l’ère des Banu Ubyad dit Fatimides

Les premiers mausolées : Ibn Taïmiya nous offre son analyse sur l’origine Fatimide des mausolées.

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Les tombes fatimides d'Aswan (Egypte)
Les tombes fatimides d’Aswan (Egypte)

Les premiers mausolées 

Ibn Taïmiya nous offre son analyse sur l’origine des mausolées. Il n’y avait pas en terre musulmane (le Hijâz, le Yémen, le Shâm, l’Égypte, l’Iraq, le Khurasân et le Maghreb) à l’époque des Compagnons ni à celles de leurs fidèles successeurs parmi les tâbi’îns et leurs successeurs, de mosquée construite sur des tombes ni de pèlerinage consacré aux mausolées.[14] Néanmoins, deux grands facteurs expliquent l’expansion de ce phénomène. Primo, les différentes dynasties chiites fatimides qui s’installèrent le long du bassin méditerranéen méridional et qui étendirent leur autorité au Hijâz, et parfois même jusqu’à Bagdad, encouragèrent la propagande des mashâhid (pl. de mashhad). (Hamdanide, Fatimide, Bouyyide)

Secundo, en raison de la présence des ismaéliens et des shiites duodécimains en Égypte et au Moyen-Orient, les croisés réussirent à s’emparer des « Lieux saints » de Jérusalem et firent camp tout le long du littoral. Après leur départ, les vainqueurs ont repris à leur compte leurs coutumes païennes et leurs mausolées.[15] À l’époque de l’Imâm Mâlik, personne ne consacrait de pèlerinage pour la tombe du Prophète (r) à Médine, ou des pieux un peu partout en terre musulmane. Personne ne sollicitait les invocations des occupants des tombes, ou, pire, ne les invoquait directement. Personne ne pensait que les invocations étaient plus bénéfiques auprès des tombeaux.[16] Le paganisme prit pied dans la Nation avec le déclin de la dynastie abbasside qui assista impuissante à la division, à la recrudescence de l’innovation, et à l’infiltration des penseurs libres qui se faisaient passer pour des musulmans. 

Le troisième siècle touchait à sa fin. Les qarmates banû Buwaï prirent le pouvoir au Mashreq et les banu Ubyad au Maghreb, puis s’étendirent en Égypte. Ils offraient une large marge de manœuvre aux banû ‘Ubaïd el Qaddâh qui encourageaient la construction de mausolées. Le mausolée d’Ali fut édifié dans les environs de Najaf. Ils gagnèrent les faveurs des râfidhites plus perméables à leur hérésie. Les chrétiens voyaient d’un bon œil tout ce remue-ménage, et se flattaient de la ressemblance flagrante entre les moines et théologiens musulmans et chrétiens. Les plus objectifs parmi eux n’avaient aucune animosité envers la dernière des religions, et pensaient qu’elle était simplement une autre façon de se rapprocher du Seigneur.[17] 

Combien de Mashhad que les gens encensent recouvrent-ils en vérité la dépouille d’un non-musulman ? C’est le cas pour la tombe de Noé qui se trouve au pied de la montagne du Liban. On y trouva des ossements de géants de la période des Amorrites et on supposa donc qu’ils appartenaient au patriarche.[18] Il en est de même pour le mausolée du Caire où serait ensevelie la tête de Husaïn et qui habite en fait, selon une certaine hypothèse, le cadavre d’un chrétien. Nous pouvons en dire autant pour le tombeau damascène d’Ubaï ibn Ka’b.[19] Il est également courant que la grande mosquée de Damas abrite le corps du prophète Hûd, lui qui fut enterré sur sa terre natale au Yémen, ou selon une autre hypothèse, sur sa terre d’émigration à La Mecque. Il s’agirait en fait de la tombe de Mu’âwiya ibn Abî sufiân ! 

Quant à Uwaïs el Qarnî, il ne serait pas mort à Damas qu’il n’aurait jamais foulée. L’historiographie révèle qu’il est tombé à Siffîn, comme le reconnait ibn Battuta lui-même. Quant à la mère des croyants Um Salama, celle-ci a rendu l’âme à Médine et n’a jamais non plus mis les pieds dans la capitale de la Syrie, tout comme d’ailleurs ‘Âisha sa coépouse. Il est possible qu’il s’agisse d’une autre Um Salama, mais certainement pas de la femme du meilleur des hommes (r). En outre, Mûsa n’est jamais passé par l’ancienne Babylonie ; il n’a donc pas pu y laisser l’empreinte de son pied. Il est en fait extrêmement difficile de déterminer avec exactitude les traces des grands hommes de l’histoire musulmane, à l’exception de la tombe du Prophète (r) qui n’est un secret pour personne. Celle-ci n’échappe cependant pas à l’interdiction d’y consacrer l’adoration.[20] 

Nous ne connaissons pas le lieu exact de l’enterrement d’Ibrahim el Khalîl lui-même. Nous savons tout au plus qu’il se trouve dans les environs d’Hébron, bien que la plupart des savants affirment que l’emplacement actuel est le bon. N’allez pas dire cela aux chambellans qui se remplissent gracieusement les poches sur le dos des visiteurs incrédules. Ces derniers sont d’ailleurs souvent à l’origine de ce genre de mythe.[21] 

Historiquement, on ne connait pas avec exactitude les tombes des premières générations de l’ère islamique. Cela prouve deux choses : 

Qu’Allah a voulu ainsi protéger Sa religion contre le paganisme hérité de l’antiquité par les Juifs et les chrétiens.[22] 
Que ce n’était pas un sujet de préoccupations à cette époque, sinon, les musulmans auraient été les plus prompts à répertorier ces endroits avec la plus grande minutie. 

Ainsi, le doute plane sur la tombe de Khâlid ibn el Walîd à Hims (Homs : l’ancienne Émèse), celle d’Abû Muslim el Khawlânî à Dâriya qui est un faubourg de la Ghuta, celui de Bilâl à Damas ou de Fâtima à Médine. On ne peut fonder une réalité historique sur des songes mystiques ou sur des annales fabriquées de toutes pièces ou encore sur des miracles qui se produisent à proximité des mausolées ; indépendamment du fait qu’ils aient effectivement lieu ou non. D’autant plus que les shayâtîn, qui ont pour vocation d’égarer les hommes, se cachent souvent derrière ce genre d’événement.[23] 

En outre, le Prophète (r) annonça la nuit de l’Ascension, que le tombeau de Moïse se trouvait sous la colline de sable rouge (el kathîb el ahmar). Ce lieu est habituellement identifié à une localité située au sud-ouest de Jéricho (Ariha) où Baybars avait bâti une mosquée en 1270. Pourtant, les Compagnons ne lui ont jamais consacré un pèlerinage et ils ne se sont jamais rendus au mont Tûr dans le Sinaï.[24] Serait-ce un manque de foi ? Il fallut attendre des siècles plus tard pour voir émerger des pratiques qui n’ont aucun lieu avec la dernière des religions révélées. C’est pourquoi il existe un gros point d’interrogation sur la tombe de Joseph qui fut découverte trois cents ans après l’hégire.[25] 

Selon la plupart des savants, on ne connait pas la tombe de la majorité des prophètes comme Yûnas, Iliâs, Shu’aïb, et Zakariya.[26] Il est connu également qu‘Ali n’est pas enterré à Najaf comme le reconnait ibn Battuta qui ne portait pas les shiites duodécimains et les ismaéliens dans son estime. Il s’agirait en fait d’el Mughîra ibn Shu’ba. Pour protéger la dépouille du quatrième khalife et probablement également pour parer à toute tentation, il fut mis en tombe dans le palais du khalifat à Kûfa,[27] tout comme son successeur, Mu’âwiya le cinquième khalife à Damas. 

Nous pouvons ici proposer un autre facteur à l’origine de la propagation des mausolées dans le monde musulman. Certains historiographes et chroniqueurs en effet, ne sont pas habilités pour juger de l’authenticité des informations qu’ils répertorient dans leurs ouvrages. Contrairement à des références comme e-Zubaïr ibn Bakkâr l’auteur de kitâb el ansâb, et Mohammed ibn Sa’d l’auteur des tabaqât, et plus tard ibn Kathîr et e-Dhahabî, qui, eux, avaient un gros bagage en hadîth, ils n’ont pas les moyens matériels de vérifier leurs sources. Ils ont ainsi ouvert la porte à tous les débordements… [28] 



[14] Voir : talkhîs kitâb el istighâtha (2/529) et majmû’ el fatâwa (27/366) tout deux d’ibn Taïmiya. 

[15] Idem. (2/352-353) Notons que Jérusalem n’a pas le statut de Lieux saints, contrairement à Médine et à La Mecque [voir : majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (27/14-15)]. 

[16] Voir : el jawâb el bâhir fî zawwâr el maqâbir avec la recension du D. Ibrahim el Mukhlif p. 255-256). 

[17] Majmû’ el fatâwâ (27/275). Ibn Taïmiya a dit : « Le Tout-Puissant (Y) lui a interdit de suivre les pulsions des ignorants. Cela comprend notamment les opposants (ou dissidents) à sa religion. Leurs pulsions correspondent à leurs penchants ou au mode de vie apparent des polythéistes, inspirés de leur fausse religion dans toutes ses implications. S’accorder dans la pratique à ces gens-là trahit le penchant à se laisser guider par les passions. Telle est la raison pour laquelle les mécréants se réjouissent de voir les musulmans leur correspondre dans certaines de leurs pratiques. Ils en sont tellement heureux qu’ils seraient prêts à investir des sommes énormes afin d’y parvenir. Dans l’hypothèse où la pratique en question ne relève pas des passions, il incombe également de faire le contraire d’eux, pour mettre d’emblée un frein à toute envie potentielle de les imiter. En outre, le fidèle est plus à même d’obtenir l’agrément d’Allah par ce biais. Leur ressembler dans cet aspect en particulier, ne met pas à l’abri de leur ressembler dans des choses bien plus graves. En rôdant autour des limites, on risque bel et bien de les franchir ! » Iqtidâ e-sirât al mustaqîm (1/98). 

[18] Ibn Taïmiya précise : « On fit la découverte au Liban de morceaux d’un squelette immense sur lesquels on fit construire un mausolée en passant qu’ils appartenaient à Noé, alors que le corps des prophètes ne se décompose pas. Des gens de confiance m’ont même indiqué qu’ils ont trouvé des crânes d’une dimension incroyable dans un cimetière non loin de cet endroit et dont les dimensions correspondaient parfaitement au premier squelette. Ces ossements appartenaient certainement aux ‘amâlîq (les Amorites) de l’ancienne époque ou à d’autres. » [Majmû’ el fatâwa (v. 27).] Les Amorites (‘Amâlîq), mais aussi les Emites et les Anaqites avant eux étaient des peuples Philistins de géants vivant sur les terres de Canaan qui longeaient le littorale Méditerranéen entre l’Égypte et la Palestine ; voir : les nombres ; 13.31-33 et Deutéronome ; 1.28, 2.11 

[19] Idem. (2/591). Les Arabes avaient pour habitude de ramener la tête du vaincu à sa famille, c’est pourquoi certains historiens affirment que la tête de Husaïn fut ramenée à Médine pour être enterrée au côté de son frère el Hasan. D’autres historiens avancent qu’elle fut ramenée à Ka’bala où gisait l’autre partie de son corps [voir : majmû’ el fatâwa (27/468-469). 

[20] Est-il nécessaire de rappeler que l’interdiction de consacrer l’adoration auprès des tombeaux et des lieux encensés frappe également les lieux de pèlerinage juifs ou chrétiens comme Bethléem ou Sion [voir : majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (27/14).] 

[21] Voir : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm d’ibn Taïmiya (2/158-166). Il ne faut pas donner foi aux annales mensongèrement attribuées au Prophète (r) et prétendant qu’il aurait prié, la nuit de l’Ascension, auprès de la tombe de Moïse et d’Ibrahim. [Voir : majmû’ el fatâwa (27/9).] 

[22] Voir : majmû’ el fatâwa (27/272-273). 

[23] Idem. (27/170). 

[24] Idem. (27/272-273). 

[25] Idem. (27/336). 

[26] Idem. (27/445). Rappelons que Shu’aïb n’est pas Jethro le beau-père de Moïse : (voir : Jâmi’ e-Rasâil d’ibn Taïmiya (1/61-66). 

[27] majmû’ el fatâwa (27/466). 

[28] Idem. (27/468) et (27/479). 

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La Sicile arabo-musulmane sous les fâtimides

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coffret arabo-sicilien fatimide en ivoire avec des cavaliers
coffret arabo-sicilien fatimide en ivoire avec des cavaliers

La Sicile fâtimide

La Sicile fâtimide est le grand laboratoire de la nouvelle dynastie califale qui arrive au pouvoir en 905 en Afrique, appuyée sur les Kabyles de la tribu Kutâma, précocement ralliés à son message chiite radical. L’île est d’abord difficile à contrôler, elle se révolte et les Fâtimides y envoient les Kutâma en 916. À côté de la vieille ville fortifiée de Palerme, le Qasr – qui deviendra le Cassaro –, et qui reste étrangère à la doctrine chiite, ils fondent en 936 une ville forte qui surveille le port et qui comprend le palais et les casernes de la garnison. C’est la Khâlisa, l’« élue », qui n’est habitée que par les chiites, et qui constitue le prototype de la ville du Caire fondé par Djawhar le Sicilien en 969. Les Fâtimides maintiennent un État fort, frappent l’île d’impôts sévères, de sorte qu’en 938 la population musulmane fait appel à l’empereur byzantin Romain Lécapène. Si l’anarchie est matée par un gouverneur à poigne, on est frappé de constater la fuite des musulmans chez les chrétiens rebelles et l’extrême violence des conflits. En 947, quand la principale famille de Palerme, les Tabarî, est soupçonnée de révolte, elle est prévenue et écrasée par un autre gouverneur énergique, qui fonde la dynastie des Kalbites. Les Fâtimides utilisent aussi la déportation : les Berbères khâridjites d’Afrique du Nord sont établis en Sicile, où leurs tribus sont dispersées, en particulier à Enna. Les Kalbites installent à Palerme, dans l’ombre du califat fatimide installé au Caire depuis 969, un vrai gouvernement avec des vizirs, des chambellans, une cour. La fin de la société de djihâd s’annonce.

Pyxys arabo-sicilien fatimide du 12eme siècle
Pyxys arabo-sicilien fatimide du 12eme siècle

Les émirs kalbites

La Sicile apparaît en effet pour les Fâtimides comme un terrain d’expériences : l’effort d’islamisation se fait jour en 962 par une grande cérémonie, où quatorze mille enfants sont circoncis simultanément ; après une offensive byzantine, écrasée en 965 à la bataille du Fossé ou de Rametta, le calife fâtimide Mu’izz fait accomplir par l’émir kalbite, en 967, un grand incastellamento, mouvement qui représente une mutation profonde de l’habitat. Il décide en effet le regroupement forcé de tous les habitants dans un petit nombre de villes ou madîna, une par district, chacune gardée par un château et munie d’une mosquée du vendredi, indispensable pour assurer la fidélité politique et l’endoctrinement religieux. Il s’agit de faire pénétrer l’islam, mais aussi de faire passer le message chiite sur lequel repose la dynastie.

détail du cavalier sur le  pyxys fatimide du 12eme siècle
détail du cavalier sur le pyxys fatimide du 12eme siècle

Cette nouvelle structure, accompagnée de la destruction des anciens habitats dispersés, fortifie l’île contre Nicéphore Phocas, et semble avoir réussi l’unification culturelle des populations. Cette islamisation et cette arabisation sont d’autant plus radicales qu’une immigration nombreuse suit les famines qui ravagent les provinces africaines, de 1004-1005 à 1040, avant même l’invasion des Hilaliens, qui disloque l’Afrique du Nord. Un mouvement à plus longue distance, fréquent dans le monde de l’islam, a fait affluer aussi des musulmans d’Espagne andalouse et même d’un Orient lointain, des Coptes, des Éthiopiens, des Khurasaniens, des Indiens. Ce sont des patriciens d’origine iranienne, les Tabarî, qu’on exécute à Palerme en 946. L’immigration entraîne aussi des juifs arabisés, nombreux, en relation étroite avec la synagogue de Ben Ezra du Vieux-Caire : la Sicile et la Tunisie leur servent de relais pour leurs trafics commerciaux entre l’Égypte et la Syrie fatimides et l’Occident musulman omeyyade.

Sur le modèle de la Tunisie aghlabide, les émirs kalbites ont ainsi obtenu la liquidation des solidarités militaires tribales et des grandes factions qui opposaient Agrigentins et Palermitains à la fin du IXe siècle. Les tribus disparaissent en ville, où ne se conserve que la « noblesse héraldique » : au XIIe siècle, dans les documents d’époque normande, de nombreux musulmans souscrivent les actes de la pratique notariale et portent des noms, des nisbas, qui se réfèrent aux grandes tribus arabiques et aux tribus berbères. Ces noms n’ont plus d’efficacité politique ou militaire, mais ils soulignent l’attachement à des origines considérées comme brillantes.

Extrait d’Henri Bresc Décembre 2002 pour  Clio 2014

La dynastie arabe des Kalbides de Sicile 948 et 1044

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Les Byzantins e à l'assaut de la Sicile musulmane en 1038.
Les Byzantins à l’assaut de la Sicile musulmane en 1038.

Les Kalbites ou Kalbides constituèrent une dynastie arabe issue de la tribu adnanite des Banu Kilab venu d’Afrique du Nord (al-Ifriqiya) , ils furent les souverains de l’Émirat de Sicile (as-Siqiliya) 948 et 1044. Les émirs Kalbites de Sicile étaient vassaux des califes fatimides. 

En 947, le calife fatimide Ismâ‘îl al-Mansûr Billâh avait nommé Hasan ibn `Alî al-Kalbî gouverneur de Sicile. En 948, il lui fut concédé le titre d’émir (amīr). Celui-ci établit alors sur la Sicile sa propre dynastie, les Kalbites originaires d’Arabie, vassaux des Fatimides2.

La Sicile était partagée à cette époque en trois valli, c’est-à-dire des divisions administratives à la tête desquelles se trouvait un gouverneur nommé par l’émir (le mot valli est dérivé de l’arabe wâli, et non du latinvallis (vallée)). Le vallo de Mazara comprenait toute la partie occidentale de l’île, avec les provinces de TrapaniAgrigente et Palerme (ville de résidence de l’émir). Les limites orientales avec les deux autres valliétait constituées par les fleuves Imera Septentrional (ou Supérieur), et Imera Méridional (ou Inférieur, ou encore le fleuve Salso), le long d’une ligne imaginaire formée par les villes de TerminiPolizzi Generosa et Alicata. Le vallo de Mazara faisait environ 11 000 km2 et était le plus grand des trois. Le vallo de Noto comprenait la partie sud-est de l’île, avec les cités de Noto et Syracuse. Le vallo Demone recouvrait la partie nord-est de l’île, autour de la province de Messine. Cette organisation de la Sicile en trois valli subsista bien après les Arabes, jusqu’en 1818.

Au commencement du gouvernement des Kalbites, la Sicile, surtout dans sa partie occidentale, connut une grande prospérité. Les Arabes avaient réalisé des réformes agraires, démantelé les grandes propriétés terriennes (les latifundia) et encouragé la création de petites fermes. Ils avaient également amélioré les systèmes d’irrigation et construit de nouveaux aqueducs. Ils avaient introduit sur l’île l’orange, le citron, la pistache et la canne à sucre. L’île était devenue autosuffisante d’un point de vue alimentaire et exportait même des denrées vers l’Afrique du nord. La Sicile était également une grande région productrice de textiles. Elle était un carrefour et entretenait des relations commerciales avec l’Orient, l’Afrique et les républiques maritimes de la péninsule italienne (AmalfiNaplesGaèteVenise).

Les Kalbites portent leur effort sur l’islamisation de la société sicilienne, notamment en 962 par une grande cérémonie, où quatorze mille enfants sont circoncis simultanément ; après une offensive byzantine, écrasée en 965 à la bataille du Fossé ou de Rametta, le calife fâtimide Mu’izz fait accomplir par l’émir kalbite, en 967, un grand incastellamento, mouvement qui représente une mutation profonde de l’habitat. Il décide en effet le regroupement forcé de tous les habitants dans un petit nombre de villes ou médina, une par district, chacune gardée par un château et munie d’une mosquée du vendredi, indispensable pour assurer la fidélité politique et l’endoctrinement religieux. Il s’agit de faire pénétrer l’islam, mais aussi de faire passer le message chiite sur lequel repose la dynastie1.

Palerme, la capitale de l’émirat, comptait sous les Kalbites 350 000 habitants, ce qui en faisait une des villes les plus importantes d’Europe, la deuxième derrière Cordoue, la capitale du califat ibérique, qui en comptait 450 000. En 970, le marchand, voyageur et géographe originaire de Bagdad Ibn Hawqal visita Palerme qu’il décrivit comme la cité des 300 mosquées. La cour kalbite accueillit de nombreux savants, juristes, poètes et linguistes.

L’apogée de l’émirat kalbite fut atteint en 982, date à laquelle l’armée musulmane de Sicile vainquit l’armée impériale envoyée par l’empereur Othon II à la bataille de Stilo, près de Crotone en Calabre. Bien que l’émir Abû-l-Qasim `Alî ibn Hasan trouvât la mort dans cette bataille, un grand nombre d’impériaux furent tués, comme Landolphe IV, prince de Bénévent, Henri Ier d’Augsbourg, le margrave Gunther de Merseburg, l’abbé de Fulda et plusieurs princes d’empire. Othon II dut fuir à la nage et trouva refuge sur un navire grec.

L'émirat  arabe des banu Kilab dit Kalbites de Sicile vers l'an 1000.
L’émirat arabe des banu Kilab dit Kalbites de Sicile vers l’an 1000.

Cependant, après cette bataille de Stilo, le déclin des Kalbites commença. En effet, si l’éloignement des califes fatimides, qui avaient transporté leur capitale de Madhia au Caire en 973, ville fondée après la conquête de l’Égypte en 969, favorisa une plus grande indépendance, elle rendit également la dynastie sicilienne, qui tirait précisément la légitimité de son pouvoir des Fatimides, plus isolée. Des soulèvements de partisans des Byzantins ou des Zirides d’Afrique du nord ne tardèrent pas à éclater.

L’autorité de l’émir Dja `far II ibn Yûsuf fut contestée en 1015 par son frère Ali, qui réunit une armée de Berbères et d’esclaves Noirs et tenta de le renverser. Cette tentative échoua et Ali fut pris et exécuté. En 1019Palerme se révolta contre les Kalbites. L’ancien émir Yûsuf, qui avait abandonné en 998 le pouvoir après une attaque qui l’avait rendu incapable pour le donner à son fils Dja `far, démit celui-ci pour confier le gouvernement à son autre fils Ahmad, jugé plus capable de mater le soulèvement. Une quinzaine d’années plus tard, en 1035, une révolte menée par un ziride, `Abd Allâh Abû Hafs, éclata contre ce dernier. Ahmad fut vaincu et tué en 1037.

L’année suivante en 1038, une armée byzantine, composée de Grecs et de 300 mercenaires normands, commandée par le général Georges Maniakès, qui entendait profiter de ces troubles, tenta de reprendre la Sicile aux Musulmans. Elle prit un certain nombre de villes sur la côte orientale et Syracuse tomba en 1040. Cette même année 1040Katakalôn Kékauménos défendit avec succès la ville de Messine, assiégée par les Arabes. Cependant, les Byzantins durent se retirer en 10423.

Cet épisode précipita la chute des Kalbites. Le dernier représentant de la dynastie, Hasan II as-Samsâm ibn Yûsuf, qui avait repris le pouvoir en 1040, dut malgré la reconquête de la côte orientale de l’île en 1042, quitter la Sicile en 1044, contesté de toutes parts par les princes locaux, les caïds (qā’id), qui régnaient en maîtres sur leurs territoires. Il mourut en exil en1053.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kalbites#cite_note-Henri_Bresc.2C_La_Sicile_musulmane_-_Clio_-_Voyage_Culturel-1

L’imam Ibn al Qayyim al Jawzi sur les Fatimides :

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drapeau fatimide
« Ubaïd Allah ibn Maïmûn el Qaddâ h s’est fait passé également pour le Mahdî. Son grand – père était juif. Issu d’une famille mazdéenne, il revendiquait mensongèrement qu’il était affilié à Ahl el Baït (la famille prophétique). Selon lui, le Prophète – salla Allahou ‘alayhi wa salam – aurait annoncé sa venue prochaine. Il a réussi à prendre de l’ampleur et fonda une dynastie formée d’athées et d’hypocrites, qui installèrent leur pouvoir dans le Maghreb, en Égypte, dans le H ijâz et le Shâm . Durant leur règne tyrannique, l’Islam se senta it étranger. Chaque héritier revendiquait la divinité. Les rois Qarmates étaient Bâ t inites ; ils assumaient notamment qu’il existe une lecture ésotérique allant à l’encontre des textes exotériques ou littéralistes. Ils se cachaient derrière le Râfi dh isme p our mieux répandre leur athéisme. Leur règne perdura jusqu’au jour où Allah délivra les musulmans de leur joug par les mains de Salâ h e – Dîn, Yûsuf ibn Ayyûb. »
 

Source : A l Manâr el Munîf page 141 – 154. Ibn al Qayyim al Jawzi

31 août 1006 : la révolte hilalo-omeyyade anti-chiite fatimide d’Abu Rakwa, l’omeyyade :

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la Nubie et le Soudan sous les Fatimides – 9e à 11e siècles: 1) mercenaire soudanais service fatimide égyptien 9-11eme siècle 2) cavalier aristocratique nubien 9-11eme siècle 3) homme de la tribu Ahadi 11eme siècle.

31 août 1006 : la révolte anti-chiite fatimides d’Abu Rakwa, descendant ommeyade d’Ifrikiya qui menace Le Caire à la tête d’une armée composée de berbères et de Banu Qurra (Hilaliens) recrutés à Barqa (Libye), est repoussée par des mercenaires nubiens enrôlés par les Fatimides d’Égypte. Abu Rakwa se réfugie en Nubie mais est livré aux Fatimides et exécuté au Caire en 1007

Ibn Khadloun nous dit sur le sujet :

« Jusqu’à l’époque que nous venons d’indiquer, les Arabes nomades n’avaient pas eu de stations au-delà de Barca, province où les Beni-Corra , branche de la tribu de Hilal-Ibn-Amer , étaient venus s’établir. Les Beni-Corra figurent dans l’histoire des Fatemides ; et l’on connaît les circonstances de leur révolte, lors du règne d’El-Hakem, quand ils proclamèrent khalife un descendant des Oméïades espagnols, nommé Abou-Racoua. Nous avons indiqué cet événement d’une manière sommaire dans notre chapitre sur les Fatemides » 

Lors du règne d’El-Hakem le Fatemide la tribu de Corra eut pour chef Mokhtar-Ibn-el-Cacem. Quand El-Hakem envoya Yahya-Ibn- Ali-el-Andaloci à Tripoli pour secourir Felfoul-Ibn-Saîd-Ibn- Khazroun contre les Sanhadja (événement dont nous parlerons dans l’histoire des Beni-Khazroun), il transmit aux Corra l’ordre d’accompagner ce général. Ils se rendirent donc à Tripoli , mais plus tard , ils rentrèrent à Barca après avoir contribué à la défaite de Yahya-Ibn-Ali en l’abandonnant à l’heure du combat. El-Hakem somma alors leurs chefs de comparaître devant lui , et sur leur refus, il leur expédia des lettres de grâce. Par ce moyen il les attira à Alexandrie où il les fit tous mettre à mort. Ceci se passa en 394 (1003-4) .Il se trouvait alors dans cette tribu un homme qui enseignait le Coran et qui tirait son origine d’El-Moghaïra-Ibn-Abd-er-Rah- man l’oméïade. Cet individu , qui se nommait El-Ouélîd-Ibn- Hicham [Abou-Racoua] prétendait savoir par inspiration qu’il remonterait sur le trône de ses ancêtres. Les tribus berbères de Mezata, Zenata et Louata ajoutèrent foi à ses paroles, et l’on s’en tretint beaucoup à son sujet. Enfin , en l’an 395 , les Beni-Corra le proclamèrent khalife et s’emparèrent de la ville de Barca. A cette nouvelle , El-Hakem envoya des troupes contre la tribu révoltée, mais El-Ouélîd-Ibn-Hicham les mit en déroute et tua leur commandant qui était turc de nation. S’étant ensuite dirigé contre l’Égypte, le vainqueur y essuya une défaite et dut chercher un refuge chez les Bédja , dans le pays des Noirs ‘. Trahi par ceux dont il avait espéré la protection , il se vit emmener prisonnier au Caire où il subit la peine capitale. Plus tard , les Beni- Corra parvinrent à obtenir leur grâce. En l’an 402 (101 1-2) ils interceptèrent les présents que Badîs-Ibn-el-Mansour , roi des Sanhadja , envoyait en Égypte ; puis ils allèrent s’emparer de Barca. Le gouverneur de cette ville prit la fuite, monta sur un navire et partit.  » 

sources :

http://books.google.fr/books?id=qy4PBt7m3uAC&pg=PA202#v=onepage&q&f=false

Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Vol 1, page XXI de l’introduction livre en ligne

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Reproduction de guerriers Fatimides :

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Les armées fatimides du 11ème siècle:
1) Arbalétrier Marine 11eme siècle
2) Palestinien archer fantassin 11eme siècle
3) Fantassin Garde Fatimide 11eme siècle
La Nubie et le Soudan sous les Fatimides – 9e à 11e siècles<br />: 1) mercenaire soudanais service fatimide égyptien 9-11eme siècle<br /> 2) cavalier aristocratique nubien 9-11eme siècle <br /> 3) homme de la tribu Ahadi 11eme siècle.
La Nubie et le Soudan sous les Fatimides – 9e à 11e siècles
: 1) mercenaire soudanais service fatimide égyptien 9-11eme siècle
2) cavalier aristocratique nubien 9-11eme siècle
3) homme de la tribu Ahadi 11eme siècle.

 Un cavalier Ghulam Turc au services des Fatimides et un Fantassin berbère kutama sous les fatimides avec son bouclier typique des Kutama berbères

Un cavalier Ghulam Turc au services des Fatimides et un Fantassin berbère kutama sous les fatimides avec son bouclier typique des Kutama berbères

 

fatimides
Un cavalier Ghulam Turc au services des Fatimides et un Fantassin berbère kutama sous les fatimides avec son bouclier typique des Kutama berbèrs
fatimide evolution aghlabide
Les débuts des fatimides face au Aghlabides (abbassides)
1) Officier de commandement arabe 10eme siècle
2) Officierde terrain 10eme siècle
3 ) Berbere-saharien fantassin avec chameau porte bannière 10eme siècle
arab-muslim-warriors-of-the-late-fatimid-caliphate-and-during-the-creation-of-the-ayyubid-dynasty
L’armée Fatimide (12eme siècle lors de la création de l’état Ayyoubide)
1) Berbère Fantassin Jarwajaraya tiré du nom du général fatimide sicilien Jawhar as-Siqili
2) Cavalier arabe
3) Sybyan al Rikab ( garde escorte monté ) (osprey) 
<strong>L’armée Fatimide (12eme siècle lors de la création de l’état Ayyoubide) </strong><br /> <strong> 1) Berbère Fantassin Jarwajaraya tiré du nom du général fatimide sicilien Jawhar as-Siqili</strong><br /> <strong> 2) Cavalier arabe </strong><br /> <strong> 3) Sybyan al Rikab ( garde escorte monté ) (osprey) </strong>
L’armée Fatimide (12eme siècle lors de la création de l’état Ayyoubide)
1) Berbère Fantassin Jarwajaraya tiré du nom du général fatimide sicilien Jawhar as-Siqili
2) Cavalier arabe
3) Sybyan al Rikab ( garde escorte monté ) (osprey) 

 

L'armée d'Egypte sous les Ikhshidid vassaux abbasside et Fatimides (chiite )  <br />  1) Fantassin Nubien aristocratique , 10eme siècle <br />  2) Cavalier arabe égyptien, 9eme siècle <br />  3) Auxiliaire Bédouin arabe  banu hilal 10eme siècle  <br />  4) Arabe marin d'une tribu himyarite de la mer rouge 10eme siècle
L’armée Fatimide (12eme siècle lors de la création de l’état Ayyoubide)
1) Berbère Fantassin Jarwajaraya tiré du nom du général fatimide sicilien Jawhar as-Siqili
2) Cavalier arabe
3) Sybyan al Rikab ( garde escorte monté ) (osprey)