L’ère des croisades, Reconquista en Orient et en Occident islamique

Descriptions d’al-Quds, Jerusalem par Ibn Battouta, al-Idrissi et Nassiri Khausrau ;

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La mosquée al-Aqsa
La mosquée al-Aqsa Début de la construction avant 679 . L’évèque Arculfe (679-688) nous livre une description du lieu, entre 679 et 688 : « Sur le lieu du Temple, proche du mur est, les Sarrasins fréquentent une maison de prière carrée, construite rudimentairement, en poutres et en planches. Cette maison peut accueillir trois mille hommes en même temps10. » C’est sans doute sur l’impulsion du calife Abd al-Malik (685 – 705), constructeur du dôme du Rocher, ou de son fils al-Walid Ier (705 – 715) qu’est édifiée la première mosquée en dur. Si l’on en croit l’historien al-Muqaddasi, le calife aurait souhaité cette reconstruction pour éviter le contraste entre la mosquée et le  dôme

 

Description de al-Quds par le voyageur persan Nasiri Khrusrau (1004-1074) à l’époque Fatimide : 

« Nous entrâmes à Jérusalem le cinquième jour du mois de Ramazan 438 (16 mars 1046). Une année solaire s’était écoulée depuis que nous avions quitté notre demeure, et nous avions voyagé sans nous être arrêtés nulle part pendant longtemps, et sans avoir, en aucun lieu, goûté un repos complet.

Les habitants de la Syrie et de la Palestine désignent Jérusalem sous le nom de Qouds. Les gens de ces contrées, qui ne peuvent faire le voyage de la Mekke, se rendent à Jérusalem à l’époque du pèlerinage ; ils y séjournent pendant le Mauqaf, en se conformant à l’usage consacré, et ils y célèbrent la fête des sacrifices. Il y a des années où dans les premiers jours du mois de Zil Hidjèh plus de vingt mille hommes se trouvent réunis dans la ville. On y amène les enfants pour les faire circoncire. Les chrétiens et les Juifs y viennent aussi en grand nombre des provinces de l’empire de Roum et d’autres contrées pour y visiter l’église et le temple. On trouvera en son lieu la description de la grande église. La banlieue et les environs de Jérusalem sont entièrement couverts de montagnes cultivées en céréales et plantées d’oliviers, de figuiers et d’autres arbres. Tous les terrains sont dépourvus d’eau ; néanmoins les vivres sont en abondance et à bon marché.

Il y a des chefs de famille qui ne recueillent pas moins de cinq mille men d’huile d’olive chacun ; cette huile est conservée dans des puits et des réservoirs, et on l’exporte dans toutes les parties du monde.

La famine n’a, dit-on, jamais sévi en Syrie. Je tiens d’autorités dignes de foi qu’un saint personnage vit en songe le Prophète de Dieu, sur qui soient les bénédictions et le salut ! Il lui adressa la parole en ces termes : « O Prophète de Dieu, accorde-moi ton aide pour ma subsistance ! » « Je te la garantis, lui répondit le Prophète, par le pain et par l’huile de la Syrie. »

Je décrirai maintenant Jérusalem. La ville est bâtie sur une hauteur. On n’y a point d’autre eau que celle de la pluie. Bien qu’il existe des sources dans les villages voisins, on n’en trouve cependant pas une seule dans l’intérieur de la ville. Jérusalem est entourée de solides murailles construites en pierres et en mortier ; les portes sont en fer.

La ville étant bâtie sur le roc, on ne voit pas un seul arbre dans ses environs immédiats. Jérusalem est une grande cité ; à l’époque où je m’y trouvais, elle renfermait vingt mille habitants mâles. Les bazars sont beaux et les maisons fort hautes. Le sol est partout recouvert de dalles de pierre, et on a taillé et aplani toutes les inégalités du terrain, de sorte qu’il est complètement lavé et nettoyé par la pluie. Les artisans sont très nombreux, et chaque corps de métier occupe dans le bazar une rangée distincte de boutiques.

La grande mosquée où l’on fait la prière du vendredi est située à l’est, du côté du bazar, et les remparts de la ville lui servent de murailles. Quand on sort de la mosquée, on voit s’étendre devant soi une grande plaine très unie qui porte le nom de Sahirèh. C’est la plaine où, selon la tradition, auront lieu la résurrection de la chair et le jugement dernier. Cette croyance attire de tous les points du monde, à Jérusalem, une foule de personnes qui viennent s’y fixer pour y finir leurs jours et pour se trouver près de l’emplacement désigné par Dieu, lorsque s’accomplira la parole du Tout-Puissant. O Dieu, sois dans ce jour, le refuge de tes serviteurs ! Daigne leur accorder ton pardon ! Ainsi soit-il, ô maître des mondes !

Au bord de cette plaine s’étend un vaste cimetière qui renferme les tombeaux de saints personnages. Le peuple s’y rend pour prier et pour adresser à Dieu des vœux qu’il daigne exaucer.

O Dieu, accueille nos vœux ! Pardonne-nous nos péchés et nos iniquités ! Que ta clémence prenne pitié de nous, ô toi, qui es le plus miséricordieux des miséricordieux !

Entre la mosquée et la plaine de Sahirèh court une vallée extrêmement profonde, ayant l’apparence d’un fossé. J’y vis des constructions faites à la mode antique, ainsi qu’une coupole, taillée dans un bloc de pierre et qui surmonte un petit édifice. Il est impossible de rien voir de plus extraordinaire et l’on se demande comment on a réussi à l’élever. Le peuple prétend que c’était la maison de Pharaon.

Cette vallée porte le nom de Wadi Djehennem (le val de l’Enfer). Je demandai le motif de cette dénomination. On me répondit que le khalife Omar ibn el Khaththab (que Dieu soit satisfait de lui !) établit son camp dans la plaine de Sahirèh ; en la contemplant, il s’écria : Ceci est le val de l’enfer ! Les gens du peuple prétendent que, lorsqu’on est sur le bord de cette vallée, on entend s’en élever les cris des damnés. J’y suis allé, mais je n’ai rien entendu.

Quand on sort de la ville dans la direction du sud, on descend, à la distance d’un demi-ferseng, dans un ravin où l’on voit une source qui jaillit d’un rocher. Elle porte le nom d’Aïn Selwan (la source de Siloé). Au dessus d’elle s’élèvent de nombreux bâtiments. L’eau s’écoule à travers un village et, sur ses bords, on a construit beaucoup de maisons et planté des jardins. On prétend que, lorsque l’on s’est baigné dans cette eau, on est délivré des douleurs et des maladies chroniques. Un nombre considérable de legs pieux sont affectés à l’entretien de ce lieu. 

Jérusalem possède un bel hôpital qui a pour dotation les revenus de fondations charitables. On y distribue à un grand nombre de malades des remèdes et des potions médicinales. Les médecins attachés à cet établissement sont payés par les administrateurs des legs pieux.

Maquette d'al-Quds dans le temps
Maquette d’al-Quds dans le temps

La mosquée où l’on fait la prière du vendredi est à l’extrémité orientale de la ville. Une de ses murailles borde le Wadi Djehennem. Lorsqu’on est en dehors de la mosquée et que l’on regarde cette muraille, on y voit, sur une étendue de cent ârech, des blocs de pierre qui ne sont reliés entre eux ni par du ciment ni par du mortier. A l’intérieur de la mosquée, le sommet des murs suit une ligne droite. La mosquée a été construite sur l’emplacement qu’elle occupe, à cause de la pierre de la Sakhrah qui se trouve au milieu de l’enceinte. La Sakhrah est ce quartier de rocher dont, sur l’ordre de Dieu (qu’il soit honoré et exalté !), Moïse fit la qiblèh.

Moïse ne vécut plus longtemps ensuite, et sa mort survint peu de temps après qu’il se fut conformé à ce commandement de Dieu.

Souleyman (sur qui soit le salut !) fit construire un temple autour de cette pierre vers laquelle on se tournait pour faire la prière. La Sakhrah en occupait le centre. Cette règle pour la qiblèh fut observée jusqu’à l’époque où notre prophète Mohammed l’élu (que les bénédictions et le salut reposent sur lui !) reçut de Dieu l’ordre de prendre la Ka’abah pour qiblèh. La description de la Sakhrah sera donnée en son lieu.

Je formai le dessein de mesurer les dimensions du Haram. Je me dis qu’il était nécessaire d’étudier, tout d’abord, son aspect extérieur et son emplacement, afin de bien m’en rendre compte, et puis, ensuite, d’en prendre les mesures. Je le parcourus dans tous les sens, et je l’examinai pendant longtemps avec l’attention la plus soutenue. Je découvris, à la fin, dans la partie du nord, non loin de la coupole de Yaqoub (sur qui soit le salut !), une inscription gravée sur une des pierres d’une arcade. Elle portait que l’enceinte sacréeavait sept cent quatre coudées de longueur, et quatre cent cinquante-cinq de largeur. La mesure employée est la coudée royale (guezi melik) qui porte dans le Khorassan le nom de guezi chaïgan ; elle représente un peu moins d’un ârech et demi.

Le sol du Haram est couvert de dalles de pierre dont les interstices sont remplis de plomb. Le Haram est à l’est de la ville et du bazar ; il faut donc, lorsque l’on s’y rend du bazar, se diriger vers l’orient.

On rencontre d’abord un superbe portique qui se développe sur trente guez de haut et vingt de large. La façade, les ailes et la grande arcade sont ornées de dessins formés par des morceaux de verre émaillé (mosaïque) incrustés dans du ciment. Ces dessins ont un tel éclat qu’on ne peut les regarder sans être ébloui. On voit également sur ce portique une inscription en mosaïque donnant les titres du sultan d’Egypte. Quand le soleil frappe ces mosaïques, leur éclat est si vif que l’esprit reste confondu. Ce portique est surmonté d’une très grande coupole en pierres d’énormes dimensions, et on y a placé deux portes magnifiques revêtues de plaques de cuivre de Damas ; elles sont si brillantes qu’on les prendrait pour de l’or, et elles sont entièrement couvertes d’arabesques et d’incrustations en or. Chacune d’elles a quinze guez de haut et huit de large. On désigne cette construction sous le nom de Porte de Daoud (que le salut soit sur lui !).

Après avoir franchi les deux portes de ce portique, on trouve, à droite, deux grandes galeries ouvertes, soutenues chacune par vingt-neuf piliers de marbre dont les bases et les chapiteaux sont également en marbres de diverses couleurs. Les joints sont remplis de plomb. Ces piliers soutiennent des arceaux formés de quatre ou cinq blocs de pierre au plus. Ces deux galeries s’étendent presque jusqu’à la Maqçourah.

Après avoir franchi la porte, on trouve à gauche, c’est-à-dire au nord, une longue galerie de soixante-quatre arcades reposant toutes sur des piliers de marbre. Dans cette partie du mur s’ouvre la porte appelée Bab es Saqr.

Le Haram s’étend en longueur du nord au sud, et si l’on en retranche la Maqçourah, il présente la forme d’un carré dans lequel la qiblèh se trouve placée au sud.

Du côté du nord, il y a aussi deux autres portes placées l’une à côté de l’autre. Chacune d’elles mesure sept guez de largeur sur douze de hauteur. Elles portent le nom de Bab el Asbath (la porte des Tribus).

Après avoir franchi cette porte, on rencontre, dans le sens de la largeur du Haram, c’est-à-dire du côté de l’orient, un autre très grand portique percé de trois portes placées l’une à côté de l’autre ; elles ont les mêmes dimensions que celles du Bab el Asbath. Elles sont recouvertes de plaques de fer et de cuivre merveilleusement travaillées. Il est impossible de rien voir de plus beau. Ce portique s’appelle Bab oul Ebouab (la porte des portes, la porte par excellence), parce qu’il a trois portes, tandis que les autres n’en ont que deux.

Entre ces deux portiques situés du côté du nord, en face de la galerie dont les arcades sont supportées par des piliers, on voit une haute coupole qui s’appuie sur des colonnes. Elle porte le nom de Qoubbèh Yakoub (coupole de Jacob). C’est là que, selon la tradition, ce patriarche faisait ses prières.

Le long de l’enceinte, dans le sens de la largeur du Haram, il y a une galerie dont le mur est percé d’une porte qui donne accès à deux couvents de soufis. Ceux-ci y ont établi de beaux oratoires et des mihrabs magnifiques. Des soufis en grand nombre y demeurent pour se livrer aux pratiques de la dévotion. Ils y font aussi leurs prières, excepté le vendredi ; ce jour-là, ils se rendent dans l’enceinte du Haram, parce que le cri du Tekbir ne parvient pas jusqu’à leurs couvents.

A l’angle nord de l’enceinte est une belle galerie et une grande et superbe coupole. On y a tracé cette inscription : « Ceci est le mihrab de Zékéria, sur qui soit le salut ! » On rapporte que ce prophète était continuellement en prière dans cet endroit.

Du côté du mur oriental et au centre de l’enceinte, s’élève un grand et élégant portique construit en pierres de grandes dimensions, et que l’on dirait taillé dans un seul bloc de pierre. Il a cinquante guez de hauteur sur trente de largeur et il est couvert de dessins et de sculptures. D est formé de dix portes qui ne sont séparées l’une de l’autre que par la largeur d’un pied et pas davantage. Ces portes sont revêtues de plaques de fer et de cuivre richement travaillées et l’on a fixé sur leur surface des anneaux et des clous saillants. Le portique est, dit-on, l’œuvre de Souleyman, fils de Daoud (que le salut soit sur eux deux !) ; il l’a construit pour son père.

Quand on franchit ce portique, on voit, dans la direction de l’orient, deux portes ; celle de droite s’appelle Bah er Rahmèh (la porte de la Miséricorde), celle de gauche Bah et Taubèh (la porte de la Pénitence). C’est, selon la tradition, près de cette dernière porte que Dieu se laissa toucher par le repentir de Daoud, sur qui soit le salut !

Non loin de ce portique s’élève une jolie mosquée. C’était autrefois une galerie fermée ; elle a été convertie en oratoire. Le sol est couvert de beaux tapis. Les serviteurs qui sont attachés à ce sanctuaire forment une classe distincte.

Un grand nombre de personnes se rendent là pour y faire leurs prières et chercher à se rapprocher de Dieu (que son nom soit béni et exalté !), car c’est en ce lieu que le Tout-Puissant accueillit le repentir de Daoud, et les fidèles conçoivent l’espérance qu’ils ne commettront plus d’infraction à la loi divine. On affirme que Daoud venait de franchir le seuil de ce sanctuaire quand une révélation céleste lui donna la bonne nouvelle que Dieu s’était laissé fléchir. Il consacra ce lieu et il y fit ses dévotions.

Moi, Nassir, j’ai prié dans ce lieu et j’y ai invoqué l’aide de Dieu pour garder ses commandements et je lui ai demandé de m’accorder l’absolution de mes péchés.

Que le Dieu, dont le nom est sanctifié et exalté, assiste tous ses serviteurs ! Qu’il leur fasse la grâce de lui donner toute satisfaction et qu’il leur inspire le repentir de leurs fautes ! Je le demande en l’honneur de Mohammed et de sa famille immaculée !

Lorsqu’on longe le mur oriental à partir de l’angle du sud et de la paroi où se trouve la qiblèh, on trouve, vis-à-vis de la face de la muraille du nord, une mosquée souterraine à laquelle on n’arrive qu’en descendant un grand nombre de marches.

Ce monument a vingt guez sur quinze. Le plafond qui est en pierre repose sur des piliers de marbre. C’est là que se trouve le berceau de Jésus, sur qui soit le salut ! Il est en pierre et assez grand pour qu’un homme y puisse faire sa prière. Je l’y ai faite. On l’a fixé solidement dans le sol, afin de le rendre immobile. C’est le berceau où Jésus était couché dans sa première enfance et où il adressait la parole aux hommes. Il occupe la place du mihrab. On voit également dans cette mosquée le mihrab de Meriem, (sur qui soit le salut !) et un autre qui est attribué à Zékéria. Le premier est placé du côté de l’orient. On a tracé sur ces mihrabs les versets du Coran qui se rapportent à Zékéria et à Meriem. Jésus est, dit-on, né dans cette mosquée.

On remarque sur une pierre d’un des piliers l’empreinte de deux doigts, comme si quelqu’un l’avait saisie. Meriem, au moment d’accoucher, a, prétend-on, posé ses doigts sur ce pilier.

Cette mosquée est connue sous le nom de Mehd Issa (le berceau de Jésus), sur qui soit le salut ! On y voit suspendues des lampes en cuivre et en argent fort nombreuses. Elles sont allumées toutes les nuits.

Quand on est sorti de la mosquée du berceau de Jésus, on arrive, en suivant le mur oriental, à l’angle de l’enceinte du Haram. On trouve là une autre mosquée extrêmement belle et qui est deux fois plus grande que celle du berceau de Jésus. Elle porte le nom de Mesdjid el Aqça.

C’est là que Dieu transporta, de la Mekke, le Prophète pendant la nuit du Miradj. C’est de là que Mohammed s’éleva au ciel, comme le fait est rappelé en ces termes : « Qu’il soit loué, celui qui a transporté dans la nuit son serviteur du temple sacré (de la Mekke) au temple éloigné (de Jérusalem). » Un superbe édifice s’élève en cet endroit ; le sol est couvert de magnifiques tapis. Des serviteurs formant une catégorie distincte sont chargés de son entretien.

Lorsqu’à partir de l’angle où s’élève la mosquée on suit la muraille du sud, on rencontre un espace à ciel ouvert formant cour : il a deux cents guez de superficie.

La partie de la mosquée couverte d’un toit, qui a la Maqçourah à sa droite, est attenante à la partie méridionale du mur. La partie couverte de la mosquée qui fait face à l’occident a quatre cent vingt ârech de long sur cent cinquante de large. On y compte deux cent quatre-vingts colonnes de marbre sur lesquelles on a élevé des arceaux en pierre. Les chapiteaux et les fûts sont couverts de sculptures ; les interstices sont remplis de plomb, en sorte qu’il est impossible de rien voir de plus solide. Les colonnes sont placées à six guez l’une de l’autre. Le sol est entièrement couvert de dalles de marbre de toutes couleurs et les joints sont remplis de plomb. La Maqçourah, placée au centre de la muraille du côté du midi, est fort grande et elle est soutenue par seize colonnes. La coupole qui la surmonte a de vastes proportions ; elle est couverte de dessins en mosaïque semblables à ceux dont j’ai déjà parlé plus haut. Le sol est recouvert de nattes du Maghreb, et des lampes et des luminaires isolés les uns des autres sont suspendus à des chaînes. On y a établi aussi un grand mihrab qui est décoré de mosaïques. Des deux côtés du mihrab s’élèvent deux colonnes en marbre rouge dont la couleur rappelle celle de la cornaline. La Maqçourah est lambrissée de marbres de différentes couleurs. A droite, on voit le mihrab de Mo’awiah, à gauche celui d’Omar. Le plafond de cette mosquée est formé de boiseries sculptées et richement décorées.

A l’extérieur de la Maqçourah et dans la muraille qui fait face à la cour, on a pratiqué quinze grandes arcades auxquelles on a fixé des portes dont les battants sont couverts de riches ornements. Chacune de ces portes a dix guez de hauteur sur six de largeur. Dix d’entre elles s’ouvrent sur la partie du mur qui a quatre cent vingt guez et cinq sur celle qui n’en a que cent cinquante.

Parmi ces portes, on en remarque une qui est en cuivre et dont la richesse et la beauté confondent l’imagination. Le cuivre en est si brillant qu’on le prendrait pour de l’or : il est couvert d’incrustations en argent niellé et on y lit le nom du khalife Mamoun. Cette porte fut, dit-on, envoyée de Bagdad par ce prince.

Quand toutes les portes sont ouvertes, l’intérieur de la mosquée est si clair que l’on se croirait dans une cour à ciel ouvert. Quand il pleut ou qu’il fait du vent, on laisse les portes fermées et le jour pénètre par les croisées.

Aux quatre côtés de la partie couverte du toit se trouvent des coffres dont chacun appartient à une des villes de la Syrie ou de l’Iraq ; des Moudjavir se tiennent auprès de ces coffres. Cette coutume rappelle celle qui est observée à la Mekke dans le Mesdjid el Haram.

En dehors de la partie couverte de la mosquée, le long de la grande muraille dont nous avons parlé, s’étend une galerie ouverte qui va rejoindre celle de l’ouest. Les quarante-deux arcades qui la forment sont soutenues par des colonnes de marbre de différentes couleurs. Dans l’intérieur du pouchich ou partie couverte d’un toit, il y a une citerne creusée dans le sol et destinée à recevoir l’eau de la pluie ; lorsqu’elle est recouverte, elle se trouve de niveau avec le sol.

Une porte percée dans le mur du sud donne accès aux latrines. On y trouve l’eau nécessaire pour se purifier quand on veut renouveler ses ablutions. S’il fallait pour se laver sortir du Haram dont l’enceinteest très vaste, on n’arriverait point à temps pour la prière et le moment canonique de la faire serait passé.

Tous les toits sont couverts de plomb.

On a creusé, dans le sol du Haram, un grand nombre de citernes et des piscines destinées à recueillir l’eau de la pluie ; elles ont pour objet de l’empêcher de se répandre au dehors et de se perdre, quelle qu’en soit la quantité. Le sol du Haram est entièrement formé par la roche. Toute l’eau s’écoule dans ces piscines et les gens viennent y puiser. On a aussi établi des gouttières en plomb qui donnent passage à l’eau et la font tomber dans des bassins de pierre installés au-dessous d’elles. Ces bassins sont percés d’un trou qui permet à l’eau d’arriver par un conduit à la citerne, sans avoir été souillée par aucune ordure ni par aucune impureté.

J’ai vu, à trois fersengs de Jérusalem, une très grande piscine alimentée par les eaux qui descendent des montagnes ; on a construit un aqueduc pour les amener jusqu’au Haram qui est l’endroit de toute la ville où se trouve la plus grande quantité d’eau. Chaque maison possède une citerne destinée à recevoir l’eau de pluie, la seule que l’on ait à Jérusalem, et chaque habitant recueille celle qui tombe sur sa terrasse. Les bains et les établissements quels qu’ils soient n’emploient que l’eau de pluie.

Les réservoirs du Haram n’ont jamais besoin de réparations, car ils sont creusés dans le roc et même, s’il s’y était produit des fentes ou des trous, ils ont été si solidement bouchés que les bassins n’ont jamais éprouvé la moindre détérioration. On prétend que ces réservoirs sont l’œuvre de Souleyman, sur qui soit le salut !

La partie supérieure de ces citernes a la forme d’un tennour,  et l’orifice par lequel on puise est recouvert d’une pierre pour que rien ne tombe dans l’eau. L’eau de Jérusalem est la plus agréable au goût et la plus pure que l’on puisse trouver.

L’eau coule des gouttières pendant deux ou trois jours, même quand la pluie a été peu abondante. Les gouttes continuent à tomber quand le ciel est redevenu serein et que le mauvais temps est dissipé.

J’ai déjà dit que la ville de Jérusalem est bâtie sur une hauteur et sur un terrain fort inégal ; mais le sol du Haram est nivelé et il forme une surface très unie.

A l’extérieur de l’enceinte, partout où, par suite d’accidents de terrain, le sol présente quelque dépression, le mur a plus de hauteur, car les fondations sont faites alors dans un creux ; partout où le sol est élevé, la muraille est moins haute.

Dans les quartiers de la ville, où les rues se trouvent en contrebas, on pénètre dans l’enceinte du Haram par des passages souterrains-fermés par des portes placées au-dessous du niveau du sol.

L’une de ces portes est appelée Bab en Neby (la porte du Prophète). Elle est placée dans la direction de la qiblèh, c’est-à-dire au sud. Elle a dix guez de haut sur autant de large. La voûte du souterrain fermé par elle a, à cause des escaliers, tantôt cinq guez de hauteur et tantôt jusqu’à vingt guez. La partie couverte de la mosquée el Aqya est bâtie sur ce souterrain dont la construction est si solide qu’un édifice aussi considérable n’a pas le moindre effet sur lui. On a fait entrer dans la construction des murs des pierres si énormes que l’on ne peut s’imaginer que les forces humaines aient réussi à transporter et à mettre en place de pareilles masses. Ce souterrain a été construit, dit-on, par Souleyman, fils de Daoud ; notre Prophète le traversa pendant la nuit du Miradj pour entrer dans la mosquée. La porte de ce passage est, en effet, placée dans la direction de la Mekke.

On remarque dans le mur, à peu de distance de cette porte, l’empreinte d’un grand bouclier’. D’après la tradition, Hamzah, fils d’Abdoul Mouthallib, oncle du Prophète, se serait assis dans cet endroit, portant attaché sur le dos son bouclier dont l’empreinte se fixa sur le mur lorsqu’il s’y adossa.

A l’endroit où ce passage qui est fermé par une porte à deux battants, débouche dans l’enceinte du Haram, la muraille extérieure a une hauteur de plus de cinquante coudées. On a établi cette galerie souterraine pour éviter aux habitants du quartier contigu à la mosquée de traverser d’autres quartiers, lorsqu’ils désirent pénétrer dans l’enceinte du sanctuaire.

Dans la partie de la muraille qui se trouve à la droite de la porte de l’enceinte du Haram, on remarque une pierre qui a onze ârech de hauteur sur quatre de largeur. C’est la plus grande de toutes celles qui ont été employées dans la construction du sanctuaire. On voit, dans la muraille, à une hauteur de trente et de quarante coudées, beaucoup de blocs ayant la dimension de quatre et de cinq guez. On trouve, dans le sens de la largeur de l’enceinte et dans la direction de l’orient, une porte appelée Bab el Ain (la porte de la Source). Quand on la franchit, on descend dans un ravin et l’on arrive à la source de Selwan (Siloé).

Il y a également une porte souterraine désignée sous le nom de Bab Hittèh (porte de l’Indulgence). Dieu ordonna, dit-on, aux enfants d’Israël d’entrer par là dans le temple, comme l’attestent ces ‘paroles de Dieu lui-même : « Franchissez la porte en vous prosternant et dites : Indulgence, ô Seigneur ! et il vous pardonnera vos péchés. Certes, nous comblerons les justes de nos bienfaits.»

Une autre porte semblable est appelée Bab es Sekinèh. Dans le couloir qui la précède, on a établi une chapelle dans laquelle se trouvent un grand nombre de mihrabs. La première porte est toujours fermée, afin que l’on ne puisse y entrer.

L’arche du Tabernacle, qui, d’après les paroles du Tout-Puissant révélées par le Coran, a été apportée par les anges, fut posée en cet endroit.

Toutes les portes de l’enceinte du Haram de Jérusalem, tant souterraines qu’au niveau du sol, sont au nombre de neuf. Je viens de les décrire.

04 futuhat qods

Description de la plate-forme élevée au milieu de l’enceinte du Haram et où se trouve la roche (Sakhrah) qui servait de qiblèh avant la naissance de l’Islam.

On a dû établir cette plate-forme au milieu de l’enceinte sacrée, à cause de la hauteur de la Sakhrah, et  parce qu’elle ne pouvait être transportée dans la partie de la mosquée el Aqça couverte d’un toit. On a été, en conséquence, obligé d’élever cette plate-forme ; ses fondations couvrent un espace de trois cent trente ârech de longueur sur trois cents de largeur, et sa hauteur est de douze guez. Le sol en est uni et couvert de belles dalles de marbre dont les joints sont remplis de plomb ; sur les quatre côtés, on a dressé des plaques de marbre qui forment une espèce de parapet. Cette plate-forme est construite de telle façon qu’il est impossible d’y monter autrement que par les passages ménagés à cet effet. Lorsqu’on y est monté, on a vue sur les toits de la mosquée el Aqça.

On a creusé, sous la partie centrale de la plate-forme, un réservoir souterrain destiné à recevoir l’eau de la pluie. L’eau qui y est recueillie est plus pure et plus agréable que celle des autres citernes du Haram.

Quatre édifices surmontés d’une coupole s’élèvent sur cette plate-forme. Le plus grand de tous est celui qui recouvre la Sakhrah qui servait autrefois de qiblèh.

Vue extérieure du dôme
Vue extérieure du dôme
Description du dôme de la Sakhrah.

Le plan du Haram a été disposé de telle façon que la plate-forme occupe le milieu de l’enceinte et que le dôme de la Sakhrah, dont la roche occupe le centre, s’élève au milieu de la plate-forme.

L’édifice dont nous parlons a la forme d’un octogone régulier dont chaque côté mesure trente-neuf ârech. Il y a quatre porches ; chacun d’eux s’ouvre sur une des quatre faces qui sont celles de l’est, de l’ouest, du nord et du sud. Entre deux porches s’étend chaque fois un côté de l’octogone. Les murs, entièrement construits en pierres de taille, ont vingt guez de hauteur.

La Sakhrah a cent guez de circonférence ; elle n’est ni ronde ni carrée. C’est un bloc de pierre de forme irrégulière semblable aux quartiers de roc que l’on rencontre dans les montagnes. Sur les quatre côtés de la Sakhrah, on a élevé quatre piliers carrés qui ont la même hauteur que les murs : dans l’espace qui sépare un pilier de l’autre, on a dressé deux colonnes de même hauteur. C’est sur ces piliers et sur ces colonnes que repose la base du tambour sous lequel se trouve la Sakhrah. Ce tambour a cent vingt ârech de circonférence. En avant du mur, des piliers et des colonnes dont je viens de parler (j’appelle piliers [soutoun] des massifs en maçonnerie de forme carrée et colonnes [ousthouvanèh] celles qui sont taillées et formées d’un seul morceau de marbre) il y a, dis-je, six piliers,  et entre chaque deux piliers trois colonnes de marbre de différentes couleurs, placées à des intervalles réguliers. Ou voit donc dans le premier rang deux colonnes entre chaque deux piliers : on en trouve ici trois entre chaque deux piliers. Le chapiteau de chaque pilier a quatre volutes dont chacune supporte un arceau ; chaque colonne a deux volutes, de sorte que chaque colonne soutient deux arceaux et chaque pilier quatre. L’immense coupole repose donc sur ces douze piliers placés autour de la Sakhrah. Quand on l’aperçoit de la distance d’un ferseng, elle ressemble au sommet d’une montagne, car elle a depuis sa base jusqu’au faîte une hauteur de trente ârech : les murs et les piliers qui la soutiennent mesurent vingt guez d’élévation, et ils sont eux-mêmes bâtis sur une plate-forme qui s’élève de dix guez au-dessus du sol. On compte donc soixante-deux guez depuis le niveau de la cour jusqu’au faite du dôme.

Les plafonds et la voûte de cet édifice sont revêtus à l’intérieur de boiseries sculptées. Le mur qui s’appuie sur les piliers et les colonnes est décoré avec un art si merveilleux qu’il y a peu d’exemples d’un pareil travail.

La Sakhrah s’élève au-dessus du sol à la hauteur d’un homme ; elle est entourée d’une balustrade en marbre, afin qu’on ne puisse l’atteindre avec la main. Elle est d’une couleur bleuâtre et jamais elle n’a été foulée par le pied de l’homme. La roche présente un plan incliné dans la direction de la qiblèh. On dirait qu’on a marché là, et que le pied s’y est enfoncé comme dans de l’argile molle en laissant l’empreinte des doigts. On distingue ainsi la trace de sept pas. J’ai entendu raconter qu’Ibrahim était venu là avec Ishaq encore enfant, et que ce dernier ayant marché sur la Sakhrah, les marques que l’on y voit sont celles de ses pas.

Il y a toujours, dans le sanctuaire de la Sakhrah, un grand concours de Moudjavir et de dévots.

Le sol est couvert de beaux tapis en soie et en autres tissus. Une lampe en argent attachée à une chaîne de même métal est suspendue au centre de l’édifice, au-dessus de la Sakhrah. Ou y voit aussi un grand nombre de luminaires également en argent ; on a gravé, sur chacun d’eux, une inscription qui en mentionne le poids. Ils ont tous été faits par l’ordre du sultan d’Egypte. J’ai calculé que tous les objets en argent que renferme ce lieu représentent un poids de mille men. Je remarquai aussi un cierge de proportions gigantesques. Il avait sept ârech de hauteur, et trois palmes de circonférence ; il était blanc comme le camphre de Zabedj et la cire était mélangée d’ambre. Le sultan d’Egypte envoie, dit-on, chaque année un grand nombre de cierges et parmi eux ce grand cierge dont je viens de parler et sur lequel son nom est inscrit en lettres d’or.

Le sanctuaire de la Sakhrah est la troisième maison de Dieu. Il est admis par les docteurs de la loi qu’une prière faite à Jérusalem a la valeur de vingt-cinq mille ; celle qui est adressée à Dieu à Médine en vaut cinquante mille, et celle qui est faite à la Mekke, cent mille. Que le Dieu tout-puissant daigne accorder à tous ses serviteurs la grâce de jouir de cette faveur !

J’ai déjà dit que tous les toits, ainsi que la partie extérieure de la coupole, sont couverts de plomb. Sur les quatre faces de l’édifice s’ouvrent quatre grandes portes à deux battants ; elles sont en bois de sadj et elles sont tenues constamment fermées.

Il y a, en outre, sur la plate-forme, une construction surmontée d’une coupole ; elle porte le nom de Qoubbet es Silssilèh (coupole de la Chaîne) à cause de la chaîne qui y fut suspendue par Daoud. Cette chaîne ne pouvait être saisie que par celui qui, dans une contestation, avait le droit pour lui. La main de l’homme injuste et violent ne pouvait l’atteindre. Ce fait est admis par les docteurs de la loi. Cette coupole est soutenue par huit colonnes en marbre et par six piliers en pierres. L’édifice est ouvert de toutes parts, excepté du côté de la qiblèh où l’on a élevé jusqu’en haut un mur dans lequel on a établi un beau mihrab.

On voit également sur la plate-forme une autre coupole supportée par quatre colonnes de marbre ; le côté de la qiblèh est aussi fermé par un mur dans lequel est un beau mihrab. Elle porte le nom de Qoubbet Dje-brayl (coupole de Gabriel). Le sol n’est point recouvert de tapis ; la roche qui a été nivelée s’y montre à nu. C’est là que pendant la nuit du Miradj, le Boraq fut amené pour servir de monture au Prophète. Derrière la Qoubbet Djebrayl, à la distance de vingt ârech, on voit une autre coupole qui est soutenue par quatre colonnes de marbre. On l’appelle Qoubbet er Ressoul (la coupole du Prophète).

On prétend que dans la nuit du Miradj, le Prophète fit d’abord sa prière sous le dôme de la Sakhrah ; il posa sa main sur elle et quand il sortit, celle-ci, pour lui témoigner son respect, se dressa toute droite ; mais le Prophète remit la main sur elle et elle reprit sa place. Elle est restée, jusqu’à ce jour, à moitié soulevée. Le Prophète se dirigea ensuite vers la coupole qui porte son nom, et là il monta sur le Boraq. Cette circonstance a valu à ce lieu la vénération dont il est l’objet.

Il y a sous la Sakhrah une grande excavation dans laquelle règne une complète obscurité. Des cierges y brûlent continuellement. On dit que cette excavation a été produite par le mouvement que fit la Sakhrah pour se lever et elle subsista lorsque la pierre fut redevenue immobile.

Mont du Temple à l'époque omeyyade reconstruit par Leen Ritmeyer et copié la meilleure source sur l'histoire physique du Mont du Temple
Mont du Temple à l’époque omeyyade reconstitué  par Leen Ritmeyer et « d’après les meilleurs sources sur le site »
Description des escaliers donnant accès à la plate-forme qui s’élève au centre de l’enceinte du Haram.

On peut monter sur la plate-forme par six escaliers placés en six endroits différents. Chacun d’eux est désigné par un nom particulier. Du côté de la qiblèh, il y a deux passages avec des degrés par lesquels on arrive à la plate-forme. Lorsque l’on se tient au milieu de la paroi du mur de soutènement, l’un est à droite, l’autre à gauche. Celui de droite est appelé Maqam en Neby (place du Prophète), l’autre Maqam el Ghoury (place de Ghoury). Le premier est ainsi nommé parce que le Prophète l’a gravi dans la nuit du Miradj pour se rendre sur la plate-forme et aller au dôme de la Sakhrah. Cet escalier est placé dans la direction de la route du Hedjaz ; les marches ont aujourd’hui une largeur de vingt ârech. Elles sont faites de pierres de taille de si grande dimension, qu’un ou deux blocs carrés suffisent pour former une marche. Ces degrés sont disposés avec tant d’art qu’on pourrait, si on voulait, les gravir avec une monture.

Au sommet de cet escalier se dressent quatre colonnes d’une espèce de marbre vert qui ressemblerait à l’émeraude s’il n’était couvert d’une quantité de points de toutes couleurs. Chacune de ces colonnes a une hauteur de dix ârech et une épaisseur telle qu’il faut deux hommes pour les embrasser. Elles sont surmontées de trois arceaux disposés de façon que l’un est en face de l’escalier et les deux autres sur ses deux côtés.

Le faîte du mur élevé au-dessus des arceaux est horizontal : il est disposé en galerie, garni de créneaux et il a l’apparence d’un carré. Ces piliers et ces arceaux sont couverts de dessins en mosaïque, les plus beaux que l’on puisse voir.

Le parapet qui règne autour de la plate-forme est tout entier en marbre pointillé. Quand on y jette les yeux, on croirait voir une pelouse émaillée de fleurs. Le Maqam el Ghoury est un emplacement où se trouvent trois escaliers : l’un est en face de la plate-forme, les deux autres sont sur ses flancs, de sorte que l’on peut y monter par trois côtés. On a également dressé, au haut de ces escaliers, des colonnes surmontées par des arceaux et une galerie. Les marches sont disposées de la façon que nous avons décrite plus haut ; chacune d’elles se compose de deux ou de trois blocs de pierre taillée et de forme allongée. On lit sur le front de l’arceau l’inscription qui suit, tracée en caractères élégants : « Fait par l’ordre de l’émir Leïs oud Daoulèh Nouchtekin Ghoury. Ce Leïs oud Daoulèh était, dit-on, un des esclaves du sultan d’Egypte ; c’est lui qui a fait ouvrir ce passage et construire ces escaliers 1.

Sur la face occidentale de la plate-forme, on a également construit deux escaliers en deux endroits différents, et on a pratiqué un passage qui a la même magnificence que ceux que je viens de décrire. A l’orient, il y a également un passage au sommet duquel sont des colonnes surmontées d’arceaux couronnés de créneaux. Cet endroit porte le nom de Maqam ech Charqy (station de l’Orient).

Sur le côté du nord, se trouve un autre escalier le plus élevé et le plus grand de tous. En haut de celui-ci on trouve, comme en haut des autres, des colonnes surmontées d’arceaux. Il a reçu le nom de Maqam ech Chamy (station de Syrie).

On a dû, pour établir ces six escaliers, dépenser, à mon estimation, la somme de cent mille dinars.

Faisant face au nord, dans la cour de l’enceinte et non pas sur la plate-forme, on voit une construction peu importante qui ressemble à une petite mosquée. Elle a la forme carrée d’un enclos ; les murs en pierres de teille ne dépassent pas la hauteur d’un homme. Elle est désignée sous le nom de mihrab de Daoud. Non loin de là, se dresse une pierre qui a la hauteur de la taille d’un homme : le sommet n’est pas plus grand qu’un tapis de prière. C’est, dit-on, le siège sur lequel s’asseyait Souleyman pendant la construction du temple.

Telles sont les choses que j’ai vues dans l’enceinte du Haram de Jérusalem. J’en ai fait des dessins que j’ai tracés sur le journal où j’ai consigné mes observations.

L’arbre des Houris est aussi une des merveilles que je vis dans le Haram de Jérusalem.

Le mercredi, premier jour du mois de Zil Qa’adèh de l’an 438 (29 avril 1047), je partis de Jérusalem pour me rendre en pèlerinage au tombeau d’Ibrahim, l’ami du Dieu très miséricordieux »

Fin

« Sefer nameh », relation du voyage de Nassiri Khosrau en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Arabie et en Perse, pendant les années de l’hégire 437-444 (1035 1042) / Publié, traduit et annoté par Charles Schefer,…


 

al-Quds, Jérusalem lors des croisades
al-Quds, Jérusalem lors des croisades

Description de al-Quds Jerusalem par le géographe arabe maghrebin al-Idrissi 1154 :

« Jérusalem est une ville illustre, de construction immémoriale et éternelle. Elle porta le nom d’Îliyâ’. Située sur une montagne accessible de tous les côtés, elle est allongée et s’étend de l’ouest à l’est. À l’occident se trouve la porte dite du Mihrâb ; elle est dominée par la coupole de David (sur qui soit le salut !) ; à l’orient, la porte dite de la Miséricorde (bâb al-Rahma) qui est ordinairement fermée et ne s’ouvre que lors de la fête des rameaux; au sud, la porte de Sion (Sihyûn) ; au nord, la porte dite d »Amûd al-Ghurâb. En partant de la porte occidentale ou d’al-Mihrâb, on se dirige vers l’est par une rue et l’on parvient à la grande église dite de la Résurrection, et que les musulmans appellent Qumâma. Cette église est l’objet du pèlerinage de tout l’Empire grec d’Orient et d’Occident. On y entre par la porte occidentale et l’on parvient directement sous le dôme qui couvre toute l’église et qui est l’une des choses les plus remarquables du monde.
(…)
Après être descendu dans l’église, le spectateur trouve le très vénéré Saint-Sépulcre ayant deux portes et surmonté d’une coupole d’une construction très solide, très bien construite et d’une décoration exceptionnelle; de ces deux portes l’une fait face, du côté du nord, à la porte de Santa-Maria, l’autre fait face au sud et se nomme porte de la Crucifixion : c’est de ce côté qu’est le clocher de l’église, clocher vis-à-vis duquel se trouve, vers l’orient, une (autre) église considérable, immense, où les Francs chrétiens célèbrent la messe et communient. À l’orient de cette église, et un peu au sud, on parvient à la prison où le seigneur Messie fut détenu et au lieu où il fut crucifié.

La grande coupole (de l’église de la Résurrection) est circulairement percée à ciel ouvert et on y voit tout autour et intérieurement des peintures représentant les prophètes, le seigneur Messie, sainte Marie sa mère et saint Jean Baptiste. Parmi les lampes qui sont suspendues au-dessus du Saint-Sépulcre, on en distingue trois qui sont en or et qui sont placées au-dessus de la tombe. Si vous sortez de l’église principale en vous dirigeant vers l’orient, vous rencontrerez la sainte demeure qui fut bâtie par Salomon, fils de David – sur lui le salut ! – et qui fut un lieu de prière et de pèlerinage du temps de la puissance des juifs.

Ce temple leur fut ensuite ravi et ils en furent chassés. À l’époque où arrivèrent les musulmans, il fut de nouveau vénéré et c’est maintenant la grande mosquée connue par les musulmans sous le nom de mosquée al-Aqsâ. Il n’en existe pas au monde qui l’égale en grandeur, si l’on en excepte toutefois la grande mosquée de la capitale de l’Andalousie (dyâr al-Andalus) ; car, d’après ce qu’on rapporte, le toit de cette mosquée est plus grand que celui de la mosquée al-Aqsâ.

Le Rocher (arabe الصخره As-Sakhra) situé au cœur du Dôme du Rocher.

L’aire de cette dernière forme un parallélogramme dont la hauteur est de deux cents brasses, et la base de cent quatre-vingts. La moitié de cet espace, celle qui est voisine du Mihrâb, est couverte de dômes en pierre soutenus par plusieurs rangs de colonnes ; l’autre est à ciel ouvert. Au centre de l’édifice il y a un grand dôme connu sous le nom de Dôme du Rocher ; il fut orné d’incrustations d’or et d’autres beaux ouvrages, par les soins de divers califes musulmans. Au centre se trouve un rocher tombé (du ciel) de forme quadrangulaire comme un bouclier ; au centre du dôme, l’une de ses extrémités s’élève au-dessus du sol de la hauteur d’une demi-toise ou environ, l’autre est au niveau du sol ; elle est à peu près cubique, et sa largeur égale à peu près sa longueur, c’est-à-dire près de dix coudées. Au pied et à l’intérieur il y a une caverne, comme une cellule obscure, de dix coudées de long sur cinq de large, et dont la hauteur est de plus d’une toise ; on n’y pénètre qu’à la clarté des flambeaux.

Le dôme est percé de quatre portes ; en face de celle qui est à l’occident, on voit l’autel sur lequel les enfants d’Israël offraient leurs sacrifices ; près de la porte orientale, on voit l’église nommée le Saint des Saints, d’une construction élégante. Au sud se trouve le bâtiment voûté qui était à l’usage des musulmans ; mais les chrétiens s’en sont emparés de vive force et il est resté en leur pouvoir jusqu’à l’époque de la composition du présent ouvrage. Ils en ont fait des logements où résident des religieux de l’ordre des templiers, c’est-à-dire des serviteurs de la maison de Dieu. Enfin la porte septentrionale est située vis-à-vis d’un jardin bien planté de diverses espèces d’arbres et entouré de colonnade de marbre sculptées avec beaucoup d’art. Au bout du jardin se trouve un réfectoire pour les prêtres et pour ceux qui se destinent à entrer dans les ordres »

Fin

 

Al-Idrîsî, Nuzhat al-mushtaq fî ikhtirâq al-âfâq, dit al-Kitab Rodjar ou le Livre de Roger. Sicile, 1154.


 

Plan d'al-Quds, Jérusalem , Palestine.
Plan d’al-Quds, Jérusalem , Palestine.

Description de Jerusalem par le voyageur berbère maghrebin Ibn Battouta (1304-1369) :

« Ensuite je partis d’Hébron, me dirigeant vers Elkods (la sainteté, Jérusalem), et je visitai sur ma route le sépulcre de Jonas, près duquel on voit un vaste édifice et une mosquée. Je visitai aussi Baït Lahm (Bethléem), lieu de naissance de Jésus, où l’on voit la trace du tronc de palmier. (Coran, XIX, 23, où il est dit que les douleurs de l’enfantement surprirent Marie au pied d’un tronc de palmier.) Près de là est une population considérable. Les chrétiens ont cet endroit en très grande vénération, et ils donnent l’hospitalité à ceux qui y descendent.

Puis nous arrivâmes à Baït elmokaddes (la maison du sanctuaire, Jérusalem), que Dieu la glorifie! C’est elle qui, sous le rapport de l’illustration, vient immédiatement après les deux nobles temples (de la Mecque et de Médine), et c’est là qu’eut lieu l’ascension de l’envoyé de Dieu vers le ciel. La ville est grande, illustre, et construite en pierres de taille. Le roi pieux, noble, Salah eddîn (Saladin), fils d’Ayyoub (que Dieu le récompense, pour le bien qu’il a fait à l’islamisme!), lorsqu’il fit la conquête de cette ville, détruisit une partie de son mur d’enceinte. Ensuite Almélic azzhâhir (Baybars) compléta sa démolition, de crainte que les Francs ne s’emparassent de la ville et ne s’y fortifiassent. Cette ville n’avait pas, auparavant, de canal; et c’est l’émir Seïf eddîn Tenkîz, gouverneur de Damas, qui de notre temps y a conduit l’eau.

Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem
Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem
DESCRIPTION DE LA SAINTE MOSQUÉE DE JÉRUSALEM.

C’est une des mosquées admirables, merveilleuses, d’une extrême beauté; et l’on dit qu’il n’existe pas, sur toute la surface de la terre, un temple plus grand que cette mosquée. Sa longueur, du levant au couchant, est de sept cent cinquante-deux coudées, en calculant d’après la coudée el-mâlikiyah (la coudée royale, qui est de trente-deux doigts); et sa largeur, du midi au nord, est de quatre cent trente-cinq coudées. Elle possède beaucoup de portes sur trois de ses côtés; mais pour ce qui est de sa paroi méridionale, je ne lui connais qu’une seule porte, et c’est celle par laquelle entre l’imâm. Toute la mosquée n’est qu’un vaste espace, sans toit, à l’exception de la partie appelée la mosquée El-aksa, qui est couverte, et qui est d’une construction extrêmement solide, d’un travail fort ingénieux, recouverte d’or et de couleurs brillantes. Il y a aussi dans la mosquée d’autres endroits recouverts d’une toiture.

Sanctuaire de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem. D'après une photographie et une aquarelle
Sanctuaire de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem. D’après une photographie et une aquarelle
DESCRIPTION DU DÔME DU ROCHER.

C’est un édifice des plus merveilleux, des plus solides, et des plus extraordinaires pour sa forme. Il a en abondance son lot de beautés, et a reçu sa bonne part de toute chose merveilleuse. Il est situé sur un lieu élevé au milieu de la mosquée, et l’on y monte par des degrés de marbre. Il a quatre portes ; son circuit est pavé de marbre d’un travail élégant, et il en est de même de son intérieur. Tant au dedans qu’au dehors, il y a diverses sortes de peintures, et un ouvrage si brillant, qu’on est impuissant à les décrire. La plupart de toutes ces choses sont recouvertes d’or, et la chapelle resplendit de lumière et brille comme l’éclair. La vue de celui qui la regarde est éblouie de ses beautés, la langue de qui la voit est incapable de la décrire. Au milieu de la chapelle, on voit la noble pierre qui est mentionnée dans les traditions; et l’on sait que le Prophète (Muhammad) est monté de là vers le ciel. C’est une pierre fort dure, et son élévation est d’environ une brasse.

Au-dessous de cette pierre, il y a une grotte de l’étendue d’un petit appartement. Elle est élevée aussi d’à peu près une brasse; on y descend par des degrés, et l’on y voit la figure d’un mihrâb. Près de la pierre existent deux balustrades artistement faites, qui la renferment. Celle qui est plus rapprochée de la pierre est de fer, fort bien travaillé; l’autre est de bois.

Dans la chapelle se trouve un grand bouclier de fer, qu’on y voit suspendu. On prétend que c’est l’écu de Hamzah, fils d’Abd elmotthalib.

"La Jerusalem musulmane, 638-1099"
« La Jerusalem musulmane, 638-1099 »
DE QUELQUES SANCTUAIRES BÉNIS DANS LA NOBLE JERUSALEM.

Parmi eux, au bord de la vallée connue sous le nom de vallée de la Géhenne, à l’orient de la ville et sur une colline élevée, on voit un édifice que l’on dit être le lieu d’où Jésus est monté au ciel.

Un autre, c’est le tombeau de Râbi’ah albadaouiyah (la Bédouine), qui tire son nom du désert (bâdiyeh), et qu’il ne faut pas confondre avec Râbi’ah al’adaouiyah, laquelle est célèbre.

Au milieu de la même vallée, il y a une église que les chrétiens vénèrent; ils disent qu’elle contient le sépulcre de Marie. On y voit aussi une autre église également vénérée, et où les chrétiens vont en pèlerinage. C’est celle au sujet de laquelle ils font un mensonge, puisqu’ils prétendent qu’elle renferme le tombeau de Jésus. Toute personne qui s’y rend en pèlerinage doit payer au profit des musulmans un tribut déterminé, et supporter diverses sortes d’humiliations que les chrétiens endurent à contrecœur. On y voit le lieu du berceau de Jésus, et l’on y vient implorer son intercession.

 

Vue aérienne sur Jéusalem al Quds Eila
Vue aérienne sur Jéusalem al Quds Eila
DE QUELQUES HOMMES ÉMINENTS DE JÉRUSALEM.

On remarque :

1° Son kadi, le savant Chems eddîn, Mohammed, fils de Sâlim, alghazzy : il est originaire de Ghazzah, et un de ses grands personnages;

2° Son prédicateur, le pieux, l’excellent Imad eddîn Annâboloucy ;

3° Le savant versé dans les traditions (almohaddith), le mufti Schihâb eddîn Atthabary;

4° Le professeur de la secte de Malik, lequel est aussi supérieur des nobles monastères, Abou Abd Allah Mohammed, fils de Mothbit, Grenadin de naissance, mais habitant à Jérusalem ;

5° Le cheikh qui a renoncé à tous les biens du monde (ezzâhid, ou dévot), Abou Aly Haçan, connu sous l’épithète d’aveugle, un des notables parmi les hommes pieux;

6° Le cheikh, le juste, l’adorateur de Dieu, Kémal eddîn Almérâghy;

7° Le cheikh juste, livré au culte de Dieu, Abou Abd errahîm Abd er-Rahman, fils de Moustafa, originaire d’Erzeroum. C’est un des disciples de Tadj eddîn Errifâ’y. Je me suis lié avec lui, et il m’a revêtu du froc que portent les soufis.

Ensuite je quittai la noble Jérusalem, dans le dessein de visiter la forteresse d’Askalân (Ascalon), qui est ruinée »

Fin

Ibn Battouta, (trad. C. Defremery et B. R. Sanguinetti (1858)), Voyages, De l’Afrique du Nord à La Mecque

Le dôme du Rocher fait par le calife Omeyyade Abd al-Malik 685-705
Le dôme du Rocher fait par le calife Omeyyade Abd al-Malik 685-705

 

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Fin de règne berbère Almohade en Andalousie, avènement d’Ibn Hud et des Nasrides :

Publié le Mis à jour le

Guerrier élite berbère Almohade
Guerrier élite berbère Almohade

Abû al-`Alâ’ Idrîs al-Ma’mûn 1227–1233

 (second prétendant à la succession des Almohades de Marakesh, soutenu par le souverain chrétien Ferdinand III de Castille).

An de l’hég. Ga4 (de. J.-C. 1227). Abou-Aly Edris, âgé de trente- neuf ans , jouissait d’une grande considération parmi les Almohades. Il, savait allier la prudence à la valeur, et s’était couvert de gloire dans l’Afrique orientale (Ifriqya : Constantinois, Tunisie, et Tripolitaine), sous le règne de son neveu al-Mustansir.

Pourvu depuis du gouvernement de Séville, il y étais regardé comme le prince le plus capable d’arrêter les progrès des chrétiens.

Afin d’honorer la ville de Malaga, où il était né, il y avait fondé, l’année précédente, un superbe palais, nommé l’Alcaçar des Seïds, et exécuté sous sa direction ; mais les talents supérieurs d’ Al-Mamoun ne purent lutter contre les coups de la fortune et la fatalité des circonstances .

L’Espagne (Al-Andalus) et la Mauritanie (Maroc, al-Maghreb al-Aqsa) furent ravagées cette année par une nuée de sauterelles.

Pèièce de Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma'mûn
Pièce du croisé Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma’mûn l’Almohade

Au fléau de la disette et des maux qui l’accompa gnent , se joignirent les malheurs d’une guerre continuelle avec les chrétiens et les fureurs des discordes intestines. Abou-Mohammed le Baëcien , ce prince vassal des Castillans, favorisait toujours leurs conquêtes. Ils prirent Loja et Alhamra , poussèrent leurs ravages jusqu’aux environs de Grenade et aux bords du Xenil, et assiégèrent Jaen.

Al- Mamoun vola au secours de cette place , tailla en pièces les chrétiens, et les força d’abandonner leur camp, leur butin et leurs conquêtes.

Ils revinrent s’emparer de Salvatierra, de Borgalhimar, etc., toujours secondés par Abu-Mohammed : mais Al-Mamoun, ayant rassemblé les troupes de Cordoue, de Séville et de Malaga, marcha contre ce traître , et l’assiégea dans Baeça.

L'extension maximale de  l'empire éphémère des  Almohades dura 17 ans .
L’extension maximale de l’empire des Almohades dura 17 ans  

Quelques jours après, les habitants, indignés des liaisons de leur prince avec les chrétiens, se révoltèrent contre lui , le massacrèrent et portèrent s’a tête à Al-Mamoun, auquel ils ouvrirent les portes de leur ville, à la fin de l’an 624 ( 1227 ) .

Quoique les cheikhs almohades qui, depuis quelques années, avaient formé à Marrakesh une sorte de gouvernement aristocratique, eussent envoyé par écrit leur serment de fidélité à Al-Mamoun , et l’eussent reconnu pour « émir al-moumenin », ils s’en étaient repentis peu de jours après; et, préférant avoir un souverain qu’ils pussent diriger à leur gré, ils avaient proclamé Yahia, son neveu , âgé de quatorze ans , sous le titre d’Al-Mutasim-Billah : mais ce choix n’avait pas obtenu l’approbation générale dans le Maghreb,.et plusieurs tribus y étaient demeurées fidèles à Al- Mamoun.

Ce dernier, obligé de défendre en Espagne ses domaines attaqués par les princes chrétiens et par des usurpateurs de sa famille, avait différé malgré lui d’aller prendre possession du trône de Marrakesh , et d’en éloigner ce faible compétiteur, que les factieux lui avaient suscité; lors qu’un rival plus redoutable s’éleva contre lui dans la Péninsule, et y accéléra le renversement de la puissance des berbères Almohades.

Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)
Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)

Ibn Hud (Ou Ben Houd, ou Bin Hud)

Abou-Abdallah Mohammed ben -Yousouf, ben-Houd Al-Judhami , issu des derniers rois arabe de Saragosse, comptait parmi ses ancêtres, Djudam ben-Amer, l’un des princiaux officiers du conquérant arabe (Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi) de l’Espagne, et un ou deux des gouverneurs de cette Péninsule, pour les khalifes Omeyyade de Damas (Voyez, sous la première époque Omeyyade, le vingtième émir, Thouaba ibn- Salma , et le onzième, Othman ben Abou-Neza, al-Chemi , al-Djohani. ou al-Djezami.).

Puissant par l’ascendant que lui donnaient sa naissance , ses richesses , son courage , ses talents , et voyant une occasion favorable de délivrer les musulmans d’Espagne delà tyrannie des Al-Mohades, contre lesquels il nourrissait une haine héréditaire, il résolut de recouvrer les droits de sa famille, et de satisfaire à la fois son ambition et sa vengeance personnelle.

Il réussit , par son éloquence, sa générosité et les intrigues de ses amis, à réunit- un grand nombre de braves, qui, s’étant assemblés à Escuriante ou à as-Souhour, lieux escarpés et naturellement fortifiés dans le taha d’Uxixar, l’un des districts des Alpujarras, à la fin de redjeb 625 ( juillet 1228) , y proclamèrent roi, Mohammed ben-Houd , lui donnèrent le titre de Motawakkel Ala- Allah , et jurèrent de lui obéir et de mourir pour son service.

Afin d’accréditer son parti, et de dé tacher les musulmans de la domination des Almohades , il dénonça ceux-ci comme hérétiques et corrupteurs de l’islam.

Il les accusa d’être les seuls auteurs des calamités qui affligeaient l’Espagne, par le schisme qu’ils y avaient introduit.

Il publia qu’ils avaient souillé les mosquées , et ordonna aux imams, aux khatibs de les bénir et ne les purifier par des lustrations, et d’y prononcer la khothbah , au nom du khalife abbasside de Baghdad , Mostanser-Billah .

Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Yazami (mort en 1238), émir de la Taïfa d'Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse . Idevenu le chef de la quasi-totalité d'Al-Andalus.  En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade. Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .
Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Judhami (mort en 1238), émir de la Taïfa d’Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse .
devenu le chef de la quasi-totalité d’Al-Andalus.
En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade.
Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .

Il paraissait avec sa noblesse, dans ces cérémonies publiques, en habits de deuil. Ayant ainsi excité le peuple, il promit solennellement de le délivrer d’une injuste oppression , d’abolir les contributions onéreuses et arbitraires, et d’établir des impôts modérés et légaux.

Ces moyens lui attirèrent un grand nombre de partisans, et le mirent bientôt en état, avec le secours des chrétiens, de s’emparer de Murcie.

Le 1er.de ramadhan ( 4 août) de la même année, il se rendit en personne dans cette ville, et y fut proclamé roi, au milieu des applaudissements universels des grands et du peuple qui étaient également fatigués du joug des Almohades.

Un tel succès fut bientôt suivi de la conquête de Schatibah et de Dénia.

Dans le même temps , le wali Djomaïl ben-Zeyan (ou Abou-Djemaïl Zéyan, ibn-Modaf , ibn-Mardenisch,) al-Djudhami, parent du nouveau roi de Murcie, et descendant de ce Mohammed ibn-Sad, ibn- Mardenisch (Dit aussi le roi Loup d’origine goth), qui avait régné long-temps à Murcie et à Valence, voulut aussi recouvrer une partie de l’héritage dont ses ancêtres avaient été dépouillés par les Almohades : il excita contre ceux-ci une révolution dans Valence, et en expulsa Abou-Zeïd qui s’en était fait roi.

Celui-ci, après plusieurs combats dans lesquels la fortune lui fut toujours contraire, se voyant abandonné de la plupart des siens, se réfugia, l’an 626 (1229 ) , auprès de Jayme Ier., roi d’Aragon, dont il avait toujours ménagé et payé chèrement l’alliance et l’amitié. 

Le monarque chrétien le reçut avec bienveillance ; mais en feignant de vouloir le venger et le rétablir sur le trône , il ne songea qu’à profiter des dissensions des musulmans. Abou-Zeïd , trompé dans ses espérances, et n’ayant plus à se promettre ni asile , ni secours, dans l’état de trouble et de décadence où sa famille était réduite en Afrique et en Espagne, se fit baptiser avec ses deux fils

L’an 626 (1226), Mohammed ibn-Houd marcha sur Grenade, vainquit Abou-Abdallah , frère du roi berbère almohade de Marrakesh, Abou-Aly Edris Al-Mamoun , et s’empara de cette ville , au moyen de ses intelligences avec les habitants.

Le prince Abou-Abdallah se retira dans l’Alcaçar; mais, ne pouvant s’y maintenir à cause des dispositions peu favorables des Grenadins, il alla trouver son frère à Cordoue. Al-Mamoun, qui se disposait à lui envoyer des secours , fut consterné de la perte de Grenade, qui lui présageait celle des autres provinces.

Il conclut alors une trêve avec Ferdinand, et se porta avec toutes les forces qu’il put rassembler, pour arrêter les progrès de ibn-Houd (Ibn-Hud), qui s’avançait vers le midi de l’Andalousie.

Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tarifa , le 6 ramadhan ( 29 juillet ) , combattirent tout le jour avec un égal acharnement, et, s’étant reposées la nuit, recommencèrent le lendemain au point du jour; mais les Almohades , inférieurs en nombre, ne purent résister long-temps aux Andalousiens d’Ibn Hud.

Al-Mamoun l’Almohade abandonna le champ de bataille en bon ordre, sans que les vainqueurs, épuisés eux-mêmes, et craignant de le réduire au désespoir, osassent troubler sa retraite.

Il y perdit ses principaux capitaines, entre autres ses parents Âbou-Zeyad al-Mogayed, wali de Badajoz, et Ibrahim ben-Edris, ben- Abou-Ishak , wali de Ceuta et amiral de sa flotte.

Al-Mamoun, prévoyant que ses états en Espagne allaient lui échapper , en confia la défense à son fils Abou’l-Haçan, et à deux de ses frères, Seïd Abou-Abdallah et Seïd Mohammed, et voulut au moins conserver le trône de Mauritanie, que son neveu Yahia lui disputait.

Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc
Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc

Pour combattre cet usurpateur, il eut recours au roi croisé de Castille, Ferdinand III, qui lui fournit douze mille hommes de cavalerie, aux conditions suivantes:

1°. qu’Al-Mamoun lui céderait les dix places-fortes les plus voisines des frontières de Castille,

2*, qu’aussitôt après son entrée dans Marakesh , ce prince y fonderait une église pour les chrétiens qui l’auraient accompagné » ;

3°. qu’ils y auraient le libre exercice de leur religion et l’usage des cloches;

4-*  , lorsqu’un chrétien voudrait embrasser l’islam, on le livrerait à ses chefs pour être jugé suivant leur loi ;

5°. que, lorsqu’un musulman voudrait se faire baptiser, on ne s’y opposerait point.

Ce fut la première armée chrétienne qui fit la guerre en Mauritanie (Actuel Maroc).

Al-Mamoun, ayant embarqué à Algéziras l’élite de son armée avec ses troupes auxiliaires, se rendit à Ceuta , au mois de dzoulkadah (octobre), marcha sur Marrakesh, vainquit son neveu Yahia quelques mois après , et recouvra sa capitale, ainsi que la plus grande partie de ses états dans le Maghreb.

La dernière victoire de al-Mutawakkil ibn-Houd lui assura la supériorité dans l’Espagne musulmane.

Les habitants de  Cordoue le reconnurent pour roi, dans le mois de dzoulkadah (octobre), chassèrent les berbères Almohades, et mirent à mort tous ceux qui tombèrent sous leurs mains.

Ibn-Hud prit alors le titre de Prince des Fidèles.

Ayant livré bataille au commencement de l’année 627 (fin de 1229), près d’Alhanjé, dans l’Estramadure , au wali de Séville, Seïd Abou-Abdallah, qui s’avançait contre lui avec toutes les forces qu’il avait pu rassembler dans l’Al-Gharb, et les secours qu’il avait reçus d’Alfonse IX, roi de Léon , il en triompha complètement, et entra dès la nuit suivante dans Mérida , dont ses partisans lui ouvrirent les portes.

Quelques débris de l’armée des Almohades étant revenus à Séville , la populace se souleva contre eux et les mit en pièces, entre autres Abou-Omar Abdal-Rahman , capitaine et poète célèbre, dont la mort affligea vivement le roi Ibn-Hud , qui savait apprécié son esprit et son érudition .

Ce prince fit alors son entrée triomphante dans Séville, où il fut reçu comme un libérateur.

Tous les caïds de la contrée vinrent lui rendre hommage, et l’Andalousie entière fut soumise à sa domination ; mais dès ce moment la fortune lui devint contraire.

Le roi al-salibi  (croisé) de Castille, voyant que l’Andalousie n’appartenait plus au souverain avec lequel il avait fait un traité de paix et d’alliance, y recommença ses incursions, ravagea le district de Cazorla, prit Quesada et plusieurs châteaux.

Le roi  al-salibi (croisé) du Portugal, Sanche II, s’empara d’Elvas, de Serpa et de quelques autres places de l’Alentejo.

Le roi  al-salibi (croisé) de Léon emporta d’assaut Caceres , qu’il n’avait pu prendre dans les campagnes précédentes, et se rendit maître de Toujillo, après avoir battu le gouverneur de Badajoz.

Le roi al-salibi (croisé) d’Aragon , Jayme Ier , sous prétexte de secourir l’ex-roi de Valence, Abou-Zeid, arma une puissante flotte, fit voile pour Maïorquc, s’empara des ports principaux , et malgré la vive résistance du wali qurayshite, Abou-Othman Saïd ben- Al-Hakem, al-Qoraïschi, força ce gouverneur de se renfermer dans la citadelle, où ce dernier, après s’être défendu encore quelque temps, se soumit, le 14 safar 627 (12 janvier 123o), ainsi que les al-Shurafa (sharif au plurielle, nobles) de Minorque et d’Iviça, à payer tribut au roi d’Aragon.

Saïd ben Al-Hakem le Qurayshite conserva le gouvernement de ces îles, jusqu’à ce que la jalousie et les intrigues du cadhi , Abou-Abdallah Mohammed, y rappelèrent les croisés , et aggravèrent leur joug.

L’an 628 (1231), les rois de Castille et de Léon attaquent les états de Ibn-Hud: le premier réduit Montesa et Montiel, et saccage les environs de Jaen ; le second as siège Mérida et l’emporte d’assaut.

Ibn-Hud qui, dans le même temps, enlevait Gibraltar et Algéziras aux Almohades, accourt pour sauver ou reprendre Mérida : il livre bataille au roi de Léon , la perd et ne peut empêcher le vainqueur de s’emparer de Montanches et de Badajoz, au mois de chaban (juin).

Cet échec ébranle la puissance encore mal affermie de Ibn-Houd.

Le roi de Valence, Abou-Djomaïl-Zeyan, lui enlève Dénia : mais un rival, plus redoutable et surtout plus habile et plus heureux , commence à s’é lever contre lui.

Détail d'une fresque de l'Alhambra avec la famuse devise et c'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Détail d’une fresque de l’Alhambra avec la famuse devise et c’est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Avènement des Nasrides 

 Abou-Abdallah Mohammed ibn-Yusuf-ibn-Nasr , plus connu par le surnom de ibn Al-Ahmar , était natif d’Ardjouna ou Ardjidouna dans l’Andalousie orientale, mais issu d’un Ansar ou compagnon du législateur, le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le médinois nommé Saad ibn `Ubâda chef de la tribu arabe des Banu Khazraj, dont un descendant était venu d’Arabie, s’établir en Espagne, dès les premiers temps où elle fut conquise par les musulmans sous le califat Omeyyade.

Il reçut une éducation soignée, et manifesta, dès sa jeunesse, le désir de dominer et e se signaler par de grandes entreprises.

Sa taille , sa figure , sa force, sa valeur, commandaient la crainte et le respect, en même temps qu’il s’attirait l’estime universelle, par sa prudence , sa frugalité , sa douceur, l’austérité de ses mœurs , et la simplicité de ses vêtements.

Il servit d’abord sous les rois almohades , et montra autant de droiture et de désintéressement dans les emplois administratifs, que de courage et de talents dans ses expéditions militaires.

Après la décadence de cette dynastie , il se joignit à Mutawakkil ibn-Houd, et combattit longtemps avec lui, pour anéantir la puissance et la doctrine hérétique des Almohades.

Enfin, il se révolta contre ce prince, dans Ardjidiouna, sa patrie, dont il était sans doute gouverneur, prit d’assaut Jaen , l’an 629 (i235), s’empara successivement de Guadix, de Baça, etc., et se fit proclamer roi dans toutes les villes qui reconnurent sa domination.

Tels furent les commencements de la dynastie arabe des Nasrides et du nouveau royaume de Grenade, qui remplira seul la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne.

Cette année, Abou-Mousa Amran , frère du roi  berbère Almohade de Marrakesh, se révolta dans son gouvernement de Ceuta; mais, redoutant la vengeance de son frère , il se rendit en Espagne, auprès de Mutawakkil ibn-Hud, et lui livra Ceuta, en échange d’Almeria, où il mourut quelque temps après.

La perte de Ceuta fut si sensible à Edris Al-Mamoun l’Almohade, qu’il fut frappé d’apoplexie, et expira le 29 dzoulhadjah 629 ( 16 oc tobre 1232).

Son règne avait duré cinq ans et deux mois.

Nous pourrions terminer ici la quatrième époque, puis- qu’avec ce prince s’anéantirent la domination et les espérances des Almohades en Espagne ; mais, comme ils y conservèrent, quelques années encore , un petit nombre de places, et que la plus grande partie des provinces qu’ils y avaient possédées, se trouvaient alors partagées entre trois princes musulmans, dont le plus faible d’abord était le fondateur du royaume de Grenade ; nous avons cru devoir continuer cette époque jusqu’au temps où la mort de Mutawakkil ibn-Hud fit passer Grenade au pouvoir de Mohammed ibn Al-Ahmar le Nasride, temps qui coïncide avec la prise de Cordoue et de Valence par les chrétiens.

Des trois états que comprenait alors l’Espagne musulmane , Abou-Djomaïl Zeyan possédait à peine la moitié du royaume de Valence avec sa capitale.

Tout le reste , c’est- à-dire , l’Andalousie , les royaumes de Murcie et de Grenade, et quelques districts de celui de Valence, était au pouvoir de Ibn-Hud, à l’exception des places que ibn Al- Ahmar venait de lui enlever.

Mais le soin qu’il avait pris de former une puissance capable de résister aux chrétiens , fut la cause de sa durée éphémère. Son ambition réveilla leur défiance , en même temps que la jalousie de ses rivaux, et lui suscita une foule d’ennemis.

Tandis qu’il s’opposait aux progrès de la révolte de Ibn Al-Ahmar, le roi croisé de Castille, favorisé par les guerres civiles des Musulmans; ayant pris plusieurs places-fortes, entre autres Palma , dont il fit égorger tous les habitants (musulmans) sans distinction, il répandit , par ce terrible exemple, une telle épouvante, qu’il put pénétrer sans obstacle jusqu’à Xérèz , et campa sur les bords du Guadalete, si fameux par la défaite du dernier roi des Wisigoths face au Omeyyades de Damas.

Ibn-Hud, peu inquiet des avantages que son nouveau rival obtenait contre lui, dans les environs de Grenade, rassemble toutes ses forces, et marche contre les ennemis de l’islam. A son approche, les chrétiens, embarrassés par le grand nombre des captifs, les massacrent impitoyablement  , et se rangent en bataille.

Après une mêlée sanglante où les deux armées combattent avec fureur, les musulmans se replient dans un bois d’oliviers, échappent aux vainqueurs, et se retirent à Xérèz et à madina al-Sidonia.

Cette affaire eut lieu en 63o (1233), et détermina Ibn- Hud à acheter une trêve au prix de 1000 dinars par jour.

Dans le même temps, Mohammed ibn Al-Ahmar enlevait à ce prince Loja, Alhama et tous les châteaux des Alpujarras.

Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus)
Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus) le château entre définitivement dans le domaine castillan, en 1225 par Ferdinand III

 

Fier de ces succès et croyant son rival abattu par sa dernière défaite, il ose lui livrer bataille dans les environs de Séville, en 631 (1234.); mais il est vaincu , et va néanmoins surprendre Séville , dont il est chassé, au bout d’un mois , par les habitants .

Dans l’Espagne orientale, Abou-Djomaïl Zeyan, après avoir ravagé les états du roi croisé d’Aragon , tandis que celui-ci était occupé à son expédition contre les îles Baléares, pénétra jusqu’à Hisn-Ambosta et Tortose , et revint avec un butin considérable et un grand nombre de captifs chrétiens.

Jayme le croisé, à son retour, entra dans le royaume de Valence, usa de représailles , reprit Péniscola , s’empara de Castillon, Bunol , Mansoura , Morelia , soit de vive force , soit par stratagème , réduisit Burriana à capituler à la fin de celle année, et accorda sécurité aux habitants.

L’an 632 ( 1235), les troupes de ce prince font la conquête de l’île d’Iviça, après un siège de cinq mois .

Cette année, les Génois vont avec une flotte considérable assiéger Ceuta , qui appartenait au roi de Murcie ; mais, après de longs et inutiles efforts, ils font la paix avec les habitants, reçoivent 4.00 mille dinars et remettent à la voile.

La même année, Ferdinand assiège et prend par capitulation l’importante place d’Ubeda, qui , malgré ses fortifications respectables, ne peut résister long-temps à cause de »a grande population : les Musulmans s’y étaient réfugiés en foule , après avoir abandonné les autres villes subjuguées par les chrétiens.

Dans l’Estramadure , les Castillans s’emparent aussi d’Alhanjc et de plusieurs autres places, entre autres, de Medelin et Mudela qui avaient des seigneurs parti culiers , parents du roi de Valence.

Les chrétiens de là garnison d’Ubeda , informés que Cordoue était mal gardée, se joignent aux troupes d’Andujar , escaladent de nuit le côté oriental des remparts de Cordoue, surprennent une tour, et égorgent les soldats qui la défen daient. Au point du jour , les habitants s’efforcent en vain de la reprendre.

Le roi Ibn-Hud rassemblait alors ses forces pour voler à la défense d’Ubeda et de Grenade.

A la nouvelle du danger qui menace Cordoue, il marche pour la secourir; mais il apprend en chemin que tout le faubourg oriental est au pouvoir des croisés, et que Ferdinand III, arrivé de l’Estramadure avec une nombreuse armée , est campé à Alcolea.

Ibn-Hud , au lieu de livrer bataille au roi croisé de Castille , pour relever le courage des Cordouans , prend un parti plus timide, suivant l’avis de la majorité de son conseil.

Il envoie don Suar (Laurent Suares de Figueroa) pour connaître le nombre et les dispositions de l’armée castillane.

Trompé par le rapport infidèle ou exagéré de ce transfuge espagnol, Ibn-Hud hésite encore, lorsque l’arrivée d’un courrier du roi de Valence fixé son irrésolution.

Zeyan lui écrivait de Dénia qu’il avait obligé les Aragonais de lever le siège de Cullera, mais que la prise de Montcast les rendait maîtres des plaines de Valence, et mettait en danger cette capitale.

Il implorait son secours, et promettait d’être son vassal et son tributaire.

Ibn-Hud, voyant ses troupes découragées par leur défaite devant Xérez et par la crainte d’en essuyer une seconde; flatté, d’ailleurs, d’acquérir le royaume de Valence, et persuadé que Cordoue était en état de résister long-temps, ou que dans tous les cas il la reprendrait aisément , s’éloigna de cette ville.

La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel
La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel , fut principalement l’oeuvre d’Abd al-Rahman Ad-Dakhil

La chute de Cordoue al-Qurtuba après 540 ans de domination Islamique 

 

A cette nouvelle, les habitants qui, jusqu’alors, n’avaient cessé de combattre chaque jour dans les rues et dans les places publiques, pour défendre leur patrie, leur culte , leur vie et leur liberté, perdirent courage, et demandèrent à capituler.

Ferdinand le maudit fils du maudit, sûr que la ville ne pouvait lui échapper, leur accorda seulement la vie, et la permission de se retirer où ils voudraient.

Il y fit son entrée le dimanche 22 chawal 633 (22 juin 1236).

 

Ainsi fut perdue pour les Musulmans qui en avaient été les maîtres pendant 54o ans, la métropole de l’Andalousie, l’antique et célèbre Cordoue al-Qurtuba le joyaux des Omeyyades la capitale du califat d’Occident.

Les chrétiens se partagèrent les biens des musulmans, et changèrent les mosquées en églises .

Les villes de Baeça, Astapa , Leija, Almodovar et un grand nombre de bourgs et de villages, désespérant de résister au roi de Castille, se mirent sous sa protection , et lui payèrent tribut.

Abou-Djomaïl Zeyan , animé par l’espoir des secours de Ibn-Hud, recruta son armée, et assiégea Santa-Maria ; mais, après plusieurs assauts, il fut force de se retirer, et alla se renfermer dans Valence, à la fin de dzoulhadjah 634 (août 1237).

Al-Mutawakkil ibn-Hud s’était rendu à Alméria dans l’intention de s’y embarquer, avec ses troupes, pour Valence , où il comptait se joindre au roi Zeyan.

L'armée arabe nasride avec la bannière  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X
L’armée musulmane  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X

 

Mort d’al-Mutawakkil ibn Hud

Il y fut reçu par l’alcaïd Abd-el-rahman , qui lui donna un banquet solennel; mais, la nuit suivante, ce perfide fit étouffer le monarque pendant son sommeil.

Conde place la mort d’al-Mutawakkil ibn-Hud, au 27 djoumadi 1″. 635 ; mais cette date est évidemment une erreur .

Est-il vraisemblable que ce prince, volant au secours du roi de Valence, ait mis dix-huit mois pour se rendre des environs de Cordoue à Alméria, ou qu’il soit resté tout ce temps dans cette dernière ville, au sein de la mollesse et de l’oisiveté ?

Outre qu’aucun historien ne rapporte les événements qui auraient dû se passer dans ce long intervalle, Cardonne , Chenier, et tous les auteurs espagnols font mourir le roi de Murcie avant la prise de Cordoue, et disent même que la nouvelle de sa mort décida la reddition de cette ville.

Nous adoptons leur opinion d’autant plus volontiers, qu’elle ne contrarie en rien l’ordre chronologique des événements, et qu’au moyen du changement d’un chiffre , elle s’accorde avec la date donnée par Conde.

Nous pensons donc qu’al-Mutawakkil ibn Hud fut assassiné le 27 djoumadi 1er ». 633 (7 février 1236), c’est-à-dire , environ trois semaines ou un mois après s’être éloigné de Cordoue , dont les chrétiens pressèrent alors plus vivement le siège.

Cet intervalle est plus que suffisant pour qu’il ait eu le temps de se rendre avec son armée à Alméria.

La fin tragique et imprévue de Mutawakkil ibn-Hud , porta un coup fatal à l’islam en Espagne.

Ce prince , que sa naissance , ses vertus, son courage, ses talents politiques et militaires , rendaient digne d’une meilleure destinée, avait fait de vains efforts pour réunir sous sa domination tous les lambeaux de la puissance musulmane dans la Péninsule; seul moyen , en effet, d’opposer une barrière aux conquêtes des princes croisés chrétiens.

Son règne, qui dura huit ans (ou dix, si on laisse subsister la date de Conde), fut une lutte continuelle, un enchaînement de guerres, de troubles et de convulsions qui ne fut pas néanmoins sans éclat , mais qui ne laissa à ses sujets que périls, malheurs et afflictions.

Pour ôter tous soupçons a son armée, on publia qu’il était mort d’apoplexie ou des suites de l’ivresse.

Malgré cette précaution, ses troupes se dispersèrent , retournèrent dans leurs foyers, xil personne ne songea à secourir le roi de Valence.

Construite par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.
Fort de Merida al-Andalus, construit par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe. elle est capitale de l’Estrémadure. En 1230, elle est prise par les troupes d’Alphonse IX de Léon.

Ali ibn Yussuf frère d’Ibn Hud dit : al-Adid al-Dawla

Aussitôt que la nouvelle de cet événement fut arrivée à Murcie, on y reconnut pour roi, Ali ibn-Yousouf, frère de al-Mutawakkel ibn Hud, et on lui donna le surnom d’Adid ed-daulah (al-Adid al-Dawla).

Mais son autorité précaire ne s’étendit guère au-delà du territoire de sa capitale.

Séville et Ceuta se soumirent au roi berbère Almohade de Marrakesh , Abu-el-wahed Al-Raschid, fils et successeur d’Edris Al-Mamoun.

Le gouverneur d’Alméria fit déclarer cette ville en faveur de Mohammed ben Al-Ahmar (le Nasride), roi d’Ardjouna et de Jaen et le wali de cette dernière ville, ayant gagné les habitants de Grenade, y fit recevoir ce prince, à la fin de ramadhan 635 (mai 1238), suivant Conde , ou peut-être l’année précédente, mais toujours depuis la mort d’al-Mutawakkil Ibn-Houd.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..356.-357.-358.-359.-360.-361.

Date d’édition : 1818-1819

1ere Taifa : Ta’ifa de Saragosse des arabes Banu Tudjib et Banu Hud MAMLAKAT AS-SARAQUSTA

Publié le Mis à jour le

La taïfa de Saragosse (ou taifa de Saraqusta) est un état musulman indépendant situé à l'est de l'Espagne de 1018 à 1110. Il naît en 1018 sur les décombres du Califat Ommeyyade de Cordoue. Durant les trois premières décennies, la ville est dirigée par les Toujibides, supplantés par la suite par la dynastie des Houdides. Finalement le royaume est conquis par les Almoravides en 1110.
La taïfa de Saragosse (ou taifa de Saraqusta) est un état musulman indépendant situé à l’est de l’Espagne de 1018 à 1110. Il naît en 1018 sur les décombres du Califat Omeyyade de Cordoue. Durant les trois premières décennies, la ville est dirigée par les arabes Toujibides, supplantés par la suite par la dynastie arabes des Houdides. Finalement le royaume est conquis par les berbères Almoravides en 1110.

ROYAUME DE SARAGOSSE MAMLAKAT AS-SARAQUSTA

Dynastie  Arabe des Tudjibides.

23) La mosquée omeyyade de Saragosse (714) Espagne, al-Andalus construite par le tabi3i Hanas ibn Abdallah as-San’ani radi ALLAh anhu (- 718), lors des début de la conquête omeyyade elle fut « capitale régionale » sous Abd al-Aziz fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi
 La mosquée omeyyade de Saragosse fut construite par le tabi3i Hanas ibn Abdallah as-San’ani radi ALLAh anhu en 714  ( mort en 718), lors des début de la conquête omeyyade elle fut « capitale régionale » sous Abd al-Aziz fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi

 

1er. Abou’l Hakem AL-MOUNDHAR AR AL MANSOUR.

An de l’hég. 4o5 (de J.-C. 1014)- Al-Moundhar ben Yahia, hen Houcein , surnommé Al-Tudjiby (Conde s’est trompé dans un endroit de son Hiistoria de la dominariun de las Arabes en Espana , où il dit qu’Al-Moundhar était de la famille  arabe des Banu-Hud , et père de Soléiman , en la personne duquel cette race parvint au trône de Saragosse. Dans un autre passage, l’orientaliste espagnol parait indécis et en contradiction avec lui-nièinr.) , à cause de la tribu arabe dont il tirait son origine, était gouverneur de Saragosse , et wali de la frontière où sa valeur et ses exploits contre les chrétiens lui avaient mérité le sur- non d’Al-Mansour , et la confiance des khalifes de Cordoue.

Plus éloigné de la capitale que les autres ambitieux, il fut probablement le premier qui secoua le joug de la dépendance ; car son usurpation paraît dater de l’an 405 (1014). Ses talents politiques et militaires , ses largesses, son alliance avec khaîran , gouverneur d’Alméria, contre le khalife Soléiman l’Omeyyade, le rendirent maître absolu de Saragosse et de tout le nord-est de l’Espagne.

Quoiqu’il eût servi comme auxiliaire sous les princes chrétiens, il ne laissa pas de leur faire la guerre, dès qu’il se fut déclaré souverain. Il ravagea la Navarre, en 1015; mais il fut repoussé par le roi Sanche le Grand, avec une perte considérable.

Il joua un rôle important dans les révolutions du royaume de Cordoue mais, tandis qu’il était en Andalousie, ses troupes ayant fait une invasion en Catalogne , la régente Ermécinde : 1018, Richard II, duc. de Normandie, son gendre , qui mit à feu et à sang le territoire de Saragosse , et força Al-Moundhar de demander la paix, et de se rendre tributaire dos comtes de Barcelone .

Après la chute des Ommeyades, Al- Moundhar se contenta d’envoyer complimenter Djahwar sur son avènement au trône de Cordoue, refura de se re connaître vassal de ce prince , et ne s’occupa que de la défense des frontières.

Un de ses parents, Maan , gouver neur de Hucsca , épousa une petite-fille du célèbre nadjob, .Abou-Amer Mohammed Al-Mansour, de sorte que toute l’Espagne septentrionale et orientale était soumise aux Tudjibides et aux Amirides, familles arabes puissantes, qui, unies par l’intérêt et par la parenté, formaient une ligue formidable contre les autres souverains musulmans de la Péninsule. Al-Moundhar, l’un des quatre qui aspiraient à la domination de l’Espagne, s’étant rendu à Grenade pour y fortifier son alliance avec le roi Habous ben Maksan , y fut retenu quelque temps , pendant que se rassemblait une armée que devait commander son parent, Abdallah ben Hakem : mais ce général, poussé par quelque motif secret de haine ou de jalousie, assassina Al-Moundhar, le 10 dzoulhadjah 43o (2 septembre 1039).

Les auteurs arabes ne sont pas d’accord sur le lieu où ce crime fut commis : les uns disent que ce fut dans le palais de Saragosse, les autres à Grenade (Casiri et Conde rapportent le» deux version» , sans discussion et sans critique. Les auteurs arabes , mal instruits des affaires du nord de l’Espagne , ont pu confondre Al-Moundhar avec son fils , qu’ils n’ont pas connu . et dont ils ne font aucune mention. Peut-être que le père fut assassiné à Grenade , et que le ftts périt à Saragoce, dans la révolution qui fit passer cette ville au pouvoir de la famille Bcn-Houd , et dont au cun historien musulman ou chrétien ne nous a transmis les motifs ni les détail». Au reste, le voyage d’Al-Moundhar à Grenade et l’alliance qui en fut l’objet, nous semblent fort problématiques. L’intimité qui régnait entre les rois de Grenade et les Atidcs ou Hanioudides , rois de Malaga , tdevait empêcher les premiers de s’allier avec les Tadjibides , rois de Sa ragoce , amis et parents des Amérides, qui dominaient à Valence , à Alurcie , à Almérie , et qui, dévoués aux Ommeyades, dont ils se regar daient comme le» héritiers et les vengeur» , étaient les enuemis irrécon ciliable» des Hanioudides.).

Al-Moundhar protégeait les lettres, et cultivait avec succès la poésie.

Dinar de Yahya ibn al-Mundhir al-Mudhaffar ( يحي بن المنذر المظفر‎) chef des Banu Tujibi, prince de Saraqusta (Zaragoza) de 1021 à 1029.
Dinar de Yahya ibn al-Mundhir al-Mudhaffar ( يحي بن المنذر المظفر‎) chef des Banu Tujibi, prince de Saraqusta (Zaragoza) de 1021 à 1029.

2eme«. YAHIA AL-MODHAFER.

Yahfa, fils et successeur d’ Al-Moundhar , suivant les historiens espagnols, qui placent le commencement de son règne en 1021, et sa mort en 1025, ne put se main tenir sur le trône.

Il en fut bientôt chassé par Soléiman ben Houd.

Quoique les auteurs arabes , extraits et traduits par Casiri et Conde , ne fassent aucune mention de ce prince, nous n’avons pas cru devoir l’omettre, parce qu’il peut servir à expliquer la contradiction qu’offre le récit de la mort d Al-Moundhar.

L'Aljaferia fut la résidence des rois Banu Hud (en arabe : بنو هود), une dynastie arabe de la taïfa de Saragosse entre 1039 et 1110, puis celle des rois catholiques d'Aragon, avant d'être affectée aux services de l'Inquisition
L’Aljaferia fut la résidence des rois Banu Hud (en arabe : بنو هود), une dynastie arabe de la taïfa de Saragosse entre 1039 et 1110, puis celle des rois catholiques d’Aragon, avant d’être affectée aux services de l’Inquisition

Dynastie arabe des Houdides.

1er.Abou-Ayoub SOLEIMAN AL-MOSTAIN-BILLAH

An de l’hég. 43i (de J.-C. 1039). Soléiman ben Mohammed, ben Houd Al-Djezamy, émir de Lerida , prince vaillant et d’un mérite supérieur, parvint au trône de Saragoce, au mois de moharrem (octobre), sans que l’on sacjie si ce fut par la force des armes ou par les vœux des habitants : on le proclama sous le titre d’Al-Mostaïn-Billah.

Mais bientôt l’esprit séditieux du peuple de celte capitale l’obligea de se retirer à Roth-al-Yehoud, forteresse inaccessible où il avait renfermé ses trésors. Son palais à Saragoce fut pillé et dévasté par la populace, irritée de son départ.

Soléiman retourna, l’année suivante , dans cette ville, et parvint à y rétablir la tranquillité.

Il fut presque toujours en guerre avec les chrétiens de Navarre et de Catalogne , leur enleva plusieurs places, et mourut pour la défense de l’islam, l’an 438 ( 1046-7 ) , après un règne de sept à huit ans.

Le palais de l'Aljaferia (en arabe : قصر الجعفرية, Qasr Aljafariya ; en espagnol : Palacio de la Aljafería) est un palais fortifié construit durant la seconde moitié du xie siècle, à l'époque d'Al-Muqtadir, à Saragosse, en tant que résidence des rois Banu Hud. Il reflète la splendeur de la taïfa de Saragosse au moment de son apogée politique et culturel.
Le palais  Al-jafiria (en arabe : قصر الجعفرية, al-Qasr Aljafariya) est un palais fortifié construit durant la seconde moitié du xie siècle, à l’époque du prince arabe Houdide’Al-Muqtadir, à Saragosse, en tant que résidence des rois Banu Hud. Il reflète la splendeur de la taïfa de Saragosse au moment de son apogée politique et culturel.

2eme Abou-Djafar AHMED Ier. AL-MUQTADIR-BILLAH

.-An de l’hég. 438 (de J.-C. 1046-7). Ahmed, fils de Soléiman , imita les vertus de son père, et signala son zèle pour le coran dans les guerres continuelles qu’il soutint avec autant de vaillance que de bonheur contre les chrétiens.

Dans l’année 460 ( 1068), il remporta sur eux une victoire mémorable , en fit un grand carnage , et leur reprit l’importante place de Balbastro , ainsi que plusieurs autres forteresses. Pour comble de gloire , il tua , dans la mêlée, Ramire I, roi d’Aragon .

Les intrigues de Mohammed Ben-Omar, ambassadeur du roi de Séville, Al- Mutamid al-Lakhmi l’Abbadide, ayant suscité des troubles et des persécutions contre quelques familles puissantes , de la part du prince Yousouf , fils du roi de Saragoce et gouverneur de Lérida ; elles furent forcées de s’expatrier , et trouvèrent un asile auprès du roi de Dénia, Abou-Mohammed Aly, fils du fameux al-Moudjahed al-Khawlani.

Le roi de Saragosse fit la guerre à ce prince , à l’instigation de Ben-Omar, loi enleva plusieurs places , l’an 468 ( 1076), et le vainquit dans un combat décisif.

Il marchait sur Dénia , et menaçait de sa vengeance tous les réfugiés, lorsque, cédant aux représentations et aux instances d’un ambassadeur de Moezz-eddaulah (Muizz al-Dawla) , roi d’Alméria, et beau-frère du roi de Dénia, il cessa de répandre le sang des musulmans, revint dans ses états, et tourna de nouveau ses armes contre les ennemis de l’ islam.

Ahmed se préparait à marcher au secours de Yahia II , roi de Tolède, attaqué par Alfonse VI , roi de Léon et de Castille, lorsqu’il mourut, l’an 474 (I°8i), après un règne glorieux de trente-six ans. Ahmed fut le plus habile et le plus puissant des rois de Saragosse.

Plan de la ville arabe de Saraqusta (Saragosse) al-Andalus
Plan de la ville arabe de Saraqusta (Saragosse) al-Andalus

3eme Abou-Amir YOUSOUF AL-MOUTEMIN (AL-MUTAMAN).

An de l’hég. 474- ( 1081)• Yousouf , fils d’Ahmed, fut proclamé au mois de djoumadi 1. (octobre). Il se vit d’abord embarrassé dans de longues guerres contre les princes chrétiens de l’Aragon et de la Catalogne.

Elles lui donnèrent occasion d’illustrer sa bravoure et son zèle pour sa religion, surtout dans les terribles batailles de Lérida et de Huesca , où il donna à quarante mille hommes le plus affreux spectacle des horreurs de la guerre ; et grossit par des flots de sangs les rivières d’Hisuera et de Cinga.

Obligé de se défendre lui-même, il ne put secourir Tolède assiégée par le roi croisé de Castille , et mourut l’année de la prise de cette ville, 478 (1085).

Yousouf Al-Moutemin fut il ailleurs un prince turbulent et ambitieux , qui sut à propos employer l’artificieux Ben-Omar , pour s’agrandir aux dépens des rois de Valence et de Murcie.

Yusuf al-Mutaman régna au moment de la plus grande splendeur de la Saragosse musulmane, suite au règne de son père al-Muqtadir. Yusuf al-Mutaman fut un roi érudit, protecteur des sciences, de la philosophie et des arts. Exemple de roi sage, il connaissait l’astronomie, la philosophie et surtout les mathématiques, discipline dans laquelle il écrit un traité, le Livre de la perfection ( : كتاب الإستكما). Il poursuivit les efforts de son père et créa autour de lui une cour d’intellectuels, vivant dans le cadre du beau palais de l’Aljaferia, surnommé le « palais de la joie ».

Le théorème de Ceva, découvert à la fin du xie siècle par al-Mutaman.
Le théorème de Ceva, découvert à la fin du xie siècle par al-Mutaman.

L’œuvre principale d’al-Mutaman a été son Livre de la perfection (Kitab al-Istikmal). Ce livre était un compendium de la mathématique grecque d’Euclide et d’Archimède entre autres, mais contenait aussi les enseignements de Thābit ibn Qurra, des Banu Musa et d’ibn al-Haytham, et enfin introduisait également des théorèmes originaux. Son œuvre a été transmise en Égypte grâce à Maimonides, et de là elle s’est répandue jusqu’à Bagdad au 14e siècle, si bien que son influence n’a pas véritablement touché l’Occident. De son œuvre, on possède deux copies : la première a été trouvée à la bibliothèque de l’Askerî Müze d’Istanbul en 1985, provenant de la bibliothèque du sultan ottoman Mehmed II, dont a hérité son fils Bayezid II. Plus tard on a découvert une seconde copie au Caire. Le Livre de la perfection traite des nombres irrationnels, des sections coniques, de la quadrature du segment parabolique, des volumes et des aires de divers objets géométriques ou le tracé de la tangente à un cercle, entre autres problèmes mathématiques.

Dans l’œuvre apparaît une tentative de classification des mathématiques en espèces aristotéliciennes. La classification comprend un chapitre pour l’arithmétique, deux chapitres pour la géométrie et deux autres concernant la stéréométrie.

Al-Mutaman est l’auteur de la première formulation connue du théorème de Giovanni Ceva, qui n’a été connu en Europe qu’en 1678 dans l’ouvrage De lineis rectis de ce géomètre italien et que l’on peut énoncer comme suit : « Soit ABC un triangle et D, E, F des points sur les côtés BC, CA et AB. On trace les droites AD, BE et CF. Ces trois droites se coupent en un point si et seulement si \frac{AF}{FB}=\frac{EA}{CE}\frac{DC}{BD}

Qasr Aljafariya  est un palais fortifié construit durant la seconde moitié du xie siècle, à l'époque d'Al-Muqtadir, à Saragosse, en tant que résidence des émirs arabe de souche yéménite des Banu Hud. Il reflète la splendeur de la taïfa de Saragosse au moment de son apogée politique et culturel.
Intérieur du Qasr al-Jafariya,ce  palais fortifié de  Saragosse,  est incontestablement un des joyaux phare du patrimoine arabo-musulman andalous elle fut la résidence des émirs arabe de souche yéménite des Banu Hud.

4eme Abou-Djafar AHMED II AL-MUSTA’IN- BILLAH.

An de l’hég. 478 (de J.-C. 1085). Ahmed, fils et succasseur de Yousouf, était à peine sur le trône , qu’il se vit attaqué par le’ roi croisé de Castille , Alfonse VI , qui venait d’arracher Tolède (Tulaytuyah)  à l’islam.

Alfonse mit le siège devant Saragosse ; mais il fut obligé de le lever, pour aller s’opposer à la confédération générale des princes musulmans d’Espagne, dont Ahmed avait réclamé les secours, et qui, de concert avec le roi Almoravide de Marrakesh (Maroc), vainquirent totalement le monarque chrétien dans les plaines de Zallaka, l’an 4-79 ( 1086 ).

Cette victoire ne rendit point la paix et la tranquillité au roi de Saragosse. Ses états furent envahis, en 48o ( 1087) par Sanche- Ramirez, roi d’Aragon.

Il marcha contre ce nouvel ennemi qu’il rencontra devant Ben-Hudiel, forteresse voisine de Huesca. Les deux armées composées l’une et l’autre de vingt mille hommes, combattirent avec autant de bravoure que ‘d’opiniâtreté.

Malheursement, la victoire se déclara pour les chrétiens , qui emportèrent la place, firent un grand carnage des fuyards, et forcèrent Ahmed le Huddide de se renfermer dans Huesca. Il  y soutint un long siège, pendant lequel Sancho-Ramirez fut blessé mortellement.

Sa perte, loin de décourager les assiégeants, redoubla leur courage. Ils reçurent des renforts, et serrèrent de plus près la ville. Cependant les émirs de Sainte-Marie de Ben-Racin (Albaracin), de Schatibah et de Dénia, appelés par le roi de Saragosse, s’avançaient pour le délivrer.

Pierre Ier , fils et successeur de Sanche, lève le siège , va combattre les musulmans, les met en déroute près d’Alcorasa (peut-être Alcueçar), et revient devant Huesca . Mais Ahmed, renonçant à l’espoir de conserver cette place , l’avait abandonnée, et s’était retiré à Saragosse. Peu de mois après, Huesca se rendit aux chrétiens par capitulation .

Malgré la perte de cette ville, il restait encore à ce prince, dans l’Espagne orientale, une assez grande étendue de pays, depuis Guadalajara , Medina-Celi et Tudële , jusqu à Balbastro , Lérida , Tarragone et Tortose.

Ses états comprenaient les trois quarts au moins de l’ Aragon , la Catalogne méridionale et quelques parties de la Navarre -et de la Castille. Maître du cours de l’Ebre. inférieur , il envoyait en Afrique et en Egypte ses vaisseaux chargés des productions de l’Espagne , et recevait par eux les marchandises de l’Orient.

Ahmed passait pour l’un des souverains les plus opulents de la Péninsule Ibérique. Juste, affable, bienfaisant, il était chéri de ses sujets, respecté de ses voisins , et redouté de ses ennemis.

Cependant, lorsqu’il vit le roi Almoravide de Marrakesh pousser’ ses conquêtes jusqu’à Valence, il craignit d’éprouver le sort des autres dynastes musulmans de l’Espagne, et crut devoir se ménager l’amitié et la protection du monarqne africain. Il lui envoya son propre fils, Abdel-malik , avec une lettre et de riches présents.

Yousouf ibn Tashfyn répondit gracieusement aux avances d’un prince dont les états étaient depuis longtemps le rempart de l’islam sur les frontières des chrétiens- en Occident , parut flatté de son alliance, et lui envoya six mille arbalétriers et mille cavaliers.

Ces secours aidèrent le roi Huddide de Saragoce, l’an 486 (1093), à repousser une invasion du roi croisé d’Aragon , qui, à la tête d’une nombreuse armée de Français et d’Erdomaniens (Nous n’avons pu deviner quel était ce peuple cité par Conde.) , s’était emparé de Fraga-, de Balbastro , avait passé au fil de l’épée quarante mille musulmans, enlevé un grand nombre de femmes et d’enfants des deux sexes, et mis tout le pays à feu et à sang.

Ahmed, secondé par ses alliés, obtint plusieurs avantages signalés sur les chrétiens, reprit de vive force Balbastro et Fraga dont il fit égorger les garnisons, recouvra toutes les places qu’il avait perdues , porta le ravage sur les terres de l’ennemi , et revint à Saragosse , avec cinq mille captives chrétiennes et un butin considérable , dont il donna une part au roi Almoravide de Marrakesh.

La conquête de Valence, en 495 (1102 ), ayant achevé de soumettre à la domination africaine tous les états qui s’étaient élevés sur les ruines de khalifat d’Occident , à l’exception du royaume de Saragoce , nous pourrions terminer ici la chronologie des princes Houdides qui ont régné dans cette dernière ville. Mais nous n’avons pas cru devoir interrompre la suite de cette dynastie , quoique la fin de son histoire appartienne proprement à la quatrième époque des Maures d’Espagne.

Il paraît qu’Ahmed Al-Musta’ïn-Billah , malgré son état continuel de’ guerre avec les chrétiens, vécut assez tranquille sous la protection de Yousouf ibn Tashfyn : mais le monarque africain ayant eu pour successeur son fils Ali Ben Youssef (1083- 26 janvier 1143), l’an 5oo ( 1 107), la position du roi de Saragosse devint plus embarrassante. Alfonse I , roi croisé (al-salibi) d’Aragon , l’ayant attaqué par l’Elbre supérieur , venait de lui enlever Tauste, Borja et Magalia ; et ses troupes légères avaient étendu leurs ravages jusques dans les plaines de Saragosse, lorsqu’en 5o2 (1 109) , Mohammed ben Al-hadj, envoyé par Temim , frère du roi Almoravide de Marrakesh et gouverneur de Valence, arrive avec une armée, sous prétexte de secourir Ahmed , met en fuite les chrétiens , et entre en vainqueur dans Saragosse.

Peu rassuré sur la bonne foi de ces auxiliaires , et craignant d’être déporté en Afrique, comme les rois de Grenade et de Séville , Ahmed sorti secrètement de sa capitale , et se retira dans une forteresse voisine, avec ses sujets les plus distingués : mais il rentra bientôt dans Saragosse , après le départ du général africain almoravide , qui , ayant fait une invasion sur les terres de Barcelone, périt dans cette expédition.

Ahmed marcha ensuite au secours de Tudèle que les chrétiens tenaient assiégée , leur livra bataille, au mois de redjeb 5o3 (février 1110), et y perdit la vie , après un règne de vingt-cinq ans.

Sa mort entraîna la déroute de son armée et la reddition de Tudèle au roi d’Aragon. Il fut porté à Saragosse, où on l’enterra comme martyr, avec ses- vêtements et ses armes.

Une foule immense accompagna la pompe funèbre de ce vertueux et vaillant prince, qui laissa de longs regrets à ses sujets.

File:Patio de Santa Isabel.jpg
Al-jafariya, les arcades que l’on contemple vers le portique sud ont été restaurées à partir des moulages des arcs originels déposés au Musée archéologique national de Madrid et au Musée de Saragosse. Ces arcs sont ceux démontrant d’une réelle innovation en comparaison aux modèles califaux.

5eme Abou-Merwan ABDEL-MALIK IMAD-AL-DAWLA.

An de l’hég.’ 5o3 (de J.-C. 11 10). Abdel-malik, fils et successeur d’Ahmed , s’était- signalé à la bataille de Huesca et aux combats de Tauste et de Lérida. Mais s’il eut la bravoure de son père, il ne posséda pas ses talents politiques, qui pouvaient seuls le maintenir entre deux voisins puissants et ambitieux.

Assiégé dans Saragosse , l’an 510 (1116), par le roi croisé (al-Salibi) d’Aragon, il fut secouru par les troupes Almoravides de Valence, qui, après plusieurs combats, obligèrent les chrétiens à lever le siège. Mais Abdel-malik , se défiant de ses libérateurs, se relira aussitôt avec sa famille et ses trésors, dans la forteresse de Roth al-Yehoud (Ruëda). Là , se voyant dans l’alternative de recourir à la protection des chrétiens, ses ennemis naturels, ou de se mettre entre les mains des Africains almoravides, ses auxiliaires , qui suivaient la même croyance que lui , il se détermina imprudemment pour le premier parti , et préféra l’alliance du roi croisé d’Aragon à celle des Almoravides.

Les habitants de Saragosse, indignés contre leur souverain, s’a dressèrent au gouverneur de Valence , qui accourut avec une armée, et vainquit les chrétiens près de Saragosse (C’est sans doute par erreur que Conde cite ici, comme gouverneur de Valence , Mohammed ben Al-hadj , ce général africain almoravide dont ou avons rapporte* la mort , d’après lui , en 502 ou 5o3 (1103 J.).

Alfonse ayant rassemblé des troupes plus nombreuses, revint attaquer les Almoravides , et gagna sur eux, dans les environs de cette ville , une sanglante bataille qui coûta la vie à leur général, Abdallah ben Mezdeli, et à plusieurs de ses capitaines.

Après cette victoire, il s’empara de Lérida et de toutes les places orientales des états de Saragosse.

Moyennant ce sacrifice, le faible Abdel-Malik recouvra sa capitale, et crut conserver la protection de son allié : mais Alfonse , contraint de se défendre contre une nouvelle armée almoravide africaine, ayant livré un combat meurtrier dont le succès fui indécis , ne ménagea plus le roi de Saragosse , et lui envoya demander la cession de celle place importante.

Imad-ed- daulah (Imad al-Dawla) , victime de sa propre imprudence, ne fit aucune réponse, et ne songea qu’à fortifier et à approvisionner une ville, où il s’attendait bien à être assiégé.

En effet, Alfonse, à la tête d’une armée considérable de Navarrois , d’Aragonais et de Français, vint camper devant Saragosse , l’a bloqua étroitement, et disposa des tours de bois et d’autres machines de guerre, qui battirent sans relâche les murs de la place.

L’immense population qu’elle renfermait, ayant bientôt épuisé tous les vivres la famine y exerça d’horribles ravages, et réduisit enfin les habitants à capituler. Ils conservèrent la vie et les biens, avec la liberté de rester à Saragoce ou de se retirer ailleurs.

Alfonse y fit son entrée , le 4 ramadhan 512 ( 19 décembre 1118) , et Abdel-malik , accompagné de sa famille, retourna à Rucda, asile ordinaire des princes de sa maison.

La ville de Qalat-Ayoub tomba au pouvoir du roi d’Aragon, à la suite d’une grande victoire qu’il remporta sur les Maures d’Afrique, près de Cutanda , le 19 rabi 1″. 514- ( ‘8 juin 1120 )- Aly , roi de Marrakesh (Maroc), voulant punir l’ancien roi de Saragosse de n’avoir pas su défendre sa capitale, de s’être allié avec les chrétiens et de leur payer tribut , chargea un de ses généraux , en 519 (1125), d’enlever à ce prince tout ce qui lui restait.

Mais Abdel- malik écrivit au monarque Almoravide , et parvint à l’apaiser, en lui rappelant l’ancienne amitié qui avait uni leurs pères , et en lui exposant franchement les motifs qui avaient dicté sa conduite dans des circonstances si difficiles.

Ce prince, dépouillé , mourut dans sa retraite de Rucda, au mois de chaban 524- (juillet 1130), méprisé de tous les musulmans et abhorré de ses sujets, parce qu’il payait tribut au roi salibi (croisé) d’Aragon , et qu’il l’aidait dans ses guerres contre les Almoravides.

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Les croisades en Andalousie au temps des Murabitun, par Osprey
1) Batteur Almoravide, du 12e siècle 
2) Ahmad Sayf al-Dawla , v.1135 le Houdide
3) Mercenaire chrétien du 12e siècle

6eme Abou-Djafar AHMED III SAYF-Al-DAWLA. 

An de l’hég. 524 (de J.-C. 1130). Ahmed, en succédant à son père, adopta entièrement son système politique.

Dans l’espace de trois ans, il céda au roi d’Aragon la plupart des places qui lui appartenaient encore sur les frontières orientales de l’Espagne. Aussi, disent les auteurs arabes, quoi qu’il eût pris les titres d’Al ‘ Mosta’in-Billah et d’Al-Mostansir-Billah, Dieu lui retira son secours et ses faveurs , à cause de sa honteuse alliance avec les infidèles (chrétien).

Enfin , au mois de dzoulkadah 527 (septembre ti33), suivant Conde , Alfonse-Raimond , roi salibi (croisé) de Castille , à force de menaces et de mauvais procédés , parvint à se rendre maître de Roth-al- Yehoud et de quelques autres places moins importantes.

Sayf al-Dawla (écris aussi Seif-ed-daulah et dit chez les chrétien, « Zafadola »)  craignant que ses sujets ne les livrassent aux Almoravides, ou que ces derniers ne les lui enlevassent, s’il se brouillait avec le roi croisé de Caslille , les céda toutes à ce prince , en échange de la moitié de Tolède et de plusieurs possessions dans les environs de cette ville.

Mais comme en cette année, Alfonse I , roi saibi (croisé) d’Aragon, vivait encore, et que ce ne fut qu’en 528 ( 1 134 ) qu’il périt devant Fraga , dans une bataille contre les Almoravides (al-Murabitun), qui voulaient l’obliger à lever le siège de celte place, nous pensons que ce ne fut qu’après la mort de ce prince , que Sayf al-Dawla (Seif-ed-daulah) , redoutant la vengeance des berbères Africains , rechercha la protection du roi croisé de Castille, et que l’échange auquel il consentit, n’eut lieu qu’en 534. (1139) , comme le dit Casiri.

Sayf al-Dawla Seif-ed-daulah fut le dernier prince Houdide, qui ait régné dans l’Aragon et le nord-est de l’Espagne , où sa race s’était maintenue plus de cent ans.

On le verra, dans la quatrième époque , devenir précairement et successivement roi de Cordoue, de Grenade, de Valence et de Murcie, et sa postérité fonder dans cette dernière ville et dans le midi de la Péninsule , une puissance qui jeta un certain éclat.

Lors de l'arrivée des Maures au viie siècle, la ville de Saragosse en ruines, compte 10 000 habitants. Durant les deux premiers siècles, la ville connaît une lente croissance démographique pour arriver à 15 000 habitants à la fin du xe siècle. C'est l'indépendance de la taïfa qui permet l'accélération de la progression démographique, pour atteindre 25 000 habitants à son apogée.
Lors de l’arrivée des Musulmans au 8e siècle sous le califat Omeyyade de Damas, la ville de Saragosse en ruines, compte moins de 10 000 habitants. Durant les deux premiers siècles, la ville connaît une lente croissance démographique pour arriver à 15 000 habitants à la fin du 10e siècle sous le califat Omeyyade de Cordoue. C’est l’indépendance de la taïfa qui permet l’accélération de la progression démographique, pour atteindre plus de 25 000 habitants lors de la taifa.

Dynastie arabe Tujibide

  • Mundir I al-Tudjibi al-Mansur: c.1013-1021/2
  • Yahya: 1021/2-1036
  • Mundir II: 1036-1038/9
  • Abd Allah (Saragosse): 1038/9

Dynastie arabe Huddide

  • Suleiman Al-Mustain I ibn Hud: 1038/9-1046
  • Muhammad al-Hayib Adud ad-Dawla (Calatayud): 1046/7-1066/7 …
  • Lubb (Huesca): 1047-1048 …
  • Mundir al-Hajib al-Zafir Nasir ad-Dawla (Tudela): 1047-1048/9 …
  • Yusuf al-Muzaffar Sayf ad-Dawla (Lérida): 1047-1078/81 …
  • Abu Ya’far Ahmad al-Muqtadir: 1046-1081 or 82/3
  • Yusuf al-Mu’tamin: 1081 or 82/3-1085
  • Ahmad II al-Musta’in: 1085-1110
  • Abd al-Malik Imad ad-Dawla (Rueda, Z. 1110 ): 1110-1130
  • Abu Dja’far Ahmad  Sayf al-Dawla dit Zafadola (Rueda. In Val. 1146): 1130-1131 d. 1146
    • Saragosse prise par Marrakech 1110-1118; Rueda à Castile 1130

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p 334.-335.-336.-337.-338.

Date d’édition : 1818-1819

1er Taifa, Mamlakat Balansiya, Taifa de Valence 1021-1102

Publié le Mis à jour le

ROYAUME DE VALENCE. Mamlakat al-Balansiya

Abd al-Aziz al-Mansur. Dinar. Taifa de Valence. 1035-1036.
Abd al-Aziz al-Mansur. Dinar. Taifa de Valence. 1035-1036.

Dynastie arabes des Amirides issue d’al-Mansur dit Almanzor de la tribu yéménite des Banu Maafir.

1er. Abou’l Haçan ABDEL-AZIZ AL-MANSOUR.

An de l’hég. 412. (de J.-C. 1021). Abdel-aziz, fils d’Abd-el-rahman et petit  fils du célébrissime général arabe Abou-Àmir Mohammed Al- Mansour de la tribu yéménite des Banu Maa’fir, après la mort tragique de son père, se réfugia auprès d’Al-Moundhar, wali de Saragosse; il obtint, peut- être sous le second khalifat de Hescham II Al-Mowaïad, ou plutôt sous celui d’Abdel-rahman IV Al-Morthady , le gouvernement de Valence, et s’y rendit indépendant. Dans la première hypothèse , l’année 42 (1021) peut être regardée comme l’époque de son avènement au trône de Valence. Dans la seconde, cette date serait celle de sa nomination au gouvernement de cette ville , et il n’aurait usurpé le pouvoir suprême qu’après la chute des Omeyyades. Quoi qu’il en soit, soutenu par la faction des Al-Ameris (al-²Amiri), tous parents ou créatures (mawlah, client) de sa famille , et surtout par Zohaïr, gouverneur (wali) d’Alméria et chef des esclavons (as-Saqlabi), dévoués à la maison d’Abou-Amer, il crut, en raison de son rang cl de sa naissance, pouvoir imiter les usurpateurs qui s’étaient élevés en diverses parties de l’Espagne, et prit les titres* d’Emir et d’Al-Mansour. Il possédait aussi Murbitcr (2) et Schatibah ; et tous les petits princes de l’Espagne orientale, depuis Almérie jusqu’aux bouches de l’Ebre, le re gardaient comme leur suzerain ; aussi refusa-t-il de se re connaître vassal de Djahwar, nouveau roi de Cordoue. Ayant hérité, l’an 432 (1041), du royaume d’Almérie, par la mort et le testament de Zohaïr, il y envoya , pour naïb ou lieutenant, son gendre, Abou’l Ahwas Maan, qui ne tarda pas à s’y rendre indépendant, Abdel-aziz Al-Mansour fit alliance avec le roi de Tolède, « le secourut dans son exdiédition contre le roi de Cordoue, et mourut à Valence, an 45a (1060), après un règne de quarante ans.

Vestiges du mur arabe de valence (Balensiya) Pendant le règne de Abd al-Aziz ibn Amir ( 1021 - 1.061 ) un nouveau mur a été construit dans le but de protéger la population et ceux qui sont venus d'autres lieux de Al-Andalus . Selon la description nous a donné le géographe Al-Udri , le mur a été d'une grande perfection et avait sept portes. Il a été construit de ciment et de tours semi-circulaires eu travaux au dernier niveau, qui se est ouverte dans une pièce fermée. Aujourd'hui, vous pouvez toujours voir les restes de certains de ces tours, en particulier dans le courant barrio del Carmen , dans la vieille ville de Valence
Vestiges du mur arabe de valence (Balensiya) Pendant le règne de Abd al-Aziz ibn Amir al-Maaifiri ( 1021 – 1.061 ) un nouveau mur a été construit dans le but de protéger la population et ceux qui sont venus d’autres lieux d’Al-Andalus face au chrétiens . 

2eme. ABDEL-MALIK AL-MODHAFFER.

An de l’heg. 4^2 (de J.-C. 1060). Abdel-Malik , fils et successeur d’Abdel-aziz , avait épousé une fille de* Yahia Al-Mamoun , roi de Tolède, auquel il fournit des troupes contre le roi de Cordoue. Mais ayant refusé , par l’avis de son vezir , d’envoyer de nouveaux secours à son beau- père dont l’armée avait été battue par celle du roi de Sé- ville; Al-Mamoun, irrité, arrive à Valence, sans y être attendu , surprend le palais, dépose son gendre , et s’empane du trône de Valence, le g dzoulhadjah 4^7 ( 1 1 novembre io65). Toutefois, par égard pour sa fille, épouse d’Al- Modhaffer, il laisse à ce prince le gouvernement de Chclva. Le vezir d’Al-Modhaffer, ne pouvant survivre à la douleur d’avoir, par son imprudent conseil , causé la perte de son maître , se poignarda.

Royaume Taifa de Valence, c. 1037
La Taifa de Valence, en  1037

 

YAHIA I ». AL- MAMOUN , roi de Tolède.

An de l’hég. 457 (de J.-C. 1065). Al-Mamoun laisse un gouverneur à Valence, et possède ce’ royaume jusqu’à sa mort, arrivée en 469 ( 1077). Voyez ci-dessus, la chronolugie des rois de Tolède. ■

elon la description nous a donné le géographe Al-Udri , le mur a été d'une grande perfection et avait sept portes. Il a été construit de ciment et de tours semi-circulaires eu travaux au dernier niveau, qui se est ouverte dans une pièce fermée. Aujourd'hui, vous pouvez toujours voir les restes de certains de ces tours, en particulier dans le courant barrio del Carmen , dans la vieille ville de Valence
Vestiges d’une tour du mur arabeb de Valance, selon la description  que nous a donné le géographe Al-Udri , le mur était d’une grande perfection et avait sept portes. et fut construit de ciment et  avec des tours semi-circulaires.

ABDEL-MALIK AL-MODHAFFER pour la seconde fois.

An de l’hég. 469 ( ‘077 ). Al-Modhaffer, informé de la mort de son beau-père par Mohammed ben Qmar, général de l’armée du roi de Séville, Al-Molamcd , et assuré de la protection de ce dernier, se rendit à Valence à la fin de cette année , et remonta sans obstacle sur le trône dont il était privé depuis douze ans. Il confirma dans leurs gou vernements le wali de Cuenca et les autres qui étaient de son parti , et mit des alcaïds de confiance à Liria, Chelva et Ganda. U jouit peu des états qu’il avait recouvrés, et mourut en 4?o (,078). . •

3′. ABOU-BAKR.

An de l’hég. 470 (de J.-C. 1078). Abou-bakr, fils ou frère d’ Abdel-malik Al-Modhaffer, lui succéda. Les savants Casiri et Conde le nomment à peine, ne donnent point ses titres et ses surnoms, et ne nous apprennent pas quand et comment se termina son règne. On voit seulement qu’il désapprouva les relations du roi de Séville avec les chrétiens, et qu’il facilita l’arrestation du vezir Ben-Omar, agent de ces négociations. Il est probable qu’il gouverna Valence jusques vers le milieu de l’an 478 ( 1085).

 

Carte du mur arabe de Valence (Balansiya Après la chute du califat de Cordoue , au début du XIe siècle , Valence est devenue la capitale de la Taifa de Valence , et, par conséquent, a connu une croissance urbaine importante.
Carte du mur arabe de Valence (Balansiya Après la chute du califat de Cordoue , au début du XIe siècle , Valence est devenue la capitale de la Taifa de Valence , et, par conséquent, a connu une croissance urbaine importante.

 

YAHIA II». AL-DHAFER ou AL-QADHER DILLAH (Nous ne trouvons d’autre moyen d’expliquer cette incertitude sur les surnoms ou titres donnés à Yahia, qu’en supposant qu’il fut surnomme Al-Dhafer-Billah , en montant sur le trône de Tolède , et qu’il reçut le titre d’Al-Qadhcr-Billah , en prenant possession de Valence.).

An de l’hég. 478 (de J.-C. 1083). Yahia II, fils d’Yahia Al-Mamoun , ayant été dépouillé, cette année, du royaume de Tolède par Alfonse VI , roi de Léon et de Castille, en obtint des secours pour se mettre en possession du trône de Valence, que son père avait occupé. On ignore s il réussit dans cette entreprise par la force, par la trahison ou par quelque traité avec le roi Abou-bekr; ou si, après la mort <le ce prince , il fut appelé* par le vœu des habitants. Quoiqu’il en soit, Yahia se fit proclamer sous le titre d’Al-Cadher-Billah , vers le milieu de l’an 478 ( 1085 ). Il s’était reconnu vassal et tributaire du roi croisé de Castille : mais plus sensible à la perte de la couronne qu’Alfonse lui avait enlevée, que reconnaissant d’en avoir obtenu une autre par la protection de ce prince, il entra dans la coalition des souverains musulmans de la péninsule, envoya des députés à la junte de Cordoue, à la fin de la même année, et donna son adhésion à la délibération que fit prendre à l’assemblée. L’année suivante, il amena ses troupes au camp du roi Almoravide Youssouf Ibn Tashfyn de Marrakesh (Maroc), et assista en personne à la bataille d’al-Zallaka. Mais, démêlant bientôt les intentions secrètes de ce dangereux auxiliaire, il retourna dans ses étals, et resserra son alliance avec le roi de Castille. Le monarque almoravide Youssouf ibn Tashfyn ayant successivement réduit sous sa domination les royaumes de Grenade, de Séville , d’Alméria et de Murcie, envoya, l’an 485 (1092), Daoud ben-Aïscha, l’un de ses généraux, qui soumit, sans beaucoup de résistance, Dénia, Schatibah et Mourviedro, dont les princes s’étaient aussi ligués avec le roi de Castille, pour tenir tête aux Almoravides. Réunis sous les drapeaux du vil croisé Rodrigue Diaz de Bivar, surnommé le Cid (al-Sayyidi ou El-Sidi), qui commandait les Castillans, ils allèrent se renfermer dans Valence , où le roi Yahia fut bientôt assiégé par Daoud. Après une vigoureuse défense, les chrétiens , voyant que la ville ne pouvait tenir plus lonç-tems , abandonnèrent leur vassal à ses prop:es forces. Yahia continua de faire des sor ties contre les assiégeants , cl leur aurait vendu chèrement la conquête de sa capitale, s’il n’eût pas été trahi. Le cadhi Ahmed ben-Djahaf Al-Moafery, qui était d’intelligence avec les Almoravides , leur ouvrit les portes de Valence. Ils s’y précipitèrent , et firent un grand carnage des troupes du roî, qui reçu le coup mortel en combattant comme un lion à la tête de sa garde . Yahia avait régné sept ans à Valence, et fut le dernier prince de la dynastie berbères des Dzou’lnounides.

El-Cid ordonne l'éxécution du caadhi et émir de Valence Abu Ahmad Djafar et ses compagnons après la prise de Valance par le Cid en 1094
El-Cid ordonne l’exécution du cadhi et émir de Valence Abu Ahmad Djafar al-Maafiri et ses compagnons après la prise de Valence par le Cid en 1094

AHMED BEN DJAHAF AL-MAAFIRI.

An de l’hég. 485 (de J.-C. 1092). Le cadhi Ahmed, comme l’indique son surnom d’Al-Maafery  al-Maafir), appartenait à la famille ou du moins à la tribu  arabes des princes Amirides , dépouillés du trône de Valence par les berbères arabisés Dzou’lnounides de Tolède. Pour prix de sa trahison, il obtint du général Daoud, le titre de wali et le gouvernement de Valence: mais il n’en jouit pas longtemps. L émir d’Albaracin, Abou-Merwan Abdel- melek ben Houceil ‘(Husayl?), allié et parent du dernier roi de Valence , engagea les walis de Mourviedro , de Schatibah et de Dénia, à former une nouvelle ligue contre les Almoravides. Ils se joignirent encore a Rodrigue, qui, sous prétexte de venger la mort d’un prince , ami et vassal du roi de Castille, vint assiéger Valence avec une armée composée d’aventuriers chrétiens et de musulmans. Les habitants, serrés de près , forcèrent leur gouverneur de capituler. Il stipula que les citoyens conserveraient, ainsi que lui, la vie, les biens et la liberté, et qu’il serait maintenu dans sa dignité. Toutes ces conditions ayant été accordées parle Cid, Ahmed rendit la place aux assiégeants, au mois de djoumadi 1″. 487 ( avril ou mai 1094).

1 2 3 4
Reconquista, par Osprey publishing 
1) El-Cid, ver 1050
2)Alvar Fanez Minaya, ver 1075
3) Andalous Al-Wazir policier arabe, ver 1080

Le croisé RODRIGUE DIAZ DE BIVAR , dit le Cid.

An «le 1 hég. 487 (de J.-C. 1094). Rodrigue gouverna Balensiya(valence en arabe) avec un pouvoir souverain et une apparente douceur. Il laissa  Ahmed exercer tranquillement ses fonctions de cadhi-alcodhah ( suprême cadhi) : mais au bout d’un an révolu, il le fit arrêter; et après avoir vainement employé tour-à-tour les prières , les promesses, les menaces ,-‘les caresses et les tourments, pour le contraindre à livrer les trésors du roi Yahia , il ordonna qu’un bûcher fût dressé sur la place publique de Valence, et qu’on y brûlât le cadhi avec toute sa famille. Cédant néanmoins aux instances unanimes de tous les spectateurs de cette déplorable scène, il pardonna aux innocents; et, ayant fait creuser une fosse sur le même lieu, on y enterra, par son ordre, le malheureux cadhi jusqu à la ceinture: on environna de bois le reste de son corps , et on le laissa brûler à petit feu. Ahmed, avant d’expirer, prononça au milieu des fammes la profession de foi musulmane, le supplice d’un personnage aussi recommandable par sa naissance et par son rang, indisposa la plupart des citoyens contre le Cid. Ce guerrier résolut d’abandonner Valence : il en confia le gouvernement au wali de Mourviedro, Abou-Isa ben Leboun, comme naïb ou lieutenant du wali d’Albaracin, el partit avec ce. dernier, laissant des troupes chrétiennes pour soutenir les musulmans , ses alliés. Vers ce temps-là , Schyr ben Abou-bekr, l’un des généraux du roi des Almoravides de Marakesh (Maroc) , ayant rassemblé une flotte considérable , soumit, sans coup férir, les Baléares à la domination des Almoravides. Ces îles, depuis cinquante-cinq ans, étaient gouvernées , au nom des rois de Valence et de Dénia, par les Schohaïdes , qui y maintenaient la paix et la justice, et dont le premier tut le wali Abou’l Abbas Ahmed ben Raschikh , qui avait été secrétaire du fameux Abou-Diaïsch Moudjahed ben Abdallah Al-Ameri. Les habitants de ces îles , informés que toute l’Espagne musulmane obéissait à Yousouf, roi de Maroc, jurèrent volontairement fidélité à ce monarque, et se mirent sous sa protection. Le général africain, au retour de cette expédition , ayant appris par le gouverneur d’Almérie , fils du malheureux cadhi de Va lence , que les chrétiens s’étaient emparés de cette dernière ville, vint avec toute sa flotte et de nombreuses troupes de débarquement , arabes et africaines, pour en faire le siège. Après une vive et longue résistance , les chrétiens et les musulmans, leurs alliés, ne recevant aucuns secours et ne pouvant plus se maintenir dans Valence , évacuèrent cette ville, qui rentra sous les lois du coran et sous la domination des Almoravides , au mois de redjeb 495 (avril ou mai 1102).

Dynastie arabe Amiride

  • Abd al-Aziz : 1021-1061
  • Abd al-Malik al-Muzzaffar : 1061-1065
    • roi de Tolède Tolède : 1065-1075
  • Abu Bakr ibn Abd al-Aziz : 1075-1085
  • Uthman : 1085-1086

La dynaste berbère Dhunnunide

  • Yahya al-Qadir (à Tolède 1075-1085): 1086-1092

Dynastie arabe Yahhafid

  • Abu Ahmad Dja’far: 1092-1094

Dynastie du croisé El-Cid

  • El Cid: 1094-1099
  • Jimena Díaz: 1099-1102
    • à Castile en : 1099-1102
    • au Almoravides en : 1102-1145

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..332.-333.- .

Date d’édition : 1818-1819

 

1ere taifa: ROYAUME D’AL-GHARB, Sapur et les Aftasides :

Publié le Mis à jour le

La Taifa de Badajoz.
La Taifa de Badajoz.

La taïfa de Badajoz fut le nom d’un royaume (ou taïfa) musulman de la péninsule ibérique, de capitale Badajoz, pendant le Haut Moyen Âge.

ROYAUME DE BADAJOZ (Batalyaws بطليوس) OU D’AL-GHARB.

 

Abu Abdallah Muhammad bin Muhammad al-el-Sapur Saqlabi ( Perse c. 950 , Badajoz , 8 Avril de 1022 ) ou mieux connu sous Shapur Sabour, fut le premier roi de la royaume Taifa de Badajoz .
La pierre tombale du fondateur  d’origine perse de la taifa de Badajoz Abu Abdallah Muhammad bin Muhammad  al-Sabur al-Saqlabi ( né en Perse ver 950 , Badajoz , 8 Avril de 1022 ) ou mieux connu sous Shapur ou Sabour, fut le premier roi de la royaume Taifa de Badajoz .

SCHABOUR.

Schabour, persan de nation , et ancien vezir du khalife Al-Hakem II  Al-Mostanser, fut wali de l’Al-Gharb, c’est-à-dire de l’ouest de l’eEpagne et de la plus grande partie du Portugal, sous le khalifat Omeyyade de Hischam Al-Mowaïad. Ayant pris à son service le jeune Abdallah ben Al-Aftas, il lui accorda toute sa confiance, lui donna le gouvernement de Merida , le combla d’honneurs et de richesses, et ne se conduisit que par ses conseils.

Schabour se rendit indépendant, dès les premiers temps des guerres civiles, et mourut avant la fin de la dynastie des Ommeyades; mais aucun auteur ne nous apprend la durée de son règne et l’année de sa mort. ‘

Fresque , qui appartenait à la tombe d’Abdallah Ibn el-Aftas, berbère des Ben-el-Aftas, fut à l’origine de la dynastie des Aftasí qui gouverna sur la taifa, appelée communément les « seigneur de Badajoz ».dit al-Mansur
Fresque , qui appartenait à la tombe d’Abdallah Ibn el-Aftas, berbère des Ben-el-Aftas, fut à l’origine de la dynastie des Aftasí qui gouverna sur la taifa, appelée communément les « seigneur de Badajoz ».dit al-Mansur

 

Dynastie berbère des Aftasides.

1er. ABDALLAH ben al-aftas al-mansour.

Parvenu, par son courage et son adressse, au plus haut degré d’autorité , et chargé du gouvernement de l’étal et de la tutelle des enfants de Schabour, l’ingrat et ambitieux Abdallah dépouilla ses pupilles, s’empara du trône sans obstacle, et prit le titre d’Al-Mansour. Il était natif de Mekinez (tribu berbère meknasa) dans le Maghreb , et avait eu pour père Mohammed ben-Mouslema ben-Al-Aftas , dont sa dynastie a pris le nom.

Fier de son élévation , il se crut assez affermi dans son usurpation pour mépriser les lettres de Djahwar, roi arabe de Cordoue , et refusa de le reconnaître.

Il  établit sa cour à Badajoz, et déclara son fils Mohammed pour son successeur. Uni par les liens du sang avec les arabes Houdides de Saragoce et avec les arabes Tadjibides de Huesca et de Tortose, il fut un des plus puissants princes de l’Espagne, et nul de ses voisins n’osa l’attaquer. Il jouit d’une prospérité si cons tante, qu’on l’appelait, non pas le favori, mais l’enfant de la fortune. L’année de sa mort est inconnue.

La ville de Badajoz a été fondée par Abd al-Rahman Ibn MarwanIbn Yunus al-Yilligi al-Maridi , connu comme Ibn Marwan al-Yilliqui , Ibn Marwan, «le fils du galicien" , en l'an 875 l'émir régnant Cordoue Muhammad Ier
La ville de Badajoz a été fondée par Abd al-Rahman Ibn Marwan Ibn Yunus al-Yilligi al-Maridi , connu sous le nom de Ibn Marwan al-Yilliqui , , «le fils du galicien » , en l’an 875 sous l’émir Omeyyade régnant à Cordoue Muhammad Ier 

2eme’. Abou-bekr MOHAMMED AL-MODHAFFER.

Mohammed , fils d’Abdallah , fut un prince illustre par son courage , sa prudence , sa justice , sa loyauté , son éloquence et son érudition. Il composa une histoire universelle en cinquante volumes , intitulée la Mémoire des événements ; et d’autres ouvrages.

Un est probable que ce fut lui plutôt que son père qui fut, l’an 443 (1051), le négociateur et l’âme de l’alliance entre les rois de Séville et de Cordoue, et qui fournit ensuite des secours à ce dernier contre le roi de Tolède. On ignore la durée de son règne, et l’on sait seulement qu’il mourut l’an 460 (1068).

Ce fut sans doute à ce prince, et non pas au roi de Séville, que Ferdinand Ier. , roi de Castille , imposa tribut, après lui avoir enlevé Viseo, Coimbre, etc.

Ce fut aussi ce Mohammed, roi de Badajoz, et non pas Mohammed Ben-Abbad qui donna asile à Garcie, roi de Galice et de Portugal, dépossédé par son frère Sanche II, roi de Castille. Le royaume de Badajoz, étant limitrophe des états de Léon et de Galice , eut sans douté des guerres et des liaisons avec les chrétiens, et dut prendre peu de part aux affaires des autres princes musulmans : c’est pourquoi les auteurs arabes parlent si peu de son histoire.

Le royaume de Séville, au contraire , longtemps séparé des puissances chrétiennes du nord de l’Espagne, ne put avoir avec elles de relations directes qu’après que l’islam eut perdu Tolède. Au reste, il ne paraît pas que Lisbonne ait été, à cette époque , la’ capitale d’un royaume musulman. Cette ville faisait alors partie des états des rois de Badajoz.

Château du 8eme siècle fabriqué par les Omeyyade en Andalousie dans l'actuel Portugal et et il servie de base de lutte contre les Hordes viking
Château du 8eme siècle fabriqué par les Omeyyade en Andalousie dans l’actuel Portugal et servie de base de lutte contre les Hordes vikings

3eme. YAHIA AL-MANSOUR.

An de l’hég. 460 (de J.-C. 1068). Yahia, fils d’Al-Modhaffer, succéda à son père. Il eut de longues guerres à soutenir contre son frère Omar, gouverneur de Jabora (2), qui lui disputa le trône.

La fortune lui fut contraire suivant Casiri ; mais il paraît, d’après Conde, que ces guerres empêchèrent seulement Yahia, comme son père , do prendre part d’abord aux affaires de l’Andalousie. Lorsque Yahia, roi de To lède, se vit attaqué par Alfonse VI, roi de Léon et de Castille, le roi de Badajoz vola à son secours, traversa, à marches forcées , les pays arrosés par le Guadiana et par le Tage, et le bruit seul de son arrivée força le monarque r.hré tien de décamper précipitamment.

Au retour de cette glorieuse expédition, qui prouve que le prince Aftaside était digne du surnom d’Al-Mansour, il fut atteint d’une ma ladie suinte à Merida, et y mourut, l’an 474 °u 47^ (1081 ou 1082), d’autant plus regretté de ses sujets, qu^il ne laissait aucun héritier direct de ses vertus. Yahia avait régné quatorze à quinze ans.

Dirham al-Mutawakkil, Taifa de Badajoz

4eme. Abou-Mohammed OMAR AL-MUTAWAKKIL ALA-ALLAH.

An de l’hég. 474 ou 475 (de J.-C. 1081 ou 82). Omar, ayant appris à Jabora la, mort de son frère, reçut les ser ments Jes peuples d’Al-Garb,y laissa pour gouverneur son iils Al-Abbas, et se rendit à Badajoz, où il fut proclamé roi. Omar était un prince savant et sage, qui, dès sa jeu nesse, avait montré autant de courage à la tète des ar mées, que de justice et d humanité au sein de la paix. Son affabilité était extrêmé, et le dernier de ses sujets pouvait arriver jusqu’à lui. Il donna le gouvernement de Merida à son fils Al-Fadhl , imitateur des exemples de son père et de sou frère, et il envoya ce prince au secours de Yahia Al- Dhafer, roi de Tolède; mais Al-Fadhl, après avoir livré plusieurs combats meurtriers au roi Alfonse, et perdu la Heur de sa cavalerie, ne put parvenir à lui faire lever le siège de Tolède, ni à l’empêcher d’en dévaster les campagnes, et revint à Merida.

Le cadhi Abou’l Walid de Beja lui prédit alors que la désunion des souverains mahométans de l’Es pagne causerait leur perte et la ruine de 1 islamisme dans la Péninsule. La prise.de Tolède, les conquêtes que le roi de Caslille continuait de faire , alarmèrent les princes musul mans du midi de I Espagne; un intérêt commun les réunit et mit fin a leurs querelles. Le roi de Badajoz, à qui Alfonse venait d’enlever Coria , et demandait tribut et hommage , en voya des députés à la junte qui eut lieu a Cordouc , l’an ^yH (ioS5), pour délibérer sur les mesures à prendre.

Il donna une de ses filles en mariage au roi de Sévillc, et fut chargé , par les autres souverains, d’écrire, au nom de tous, à Yousouf ben Taschfyn , roi de Maroc, de la dynastie des Al-Moravidcs , pour le prier de passer en Espagne, afin d’arrêter les progrès ambitieux d’ Alfonse , et les maux dont il accablait les musulmans. Le monarque africain ayant dé barqué en Andalousie, en rabi IIe. 479 (août 1086), Omar, dont il devait traverser les états, en marchant contre les chrétiens, chargea son frère Mostanser de préparer des ma gasins considérables de vivres et de fourrages, pour l’armée des musulmans d Afrique et d Espagne, à laquelle il se joignit lui-même avec ses troupes.

La bataille se donna à quatre lieues de sa capitale, dans la plaine de Zallaka,(lieu glissant), près d’un bois qui portait le même nom, et sur les bords de jSahr-hadjir(probablement le (îuadiana), qui séparait lesdeux armées (2). Le roi de Badajoz se distingua peu dans cette journée, l’une des plus désastreuses qui aient affligé le christianisme (Les auteurs arabes la comparent aux batailles d al-‘Yarmouk et d’al-Qadissiya, que leurs ancêtres avaient gagnées , dans le premier siècle de l’hégire , l’une sur les Grecs , l’autre sur les Perses.); mais, après le départ du roi de Marrakesh, il se joignit aux troupes Almoravides , laissées en Espagne par ce monarque, sous les ordres de son parent Schyr ben Abou- bekr; et il recouvra, l’an 480 ( 1087), les places et les forteresses que les Castillans lui avaient enlevées. Il partagea bientôt les craintes des autres princes musulmans sur l’ascendant que Yousouf ibn Tashfyn prenait en Espagne, et se détacha de son alliance.

Cependant, lorsque ce conquérant eut dépouillé le roi de Grenade , comme le bruit se répandit qu’il lui cédait, en échange, d’autres provinces en Afrique, le roi de Badajoz et celui de Sévillc l’envoyèrent complimenter par des ambassadeurs , que Yousouf l’Almoravide congédia sans leur donner audience.

Cette marque de mépris, l’arrestation du roi de Séville, la fuite du roi d’Alméria, et l’occupation de leurs états par les Almoravides apprirent bientôt à Omar le sort qui lui était réservé. Une prétendue prophétie avait annoncé la chute inévitable des royaumes d’Espagne et leur envahissèment par une puissance africaine.

Cette fausse prédiction, adoptée aveuglément par des peuples imbus du préjugé du fatalisme, avait plus contribué que la force des armes, à soumettre l’Andalousie à la domination du roi de Marrakesh. Aussitôt qu’une forte division de l’armée de ce monarque fut entrée dans les provinces d’Al-Gharb, en 486 (1093), sous les ordres de Schyr ben Abou-bekr, le plus astucieux de ses capitaines, Silves , Lisbonne, Santarein , Evora et plusieurs autres villes se rendirent sans résistance.

Une armée que le roi de Badajoz voulut opposer aux Africains fut mise en déroute, et deux de ses fils qui la commandaient, Al-Fadhl et Abbas , tombèrent, couverts de blessures, au pouvoir des vainqueurs. Assiégé dans sa capitale, Omar continua de s’y défendre vaillamment : mais les habitants perdirent courage, et l’obligèrent de capituler. Schyr, ayant pris possession de la place, envoya un détachement de cavalerie à la poursuite du roi , qui , sur la foi de la capitulation , en était sorti avec sa famille , ses esclaves et ses trésors. On arrêta ce malheureux prince , on le. renferma dans la prison publique ; ensuite on le conduisit hors de la ville; et, après l’avoir battu de verges, ainsi que ses deux fils, on eut la barbarie de le rendre témoin du supplice de ses enfants, auxquels on trancha la tête , avant de lui faire subir le même sort. Cette horrible tragédie arriva le 7 safar 487 (26 février 1094)1 et mit fin à la dynastie, des Aftasides .

Nadjm-al-Dawla, troisième fils d’Omar» et wali de Santarein , périt en prison dans le plus absolu dénuement. Tous les poëtes contemporains déplorèrent la catastrophe du dernier roi de Badajoz ; et l’on a conservé des vers que cet infortuné monarque composa dans sa prison. Il s’était rendu célèbre par ses richesses, sa prospérité et par son goût pour les lettres et les arts.

 

Emirs de Badajoz

1ere période de Taifa

  • Abu Muhammad Abdallah ben Muhammad el Sabur al-Saqlabi: 1013-1022 (esclave régnant).
  • Abdallah ibn Muhammad ibn Maslamah ibn al-Aftas: 1022-1027 (Al-Mansur I de Badajoz, des Aftasides, 1ere foi).

va à la Taifa de Seville: 1027-1034

  • Abdallah ibn Muhammad ibn Maslamah ibn al-Aftas: 1034-1045 (Al-Mansur I de Badajoz, 2e foi).
  • Abu Bakr Muhammad ibn Abdallah al-Muzzaffar: 1045-1067 (Modafar I de Badajoz, dynastie Aftaside).
  • Yahya ibn Muhammad al-Mansur: 1067-1073/1079 (Al-Mansur II de Badajoz, dynastie Aftaside).
  • ‘Umar ibn Muhammad al-Mutawakkil: 1073/1079-1094 (dynastie Aftaside).
  • au Almoravides en: 1094

2eme période de Taifa 

  • Aben Hacham: 1144-1145.
  • à la Taifa de Silves en : 1145-1146
  • Sidrey 1146-1151.
  • au Almohads en: 1151

La taïfa apparut réellement en 1013, connut une histoire mouvementée et disparut en 1150. Elle fut envahie et conquise plusieurs fois par les royaumes voisins, les Almoravides et les Almohades, le Portugal et finalement les royaumes de León et de Castille.

  • 875 : Fondation de la ville de Badajoz par Ibn Marwan.

La ville et les territoires qui en dépendaient demeurèrent au début de son histoire assez indépendants. Ils luttaient constamment avec le pouvoir central de Cordoue. Pourtant, durant le xe siècle, le califat de Cordoue réussit à contrôler la ville.

  • 1013 : Fondation de la taïfa (almoravide).

L’affranchi Sapur, ancien esclave de Al-Hakam II profita en fait de la désintégration du Califat de Cordoue pour fonder cette taïfa. Elle contrôlait une grande partie de l’ancienne Lusitanie, y compris Mérida etLisbonne.

  • 1013 – 1022 : Règne de Abu Muhammad Abdallah ben Muhammad el Sapur al-Saqlabi (Sapur).
  • 1022 – 1027 : Règne de Aben Muhammad Aben Maslama ben Abdallah Ibn el-Aftas al-Mansur (appelé aussi Almanzor I de Badajoz).

Abdallah Ibn el-Aftas, berbère des Ben-el-Aftas, fut à l’origine de la dynastie des Aftasí (les Aftasid) qui gouverna sur la taïfa, appelée communément les « seigneur de Badajoz ».

  • 1027 – 1034 : Contrôle par la taïfa de Séville.
  • 1034 : Retour au pouvoir de Almanzor I.
  • 1034 – 1045 : Second règne de Almanzor I.
  • 1045 -1067 : Abu Bekr Muhammad al-Mudaffar (ou Modafar I de Badajoz), dynastie aftaside.

À la mort de Modafar s’installa la guerre civile entre ses deux fils Yahya et Abu. La victoire revint au dernier.

  • 1067 – 1073 / 1079 : Yahya ben Muhammad al-Mansur (ou Almanzor II de Badajoz), dynastie aftaside.
  • 1073 / 1079 – 1094 : Abu Muhammad Omar al-Muttawakil ben al-Mudaffar, dynastie aftaside.

Al-Muttawakil combattit aux côtés des Almoravides les troupes chrétiennes à la Bataille de Zalaca (très proche de Badajoz). Mais après la victoire des troupes musulmanes, il y eut un retournement d’alliance. Al-Muttawakil s’allia à Alfonso VI.

  • 1094 : Occupation de Badajoz par les Almoravides. Première disparition de la taïfa.

Ceux-ci tuent Al-Muttawakil et deux de ses enfants. Un de ses enfants réussit à s’enfuir et rejoindre Alfonso VI.

  • 1094 – 1144 : Domination almoravide.
  • 1144  : La taïfa renaquit de ses cendres.
  • 1144 – 1145 : Règne de Aben Hacham.
  • 1145 – 1146 : Contrôle par la taïfa de Algarve (Al-Gharbia).
  • 1146 – 1151 : Règne de Sidrey.
  • 1151 : Disparition définitive de la taïfa avec l’arrivée des Almohades en Al-Andalous.
  • 1151 – 1169 : Contrôle almohade.
  • 1169 – 1170 : Contrôle portugais.
  • 1170 – 1227 : Contrôle almohade.
  • 1227 : Conquête chrétienne.

La partie occidentale revint au royaume de León et la partie orientale au royaume de Castille.

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques,.; » éd. in-8°, t. n, p.331-332

Date d’édition : 1818-1819

1ere Taifa : La dynastie Abbadides de Seville issue des Lakhmides :

Publié le Mis à jour le

Le Royaume arabe Abbaddites de Séville à son apogée en vert, c. 1080 (1078) l'année de l'annexion.
Le Royaume arabe Abbadides de Séville à son apogée en vert, c. 1080 (en parenthèse = l’année d’annexion)

ROYAUME DE SÉVILLE Ishbiliya. *Dynastie arabe  des Abdadides. 

Les `Abbadides, `Abadites ou Banû `Abbad (arabe : banū `abbād بنو عباد ou al-`abbādyī العبادي) sont une dynastie arabe qui régna à Séville (1023-1091) après le démembrement du califat Omeyyade de Cordoue, durant la première période de taïfas, issue de l’ancienne tribu arabe des Lakhmides. Ses membres étaient à la fois cadis (juges musulmans) et gouverneurs de Séville.

Emplacement

1er ». Abou’l-Qacem MOHAMMED I ». ben Abbad.

An de l’hég. 413 (J.-C. 1023). Ismaè’l ben Abbad, père d’Abou’l-Qacem Mohammed, était originaire d’Hémèse (Homs) en Syrie.

Un de ses ancêtres vint en Espagne dans le deuxième siècle de l’hégire , et se fixa dans les environs de Séville , à Tocina près au Guadalquivir, où il exerça la profession du commerce, qu’il abandonna pour celle des armes.

Ismaè’l , par son opulence et son habileté , acquit beaucoup de considération et d’autorité à Séville , avant et depuis les révolutions.

Personne n’égalait son faste et sa libéralité. Sa maison fut l’asile des plus illustres bannis de Cordoue , pendant les troubles.

Son esprit insinuant, son air de franchise et de candeur, ses manières affables cl généreuses lui avaient gagné tous les cœurs, et lui servirent à poser les bases de l’é lévation de sa famille. Abou’l-Cacem Mohammed, son fils marcha sur ses traces, gagna la confiance du roi de Cordoue , Al-Cacem Al-Mamoun, obtint la charge de grand cadhi de Séville, puis le gouvernement de la province; et par reconnaissance, lorsque ce prince perdit pour la seconde fois le trône de Cordoue , Mohammed se rendit indépendant, l’an 413 (1023), par le secours des cheikhs et des vezirs que ses largesses avaient gagnés.

La défaite et la mort du roi Yahia Al-Molâly , l’an 417 (1026), furent le premier acte de révolte de Mohammed ben Abbad et consolidèrent sa souveraineté. Après l’extinction des Ommeyades , il prit le titre de roi, et ne laissa échapper aucune occasion de s’agrandir. Il tourna ses armes contre Mohammed ben Abdallah Al-Boracely , maître absolu de Carmone et d’Ecija, lui enleva plusieurs places, et l’assiégea dans Carmone, sans égard pour les lettres de Djawhar, nouveau roi de Cordoue.

Serré de près et manquant de provisions, Al-Boracely s’évada de Carmone (Carmona), tandis que la ville capitulait ; envoya son fils solliciter les secours du roi de Grenade , et alla lui-même implorer ceux du roi de Malaga.

Ismaè’l , fils de Ben Abbad , vainquit successivement les troupes de ces princes, avant qu’elles eussent pu faire leur jonction *, mais, s étant réunies, elles gagnèrent sur lui une grande bataille où il perdit la vie.

La Porte de Seville a Carmona (Espagne) elle date du 9eme siècle avant jc les carthaginois ont tracé le premier plan pour faire face au romains, ont peut imaginé facilement l'armée Omeyyade de Mussa ibn Nusayr ici devant ces murs.
La Porte de Seville a Carmona (Espagne) elle date du 9eme siècle avant jc les carthaginois ont tracé le premier plan pour faire face au romains.

Le roi de Séville , affligé de cette disgrâce et craignant d être accablé , si le roi de Cordoue se déclarait contre lui , eut recours à un stratagème. 11 supposa que le khalife Hisham II Al-Mowaïad, dont on ignorait depuis longtemps le sort , avait reparu à Calatrava , et était venu se mettre sous sa protection.

Afin d’accréditer le bruit de l’existence de ce prince , il voulut que le nom de Hisham fût proclamé dans la khothbah et gravé sur les monnaies, au mois de moharrem 427 (novembre 1035) : et il annonça à tous les cheikhs de l’Andalousie, a tous les wali de l’Espagne et de l’Afrique, qu’il n’avait pris les armes que pour rétablir Hisham sur le trône de ses pères.

Cette fable, qui ne trompa que le peuple, raffermit néanmoins la puissance du roi de Séville et déconcerta les projets pacifiques du souverain de Cordoue.

L’émir de Carmone, étant rentré dans sa capitale, se joignit à ses alliés pour se venger du roi de Séville et ravager ses états.

Mais Ben Abbad, par ses richesses, les ressources de son esprit , et la valeur de son général , Ayoub ben Amer, remporta divers avantages sur les coalisés , sema parmi eux la discorde, et les força de se retirer chacun chez soi , mécontents d’un mauvais succès dont ils s’accusaient réciproquement.

Alors, voulant tirer un dernier parti du nom de Hescham, il feignit que ce prince venait de mourir, après l’avoir déclaré son successeur et son vengeur.

Le testament supposé qu’il publia, séduisit les Al-Ameris qui , regrettant les Omeyyades , s’attachaient jusqu’à l’ombre de leur puissance.

Mohammed ben Abbad vit alors presque tout le midi de l’Espagne se déclarer pour lui ou rechercher son alliance.

Il se disposait à marcher contre ses ennemis , lors qu’il mourut dans la nuit du 2 1 djoumadi 1er. 433 (24 janvier 1042)i après un règne de 20 ans.

Il fut regretté de ses sujets qu’avaient éblouis ses talents, ses succès, et ses qualités plus brillantes que solides.

Dinar Abbadide de Seville Mutadhed (Mutadid)

2eme Abou Amrou ABBAD AL-MOTADHED-BILLAH.

An de l’hég. 433 (de J.-C. 1042). Abou-Amrou Abbad (2), fils de Mohammed , fut proclamé le 2 djoumadi 11e. (27 janvier), sous le titre d’Al-Motadhed-Billah , qu’il prit à l’instar des khalifes Omeyyades , Abbassides et Fatimides , et des princes Hamoudides , rois de Malaga, issus des trois usurpateurs qui avaient interrompu la suite des derniers khalifes de Cordoue.

L’exemple du nouveau roi de Séville fut imité par tous les petits tyrans qui s’étaient partagé l’Espagne musulmane.

Ce prince , du vivant de son père, avait un harem composé de soixante-dix femmes de divers pays ; il le porta au nombre de 800 , lorsqu’il fut sur le- trône , ce qui ne l’empêchait pas de témoigner beaucoup d’égards et de tendresse à sa principale épouse , fille de al-Moudjahed al-Khawlani , roi arabe de Dénia et des îles Baléares , parce que cette alliance avait mis dans ses intérêts tous les Al-Amiri.

Il était bon poëte, mais il passait pour impie ou du moins pour musulman très-relâché, parce que, dans les vingt -cinq villes que comprenaient ses états, il ne fonda qu’une seule mosquée.

Dans une des salles de son palais de Séville, il conservait plusieurs coupes ornées d’or et de pierreries , et faites avec les crânes des principaux ennemis dont son père et lui avaient triomphé.

Il continua la guerre contre le roi de Carmone , et contre ceux de Grenade et de Malaga, ses auxiliaires.

Cette guerre lui servit d’excuse pour différer de secourir le roi de Cordoue contre celui de Tolède.Mais, par les soins du roi de Badajoz, il se tint à Séville une junte où assistèrent, en personne ou par commissaires, plusieurs cheikhs et seigneurs de l’Andalousie occidentale, qui demandaient à être compris dans l’alliance que l’on conclut en rabi premier 443 (juillet 1051).

Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya)  Au 9eme siècle, sous le règne de l'émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l'emplacement actuel de l'église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l'héritage le plus précieux. Au xiie siècle, les Almohades, fraîchement débarqués du Maghreb, décident de faire de la cité leur capitale, laquelle se peuple de plus en plus généreusement et renforce sa splendeur et son prestige.
Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya) Au 9eme siècle, sous le règne de l’émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l’emplacement actuel de l’église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l’héritage le plus précieux. Au 12e siècle, les Almohades, fraîchement débarqués du Maghreb, décident de faire de la cité leur capitale, laquelle se peuple de plus en plus généreusement et renforce sa splendeur et son prestige.

Le roi de Séville refusa de les y admettre, alléguant qu’ils étaient ses vassaux et non point souverains inamovibles ; de sorte que le traité ne fut avantageux qu’à ce prince , qui renvoya les députés plus satisfaits de sa magnificence et de sa libéralité que de sa bonne foi.

il se contenta de fournir quinze cents cavaliers au roi de Cordoue ; et , tandis que ces troupes , réunies avec celles des émirs de l’Andalousie , combattaient pour la même cause , l’ambitieux Motadhed , pour se venger de ces derniers, les attaquait les uns après les autres, les dépouillait de leur petits états , et incorporait successivement aux siens , Niébla , Huelva , Salles , Oksonoba , Sainte- Marie et Silves, en un mot toute l’Andalousie occidentale et l’Al-Gharb méridional.

Il donna néanmoins le fief de Niébla, à titre de récompense, à Abdallah , fils d’Abdel-aziz, qui, dépossédé , persécuté par son implacable suzerain, s’était réfugié à Carmone , d’où il avait été se jeter entre les bras du roi de Cordoue.

Abdallah se montra reconnaissant des faveurs d’Al-Motadhed. A la tête des troupes de ce prince , il fit la guerre au roi de Carmone et l’assiégea dans sa capitale, qui , peu auparavant , avait servi d’asile a son père, Abdel- aziz , fugitif il pressa si vivement le siège que les habitants capitulèrent, et se rendirent vassaux du roi de Séville.

Mohammed Al-Boracely, avant la reddition de la place. , en sortit secrètement , et alla implorer de nouveau le secours du roi de Malaga. Ces deux princes tentèrent inutilement de reprendre Carmone; mais, après divers combats sans résultats décisifs, ils retournèrent, l’un à Malaga, l’autre à Ecija.

Le roi de Séville , s’étant rendu maître de Cordoue par la plus infâme trahison (Voyez la fin des rois Jahwaride de Cordoue), l’an 452 (1060) , sut accoutumer les habitants à sa domination , en prodiguant aux grands l’or et les honneurs , et en donnant des fêtes et «les spectacles au peuple qui oublia bientôt le bienfaisant Djahwar et son gouvernement sage et paternel.

Insatiable dans son ambition, Al-Motadhed ordonne des préparatifs de guerre contre le roi de Tolède, et envoie son fils Mohammed pour combattre les rois de Grenade et de Malaga , dont la constante protection empêchait seule la’ ruine complète de la famille Al-Boracely.

Avant le départ du jeune prince, son père l’arma chevalier, et lui donna un bouclier couleur d’azur, parsemé d’étoiles d’or , et ayant au milieu une lune d’or , avec un emblème relatif aux vicissitudes des armes.

al-Motadhed accompagna son fils jus qu’à Ronda , où il attendit l’issue des premières opérations du nouveau chevalier.

Le bruit des conquêtes des Al-Moravides en Afrique parvint aux oreilles des princes- belligérants, vers l’an 46° ( 1068), sans suspendre les hostilités, quoique le roi de Malaga eût à craindre pour ses états d’Afrique , celui de Grenade pour les provinces qu’y possédait sa famille ; et que le roi de Séville soupçonnât que celte puissance naissante était celle dont son fils était menacé par les astrologues .

Ce dernier monarque ne laissa pas je continuer la guerre avec succès contre les princes coalisés , et acheva de dépouiller celui d’Ecija.

Enfin le ciel frappa l’orgueilleux Motadhed par le coup le plus sensible , et délivra l’Espagne de la crainte qu’inspirait ce prince à’ la fois magnifique et ambitieux , timide et superstitieux , voluptueux et cruel.

Il avait une fille d’une incomparable beauté , qu,’une mort prématurée enleva à la fleur de l’âge. Le chagrin d’une perte si douloureuse affecta subitement toutes Tes facultés physiques et morales du roi de Séville.

Les secours de l’art semblèrent le rappeler un moment à la vie ; mais, ayant voulu voir la pompe funèbre de sa fille chérie, dont il avait désigné lui-même la sépulture, ce triste spectacle accrut tellement son mal , qu’il expira vingt- quatre heures après , le 2 ou 6 djoumadi second 461 (29 mars ou 2 avril 1069).

Il était âgé de 57 ans, et en avait régné 28.

Ce prince, le plus puissant des souverains de l’Espagne ses contemporains , recommanda à son fils de se défier des Almoravides, de conserver avec soin les deux clefs de l’Andalousie, Algéziras et Gibraltar, et de ne rien négliger pour réunir sous sa domination toute la Péninsule, qui devait appartenir au maître de Cordoue.

Les Tombes du prince arabe et poète Al-Mu'tamid, sa femme et leur fille à Aghmat  dans l'actuel Maroc
Les Tombes du prince arabe et poète Al-Mu’tamid, sa femme et leur fille à Aghmat dans l’actuel Maroc

3eme. Abou’l Qacem MOHAMMED II AL-MUTAMID BILL AH.

An de l’hég. 461 (de J.-C.1069). Mohammed fut proclamé le lendemain, sous les titres d’ ‘ Al-Mutamid , d’Al-Dhafer d’ Al- Mowaîad ; aussi ces différents surnoms l’ont- ils fait confondre avec d’autres princes.

Le nouveau roi présida, le même jour, aux funérailles de son ppère, qui il fit enterrer à l’entrée de l’Alcaçar, dans le tombeau de son aïeul.

Valeureux et prudent , et sachant par sa libéralité enflammer le zèle de ses serviteurs ont s’assurer de leur fidélité, Mohammed ben Abbad , âgé de 29 ans, aussi magnifique, aussi ambitieux que son père, ne fut ni cruel ni sanguinaire, et abusa rarement de la victoire.

Il rendit les biens à ceux qui s’étaient dérobés par la fuite à la tyrannie du dernier règne.

Il excellait dans l’art des vers, et rivalisait avec le roi d’Alméria, son ami : tous deux à l’envi protégeaient les gens de lettres.

On ne reprochait au roi de Seville d’être mauvais musulman , de boire du vin , et d’en permettre l’usage à ses sujets, il faisait la guerre en personne aux rois de Grenade et de Malaga , lorsqu’il apprit par les émirs de Murcie et de Tadmir, ses alliés, qu’Al-Mamoun , roi de Tolède , était entré sur leurs terres, avec une puissante armée.

Il chargea Aboubekr Mohammed ben Omar de marcher à leur secours , et lui confia une mission auprès du comte de Barcelonne.

Ben Omar fit des levées considérables tant à Séville que sur la route, et arriva à Murcie, où sa présence et ses promesses rendirent la confiance aux habitants. Au bout de deux jours, il en partit pour Barcelonne, où il conclut un traité d’alliance offensive et défensive avec le comte Raymond Bérenger ».

Il fut stipulé que, pour prix des secours que ce prince fourni rait au roi de Séville, il recevrait dix mille pièces d’or, le jour que ses troupes sortiraient de Barcelonne , et qu’une pareille somme lui serait comptée, lorsqu’elles arriveraient a Murcie : pour sûreté réciproque, le comte donna un de ses cousins comme otage à Ben Omar, qui promit que son maître livrerait son propre fils Raschid , et enverrait une forte armée.

Raymond Bérenger partit alors avec une brillante cavalerie. Arrivé dans la plaine de Murcie , il y trouva quelques troupes envoyées par le roi de Séville, avec son fils qui passa aussitôt dans le camp des chrétiens.

al-Mutamid ibn Abbad al-Lakhmi de Seville
al-Mutamid ibn Abbad al-Lakhmi de Seville

Ben Omar prit le commandement de ces troupes, dont le petit nombre excita les plaintes du comte, lorsqu’il vil les forces respectables et la position avantageuse du roi de Tolède qui assiégeait Murcie.

Se déliant de son allié, il fit resserrer plus étroitement le jeune Raschid. Cette mésintelligence se communiqua des chefs aux soldats, et fut cause de la dé faite que les coalisés essuyèrent, l’an 462 (1070).

Mohammed accourait, avec un corps de cavalerie qu’il amenait de Jaen. Arrivé à Segura, il fut arrêté sur les bords du Guadimena, dont les eaux grossies empêchaient le passage.

Ce fut alors que les débris de son armée vaincue, qui se pressaient sur l’autre rive,’ lui apprirent la malheureuse issue de la ba taille.

L’épouvante des fuyards était si grande, que plusieurs, ayant osé tenter de traverser la rivière , furent entraînés par les flots.

Ce spectacle jeta le découragement parmi les troupes du roi de Séville, qui se vit forcé de retourner à Jaen , avec le parent du comte de Barcelonne.

Ben Omar , échappé de la déroute, rejoignit bientôt son maître, et lui persuada d’exécuter le traité; mais, faute d’argent, l’échange des otages n’eut pas lieu , et Raymond emmena en Catalogne le fils du roi de Séville.

Ben Omar ne tarda pas à se rendre à Barcelonne; il rendit au comte son otage , compta trente mille pièces d’or pour la rançon du jeune prince, et le renvoya a son père , qui pleura de joie en le revoyant.

Ce fut sans doute pour obliger Raymond que cet adroit musulman vint à la cour du roi de Saragoce, et le détermina par ses intrigues à laisser .respirer les chrétiens, et à faire la guerre au roi de Dénia, ennemi du souverain de Séville. (Voy. ci-après l’art. Ahmed I, roi Huddide de Saragoce. )

Pièce commémorative à l'effigie d'al-Mutamid al-Lakhmi de Seville
Pièce commémorative à l’effigie d’al-Mutamid al-Lakhmi de Seville 

Les armes de Ben Abbad étaient occupées contre les rois de Grenade et de Malaga, dont il avait juré la ruine , lors qu’un ennemi plus redoutable le mit à la veille de voir lui-même sa puissance anéantie.

Le roi de Tolède, Al- Mamoun , fier de sa victoire de Murcie , crut pouvoir aisément achever de dépouiller son rival affaibli par cet échec.

II entra dans l’Andalousie à la tête d’une armée formidable, dont une division, commandée par Hariz ben Hakem , ancien général des rois de Cordoue , surprit cette ville et celle de Madinat al-Zahra.

Seradj-ed-daulah (Saraj al-Dawla) , fils aîné du roi de Séville, ayant été tué en défendant le palais de Zahra , Hariz voulut que sa tête , placée au bout d’une lance , fût promenée dans les rues de  Cordoue , et qu’en la montrant au peuple , l’on criât : « Voilà les terribles effets de la vengeance divine. »

Dans le même temps , les troupes du roi de Tolède s’emparaient d’Ubeda et de plusieurs autres places , menaçaient Jaen ; et lui-même , après une courte résistance , se rendait maître de Séville. al-Mutamid rassembla bientôt toutes ses forces, dispersées du côté d’Algéziras , de Malaga et de Jaen; mais n’ayant pu secourir sa capitale , il fut obligé d’en former le siège.

La mort de son rival , arrivée à la fin de 469 ( ‘1077), lui facilita la réduction de cette ville. Il y rentra, presque aussitôt , tandis que les troupes de Tolède forçaient son camp pour sortir de la place, et il se mit aussitôt à leur poursuite.

Hariz espérait se maintenir dans Cordoue, et comptait tellement sur l’affection des habitants, qu’il se flattait d’y être proclamé roi. Mais il fut bientôt désabusé , lorsque assiégé dans cette ville par al-Mutamid , après avoir en-vain soutenu divers assauts, et fait plusieurs sorties , il vit le peuple se partager en factions. Craignant d’être livré à un prince dont il avait encouru la vengeance , il se hâte d’abandonner Cordoue.

Muraille du coté de la porte de Seville  à Cordoue
Muraille du coté de la porte de Seville (al-Ishbilya en arabe) à Cordoue (al-Qurtuba en arabe)

Le monarque le poursuit à. bride abattue, l’atteint, le perce d’outre en outre d’un coup de lance, et le fait clouer ignominieusement à une croix avec un chien, et exposer sur le pont de Cordoue , où il le laisse dévorer par les bêtes féroces et les oiseaux de proie.

al-Mutamid , ayant ainsi recouvré ses états d’Andalousie, étendu ses relations et augmenté le nombre de ses alliés par les intrigues de Ben-Omar, dans le nord et l’est de l’Espagne, le nomma son vezir, et le chargea de la conquête de Murcie, que ce général enleva aux Taherides, en l’an 471 ( 1078 jc).

Pour empêcher que le roi de Tolède ne tenta de faire rentrer celte contrée sous sa domination, il envoya Ben Omar en ambassade, d’abord auprès du roi de Casiille, afin de le détourner de l’alliance du souverain de Tolède , puis auprès de ses amis , le roi de Saragoce et le comte de Barcelone, afin de s’assurer de leur secours, en cas de besoin.

L’habile  Hadjeb (ministre) réussit ‘dans toutes ces négociations par ses ruses, autant que par son éloquence et ses talents poétiques. La faveur dont il jouissait , excitait les murmures des principaux officiers de l’état, qui l’accusaient de ne songer qu’à ses intérêts, et de tirer profit de tout.

L’an 472 (1079), après une guerre longue et cruelle, Al-Mutamid, acheva la conquête du royaume de Malaga , par la prise de la capitale et d’Algéziras , et mit fin à la dynastie alide des Hamoudides.

La même année, l’Andalousie fut affligée, pendant quatre mois, par des tremblements de terre continuels qui renversèrent plusieurs édifices et monuments publics , sous les ruines desquels un grand nombre d’individus fut enseveli.

Vue sur Ishbiliya (Seville), une mosquée fut construite dans la région sur les plaines en 716-717 par les omeyyades en l’occurrence le fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi, Abd al-Aziz à Rubina dans une ancienne église du nom de santa Rufina .
Vue sur Ishbiliya (Seville), une mosquée fut construite dans la région sur les plaines en 716-717 par les omeyyades en l’occurrence le fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi, Abd al-Aziz à Rubina dans une ancienne église du nom de santa Rufina .

Insatiable dans son ambition, le roi de Séville envoya pour la seconde fois son astucieux vezir au roi de Castille, et le résultat de celte ambassade fut la destruction du royaume de Tolède, dont la capitale et la majeure partie passèrent sous la domination d’Alfonse, en 478 (1085).

Al-Mutamid, dans cet intervalle, reculait aussi ses frontières, et subjuguait Ubeda , Jaen, Baeça , Martos, etc.

Tous les musulmans murmuraient contre de pareilles négociations, et accusaient le roi de Séville de sacrifier les intérêts de l’islam , et jusqu’à sa propre famille, pour acheter au poids de l’or une honteuse alliance.

Al-Mutamid , rejetant alors sur un ministre qui l’avait trop bien servi , tout l’odieux de sa conduite politique , résolut de l’immoler à sa propre sûreté. Ben Omar avait donné à ses parents et à ses amis le commandement de plusieurs châ teaux sur les frontières. Sous ce frivole prétexte, le roi ordonna de l’arrêter comme conspirateur.

Ben Omar, averti , s’enfuit à Murcie, d’où il se rendit à Valence : mais , voyant que les princes y étaient divises et peu satisfaits de lui , il n’osa pas y rester , et partit pour Tolède , où il fut bien reçu du roi Alfonse, qui espérait l’employer utilement dans ses projets de conquêtes. Ses ennemis l’ayant rendu suspect à ce prince , il passa au service du roi de Saragoce qu’il aida de ses artifices pour le rendre maîlre de quelques places sur les frontières des royaumes de Valence et de Murcie. al-Mutamid , craignant que ses secrets ne fussent trahis par son ancien favori, eut iccoursà toutes sortes de moyens pour l’avoir en sa puissance.

Ben Omar fut enfin arrêté à Segura, par l’entremise du roi de Valence , Aboubekr.

Conduit sous bonne escorte à Séville, à travers les malédictions et les injures du peuple de plusieurs provinces, il fut renfermé dans une salle du palais, dont le roi Ïirit lui-même la clef. Vainement il employa le charme de a poésie pour toucher le monarque irrité , et pour im plorer l’intercession d’un fils de ce prince, lequel, ainsi que son père, excellait dans l’art des vers. Al-Motamed voulut bien, pour la dernière fois, répondre de la même manière au poêle disgracié ; mais, excité par les ennemis de ce vezir, il alla dans sa prison , et lui trancha la tête de sa propre main , au commencement de l’an 479 (1086) .

Aboubekr Mohammed , ben Omar , ben Houcein , Al- Mahry , né de parents obscurs, près de Silvès, dans l’Al-Gharb , s’était attaché , jeune encore, au service des Abbadides, dès le tems de l’expédition d’ Al-Motamed dans cette province, vers 445 (1053).

Ishbiliya (Seville) au 16eme siècle .
Ishbiliya (Seville) au 16eme siècle .

La nature l’avait doué de tous les dons du corps et de l’esprit. Homme supérieur dans tous les genres , il fut à la fois grand capitaine, habile négociateur et excellent poëte.

Le roi de Séville, inquiet des progrès d’Alfonse, qui , de puis la prise de Tolède, étendait ses conquêtes sur les plaines arrosées par le Tage, et s’était emparé de Maglit (peut-être Madrid), Maqueda et Guadalajara, lui écrivit pour 1 inviter à se contenter de la capitale , et à se conformer aux clauses de leur traité d’alliance. Le castillan répondit que les pays qu’il avait soumis appartenaient au roi de Valence, qu’a appe lait son ami , mais qui était devenu son vassal (2). Voulant prouver en même tems qu’il était’ fidèle au traité, il en voya au roi de Séville 1,5oo hommes, armés de toutes pièces, pour le seconder dans ses guerres contre le roi de Grenade.

al-Mutamid fit la paix avec celui-ci , et se hâta de congédier ses dangereux auxiliaires, qui, en se retirant, ravagèrent ses frontières, et en enlevèrent des troupeaux et des jeunes gens des deux sexes. Al-Mutamid , mécontent du monarque chrétien, n’hésita pas à méditer sa ruine, lorsqu’il apprit l’invasion de ce prince dans les états d’Al-Gharb et de Saragoce.

Il invita les rois d’Alméria , de Grenade , de Badajoz, de Valence , et tous les dynastes musulmans de la Péninsule , à se joindre à lui, pour s’opposer aux progrès des chrétiens et à la destruction de l’islam.

La médina de Marrakech  fondée en 1071 par Youssef Ibn Tachfin, à la tête de l'empire berbère des Almoravides. Dans le passé, le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d'actualité en Iran); le nom Maroc provient lui-même de la déformation de la prononciation portugaise de Marrakech: Marrocos.
La médina de Marrakech fondée en 1071 par Youssef Ibn Tachfin, à la tête de l’empire berbère des Almoravides. Dans le passé, le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d’actualité en Iran); le nom Maroc provient lui-même de la déformation de la prononciation portugaise de Marrakech: Marrocos.

Une junte , composée des oulémas , dus fakihs et des cadhis attachés aux mosquées métropolitaines de l’Espagne, se tint à Cordoue  , l’an 478 (1085) ; et le résultat de ses délibérations fut de proclamer l’al-Jihad (la guerre sainte), et de prier le souverain almoravide de l’Afrique  de vouloir bien en être le chef.

Yousouf ben Taschfyn , second prince de la dynastie berbères des Al-Moravides , et fondateur de Maroc (Maroc ici veut dire Marakesh), régnait alors sur les deux Mauritanies jusqu’au détroit de Gibraltar. Sur le bruit des victoires de ce conquérant, al-Mutamid avait, depuis quelques années, recherché, son amitié, et l’avait même aidé à s’emparer de Ceuta et de Tanger, afin de pouvoir lui- même subjuguer plus aisément le royaume de Malaga , a qui ces deux villes fournissaient des secours .

Après la conquête de Tolède , Alfonse avait écrit au roi de Séville pour lui demander quelques places fortes ou pour le presser du moins de se reconnaître vassal de la couronne de Castille.

Malgré la réponse négative de al-Mutamid , un ambassadeur castillan vint à Séville avec un juif, trésorier du roi de Castille, pour recevoir le tribut exigé par ce monarque.

Le juif n’ayant pas voulu accepter les pièces d’or de Ben-Abbad, sous prétexte qu’elles n’étaient pas de bon aloi ; et l’ambassadeur demandant qu’au lieu d’or on lui donna quelques vaisseaux, al-Mutamid , irrité, refusa toute espèce de tribut.

La nuit suivante , des esclaves assassinèrent le juif, et maltraitèrent les gens de l’ambassadeur.

Soit que le roi de Séville ne fût pas étranger à cet attentat, soit qu’il fût déterminé à rompre avec le monarque chrétien , il laissa partir son envoyé , sans avoir égard à ses plaintes , sans s’effrayer de ses menaces , et ne songea qu’à se préparer à la guerre. Sourd aux représentations de Raschid , l’aîné de ses fils, et son héritier présomptif, sur la nécessité de se justifier d’une pareille violation du droit des gens, et sur le danger de compter sur le secours du souverain Almoravide de l’Afrique : « Eh bien ! répondit al-Mutamid , j’aime mieux garder les chameaux du roi de Marakesh , que de payer tribut aux chien de chrétiens. » (Dans une autre version : « Mieux vaux gardé les chameaux pour le roi de Marakesh dans le desert que de garder les porcs pour le chrétiens » )

Au commencement de l’année 479 ( 1086) , il envoya une nouvelle ambassade à Yousouf ibn Tashfyn, pour l’engager à hâter son départ.

Ce monarque ayant exigé au préalable, la cession du port d’Algéziras, al-Mutamid non-seulement consentit à ce sacrifice , et ordonna à son fils , Yezid , de livrer cette place aux troupes africaines , mais encore, voulant capter la confiance du roi de Marakesh, ils’embarqua avec une suite brillante, traversa le détroit, et alla visiter ce prince qu’il rencontra dans la province de Tanger, à trois journées de Ceuta. Il en fut accueilli favorablement, l’entretint de l’état de l’Espagne , des causes de sa décadence , l’assura que tous les musulmans fondaient leurs espérances sur son puissant secours , et en reçut la promesse formelle que sous peu de jours il se rendrait à leurs voeux.

Yousouf ayant en effet débarqué, pendant une nuit obscure du mois de rabi-11 479 (aoul 1086), à Algéziras, y fut reçu par Ben-Abbad , et par tous les émirs de la Péninsule, il se rendit à Séville, où était indiqué le rendez- vous général des troupes arabes et africaines. al-Mutamid y avait dévancé ce monarque, qui s’y reposa huit jours, au milieu des fêtes et des plaisirs.

Guerriers de la dynastie berbère Islamique des Almoravides au combat contre les Croisés d'Espagne
Guerriers de la dynastie  des Almoravides et des Andalous au combat contre les Croisés d’Espagne

Toutes les forces des musulmans s’étant rassemblées dans les environs de cette ville , furent partagées en trois corps. al-Mutamid , comme le plus puissant des émirs de l’Espagne, était à la tête du premier corps, qui, uniquement composé des troupes de ces divers petits souverains, formait l’avant-garde , et devait recevoir le premier choc de l’ennemi.

Yousouf jugea cette mesure nécessaire autant à la sûreté qu’à la gloire de ses armes.

Le  second corps, conduit par Daoud ben Aïscha, général africain (ici le mot « africain » a le sens du mot « berbère »), ne comptait que des soldats de cette nation; il eut ordre de soutenir le premier.

Enfin le roi de Marakesh commandait la réserve , composée de sa garde et de ses meilleures troupes.

Alfonse , à la première nouvelle de l’arrivée du monarque almoravide, avait levé le siège de Saragoce , et réclamé le secours de tous les princes et seigneurs chrétiens de l’Espagne et de la France méridionale.

A la tête de cent mille hommes d’infanterie, suivant les auteurs orientaux , et de quarante mille, ou, selon d’autres, de quatre-vingt mille cavaliers , parmi lesquels se trouvaient quelques arabes tributaires , il s’était avancé dans les plaines de Zallaka , entre Badajoz et Merida.

Là , se rencontrèrent les deux armées, le 12 redjeb 479(^3 octobre 1086).

Attaqués par une division de celle des chrétiens , commandée par Al-Barhanis ( sans doute Bérenger-Raimond II , comte de Barcelonne) , et par Garcie, fils de Ramire, les musulmans espagnols plièrent après une assez courte résistance , et bientôt tous leurs chefs prirent la fuite , et gagnèrent Badajoz.

Le roi Abbadide de Séville seul demeura ferme à son poste, avec ses fidèles Andalousiens, et donna le temps au roi almoravide de Marrakech de lui envoyer des renforts, qui l’aidèrent à combattre avec avantage.

Dans ce moment , une mêlée non moins terrible avait lieu entre Daoud et Alfonse : mais lissue de la bataille était encore incertaine, lorsque Yousouf, débouchant de la montagne, derrière laquelle sa réserve était cachée , assaillit le camp du roi de Castille , égorgea les troupes qui le gardaient , s’empara de tous les bagages , prit en queue l’armée chrétienne , la mit en pleine déroute , et décida la victoire.

La plupart des princes et des généraux chrétiens perdirent la vie dans cette bataille, qui dura jusqu’à la nuit.

Alfonse courut souvent risque d’être tué ou fait prisonnier, se sauva avec cinq cents cavaliers , et n’arriva a Tolède qu’après avoir vu périr la plus grande partie de son escorte.

Les musulmans eurent trois mille hommes tués , au rapport des historiens arabes, qui paraissent avoir exagéré la perte des chrétiens.

Les plus modérés la portent’ à vingt- quatre mille morts, dont les têtes coupées furent élevées en forme d’une colline, du haut de laquelle on appela les fidèles à la prière du matin .

Warriors of Medieval Times - Bojovnici stredoveku emir youssouf et les tetes
L’exposition des têtes des croisés après la bataille de Zalaqa (23 octobre 1086) par la dynastie des Almoravides (al-Murabitun) source : Warriors of Medieval Times – Bojovnici Stredoveku

Le roi de Séville , malgré les blessures qu’il reçut dans cette journée, s’empressa d en en voyer la nouvelle à son fils aîné, par un billet de sa main qu’il attacha sous l’aile d’un pigeon .

Après le partage du butin , le roi Almoravide de Marrakesh Youssouf ibn Tashfyn  retourna en Afrique, laissant des troupes en Espagne, sous le commandement de son parent Schyr ou Sayr ben Abou-bekr.

Al-Mutamid , à la tête d’un camp volant, se rendit maître d’Uklés, Hueta, Cuenra , Consuegra et autres places, que son alliance avec le roi de Castille avait assujetties à ce prince : mais surpris dans la province de Murcie, par quelques partis de cavaliers chrétiens qui gardaient cette frontière , il gagna Lorca en désordre.

Les Castillans s’étaient emparés d’Albit (le nom de cette place est écrit Lebatha, par Deguignes ; Lebla, par Ordonne S Albel, par Casiri; Labil al mewali, par Duiulm : Elibat, par d’autres auteurs; et Alid, par Conde, dont l’orthographe tel est évidemment vicieuse ; nous avons suivi celle qu’a bien voulu nous indiquer M. de Sacy.), forteresse importante à douze milles de cette ville.

Les efforts d’Alfonse pour la conserver, et ceux de al-Mutamid pour la reprendre , portèrent , dans cette contrée, le fléau de la guerre. Dégoûté du mauvais succès de son entreprise, le roi de Séville revint dans sa capitale.

Aspirant à la monarchie universelle de l’Espagne, il avait appelé le roi Almoravide de Marrakesh comme un utile et puissant auxiliaire; mais les contrariétés qu’il éprouva de la part des émirs espagnols et des capitaines almoravides, le déterminèrent à recourir de nouveau à ce monarque.

Il l’informa des courses continuelles des chrétiens Sur les terres des musulmans, de la prise d’Albit (Labil al mewali) par le roi de Castille, de celle de Huesca par le roi d’Aragon , et des entreprises de Rodrigue (Le Cid) , du côté de Valence.

Il se plaignit que les chefs de l’armée africaine almoravide, en Espagne , n’étaient pas tels que l’exigeaient les circonstances , et termina sa lettre , en offrant d’aller prendre les ordres de Yousouf , si des affaires plus importantes retenaient ce conquérant en Afrique.

Sans attendre la réponse , il traversa le détroit ; et , croyant le roi de Marrakesh très-occupé dans le Maghreb, il espéra en obtenir le commandement de ses troupes en Espagne.

Il le rencontra près d’Al-Mamoura, à l’embouchure du Ouad al-Seloua (actuelle Maroc). Yousouf ibn Tashfyn le reçut avec affabilité , mais parut surpris de son arrivée en Afrique.

Alors al-Mutamid lui répéta avec plus de détails le contenu de sa lettre , et le pria d’achever son ouvrage dans la Péninsule.

Cependant il n’en reçut que des consolations et l’assurance que ce prince irait bientôt délivrer les musulmans opprimés.

Dès la fin de l’an 480 ( 10^8), Yousouf ibn Tashfyn  accomplit sa promesse : al-Mutamid lui fit la plus brillante réception, et l’accompagna , en rabi 1er . 481 (mai ou juin 1088 ) , à Malaga, à Grenade et à Lorca , où tous les émirs d’Espagne avaient eu ordre de réunir leurs troupes, pour assiéger Albit. La garnison de cette forteresse, consistant en douze mille hommes d’infanferie et mille de cavalerie, résista plusieurs mois à tous les assauts des musulmans.

La discorde, la désertion ayant affaibli ceux-ci, Alfonse en profita pour voler au secours de la place. A son approche, Yousouf leva le siège , et alla se Tembarquer à Alméria, à la fin de l’année 48 « ( 1080,).

Les émirs retournèrent aussi dans leurs états, ainsi que al-Mutamid , qui avait repris Albit, après qu’Alfonse en eut détruit les fortifications et emmené la garnison

Les hostilités continuelles entre les chrétiens et les musulmans , la désunion de ceux-ci , les lettres pressantes de Schyr ben Aboubekr , le beau ciel de l’Espagne , la richesse de son sol , éveillèrent l’ambition du roi Almoravide de Marrakesh, et le déterminèrent à y entreprendre une troisième expédition.

La guerre sainte en fut encore le but apparent ; mais il vint , cette fois, sans être appelé par les princes, qui malheureusement avaient démêlé trop tard ses secrètes intentions.

Yousouf ibn Tashfyn l’Almorvaide assiège d’abord Tolède , où le roi de Castille s’était renfermé; il saccage les environs de cette capitale; fait périr, ou réduit en servitude un grand nombre de chrétiens; puis, le fait que les émirs avaient refusé de se joindre à lui , il lève le siège , et les traitant en ennemis , il va d’abord détrôner Abdallah, dernier roi de Grenade.

Charmé du climat de cette ville , séjourne quelque temps ; renvoie, sans leur donner audience , les ambassadeurs des rois de Séville et de Badajoz (actuel Portugal), fait arrêter le fils du roi d’Alméria; et , laissant entrevoir par la ses projets ultérieurs, il retourne à Marrakesh, en ramadhan 483 ( novembre 1090).

Al-Mutamid le roi arabe de Seville , prévoyant le sort qui le menace, se repent alors d’avoir attiré les « Maures » eu Espagne : il fortifie à la hâte les murs et le pont de Séville, et met ses autres places en état de défense.

Les Africains (Almoravide) , ayant reçu des renforts, se partagent eu quatre divisions : l’une , commandée par Schyr ben Abou-bekr, est chargée de la conquête de Séville et de Badajoz; deux autres doivent attaquer Cordoue et Ronda, qui étaient gouvernées par deux fils de al-Mutamid,  ; la quatrième est destinée à agir contre le roi d’Alméria. Schyr ben Abou-bekr , après avoir vainement employé la ruse et les promesses pour engager le roi de Séville à se soumettre, le somme de livrer ses places, et de venir jurer obéissance a Yousouf, émir suprême des musulmans de l’Ouest reconnus par le calife abbasside de Baghdad.

Cavalerie Musulmane

Al-Mutamid, sans considérer l’infériorité de ses forces, ne répond qu’en attaquant ses auxiliaires. Trop faible pour risquer une bataille, il se borne à livrer des escarmouches, et soutient quelque temps cette guerre inégale avec des succès balancés. Mais la perte successive de Jaen , Bacça, Ubeda, Castro al-Belad, Almodovar, Assachira , Segura; celles de Ronda et de Cordoue, où deux de ses fils furent égorgés, au mépris de la capitulation ; enfin la prise de Carmone , qui fut enlevée d’assaut , le 17 rabi 1er. 484 ( 9 mai 1091), ayant réuni toutes- les forces de l’ennemi devant Séville , il ne resta plus à al-Mutamid jusqu’à faire une chose qui causera sa perte : Appelé au « secours » le roi croisé de Castille. Alfonse , moins par générosité peut-être que pour arrêter les progrès alarmants des Africains Almoravides , envoya une armée de soixante mille hommes , sous les ordres du comte Gomez , qui , après avoir fait le dégât dans la province de Cordoue, fut battue par les troupes Almoravides.

Ce der nier échec ayant privé al-Mutamid de son unique ressource, il se rendit aux vœux , aux instances de ses sujets, et consentit à capituler.

Il obtint sécurité pour lui, ses fils, ses filles , ses femmes , sa maison , et pour tous les habitants.

Schyr ben abou-bekr prît possession de Séville un jeudi ou un dimanche 19 ou 22 redjeb 484 (6 0u 9 septembre 1091),et fit embarquer le malheureux al-Mutamid avec sa famille.

Le désespoir de ces infortunés fut inexprimable , lorsqu’ils perdirent de vue les tours de leurs palais, et qu’ils virent disparaître comme un songe leur grandeur passée. Yousouf ibn Tashfyn, qui les attendait à Ceuta , ne daigna pas les voir , et sans égard pour le malheur et pour la majesté royale, il les envoya prisonniers à Aghmat (Actuel Maroc) .

Ruins d'une mosquée faite en 859 à Aghmat au Maroc, une mosquée aurai été construite (il en reste rien) à  Aylan Aghmat au Maroc    entre 705 et 710 sous Musa ibn Nusayr al-Lakhmi et son lieutenant  Tariq ibn Ziyad seloj Ibn Idhari voilà le passe relatif "C’est en 85 (13 janvier 704) que T’ârik’ibn Ziyad devint gouverneur de Tanger et du Maghreb el-Aksa, et c’est à cette date que la con-version des habitants de cette dernière région (Tanger) à l’Islam fut complète : on orienta dans la direction de la Mekke les temples élevés par les polythéistes et l’on installa des chaires dans les mosquées des communautés. Alors fut élevée la mosquée d’Aghmât Heylâna (On écrit aussi Aylàn ou Ilàn). Quant à ce chef, son nom est T’ârik’ ben Ziyâd ben Abd Allah ben Oulghoû ben Ourfeddjoûm ben Neber- ghâsen ben Oulhàç ben It’oûmet ben Nefzâou ; il était Nefzi d’origine. On dit qu’il figurait parmi les Berbères faits prisonniers. Il était affranchi de Moûsa ben Noçayr."
Ruines d’une mosquée faite en 859  par Wattas ibn Kardûs dans l’année de 245 de l’hégire (859 JC). Sous les Idrissides (789 – 985), Aghmat fait partie du Souss al-Aqsa. Les Almoravides (1040 – 1147) se rendent maître de la ville en 1057. Cette cité leur a servi de base dans leur avancée vers les régions du nord, avant qu’ils ne fondent la médina de Marrakech en 1062. Sous le règne de Youssef Ibn Tachfin, Aghmat fut le lieu d’exil des rois déchus d’Espagne dont le célèbre poète Al-Mutamid ibn Abbad a-Lakhmi, roi abbadide de Séville.

Un arabe qui rencontra al-Mutamid sur sa route, lui présenta des vers sur sa disgrâce non méritée : quoiqu’ils fussent médiocres, ce prince donna au poète trente-six pièces d’or qui lui restaient , n’ayant rien de plus à sa disposition.

Renfermé dans une tour , il y vécut quatre ans dans une extrême pauvreté, servi par ses propres filles,, dont la vue aggravait ses chagrins , loin de les adoucir.

La misère de ces princesses était si profonde . qu’elles étaient réduites à filer  (coudre) pour vivre, et manquaient même de chaussures.

Mais leur naissance et leur beauté brillaient encore sous les haillons qui les couvraient.

Témoin de leur douleur muette, al-Mutamid composa sur ses revers une élégie , pleine de sensibilité; car la poésie qui avait fait ses délices aux jours de sa prospérité, fut son unique consolation dans sa disgrâce.

Ses romances étaient si touchantes, qu’elles devinrent populaires. Il  mourut dans sa prison , en rabi 1er. 488 ( mars 1095) , âgé de cinquante-six ans , après en avoir régné vingt- trois.

Al-Mutamid aurait réuni toutes les qualités qui font admirer les héros et chérir les bons rois , si la bonne foi eût été la règle de toutes ses actions. Mais l’ambilion , la politique tortueuse que ses ancêtres lui avaient transmises , l’entraînèrent à sa perte.

En lui s’éteignit la dynastie des Abbadides, qui, après avoir duré plus de soixante et dix ans, se termina par une catastrophe semblable à celle dont son père et lui-même avaient rendu victime le dernier roi de Cordoue , Mohammed ben D’jàhwar.

Les fils d’al-Mutamid finirent leurs jours en Afrique du Nord, dans l’indigence et l’obscurité.

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La dynastie

  1. Abbad Ier (Al-Mutamid ibn Abbad, ou Muhammad ibn Isma`il) (règne 1023-1042)
  2. Abbad II (Abû Amr Abbad “Al-Mu`tadid”) (règne 1042-1068)
  3. Al-Mu`tamid ibn Abbad (Abbad III, Abû al-Qâsim Muhammad Al-Mu`tamid) (règne 1068-1091) il meurt en 1095

 

 

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques,.; » éd. in-8°, t. n, p.324-329

Date d’édition : 1818-1819

1ere Taifa: La Taifa de Murcie et la dynastie arabe Banu Tahir 1012-1091 :

Publié le Mis à jour le

al-Andalus et le règne des taifas en 1037
al-Andalus et le règne des taifas en 1037  où le premier Royaume de Murcie apparaît

ROYAUME DE MURCIE.

La province de Murcie , plus souvent nommée par les Arabes, pays de Tadmir, resta soumise aux Omeyyades, a l’époque de la décadence du khalifat de Cordoue, et embrassa ensuite la cause des Al-Ameri, qui défendaient les droits de cette famille , usurpés par les Hamoudides.

Ier. ZOHAIR al-Amiri Al-Saclahy, (‘Esclavon ) , roi d’Alméria, le fut aussi de Murcie, qu’il faisait gouverner par un lieutenant. {Voyez ci-après la Chronologie des rois d’Alméria. )

Fortification arabo-musulmane de Murcie qui date d'Abd al-rahman II l'Omeyyade et des Tai'fa
Fortification arabo-musulmane de Murcie qui date d’Abd al-rahman II l’Omeyyade et de la période de Tai’fa

 

11e siècle première Taifa de Murcie Banu Tahir dynastie arabe Qaysite, Ibn Ammar et Ibn Rashiq  1028-1091

1er. Abou-Bekr AHMED Al-Qaïsy.

Le cheikh Abou-Bekr Ahmed, ben Ishak, ben Zaid, ben Thaher, de l’illustre tribu arabe de Qaïs,qui avait produit plusieurs hommes distingués dans les lettres et dans les armes, servit dans les armées de Zohaïr, roi d’Almérie. Celui-ci, pour récompenser sa prudence et sa valeur , lui donna le gouvernement de Murcie. On ignore Tannée de la mort d’Ahmed et la durée de son administration.

2e. Abou Abdel-rahman MOHAMMED al-Qaisy.

Abou Abdel-rahman Mohammed, fils et successeur d’Ahmed, demeura toujours fidèle aux Al-Amiri, et, malgré ses richesses et sa puissance, loin d’imiter les autres walis qui , après l’extinction des Omeyyades, avaient pris le titre de roi, il montra une extrême modération , et se contenta de celui de Mouthe’lîn (que Conde traduit par le nom de Réparateur ). Juste et bienfaisant, il maintint la paix dans ses états, et ne s’occupa qu’à faire le bonheur les peuples de Murcie , dont il emporta les regrets et les bénédictions à sa mort , arrivée l’an 457 (1065) ; il avait alors 90 ans .

La "Muraille arabe de Murcie"
La « Muraille arabe de Murcie »

3e. Abou- Abdallah ABDEL-RAHMAN al-Qaisy.

An de l’hég. 4.57. (de J.-C. io65.) Abdel-rahman , dès sa jeunesse, imita les vertus de son père; il éprouva toutes les vicissitudes de la fortune ; et fut aussi patient dans le malheur que modeste dans la prospérité. Il cultiva les lettres avec succès et composa plusieurs écrits élégants, cités avec éloge par les historiens de Murcie.

Les liaisons des princes Thaherides avec les rois d’Alméria , ayant engagé les premiers dans une alliance avec les souverains de Séville, attirèrent sur Abdel-rahman les armes d’Al-Mamoun , roi de Tolède et de Valence.

Tandis que ce dernier assiégeait Murcie, vers l’an 462 (1070), les troupes réunies ‘Al-Motamed al-Lakhmi, roi de Séville, et de Raimond Bérenger Ier , comte de Barcelone, entreprirent de délivrer Abdel-rahman (2); mais elles furent taillées en pièces par Al-Mamoun.

L’émir de Murcie accepta les offres avantageuses du-vainqueur, se mit sous sa protection , se rendit son vassal et lui céda les places d’Orihuela et de Mula.

Il est probable qu’ Abd el-rahman s’attacha sincèrement à son nouveau protecteur; ou plutôt qu’après la mort d’Al-Mamoun, ayant voulu prendre le titre et les attributs de la royauté , il se vit exposé à la vengeance et à la colère du roi de Séville.

Les généraux de ce prince lui enlevèrent, en 471 (1078-9) , Alicante, Carthagène , Lorca, Orihuela, Mula , et l’assiégèrent dans Murcie , qu’il défendit avec beaucoup de courage ; mais les habitants , pressés par la disette , ayant voulu le forcer de capituler, il promit de le faire ,si, dans vingt jours, il ne recevait pas des secours de Tolède, comme il l’espérait. Ils n’attendirent pas l’expiration de ce délai ; et , ayant vu arriver des renforts aux assiégeants , ils se révoltèrent et ouvrirent leurs portes à l’ennemi. Abdel-rahman , qui au moment de la sédition s’était réfugié dans une mosquée, fut arrêté et conduit dans le château de Montagut.

On ignore combien de tems il y demeura prisonnier ; on sait seulement qu’il recouvra la liberté par la médiation du roi de Valence , Abou bekr , à la cour duquel il se retira.

Il combattit auprès d’Yahia , successeur de ce prince, lorsque Valence fut attaquée et prise par les Almoravides, l’an 485 (1093.). Il y resta néanmoins jusqu’à la conquête de cette ville, par le fameux Rodrigue (dit le Cid),.

L’an 487 (1094) il retourna alors à Murcie, où il emporta les restes mortels du roi Yahia , pour les faire enterrer honorablement, et il déplora la perte de ce prince dans une pièce de vers. Abdel-rahman mourut dans cette ville, en 5o8 (1114), âgé de 70 ans (2). Ce prince n’était pas moins distingué par son courage que par son érudition. âgé de 70 ans (2).

La Noria d'Abaran dans la région de Murcie al-Andalus
La Noria d’Abaran dans la région de Murcie al-Andalus

Abou’l cacem MOHAMMED AL-MUTAMID-BILLAH al-Lakhmi, roi Abbadide de Séville.

An de l’hég. 471 (de J.-C. 1079). Mutamid, roi de Séville, après s’être emparé du royaume de Murcie, en donna le gouvernement à Abdallah ben Raschik, qui avait le plus contribué à cette conquête. Mais il en détacha le gouvernement de- Lorca , en faveur d’Abou-Mohammed ben Leboun , qui depuis eut la vanité de prendre le titre de roi.

On voit cependant parmi les émirs , qui envoyèrent des députés à la junte de Cordoue , l’an 478 (to85), un Abdallah ben Zeidoun , wali de Tadmir , et un Ben Thaher, sans doute wali de Murcie. On voit ce même Abdallah , ben Zeidoun, assister, en 479(1086), à la bataille deZallaka, ainsi qu’Abou Mohammed ben Leboun, wali de Lorca. Ce dernier , l’année suivante, reçut.Motamed, qui venait d’être Lbattu par les castillans. Ceux-ci s’emparèrent d’Alib, (nommée [par d’autres auteurs Lebta ou Lebatha), place forte à douze milles de Lorca, sur le sommet d’un rocher inaccessible.

L’an 481 (1088), Yousouf, roi almoravide de Marakesh (Maroc), vint en personne assiéger cette forteresse; et au nombre des émirs musulmans qui lui amenèrent leurs troupes , se trouvait Abdel-aziz ben Rasih (le même, sans doute, qu’Abdallah ben Raschik, dont on a parlé ci-dessus, ou peut-être son fils), qui gouvernait Murcie au nom du roi de Séville, mais avec un pouvoir absolu et sans payer tribut.

Fatiguée d’un siège long et désastreux, l’armée musulmane était prête à se retirer, contre l’avis du roi d’AIméria, du wali de Lorca et de celui de Murcie, lorsque ce dernier s’emporta jusqu’à vouloir frapper de’son épée, Al-Mutamid, qui l’avait accusé d’ingratitude, et d’intelligence avec les chrétiens. Abdel-aziz ayant été arrêté aussitôt , ses troupes se mutinèrent /abandonnèrent le camp et interceptèrent les convois qui l’approvisionnaient. Cette défection fut favo rable au roi de Castille, qui accourut au secours des assiégés; et elle détermina le monarque africain à renoncer à son entre prise. Yousouf étant revenu en Espagne , l’an 483 (1090), s’empara, l’année suivante, de Murcie et de toutes les villes qui en dépendaient. Conde , ni Cas i ri , ne disent plus rien des princes de la famille de Thaher, ni des deux gouverneurs de Lorca et de Murcie, dont nous avons fait mention. Nous parlerons plus amplement de Mutamid, dans la Chronologie des rois de Séville. Ou verra , dans la quatrième époque de l’Histoire des Maures d’Espagne, Murcie jouer .un rôle plus important, et devenir la capitale d’un royaume plus puissant .

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..319-320 .

Date d’édition : 1818-1819