait eu l’honneur de partager la captivité de son roi et de coucher à ses pieds dans la prison. Resté en Espagne après le départ du monarque, il avait été remis sur sa parole à don Carlos, qui venait de l’amener à Grenade.

Lorsque Aben-Hamet se présenta au palais de don Rodrigue et fut introduit dans la salle où se trouvait la fille du duc de Santa-Fé, il sentit des tourments jusque alors inconnus pour lui. Aux pieds de dona Blanca était assis un jeune homme qui la regardait en silence, dans une espèce de ravissement. Ce jeune homme portait un haut-de-chausses de buffle et un pourpoint de même couleur, serré par un ceinturon d’où pendait une épée aux fleurs de lis. Un manteau de soie était jeté sur ses épaules, et sa tête était couverte d’un chapeau à petits bords, ombragé de plumes ; une fraise de dentelle, rabattue sur sa poitrine, laissait voir son cou découvert. Deux moustaches noires comme l’ébène donnaient à son visage naturellement doux un air mâle et guerrier. De larges bottes qui tombaient et se repliaient sur ses pieds portaient l’éperon d’or, marque de la chevalerie.

A quelque distance, un autre chevalier se tenait debout appuyé sur la croix de fer de sa longue épée : il était vêtu comme l’autre chevalier, mais il paraissait plus âgé. Son air austère, bien qu’ardent et passionné, inspirait le respect et la crainte. La croix rouge de Calatrava était brodée sur son pourpoint avec cette devise Pour elle et pour mon roi .

Un cri involontaire s’échappa de la bouche de Blanca lorsqu’elle aperçut Aben- Hamet.  » Chevaliers, dit-elle aussitôt, voici l’infidèle dont je vous ai tant parlé : craignez qu’il ne remporte la victoire. Les Abencerages étaient faits comme lui, et nul ne les surpassait en loyauté, courage et galanterie.  »

Don Carlos s’avança au-devant d’Aben-Hamet.  » Seigneur Maure, dit-il, mon père et ma sœur m’ont appris votre nom ; on vous croit d’une race noble et brave ; vous-même, vous êtes distingué par votre courtoisie. Bientôt Charles Quint, mon maître doit porter la guerre à Tunis, et nous nous verrons, j’espère, au champ d’honneur.  »

Aben-Hamet posa la main sur son sein, s’assit à terre sans répondre, et resta les veux attachés sur Blanca et sur Lautrec. Celui-ci admirait, avec la curiosité de son pays, la robe superbe, les armes brillantes, la beauté du Maure

Blanca ne paraissait point embarrassée ; toute son âme était dans ses yeux
la sincère Espagnole n’essayait point de cacher le secret de son cœur. Après quelques moments de silence, Aben-Hamet se leva, s’inclina devant la fille de don Rodrigue, et se retira. Etonné du maintien du Maure et des regards de Blanca, Lautrec sortit avec un soupçon qui se changea bientôt en certitude.

Don Carlos resta seul avec sa sœur.  » Blanca, lui dit-il, expliquez-vous. D’où naît le trouble que vous a causé la vue de cet étranger ?  »

 » Mon frère, répondit Blanca, j’aime Aben-Hamet ! et s’il veut se faire chrétien, ma main est à lui.  »

 » Quoi ! s’écria don Carlos, vous aimez Aben-Hamet ! la fille des Bivar aime un Maure, un infidèle, un ennemi que nous avons chassé de ces palais !  »

 » Don Carlos, répliqua Blanca, j’aime Aben-Hamet ; Aben-Hamet m’aime ; depuis trois ans il renonce à moi plutôt que de renoncer à la religion de ses pères. Noblesse, honneur, chevalerie, sont en lui ; jusqu’à mon dernier soupir je l’adorerai.  »

Don Carlos était digne de sentir ce que la résolution d’Aben-Hamet avait de généreux, quoiqu’il déplorât l’aveuglement de cet infidèle.  » Infortunée Blanca, dit-il, où te conduira cet amour ? J’avais espéré que Lautrec, mon ami, deviendrait mon frère.  »

 » Tu t’étais trompé, répondit Blanca : je ne puis aimer cet étranger. Quant à mes sentiments pour Aben-Hamet, je n’en dois compte à personne. Garde tes serments de chevalerie comme je garderai mes serments d’amour. Sache seulement, pour te consoler, que jamais Blanca ne sera l’épouse d’un infidèle.  »

Reddition des Nasrides de Grenade. Bas relief des stalles du chœur de la cathédrale de Tolède.
Reddition des Nasrides de Grenade. Bas relief des stalles du chœur de la cathédrale de Tolède.

 » Notre famille disparaîtra donc de la terre !  » s’écria don Carlos.

 » C’est à toi de la faire revivre, dit Blanca. Qu’importent d’ailleurs des fils que tu ne verras point et qui dégénéreront de ta vertu ? Don Carlos, je sens que nous sommes les derniers de notre race ; nous sortons trop de l’ordre commun pour que notre sang fleurisse après nous : le Cid fut notre aïeul, il sera notre postérité.  » Blanca sortit.

Don Carlos vole chez l’Abencerage.  » Maure, lui dit-il, renonce à ma sœur ou accepte le combat.  »

 » Es-tu chargé par ta sœur, répondit Aben-Hamet, de me redemander les serments qu’elle m’a faits ?  »

 » Non, répliqua don Carlos : elle t’aime plus que jamais.  »

 » Ah digne frère de Blanca ! s’écria Aben-Hamet en l’interrompant, je dois tenir tout mon bonheur de ton sang ! O fortuné Aben-Hamet ! O heureux jour ! je croyais Blanca infidèle pour ce chevalier français…  »

 » Et c’est là ton malheur, s’écria à son tour don Carlos hors de lui : Lautrec est mon ami ; sans toi il serait mon frère. Rends-moi raison des larmes que tu fais verser à ma famille.  »

 » Je le veux bien, répondit Aben-Hamet ; mais, né d’une race qui peut-être a combattu la tienne, je ne suis pourtant point chevalier. Je ne vois ici personne pour me conférer l’ordre qui te permettra de te mesurer avec moi sans descendre de ton rang.  »

Don Carlos, frappé de la réflexion du Maure, le regarda avec un mélange d’admiration et de fureur. Puis tout à coup :  » C’est moi qui t’armerai chevalier ! tu en es digne.  »

Aben-Hamet fléchit le genou devant don Carlos, qui lui donne l’accolade en lui frappant trois fois l’épaule du plat de son épée ; ensuite don Carlos lui ceint cette même épée que l’Abencerage va peut-être lui plonger dans la poitrine : tel était l’antique honneur.

Tous deux s’élancent sur leurs coursiers, sortent des murs de Grenade, et volent à la fontaine du Pin. Les duels des Maures et des chrétiens avaient depuis longtemps rendu cette source célèbre. C’était là que Malique Alabès s’était battu contre Ponce de Léon, et que le grand maître de Calatrava avait donné la mort au valeureux Abayados. On voyait encore les débris des armes de ce chevalier maure suspendus aux branches du pin, et l’on apercevait sur l’écorce de l’arbre quelques lettres d’une inscription funèbre. Don Carlos montra de la main la tombe d’Abayados à l’Abencerage :  » Imite, lui cria-t-il, ce brave infidèle, et reçois le baptême et la mort de ma main.  »

 » La mort peut-être, répondit Aben-Hamet, mais vivent Allah et le Prophète !  »

Ils prirent aussitôt du champ, et coururent l’un sur l’autre avec furie. Ils n’avaient que leurs épées : Aben-Hamet était moins habile dans les combats que don Carlos, mais la bonté de ses armes, trempées à Damas, et la légèreté de son cheval arabe, lui donnaient encore l’avantage sur son ennemi. Il lança son coursier comme les Maures, et avec son large étrier tranchant il coupa la jambe droite du cheval de don Carlos au-dessous du genou. Le cheval blessé s’abattit, et don Carlos, démonté par ce coup heureux, marche sur Aben-Hamet l’épée haute. Aben-Hamet saute à terre et reçoit don Carlos avec intrépidité. Il pare les premiers coups de l’Espagnol, qui brise son épée sur le fer de Damas. Trompé deux fois par la fortune, don Carlos verse des pleurs de rage et crie à son ennemi :  » Frappe, Maure, frappe ! don Carlos désarmé te défie, toi et toute ta race infidèle.  »

 » Tu pouvais me tuer, répond l’Abencerage, mais je n’ai jamais songé à te faire la moindre blessure : j’ai voulu seulement te prouver que j’étais digne d’être ton frère, et t’empêcher de me mépriser.  »

Dans cet instant on aperçois un nuage de poussière : Lautrec et Blanca pressaient deux cavales de Fez, plus légères que les vents. Ils arrivent à la fontaine du Pin et voient le combat suspendu.

 » Je suis vaincu, dit don Carlos ; ce chevalier m’a donné la vie. Lautrec, vous serez peut-être plus heureux que moi.  »

 » Mes blessures, dit Lautrec d’une voix noble et gracieuse me permettent de refuser le combat contre ce chevalier courtois. Je ne veux point, ajouta-t-il en rougissant, connaître le sujet de votre querelle et pénétrer un secret qui porterait peut-être la mort dans mon sein. Bientôt mon absence fera renaître la paix parmi vous, à moins que Blanca ne m’ordonne de rester à ses pieds.  »

 » Chevalier, dit Blanca, vous demeurerez auprès de mon frère, vous me regarderez comme votre sœur. Tous les cœurs qui sont ici éprouvent des chagrins : vous apprendrez de nous à supporter les maux de la vie.  »

Blanca voulut contraindre les trois chevaliers à se donner la main : tous les trois s’y refusèrent :  » Je hais Aben-Hamet !  » s’écria don Carlos.  » Je l’envie,  » dit Lautrec. –  » Et moi, dit l’Abencerage, j’estime don Carlos et je plains Lautrec, mais je ne saurais les aimer.  »

 » Voyons-nous toujours, dit Blanca, et tôt ou tard l’amitié suivra l’estime. Que l’événement fatal qui nous rassemble ici soit à jamais ignoré de Grenade.  » Aben-Hamet devint dès ce moment plus cher à la fille du duc de Santa-Fé : l’amour aime la vaillance ; il ne manquait plus rien à l’Abencerage, puisqu’il était brave et que don Carlos lui devait la vie. Aben-Hamet, par le conseil de Blanca s’abstînt pendant quelques jours de se présenter au palais afin de laisser se calmer la colère de don Carlos. Un mélange de sentiments doux et amers remplissait l’âme de L’Abencerage : d’un côté l’assurance d’être aimé avec tant de fidélité et d’ardeur était pour lui une source inépuisable de délice, d’un autre côté la certitude de n’être jamais heureux sans renoncer à la religion de ses pères accablait le courage d’Aben-Hamet. Déjà plusieurs années s’étaient écoulées sans apporter de remède à ses maux : verrait-il ainsi s’écouler le reste de sa vie ?

Il était plongé dans un abîme de réflexions les plus sérieuses et les plus tendres, lorsqu’un soir il entendit sonner cette prière chrétienne qui annonce la fin du jour. Il lui vint en pensée d’entrer dans le temple du Dieu de Blanca et de demander des conseils au Maître de la nature.

Il sort, il arrive à la porte d’une ancienne mosquée convertie en église par les fidèles. Le cœur saisi de tristesse et de religion, il pénètre dans le temple qui fut autrefois celui de son Dieu et de sa patrie. La prière venait de finir

il n’y avait plus personne dans l’église. Une sainte obscurité régnait à
travers une multitude de colonnes qui ressemblaient au tronc des arbres d’une forêt régulièrement plantée. L’architecture légère des Arabes s’était mariée à l’architecture gothique, et, sans rien perdre de son élégance, elle avait pis une gravité plus convenable aux méditations.

Quelques lampes éclairaient à peine les enfoncements des voûtes ; mais à la clarté de plusieurs cierges allumés on voyait encore briller l’autel du sanctuaire : il étincelait d’or et de pierreries. Les Espagnols mettent toute leur gloire à se dépouiller de leurs richesses pour en parer les objets du culte, et l’image du Dieu vivant placée au milieu des voiles de dentelles, des couronnes de perles et des gerbes de rubis, est adoré par un peuple à demi nu.

On ne remarquait aucun siège au milieu de la vaste enceinte : un pavé de marbre qui recouvrait des cercueils servait aux grands comme aux petits pour se prosterner devant le Seigneur.

Tissu de la dynastie arabe Nasride du 14eme siècle Gharnata (Grenade) Al-Andalus
Tissu de la dynastie arabe Nasride du 14eme siècle Gharnata (Grenade) Al-Andalus

Aben-Hamet s’avançait lentement dans les nefs désertes qui retentissaient du seul bruit de ses pas. Son esprit était partagé entre les souvenirs que cet ancien édifice de la religion des Maures retraçait à sa mémoire et les sentiments que la religion des chrétiens faisait naître dans son cœur. Il entrevit au pied d’une colonne une figure immobile, qu’il prit d’abord pour une statue sur un tombeau ; il s’en approche ; il distingue un jeune chevalier à genou, le front légèrement incliné et les deux bras croisés sur sa poitrine. Ce chevalier ne fit aucun mouvement au bruit des pas d’Aben-Hamet ; aucune distraction, aucun signe extérieur de vie ne troubla sa profonde prière. Son épée était couchée à terre devant lui, et son chapeau, chargé de plumes, était posé sur le marbre à ses côtés : il avait l’air d’être fixé dans cette attitude par l’effet d’un enchantement.

C’était Lautrec :  » Ah ! dit l’Abencerage en lui-même, ce jeune et beau Français demande au ciel quelque faveur signalée ; ce guerrier déjà célèbre par son courage, répand ici son cœur devant le souverain du ciel, comme le plus humble et le plus obscur des hommes. Prions donc aussi le Dieu des chevaliers et de la gloire.  »

Aben-Hamet allait se précipiter sur le marbre, lorsqu’il aperçut, à la lueur d’une lampe, des caractères arabes et un verset du Coran qui paraissaient sous un plâtre à demi tombé. Les remords rentrent dans son cœur, et il se hâte de quitter l’édifice où il a pensé devenir infidèle à sa religion et à sa patrie.

Le cimetière qui environnait cette ancienne mosquée était une espèce de jardin planté d’orangers, de cyprès, de palmiers, et arrosé par deux fontaines ; un cloître régnait alentour. Aben-Hamet, en passant sous un des portiques, aperçut une femme prête à entrer dans l’église. Quoiqu’elle fût enveloppée d’un voile, l’Abencerage reconnut la fille du duc de Santa-Fé ; il l’arrête, et lui dit :  » Viens-tu chercher Lautrec dans ce temple ?  »

 » Laisse là ces vulgaires jalousies, répondit Blanca : si je ne t’aimais plus, je te le dirais ; je dédaignerais de te tromper. Je viens ici prier pour toi; toi seul es maintenant l’objet de mes vœux : j’oublie mon âme pour la tienne. Il ne fallait pas m’enivrer du poison de ton amour, ou il fallait consentir à servir le Dieu que je sers. Tu troubles toute ma famille, mon frère te hait; mon père est accablé de chagrin, parce que je refuse de choisir un époux. Ne t’aperçois-tu pas que ma santé s’altère ? Vois cet asile de la mort ; il est enchanté ! Je m’y reposerai bientôt, si tu ne te hâtes de recevoir ma foi au pied de l’autel des chrétiens. Les combats que j’éprouve minent peu à peu ma vie; la passion que tu m’inspires ne soutiendra pas toujours ma frêle existence; songe, ô Maure ! pour te parler ton langage, que le feu qui allume le flambeau est aussi le feu qui le consume.  »

Blanca entre dans l’église, et laisse Aben-Hamet accablé de ces dernières paroles.

C’en est fait : l’Abencerage est vaincu ; il va renoncer aux erreurs de son culte ; assez longtemps il a combattu. La crainte de voir Blanca mourir l’emporte sur tout autre sentiment dans le cœur d’Aben-Hamet. Après tout, se disait-il, le Dieu des chrétiens est peut-être le Dieu véritable. Ce Dieu est toujours le Dieu des nobles âmes, puisqu’il est celui de Blanca, de don Carlos et de Lautrec.

Dans cette pensée, Aben-Hamet attendit avec impatience le lendemain pour faire connaître sa résolution à Blanca et changer une vie de tristesse et de larmes en une vie de joie et de bonheur. Il ne put se rendre au palais du duc de Santa-Fé que le soir. Il apprit que Blanca était allée avec son frère au Généralife, où Lautrec donnait une fête. Aben-Hamet, agité de nouveaux soupçons, vole sur les traces de Blanca. Lautrec rougit en voyant paraître l’Abencerage ; quant à Don Carlos, il reçut le Maure avec une froide politesse, mais à travers laquelle perçait l’estime.

Lautrec avait fait servir les plus beaux fruits de l’Espagne et de l’Afrique dans une des salles du Généralife appelée la salle des Chevaliers. Tout autour de cette salle étaient suspendus les portraits des princes et des chevaliers vainqueurs des Maures, Pelage, le Cid, Gonzalve de Cordoue. L’épée du dernier roi de Grenade était attachée au-dessous de ces portraits. Aben-Hamet renferma sa douleur en lui-même, et dit seulement comme le lion, en regardant ces tableaux :  » Nous ne savons pas peindre.  »

Le généreux Lautrec, qui voyait les yeux de l’Abencerage se tourner malgré lui vers l’épée de Boabdil, lui dit :  » Chevalier Maure, si j’avais prévu que vous m’eussiez fait l’honneur de venir à cette fête, je ne vous aurais pas reçu ici. On perd tous les jours une épée, et j’ai vu le plus vaillant des rois remettre la sienne à son heureux ennemi.  »

 » Ah ! s’écria le Maure en se couvrant le visage d’un pan de sa robe, on peut la perdre comme François Ier, mais comme Boabdil !…  »

La nuit vint : on apporta des flambeaux ; la conversation changea de cours. On pria don Carlos de raconter la découverte du Mexique. Il parla de ce monde inconnu avec l’éloquence pompeuse naturelle à la nation espagnole. Il dit les malheurs de Montézume, les mœurs des Américains, les prodiges de la valeur castillane et même les cruautés de ses compatriotes, qui ne lui semblaient mériter ni blâme ni louange. Ces récits enchantaient Aben-Hamet, dont la passion pour les histoires merveilleuses trahissait le sang arabe. Il fit à son tour le tableau de l’empire ottoman, nouvellement assis sur les ruines de Constantinople, non sans donner des regrets au premier empire de Mahomet ; temps heureux où le commandeur des croyants voyait briller autour de lui Zobeide, Fleur de Beauté, Force des Cœurs, Tourmente, et ce généreux Ganem, esclave par amour. Quant à Lautrec, il peignit la cour galante de François Ier ; les arts renaissant du sein de la barbarie, l’honneur, la loyauté, la chevalerie des anciens temps, unis à la politesse des siècles civilisés, les tourelles gothiques ornées des ordres de la Grèce, et les dames gauloises rehaussant la richesse de leurs atours par l’élégance athénienne.

Après ces discours, Lautrec, qui voulait amuser la divinité de cette fête, prit une guitare, et chanta cette romance qu’il avait composée sur un air des montagnes de son pays :
Combien j’ai douce souvenance [cette romance est déjà connue du public. J’en avais composé les paroles pour un air des montagnes d’Auvergne, remarquable par sa douceur et sa simplicité. (N.d.A.)]

Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

Du joli lieu de ma naissance !

Ma sœur, qu’ils étaient beaux, les jours

De France !

O mon pays, sois mes amours

Toujours !
Te souvient-il que notre mère,

Au foyer de notre chaumière,

Nous pressait sur son cœur joyeux,

Ma chère,

Et nous baisions ses blancs cheveux

Tous deux ?
Ma sœur, te souvient-il encore

Du château que baignait la Dore !

Et de cette tant vieille tour

Du Maure,

Où l’airain sonnoit le retour

Du jour ?
Te souvient-il du lac tranquille

Qu’effeuroit l’hirondelle agile,

Du vent qui courboit le roseau

Mobile,

Et du soleil couchant sur l’eau,

Si beau ?
Oh ! qui me rendra mon Hélène,

Et ma montagne et le grand chêne ?

Leur souvenir fait tous les jours

Ma peine :

Mon pays sera mes amours

Toujours !
Lautrec, en achevant le dernier couplet, essuya avec son gant une larme que lui arrachait le souvenir du gentil pays de France. Les regrets du beau prisonnier furent vivement sentis par Aben-Hamet, qui déplorait comme Lautrec la perte de sa patrie. Sollicité de prendre à son tour la guitare, il s’en excusa, en disant qu’il ne savait qu’une romance, et qu’elle serait peu agréable à des chrétiens.

Le royaume nasride de Grenade
Le royaume nasride de Grenade

 » Si ce sont des infidèles qui gémissent de nos victoires, repartit dédaigneusement don Carlos, vous pouvez chanter : les larmes sont permises aux vaincus.  »

 » Oui, dit Blanca, et c’est pour cela que nos pères, soumis autrefois au joug des Maures, nous ont laissé tant de complaintes.  »

Aben-Hamet chanta donc cette ballade, qu’il avait apprise d’un poète de la tribu des Abencerages [En traversant un pays montagneux entre Algésiras et Cadix, je m’arrêtai dans une venta située au milieu d’un bois. Je n’y trouvai qu’un petit garçon de quatorze à quinze ans et une petite fille à peu près du même âge, frère et sœur qui tressaient auprès du feu des nattes de jonc. Ils chantaient une romance dont je ne comprenais pas les paroles, mais dont l’air était simple et naïf. Il faisait un temps affreux ; je restai deux heures à la venta. Mes jeunes hôtes répétèrent si longtemps les couplets de leur romance, qu’il me fut aisé d’en apprendre l’air par cœur c’est sur cet air que j’ai composé la romance de l’Abencerage. Peut-être était-il question d’Aben-Hamet dans la chanson de mes deux petits Espagnols. Au reste, le dialogue de Grenade et du roi de Léon est imité d’une romance espagnole. (N.d.A.)] :
Le roi don Juan,

Un jour chevauchant,

Vit sur la montagne

Grenade d’Espagne ;

Il lui dit soudain :

Cité mignonne,

Mon cœur te donne

Avec ma main.
Je t’épouserai,

Puis apporterai

En dons à ta ville,

Cordoue et Séville.

Superbes atours

Et perle fine

Je te destine

Pour nos amours.
Grenade répond :

Grand roi de Léon,

Au Maure liée,

Je suis mariée.

Garde tes présents :

J’ai pour parure

Riche ceinture

Et beaux enfants.
Ainsi tu disois ;

Ainsi tu mentois.

O mortelle injure !

Grenade est parjure !

Un chrétien maudit

D’Abencerage

Tient l’héritage :

C’étoit écrit !
Jamais le chameau

N’apporte au tombeau,

Près de la piscine,

L’Haggi de Médine.

Un chrétien maudit

D’Abencerage

Tient l’héritage :

C’étoit écrit !
O bel Albambra !

O palais d’Allah !

Cité des fontaines !

Fleuve aux vertes plaines,

Un chrétien maudit

D’Abencerage

Tient l’héritage :

C’étoit écrit !
La naïveté de ces plaintes avait touché jusqu’au superbe don Carlos, malgré les imprécations prononcées contre les chrétiens. Il aurait désiré qu’on le dispensât de chanter lui-même, mais par courtoisie pour Lautrec il crut devoir céder à ses prières. Aben-Hamet donna la guitare au frère de Blanca, qui célébra les exploits du Cid son illustre aïeul :
Prêt à partir pour la rive africaine [Tout le monde connaît l’air des Folies d’Espagne . Cet air était sans paroles, du moins il n’y avait point de paroles qui en rendissent le caractère grave, religieux et chevaleresque. J’ai essayé d’exprimer ce caractère dans la romance du Cid. Cette romance s’étant répandue dans le public sans mon aveu, des maîtres célèbres m’ont fait l’honneur de l’embellir de leur musique. Mais comme je l’avais expressément composée pour l’air des Folies d’Espagne , il y a un couplet qui devient un vrai galimatias, s’il ne se rapporte à mon intention primaire :
(…) Mon noble chant vainqueur,

D’Espagne un jour deviendra la folie, etc.
Enfin ces trois romances n’ont quelque mérite qu’autant qu’elles sont chantées sur trois vieux airs véritablement nationaux ; elles amènent d’ailleurs le dénouement. (N.d.A.)] ,

Le Cid armé, tout brillant de valeur,

Sur sa guitare, aux pieds de sa Chimène,

Chantoit ces vers que lui dictoit l’honneur :
Chimène a dit : Va combattre le Maure ;

De ce combat surtout reviens vainqueur.

Oui, je croirai que Rodrigue m’adore

S’il fait céder son amour à l’honneur.
Donnez, donnez et mon casque et ma lance !

Je vais montrer que Rodrigue a du cœur :

Dans les combats signalant sa vaillance,

Son cri sera pour sa dame et l’honneur.
Maure vanté pour ta galanterie,

De tes accents mon noble chant vainqueur

D’Espagne un jour deviendra la folie,

Car il peindra l’amour avec l’honneur.
Dans le vallon de notre Andalousie,

Les vieux chrétiens conteront ma valeur :

Il préféra, diront-ils, à la vie

Son Dieu, son roi, sa Chimène et l’honneur.
Don Carlos avait paru si fier en chantant ces paroles d’une voix mâle et sonore, qu’on l’aurait pris pour le Cid lui-même. Lautrec partageait l’enthousiasme guerrier de son ami ; mais l’Abencerage avait pâli au nom du Cid.

 » Ce chevalier, dit-il, que les chrétiens appellent la Fleur des batailles, porte parmi nous le nom de cruel. Si sa générosité avait égalé sa valeur…  »

 » Sa générosité, repartit vivement don Carlos interrompant Aben-Hamet, surpassait encore son courage, et il n’y a que des Maures qui puissent calomnier le héros à qui ma famille doit le jour.  »

 » Que dis-tu ? s’écria Aben-Hamet s’élançant du siège où il était à demi couché

tu comptes le Cid parmi tes aïeux ?  »
 » Son sang coule dans mes veines, répliqua don Carlos, et je me reconnais de ce noble sang à la haine qui brûle dans mon cœur contre les ennemis de mon Dieu.  »

 » Ainsi, dit Aben-Hamet regardant Blanca, vous êtes de la maison de ces Bivar qui, après la conquête de Grenade, envahirent les foyers des malheureux Abencerages et donnèrent la mort à un vieux chevalier de ce nom qui voulut défendre le tombeau de ses aïeux ?  »

 » Maure ! s’écria don Carlos enflammé de colère, sache que je ne me laisse point interroger. Si je possède aujourd’hui la dépouille des Abencerages, mes ancêtres l’ont acquise au prix de leur sang, et ils ne la doivent qu’à leur épée.  »

 » Encore un mot, dit Aben-Hamet toujours plus ému : nous avons ignoré dans notre exil que les Bivar eussent porté le titre de Santa-Fé, c’est ce qui a causé mon erreur.  »

 » Ce fut, répondit don Carlos, à ce même Bivar, vainqueur des Abencerages, que ce titre fut conféré par Ferdinand le Catholique.  »

La tête d’Aben-Hamet se pencha dans son sein : il resta debout au milieu de don Carlos, de Lautrec et de Blanca étonnés. Deux torrents de larmes coulèrent de ses yeux sur le poignard attaché à sa ceinture.  » Pardonnez, dit-il ; les hommes, je le sais, ne doivent pas répandre des larmes : désormais les miennes ne couleront plus au dehors, quoiqu’il me reste beaucoup à pleurer ; écoutez-moi

Blanca, mon amour pour toi égale l’ardeur des vents brûlants de l’Arabie.
J’étais vaincu ; je ne pouvais plus vivre sans toi. Hier, la vue de ce chevalier français en prières, tes paroles dans le cimetière du temple, m’avaient fait prendre la résolution de connaître ton Dieu et de t’offrir ma foi.  »

Un mouvement de joie de Blanca et de surprise de don Carlos interrompit Aben- Hamet ; Lautrec cacha son visage dans ses deux mains. Le Maure devina sa pensée, et secouant la tête avec un sourire déchirant :  » Chevalier, dit-il, ne perds pas toute espérance ; et toi, Blanca, pleure à jamais sur le dernier Abencerage !  »

Blanca, don Carlos, Lautrec, lèvent tous trois les mains au ciel, et s’écrient :  » Le dernier Abencerage !  »

Le silence règne ; la crainte, l’espoir, la haine, l’amour, l’étonnement, la jalousie, agitent tous les cœurs ; Blanca tombe bientôt à genoux.  » Dieu de bonté ! dit-elle, tu justifies mon choix, je ne pouvais aimer que le descendant des héros.  »

 » Ma sœur, s’écria don Carlos irrité, songez donc que vous êtes ici devant Lautrec !  »

 » Don Carlos, dit Aben-Hamet, suspends ta colère ; c’est à moi à vous rendre le repos.  » Alors s’adressant à Blanca, qui s’était assise de nouveau :

 » Houri du ciel, Génie de l’amour et de la beauté, Aben-Hamet sera ton esclave jusqu’à son dernier soupir : mais connais toute l’étendue de son malheur. Le vieillard immolé par ton aïeul en défendant ses foyers était le père de mon père

apprends encore un secret que je t’ai caché, ou plutôt que tu m’avais fait
oublier. Lorsque je vins la première fois visiter cette triste patrie, j’avais surtout pour dessein de chercher quelque fils des Bivar qui pût me rendre compte du sang que ses pères avaient versé.  »

 » Eh bien !  » dit Blanca d’une voix douloureuse, mais soutenue par l’accent d’une grande âme,  » quelle est ta résolution ?  »

 » La seule qui soit digne de toi, répondit Aben-Hamet : te rendre tes serments, satisfaire par mon éternelle absence et par ma mort à ce que nous devons l’un et l’autre à l’inimitié de nos dieux, de nos patries et de nos familles. Si jamais mon image s’effaçait de ton cœur, si le temps, qui détruit tout, emportait de ta mémoire le souvenir d’Abencerage… ce chevalier français… Tu dois ce sacrifice à ton frère.  »

Lautrec se lève avec impétuosité, se jette dans les bras du Maure.  » Aben-Hamet ! s’écrie-t-il, ne crois pas me vaincre en générosité : je suis Français ; Bayard m’arma chevalier ; j’ai versé mon sang pour mon roi ; je serai, comme mon parrain et comme mon prince, sans peur et sans reproche. Si tu restes parmi nous, je supplie don Carlos de t’accorder la main de sa sœur ; si tu quittes Grenade, jamais un mot de mon amour ne troublera ton amante. Tu n’emporteras point dans ton exil la funeste idée que Lautrec, insensible à ta vertu, cherche à profiter de ton malheur.  »

Et le jeune chevalier pressait le Maure sur son sein avec la chaleur et la vivacité d’un Français.

 » Chevaliers, dit don Carlos à son tour, je n’attendais pas moins de vos illustres races. Aben-Hamet, à quelle marque puis-je vous reconnaître pour le dernier Abencerage ?  »

 » A ma conduite,  » répondit Aben-Hamet.

 » Je l’admire, dit l’Espagnol ; mais, avant de m’expliquer, montrez-moi quelque signe de votre naissance.  »

Aben-Hamet tira de son sein l’anneau héréditaire des Abencerages, qu’il portait suspendu à une chaîne d’or.

A ce signe, don Carlos tendit la main au malheureux Aben-Hamet.  » Sire chevalier, dit-il, je vous tiens pour prud’homme et véritable fils de rois. Vous m’honorez par vos projets sur ma famille, j’accepte le combat que vous étiez venu secrètement chercher. Si je suis vaincu, tous mes biens, autrefois tous les vôtres, vous seront fidèlement remis. Si vous renoncez au projet de combattre, acceptez à votre tour ce que je vous offre : soyez chrétien et recevez la main de ma sœur, que Lautrec a demandée pour vous.  »

La tentation était grande, mais elle n’était pas au-dessus des forces d’Aben- Hamet. Si l’amour dans toute sa puissance parlait au cœur de l’Abencerage, d’une autre part il ne pensait qu’avec épouvante à l’idée d’unir le sang des persécuteurs au sang des persécutés. Il croyait voir l’ombre de son aïeul sortir du tombeau et lui reprocher cette alliance sacrilège. Transpercé de douleur, Aben-Hamet s’écrie :  » Ah ! faut-il que je rencontre ici tant d’âmes sublimes, tant de caractères généreux, pour mieux sentir ce que je perds. Que Blanca prononce ; qu’elle dise ce qu’il faut que je fasse pour être plus digne de son amour !  »

Blanca s’écrie :  » Retourne au désert !  » et elle s’évanouit.

Aben-Hamet se prosterna, adora Blanca encore plus que le ciel, et sortit sans prononcer une seule parole. Dès la nuit même il partit pour Malaga, et s’embarqua sur un vaisseau qui devait toucher à Oran. Il trouva campée près de cette ville la caravane qui tous les trois ans sort de Maroc, traverse l’Afrique, se rend en l’Egypte et rejoint dans l’Yémen la caravane de La Mecque. Aben-Hamet se mit au nombre des pèlerins.

Blanca, dont les jours furent d’abord menacés, revint à la vie. Lautrec, fidèle à la parole qu’il avait donnée à l’Abencerage, s’éloigna, et jamais un mot de son amour ou de sa douleur ne troubla la mélancolie de la fille du duc de Santa- Fé. Chaque année Blanca allait errer sur les montagnes de Malaga, à l’époque où son amant avait coutume de revenir d’Afrique ; elle s’asseyait sur les rochers, regardait la mer, les vaisseaux lointains, et retournait ensuite à Grenade ; elle passait le reste de ses jours parmi les ruines de l’Alhambra. Elle ne se plaignait point, elle ne pleurait point, elle ne parlait jamais d’Aben-Hamet : un étranger l’aurait crue heureuse. Elle resta seule de sa famille. Son père mourut de chagrin, et don Carlos fut tué dans un duel où Lautrec lui servit de second. On n’a jamais su quelle fut la destinée d’Aben-Hamet.

Lorsqu’on sort de Tunis par la porte qui conduit aux ruines de Carthage, on trouve un cimetière : sous un palmier dans un coin de ce cimetière, on m’a montré un tombeau qu’on appelle le tombeau du dernier Abencerage . Il n’a rien de remarquable, la pierre sépulcrale en est tout unie ; seulement, d’après une coutume des Maures, on a creusé au milieu de cette pierre un léger enfoncement avec le ciseau. L’eau de la pluie se rassemble au fond de cette coupe funèbre et sert, dans un climat brûlant, à désaltérer l’oiseau du ciel.

Les Relations Nasride-Ottomane:

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Diverses représentations des arabes Nasrides et de leurs armoiries
Diverses représentations des arabes Nasrides et de leurs armoiries

Les Relations Nasride-Ottomane ont eu lieu au cours des dernières années du 15ème siècle pour lutté contre l’inévitable Reconquista

Les Relations Nasride-Ottomane ont eu lieu au cours des dernières années du 15ème siècle, la dynastie des Nasrides tenté d’obtenir de l’Empire ottoman de l’aide contre la Reconquista en Espagne.

Les Ottomans s’étendait dans la Méditerranée occidentale, en particulier avec l’ invasion ottomane d’Otrante en Italie en 1480-1481, interrompu par la mort du sultan Mehmed II . [ 1 ]

Cette expansion turque Islamique représentait une menace croissante pour la Couronne espagnole de Fernando , qui a dû faire face à une présence  arabo-musulmane dans le sud de l’Espagne, avec le Royaume de Cordoue (territoire musulman sous la couronne de Castille)[ 1 ] Cela a encouragé l’Espagne à faire face au mudéjar d’une manière plus grave, et de les désarmer, et leur interdisant l’accès à des forteresses. [ 1 ]

Les Turcs Ottomans ont poursuivi leurs incursions dans la Méditerranée occidentale. Il y avait des rumeurs de l’arrivée de la flotte turque Ottomane en 1484, et ils ont attaqué Malte en 1488. [ 1 ] le croisé Fernando à renforcé les défenses de la Sicile comme une réponse, et a même fait une alliance temporaire avec les Mamelouks contre les Ottomans à partir de 1488 jusqu’à 1491 ,  avec l’expédition d’une quantité de  blé et offrant une flotte de 50 caravelles contre les Ottomans. [ 1 ]

Carte de Grenade par le cartographe Turc ottoman Piri Reis , 15ème siècle.

De la Mission diplomatique à la flotte d’action 

Le dernier souverain nasride,Abu’ Abd’ALLAH Boabdil , qui avais  demandé de l’aide au ottomans et au mamelouks contre les envahisseurs croisés.

En 1487, les Nasrides de Grenade avaient envoyé des émissaires chez les Ottomans, et aussi chez les Mamelouks, afin d’obtenir de l’aide contre l’offensive espagnole. [ 1 ] [ 2 ] Un envoyé chez les Mamelouks fut le célèbre grenadin Ibn al-Azraq . [ 3 ] Deux émissaires ont été envoyés dans l’Empire ottoman, l’un de Játiva , et un certain Pacoret de Paterna . [ 1 ]

Intervention navale 

Des plans ont été apparemment élaboré par les troupes ottomanes pour  être débarqués à Valence , d’où ils se joindront au 200.000 mudéjars contre les Espagnols. [ 1 ] Le sultan Ottoman Bayezit II était cependant beaucoup trop occupé à l’est, en particulier avec la guerre ottomane – mamelouk qui l’empêche de prêter tout support majeur. [ 1 ] [ 4 ] En réponse au secours pour les nasrides, cependant, le sultan ottoman Bayezit II envoya l’amiral ottoman Kemal Reis avec une flotte de la Méditerranée ver le Maghreb. C’était la première participation ottomane en Méditerranée occidentale. [ 5 ] Il aurai pris  contact avec les musulmans de Grenade, sur la côte de l’Espagne. [ 1 ] Jusqu’à 1495, Kemal Reis a été actif dans les raids sur la côte espagnole, contre les forces croisés de l’inquisition, sa flotte étant basée en Algérie et en Tunisie, Annaba (Bône) , Bejaia (Bougie) et Djerba . [ 1 ] Kemal également convoyé de nombreux réfugiés musulmans de la côte de l’Espagne à l’Afrique du Nord. [ 5 ] Kemal Reis a ensuite été rappelé par Bayezit en 1495. [ 1 ]

Grenade serait finalement prise par les croisés espagnols en 1492, avec la bataille de Grenade . [ 1 ] Les mudéjars continueraient à avoir des contacts avec les Ottomans, comme en 1502. [ 1 ] Abu Abd’Allah dit Boabdil émigre en Afrique du Nord avec 6000 autres musulmans en 1493. [ 6 ]

L’accueil des réfugiés 

De nombreux réfugiés du royaume nasride de Grenade furent  permis par les Ottomans à s’établir en tant que réfugiés dans  tout l’Empire ottoman. Parmi eux se trouvait le Juif Moïse Hamon , qui est devenu un célèbre médecin à la cour ottomane. [ 7 ] Bayezid II a envoyé des proclamations dans tout l’empire que les réfugiés devaient être accueillis avec le plus grand soins. Il a accordé aux réfugiés l’autorisation de s’installer dans l’Empire ottoman et de devenir des citoyens ottomans. Il a critiqué la conduite de Ferdinand II d’Aragon et Isabelle I de Castille à expulser une catégorie de personnes si utiles à leurs sujets. « Vous osez appeler Ferdinand un souverain sage », at-il dit à ses courtisans – «celui qui a appauvri son propre pays et enrichi le mien ! ». [ 8 ] 

l’après-coup

La victoire de l’Espagne chrétienne dans la péninsule ibérique contre l’islam, et la menace d’incursions espagnoles dans les états musulman de l’Afrique du Nord, conduiraient à de nouveaux appels d’implication Ottomane. [ 4 ] Les Espagnols ont efficacement mis les pieds en Afrique du Nord avec la capture de Melilla en 1497. [ 6 ] 

Notes 

  1. Aller à:un n Les musulmans de Valence dans l’âge de Fernando et Isabel par Mark D. Meyerson p.64 et suiv
  2. SauterL’histoire de Cambridge de l’Islam par PM Holt, Peter Malcolm Holt, Ann KS Lambton, Bernard Lewis p.312
  3. Sautermusulmans en Espagne, de 1500 à 1614 par Leonard Patrick Harvey p.335
  4. Aller à:un b « . Lorsque la chute de Grenade aux Espagnols en 1492 et les Etats musulmans en Afrique du Nord a commencé à faire face à la possibilité d’invasions chrétiennes, la pression pour une intervention ottomane augmenté face à de nombreux appels à l’aide» Histoire de l’Empire ottoman et la Turquie moderne, Vol 1 par Stanford J. Shaw p.76 et suiv
  5. Aller à:un b Une géographie historique de l’Empire ottoman p.99
  6. Aller à:un b Une histoire du Maghreb à l’époque islamique Jamil M. Abun-Nasr p.146
  7. Sautermédecine ottomane: institutions de guérison et de médecine, 1500-1700 par Miri Shefer Mossensohn p.40
  8. Sauter^ Le encyclopédie juive: une notice descriptive de l’histoire, la religion, la littérature et les coutumes du peuple juif depuis les premiers temps jusqu’à nos jours , Vol.2 Isidore Singer, Cyrus Adler, Funk et Wagnalls, 1912 p.460

Les Palais de la dynastie arabe des nasrides Alhambra de Grenade, en Andalousie.

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Palais Nasride de l'Alhambra
Palais Nasride de l’Alhambra

Les palais nasrides constituent un complexe de bâtiments ornementaux bâtis sur plusieurs générations. Les salles sont communicantes et donnent sur des cours intérieures ; elles suivent un tracé orthogonal.

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Dans leur forme actuelle, on peut distinguer trois zones d’ouest en est: le Mexuar, le palais de Comares, les palais des Lions.

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 L’imposante tour de Comares domine le palais portant son nom De l’autre côté cette tour participe aux fortifications défensives

D’ouest en est, on distingue :

  • la cour de la Mosquée, dont il ne reste que des vestiges
  • la cour et la tour de Machuca, qui doivent leur nom à Pedro Machuca, architecte de Charles Quint, qui occupa la tour.

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  • la salle du Mexuar : Construite sous le sultan Ismaïl Ier (1314-1325), elle fit l’objet d’aménagements sous Mohammed V. À l’époque nasride, elle servit notamment de siège au tribunal royal. Arès la reconquête, elle fut transformée en chapelle chrétienne au xvie siècle. L’espace central est délimité par quatre colonnes de marbre, qui soutenaient jadis une coupole. Au xvie siècle, cette dernière disparut lorsqu’on ajouta un étage. La coupole fut remplacée par un plafond lambrissé à disposition radiale. La salle est décorée d’un lambris d’azulejos, dont les étoiles centrales représentent la devise nasride en caractères arabes, l’aigle à deux têtes de la maison des Habsbourg et les Colonnes d’Hercule.
  • la salle des Oraisons : Comme elle a subi de nombreuses restaurations, il est difficile de se faire une idée de son aspect d’origine. Elle n’a pas la même orientation que les autres bâtiments : comme il s’agit d’une salle de prières musulmane, elle est orientée vers le sud-est, en direction de La Mecque.

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  • la cour de la Chambre dorée (patio del Cuarto Dorado) : On accède à la cour par une porte dont l’étroitesse permet de mieux en contrôler l’entrée. Le sultan y donnait ses audiences. Du côté sud de la cour se trouve la façade du palais de Comares. Du côté nord, une galerie formée de trois arcs mène à la chambre dorée. Celle-ci doit son nom au plafond à caissons à motifs dorés. Bien que le plafond soit d’origine, après la Reconquête, il a été muni de motifs héraldiques des monarques catholiques.
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Une partie de l’Alhambra construit par les Arabes Nasrides

Le palais de Comares fut développé pour l’essentiel par les bâtisseurs nasrides Yusuf I et Mohammed V al-Ghanî. Les Espagnols le nomment également le patio des Arrayanes, assimilant cette partie du palais à l’espace le plus ample qui s’y trouve.
D’ouest en est, les différentes parties de ce palais sont :

  • la cour des Myrtes (patio de los Arrayanes) ;
  • la salle de la Barque, au nord de la cour;
  • la salle du Trône ou des Ambassadeurs, située au nord de la salle de la Barque, dans la tour de ComaresLieu de la salle du trône (diwan).
  • le Hammam.
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Blason Nasride détail d'une fresque  de l'alhambra  Blason Nasride détail d’une fresque de l’alhambra

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C’est dans les salles de cette zone palatine que les voûtes sont les plus travaillées et raffinées.
  • Salle des Murqarnas (sala de los Mocárabes);
Cette pièce rectangulaire flanque le patio des Lions vers l’ouest. elle doit son nom à la toiture de muqarnas qui la couvrait à l’origine et qui fut détruite par une explosion en 1590.
Fontaine de la cour des Lions
  • Le patio des Lions (Patio de los Leones)
Le patio, consistant en une cour intérieure et une fontaine centrale, est entouré d’une galerie à colonnes, avec deux portiques opposés. De petites rigoles partent de la fontaine pour rejoindre les quatre côtés de la cour indiquant de la sorte les points cardinaux.
Détail du palais nasride de l'alhambra
Détail du palais nasride de l’alhambra
Les Palais nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nazaris, à l'intérieur de l'Alhambra de Grenade
Les Palais arabes nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Narides, à l’intérieur d’al-Hamra de Gharnata
Les lions figurant sur le patio sont des reproductions ; les lions de marbre originels font l’objet d’une réfection par l’organisme gérant le monument de l’Alhambra.
Les balconages donnent sur le jardin clos de Lindaraja ; avant que Charles Quint fit construire des appartements impériaux oblitérant la vue depuis ce mirador, la colline de l’Albaicin était visible.
Décoration du palais Arabe   Nasride de al-Hamra à Gharnata (Grenade)
Décoration du palais Arabe Nasride de al-Hamra à Gharnata (Grenade)
Salle des Abencérages, description du sommet à hauteur d’homme :
    • coupole en octogone étoilé,
      • forme 8 angles rentrants, qui portent 16 fenêtres en jalousie
      • la lumière donne sur la voûte centrale, de stuc
    • ruissellement de stalactites de nid d’abeille, descendant en cascade
    • un enchevêtrement de bandeaux forme liaison
    • arcs des alcôves latérales de la salle
La Forteresse Nasride de l'Alhambra, Grenade, al-Andalus (13ème et 14ème siècle)
La Forteresse Nasride de l’Alhambra, Grenade, al-Andalus (13ème et 14ème siècle)

C’est la citadelle primitive, semblable , édifiée sur le fronton sud de la colline de l’Alhambra. Elle bénéficie d’une hauteur stratégiquement imparable : du haut de la plus haute tour, on peut observer toute la plaine de Grenade

Cette Alcazaba (al-Qasbah) est la citadelle hébergeant les hommes de guerre à l’Alhambra (al-Hamra) . Son architecture est destinée à la protection de la forteresse en temps de siège. Disposant d’une médina intérieure, distincte de celle de l’enceinte de l’Alhambra, elle correspond au donjon intérieur d’un château fort, en termes d’architecture médiévale.

La salle des Abencérages ou Banu Sarraj (une ancienne tribu arabe andalouse) au palais nasride de l’alhambra

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La salle des Abencérages (Banu Sarraj tribu arabe)
La salle des Abencérages (Banu Sarraj tribu arabe) au palais nasride de l’alhambra  

Les Abencérages ou Benserradj ou Banû Serraj/Sarraj1 (ou Abencerrajes) sont une tribu arabe maure du royaume de Grenade au xve siècle, établie en Espagne depuis le viie siècle.

Elle était opposée à celle des Zégris ou Zirides (berbère venu à la fin du califat Omeyyade de Cordoue) ; les querelles de ces deux factions arabe et berbère ensanglantèrent Grenade de 1480 à 14922 et hâtèrent la chute du royaume Arabe des Nasrides.

Selon Gines Perez De Hita historien espagnole de la fin du xve siècle, dont le témoignage est contesté, trente-six Abencérages auraient été exterminés par Abu Abd’Allah dit Boabdil, dernier roi arabe musulman (Nasride) de Grenade (Historia de las guerras civiles de Granada1604). Cette « extermination » dans un bain de sang fait l’objet d’une anecdote liée à la salle située au sud de la cour des lions dans le palais de l’Alhambra qui porte leur nom : « La fontaine d’apparat ne laissait plus couler de l’eau, mais leur sang… »..

François-René de Chateaubriand a écrit en 1826 les Aventures du dernier Abencérage. C’est une fiction relatant les aventures d’un survivant de la famille Abencérage après la prise de Grenade en 1492.

Washington Irving dans ses Contes de l’Alhambra (Tales of the Alhambra), dénie toute réalité à ce massacre des Abencérages par Boabdil3

Il semble que l’origine de cette légende vienne d’une confusion entre Mohammed XII az-Zughbî (El Chico) (mort en 1528) plus souvent appelé Boabdil et Sa`d al-Musta`în (Ciriza) (mort en 1465) qui a effectivement fait exécuter en 1462 deux des plus éminents membres de la famille. Il y a une autre confusion possible entre Mohammed XI (El Chiquito) (mort en 1455 tué par Sa`d al-Musta`în) et Boabdil (El Chico).

Cet événement n’est pas daté par Gines Perez De Hita et le nombre des tués varie selon les sources : trente-six, selon Gines Perez De Hita, trente-sept4.

Notes et références

  1.  arabe : banū sarrāj, بني سراجdescendant / fils du sellierespagnol : Hijos del sillero, fils du sellier
  2.  voir Guerres de Grenade, ultime étape du royaume de Grenade.
  3.  (en) Washington Irving, The Abencerrages
  4.  selon d’autresL’Alhambra

Sources

L’armée arabo-islamique Nasride de Grenade tiré du Cantigas de Santa Maria

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The King of Granada determined not to go against the Virgin The castellan informed him that fifteen hungry men held itThe King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle Turks and Moors Regaining their Land The King of Granada launched an attack with volleys of arrows and stones

The King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle. 22321
Les Nasrides vont a Chincolla pour demandé au châtelain de sortir et de signer un pacte .Cantigas de Santa Maria d’Alfonso X
The King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle
Le premier roi Nasride Mohammed ben Nazar de Grenade se rallie immédiatement à ses troupes et se dirigea vers le château. Il a forcé le châtelain et exiger sa reddition, mais les défenseurs chrétiens ont refusé . L’armée Nasride, composé de cavaliers arabe lourds. Cantigas de Santa Maria d’Alfonso X

« EPITAPHE D’UN ROI NASRIDE GRENADIN NASRIDE MORT A TLEMCEN » par Berbrugger

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Un guerrier Maghrebin (Nord-Africain ou Andalous )

M. Charles Brosselard, dont la présence à Tlemcen aura été aussi utile à la science qu’elle est avantageuse pour ses administrés, vient de découvrir une inscription arabe de la plus haute importance. C’est l’épitaphe d’un roi de Grenade mort à Tlemcen, à la fin du 15e siècle. Nous savons que notre honorable correspondant prépare un travail spécial sur cette épigraphe, travail où il fera disparaître les quelques doutes qui pouvaient planer sur son attribution exacte.

Nous ne voulons donc pas déflorer son œuvre, et nous nous bornons ici à donner sa traduction de cette curieuse épitaphe, qui était presque illisible et où personne n’avait jamais pu rien comprendre. M. Charles Brosselard l’a déchiffrée avec habileté et une patience qui feraient honneur à un élève de l’école des chartes et même à un bénédictin.

Voici, avec quelques autres détails, la traduction de l’épitaphe royale :

« Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux,
Que la Grâce divine se répande sur N. S. Mohammed et sur sa famille ! »

Ici, s’aligne un sixain d’un très joli style, dû à la plume d’un poète habile. Je traduis ainsi :

« Tombeau de l’infortuné roi, qui est mort dans la douleur de l’exil,
« A Tlemcen, où il a passé comme un indifférent, au milieu de la foule ;
« Lui, qui avait combattu si longtemps pour la défense de la foi !
« Ainsi se sont accomplis sur lui les décrets du Tout-Puissant !
« Mais Dieu lui avait donné la résignation dans le malheur !
« Que Dieu daigne, à toujours, arroser son tombeau d’une pluie bienfaisante !

1) C’est ici la sépulture du Sultan juste et glorieux, du roi accompli, le champion de la Foi, l’émir des musulmans et le représentant du Maître de l’univers, notre seigneur Abou Abdallah, le victorieux par la grâce de Dieu, fils de notre maître l’Emir des musulmans, Abou-en-Nacer, fils de l’Emir saint, Abou-‘l-H’acen, fils du Prince des croyants, Abou-‘I-H’addjadj, fils de l’Emir des musulmans, Abou-Abdallah, fils de l’Emir Abou-‘l-H’addjadj, fils de l’Emir Abou-‘l-Oualid, Oualid-ibn-Nacer-el-Ansari-el-Khazredji (3), l’Andalous ; que Dieu sanctifie sa trace et lui accorde une place élevée dans le Paradis ! Il combattit dans le pays des Andalous, pour la cause de la religion, avec un petit nombre d’arabes (El-Arban) contre les armées nombreuses et puissantes des adorateurs du crucifié; et il ne cessa pas un seul jour de sa vie et de son règne, de porter haut l’étendard de la guerre sainte ; il accomplit, comme défenseur de la Foi, tout ce que Dieu et les croyants pouvaient attendre de lui.

2) Il est mort, entre le Maghreb et l’Icha, dans la soirée du premier mercredi de châban de l’an 899, et il avait environ quarante ans d’âge. (Le début de châban 899 correspond au milieu de juin 1494)

« Ô mon Dieu, daigne me recevoir dans ton sein, en récompense des combats que j’ai livrés pour ta Gloire ! Que ce soit là, mon Dieu, le motif du pardon que j’espère de ta bonté ! »

Cette intéressante pierre tumulaire, aujourd’hui déposée au Musée de Tlemcen (4), est un beau marbre onyx veiné de rose. Elle a 90 cm de hauteur et 43 cm de largeur. Son épaisseur est de six centimètres.

L’épitaphe a vingt-sept lignes, le caractère est andalous, gravé en relief ; mais il est horriblement usé, vous pouvez en juger par l’inspection de la photographie : vous saurez tout à l’heure pourquoi. La lecture est donc des plus difficile ! J’y suis revenu, à bien des reprises, me faisant aider sans succès des plus habiles taleb, et ne me doutant pas de l’importance du trésor que j’avais sous la main. Puis à force de persévérance, les difficultés se sont insensiblement aplanies : la lumière s’est faite, tant il est éternellement vrai quelabor omnia vincit improbus.

Comment cette inscription est-elle venue entre mes mains ?

II y’a douze ou quatorze ans environ, l’autorité militaire fit percer une rue, à Tlemcen, sur l’emplacement du vieux cimetière attenant à la mosquée de Sidi-Brahim. Vous voyez que je veux parler de l’ancien cimetière royal abdelouadite. Il est vrai que depuis longtemps ce n’était plus qu’un cimetière turc, mais réservé aux familles aristocratiques, la royauté du jour. On élevait les nouvelles tombes sur les anciennes, et les marbres princiers des descendants de Yar’mouracen demeuraient enfouis sous les pierres à turbans des Aghas, Kaïds et Khaznadjis du lieu.

Dans les fouilles nécessitées par le percement de la rue en question, toutes ces tombes vieilles ou nouvelles furent dispersées ; on n’eut pas même alors la pensée de s’enquérir de leur date, et de leur importance historique. Qu’est ce que tout cela est devenu ? On retrouve, par un heureux hasard, de temps à autre, de ces vieux marbres à épitaphe, chez des particuliers. Pour ma part j’en ai sauvé trois provenant du cimetière Sidi-Brahim : je les ai décrits dans l’article que vous avez entre les mains et qui attend son jour.

Pour en revenir à notre marbre, il fallut, pour l’alignement de la rue en question, démolir quelques maisons donnant sur le cimetière, et, c’est dans une de ces maisons qu’on le trouva. Employé à quel usage, bon Dieu ? Transformé en seuil de porte. De là ce trou, que vous pouvez distinguer sur la photographie, et dans lequel s’adaptait le gond inférieur de la porte d’entrée. De là l’usure de l’inscription foulée aux pieds (5) pendant un siècle ou davantage.

Toujours est-il qu’il ressort de là que le roi détrôné avait été enterré dans le cimetière royal, dernière marque d’hospitalité donnée par notre ami Abou-Abdallah-Et-Tsabti au royal exilé. L’inscription trouvée au seuil de la vieille maison turque fut transportée à l’hôtel de la subdivision. Personne ne tenta de la déchiffrer ou ne put y parvenir. Elle resta là abandonnée dans un coin jusqu’en 1857. A cette époque, le général de Beaufort, voyant que je commençais à former un musée, voulut bien m’en faire don ; mais il ne savait pas ce qu’il me donnait.

Il la fit déposer à la mairie, où elle est aujourd’hui. Après cent tentatives infructueuses, ce n’est que ces jours-ci que je suis enfin parvenu à la déchiffrer.

Le Mechouar de Tlemcen
Le Mechouar de Tlemcen

Tlemcen: Lieu du retour du dernier Roi de Grenade Boabdil Ez-Zeggal

L’épitaphe du sultan Nasride Abu’Abd Allah dit Boabdil est un marbre d’onyx veiné de rose de 91 cm de longueur, de 44 cm de largeur, et de 6 cm d’épaisseur.

شاهد قبر يشهد على رجوع أحد آخر ملوك الأندلس – أبي عبد الله الزقال- لموارة  المثوى الأخير بتلمسان في غرة شعبان عام 899هـ الموافق 6 ماي 1494م

Cette plaque comporterait 32 lignes de caractères arabes selon Mr. Charles BROSSELARD qui découvrit l’épitaphe lors du dépeçage de la ville de Tlemcen en 1847 par l’armée coloniale et put déchiffrer avec le concours du Muphti de Tlemcen – Cheikh Si-Hammou ben Rostane – le texte çi-dessous, attestant d’une découverte de portée universelle.

En 1876, le Journal Asiatique publie Le Mémoire épigraphique et Historique sur les Tombeaux des Emirs Béni-Zeiyan et de BOABDIL, dernier Roi de Grenade, découverts à Tlemcen.

En 1877, la pièce fût envoyée à l’Exposition Universelle de PARIS où elle a figurée à l’entrée du Palais du Trocadéro pendant 6 mois.

En 1878, le Boletin de la Real Academia de la Historia de Madrid publie une étude de Fr. Fernandez Gonzalez sur différentes remarques sur le texte de cette épitaphe.

Ces deux dernières études aboutissent à la démonstration de l’attribution de cette épitaphe à BOABDIL Ez-ZEGGAL, oncle du BOABDIL Ez-ZOGOIBI, dernier Roi de Grenade, mort et enterré à Fès en 940 H – 1533 G dans l’oratoire d’Ech-Cheriat.

En 1893 M. GAUDEFROY-DEMOMBYNES ne retrouve plus cette épitaphe au Musée de Tlemcen.

En 1898, M. William MARCAIS confirme la disparition de cette pièce dans sa publication sur le Musée de Tlemcen.

En avril 1992, un Appel international pour la recherche de cette pièce est lancée par l’Agence Nationale d’Archéologie et de protection des Sites et Monuments Historiques, à l’occasion de l’Exposition Universelle de SEVILLE.

Mohammed BAGHLI

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طارق بن زياد من تلمسان إلى سرقسطة

بعد أن كانت تلمسان نقطة الانطلاق لفتح الأندلس في عام 92هـ/م710

كان طارق ابن زياد مقيما بمدينة تلمسان حين بعث له يليان بمشروع لإدخاله الأندلس

فقال طارق: فإنّي لا أطمئن إليك حتّى تبعث إليّ برهينة

فبعث يليان إلى طارق بابنتيه ولم يكن له ولد غيرهما

فأقرّهما طارق بتلمسان واستوثق منهما

من كتاب فتوح إفريقية والأندلس لابن عبد الحكم القرشي ت 257هـ/م870

شاهد قبر

يشهد على رجوع أحد آخر ملوك الأندلس

– أبو عبد الله محمد الزقال-

لموارة المثوى الأخير بتلمسان

في غرة شعبان 899 هـ

الموافق 6 ماي 1494م

 

إعداد: محمد بن أحمد باغلي

Chaise arabe pliable Nasride du 14 ou 15eme siècle

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Chaise arabe pliable Nasride du 14 ou 15eme siècle
Chaise arabe pliable Nasride du 14 ou 15eme siècle

Dans la tradition orientale, il est d’usage de s’asseoir en tailleur et de recourir à de gros coussins placés sur des tapis au niveau du sol ou légèrement surélevés par une estrade. Néanmoins, on conserve quelques éléments de mobiliers tels que ce siège nasride. Pliable et réalisé dans des matériaux légers, ce siège était facile à transporter.

Son décor marqueté se déploie sur toute sa surface, jouant de la polychromie crée par les différents matériaux incrustés qui forment des motifs géométriques et végétaux : rouelles, entrelacs… La technique de la marqueterie, dérive du terme arabe tarsi (incrustation). Cette technique décorative apparaît Andalousie au XIIe siècle sous la domination almoravide, mais elle était déjà pratiquée en Egypte au VIIIe – IXe siècle.

L’assise et le dossier du siège sont en cuir sur lequel se déploie un décor gaufré fait de blasons nasrides cernés de motifs végétaux et d’oiseaux. Ce blason fut introduit par Muhammad V et est présent sur de nombreux supports, carreaux de revêtement de céramique lustrée, métaux, tissus…

Le raffinement et la délicatesse de cet objet et la présence du blason nasride nous permettent de penser que ce siège était peut-être utilisé lors de cérémonies officielles. Vers la fin du XVe siècle, il existait peut-être à Grenade des ateliers spécialisés dans la fabrication de ce type de fauteuils, dont la forme dérive de l’Antiquité et fut utilisée dans le monde chrétien occidental et oriental. Reprenant la forme de la chaise curule, ces sièges, en bronze bien souvent, dont certains exemplaires ont été trouvés en fouilles, étaient réservés, comme l’indiquent bon nombre de miniatures du Moyen et du Proche-Orient du XIIIe siècle, par les princes ou les dignitaires. Ce type de siège à décor marqueté s’est perpétué jusqu’à nos jours en Syrie et en Egypte. Aujourd’hui, ou peut trouver au Musée de Burgos et au Musée Archéologique National, deux pièces similaires, fabriquées au XVIe siècle, issus des ateliers grenadins. Les inventaires castillans du XVe siècle mentionnent également des sièges similaires mais de moindre qualité, à la Cathédrale de Tolède, certainement issus des mêmes ateliers au XVIe siècle. Utilisés traditionnellement par la royauté et le clergé, ils ont été conservés dans des cathédrales et des couvents.

Chaise  arabo-andalouse de la dynastie Nasride du 14, 15eme siècle
Chaise arabo-andalouse de la dynastie Nasride du 14, 15eme siècle

 

 

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE


 

Calamar, M. « Silla de caderas o jamuga », in Arte Islámico en Granada. Propuesta para un Museo de la Alhambra, Séville, Grenade, 1995, Junta de Andalucía-Consejería de cultura, Patronato de la Alhambra y generalife, Comares.

Castillo Iglesias, B., « Silla jamuga o de cadera », in Los Reyes Católicos y Granada, Madrid, 2004, éditeur.

Fernández Puerta, A., Arte y Cultura en torno a 1942, Séville, 1992.

http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=1328

Objets Nasrides :

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Très rare, un fragment de textile de 1400 de la dynastie arabe des Nasrides de Grenade avec les Armoiries de la dynastie
Très rare, un fragment de textile de 1400 de la dynastie arabe des Nasrides de Grenade avec les Armoiries de la dynastie
Textile-Nasride tissé, soie  al-Andalus Grenade; fin du 14e-début du 15e siècle  115 x 60 cm  Ce qui ressemble à un Kufi inscription complexe entrelacée ne peut être lu et doit être considérée comme pure ornementation d'une nature calligraphique,
Textile-Nasride tissé, soie al-Andalus Grenade; fin du 14e-début du 15e siècle 115 x 60 cm Ce qui ressemble à un Kufi inscription complexe entrelacée ne peut être lu et doit être considérée comme pure ornementation d’une nature calligraphique,

 

Page d'un noble et saint Coran nasride (Grenade al-andalus 13eme siècle)
Page d’un noble et saint Coran nasride (Grenade al-andalus 13eme siècle)
Quatre boucles Nasride en, bronze doré à décor émaillé  al-Andalus, Andalousie; 14e au 15e siècle
Quatre boucles Nasride en, bronze doré à décor émaillé al-Andalus, Andalousie; 14e au 15e siècle La plus grande boucle: L: 7,2; W: 3 cm
Vase Nasride du 14eme siècle
Vase Nasride du 14eme siècle
Lampe Nasride ramené à Oran après la Reconquista et capturé par les espagnols le 17 mai 1509
Lampe Nasride ramené à Oran en Algérie  après la Reconquista et capturé par les espagnols le 17 mai 1509
Tissu de la dynastie arabe Nasride du 14eme siècle Gharnata (Grenade) Al-Andalus
Tissu de la dynastie arabe Nasride du 14eme siècle Gharnata (Grenade) Al-Andalus
Textile lampas tissé, soie  Espagne, Andalousie; fin du 14e-début du 15e siècle  36 x 53 cm  «J'existe pour le plaisir, l'accueil, pour le plaisir que je suis; chacun qui me voit voit la joie et le bien-être »Ce répétée, complaisant verset en arabe correspond assez bien à l'ambiance qui devait régner nasride de Grenade. -  L'écriture a toujours été une partie importante de la conception de textile islamique. Les inscriptions de tiraz début avaient souvent un contenu politique, mais plus tard, ils ont souvent un caractère poétique ou religieuse. Sur ce charmant fragment, bandes d'inscription alternent avec des arabesques et entrelacs sections.
Textile Nasride tissé, en soie Grenade, Andalousie; fin du 14e-début du 15e siècle 36 x 53 cm «J’existe pour le plaisir, l’accueil, pour le plaisir que je suis; chacun qui me voit voit la joie et le bien-être »Ces paroles répétée, complaisante de ce verset en arabe correspond assez bien à l’ambiance qui devait régner dans l’état nasride de Grenade. – L’écriture a toujours été une partie importante de la conception des textiles islamique. Les inscriptions des tiraz  au début avaient souvent un contenu politique et étatique, mais plus tard, ils ont souvent eu un caractère poétique ou religieux.
page d'un noble Coran du 14eme siècle Nasride
Page d’un noble Coran du 14eme siècle Nasride
Collier Arabe Nasride du 15eme siècle
Collier Arabe Nasride du 15eme siècle

Bouclier adarga Nasride de fantassins et cavaliers du 15eme siècle

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L'intérieur du bouclier adarga nasride
L’intérieur du bouclier adarga nasride

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Bouclier adarga Nasride de fantassins et cavaliers du 15eme siècle
Bouclier adarga Nasride de fantassins et cavaliers du 15eme siècle
Bouclier arabe élite  typé Adarga Nasride du 15eme siècle
Bouclier arabe élite typé Adarga Nasride du 15eme siècle

 

Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle

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Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle
Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle
Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle
Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle
Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle
Très rare, un Sac de cuire pour Coran, Nasride du 15eme siècle

Épées Arabe Nasride du Sultan Abu’Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil

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Épée Arabe Nasrode du Sultan Abu'Abd'Allah Muhammad XII dit  Boabdil, Musée de Cluny
Épée Arabe Nasrode du Sultan Abu’Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil, Musée de Cluny 
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Une des épées arabe du sultan Abu Abd’Allah , Muhammad XII dit Boabdil le nasride de Grenade 15eme siècle.
Epée arabe lame droite du sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil de la dynastie arabes andalouse des Nasrides
Epée arabe lame droite du sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil de la dynastie arabes andalouse des Nasrides
Une des épées d'abu abd'Allah dit Boabdil le dernier sultan arabe nasride de Grenade
Une des épées d’abu abd’Allah dit Boabdil le dernier sultan arabe nasride de Grenade
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Épée arabe nasride d 15eme siècle du dernier sultan d’Andalousie Abu’Allah dit Boabdil 

Épée arabe de Abu-Abd'Allah dit Boabdil le nasride 1492

Épée Arabe du sultan Nasride  ABu Abd'Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade
Épée Arabe du sultan Nasride Abu Abd’Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade
Épée arabe nasride du sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil ou du Shaykh Ali Al-Attar
Épée arabe nasride du sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil ou du Shaykh Ali Al-Attar
boEpée arabe Nasride du sultan Muhammad XII ABu Abd Allah dit Boabdil
Epée arabe Nasride du sultan Muhammad XII ABu Abd Allah dit Boabdil
Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, c. 1400
Épée et fourreau arabe d’Abu Abd’Allah dit Boabdil (Muhammad XII), le sultan Nasride de Grenade, l’arme date de l’an 1400
Epée arabe lame droite de la dynastie Nasride ayant appartenu au sultan Muhammad XII Abu Abd'Allah dit Boabdil
Epée arabe lame droite de la dynastie Nasride ayant appartenu au sultan Muhammad XII Abu Abd’Allah dit Boabdil
SABRES  et Armure arabe du sultan Nasride Abu Abd'Allah dit BOABDIL, gravure ORIGINAL, " L'UNIVERS PITTORESQUE" PARIS 1842
SABRES  et Armure arabe du sultan Nasride Abu Abd’Allah dit BOABDIL, gravure ORIGINAL,  » L’UNIVERS PITTORESQUE » PARIS 1842

Bannières et Blasons Nasride de Grenade

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Bannière Nasride de Grenade
Bannière Nasride de Grenade 
Bannière du sultanat arabe de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus
Bannière du sultanat arabe de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus

Bannières et tente  Nasride

Blason du sultanat arabe nasride de Grenade
Blason du sultanat arabe nasride de Grenade
Détail d'une fresque de l'Alhambra avec la famuse devise et c'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Détail d’une fresque de l’Alhambra avec la famuse devise et c’est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Étendard Nasride de Grenade
Étendard Nasride de Grenade

Armement arabe de la dynastie Nasride de Grenade

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Flèches du type utilisé archers pot Nazari et expliqués dans la section Nasride Musée archéologique national d'art (MAN) Espagne
Flèches du type utilisé par les archers Nasrides  dans la section Nasride  du Musée archéologique national d’art (MAN) Espagne
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ai al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ali al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ai al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ali al-Attar
Casque de guerre du 13e siècle   Nasride exposé au Musée municipal d'Algésiras
Casque de guerre du 13e siècle Nasride exposé au Musée municipal d’Algésiras
épée arabe lame droite Nasride du 15eme siècle al-Andalus
épée arabe lame droite Nasride du 15eme siècle al-Andalus
Arbalète arabe Nasride de Gharnata (Grenade) al-Andalus
Arbalète arabe Nasride de Gharnata (Grenade) al-Andalus
 Épées arabes : d’Afrique du nord (14 et 15eme siècle), Nasride de Abu’Abd’allah dit Boabdil et de ces proches (15eme siècle), d’Oman (16eme siècle), du Yemen (18eme siècle), du calife rashidun Omar (ra), du calife omeyyade Omar ibn Abdel Aziz
Épées arabes : d’Afrique du nord (14 et 15eme siècle), Nasride de Abu’Abd’allah dit Boabdil et de ces proches (15eme siècle), d’Oman (16eme siècle), du Yemen (18eme siècle), du calife rashidun Omar (ra), du calife omeyyade Omar ibn Abdel Aziz

 

Bouclier arabe adarga nasride d'al andalus de l'époque du Sultan abu-Abd'Allah dit Boabdil
Bouclier adarga nasride d’al andalus de l’époque du Sultan abu-Abd’Allah dit Boabdil
épée arabe andalouse nasride lame droite
épée arabe andalouse nasride lame droite
Détail d'une poignet d'épée Nasride du 14eme siècle
Détail d’une poignet d’épée Nasride du 14eme siècle
Épées Arabes Nasride du 15eme siècle  et Nord-Africaine du 14 et 15eme siècle
Épées Arabes Nasride du 15eme siècle et Nord-Africaine du 14 et 15eme siècle
épée Nasride
épée arabe andalouse nasride lame droite avec l’étuis
Arbalète arabe nasride du 15eme siècle
Arbalète arabe nasride du 15eme siècle
nasrid
épée Nasride (type arabe lame droite)
Casques et épées d'Abu Abd Allah dit Boabdil
Casques et épées d’Abu Abd Allah dit Boabdil
Epée arabe nasride ayant appartenu au sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil
Epée arabe nasride ayant appartenu au sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil
Poignard Arabe Nasride du 15eme siècle
Poignard Arabe Nasride du 15eme siècle
Très rare, un casque arabes andalous de cavalier lourd qui date du 14eme siècle
Très rare, un casque arabe andalous nasride de cavalier lourd qui date du 14eme siècle
Très rare, un casque arabes andalous nasride de cavalier lourd qui date du 14eme siècle
Très rare, un casque arabe  andalous nasride de cavalier lourd qui date du 14eme siècle