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LIVRE DES PRAIRIES D’OR ET DES MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES Tome 1 al-Masu’di 951 JC

Publié le Mis à jour le

Al-Mas'ûdî (arabe : علی بن حسین مسعودی Abū al-Ḥasan 'Alī ibn al-Ḥusayn ibn 'Alī al-Mas'ūdī), né à Bagdad à la fin du ixe siècle, mort à Fostat en septembre 956, est un encyclopédiste et polygraphe arabe, à l'apogée de l'islam classique.né à Baghdad v 893 mort à al-Fustat al-Misr v 956
Al-Mas’ûdî , voyageur, écrivain, géographe encyclopédiste et polygraphe arabe abbasside. en plein « age d’or » né à Baghdad en 893 mort à al-Fustat al-Misr en 956

Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alī al-Mas’ūdī dit al-Mas’udi

LIVRE DES PRAIRIES D’OR

ET DES MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES.

Murūj adh-dhahab wa-ma’ādin al-jawhar

masoudi

 

Tome 1

AU NOM DU DIEU CLÉMENT, MISÉRICORDIEUX ET SECOURABLE.

Louanges à Dieu, qui est digne d’être loué, et qu’on doit célébrer et glorifier ! Que Dieu accorde sa bénédiction et sa paix à Mohammed, le sceau des prophètes, et à sa sainte postérité !

CHAPITRE PREMIER.

LE BUT DE CE LIVRE.

L’auteur dit : Dans l’introduction de notre ouvrage intitulé « Annales historiques » (Akhbar ez-zeman), nous avons décrit la forme de la terre, ses villes et ses merveilles ; les mers, les vallées, les montagnes et les fleuves qu’elle renferme ; le produit des mines, les différents cours d’eau, les marais, les îles situées dans les mers ou les lacs ; les grands monuments et les édifices vénérés. Nous y avons exposé l’origine des êtres et le principe des générations, la différence des pays entre eux ; nous avons dit que tel fleuve était devenu mer, telle mer continent ; que tel continent s’était changé en mer dans le cours des âges et la succession des siècles, par suite d’influences astronomiques ou physiques. Nous avons expliqué la division de la terre en climats, l’influence des astres, la direction des chaînes de montagnes et l’étendue relative des contrées. En citant les opinions diverses émises par les Indiens et d’autres peuples païens sur les temps primitifs, sur l’origine et les commencements de l’histoire, nous avons enregistré aussi les théories des légistes, fournies par les livres saints et soutenues par les différentes religions.

A cette introduction succèdent l’histoire des anciens rois, des peuples tombés dans l’oubli, des nations et des tribus qui ont disparu de la scène du monde ; les variétés de races et d’espèces, les différences de culte qui les distinguaient ; leurs sages maximes, les opinions de leurs philosophes, l’histoire de leurs rois et de leurs empereurs, telles que le temps nous les a transmises.

Nous avons ajouté à ces faits généraux la biographie des prophètes, des apôtres et des saints jusqu’au moment où Dieu a élevé par sa grâce et illustré du don de la prophétie Mohammed, son envoyé (qu’il soit béni et sanctifié !) ; nous avons raconté la naissance du Prophète, sa jeunesse, sa mission, sa fuite ; les expéditions militaires commandées par lui-même ou par ses lieutenants, jusqu’à l’époque de sa mort ; enfin l’histoire du khalifat et de l’empire musulman à chaque période, ainsi que les guerres suscitées par les Thalébites ou descendants d’Ali, jusqu’au moment où nous avons entrepris la rédaction de ce livre, c’est-à-dire sous le règne d’el-Mottaki lillah, prince des croyants, l’an 332 de l’hégire (943 de J. C).

A la suite de ce premier ouvrage, nous avons écrit notre Histoire moyenne (Kitab el-awsat), où sont racontés, en suivant l’ordre chronologique, les événements du passé, depuis la création du monde jusqu’à l’époque où se terminent notre grand ouvrage et cette Histoire moyenne, qui en est le complément.

Nous croyons utile aujourd’hui de donner le résumé et l’abrégé de ces développements dans un livre moins considérable, qui ne renfermera que l’esquisse des matières contenues dans les deux compositions précédentes, mais où nous ajouterons un certain nombre de faits scientifiques ou de renseignements relatifs à l’histoire omis dans ces deux ouvrages.

Nous réclamons l’indulgence du lecteur en faveur des erreurs ou des négligences qui peuvent se présenter dans ce livre ; car notre mémoire s’est affaiblie et nos forces se sont épuisées par suite des fatigues résultant de longs et pénibles voyages à travers les mers et le continent. Avide de connaître par nous-même ce qu’il y a de remarquable chez tous les peuples, et d’étudier de nos propres yeux les particularités de chaque pays, nous avons visité dans ce but le Sind, le Zanguebar, le Sinf (sud de la Cochinchine), la Chine et le Zabedj (Java) ; passant de l’Orient à l’Occident, nous avons couru des dernières limites du Khoraçan au centre de l’Arménie, de l’Aderbaïdjan, de l’Erran, de Beïlakan, et exploré tour à tour l’Irak et la Syrie. Nous pouvons comparer cette course à travers le monde à la marche que le soleil décrit dans les cieux, et nous appliquer ces vers du poète :

Nous parcourons le monde en tous sens ; aujourd’hui nous sommes dans l’extrême Orient et demain dans l’Occident

Tel le soleil, dans sa marche infatigable, s’avance vers des contrées où jamais caravane n’osa pénétrer.

L’auteur ajoute : Dans ces voyages nous avons fréquenté plusieurs rois, aussi différents par leurs mœurs et leurs opinions que par la situation géographique de leur pays, et progressivement nous avons trouvé chez eux le même accord à reconnaître que les vestiges de la science ont disparu et que sa splendeur est éteinte ; l’étude, en se généralisant, a perdu de sa profondeur ; on ne voit plus que des gens pleins de vanité et d’ignorance, savants imparfaits, qui se contentent d’idées superficielles et méconnaissent la vérité.

Aussi une pareille étude et une érudition de ce genre nous parurent si peu dignes de nos efforts, que nous préférâmes composer nos ouvrages sur les doctrines et les croyances différentes ; tels sont : le Livre de l’exposition des principes de la religion, le Discours sur les bases des croyances, le Livre du secret de la vie et l’Arrangement des preuves touchant les principes religieux. Ce dernier renferme les principes et les règles à suivre dans les arrêts et jugements ; la certitude que fournissent le recueil des lois apostoliques et la jurisprudence des moudjtehid (interprètes sacrés) ; les règles pour apprécier et décider ce qui est préférable ; la connaissance des versets du Koran qui sont abrogés et de ceux qui leur sont substitués ; ce qu’il faut entendre par l’unanimité (idjma), et ce qui la constitue ; le moyen de discerner le particulier du général, les ordres des interdictions, les choses permises de celles qui sont défendues ; les traditions générales et celles qui ont été transmises par une seule autorité ; les actes du Prophète et les conséquences qui en dérivent pour la juridiction ; on y trouve enfin l’exposé des doctrines de nos adversaires, autant quand ils nous combattent que lorsqu’ils sont d’accord avec nous.

Nous écrivîmes ensuite le Livre des réflexions sur la qualité d’imam ou examen des doctrines professées par ceux qui restent attachés à la lettre du texte religieux et ceux qui admettent la libre interprétation (au sujet de l’hérédité de l’imam), les arguments de chaque parti, etc. et enfin le Livre de la sincérité, qui traite également de l’imamat. Nous mentionnerons encore nos autres traités sur les différentes sciences extérieures et intimes, visibles et occultes, passées et existantes. Nous y avons éveillé l’attention du lecteur sur les conjectures de ceux qui remontent le cours des âges pour étudier le passé, et sur les prévisions de ceux qui interrogent l’avenir ; nous avons reproduit leurs opinions à l’égard d’une lumière qui brillerait sur la terre et se répandrait pendant les époques de stérilité et d’abondance, enfin sur les suites des prédictions historiques dont l’origine est manifeste et dont les commencements ne sont un mystère pour personne.

Citons aussi nos écrits politiques, études sur le gouvernement de l’État et de ses parties, sur son organisation naturelle et ses subdivisions ; enfin nos recherches sur l’origine et la composition de l’univers et des corps célestes, sur les matières épaisses ou subtiles qui tombent ou ne tombent pas sous le sens, et les théories philosophiques relatives à ce sujet.

En composant ces ouvrages sur l’histoire universelle, en recueillant les faits que le temps nous a transmis sur les prophètes, les rois et leur règne, les nations et leur place sur le globe, nous avons été désireux de suivre la voie tracée par les savants et les sages, et de laisser après nous un souvenir glorieux, un monument solide et construit avec art. Les auteurs qui nous ont précédé nous paraissent pécher ou par une trop grande abondance de détails, ou, au contraire, par une concision exagérée. Bien que les matériaux aient augmenté avec le temps et en raison des événements qui les ont fait naître, les esprits les plus judicieux en ont souvent négligé des parties importantes ; chacun d’eux a consacré ses soins à un objet spécial et s’est borné à étudier les particularités que lui offrait son pays natal. Or celui qui n’a pas quitté ses foyers, limitant ses recherches au champ borné que lui présentait l’histoire de sa patrie, ne peut être comparé au voyageur courageux qui a consumé sa vie dans les explorations lointaines et affronté chaque jour un danger pour fouiller avec persévérance les mines (de la science) et arracher de l’oubli les restes précieux du passé.

Le nombre des ouvrages qui traitent de l’histoire est considérable ; parmi les différents auteurs qui ont écrit les annales des temps anciens ou qui ont raconté les événements des âges modernes, les uns ont réussi, les autres, au contraire, sont restés inférieurs à leur tâche ; mais on est obligé de reconnaître que tous ces écrivains s’y sont appliqués dans la mesure de leurs forces, et ont déployé toutes les ressources de leur talent

Tels sont :

Wahb, fils de Monabbih ; Abou Mikhnaf Lout, fils de Yahia el-Amiri ; Mohammed, fils d’Ishak el-Wakidi ; Ibn el-Kelbi ; Abou Obeïdah Mamer, fils d’el-Motanni ; Ibn Aïach ; el-Haïtem, fils d’Adi et Tayi ; Charki, fils d’el-Kitami ; Hammad « le conteur »; el-Asmayi ; Sehl, fils d’Haroun ; Abd Allah, fils d’el-Mokaffa ; el-Yezidi ; Otbi el-Omawi ; Abou Zeïd Saïd, fils d’Aws l’Ansarien ; Nadhar, fils de Chomeïl ; Abd Allah, fils d’Aiechah ; Abou Obeid el-Kaçem, fils de Sellam ; Ali, fils de Mohammed de Médaïn ; Dammad, (fils de) Rafi, fils de Selmah ; Mohammed, fils de Sellam el-Djomhi ; Abon Otman Amr, fils de Bahr el-Djahiz ; Abou Zeid Omar, fils de Chebbah en-Nomaïri ; Zoraki l’Ansarien ; Abou-Saib el-Makhzoumi ; Ali, fils de Mohammed, fils de Soleiman en-Nawfeli ; Zobeir, fils de Bekkar ; el-Indjili ; er-Riachi ; Ibn Abid Ommarah, fils de Watimah l’Egyptien ; Iça, fils de Loheïah l’Égyptien ; Abd er-Rahman, fils d’Abd Allah, fils d’Abd el-Hukm l’Égyptien ; Abou Haçan ez-Ziadi ; Mohammed, fils de Mouça le Kharezmien ; Abou Djafar Mohammed, fils d’Abou’s Seri ; Mohammed, fils d’el-Heitem, fils de Chebabah le Khoraçanien, auteur du Livre de la Dynastie ; Ishak, fils d’Ibrahim de Moçoul, auteur du Livre des chansons, etc. Khalil, fils d’el-Heitem el-Hartémi, auteur des Ruses et stratagèmes de guerre et d’autres ouvrages ; Mohammed fils de Yezid el-Mouberred el-Azdi ; Mohammed, fils de Suleïman el-Minkari el-Djewheri ; Mohammed, fils de Zakaria ei-Gallabi l’Égyptien, auteur du Livre des hommes généreux (Kitab el-adjwad), etc. Ibn Abi’d-douniah, précepteur du khalife el-Moktafi-billah ; Ahmed, fils de Mohammed el-Khozayi, surnommé el-Kkakani, originaire d’Antioche ; Abd Allah, fils de Mohammed, fils de Mahfouz el-Belawi l’Ansarien, ami d’Abou Yezid Ommarah, fils de Zeïd el-Medini ; Ahmed, fils de Mohammed, fils de Khaled el-Barki l’Ecrivain, auteur du Livre de la Démonstration (Kitab et-Tibian) ; Ahmed, fils d’Abou Taher, auteur d’une chronique de la ville de Bagdad, etc. Ibn el-Wecha ; Ali, fils de Modjahid, auteur de l’Histoire des Omeyades, etc. Mohammed, fils de Saleh, fils de Nitab, auteur de l’Histoire des Abbassides, etc. Yousef, fils d’Ibrahim, auteur de l’Histoire d’Ibrahim, fils d’el-Mehdi, etc. Mohammed, fils d’el-Haret le Taglébite, auteur du livre intitulé « Mœurs royales » (Kitab akhlak el-molouk), qu’il a composé pour el-Fath, fils de Khakan, etc. Abou Saïd es-Soukkari, auteur des Poésies des Arabes ; Obeïd Allah, fils d’Abd Allah, fils de Khordadbeh. Ce dernier est un écrivain distingué et remarquable par la beauté de son style, aussi a-t-il eu un grand nombre d’imitateurs qui lui ont fait des emprunts et suivi fidèlement la voie qu’il avait tracée. On peut s’en convaincre en examinant son grand ouvrage historique. Ce livre se distingue entre tous par le soin et l’ordre de sa méthode, l’abondance de ses renseignements sur l’histoire des peuples, et la biographie des rois de la Perse ou d’autre race. Un autre ouvrage non moins précieux du même auteur, c’est son traité Des Routes et des royaumes, etc., mine inépuisable de faits que l’on explore toujours avec fruit. Nous devons mentionner également l’Histoire du Prophète, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, des khalifes et des rois ses successeurs, jusqu’au règne d’el-Motadhed-billah, avec le détail des événements qui ont signalé ces époques, par Mohammed, fils d’Ali, el-Hoçeini, l’Alide, originaire de Dinawer. La Chronique d’Ahmed ben Yahia el-Beladori, ainsi que son livre intitulé Des Pays et de leur soumission par les armes ou par capitulation depuis l’hégire, avec le récit des conquêtes du Prophète et de ses successeurs, les circonstances qui les ont accompagnées, la description des contrées de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud. Nous ne connaissons pas un meilleur travail sur l’histoire de la conquête musulmane. La Grande Chronique des Perses et autres nations, par Dawoud, fils d’el-Djerrah, grand-père du vizir Ali ben Iça ben Dawoud ben el-Djerrah. Le Recueil comprenant l’historique de tous les événements survenus pendant les siècles qui ont précédé ou suivi l’islam, par Abou Abd Allah Mohammed, fils d’el-Hoçein, fils de Sewar, surnommé le neveu d’Iça ben Ferhanchah, travail qui va jusqu’à l’an 320. L’Histoire d’Abou Iça, fils de l’Astrologue, d’après les révélations du Pentateuque, avec la chronologie des prophètes et des rois. L’Histoire des Omeyades, leurs vertus, leurs talents, les exemples qu’ils ont suivis et leurs innovations, par Abou Abd er-Rahman Khaled, fils d’Hicham, l’Omeyade. L’Histoire d’Abou Bechred-Dawlabi. Le Livre illustre (Kitab ech-cherif) sur l’histoire et d’autres sujets, par Abou Bekr Mohammed ben Khaled ben Wakia le Juge. Le Livre de biographie et d’histoire (Kitab es-sier we akhbar), par Mohammed, fils de Khaled le Hachémite. Un ouvrage qui porte le même nom, par Abou Ishak, fils de Soleiman le Hachémite. La Biographie des khalifes (Kitab sier el-khoulafa), par Abou Bekr Mohammed, fils de Zakaria er-Razi, auteur du livre intitulé Kitab el-Mansouri et d’autres livres de médecine. Les œuvres d’Abd Allah, fils de Moslem, fils de Kotaïbah de Dinawer, qui se distinguent par leur étendue et leur nombre, comme son Traité des connaissances (Kitab el-mearif) et d’autres écrits.

La Chronique d’Abou Djafar Mohammed, fils de Djerir et-Tabari. Ce livre brille entre tous les autres et leur est bien supérieur ; la variété des renseignements, des traditions, des documents scientifiques qu’il renferme le rendent aussi utile qu’instructif. Comment pourrait-il en être autrement, puisque l’auteur était le premier jurisconsulte et le plus saint personnage de son siècle, et qu’il réunissait à la connaissance de toutes les écoles de jurisprudence celle de tous les historiens et traditionnistes.

Telle est aussi l’Histoire d’Abou Abd Allah Ibrahim, fils de Mohammed, fils d’Arafat, le grammairien de Waçit, connu sous le nom de Naftaweïh. Ce livre, plein de beautés de premier ordre et rempli des meilleurs passages et des plus utiles renseignements fournis par les bons écrivains, prouve que son auteur surpassait ses contemporains par son savoir et son style.

Mohammed, fils de Yahia es-Souli, a suivi la même voie dans ses Feuillets sur l’histoire des khalifes abbassides, leurs vizirs et leurs poètes ; il raconte plusieurs particularités qu’on chercherait vainement ailleurs, et que lui seul pouvait connaître, parce qu’il en a été le témoin oculaire. C’était d’ailleurs un homme instruit, d’une érudition variée et un habile écrivain.

L’Histoire des vizirs (Kitab akhbar el-wazera), par Abou’l-Haçan Ali, fils d’el-Haçan, plus connu sous le nom d’Ibn el-Machitah, offre les mêmes qualités ; il va jusqu’à la fin du règne de Radi-billah. On reconnaît le même mérite dans Abou’l-Faradj Kodamah, fils de Djafar el-Katib, écrivain élégant et original, dont le style, quoique concis, est toujours clair. On en trouve la preuve dans son histoire intitulée « Les Fleurs du printemps » (Kitab zahr er-rebi), ainsi que dans son Traité du Kharadj ; on verra dans ces deux écrits la vérité de ce que nous avançons et la justesse de notre appréciation.

Abou’l-Kaçem Djafar, fils de Mohammed, fils d’Hamdan de Moçoul le Jurisconsulte, a composé son recueil historique qu’il intitula « L’Admirable » (Kitab el-bahir), pour réfuter le Livre du jardin (Kitab er-rouda), par el-Mobarred. On doit aussi à Ibrahim, fils de Mahaweïh le Persan, une réfutation du Kamil, d’el-Mobarred. Ibrahim, fils de Mouça, el-Waçiti el-Katib, a donné une histoire des vizirs, où il attaque l’ouvrage de Mohammed, fils de Dawoud, fils d’el-Djerrah, sur le même sujet. Ali, fils d’el-Fath l’Ecrivain, surnommé el-Moutawak, a raconté l’histoire de quelques-uns des vizirs de Moktadir.

Citons encore le livre nommé « La Fleur des yeux et l’épanouissement des cœurs » (Zekret el-ouïoun wè djela el-Kouloub), par el-Misri. Une chronique, par Abd er-Rahman, fils d’Abd er-Rezzak, surnommé el-Djordjani, es-Saadi. L’Histoire des Abbassides, etc. par Ahmed, fils de Yakoub l’Égyptien. Une Histoire des Abbassides et autres princes, par Abd Allah, fils d’el-Hoçeïn, fils de Saad l’Écrivain. L’Histoire de Moçoul et d’autres villes, par Abou Zokrah (?), de Moçoal. Un recueil d’histoire, etc. par Mohammed, fils d’Abou’l-Azhar, et son livre intitulé « Révoltes et séditions ». (Kitab el-heradj wel ahdath).

Je considère Senan, fils de Tabit, fils de Korrah el-Harrani, comme ayant entrepris une œuvre hors de sa compétence et suivi une voie qui n’était pas la sienne, quand il a composé ce livre, qu’il adresse sous forme d’épître à un de ses amis, secrétaire du Diwan. Il débute par des généralités sur la nature des âmes, leur division en âme raisonnable, irascible et concupiscente ; il donne une esquisse du gouvernement, d’après les théories que Platon a émises dans sa République en dix séances ; il énumère rapidement les devoirs des rois et des ministres, et passe au récit d’événements qu’il ne révoque pas en doute, bien qu’il n’en ait pas été le témoin. Il arrive ainsi à l’histoire de Motadhed-billah, nous parle de la faveur dont il jouissait et des années qu’il a passées à sa cour, puis il remonte d’un khalife à l’autre, et, par cette marche rétrograde, il s’écarte de la vraie méthode historique. Quel que soit donc le mérite de l’exécution et la véracité de l’auteur, on ne peut que le blâmer d’être sorti de sa sphère et de s’être chargé d’un travail pour lequel il n’était pas fait. Que n’est-il resté dans le domaine scientifique, où il n’avait pas de rivaux, la connaissance d’Euclide, des sections de l’Almageste (astronomie) ou des cercles ! Que n’a-t-il développé les vues de Socrate, de Platon et d’Aristote sur le système des sphères, des phénomènes météorologiques, des tempéraments, des relations et des compositions, des conclusions, des prémisses et des syllogismes, la différence entre le monde physique et surnaturel, la matière, les propriétés et la mesure des figures, ou quelque autre problème philosophique ! Il se serait acquitté avec honneur de cette tâche, et son œuvre aurait répondu à son talent. Mais où est l’homme qui connaît la limite de ses forces et les bornes de son aptitude ?Abd Allah, fils d’el-Mokaffa, a dit avec raison : « Tout auteur poursuit un but ; en l’atteignant, il s’illustre ; s’il le manque, il se déshonore. »

Abou’l-Haçan el-Maçoudi ajoute : Les chroniques, les annales, les recueils de biographies et de traditions mentionnés ici appartiennent à des auteurs célèbres, ou du moins connus ; nous avons passé sous silence les livres des écoles traditionnaires relatifs aux noms, à l’époque et à la classification des principaux personnages de l’islam, parce que ces développements excéderaient les limites de cet ouvrage. D’ailleurs, ce qui concerne le nom des docteurs qui, à diverses époques, ont transmis les traditions, recueilli les faits biographiques et historiques ; les catégories de savants de chaque siècle, depuis les compagnons du Prophète et leurs successeurs (tabis), les subdivisions d’école, les divergences d’opinion qui ont surgi entre les jurisconsultes des grandes villes, les philosophes, les sectaires et les controversistes, tous ces faits en un mot, jusqu’à la date de l’année 332 (de l’hégire), sont consignés dans nos Annales historiques (Akhbar ez-zeman) et notre Histoire moyenne (Kitab el-awsat).

J’ai donné à ce livre le titre de Prairies d’or et de mines de pierres précieuses, à cause de la haute valeur et de l’importance des matières qu’il renferme, puisque, pour le sens et le contexte, il reproduit les parties saillantes et les passages principaux de nos œuvres précédentes.

J’en fais hommage aux rois illustres et aux savants, persuadé que je n’y ai rien omis de ce qu’il est utile de connaître et de ce qui peut satisfaire un esprit curieux d’étudier le passé.

Ce livre est, en quelque sorte, le mémento de mes premiers écrits, le résumé des connaissances que doit posséder un homme instruit, et qu’il serait inexcusable d’ignorer ; il n’y a pas, en effet, une seule branche de la science, un renseignement quelconque, une source de traditions qui n’y soient contenus en détail ou en abrégé, ou tout au moins indiqués par de rapides allusions et par quelques observations sommaires.

Quant à celui qui oserait dénaturer le sens de ce livre, renverser une des bases sur lesquelles il repose, obscurcir la clarté du texte ou jeter du doute sur un passage, par suite d’altérations ou de changements, par des extraits ou des résumés ; celui enfin qui se permettrait de l’attribuer à un autre auteur, qu’il soit l’objet de la colère divine et d’un prompt châtiment !

Puisse-t-il être accablé de calamités qui épuiseront sa patience et dont la pensée seule frappera son esprit de terreur ! Qu’il devienne un exemple pour ceux qui savent, une leçon pour les intelligents, un signe pour ceux qui réfléchissent ! Que Dieu lui retire tous les bienfaits dont il l’avait comblé ! Que le créateur du ciel et de la terre lui enlève les facultés et les dons qu’il lui avait accordés, à quelque secte et à quelque opinion qu’il appartienne ! Dieu est tout-puissant ! Nous avons placé cette menace au début de ce livre, et nous l’avons répétée à la fin (voy. chap. dernier), pour qu’elle retienne celui qui pourrait céder à une pensée coupable ou qui succomberait à un désir criminel.

Qu’il redoute Dieu, son Seigneur, qui le voit ! qu’il tremble devant l’avenir qui l’attend ! car le temps est restreint, la distance est courte, et c’est vers Dieu qu’il faut retourner.

Il est temps de donner la liste des chapitres dont se compose cet ouvrage et d’indiquer le contenu de chacun de ces chapitres.

CHAPITRE II.

TABLE DES CHAPITRES QUE RENFERME CET OUVRAGE.

Dans ce qui précède nous avons fait connaître le but de ce livre ; nous allons maintenant donner une table du nombre de ses chapitres, suivant l’ordre méthodique que nous avons adopté dans notre récit afin de faciliter les recherches.

  1. III. Du commencement des choses, de la création et de la génération de tous les êtres, depuis Adam jusqu’à Abraham.
  2. IV. Histoire d’Abraham, des prophètes et des rois d’Israël qui ont vécu après lui.
  3. V. Règne d’Arkhoboam, fils de Salomon, fils de David ; des rois d’Israël ses successeurs ; aperçu de l’histoire des prophètes.
  4. VI. Des hommes qui ont vécu dans l’intervalle (fitreh), c’est-à-dire entre le Messie et Mohammed.
  5. VII. Généralités sur l’histoire de l’Inde, ses doctrines, l’origine de ses royaumes, les mœurs et les pratiques religieuses de ce pays.
  6. VIII. Description du continent et des mers ; sources des fleuves ; les montagnes, les sept climats, astres qui exercent sur eux leur influence, etc.
  7. IX. Renseignements généraux sur les migrations des mers et sur les principaux fleuves.
  8. X. Renseignements sur la mer d’Abyssinie, son étendue, ses golfes et ses détroits.
  9. XI. Opinions diverses sur le flux et le reflux ; résumé des systèmes proposés.
  10. XII. La mer de Roum (Méditerranée) ; opinions diverses sur sa longueur, sa largeur, les lieux où elle commence et où elle finit.
  11. XIII. La mer Nitas (Pontus), la mer Mayotis et le détroit de Constantinople.
  12. XIV. Mer de Bab el-Abwab, de Khazar et de Djordjan (mer Caspienne) ; de la place que les mers occupent sur le globe.
  13. XV. Rois de la Chine et des Turcs ; dispersion des descendants d’Amour ; histoire résumée de la Chine ; ses rois ; généralités sur leur vie, leur système politique, et autres renseignements analogues.
  14. XVI. Rapide exposé des mers ; leurs particularités ; les peuples qui habitent les îles et le littoral ; classification des États riverains. (fin tome1)
  15. XVII. Le mont Caucase (el-Kabkh) ; renseignements sur les peuplades nommées Allan (Alains) ; les habitants d’es-Serir, les Khazars ; les tribus turques et bulgares (Borghoz) ; description de Bab el-Abwab (Derbend) ; les rois et les peuples du voisinage.
  16. XVIII. Rois syriens.
  17. XIX. Rois de Moçoul et de Ninive, nommés aussi rois assyriens.
  18. XX. Rois de Babel, nabatéens on d’autre origine, nommés aussi chaldéens.
  19. XXI. Rois perses de la première époque ; résumé de leur règne et de leur histoire.
  20. XXII. Rois des Satrapies et Achgans qui ont vécu entre la première-et la seconde époque.
  21. XXIII. Généalogie des Perses ; opinions différentes des historiens à cet égard.
  22. XXIV. Rois sassanides ou de la seconde époque ; leur règne et leur histoire.
  23. XXT. Histoire des rois grecs ; opinions diverses sur leur généalogie.
  24. XXVI. Histoire abrégée de l’expédition d’Alexandre dans l’Inde.
  25. XXVII. Rois grecs qui ont régné après Alexandre.
  26. XXVIII. Peuples de Roum ; opinions historiques sur leur généalogie ; le nombre de leurs rois, leur chronologie et leur règne.
  27. XXIX. Rois chrétiens de Roum, c’est-à-dire rois de Constantinople ; résumé des principaux événements de leur temps.
  28. xxx. Rois de Roum (Byzantins) depuis l’apparition de l’islamisme jusqu’à Romanus, qui règne aujourd’hui (332 de l’hégire).
  29. XXXI. Renseignements sur l’Egypte, le Nil, les curiosités et les rois de ce pays.
  30. XXXII. Histoire d’Alexandrie, sa fondation, ses rois, ses curiosités et autres détails analogues.
  31. XXXIII. Les nègres, leur origine, leur variété de races et d’espèces ; la position respective de leurs contrées ; histoire de leurs rois.
  32. XXXIV. Les Slaves, leurs établissements, leurs rois, leurs migrations.
  33. XXXV. Les Francs et les Galiciens ; leurs rois ; résumé de leur histoire et de leurs guerres avec les habitants de l’Espagne (Mores).
  34. XXXVI. Les Longobards (Noukobard), leurs rois, le pays qu’ils habitent.
  35. XXXVII. Les Adites et leurs rois ; abrégé de leur histoire ; opinions sur la durée de leur existence.
  36. XXXVIII. Les Thamoudites et leurs rois ; leur prophète Salih ; résumé de leur histoire.
  37. XXXIX. La Mecque et son histoire ; fondation de la Maison sainte (Kaaba) ; domination successive des Djorhomites et autres tribus, avec plusieurs faits qui se rapportent à ce chapitre.
  38. XL. Renseignements généraux sur la description de la terre et des différentes contrées ; de l’amour de l’homme pour son pays natal.
  39. XLI. Opinions diverses sur le motif pour lequel le Yémen, l’Irak, la Syrie (Cham) et le Hedjaz ont été ainsi nommés.
  40. XLII. Le Yémen ; généalogie de ses habitants ; opinions diverses sur ce sujet.
  41. XLIII. Rois du Yémen, nommés Tobba, et autres rois de ce pays ; leur vie et la durée de leur règne.
  42. XLIV. Rois de Hirah, d’origine yéménite ou autre ; histoire de ce pays.
  43. XLV. Renseignements historiques sur les rois de Syrie d’origine yéménite, les Gassanides, etc.
  44. XLVI. Tribus nomades chez les Arabes et autres peuples ; pourquoi elles vivent de préférence dans le désert, comme les Kurdes dans les montagnes ; origine de ces derniers, résumé de leur histoire et autres renseignements analogues.
  45. XLVII. Croyances et opinions des Arabes dans les âges d’ignorance (Djahelieh) ; leurs migrations ; histoire des compagnons de l’Éléphant ; invasion des Abyssins et d’autres peuples ; Abd el-Mottaleb, et autres renseignements analogues.
  46. XLVIII. Opinion des Arabes sur l’âme, qu’ils croyaient ressembler au hibou et au chat-huant, avec quelques renseignements sur le même sujet
  47. XLIX. Récits des Arabes sur les ghouls (ogres) et leur transformation, comparés aux récits analogues d’autres peuples, ainsi que divers détails qui se rapportent au même sujet.
  48. L. Récits que font les Arabes et d’autres peuples sur les oracles et les génies, soit pour en affirmer l’existence, soit pour la nier.
  49. LI. Opinions des Arabes sur la science de la physionomie, les augures, les pronostics fondés sur le vol des oiseaux de droite à gauche et de gauche à droite, etc.
  50. LII. L’art divinatoire ; en quoi il consiste ; opinions émises à cet égard ; distinction entre l’âme raisonnable et les autres âmes ; détails relatifs aux songes et à d’autres sujets analogues.
  51. LIII. Renseignements généraux sur les devins et sur la rupture de la digue d’Aram dans le pays de Saba et de Mareb. Dispersion des Azdites et leur établissement dans diverses contrées.
  52. CH. Les années et les mois chez les Arabes et les peuples étrangers ; analogies et différences qu’on y remarque.
  53. LV. Mois des Coptes et des Syriens ; différences de leurs dénominations ; résumé de leur chronologie et autres renseignements analogues.
  54. LVI. Mois des Syriens ; leur concordance avec les mois grecs ; nombre des jours de l’année ; définition des Anwa.
  55. LVII. Mois des Persans, et autres détails sur ce sujet.
  56. LVIII. Jours des Persans, et autres détails sur ce sujet
  57. LIX. Années et mois des Arabes ; noms qu’ils donnent aux jours et aux nuits.
  58. LX. Traditions des Arabes sur les nuits des mois lunaires, et autres renseignements qui se rattachent au même sujet.
  59. LXI. Influence du soleil et de la lune sur ce monde ; résumé des opinions émises à cet égard, et autres détails analogues.
  60. LXII. Des quarts du monde, des éléments et des vents ; connaissance des propriétés de chaque partie du monde, l’est, l’ouest, le sud et le nord, par suite de l’influence des astres.
  61. LXIII. Édifices consacrés, monuments religieux, temples voués au culte du soleil, de la lune et des idoles ; religion particulière des Indiens ; les astres et autre merveilles du monde.
  62. LXIV. Édifices consacrés chez les Grecs, et leur description.
  63. LV. Édifices consacrés chez les anciens Romains, et leur description.
  64. LXVI. Édifices consacrés chez les Slaves, et leur description.
  65. LXVII. Édifices consacrés, monuments religieux chez les Sabéens de Harran et d’autres villes ; curiosités qu’ils renferment ; renseignements à cet égard.
  66. LXVIII. Renseignements sur les temples du feu ; leur description ; tradition des Mages à cet égard, et autres détails de même nature.
  67. LXIX. Résumé de chronologie universelle, depuis le commencement du monde jusqu’à la naissance de notre prophète Mohammed, et autres détails analogues.
  68. LXX. Naissance du Prophète ; sa généalogie, et tout ce qui se rapporte à ce chapitre.
  69. LXXI. Mission du Prophète ; son histoire jusqu’à sa fuite (hégire).
  70. LXXII. Fuite du Prophète, résumé des principaux faits historiques jusqu’à sa mort.
  71. LXXIII. Récit abrégé de tous les événements et faits historiques survenus entre la naissance et la mort de notre saint Prophète.
  72. LXXIV. Des locutions nouvelles introduites par le Prophète, et inconnues avant cette époque.
  73. LXXV. Khalifat d’Abou Bekr, le véridique (es-siddik) ; sa généalogie ; abrégé de sa vie et de son histoire.

CH.LXXVI. Khalifat d’Omar, fils de Khattab ; sa généalogie ; abrégé de sa vie et de son histoire.

  1. LXXVII. Khalifat d’Otman, fils d’Affan ; sa généalogie ; abrégé de sa vie et de son histoire.
  2. LXXVIII. Khalifat d’Ali, fils d’Abou Taleb ; sa généalogie ; abrégé de sa vie et de son histoire ; généalogie de ses frères et sœurs.
  3. LXXIX. Récit de la journée du Chameau ; ses causes ; combats livrés pendant cette journée, et autres détails analogues.

Ca. LXXX. Résumé de ce qui s’est passé à Siffla entre les habitants de l’Irak et de la Syrie.

  1. LXXXI. Les deux arbitres ; causes qui ont amené l’arbitrage.
  2. LXXXII. Guerre d’Ali avec les habitants de Nehrewan, surnommés Chorat (hérétiques), et autres faits qui s’y rapportent.
  3. LXXXIII. Meurtre d’Ali, fils d’Abou Taleb.
  4. LXXXIV. Paroles mémorables d’Ali ; sa piété, et autres anecdotes sur le même sujet.
  5. LXXXV. Khalifat d’el-Haçan, fils d’Ali ; résumé de son histoire et de sa vie.
  6. LXXXVI. Portrait de Moawiah ; sa politique ; particularités intéressantes tirées de son histoire.
  7. LZXXVII. Règne de Moawiah, fils d’Abou Sofian ; histoire abrégée de ce prince.
  8. LXXXVIII. Les compagnons du Prophète et leur panégyrique ; Ali, fils d’Abou Taleb el-Abbas ; leurs vertus, etc.
  9. LXXXIX. Règne de Yezid, fils de Moawiah, fils d’Abou Sofian (que Dieu le maudisse !).
  10. XC. Meurtre d’el-Hoçeïn, fils d’Ali, fils d’Abou Taleb, avec plusieurs de ses parents et de ses partisans.
  11. XCI. Nomenclature des enfants d’Ali, fils d’Abou Taleb.
  12. CH. XCII. Résonné de l’histoire et de la vie de Yezid ; quelques-unes de ses actions remarquables, sa conduite à Horrah, etc.
  13. XCIII. Règne de Moawiah, fils de Yezid ; Merwan, fils d’el-Hakm ; Mokhtar, fils d’Abou Obeïd ; Abd Allah, fils de Zobeir ; quelques détails sur leur histoire et leur vie ; principaux événements de cette époque.
  14. XCIV. Règne d’Abd el-Melik, fils de Merwan ; récit abrégé de son histoire et de sa vie ; el-Hadjadj, fils de Yousouf ; particularités curieuses ayant trait à sa vie et à son histoire.
  15. XCV. Résumé historique de la vie d’el-Hadjadj ; ses discours, ses actions remarquables.
  16. XCVI. Règne d’el-Welid, fils d’Abd el-Melik ; résumé de son histoire et de sa vie.
  17. XCVII. Règne de Soleiman, fils d’Abd el-Melik ; résumé de son histoire et de sa vie.
  18. XCVIII. Khalifat d’Omar, fils d’Abd el-Aziz, fils de Merwan, fils d’el-Hukm ; détails sur son histoire, sa vie et sa piété.
  19. XCIX. Règne de Yezid, fils d’Abd el-Melik ; résumé de son histoire et de sa vie.
  20. C. Règne de Hicham, fils d’Abd el-Melik, résumé de son histoire et de sa vie.
  21. CI. Règne de Welid, fils de Yezid, fils d’Abd el-Melik, résumé de son histoire et de sa vie.
  22. CII. Règne de Yezid, fils d’el-Welid, fils d’Abd el-Melik, et de son frère Ibrahim ; principaux événements de leurs règnes.
  23. CIII. Esprit de parti qui se déclare parmi les tribus du Yémen et de Nizar ; révolte contre les Omeyades qui en est le résultat.
  24. CIV. Règne de Merwan, fils de Mohammed, fils de Merwan, fils d’el-Hukm.
  25. CV. Du nombre d’années pendant lesquelles régnèrent les Omeyades.
  26. CVI. De la noble dynastie des Abbassides ; quelques détails sur Merwan ; sa mort violente ; résumé.de son histoire et de son règne.
  27. CVII. Khalifat d’es-Saffah ; résumé de son histoire, de sa vie et des événements de cette époque.-
  28. CVIII. Khalifat d’Abou Djafar el-Mansour ; résumé de son histoire, de sa vie et des événements de cette époque.
  29. CIX. Khalifat d’el-Mehdi ; résumé de son histoire, de sa vie et des événements de cette époque.
  30. CX. Khalifat d’el-Hadi ; résumé de son histoire, de sa vie et des événements de cette époque.
  31. CXI. Khalifat d’er-Rechid ; résumé de son histoire, de sa vie et des événements de cette époque.
  32. CXII. Histoire des Barmékides ; rôle qu’ils ont joué à cette époque.
  33. CXIII. Khalifat d’el-Amin ; résumé de son histoire, de sa vie ; abrégé des principaux événements de cette époque.
  34. CXIV. Khalifat d’el-Mamoun ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  35. CH. cxv. Khalifat d’el-Motaçem ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  36. CXVI. Khalifat d’el-Watiq ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  37. CXVII. Khalifat d’el-Motewakkil ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  38. CXVIII. Khalifat d’el-Mountasir, résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  39. CXIX. Khalifat d’el-Mostaïn ; résumé de son histoire, de sa vie ; abrégé des principaux événements de cette époque.
  40. CXX. Khalifat d’el-Motazz ; résumé de son histoire, de sa vie ; abrégé des principaux événements de cette époque.
  41. CXXI. Khalifat d’el-Mohtadi, résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  42. CXXII. Khalifat d’el-Motamid, résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  43. CXXIII. Khalifat d’el-Motaded ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  44. CXXIV. Khalifat d’el-Moktafi ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  45. CXXV. Khalifat d’el-Moktadir ; résumé de son histoire, de sa vie et des principaux événements de cette époque.
  46. CXXVI. Khalifat d’el-Kaher ; résumé de son histoire» de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  47. CXXVII. Khalifat d’er-Radi ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  48. CXXVIII. Khalifat d’el-Mottaki ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  49. CXXIX. Khalifat d’el-Mostakfi ; résumé de son histoire de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  50. CXXX. Khalifat d’el-Mouti ; résumé de son histoire, de sa vie, et récit abrégé des principaux événements de cette époque.
  51. CXXXI. Second résumé chronologique depuis l’hégire jusqu’à la présente époque, c’est-à-dire le mois de djoumada premier, l’an trois cent trente-six. C’est à cette date que nous avons terminé ce livre.
  52. CH. CXXXII. Nomenclature des chefs du Pèlerinage, depuis l’origine de l’islam jusqu’à l’année trois cent trente-cinq.

L’auteur ajoute : Tel est le sommaire des chapitres contenus dans ce livre ; mais on trouvera, en outre, dans chacun de ces chapitres, différents faits relatifs aux sciences, à la tradition et à l’histoire, qui ne sont pas énoncés dans le titre. Fidèle à la classification qui précède, nous consacrons à la chronique des khalifes et à la durée de leur vie un paragraphe distinct de leur biographie et de leur histoire. Nous passons ensuite en revue les faits principaux de leur règne, les traits remarquables de leur vie ; nous résumons enfin les événements importants de l’époque, l’histoire de leurs vizirs, et les sciences qui étaient l’objet de leurs réunions académiques. Nous faisons aussi de fréquentes allusions aux sujets analogues que nous avons développés dans ceux de nos ouvrages précédents qui se rapportent aux mêmes matières.

Le nombre total des chapitres que renferme ce livre est de cent trente-deux. Le premier a pour titre : « Généralités sur le but de ce livre ; » le second est intitulé, « Table des chapitres que renferme cet ouvrage, » et le dernier : « Nomenclature des chefs qui ont conduit les pèlerins à la Mecque, depuis l’origine de l’islam jusqu’à l’année trois cent trente-cinq. »

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CHAPITRE III.

DU COMMENCEMENT DES CHOSES ; DE LA CREATION ET DE LA GÉNÉRATION DES ÊTRES.

Toutes les sectes musulmanes s’accordent à dire que Dieu, le tout-puissant, créa l’univers sans modèle et le tira du néant. D’après une tradition qui remonte à Ibn Abbas et à d’autres docteurs, la première chose créée par Dieu fut l’eau, et le trône divin était porté par cet élément. Lorsque Dieu voulut entreprendre l’œuvre de la création, il fit sortir de l’eau une vapeur qui s’éleva au-dessus d’elle et forma le ciel ; pois il dessécha la masse liquide et la transforma en une terre qu’il partagea ensuite en sept. Cette œuvre fut terminée en deux jours, le dimanche et le lundi. Dieu, en créant la terre, la plaça sur un poisson, ainsi qu’il le dit dans son Koran (LXVIII, 1) : « Par la plume et ce qu’ils écrivent, par le poisson, etc. » Il mit le poisson et l’eau sur des blocs de pierre, ces blocs sur le dos d’un ange, l’ange sur un rocher, et le rocher sur le vent. Il est fait mention de ce rocher dans le Koran, lorsque Lokman dit à son fils : « O mon enfant, le moindre grain de sénevé, fut-il sur le rocher, au ciel ou dans la terre, sera produit au grand jour par Dieu, car Dieu pénètre et sait toutes choses. » (XXI, 15.) Les mouvements du poisson donnant à la terre de. violentes secousses ; Dieu y fixa les montagnes et elle devint stable, ainsi qu’il est dit dans le Koran (XVI, 15) : « Il a jeté de solides montagnes sur la terre, pour qu’elle ne vous entraine pas dans ses secousses. » Les montagnes, la nourriture des habitants de la terre, les arbres et tout ce qui était nécessaire, furent créés en deux jours, le mardi et le mercredi ; aussi on lit dans le Koran (XLI, 8-10) : « Dis-leur : Pourriez-vous méconnaître celui qui a créé la terre en deux jours, et oseriez-vous lui donner des égaux, à lui, le maître de l’univers ? Il a placé de solides montagnes sur la terre, il l’a bénie, et il a pourvu à la subsistance de ceux qui l’implorent, et cet ouvrage a été terminé en quatre jours. » Puis Dieu remonta vers le ciel, qui n’était qu’une vapeur, et il lui dit ainsi qu’à la terre : « Venez de gré ou de force. » Tous deux répondirent : « Nous venons avec obéissance. » De cette vapeur provenant des exhalaisons de l’eau. Dieu fit un seul ciel, qu’il divisa en sept autres deux, en l’espace de deux jours, le jeudi et le vendredi. Ce dernier n’a été nommé Djouma, ou réunion, que parce que la création des deux fut réunie à celle de la terre pendant ce jour. Dieu dit ensuite (Koran, XLI, 11), « Et il révéla à chaque ciel ce qui le concernait ; » ce qui signifie qu’il créa dans chaque ciel les anges, les mers et les montagnes de glace qu’il renferme.

Le ciel placé au-dessus de la terre est en émeraude verte ; le second ciel est en argent ; le troisième en rubis rouge ; le quatrième en perle ; le cinquième en or pur ; le sixième en topaze ; le septième est une masse de feu et est couvert d’anges qui, debout sur un seul pied, chantent les louanges de Dieu parce qu’ils sont près de lui. Leurs jambes traversent la septième terre, et la plante de leur pied repose au-dessous de cette terre, à une profondeur qu’il faudrait cinq cents ans pour atteindre, tandis que leurs têtes se trouvent sous le trône, sans pourtant le toucher. Ils disent : « Il n’y a de dieu que Dieu, le maître du trône glorieux ! » (Koran, LXXXV, 15.) Placés là depuis leur création, ils y resteront jusqu’à l’heure du jugement. Sous le trône est une mer, d’où descend la subsistance de tous les êtres vivants. Obéissant à la volonté divine, elle transmet d’un ciel à l’autre la quantité de pluie fixée par Dieu, jusqu’à l’endroit nommé el-Abram. Dieu commande ensuite au vent, et il porte l’eau aux nuages, qui la tamisent comme un crible. Sous le ciel qui recouvre la terre est une mer toute remplie d’animaux qui ressemblent à ceux qui vivent dans les mers de notre globe, et ils y sont retenus par la puissance divine.

Après avoir terminé la création de la terre, Dieu la peupla de génies (Djinns) avant d’y placer Adam ; « il les créa du feu le plus pur (Koran, LV, I4), et parmi eux se trouvait Iblis (le diable). Dieu leur défendit de verser le sang des animaux et de se révolter les uns contre les autres ; mais ils répandirent le sang et se combattirent mutuellement. Lorsqu’Iblis vit que les génies ne s’abstenaient d’aucune mauvaise action, il pria Dieu de l’élever au ciel, où il unit ses ferventes adorations à celles des anges. Dieu envoya contre les génies, qui sont de la race d’Iblis, une troupe d’anges qui les repoussèrent jusque dans les iles des différentes mers, après avoir exterminé ceux dont Dieu ordonna la mort. Iblis, qui avait été institué par Dieu comme gardien du ciel voisin de la terre, laissa envahir son cœur par l’orgueil. Lorsque Dieu voulut créer Adam, il dit aux anges : « Je vais établir mon vicaire sur la terre. » Les anges répondirent : « Seigneur, qui sera ce vicaire ? » Dieu dit alors : « Il aura des descendants qui feront le mal ; ils se haïront et s’extermineront les uns les autres. « Les anges reprirent : « Seigneur, veux-tu donc placer sur la terre une créature qui la couvrira de désordres et de sang, tandis que nous célébrons tes louanges et que nous te bénissons ? « Dieu répondit : « Je sais ce que vous ignorez. » (Koran, II, 28.) Puis il envoya Gabriel sur la terre pour qu’il lui en rapportât de l’argile ; mais la terre dit à l’ange : « J’invoque Dieu contre toi si tu as l’intention de me nuire. »

Gabriel s’éloigna donc sans remplir sa mission. Dieu envoya Michel, auquel la terre adressa les mêmes paroles, et qui partit aussi sans prendre d’argile. Dieu envoya en fin l’ange de la mort, contre lequel la terre invoqua encore l’appui divin ; mais l’ange lui dit, « Que Dieu me préserve de m’en retourner sans avoir exécuté son ordre ! » puis il prit de la terre noire, rouge et blanche, et c’est pour cette raison que les hommes différent de couleur. Le premier homme fut nommé Adam, parce qu’il a été tiré de la surface (adim) de la terre ; mais on donne aussi d’autres explications à ce nom. Dieu confia la mort à l’ange de la mort. Puis il pétrit cette argile et la laissa pendant quarante ans, pour qu’elle formât une masse unie et compacte ; il la laissa encore pendant le même espace de temps, jusqu’à ce qu’elle devînt fétide et se corrompît. Ainsi il est dit dans le Koran (XV, 26) : « Formé d’une argile masnoun, » c’est-à-dire fétide. Dieu donna à ce limon ta forme humaine, mais le laissa sans âme comme un vase de terre, pendant cent vingt ans, ou, selon d’autres, pendant quarante ans. Voilà pourquoi il est dit dans le Koran (LXXXVI, 1) : « L’homme n’est-il pas demeuré longtemps sans qu’il fût digne d’avoir un nom ? » Les anges, en passant devant ce corps, furent saisis de frayeur. Iblis, plus effrayé encore, le heurta du pied en passant près de lui, ce qui produisit un son semblable à celui d’un vase de terre ; c’est ainsi qu’il faut entendre le mot salsal, dans ce passage du Koran (LV, 13) « d’un bruit analogue à celui d’un vase d’argile ; » on explique aussi ce terme d’une manière différente de la nôtre. Iblis pénétra dans la bouche et ressortit du côté opposé, en disant : « Dans quel but as-tu été créé ? » Lorsque Dieu voulut animer ce corps du souffle de la vie, il ordonna aux anges de se prosterner devant Adam ; tous obéirent à l’exception d’Iblis, qui, dans l’excès de son orgueil, s’écria : «Seigneur, je suis meilleur que lui, car tu m’as créé de feu, tandis que tu l’as formé d’argile. » (Koran» XXXVIII, 77.) Or le feu est plus noble que l’argile ; c’est moi que tu avais établi comme ton vicaire sur la terre ; j’ai des ailes, une auréole de lumière, et ma tête est couronnée de noblesse ; c’est moi qui t’ai adoré au ciel et sur la terre. » Dieu lui répondit : «Sors d’ici, car tu es lapidé ; que ma malédiction pèse sur toi jusqu’au jour du jugement ! » (Ibid. XXXVIII, 78 et seq.) Iblis demanda un répit jusqu’au jour de la résurrection, et Dieu le lui accorda «jusqu’au terme fixé. » (Ibid. 82.) Ce fut ainsi que le nom d’Iblis reçut le sens qu’on lui attribue (diabolus), et à cause de lui fut donné l’ordre de se prosterner devant Adam. Quelques personnes pensent qu’Adam n’était que le mihrab ou la direction vers laquelle devaient se tourner les anges qui avaient reçu cet ordre, mais que le véritable objet de l’adoration était le Créateur, et que c’est ainsi que les serviteurs de Dieu doivent se soumettre et obéir à sa volonté dans l’examen et les épreuves qu’il leur impose. Il y a encore d’autres opinions à cet égard. Dieu fit pénétrer son souffle dans l’homme, et à mesure qu’une partie de corps était animée par ce souffle, elle tendait à s’asseoir ; Dieu dit alors : « L’homme est créé trop prompt.» (Koran, XIII, 12.) Lorsque le souffle divin l’eut rempli entièrement, l’homme éternua, et Dieu lui dit : « Prononce les mots : Louanges à Dieu, pour que ton Seigneur te fasse miséricorde, ô Adam ! »

Le récit qu’on vient de lire sur l’origine de la création nous est donné par la révélation ; il a été transmis oralement de génération en génération, et l’antiquité l’a légué aux âges modernes. Nous le rapportons tel que nous l’avons recueilli de la bouche des anciens, tel que nous l’avons trouvé dans leurs livres ; il est accompagné des arguments qui prouvent d’une manière évidente que le monde est créé et tiré du néant. Mais nous ne voulons mentionner ici ni l’opinion des sectes religieuses qui acceptent et soutiennent le système de la création, ni les arguments qu’elles opposent aux sectes dissidentes qui affirment l’éternité du monde ; nous avons traité ces matières dans nos écrits précédents. On trouvera d’ailleurs dans plusieurs passages de ce livre un résumé des sciences spéculatives, des arguments et des discussions relatives à un grand nombre d’opinions philosophiques ; mais ces renseignements suivront toujours la marche des faits historiques.

Une tradition qui remonte au prince des croyants, Ali, fils d’Abou Taleb, dit que lorsque Dieu voulut établir les lois de l’univers, jeter les germes des êtres et produire la création, il donna à ces germes la forme d’atomes, avant d’étendre la terre et d’élever les cieux. Au sein de sa royauté sans partage et de sa glorieuse unité, il prit un rayon de sa lumière, une étincelle de son foyer de splendeur. Cette lumière, en se répandant, se concentra au milieu de ces atomes invisibles et s’unit à la forme de notre saint prophète Mohammed.

Dieu prononça alors ces augustes paroles : « Tu es l’élu et le choisi ; je dépose en toi ma lumière et les trésors de ma grâce ; pour toi j’étendrai le lit des vallées, je donnerai un libre cours à l’eau, j’élèverai le ciel, et je distribuerai les récompenses et les châtiments, le Paradis et l’Enfer. En ta faveur, je ferai des membres de ta famille les guides du salut, je leur révélerai les secrets de ma science, afin qu’il n’y ait plus pour eux de subtilités ou de mystères ; ils seront la preuve de ma création, les apôtres de ma toute-puissance et de mon unité. » Dieu prit ensuite le témoignage de sa toute-puissance et la croyance pure en son unité, et à ces deux dogmes, qu’il disposa selon sa sagesse, il ajouta, dans l’intelligence des créatures, la notion de l’élection de Mohammed et de sa famille ; il montra à la création que la direction dans le salut et la lumière de la foi appartenaient à Mohammed, comme la suprématie religieuse (imameh) à sa famille, en devançant ainsi la loi de la justice (le Koran) et en prévenant toute excuse. Puis Dieu ensevelit la créature dans le monde invisible et la cacha dans les mystères de sa science. Il posa les mondes, déroula le temps, souleva les flots et fit surnager l’écume et monter la vapeur. Le trône divin flottait encore sur l’eau ; Dieu étendit la terre sur cette surface liquide, et tira de l’eau une vapeur dont il forma le ciel. Il somma le ciel et la terre de lui obéir, et ils reconnurent sa puissance. Dieu créa ensuite les anges, qu’il forma des lumières et des esprits tirés par lui du néant, et il unit au dogme de son unité celui de la mission prophétique de Mohammed. Cette croyance fut ainsi répandue dans le ciel avant que le Prophète accomplit sa mission sur la terre.

Après avoir créé Adam, Dieu fit connaître aux anges la haute dignité de l’homme et la supériorité de science qu’il lui avait accordée sur eux ; pour le prouver, il lui fit nommer tous les objets de la création. Adam fut donc désigné par Dieu comme un mihrâb, une kaabah, une porte sainte ou une kiblah vers laquelle les purs esprits et les anges de lumière devaient se tourner pour prier.

Dieu avertit le premier homme du dépôt qui lui était confié et lui révéla le précieux trésor qu’il avait confié à sa garde, après l’avoir désigné comme imam en présence des anges. Adam eut ainsi le glorieux privilège d’être honoré comme le gardien de la lumière divine ; mais Dieu continua à cacher cette lumière sous le voile du temps, jusqu’à ce qu’il daignât tirer Mohammed du canal de la grâce (voy. ci-après). Celui-ci appela les hommes (à la foi) en public ou en particulier, il prêcha en secret et ouvertement ; il ne cessa de rappeler aux hommes l’époque antérieure à sa venue, mais où il existait déjà comme un germe céleste. Ceux à qui s’était communiquée une étincelle du flambeau de la lumière primitive pénétrèrent dans ce secret et le comprirent clairement ; ceux qui conservèrent le bandeau de l’ignorance furent l’objet de sa colère. Après Mohammed, la lumière a été transmise aux plus nobles d’entre nous (les Alides), et elle a brillé dans nos imams. Nous sommes donc les lumières du ciel et celles de la terre ; en nous est le salut, de nous sort le secret de la science, et c’est vers nous que tout doit aboutir, un guide, pris parmi nous, fournira les preuves décisives ; il sera le sceau des imams, le sauveur de la nation, le foyer de la lumière et la source de toutes choses. Noos sommes les plus nobles des créatures, l’élite des êtres et la preuve vivante du maître des mondes. Heureux donc celui qui s’attache à notre suprématie et qui se laisse guider par nous !

Telle est la tradition enseignée par Abou Abd Allah Djafar ben Mohammed, d’après son père Mohammed ben Ali, d’après son père Ali ben el-Hoçein, d’après son père el-Hoçein, d’après son père l’émir des croyants, Ali, fils d’Abou Taleb.

Nous ne chercherons pas à citer toutes les autorités qui appuient cette tradition, ni ses variantes ; nous l’avons déjà développée dans nos ouvrages précédents, «o la rattachant historiquement à toutes les sources auxquelles nous l’avons puisée. Mais dans ce livre nous craindrions les répétitions et les longueurs.

Voici ce qu’on lit dans le Pentateuque (Tourah), « Dieu commença la création le lundi, et la termina le jour du sabbat ; » voilà pourquoi les Juifs ont fait du sabbat un jour consacré.

Les sectateurs de l’Évangile, croyant que le Messie est sorti de son tombeau le dimanche, ont adopté ce jour comme jour de fête.

Mais la plupart des jurisconsultes et des traditionnistes pensent que la création commença le dimanche et finit le vendredi.

Ce jour-là, c’est-à-dire le 6 du mois d’avril, le souffle de la vie anima le premier homme.

Eve (Hawa) fut ensuite créée d’Adam. Ils furent placés dans le Paradis terrestre à la troisième heure de ce jour, et ils y séjournèrent trois heures, ou un quart de jour, ce qui égalait deux cent cinquante années terrestres.

Après sa chute, Adam fut relégué par Dieu à Serendib (Ceylan), Eve à Djeddah, Iblis à Beiçan et le serpent à Ispahan.

Adam fut précipité dans l’Inde, sur le mont Rahoun, situé dans l’île de Ceylan. Quelques feuilles (du Paradis), cousues ensemble, couvraient son corps ; quand elles furent desséchées, le vent les dispersa dans l’Inde.

On prétend (Dieu sait, mieux la vérité) que ces feuilles ont donné naissance aux parfums qui naissent dans ce pays ; mais d’autres donnent une raison différente. Telle serait donc l’origine de diverses productions propres à l’Inde : l’aloès, le giroflier, les aromates, le musc et tous les parfums. Sur cette même montagne brillent les rubis et les diamants ; les îles de l’Inde produisent l’émeri, et la mer qui l’entoure recèle les perles dans son sein. Adam, chassé de son premier séjour, emporta une provision de froment et trente rameaux détachés des arbres fruitiers du Paradis.

Dix de ces fruits ont une écorce : la noix, l’amande, l’aveline ou noisette, la pistache, le pavot, la châtaigne, la grenade, la noix dinde, la banane et la noix de galle ; dix autres sont des fruits à noyaux, savoir : la pêche, l’abricot, la prune, la datte, la sorbe, le fruit du lotus (voy. Forskal, Flor.Egypt. p. LXIII), la nèfle, le jujube, le fruit du doum (palmier éventail du Saïd) et du cerisier ; dix autres enfin, dont la pulpe n’est recouverte ni d’une écorce, ni d’une pelure, et qui n’ont pas de noyaux ; ce sont : la pomme, le coing, le raisin, la poire, la figue, la mûre, l’orange, le concombre, la courge et le melon.

Jour de Hajj, la plaine d'Arafat, la Mecque, Arabie-Saoudite
Jour de Hajj, la plaine d’Arafat, la Mecque, Arabie-Saoudite

On raconte qu’Adam et Eve furent séparés après avoir été chassés du Paradis, et qu’ils se retrouvèrent au lieu nommé Arafat (reconnaissance) : c’est ainsi du moins qu’on explique le nom de cette montagne (à vingt-quatre kilomètres de la Mecque) ; mais il y a d’autres opinions à cet égard. Eve, rendue à l’amour d’Adam, lui donna un enfant mâle et une fille ; le premier fut nommé Caïn, et la fille Loubeda. Devenue mère pour la seconde fois, Eve mit encore au monde un fils et une fille ; l’un fut nommé Abel, et l’autre Iklimia. On n’est pas d’accord sur le nom du fils aîné d’Adam, mais l’opinion générale parmi ceux qui suivent l’autorité de l’Écriture, et d’autres encore le nomment Caïn, comme nous l’avons dit ; quelques-uns ont adopté le nom d’Abel, mais cette version est peu répandue, tandis que la première a pour elle la majorité. C’est ce que confirme le passage suivant d’une poésie sur l’origine du monde, par Ali, fils d’el-Djohm :

Ils obtinrent un fils nommé Caïn, qui grandit sous leurs yeux.

Abel parvint à l’adolescence à côté de Caïn, et rien ne séparait les deux frères.

Ceux qui admettent l’Écriture sainte disent qu’Adam, afin d’éviter le mariage entre les enfants issus de la même grossesse, unit Gain à la sœur (jumelle) d’Abel, et celui-ci à la sœur (jumelle) de Caïn. Le but d’Adam, dans cette double union, était d’établir une séparation dans les liens du sang, autant du moins que cela était possible en l’absence de race éloignée ou étrangère. Les Mages prétendent cependant qu’Adam n’a pas interdit le mariage entre enfants issus de la même grossesse, et que cette défense eût été blâmable, Ils ont, à cet égard, certain dogme mystérieux d’après lequel ils soutiennent qu’il est préférable qu’un frère épouse sa sœur, ou une mère son propre fils. Nous en avons parlé dans le quatorzième chapitre de notre ouvrage intitulé : « Annales historiques relatives aux peuples de l’antiquité, aux races éteintes et aux rois qui ont disparu de la scène du monde. »

Abel et Caïn offrirent chacun un sacrifice ; Abel fit choix, pour ce sacrifice, de ses plus belles brebis et de ses aliments les plus délicats ; Caïn offrit, au contraire, la part la plus mauvaise de son bien. Ce qui arriva alors, c’est-à-dire le meurtre d’Abel par Caïn, est raconté dans le Koran (sur. XXX, v. 33). On dit que Gain surprit son frère dans une plaine déserte, située sur le territoire de Damas, en Syrie, et qu’il le tua en lui frappant la tête avec une pierre. On ajoute que les bêtes sauvages ont appris ainsi de l’homme à être cruelles, puisqu’il leur donna le premier exemple du crime et du meurtre. Après avoir tué son frère, Caïn, embarrassé de cacher le corps, le chargea sur ses épaules et parcourut la terre. Dieu lança alors deux corbeaux, dont l’un tua et enterra le second. A cette vue, Caïn, au désespoir, prononça ces paroles rapportées dans le Koran (ibid. v. 34) : « Malheureux que je suis ! Ne pouvais-je pas même imiter ce corbeau, et cacher mon crime contre mon frère ? » Puis il l’ensevelit. Quand Adam fut instruit de ce meurtre, il fut en proie à une sombre tristesse et tomba dans un profond désespoir.

Il existe une poésie fort populaire, que l’on dit avoir été composée par Adam, sous l’impression de la douleur et du deuil que lui causait la perte de son fils. Voici cette lamentation poétique :

Quel changement dans ce pays et dans ceux qui l’habitent ! Une sombre poussière ternit la face de la terre.

Tout a perdu sa saveur et son éclat ; le deuil a succédé au sourire et à ta joie.

Les hommes ont substitué le tamaris et d’autres plantes vénéneuses à la riche végétation qui couvrait les jardins célestes.

Près de nous veille un ennemi implacable, un être maudit, dont la mort seule nous laisserait respirer.

Caïn a tué Abel injustement ; ô regrets ! Où est ce gracieux visage ?

Pourrais-je ne pas répandre des torrents de larmes, quand le tombeau renferme Abel ?

La vie n’est plus pour moi qu’une longue suite de maux, et cette vie est un fardeau dont je ne puis me délivrer !

J’ai lu dans plusieurs recueils d’histoire, de biographie et de généalogie, que lorsqu’Adam eut prononcé ces paroles, Iblis, caché de façon que sa voix fût entendue sans qu’on pût voir son corps, lui répondit par les vers suivants :

Fuis ce pays et ceux qui l’habitent ; la terre maintenant est trop étroite pour toi.

A côté d’Eve, ton épouse, tu t’y croyais, ô Adam ! à l’abri des maux de la vie.

Mais mes ruses et mes artifices n’ont pas eu de trêve que ces biens précieux ne te fussent ravis.

Si la pitié du Tout-Puissant ne te protégeait, un souffle aurait suffi pour t’arracher aux jardins de l’éternité.

Enfin, dans un manuscrit différent, j’ai trouvé, au lieu des vers qui précèdent, ce vers isolé que, la voix d’un être caché de façon à n’être pas aperçu aurait adressé à Adam :

Père d’Abel, tes deux fils ont péri ensemble : le survivant tombe sacrifié à celui qui est mort

A ces mots, la douleur et le chagrin d’Adam redoublèrent, autant pour le fils qui n’était plus que pour celui qui lui restait ; car il comprit que tout meurtrier doit périr. Dieu lui révéla alors ces paroles : « Je ferai sortir de toi ma lumière, qui traversera les canaux purs et les races illustres ; son éclat ternira toute autre clarté, et j’en ferai le sceau du Prophète. Ce prophète (Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui) aura pour successeurs les plus illustres imams, qui se transmettront cet héritage jusqu’à la fin des temps.

La terre tressaillira à leur appel, et leurs sectateurs resplendiront de lumière. Aussi prépare-toi, par des purifications et des prières, célèbre les louanges de Dieu et approche ensuite de ta femme, quand elle sera dans un état de pureté (légale) ; car de vous deux mon dépôt passera à l’enfant qui naîtra de votre union. Adam fit ce qui lui était ordonné, et Eve devint mère aussitôt son front resplendit, des rayons de lumière illuminèrent ses traits et sortirent de l’orbite de ses yeux. Arrivée au terme de sa grossesse, elle mit au monde Cheit (Seth), l’enfant le plus noble, le plus majestueux, le plus beau, le plus parfait et le mieux proportionné qu’on eût jamais vu ; une auréole lumineuse le couronnait, la majesté et la grandeur étaient empreintes sur son visage. La lumière divine, passant d’Eve en cet enfant, scintillait autour de son front et rehaussait l’éclat de sa beauté. Adam le nomma Cheit ou « Dieu donné » (hibet Allah).

Lorsque l’âge, en développant sa taille, eut mûri son intelligence et sa raison, il fut instruit par Adam de la mission et du précieux dépôt dont il allait être chargé ; il apprit qu’il serait la preuve de Dieu et son représentant sur la terre, qu’il transmettrait la vérité divine à ses successeurs, et qu’il serait le second dépositaire « de la semence pure et du rameau toujours vert. » Cheit, après avoir recueilli les dernières volontés d’Adam, les mit de côté et ne les divulgua point avant l’heure où son père fut près de quitter ce monde. Adam mourut le vendredi 6 avril, à l’heure même à laquelle il avait été créé ; il avait alors neuf cent trente ans. Cheit, son héritier, devint ensuite le chef de sa postérité, qu’on dit avoir été de quarante mille enfants et petits-enfants. On n’est pas d’accord sur l’emplacement du tombeau d’Adam.

Les uns croient qu’il est situé à Mina, dans la mosquée d’el-Khaïf ; les autres le placent dans une caverne du mont Abou Kobaïs, et il existe encore d’autres versions (Dieu sait mieux la vérité).

Al-Khaif ou Mosquée Kaif est situé à Mina. Prophète Muhammad ﷺ prié ici pendant le hadj. Les pèlerins prient aussi dans la mosquée au cours de leur séjour à Mina. [3]
Al-Masjid Al-Khaif ou Mosquée Kaif est situé à Mina. le Prophète Muhammad ﷺ a prié ici pendant le hadj. Les pèlerins prient aussi dans la mosquée au cours de leur séjour à Mina.
Cheit rendit la justice parmi les hommes ; il établit comme lois les feuilles qui avaient été transmises du ciel à Adam, ainsi que les livres et les prescriptions que Dieu lui révéla à lui-même.

La femme de Cheit devint mère d’Enos (Anouch), et la lumière qui brillait en elle pendant sa grossesse passa dans cet enfant au moment de sa naissance.

Quand Enos eut atteint l’âge de raison, son père lui révéla le précieux dépôt qui était la gloire de la famille ; il lui recommanda d’enseigner un jour à son fils la vérité et l’importance de leur noblesse, afin que cette tradition, transmise par ce dernier à ses enfants, passât de père en fils, tant que vivrait leur race.

C’est ainsi, en effet, que cet ordre se perpétua d’une génération à l’autre, jusqu’à ce que la lumière divine parvînt à Abd el-Mottaleb et à son fils Abd Allah, père de notre saint Prophète.

Mais ce qui précède est un objet de discussion entre les sectes religieuses qui s’en tiennent à la désignation textuelle, et celles qui sont pour l’élection. Les premières, c’est-à-dire les imamites ou sectateurs (chiites) d’Ali, fils d’Abou Taieb, et de sa sainte postérité, prétendent qu’à aucune époque Dieu n’a privé le genre humain on d’un prophète, ou d’un légataire (imam) expressément et nominativement désigné par Dieu et son Prophète, et chargé de la garde de la vraie religion.

Au contraire, les partisans de l’élection qui se recrutent parmi les jurisconsultes des capitales, les Motazélites, quelques fractions des Kharédjites ou hétérodoxes, les Mourdjites (qui proclament la foi sans les œuvres), plusieurs traditionnistes, le peuple en général, et une partie des Zeïdites (disciples de Zeïd, quatrième imam) soutiennent que Dieu et son Prophète ont prescrit à la nation le devoir d’élire dans son sein un homme qui aura qualité d’imam ; mais ils ajoutent que certaines époques peuvent être privées de « la preuve de Dieu, » c’est-à-dire d’un imam exempt de toute tache, comme disent les  (sectaires) chiites.

On trouvera plus loin quelques éclaircissements sur les doctrines de ces écoles et les différences qui les séparent.

Enos se consacra à la culture de la terre.

Quelques personnes considèrent Cheit comme le père du genre humain, à l’exclusion des autres enfants d’Adam ; mais il y a encore d’autres opinions à cet égard. Dieu sait la vérité.

Cheit mourut à l’âge de neuf cent douze ans ; ce fut de son temps que fut tué Caïn, fils d’Adam et meurtrier de son frère Abel ; la mort de Caïn fut accompagnée de circonstances curieuses que nous avons racontées dans nos Annales historiques et dans l’Histoire moyenne. Enos mourut le 3 octobre, à l’âge de neuf cent soixante ans, après avoir engendré Kaïnan.

Celui-ci reçut, avec la lumière prophétique, le pacte fait avec sa famille, et cultiva la terre jusqu’à ce qu’il mourût, âgé de neuf cent vingt ans. On croit que ce fût au mois de juillet, après avoir donné le jour à Mahalaïl.

Ce dernier vécut huit cents ans et fut père de Loud (Yared ?).

La lumière prophétique, le pacte religieux et la vérité continuaient à se transmettre ainsi sans interruption. On prétend que plusieurs instruments de musique furent inventés vers cette époque par un fils de Caïn.

On peut voir, dans nos Annales historiques, le récit des guerres et des événements survenus entre la postérité de Caïn et Loud, ainsi que la lutte des fils de Cheit avec une branche de la famille de Caïn, de laquelle une race d’Indiens, qui reconnaît Adam (voy. chap. VII), tire son origine.

Elle occupe dans l’Inde le pays de Komar (aujourd’hui Assam), qui a donné son nom à l’aloès Komari. Loud vécut neuf cent soixante-deux ans et mourut dans le mois de mars. Il eut pour successeur son fils Enoch (Akhnoukh), qui n’est autre qu’Edris, le prophète.

Les Sabéens le confondent avec Hermès, et ce dernier nom signifie Mercure (Outarid).

C’est d’Enoch que Dieu a dit dans son livre (Koran, XIX, 58) qu’il l’a élevé « à une place éminente. » Il vécut en ce monde trois cents ans, et on dit même un plus grand nombre d’années : on lui attribue l’art de coudre et l’usage de l’aiguille. Il reçut du ciel trente feuillets, comme Adam en avait reçu trente et un, et Cheit vingt-neuf ; ils contenaient les louanges de Dieu et des prières.

Son fils Mathusalem (Matouchalekh) continua après lui à cultiver la terre, et reçut la lumière prophétique sur son front. Il eut, dit-on, un très grand nombre d’enfants, parmi lesquels on range les Bulgares, les Russes et les Slaves.

Il mourut au mois de septembre, après avoir vécu neuf cent soixante ans. Ce fut du vivant de son fils Lamek que survinrent les événements qui amenèrent la confusion des races ; Lamek mourut âgé de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ans.

450px-Mizgefta_Mezin_a_Cizîra_Botan_2009_3 Benjamin de Tudela au 12ème siècle ajoute que Omar bin al-Khattab faite à partir des restes de l'arche de Noé la mosquée
La ville de Thamanin du prophète Nuh (aleyhi salam) devenue  Jazira ibn Omar et ensuite Cizre, Benjamin de Tudela au 12ème siècle disait  que cette mosquée fut construite par  Omar ibn  al-Khattab radi Allah anhu   à partir des restes de l’arche de Noé (Nouh) aleyhi salam (Turquie) 

Son fils Noé (Nouh) lui succéda, et de son temps la corruption et l’injustice la plus effrénée régnèrent parmi les hommes.

En vain Noé chercha à les ramener vers Dieu ; ils persévérèrent dans leur révolte et leur infidélité.

Dieu les maudit et ordonna à Noé de se construire un vaisseau, et, quand il fut terminé, Gabriel lui apporta le cercueil qui renfermait les ossements d’Adam.

Noé et ses compagnons entrèrent le vendredi 19 du mois de mars, dans ce vaisseau, qui flotta sur la surface des eaux, tandis que la terre fut submergée pendant cinq mois.

Dieu ordonna enfin à la terre d’absorber l’eau, il ferma les cataractes du ciel (sur. XI, vers. 46), et l’arche se reposa sur le mont Djoudi, situé dans le pays de Baçoura (Baçourin) et Djezireh ibn Omar, dans la province de Moçoul, à huit parasanges du Tigre.

On montre encore aujourd’hui, sur le sommet de cette montagne, l’endroit où l’arche s’arrêta ; s’il faut en croire une autre version, certaines portions de la terre tardèrent à absorber l’eau du déluge, et les autres l’absorbèrent dès qu’elles en reçurent l’ordre.

Les premières donnent de l’eau douce quand on les creuse ; mais les terres rebelles reçurent comme châtiment l’eau salée ; elles devinrent arides et furent envahies par le sel et par les sables.

L’eau qui ne fut pas absorbée pénétra dans les bas-fonds de la terre et forma les mers, qui ne sont donc que le reste des eaux dans lesquelles Dieu fit périr les nations. Nous aurons occasion ci-après de parler des mers et de les décrire. (Voy. chap. VIII.)

Noé sortit de l’arche avec ses trois fils, Sem, Cham (Ham) et Jafet, ses trois brus, quarante hommes et un même nombre de femmes. Ils s’arrêtèrent sur un plateau de la montagne de Djoudi et y bâtirent une ville, qu’ils nommèrent Temanin (quatre-vingts), nom qu’elle a conservé jusqu’à ce jour (332 de l’hég.).

La postérité de ces quatre-vingts personnes s’éteignit, et Dieu repeupla la terre avec les trois fils de Noé, c’est ainsi qu’il le dit lui-même dans le Koran (XXXVII, 75) : « Nous avons établi sa race et nous avons assuré sa durée. » Dieu sait mieux le vrai sens de ce passage.

Le mausaulé de Nouh à Cozre (Jazira in Umar) à Sirnak en Turquie, Thamanin ville fondé par Nouh
Le mausolé de Nouh à Cizre (Jazira ibn Umar) à Sirnak en Turquie, Thamanin ville fondé par Nouh alayhi salam

Le nom du fils de Noé qui refusa l’offre de son père, quand il lui dit, « O mon fils, embarque-toi avec nous » (ibid. XI, 44), est Yam. Noé partagea la terre entre ses fils, et assigna à chacun sa propriété.

Il maudit Cham à cause de l’injure qu’il recul de ce fils, ainsi qu’on le sait, et s’écria : « Maudit soit Cham ! puisse-t-il être l’esclave de ses frères ! » et il ajouta : « Je bénis Sem ; que Dieu augmente (la famille de) Jafet, et qu’il habite dans le pays de Sem ! » (Gen. IX, 25-27.)

J’ai lu dans la Bible que Noé vécut encore trois cent cinquante ans après le déluge, ce qui fait pour sa vie entière neuf cent cinquante ans ; mais on n’est pas d’accord sur ce point.

Cham s’éloigna, suivi de ses enfants, et ils se fixèrent dans différentes portions de la terre ou dans des îles, ainsi que nous le dirons plus loin (voy. chap. XLVII).

Parions maintenant de la dispersion des races ainsi que du partage de la terre entre les enfants de Jafet, Sem et Cham.

Sem s’établit au centre de la terre, depuis le territoire sacré (La Mecque et Médine) jusqu’à l’Hadramout, l’Oman et Alidj.

Parmi ses descendants on cite Aram et Arfakhchad, tous deux fils de Sem ; parmi ceux d’Aram, Ad, fils d’Aws, fils d’Aram.

Les Adites occupèrent les déserts d’el-Ahkaf, où le prophète Houd leur fut envoyé.

Madâin Sâlih ou Madain Saleh (en arabe : مدائن صالح) est un lieu situé au nord-ouest de l'Arabie saoudite, à 400 km de Médine et au carrefour entre la péninsule Arabique, la Syrie, la Jordanie et la Mésopotamie1. On y trouve les vestiges de la cité nabatéenne d'Hégra (ou al-Hijr) sur environ 500 hectares (13 km2) de désert1. Appelé site archéologique de Al-Hijr par l'Unesco, c'est le premier site du pays à être inscrit sur la liste du patrimoine mondial. L'oasis était située sur la piste caravanière reliant Pétra au Hedjaz. Comme à Pétra, les Nabatéens y ont construit, il y a deux mille ans, 138 tombeaux rupestres monumentaux1 ; les méthodes de construction y étaient les mêmes, les bâtisseurs commençant par le haut des façades, détruisant après chaque étape de la construction la plateforme taillée à même le grès qu'ils utilisaient pour atteindre ces hauteurs1.
Madâin Salih (en arabe : مدائن صالح) la ville du prophète Salih (aleyhi salam)

Témoud, fils d’Abir, fils d’Aram, s’établit dans le Hidjr (Arabie Pétrée), entre la Syrie et le Hedjaz ; Dieu envoya aux Témoudites leur frère Salih.

Les faits relatifs à la vie et à l’histoire de ce prophète sont connus de tout le monde.

Nous reviendrons d’ailleurs, dans le courant de notre récit (chap. XXXVIII), sur les principaux traits de sa biographie, et nous raconterons l’histoire d’autres prophètes.

Tasm et Djadis, fils de Loud, fils d’Aram se fixèrent dans le Yemamah et le Bahreïn, et les descendants de leur frère Amalik, fils de Loud, fils d’Aram, vinrent habiter, soit le territoire sacré, soit la Syrie. Il est le père des Amalécites, qui se répandirent dans différents pays.

Un autre frère, Omaim, fils de Loud, fils d’Aram occupa la Perse.

Dans le chapitre (XXIII) intitulé « Généalogie des Perses, opinions différentes des historiens à cet égard, » nous discuterons l’opinion qui identifie Keioumert avec Omaim, fils de Loud ; d’autres auteurs pensent qu’Omaim se fixa dans le Wabar, pays qui, s’il faut en croire les conteurs arabes, fut soumis par les Djinns (Génies).

La postérité d’Abil, fils d’Aws, frère d’Ad, fils d’Aws, habita la ville du Prophète (Médine). Mach, fils d’Aram, fils de Sera, s’empara du pays de Babel, sur les bords de l’Euphrate ; son fils Nemrod construisit la tour de Babel et un pont sur le fleuve ; il régna cinq cents ans et fut roi des Nabatéens.

La tour de Babel  Pieter Bruegel (Vienne)
La tour de Babel 

De son temps, Dieu divisa les langues ; les descendants de Sem en eurent dix-neuf, ceux de Cham dix-sept, et ceux de Jafet trente-six.

Par la suite les langues se subdivisèrent en un grand nombre d’autres dialectes, comme nous le dirons ci-après en parlant de la dispersion des hommes, et des poèmes qui furent composés lorsqu’ils quittèrent le pays de Babel.

Mais quelques-uns croient que ce fut Faleg qui partagea la terre entre les peuples, et que c’est à cette circonstance même qu’il doit son nom de Faleg, ou plutôt Faledj, c’est-à-dire répartiteur.

Arfakhchad, fils de Sem, fils de Noé, engendra Chalih, qui fut le père du même Faleg, le répartiteur, et l’aïeul d’Abraham. Abir, autre fils de Chalih, eut pour fils Kahtan, qui engendra Yarob. Celui-ci fut le premier que ses enfants saluèrent de la félicitation royale conçue en ces termes : « Que ta matinée soit heureuse ! Que les malédictions s’écartent de ta personne ! »

Mais, selon d’autres, ce fut un roi de Hirah qui fut le premier salué de la sorte.

Kahtan est le père de tous les Yéménites, comme nous le prouverons plus loin en parlant des discussions relatives aux origines du Yemen (ch. XLII). Il fut aussi le premier qui parla arabe, c’est-à-dire qui désigna les choses d’une manière claire (araba) et distincte.

Yaktan, fils d’Abir, fils de Chalih, fut le père des Djorhomites, qui étaient, par conséquent, cousins de Yarob. Cette tribu, qui habitait d’abord le Yémen et parlait l’arabe, émigra plus tard à la Mecque et s’y fixa, comme nous le raconterons lorsque nous aurons occasion de parler de son histoire (chap. XXXIX).

Les fils de Katoura sont aussi leurs cousins.

Lorsque, par la suite, Ismaïl vint, d’après l’ordre de Dieu, habiter la Mecque, il se choisit une femme dans la tribu des Djorhomites, qui devinrent ainsi les oncles maternels des enfants d’Ismaïl.

Ceux qui admettent les Écritures disent que Lamek, petit-fils de Noé, est encore vivant, parce que Dieu aurait révélé à Sem les paroles suivantes : « Celui à qui je confierai la garde du corps d’Adam vivra jusqu’à la fin des siècles. » Or Sem, après avoir déposé le cercueil d’Adam au centre de la terre, en avait laissé la garde à Lamek. Sem mourut un vendredi, dans le mois de septembre, à l’âge de six cents ans.

Il fut remplacé par son fils Arfakhchad, qui mourut âgé de quatre cent soixante-cinq ans, au mois d’avril. Son fils Châlit, qui lui succéda, atteignit l’âge de quatre cent trente ans, et laissa en mourant un fils nommé Abir, qui cultiva la terre.

Cette époque fut signalée par de graves événements et des discordes dans différentes contrées. Abir laissa en mourant, à l’âge de trois cent quarante ans, son fils Faleg, qui suivit la voie tracée par ses ancêtres, et vécut deux cent trente-neuf ans. Nous avons déjà parlé de ce dernier, et de la confusion des langues dont Babel fut alors le théâtre.

Son successeur fut son fils Argou (Reou), et c’est à cette époque que l’on place la naissance de Nemrod, le tyran. Argou mourut à l’âge de deux cents ans, dans le mois d’avril, et laissa après lui son fils Saroug (ou Charoukh).

On présume que c’est du vivant de celui-ci que le culte des idoles et des images, dû à différentes causes, fut introduit sur la terre. Saroug, après avoir vécu deux cent trente ans, fut remplacé par son fils Nathour, qui suivit l’exemple de ses pères.

Cette époque fut signalée par des commotions physiques et des tremblements de terre, phénomènes inconnus jusqu’alors ; on inventa aussi plusieurs machines et instruments.

On place, dans cette même période, de grandes guerres et la formation de plusieurs nations chez les Indiens et d’autres peuples.

Lorsque Nathour mourut, âgé de cent quarante-six ans, son fils Tarikh (Terah), qui n’est autre qu’Azer, père d’Abraham, lui succéda.

Ce fut sous le règne de Nemrod ben Kanan, contemporain de Tarikh, que parurent sur la terre le culte du feu et des astres, et les différentes catégories introduites dans ce culte.

Des guerres terribles ravagèrent le monde, de nouveaux empires et de nouvelles provinces furent fondés en Orient et en Occident, etc.

Les étoiles et leur influence sur la destinée devinrent alors un objet d’étude ; on traça des sphères, et l’on inventa des instruments pour faciliter ces travaux et les rendre accessibles à l’intelligence.

Les astrologues observèrent l’horoscope de l’année dans laquelle Abraham vint au monde, et ils avertirent Nemrod qu’un enfant allait naître qui traiterait leurs rêveries religieuses de folie et renverserait leur culte.

Nemrod ordonna de tuer tous les enfants, mais Abraham fut caché dans une caverne. Son père Azer ou Tarikh mourut à l’âge de deux cent soixante ans.

La zigurat d'Ur (Our, en sumérien URIM), actuellement Tell al-Muqayyar (en arabe : tall al-muqayyar, تل المقير, « la colline poissée/bitumée »), est l'une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, dans l'actuel Irak ou kle prophète Ibrahim aleyhi salam ce trouva face au roi Nimrod
La zigurat d’Ur (Our, en sumérien URIM), actuellement Tell al-Muqayyar (en arabe : tall al-muqayyar, تل المقير, « la colline poissée/bitumée »), est l’une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, dans l’actuel Irak ou kle prophète Ibrahim aleyhi salam ce trouva face au roi Nimrod

CHAPITRE IV.

HISTOIRE D’ABRAHAM, L’AMI DE DIEU, DES PROPHÈTES ET DES ROIS D’ISRAËL QUI ONT VECU APRES LUI.

Lorsqu’Abraham eut grandi, et qu’il fut sorti de la caverne où il s’était caché, il jeta ses regards sur le monde et il y reconnut les preuves de la création et d’une influence supérieure.

Observant d’abord la planète Vénus, qui se levait à l’horizon, il dit : «Voici mon Seigneur. »

Il vit ensuite la lune, qui jetait plus d’éclat, et dit : « Voici mon Seigneur. » Enfin, ébloui par les rayons du soleil, il s’écria encore : « Voici mon Seigneur. »

Ces paroles d’Abraham sont diversement commentées ; les uns pensent qu’il ne faut les considérer que comme une sorte d’induction ayant un sens interrogatif ; d’autres croient que, lorsque Abraham les prononça, il n’avait pas encore l’âge de raison, et par conséquent la responsabilité de ses actes ; il y a encore d’autres explications à cet égard. Puis Gabriel vint lui enseigner la vraie religion, et Dieu le choisit pour son prophète et son ami (khalil). (Je dois pourtant faire remarquer que) Abraham avait déjà reçu de Dieu « la direction spirituelle. » (Koran, XXI, 52.)

Or celui qui a obtenu ce secours est à l’abri de tout péché et de toute chute, et ne peut altérer le culte dû au Dieu unique et éternel. Abraham s’éleva contre l’idolâtrie de son peuple et lui reprocha d’ériger en divinités des figures sculptées.

Ces reproches devenant plus vifs chaque jour, et faisant impression sur le peuple, Nemrod fit jeter Abraham dans un brasier ardent ; mais Dieu lui donna au milieu des flammes la fraîcheur et le bien-être (Koran, V, 20), et le même jour le feu s’éteignit sur toutes les parties de la terre.

Mont  Sodome, sur la mer morte avec le pilier de la femme de Lot (as)
Mont Sodome, sur la mer morte avec le pilier de la femme de Lot (as)

Abraham était âgé de quatre-vingt-six ans, ou, selon d’autres, de quatre-vingt-dix ans, lorsqu’il eut Ismaïl de Agar (Hadjar), esclave de Sarah. Sarah, qui adopta la première la croyance de son mari, était fille de Betouël, fils de Nakhour, et cousine d’Abraham ; mais ce point est controversé, comme nous te montrerons plus loin.

Lot, fils de Haran, fils de Tarikh, fils de Nakhour, et par conséquent neveu d’Abraham, crut aussi en sa mission et fut envoyé par Dieu dans les cinq villes (Pentapole), c’est-à-dire Sodoum, Amoura (Gomorrhe), Admouta (Admah), Saoura (Ségor) et Saboura (Seboïm).

Le peuple de Lot était « les hommes de la Moutafikeh » (Koran, LIIII, 54), mot qui dérive de ifk, mensonge, d’après les partisans de l’étymologie.

Il en est fait mention dans ce passage du Koran (ibid.) : « La Moutafikeh a été renversée. »

Ces cinq villes sont situées entre la Syrie et le Hedjaz, du côté du Jourdain et de la Palestine, mais elles dépendent de la Syrie. On en voit encore (332 de l’hég.) remplacement dans un aride désert, où le voyageur remarque des pierres marquées d’empreintes » (Koran, XI, 84) et d’un noir brillant.

Lot vécut parmi ces peuples pendant plus de vingt ans, et leur prêcha la vraie religion ; mais ils restèrent incrédules et furent punis comme Dieu nous l’apprend dans son saint Livre.

Le trajet du prophèt Ibrahim (Abraham) alayhi salam, depui ura à Harran à la Mecque
Le trajet du prophète Ibrahim (Abraham) alayhi salam

Lorsqu’Agar eut donné le jour à Ismail, Sarah en conçut de la jalousie, Abraham conduisit donc Ismaïl et Agar à la Mecque, et les y établit. C’est ce que dit le Koran, qui met les paroles suivantes dans la bouche d’Abraham : « J’ai donné pour demeure à une partie de ma famille une vallée sans culture, près de ta maison sainte, etc. » (XII, 40.) Dieu, exauçant leurs prières, peupla leur solitude en y amenant les Djorhomites et les Amalécites, « dont il leur concilia les cœurs. » (Ibid.)

Le peuple de Lot fut détruit du temps d’Abraham à cause de sa corruption, ainsi qu’on le sait, Dieu ordonna ensuite à Abraham d’immoler son fils ; Abraham s’empressa d’obéir « et il coucha son fils le front contre terre » (XXXVII, 103) ; mais Dieu le racheta « par un sacrifice précieux » (ibid. 107), et Abraham éleva, « de concert avec Ismaïl, les fondements du temple. » (II, 121.)

Abraham avait atteint l’âge de cent vingt ans lorsque Sarah, sa femme, lui donna son fils Isaac (Ishak).

Le sacrifice d’Abraham a donné lieu à diverses opinions : les uns disent que la victime avait dû être Isaac, les autres nomment Ismaïl. Si l’ordre d’accomplir le sacrifice fut donné à Mina, ce fut Ismaïl, puisque Isaac n’est jamais entré dans le Hedjaz ; si, au contraire, cet ordre a été donné en Syrie, il faut croire que ce fut Isaac, puisque Ismaïl ne retourna jamais en Syrie après en avoir été expulsé.

Après la mort de Sarah, Abraham épousa Keitoura, qui lui donna six fils : Maran (Zimran), Yakach (Yakchan), Madan, Midian, Sanan (Sabbaq-Ychbak) et Souh (Souah).

Abraham mourut en Syrie.

Lorsque Dieu l’appela à lui, il avait cent soixante et quinze ans, et il avait reçu du ciel dix feuillets.

La tombe du prophète Ibrahim (Abraham) aleyhi Salam, a hebron Palestine occupé Le Caveau des Patriarches ou la grotte de Machpelah (hébreu:. מערת המכפלה, De ce son Me'arat ha-Machpela (aide · info), trans "grotte des tombes doubles») est un terme de la Bible hébraïque, et est connu par les musulmans comme le Sanctuaire d'Abraham ou la Mosquée Ibrahimi (arabe: الحرم الإبراهيمي, sujet de ce bruit Al-Haram Al-Ibrahimi (aide · info)). Situé au pied d'une mosquée Saladin ère converti à partir d'une grande structure Hérodien ère rectangulaire, [1] la série de chambres souterraines est situé dans le coeur de la vieille ville d'Hébron (Al-Khalil) dans les collines d'Hébron. [Gen. 23: 17-19] [Gen. 50:13] Selon la tradition qui a été associée à la fois la Torah et le Coran, la grotte et champ voisin ont été achetés par Abraham comme lieu de sépulture.
La tombe du prophète Ibrahim (Abraham) aleyhi Salam, à Hebron Palestine occupée au Caveau des Patriarches dans le Sanctuaire d’Abraham ou la Mosquée Ibrahimi (arabe: الحرم الإبراهيمي, Al-Haram Al-Ibrahimi 
Après la mort de son père, Isaac épousa Rafaka (Rébecca), fille de Betouël ; elle donna le jour en même temps à Esaü (Elis) et à Jacob (Yakoub) ; mais Esaü vint au monde avant son frère. Isaac avait alors soixante ans, et sa vue s’était affaiblie ; il élut Jacob chef de ses frères et son successeur dans sa mission prophétique ; à Esaü il donna la royauté sur ses enfants.

Isaac fut rappelé par Dieu à l’âge de cent quatre-vingt cinq ans, et on l’enterra avec son père « l’ami de Dieu. » Leur tombeau, situé dans un lieu bien connu, est à dix-huit milles de Jérusalem, dans une mosquée qui est surnommée Mosquée d’Abraham et pâturages d’Abraham (Hébron).

Isaac avait ordonné à son fils Jacob de se rendre en Syrie, en lui annonçant qu’il serait prophète et qu’il transmettrait cette dignité à ses douze fils Ruben (Roubil), Siméon (Chamoun), Lévi, Juda (Yahouda), Issachar (Yechsahar), Zabulon, Joseph, Benjamin, Dan, Neftali, Gad et Acher (Achrouma).

Tel est le nom des douze tribus, dont quatre ont conservé le don de prophétie et la royauté : ce sont celles de Lévi, Juda, Joseph et Benjamin. Jacob redoutait beaucoup son frère Esaü ; mais Dieu lui promit sa protection.

Cependant Jacob, qui possédait cinq mille cinq cent brebis, en donna la dixième partie à son frère, en cédant à la peur que lui inspiraient sa méchanceté et sa violence, et oubliant que la protection divine le mettait à l’abri des agressions d’Esaü. Aussi Dieu le châtia dans ses enfants pour avoir contrevenu à la promesse divine, et il lui révéla ces paroles : « Tu ne t’es pas reposé sur ma promesse, aussi les fils d’Esaü régneront sur les tiens pendant cinq cent cinquante ans.

Telle a été, en effet, la durée de la période comprise entre la destruction du temple de Jérusalem par les Romains et la captivité des Israélites, jusqu’à la prise de Jérusalem par Omar, fils d’el-Khattab.

Joseph était le fils préféré de Jacob, aussi ses frères en devinrent jaloux, et leur haine suscita entre eux et Joseph les événements que Dieu a racontés dans son Livre (sur. XII) par l’intermédiaire de son Prophète, et qui ont une grande notoriété chez ce peuple.

Ce relief sculpté créé à l'époque de Ramsès II montre un Noir un rougeâtre Blanc et un Asiatique représentant les trois courses de Sem Cham  et japhet) étant sacrifiés a Ammon
Ce relief sculpté à l’époque de Ramsès II montre un Noir un rougeâtre Blanc et un Asiatique sémite représentant les trois races de Sem, Cham et japhet ce faisant sacrifiés à Ammon

Jacob mourut en Egypte, à l’âge de cent quarante ans. Joseph fit transporter et ensevelir son corps en Palestine, près des tombeaux d’Abraham et d’Isaac.

Il fut lui-même rappelé par Dieu en Egypte, à l’âge de cent dix ans, et déposé dans un cercueil de marbre, soudé de plomb et enduit d’un vernis qui en interceptait le passage à l’eau et à l’air ; puis ce cercueil fut jeté dans le Nil, près de Memphis (Menf), à l’endroit où s’élève la mosquée qui porte son nom.

D’autres croient que Joseph ordonna que son corps fût transporté et enterré près de son père Jacob, dans la mosquée d’Abraham.

A la même époque vivait Job (Eyoub), dont la généalogie est : Job, fils d’Amous, fils de Zarih (Zerah), fils de Rawil, fils d’Esaü, fils d’Isaac, fils d’Abraham.

Il habitait en Syrie le territoire du Hauran et de Bataniah, dans le district du Jourdain, entre Damas et el-Djabiah. Il était riche et possédait un grand nombre d’enfants ; Dieu l’éprouva dans sa personne, sa fortune et ses enfants ; mais, touché de sa patience, il lui rendit tout, et mit fin à ses maux.

Cette histoire est racontée dans le Koran (sur. XXI, 83, et XXVIII, 40).

La mosquée de Job et la source où il se lavait sont encore connues aujourd’hui (332) dans le pays de Nawa et de Djawlan, situé dans le district du Jourdain, entre Damas et Tibériade ; elles sont à trois milles environ de la ville de Nawa.

La pierre sur laquelle il se reposait pendant son malheur, auprès de sa femme Rohma, est encore conservée dans cette mosquée.

Le Proche-Orient ancien vu par les anciens Israélites ; la Table des nations (reconstituée d'après l'hypothèse documentaire)
Le Proche-Orient ancien vu par les anciens Israélites ; la Table des nations (reconstituée d’après l’hypothèse biblique)

Ceux qui acceptent l’autorité du Pentateuque et des livres anciens disent qu’un prophète du nom de Mouça (Makhir ?), fils de Micha (Manassé), fils de Joseph, fils de Jacob, précéda Moïse (Mouça), fils d’Amran, et que c’est ce Mouça qui se mit à la recherche de Khidr, fils de Malkan, fils de Faleg, fils d’Abir, fils de Chalih, fils d’Arfakchad, fils de Sem, fils de Noé.

D’autres, parmi eux, identifient Khidr avec Khidroun, fils d’Amaïl, fils d’Alnifar (Alifaz), fils d’Esaü, fils d’Isaac, fils d’Abraham ; ils ajoutent qu’il fut envoyé par Dieu à son peuple et le convertit.

Moïse, fils d’Amran, fils de Kahet, fils de Lévi, fils de Jacob, vivait en Egypte du temps de Pharaon le tyran.

Celui-ci, le quatrième des Pharaons d’Egypte, était alors très âgé et d’une haute stature ; il s’appelait el-Walid, fils de Moçab, fils de Moawiah, fils d’Abou Nomaïr, fils d’Abou’l-Hilwas, fils de Leit, fils de Haran, fils d’Amr, fils d’Amlak.

A la mort de Joseph, les Israélites tombèrent dans l’esclavage et souffrirent de grands maux.

Les devins, les astrologues et les magiciens annoncèrent à Pharaon qu’un enfant allait naître qui le précipiterait de son trône, et susciterait de graves événements en Egypte.

Pharaon, effrayé de cette prédiction, fit périr tous les enfants ; mais Dieu ordonna à la mère de Moïse d’exposer son fils sur l’eau, ainsi qu’il nous l’apprend par la bouche de Mohammed, son prophète (sur. IX, 39).

A cette époque vécut le prophète Choaïb, fils de Nawil, fils de Rawaïl, fils de Mour, fils d’Anka, fils de Madian, fils d’Ibrahim ; ce prophète, qui parlait arabe, fut envoyé vers les Madianites.

Moïse, fuyant la colère de Pharaon, se rendit auprès de Choaïb, dont il épousa la fille, comme il est dit dans le Koran (VII, 83).

Puis Dieu parla directement à Moïse (IV, 162), lui donna l’assistance de son frère Aaron (Haroun), et les envoya tous deux auprès de Pharaon, qui leur résista et périt dans les flots. Dieu ordonna alors à Moïse de conduire au désert (et-tih) les fils d’Israël, dont le nombre s’élevait à six cent mille adultes, sans compter les enfants.

Les israélites en esclavage en Egypte  , Edward Poynter, 1867 JC
Les israélites en esclavage en Egypte , Edward Poynter, 1867 JC

Les tables que Dieu donna à son prophète Moïse, sur le mont Sinaï (tour Sina) étaient d’émeraude, et les caractères y étaient gravés en or. E

n descendant de la montagne, Moïse vit les Israélites prosternés devant un veau qu’ils adoraient ; il fut saisi d’effroi, et les tables s’échappèrent de sa main et se brisèrent.

Il en réunit les fragments et les déposa avec d’autres objets dans l’arche « de la majesté divine » (II, 249), qu’il plaça dans le tabernacle.

Il en confia la garde à Aaron, qu’il institua son successeur ; puis Dieu acheva de révéler le Pentateuque à Moïse pendant qu’il était dans le désert.

Aaron mourut et fut enterré dans la montagne de Moab, près de la chaîne de Cherat, non loin du Sinaï.

On montre son tombeau dans une antique caverne, d’où l’on entend souvent, pendant la nuit, sortir un grand bruit qui épouvante tous les êtres vivants.

On dit encore qu’Aaron n’a pas été enterré, mais seulement déposé dans cette caverne.

Les particularités étranges qui se rapportent à ce lieu sont bien connues de tous ceux qui l’ont visité.

Aaron mourut sept mois avant Moïse, et âgé selon les uns de cent vingt-trois ans, ou de cent vingt ans selon les autres.

D’autres croient que Moïse ne mourut que trois ans après son frère, qu’il pénétra en Syrie, et envoya de l’intérieur du pays des expéditions contre les Amalécites, les Korbanites, les Madianites, et d’autres peuples dont il est fait mention dans le Pentateuque.

Dieu donna à Moïse dix feuillets, qui complétèrent le nombre de cent feuillets.

Le mont Sinai (Egypte)
Le mont Sinai (Egypte)

Puis il lui révéla en hébreu le Pentateuque (Tourah), avec les commandements et les défenses, les permissions et les interdictions, les décrets et les décisions que renferment ses cinq sefer (), c’est-à-dire cinq livres.

L’arche où reposait la majesté divine et que construisit Moïse était en or, du poids de six cent mille sept cent cinquante miskal, et, après Aaron, la garde en fut confiée à Josué (Youcha), fils de Noun, de la tribu de Joseph.

Moïse mourut à l’âge de cent vingt ans ; mais ni lui, ni Aaron n’éprouvèrent les infirmités de la vieillesse, et ils jouirent d’une jeunesse continuelle.

Après la mort de Moïse, Josué, fils de Noun, conduisit les Israélites en Syrie, où régnaient alors les géants, race de rois amalécites, ainsi que d’autres princes.

Il envoya contre eux quelques expéditions et eut avec eux plusieurs engagements ; il conquit tout le territoire dépendant de Jéricho et de Zogar, dans le Gour, ou contrée basse du lac Fétide (mer Morte).

La mer morte vue depuis la Jordanie

Ce lac repousse ce qu’on y jette, et ne renferme ni poissons, ni aucun être vivant, comme l’ont remarqué l’auteur de la Logique (Météorol. II, cap. III) et d’autres philosophes qui ont vécu avant ou après Aristote.

Le Jourdain verse dans ce lac les eaux du lac de Tibériade ; ce dernier sort du lac Keferla et el-Karoun (?), aux environs de Damas.

Arrivé au lac Fétide, le Jourdain le traverse jusqu’à la moitié, sans mélanger ses eaux avec celles du lac, dans le centre duquel il s’engouffre. On ne s’explique pas comment un fleuve aussi considérable que le Jourdain n’influe pas sur la crue on la diminution des eaux du lac.

D’ailleurs, on a fait relativement au lac Fétide de longs récits que nous avons reproduits dans nos Annales historiques et dans l’Histoire moyenne.

Nous y avons parlé aussi des pierres qu’on retire de ce lac, et qui ont deux formes analogues à celle du melon.

Ces pierres, connues sous le nom de pierres de Judée, ont été décrites par les philosophes, et sont employées en médecine contre les calculs urinaires. On les divise en deux espèces : les mâles et les femelles ; les premières sont employées pour le traitement des hommes et les autres pour celui des femmes.

On extrait également de ce lac le bitume nomméelkomar (). Il n’y a pas, dit-on, dans le monde d’autre lac qui ne renferme ni poissons, ni, en général, aucun être vivant, excepté celui dont nous parlons, et un autre lac sur lequel j’ai navigué dans l’Azerbaïdjan : il est situé entre les villes d’Ourmiah et de Méragah, et reçoit dans le pays le nom de Keboudan.

Plusieurs auteurs anciens ont expliqué les causes de cette absence complète d’êtres animés dans le lac Fétide ; mais, bien qu’ils n’aient fait aucune mention de celui de Keboudan, il est permis de conclure, par analogie, que ce phénomène est déterminé par les mêmes causes dans les deux lacs.

Le roi de Syrie es-Someida, fils de Houbar, fils de Malek, marcha contre Josué, fils de Noun, et, après plusieurs combats, fut tué par ce dernier, qui s’empara de son royaume ; mais bientôt plusieurs autres géants alliés aux Amalécites l’attaquèrent, et la Syrie devint le théâtre d’une longue guerre.

Josué gouverna les Israélites, après la mort de Moïse, pendant vingt-neuf ans.

Sa généalogie était Josué, fils de Noun, fils d’Éphraïm, fils de Joseph, fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham.

On croit que le premier combat que Josué livra à es-Someida, roi des Amalécites, eut lieu dans le pays d’Eïlah, près de Madian.

Cette circonstance est mentionnée dans les vers suivants de Awf, fils de Saad, le Djerhomite :

N’as-tu pu vu à Eïlah la chair de l’Amalécite (Someida), fils de Hou-bar, mise en lambeaux,

Lorsqu’il fut attaqué par une armée de quatre-vingt mille Juifs, protégés ou non par des boucliers)

Ces cohortes d’Amalécites, qui se traînaient péniblement et grimpaient sur ses traces,

On ne les a plus rencontrées entre les montagnes de la Mecque, et personne depuis lors n’a revu es-Someida.

Porte cananéenne de Megiddo  Le site fut habité de 7000 à 500 av. J.-C. La cité de Megiddo se situait à un endroit stratégique car elle dominait les principales routes commerciales et militaires reliant l'Assyrie, Byblos, l'Égypte et l'Arabie. La voie entre l'Égypte et l'Assyrie est nommée dans la Bible « Route de la mer », Derekh HaYam (en hébreu : דרך הים) qui deviendra une artère importante de l'Empire romain, la Via Maris. La ville était, à l'âge du bronze, une importante cité-état cananéenne. Elle fut le théâtre de nombreuses batailles décisives. Au moins trois sont célèbres : bataille de Megiddo (xve siècle av. J.-C.) – entre les forces égyptiennes aux ordres du pharaon Thoutmôsis III et une coalition cananéenne ; bataille de Megiddo (609 av. J.-C.) – où le roi Josias trouva la mort face aux troupes du pharaon Nékao II (2 Rois, 23,29 - 2 Chroniques, 35, 22-24)
Porte cananéenne de Megiddo ce  site fut habité de 7000 à 500 av. J.-C, et fut le théâtre de nombreuses batailles décisives. et célèbres :
bataille de Megiddo (xve siècle av. J.-C.) – entre les forces égyptiennes aux ordres du pharaon Thoutmôsis III et une coalition cananéenne ;
bataille de Megiddo (609 av. J.-C.) – où le roi Josias trouva la mort face aux troupes du pharaon Nékao II (2 Rois, 23,29 – 2 Chroniques, 35, 22-24)

Dans une bourgade du district de Balka, en Syrie, vivait un homme nommé Balam, fils de Baour, fils de Samoun, fils de Ferestam, fils de Mab, fils de Lout, fils de Haran, et dont les prières étaient exaucées par Dieu. Sou peuple le poussa à appeler les malédictions du ciel sur Josué, fils de Noun ; mais, ses imprécations étant restées stériles, il engagea un des rois amalécites à envoyer les plus belles de ses femmes dans le camp de Josué.

L’armée des Israélites se précipita, en effet, sur ces femmes ; mais la peste se déclara parmi eux et enleva quatre-vingt-dix mille hommes, et même un plus grand nombre, d’après le dire de quelques auteurs.

C’est de ce Balam que Dieu a dit dans le Koran « qu’il reçut les signes (de la grâce divine), mais qu’il devint apostat. » (VII, 174.) Josué, fils de Noun, mourut, dit-on, à l’âge de cent dix ans.

Après lui les enfants d’Israël furent gouvernés par Kaleb, fils de Youfanna, fils de Bared (Pères), fils de Juda. Josué et Kaleb sont les deux hommes « auxquels Dieu a accordé ses bienfaits. » (Kor. V, 26.)

J’ai trouvé dans un autre texte qu’après la mort de Josué Kouchan el-Koufri (Couchan Richataïn ?) fut le chef des enfants d’Israël pendant huit ans, et à sa mort il eut pour successeur Amyaïl, fils de Kabil (Athaniel, fils de Kenaz ?), de la tribu de Juda, lequel régna quarante ans et tua Kouch, le géant, qui résidait à Mab (Debbah), dans le pays de Balka.

Après lui les Israélites tombèrent dans l’infidélité, et Dieu les assujettit à Kanaan pendant vingt ans. Quand ce roi mourut, Amlal el-Ahbari (Eli, le grand prêtre ?) les gouverna durant quarante ans. Samuel (Chamwil) lui succéda jusqu’à l’avènement de Saül (Talout), sous le règne duquel eut lieu l’invasion de Goliath (Djalout), le géant, roi des Berbers de Palestine.

D’après la première tradition que nous avons déjà citée, le chef des Israélites, après Josué, fut Kaleb, fils de Youfanna ; puis ils furent gouvernés par Fenhas, fils d’Eléazar, fils d’Aaron, fils d’Amran, pendant trente ans.

Fenhas, pour préserver les livres de Moïse, les déposa dans un coffre de cuivre dont il souda l’orifice avec du plomb, et qu’il porta sur le rocher où le temple devait être élevé plus tard.

Ce rocher se fendit et laissa voir une caverne renfermant un second rocher, sur lequel le coffre fut déposé : puis le rocher se referma et reprit sa forme première. A la mort de Fenhas, fils d’Éléazar, les Israélites furent soumis par Kouchan el-Atim (Richataïm), roi de la Mésopotamie, qui les asservit et les persécuta pendant huit ans.

Anyaïl (Atinel), fils de Youfanna, frère de Kaleb, de la tribu de Juda, fut leur chef durant quarante ans. Ils passèrent ensuite sous le joug oppressif d’Aloun (Eglon), roi de Moab, qui régna dix-huit ans.

Après lui Ehoud, de la tribu d’Ephraïm, fut leur juge pendant cinquante-cinq ans.

La trente-cinquième année de son règne coïncide avec la quatre millième du monde ; mais ceci est matière à controverse parmi les chronologistes. Chaan (Chamgar), fils d’Éfaoud, gouverna durant vingt-cinq ans. Failach (Yabin), le Cananéen, roi de Syrie, assujettit les Israélites pendant vingt ans.

Il eut pour successeur une femme du nom de Débora, que l’on considère comme sa fille ; celle-ci régna pendant quarante ans, et associa à son pouvoir un homme de la tribu de Neftali, qui se nommait Barak.

Après elle les Israélites obéirent à des chefs madianites, tels que Ourib, Zawib, Banioura, Dara et Salta, pendant une période de sept ans et trois mois. Gédéon (Djidaoun), de la tribu de Manassé, qui extermina ces chefs madianites, régna quarante ans.

Le règne de son fils Abimélech (Abou-Malikh) fut de trois ans et trois mois.

Ses successeurs furent Toula, de la tribu d’Éphraïm, qui régna vingt-trois ans ; Yamin (Yaïr), de la tribu de Manassé, vingt-deux ans ; les rois d’Ammon, dix-huit ans ; Nahchoun (Absan), de Bethlehem, sept ans ; Chinchoun (Samson), vingt ans ; Amlah, dix ans, et Adjran huit ans.

Les rois des Philistins les tinrent ensuite sous leur joug pendant quarante ans, et après eux Ailan (Élie), le grand prêtre, les gouverna pendant quarante ans.

La destruction de Jérusalem par les Babyloniens
La destruction de Jérusalem par les Babyloniens en 587 avant Jc

De son temps, les Babyloniens vainquirent les Israélites, leur enlevèrent l’arche, qui avait été l’instrument de leurs victoires, et la transportèrent à Babel ; ils arrachèrent les Israélites à leurs foyers et à leurs familles.

A la même époque arriva ce qui est raconté de peuple d’Ézéchiel (Hizkiel) « qui, au nombre de plusieurs milliers d’hommes, quittèrent leur pays de peur de mourir, et que Dieu, après leur avoir dit, Mourez, rappela à la vie. » (Koran, II, 244.) La peste les décima, et il ne resta que trois tribus, dont l’une se réfugia au milieu des sables, l’autre dans une ile, et la troisième sur le sommet des montagnes.

Après de longues épreuves, ils revinrent dans leurs demeures, et dirent à Ezéchiel :

« As-tu jamais vu un peuple souffrir ce que nous avons souffert ? »

« Non, répondit-il, je n’ai jamais entendu parler d’un peuple qui ait fui devant Dieu comme vous l’avez fait. »

Sept jours après, Dieu leur envoya la peste, et ils moururent tous jusqu’au dernier d’entre eux.

Après Ailan le grand prêtre, régna Samuel (Ichmawil) fils de Barouhan (Yerouham), fils de Nafaour. Ce prophète séjourna vingt ans parmi les Israélites ; Dieu éloigna d’eux la guerre et rétablit leur fortune. Mais ils retombèrent dans de nouveaux troubles et ils dirent à Samuel : « Donne-nous un roi, afin que nous combattions dans la voie de Dieu. » (Koran, II, 247.)

Dieu lui ordonna de conférer la royauté à Talout, qui est le même que Saül (Chaoul), fils de Kich, fils d’Atial (Abïel), fils de Saroun (Seror), fils de Nahourab (Bakhorad), fils d’Afiah, fils de Benjamin, fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham.

Dieu le revêtit donc de l’autorité, et jamais les Israélites n’avaient été unis comme ils le furent sous Saül.

Entre la sortie des enfants d’Israël de l’Egypte, sous la conduite de Moïse, et le règne de Saül, on compte une période de cinq cent soixante et douze ans et trois mois. Saül fut d’abord tanneur, et il préparait le cuir ; aussi lorsque le prophète Samuel dit aux Israélites, « Dieu vous envoie Saül en qualité de roi, » ils répondirent, ainsi que Dieu nous l’apprend dans son livre : « Comment pourrait-il régner sur nous ? Nous sommes plus dignes de la souveraineté que lui, car il ne possède pas même des richesses, etc. » (Koran, II, 248.) —« Le signe de la royauté, répondit le prophète, sera le retour de l’arche, qui est pour vous un gage de sécurité de la part de Dieu, etc. » (Ibid. 249.)

En effet, l’arche sainte était à Babel depuis dix ans ; mais dès le lendemain, au point du jour, ils entendirent le frôlement des anges, qui la rapportaient.

Goliath (Djalout) avait affermi sa puissance et accru le nombre de ses soldats et de ses généraux. Jaloux de l’obéissance des Israélites envers Saül, il sortit de la Palestine et marcha contre lui à la tête de différentes races de Berbers.

Ce Djalout était fils de Maloud, fils de Debal, fils de Hattan, fils de Farès.

Lorsqu’il eut envahi les plaines des Israélites, Saül, d’après l’ordre de Samuel, sortit avec son armée pour combattre Goliath. Ce fut alors que Dieu leur envoya une épreuve auprès d’une rivière qui sépare le Jourdain de la Palestine, et qu’il leur infligea les tourments de la soif, ainsi qu’il est raconté dans le Koran (II, 250).

Les Israélites furent instruits de la manière dont ils devaient boire ; ceux qui doutèrent lapèrent l’eau à la façon des chiens, et furent exterminés jusqu’au dernier par Goliath. Saül choisit ensuite trois cent treize de ses plus vaillants soldats, parmi lesquels se trouvaient David et ses frères.

Les deux armées se rencontrèrent, et, le sort de la bataille restant indécis, Saül, pour encourager ses troupes, promit le tiers de son royaume et la main de sa fille à celui qui combattrait Goliath.

David marcha contre cet ennemi, et le tua avec une pierre qu’il avait dans son sac de berger, et qu’il lança au moyen d’une fronde. Goliath périt sur-le-champ, comme on lit encore dans le livre saint : « Et David tua Goliath. » (Ibid. 2 52.)

On raconte que David avait dans son sac trois pierres qui se réunirent et formèrent une seule pierre, avec laquelle il tua Goliath.

Quant aux différents récits qui se rattachent à ce fait, on peut consulter nos ouvrages précédents.

On dit aussi que ce fut Saül qui extermina ceux qui lapèrent l’eau de la rivière et désobéirent ainsi aux ordres qu’ils avaient reçus.

Nous avons déjà raconté l’histoire de la cotte de mailles au sujet de laquelle le prophète des Israélites leur annonça que celui-là seul qui pourrait la revêtir tuerait Goliath ; et, en effet, David seul put s’en couvrir.

Pour ce qui concerne le détail de ces guerres, l’histoire du fleuve qui tarit, le récit du règne de Saül, les Berbers et leur origine, nous renvoyons le lecteur à nos Annales historiques.

Plus bas, et dans un chapitre plus approprié à ce sujet, nous donnerons un résumé de l’histoire des Berbères et de leur dispersion sur la terre.

Dieu grandit le nom de David et abaissa celui de Saül, qui avait refusé de remplir ses engagements envers David.

Cependant, voyant la popularité qui entourait celui-ci, Saül lui donna sa fille en mariage et lui concéda un tiers de ses revenus, de son autorité et de ses sujets. Mais la jalousie que lui inspirait David l’aurait porté à le faire périr dans une embûche, si Dieu ne l’en avait empêché.

David, au contraire, ne chercha jamais à lui disputer le pouvoir, et sa gloire ne fit que s’accroître tant que Saül resta sur le trône.

Ce roi mourut une nuit dans un violent désespoir, et les Israélites se soumirent à David.

La durée du règne de Saül fut de vingt ans. On dit que c’est près de Beisan, dans le Gour ou région inférieure du Jourdain, que Goliath fut tué. Dieu ramollit le fer sous les mains de David, qui en fit des cottes de mailles ; Dieu lui soumit aussi les montagnes, et permit aux oiseaux de chanter ses louanges avec David.

Ce roi combattit le peuple de Moab, dans le pays d’el-Balka. Il reçut du ciel le psautier en hébreu, composé de cent cinquante chapitres, et divisé en trois parties : la première prédit les rapports des Israélites avec Bokhtnaçar (Nabuchodonosor) et l’histoire de ce roi ; la seconde, le sort que leur réservaient les Assyriens ; la troisième renferme des prédications et des exhortations, ainsi que des cantiques et des prières.

On ne trouve dans ce livre ni commandement, ni défense, ni aucune prescription ou interdiction.

La liste des Prophètes (paix et bénédiction d'Allah sur eux )
La liste des Prophètes (paix et bénédiction d’Allah sur eux )

Le règne de David fut prospère, et sa puissance inspira du respect aux peuples infidèles jusqu’aux extrémités du monde. Il bâtit un temple pour le culte de Dieu dans le Kour Selam, c’est-à-dire à Jérusalem (beit el-moqaddes) ; ce temple, qui existe encore aujourd’hui, 332 de l’hégire, est connu sous le nom d’Oratoire (Mihrab) de David.

C’est maintenant le point culminant de la ville, et l’on aperçoit de là le lac Fétide et le Jourdain, dont nous avons parié ci-dessus.

L’histoire de David et des deux plaideurs est racontée par Dieu dans le Koran, ainsi que la sentence que ce roi prononça avant d’avoir entendu l’autre plaideur : « Il a agi iniquement à son égard, etc. » (XXXVIII, 23.) On n’est pas d’accord sur la nature du crime commis par David.

Les uns, adoptant notre manière de voir, nient tout acte de révolte ou d’impiété volontaire de la part des prophètes, parce qu’ils sont présanctifiés (mâsoum) ; ils croient donc que le péché de David consiste dans cette sentence inique.

C’est ce que confirme ce verset : « O David, nous l’avons établi notre vicaire sur la terre, juge les hommes selon la vérité. « (Sur. XXVIII, 25.) D’autres allèguent l’histoire et le meurtre de Ouria (Urie), fils de Haïan, comme le racontent « les livres des origines, etc. »

Le repentir de David fut exaucé après quarante jours de jeune et de larmes.

Il épousa cent femmes. Salomon, son fils, ayant grandi, assista son père dans l’exercice de la justice, et reçut de Dieu les dons de prophétie et de sagesse, comme le dit le saint livre : « Nous avons donné à chacun d’eux la sagesse et la science, etc. » (XXI, 79.)

David avant de rendre son âme à Dieu désigna son fils Salomon comme son successeur.

Il avait régné quarante ans sur la Palestine et le Jourdain.

Son armée se composait de soixante mille hommes portant l’épée et le bouclier ; qui ne comptait que des jeunes gens encore imberbes, mais pleins de courage et de vigueur.

mosquee aqsa Les dix plus anciennes mosquées du monde
La Mosquée Al Aqsa à al-Quds en Palestine (705-715) , reconstruite  par le calife Omeyyade al-Walid Ier (ayla =Jérusalem, al-Quds)

A cette époque vivait, dans le pays d’Aïlah et de Madian, Lokman le Sage, dont le nom entier est Lokman, fils d’Anka, fils de Mezid, fils de Saroun ; c’était un Nubien, affranchi de Lokaïn, fils de Djesr.

Il naquit dans la dixième année du règne de David. Ce fut un esclave vertueux auquel Dieu accorda le don de la sagesse ; il vécut, et ne cessa de donner au monde l’exemple de la sagesse et de la piété, jusqu’à l’époque de la mission de Jouas, fils de Matta, chez les habitants de Ninive, dans le pays de Moçoul.

Après la mort de David, Salomon, son fils, hérita, de son caractère prophétique et de sa sagesse.

Il étendit sa justice sur tous ses sujets, rendit ses États florissants et maintint la discipline dans son armée.

Ce fut Salomon qui bâtit « la maison de la sainteté, » c’est-à-dire la mosquée el-Aksa, que Dieu a entourée de ses bénédictions.

Après avoir terminé cet édifice, il bâtit pour lui-même une maison qu’on nomme aujourd’hui Keniçet el-Komamah, et qui est la principale église (Saint-Sépulcre) des chrétiens de Jérusalem ; mais ils ont encore dans cette ville d’autres églises vénérées, telles que l’église de Sion, nom que mentionne déjà David, l’église d’el-Djesmanieh (l’Incarnation), qui renferme, selon eux, le tombeau de David, etc.

Dieu rendit Salomon plus puissant que tous ses prédécesseurs ; il soumit à son pouvoir les hommes, les génies, les oiseaux et les vents, ainsi qu’il l’a révélé dans son saint livre. (Koran, XXI et XXXVIII). Salomon régna sur les Israélites pendant quarante ans, et il mourut à l’âge de cinquante-deux ans.

Reconstitution de Jérusalem et de l'esplanade  (le second-temple)  (538 av JC to 70  après JC.
Reconstitution de Jérusalem  (538 av JC to 70 après JC.

CHAPITRE V.

RÈGNE D’ARKHOBOAM, FILS DE SALOMON, FILS DE DAVID ; ROIS D’ISRAËL SES SUCCESSEURS ; APERÇU DE L’HISTOIRE DES PROPHETES.

Après la mort de Salomon, Arkhoboam, son fils, régna sur les enfants d’Israël ; mais les tribus, qui lui avaient été toutes soumises, se séparèrent de lui, excepté celles de Juda et de Benjamin. Il mourut après un règne de dix-sept ans. Les dix autres tribus furent gouvernées par Bouriam (Jéroboam), qui eut à soutenir d’importantes guerres et qui adora un veau d’or enrichi de perles. Dieu le fit mourir après un règne de vingt ans. Après lui Abya, fils d’Arkhoboam, fils de Salomon, fut roi pendant trois ans ; puis Ahab, qui régna quarante ans.

Youram (Jehoram), qui lui succéda, rétablit le culte des idoles, des statues et des images, et régna un an. Les Israélites furent ensuite gouvernés par une femme de nom d’Ailan (Athalie), qui extermina tous les descendants de David ; un seul enfant échappa au massacre. Le peuple, révolté de la cruauté de cette reine, la tua après un règne de sept ans (mais on n’est pas d’accord sur ce chiffre), et mit à sa place cet enfant, seul rejeton de David. Il monta sur le trône à l’âge de sept ans, et régna quarante, ans, ou moins, selon quelques historiens. Son successeur, Amadia, régna cinquante-deux ans ; le prophète Isaïe (Achaiah), qui vivait à cette époque, eut de fréquents rapports avec ce roi.

Nous avons raconté, dans nos Annales historiques, les guerres qui éclatèrent sous Amadia. Son successeur fut Yokam (Jotam), fils d’Oziah ; il régna dix ans, ou, selon d’autres, seize ans. Après lui Ahar (Ahaz) releva les idoles, et se montra aussi impie que cruel. Un des plus puissants rois du pays de Babel, Falaifas (Teglatpileser), marcha contre lui ; après de longues guerres, le Babylonien fit prisonnier le roi d’Israël et détruisit les villes et les établissements des tribus.

A la même époque, des querelles religieuses s’élevèrent parmi les Juifs et amenèrent le schisme des Samaritains. Ces derniers rejetèrent la prophétie de David et de ses successeurs, soutinrent qu’il n’y avait plus eu de prophète depuis Moïse, et choisirent leur chef parmi les descendants d’Aaron, fils d’Amran ; aujourd’hui (332 de l’hég.) ils habitent des bourgades séparées sur le territoire de la Palestine et du Jourdain, comme Ara, entre Ramlah et Tibériade, et d’autres bourgs, jusqu’à Naplouse, où ils sont en plus grand nombre. Ils ont une montagne qu’ils nomment Tour-Berid, sur laquelle ils prient dans les temps prescrits par leur religion. Ils ont des trompettes d’argent dont ils sonnent aux heures de la prière. Ce sont eux qui disent : « Ne touchez pas. » (Koran, XX, 97.) Ils donnent le nom de Maison sainte (nom de Jérusalem) à Naplouse, ville de Jacob, où se trouvaient ses pâturages. Ils sont divisés en deux sectes, aussi séparées l’une de l’autre qu’elles le sont des Juifs ; l’une s’appelle Kouchan et l’autre Doustan. Une de ces deux sectes soutient l’éternité du monde et d’autres dogmes que nous ne mentionnons pas ici pour éviter les longueurs ; d’ailleurs notre ouvrage est un livre d’histoire, et non un traité d’opinions et de doctrines.

Ahaz avait régné dix-sept ans avant d’être fait prisonnier par le roi de Babel. Durant sa captivité, son fils Hizkiel (Ézéchias) monta sur le trône. Celui-ci fut fidèle au culte du vrai Dieu et fit briser les statues et les idoles. Sons son règne, Sendjarib (Sennachérib), roi de Babel, marcha contre Jérusalem ; il fit longtemps la guerre aux Israélites, perdit une partie de son armée, mais assujettit la plupart des tribus d’Israël.

Hizkiel mourut après un règne de vingt-neuf ans, et son fils Mîcha (Manassé) monta après lui sur le trône. Ce roi, qui persécuta avec rigueur tous ses sujets, fit aussi périr le prophète Isaïe. Dieu dirigea contre lui Constantin, roi de Roum. Manassé alia à sa rencontre avec son armée, mais ses soldats prirent la fuite, et lui-même fut fait prisonnier. Il resta vingt ans dans le pays de Roum, dépouillé de toute sa puissance, puis il fut mis en liberté ; il revint dans ses Etats et mourut après un règne de vingt-cinq ans, ou, selon d’autres, de trente ans.

Son successeur fut Amour (Amon), qui se révolta, renia le vrai Dieu, et rétablit le cuite des idoles. Sa tyrannie étant devenue excessive, Pharaon le boiteux sortit de l’Egypte à la tête de son armée et marcha contre lui. Après avoir répandu des flots de sang, il s’empara d’Amon et le conduisit en Egypte, où ce roi mourut prisonnier.

Son règne avait duré cinq ans, mais on n’est pas d’accord à cet égard. Son frère Youfiham, père du prophète Daniel, lui succéda.

Ruines de Babylone photographiées en 1975. , Iraq
Ruines de Babylone photographiées en 1975. Iraq

Du temps de ce roi vivait Nabuchodonosor (Bokhtuaçar) gouverneur (satrape) de l’Irak et des Arabes pour le roi de Perse, dont Balkh était alors la capitale. Ce chef étranger massacra ou amena captifs dans l’Irak un grand nombre d’Israélites ; il prit le Pentateuque (Tourah), les autres livres des Prophètes et les Chroniques des rois, qui étaient conservés dans le temple de Jérusalem, et les jeta dans un puits ; il s’empara aussi de l’arche sainte et la mit en lieu sûr dans son pays.

Le nombre des Israélites qui furent emmenés en captivité s’éleva, dit-on, à dix-huit mille.

Le prophète Jérémie vivait à la même époque. Nabuchodonosor, après avoir envahi l’Egypte et tué Pharaon le boiteux, qui régnait alors dans cette contrée, marcha contre l’Occident, fit périr plusieurs rois et conquit un grand nombre de villes.

Le roi de Perse avait épousé une jeune fille juive qui était parmi les captifs, et dont il eut un enfant.

Ce roi permit aux Israélites de retourner dans leur pays quelques années après.

Rentrés dans leurs foyers, ils furent gouvernés par Zorobabel, fils de Salathiel (Salsal), qui rétablit Jérusalem et tout ce qui avait été ruiné. Les Israélites retirèrent le Pentateuque du puits où il était enfoui ; leur royaume redevint florissant, et ce roi consacra un règne de quarante-six ans à rendre leurs terres à la culture, et à rétablir les prières et les prescriptions qu’ils avaient oubliées pendant leur captivité.

Les Samaritains prétendent que le Pentateuque qui est entre les mains des Juifs n’est pas celui que Moïse leur a apporté ; que celui-là a été brûlé, changé et corrompu, et que l’autre est dû à Zorobabel, qui l’a recueilli de la bouche des Israélites qui l’avaient retenu par cœur.

Ils se croient donc les seuls et uniques possesseurs du texte authentique.

Ce roi mourut après un règne de quarante-six ans.

D’après une autre version, ce fut Nabuchodonosor lui-même qui épousa une fille juive, rétablit les Israélites dans leur pays et les protégea.

Reproduction de la Ka'aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui)
Reproduction de la Ka’aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui)

Ismaïl, fils d’Abraham, l’ami de Dieu, fut chargé de la garde de la Maison (la Kaaba) après son père. Dieu lui accorda le don de prophétie, et l’envoya chez les Amalécites et les tribus du Yémen pour les détourner de l’idolâtrie. Quelques-uns acceptèrent la foi, mais le plus grand nombre persévéra dans l’infidélité. Ismaïl eut douze fils : Nabet, Kidar, Arbil, Mibsam, Michmâ, Douma, Masa, Haddad, Atima, Yetour, Nafech et Bakedma.

Abraham avait désigné comme son successeur son fils Ismaïl ; celui-ci élut à son tour son frère Isaac, ou, selon d’autres, son fils Kidar. Ismail avait cent trente-sept ans quand il mourut, et il fut enterré dans la mosquée el-Haram, à l’endroit où était la pierre noire. Nabet, son fils, garda la maison sainte, comme l’avait fait son père ; on croit même qu’il fut désigné par Ismaïl.

Entre l’époque de Salomon et celle du Messie, vécurent des prophètes et de pieux serviteurs de Dieu ; tels sont Jérémie, Daniel, Ozaïr, que tous n’acceptent pas comme prophète, Job, Isaïe, Ezéchiel, Elias, Elisée (el-Iça), Jonas, Dou’l-kifl, el-Khidr, qui, selon Ibn Ishak, n’est autre que Jérémie, ou, selon d’autres, un pieux serviteur de Dieu, et enfin Zacharie.

Ce dernier, fils d’Adak, descendant de David et de la tribu de Juda, épousa Elisabeth (Ichba), fille d’Amran, sœur de Marie (Miriam), fille d’Amran et mère du Messie. Cet Amran, fils de Maran, fils de Yoakim, était aussi de la famille de David. La mère d’Elisabeth et de Marie se nommait Hannah (Anne). Elisabeth donna à Zacharie un fils du nom de Jean (Yahia), qui était donc le fils de la tante maternelle du Messie. Zacharie était charpentier. Les Juifs répondirent le bruit qu’il avait eu un commerce coupable avec Marie, et résolurent de le tuer.

Averti de leur projet, Zacharie se réfugia dans le creux d’un arbre ; mais, sur l’indication que leur en donna Iblis, l’ennemi de Dieu, ils abattirent cet arbre et fendirent du même coup le corps de Zacharie.

Elisabeth, fille d’Amran, sœur de Marie, la mère du Messie, ayant mis au monde Jean, fils de Zacharie, s’enfuit avec son enfant en Egypte, pour éviter la colère d’un roi. Devenu homme, Jean fut envoyé par Dieu aux Israélites ; il leur prêcha la loi divine et la soumission aux volontés de Dieu, mais il fut mis à mort par ceux-ci. Après plusieurs événements, les Israélites reçurent de la colère céleste un roi de l’Orient nommé Khardouch (Hérode), qui vengea le sang de Jean, fils de Zacharie, en immolant un grand nombre de coupables, et ce crime ne fut expié qu’après de longues calamités.

Le Jourdain et ses rives, de nos jours
Le Jourdain et ses rives, de nos jours

Quand Marie, fille d’Amran, eut dix-sept ans, Dieu lui envoya Gabriel, qui souffla en elle l’esprit, et elle devint grosse du Messie, Jésus (Iça), fils de Marie.

Jésus naquit dans un village nommé Bethlehem (Beit-laham), à quelques milles de Jérusalem, le mercredi 24 décembre.

Son histoire a été révélée par Dieu et racontée par l’intermédiaire de son Prophète, dans le Koran (sur. III, etc.).

Les chrétiens prétendent que Jésus, le Nazaréen, c’est-à-dire le Messie, suivit la religion de ses ancêtres, et qu’il étudia, pendant vingt-neuf ou trente ans, le Pentateuque et les livres anciens dans une synagogue appelée el-Midras ().

Un jour, en lisant le livre d’Isaïe, il y vit ces mots tracés en caractères de feu : « Tu es mon fils et mon essence, je t’ai élu pour moi. » (S. Matth. XII, 18 ; cf. Isaïe, XLII, 1.) Il ferma le livre, le remit au serviteur du temple et sortit en disant : « Maintenant la parole de Dieu s’est accomplie dans le fils de l’homme. »

D’autres disent aussi que le Messie habitait le bourg de Nazareth (Naçarah), situé sur le territoire d’el-Ladjoua, dépendant du district du Jourdain, et que c’est ce qui a valu aux chrétiens le nom de Nazaréens.

Ruines de la cité fortifiée de Gamala, enjeu de la guerre entre Arétas IV et Hérode Antipas. (On entrevoit au fond, le lac de Tibériade.)
Ruines de la cité fortifiée de Gamala, enjeu de la guerre entre Arétas IV roi des arabes Nabatéens d’environ 9 av. J.-C. à 40 ap. J.-C et Hérode Antipas fils d’Hérode le Grand. (21 av. J.-C.–39 ap. J.-C (On entrevoit au fond, le lac de Tibériade.)

J’ai visité dans ce bourg une église très vénérée par les chrétiens ; elle renferme des ossements humains dans des cercueils de pierre, et il en découle de l’huile épaisse comme un sirop ; les chrétiens croient se sanctifier en la recueillant

Le Messie, en passant devant le lac de Tibériade, y vit quelques pêcheurs qui étaient les fils de Zebeda, et douze foulons ; il les appela vers Dieu et leur dit : « Suivez-moi et vous pécherez des hommes. » Trois de ces pêcheurs, fils de Zebeda, et douze foulons le suivirent. Matthieu (Matta), Jean (Yohanna), Marc (Markoch) et Luc (Louka) sont les quatre apôtres qui ont écrit l’Evangile et raconté l’histoire du Messie, sa naissance, le baptême qu’il reçut de Jean, fils de Zacharie, ou Jean-Baptiste, dans le lac de Tibériade, et, selon d’autres, dans le Jourdain, fleuve qui sort de ce lac et se jette dans le lac Fétide.

On trouve aussi dans ce livre le récit des prodiges et les miracles accomplis par le Messie, et le traitement que les Juifs lui infligèrent, enfin son ascension à l’âge de trente-trois ans.

L’Evangile fournit en outre de longs détails sur le Messie, Marie, et Joseph le charpentier ; mais nous croyons devoir les passer sous silence, parce que ni Dieu, ni son prophète Mohammed ne les ont rapportés.

al-Sharq al-Aswat al-Jahili (Le moyen-orient du temps de l’ignorance) au 6eme siècle
al-Sharq al-Aswat al-Jahili (Le moyen-orient du temps de l’ignorance) au 6eme siècle

CHAPITRE VI.

DES HOMMES QUI ONT VECU DANS L’INTERVALLE, C’EST-À-DIRE ENTRE LE MESSIE ET MOHAMMED,

On compte dans l’intervalle (el-fitreh) qui sépare le Messie de Mohammed plusieurs personnages qui ont cru en un Dieu unique et en la résurrection ; mais c’est une question controversée que de savoir s’il y eut ou non des prophètes parmi eux.

Un de ceux à qui l’on donne ce nom est Hanzalah fils de Safwan, descendant d’Ismaïl, fils d’Abraham. Il fut envoyé chez les Ashab er-ras (Koran, XXV, 40), qui avaient la même origine, et qui se divisèrent en deux tribus, les Kadman et les Yamen ou Rawil, habitant toutes deux le Yémen.

Hanzalah, fils de Safwan, exécuta l’ordre de Dieu et fut tué.

Dieu révéla alors à un prophète Israélite, de la tribu de Juda, qu’il enverrait Bokhtnaçar contre ce peuple. En effet, ce roi les attaqua à la tête de son armée.

Tel est le sens de cette parole divine, « Mais quand ils ont senti notre force, ils ont cherché à fuir, » et des versets suivants jusqu’aux mots : « Nous les avons rendus semblables au blé moissonné et se desséchant. » (Ibid. XXI, 12-15.) On dit aussi que ce peuple était himyarite, et c’est ce que prouve le passage suivant d’une élégie composée par un poète de cette nation :

Mes yeux répandent des larmes sur le peuple d’er-Ras, sur Rawil et Kadman.

Fuis le courroux d’Abou Dirâ, qui est le châtiment de la tribu de Kahtan.

Alexandre le macédonien, dit le Grand , né le 21 juillet 356 av. J.-C. à Pella, mort le 11 juin 323 av. J.-C. à Babylone, est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples
Alexandre le macédonien, dit le Grand , né le 21 juillet 356 av. J.-C. à Pella, mort le 11 juin 323 av. J.-C. à Babylone, est un roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité, représenté  sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d’Issos, musée national archéologique de Naples

On croit, sur l’autorité de Wahb, fils de Monabbih, que Dou’l-Karnein, c’est-à-dire Alexandre, vécut après le Messie, dans l’ère de l’intervalle. Il eut un songe dans lequel il lui sembla être assez près du soleil pour en saisir les deux extrémités à l’ouest et à l’est ; il raconta son rêve à son peuple, qui le surnomma Dou’l-Karnein ou le maître des deux cornes.

Cependant ce personnage est l’objet de discussions que nous avons insérées dans nos Annales historiques et dans l’Histoire moyenne ; nous donnerons en outre un abrégé de son histoire en parlant des rois grecs et byzantins. (Voy. chap. XXV.)

Le même désaccord existe sur l’époque où vécurent « les hommes de la caverne » (Koran, XVIII) ; les uns les placent dans l’ère d’intervalle, les autres sont d’un avis différent.

Nous donnerons aussi un aperçu de leur histoire dans le chapitre consacré aux rois de Roum (ch. XXVII) ; on peut encore consulter notre Histoire moyenne et nos Annales historiques.

Parmi ceux qui vécurent dans l’intervalle, après le Messie, on cite Djordjis (George), qui fut contemporain de quelques apôtres. Envoyé auprès d’un roi de Moçoul pour le convertir au vrai Dieu, il fut mis à mort ; Dieu le ressuscita et lui donna la même mission ; le roi le tua encore, mais Dieu lui rendit la vie et le renvoya auprès du roi. Celui-ci le fit brûler et jeta ses cendres dans le Tigre.

Dieu détruisit ensuite ce roi et tous ses partisans.

Tel est le récit fait par ceux qui suivent les Écritures et rapporté dans les livres intitulés, De l’Origine et des coutumes, par Wahb, fils de Monabbih, et d’autres auteurs.

L'église de Doura-Europos en Syrie orientale fut construite entre 233 et 256 Jc, c'est l'une des premières églises construite au monde
L’église de Doura-Europos en Syrie orientale fut construite entre 233 et 256 Jc, c’est l’une des premières églises construite au monde

Un autre personnage de l’ère d’intervalle est Habib le charpentier. Il habitait Antioche de Syrie, où régnait un tyran qui adorait les idoles et les images.

Deux disciples du Messie lui furent envoyés pour le convertir ; mais il les fit mettre en prison et frapper de verges.

Dieu leur donna un troisième auxiliaire, dont le nom a soulevé des discussions ; le plus grand nombre des auteurs cite un apôtre nommé Botros (Petrus) en latin, Siman en arabe, et en syriaque Chimoun alsefa ().

Plusieurs auteurs cependant, d’accord avec toutes les sectes chrétiennes, disent que ce troisième apôtre était Paul, et que les deux autres qui furent jetés en prison étaient Thomas et Pierre.

Ils demeurèrent longtemps auprès de ce roi et prouvèrent leur mission par des miracles, en guérissant des aveugles et des lépreux, et en ressuscitant des morts.

Paul, ayant obtenu un libre accès auprès de ce roi et capté sa faveur, fit mettre en liberté ses deux compagnons.

Habib le charpentier vint ensuite et crut aux apôtres en voyant leurs miracles.

Dieu a raconté cette histoire dans son livre, au verset : «Nous leur avons envoyé deux hommes, et ils les traitèrent d’imposteurs ; nous leur donnâmes l’appui d’un troisième, etc. » jusqu’aux mots « Un homme vint en toute hâte. » (Kor. XXXVI, 13, 19.)

Pierre et Paul périrent à Rome, où ils furent crucifiés la tête en bas, après avoir eu de longs rapports avec le roi et Simon (Sima) le magicien.

Quand le christianisme eut triomphé, leurs reliques furent mises dans des châsses de cristal, que l’on conserve dans une église de Rome.

En parlant des curiosités de cette ville dans notre Histoire moyenne, nous avons donné ces détails ainsi que l’histoire des disciples du Messie et de leur dispersion en différents pays.

Nous reviendrons encore sur ce sujet.

Oukhoud,  Najran
Oukhoud, Najran Arabie Saoudite.

Pendant cette ère d’Intervalle vécurent aussi « les hommes de la fosse, » qui habitaient Nedjran, dans le Yémen, sous le règne de Dou-Nowas, le même qui fit périr Dou-Chenatir.

Ce roi, qui professait le judaïsme, apprenant qu’il y avait à Nedjran des sectateurs du Messie, se rendit lui-même dans cette ville, fit creuser des fosses, qu’il remplit de charbons ardents, et ordonna aux habitants d’embrasser le judaïsme ; il relâcha ceux qui obéirent et fit jeter les récalcitrants dans le feu.

On amena une femme avec son enfant âgé de sept mois, et elle refusa d’abjurer sa religion.

Lorsqu’on l’approcha du feu elle fut saisie d’effroi ; mais Dieu donna la parole à l’enfant, qui s’écria : « Ma mère, persévère dans ta religion, car après ce feu il n’y en aura pas d’autre. »

Ils périrent ensemble dans les flammes : c’étaient des croyants monothéistes et non des chrétiens (trinitaires), comme ceux de notre siècle.

Un homme de la même nation, nommé Dou Tâleban, alla invoquer le secours de César, roi de Boum (Byzance) ; l’empereur écrivit au Nedjachi (roi d’Abyssinie), dont le pays était plus voisin du Yémen.

On trouvera dans nos Annales historiques et dans l’Histoire moyenne le récit de l’invasion et de la conquête du Yémen par les Abyssiniens, jusqu’à l’époque où Seïf Dou Yezen invoqua l’appui de plusieurs rois, et obtint celui d’Anouchirwan ; nous y reviendrons en outre en temps opportun en parlant des Dons et des rois du Yémen (voy. chap. XLIII).

Dieu a raconté dans son livre l’aventure des hommes du fossé, au verset, «Les hommes du fossé ont été tués, etc. » jusqu’aux mots : « le Puissant, le Glorieux » (Koran, LXXXV, 4, 8).

Deux lieux présumé du lieu de l'enterrement de Khalid ibn Sinan al-Absi, l'un en Algerie et l'autre en Iran
Deux lieux présumé du lieu de l’enterrement de Khalid ibn Sinan al-Absi, l’un en Algérie et l’autre en Iran

Parmi les personnages de l’Intervalle on cite encore Khaled, fils de Sinan el-Absi, ou bien Khaled, fils de Sinan, fils de Gert, fils d’Abs, désigné par ces paroles de Mohammed : « C’est un prophète que sa nation a perdu. »

Voici son histoire : le culte du feu s’était introduit chez les Arabes, et se propageait à la faveur des troubles religieux, au point que ce peuple était à la veille de se soumettre à l’idolâtrie des Mages.

Khaled, un bâton à la main, se jeta dans les flammes en s’écriant : « La voila, la voilà, la route qui conduit vers le Dieu suprême ! Certes, je pénétrerai dans ce brasier ardent et j’en sortirai les vêtements humides de rosée. »

En effet, il éteignit le feu. Sur le point de mourir, il dit à ses frères : « Lorsque je serai enterré, un troupeau d’ânes sauvages, conduit par un onagre sans queue, viendra frapper ma tombe de son pied ; dès que vous serez témoins de ce fait, ouvres ma tombe, j’en sortirai et je vous instruirai de tout ce qui existe. »

Après que Khaled fut enterré, ses compagnons virent s’accomplir ce qu’il avait prédit, et voulurent exhumer son corps ; mais quelques-uns d’entre eux s’y opposèrent, dans la crainte que les Arabes ne leur reprochassent d’avoir profané le tombeau d’un de leurs morts.

Plus tard, la fille de Khaled vint trouver le prophète de Dieu, au moment où il récitait : « Dis, il est le Dieu unique, le Dieu éternel. » (Koran, CXII, 1, 2), et elle s’écria : « Mon père prononçait les mêmes paroles. » Dans le courant de notre récit nous aurons encore l’occasion de revenir sur ce personnage.

Riab ech-Channi, de la tribu d’Abd Kais et de la branche de Chann, vécut aussi dans l’ère d’Intervalle ; il suivait la religion du Messie Jésus, fils de Marie, avant la venue du prophète de Dieu. On entendit, antérieurement à la prédication de l’islam, une voix qui criait dans le ciel : « Les meilleurs des hommes sont au nombre de trois : Riab ech-Channi, Bohaira, le moine, et un autre qui n’est pas encore venu », c’est-à-dire le Prophète.

Jamais un des enfants de Riab n’est mort sans que la rosée ait rafraîchi sa tombe.

Citons aussi Açàd Abou Kerb, l’Himiarite, vrai croyant, qui proclama le Prophète sept siècles avant sa venue ; il dit :

J’atteste qu’Ahmed (Mohammed) est l’envoyé de Dieu créateur de la vie ;

Si je pouvais vivre jusqu’à son siècle, je serais son vizir et son cousin.

Ce fut Açâd qui, le premier, revêtit la Kâbah de tapis et d’étoffes précieuses ; c’est ce qui a fait dire à un Himiarite :

Nous avons couvert le temple que Dieu a consacré de tapis ornés de broderies et de franges.

Vue satellitaire (remanié) de l’île des arabes
Vue satellitaire (remanié) de l’île des arabes

Parmi les hommes de l’Intervalle vécut Koss, fils de Saïdah, descendant d’Yad, fils d’Odd, fils de Mâdd, et juge des Arabes. Il croyait en la résurrection, et disait sans cesse :

« Quiconque vit, doit mourir ; celui qui meurt, passe ; tout ce qui doit venir, viendra. » Sa sagesse et sa science sont proverbiales chez les Arabes ; c’est ce qui a fait dire à el-Acha :

Plus sage que Koss, plus fougueux que celui (le lion) qui veille au fond de sa tanière dans le fourré du bois de Haffan.

Lorsque les délégués du peuple d’Yad se rendirent auprès du Prophète, il s’informa de Koss, et dit en apprenant sa mort :

« Que Dieu lui fasse miséricorde ! Je crois encore le voir à la foire d’Okaz, monté sur son chameau roux, et disant à la foule : Hommes, réunissez-vous, écoutez et retenez ceci : « Quiconque vit doit mourir ; celui qui meurt, passe, tout ce qui doit venir, viendra. Le ciel est plein d’enseignements et la terre d’exhortations ; voyez la mer se gonfler, les astres disparaître, le firmament s’étendre comme une toiture, et la terre comme un lit. J’en atteste le Dieu de Koss, la-religion de ce Dieu vaut mieux que la vôtre. Pourquoi les hommes partent-ils et ne reviennent-ils plus ? Soit qu’ils obtiennent de rester, soit qu’on les abandonne au sommeil, ils suivent la même route, et ne diffèrent que par leurs actes. Quant aux vers de Koss (ajouta le Prophète), je les ai oubliés. »

— Abou Bekr, le juste, se leva et dit : « Envoyé de Dieu, ces vers, je les sais.

— Eh bien ! récite-les, dit le Prophète. » Abou Bekr reprit :

Dans ces premières générations qui ont disparu, quelle leçon pour nous !

Quand je vois que tout aboutit sans retour à la mort ;

Que, petits et grands, tout mon peuple suit cette route ;

Que l’absent ne revient plus, et que celui qui demeure passera soudain,

Je suis sûr que, moi aussi, je rejoindrai infailliblement mon peuple.

Le Prophète dit alors : « Que Dieu ait pitié de Koss ! je souhaite que le Seigneur le ressuscite comme une seule nation ! »

L'ancienne route montagneuse de Ta'if
L’ancien sentier montagneux de Ta’if, Arabie-saoudite.

—-Maçoudi ajoute : On attribue à Koss un grand nombre de poésies, de sentences et d’anecdotes relatives à la médecine, à la divination par le vol des oiseaux et d’autres pronostics, etc. dont nous avons parlé dans nos Annales historiques et dans l’Histoire moyenne.

Un autre personnage de l’ère d’intervalle est Zeïd, fils d’Amr, fils de Nofeïl, le père de Saïd, fils de Zeïd, et l’on des dix (Zeïd), cousin germain d’Omar, fils d’el-Khattab.

Ce Zeïd réprouva le culte des idoles, mais son oncle el-Khattab excita contre lui la populace de la Mecque et le leur livra.

Cette persécution l’obligea à se réfugier dans une caverne du mont Hira, d’où il se rendait secrètement à la Mecque.

Puis il passa en Syrie pour faire des recherches sur la vraie religion, et il y mourut empoisonné par les chrétiens.

Ses rapports avec le roi et l’interprète, et avec un des rois Gassanides de Damas, forment un long récit que nous avons rapporté dans nos précédents écrits.

On cite encore Omayah, fils d’Abou’s-Salt et-Takefi, poète intelligent, qui faisait le commerce avec la Syrie ; il fréquenta le clergé juif et chrétien, étudia les livres saints et reconnut qu’on prophète serait envoyé aux Arabes.

Dans ses poésies, il suit les doctrines de la vraie religion ; il décrit les deux et la terre, le soleil, la Inné, les anges et les prophètes ; il chante la résurrection, le paradis, l’enfer, et célèbre l’unité de Dieu, comme dans ce vers :

Louanges à Dieu, qui n’a pas d’égal ; ne pas proclamer cette vérité, c’est être injuste envers soi-même ;

et dans cet autre, où il parle des élus :

Là plus d’erreur, plus de faute ; le bonheur qui leur est promis est éternel.

La ville de Ta'if de nos jours
La ville de Ta’if de nos jours, Arabie-saoudite

L’annonce de l’apparition de notre saint Prophète lui inspira autant de colère que de chagrin ; il se rendit à Médine pour se faire musulman ; mais la jalousie l’en détourna, et il revint à Taïf.

Un jour qu’il était à boire avec quelques jeunes gens, un corbeau s’abattit près de lui, croassa trois fois, et s’envola. « Savez-vous ce que dit cet oiseau ? demanda Omayah à ses compagnons.

— Non, répondirent-ils. —

Il dit qu’Omayah ne boira pas une troisième coupe sans mourir.

— Prouvons qu’il a menti, s’écrièrent les jeunes gens. »

Omayah fit promptement remplir les coupes ; à la troisième rasade il tomba et resta longtemps sans connaissance ; pois il revint à lui et dit : « J’obéis, j’obéis, me voici auprès de vous ; moi que la grâce environnait, je ne l’ai pas payée de mes remerciements :

« Situ pardonnes, ô mon Dieu ! puisse ton pardon être complet Est-il un de tes serviteurs qui soit sans tache ? »

Il répéta encore : « Moi que la grâce avait comblé, j’ai négligé d’en témoigner ma reconnaissance, » et il ajouta ces vers :

Jour du jugement, jour terrible, où l’enfant vieillira soudain d’une rapide vieillesse !

Que ne puis-je échanger mon sort contre celui du berger qui fait paître ses chèvres agrestes au sommet des montagnes !

Toute vie, quelle que soit sa durée, aboutit au terme où elle doit finir ?

Pais il rendit le dernier soupir dans un râle suprême.

Plusieurs écrivains qui connaissent bien les hommes et les événements du passé, tels que : Ibn Dab, el-Heitem, fils d’Adi ; Abou Mikhnef Lout, fils de Yahia, et Mohammed, fils de Saïb el-Keibi, expliquent de la manière suivante l’habitude qu’avaient les Koraïchites d’inscrire en tête de leurs écrits la formule : En ton nom, ô mon Dieu ! Omayah, fils d’Abou’s-Salt et-Takefi fit un voyage en Syrie avec des gens de Takef, de Koreïsch et d’autres tribus. Au retour» leur caravane s’arrêta dans une certaine station pour y prendre les repas du soir, lorsqu’un petit serpent se montra et s’approcha de la troupe ; mais, atteint à la tête par dot gravier qu’on lui jeta, il rebroussa chemin.

Le repas terminé, les voyageurs rattachèrent leur bagage sur tes chameaux et quittèrent cette station.

Ils n’en étaient qu’à une petite distance, quand une vieille femme, appuyée sur un bâton, apparut sur un tertre de sable et leur dit : « Qui vous a empêchés de donner à manger à l’animal, la pauvre servante qui est venue vous trouver ce soir ?

— Qui es-tu toi-même ? lui demandèrent les voyageurs.

—Je suis la mère du reptile, veuve depuis des années. Mais vous, par le Dieu qu’on adore, vous serez dispersés sur la terre ! »

Puis elle frappa le sol de son bâton, et en souleva la poussière en disant : « Diffère leur retour et dissémine leurs montures. » Aussitôt les chameaux bondirent comme si chacun d’eux portait un diable sur sa bosse ; rien ne put les retenir, et ils se dispersèrent dans la vallée.

Nous passâmes toute la nuit (disent ces voyageurs) à les réunir avec la plus grande difficulté, et nous les faisions agenouiller pour les charger, quand la vieille se montra encore, fit le même manège avec son bâton, et répéta les mêmes paroles : « Diffère leur retour et dissémine leurs montures. »

Les chameaux rompirent aussitôt leurs freins et s’enfuirent.

Après les avoir réunis à grand-peine pour le lendemain, nous les fîmes agenouiller, mais la vieille nous apparut une troisième fois, et, avec une conjuration semblable à celle des deux jours précédents, elle dispersa nos bêtes.

Nous veillâmes cette nuit à la clarté de la lune et en désespérant de les retrouver.

Nous demandâmes ensuite à Omayah, fils d’Abou’s-Salt : « Que nous disais-tu donc de la science ? » Omayah se rendit sur la colline où la vieille s’était montrée à nous, et descendit de l’autre côté ; il franchit une seconde colline, et aperçut devant lui une église éclairée par des lampes ; sur le seuil était un homme dont la chevelure et la barbe étaient blanches. Je m’arrêtai près de lui, raconte Omayah, il leva la tête et me dit : « Tu es un chef de secte ?

— Oui, répondis-je.

— Par où ton Seigneur se révèle-t-il à toi ?

— Par mon oreille gauche.

— Et quel vêtement t’ordonne-t-il ?

— Le noir.

— Ainsi font les génies, reprit-il, toi tu as failli être prophète ; mais le possesseur de la prophétie recevra l’inspiration par l’oreille droite, et préférera les vêtements blancs. Enfin que désires-tu ? »

Je lui racontai mon aventure avec la vieille femme, et il reprit : « Tu dis vrai, toi ; mais elle a menti. C’est une juive, dont le mari est mort depuis longtemps, et elle ne se lassera pas de répéter cette manœuvre pour vous perdre, si elle le peut.

— A quel moyen recourir ? demanda Omayah.

— Réunissez vos bêtes de somme, ajouta le vieillard, et quand la vieille recommencera ses sortilèges, dites sept fois à haute voix et sept fois à voix basse : « En ton nom, ô mon Dieu ! elle ne pourra plus vous nuire. » Omayah revint auprès de ses compagnons et leur communiqua ce qui lui avait été dit. En effet, la vieille revint et fit comme les jours précédents ; ils répétèrent alors sept fois tout haut et sept fois à demi-voix : « En ton nom, ô mon Dieu ! » et déjouèrent ses enchantements. Voyant que les chameaux demeuraient immobile», elle dit : « Je connais votre chef, le haut de son corps blanchira, et le reste sera noir. » On se mit en marche ; le lendemain matin, on vit que le» joues, le cou et la poitrine d’Omayah étaient blanchis par la lèpre, tandis que la partie inférieure de son corps était noire.

Arrivés à la Mecque, ils racontèrent cette aventure, et ce fut alors que les Mecquois adoptèrent la formule en question, jusqu’à la venue de l’Islam.

A cette époque elle fut abolie et remplacée par celle-ci : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux ! »

Les autres récits concernant Omayah se retrouvent dans nos Annales historiques et nos ouvrages précédents.

La Ka'aba dans les temps anciens
La Ka’aba dans les temps anciens (al-Jahiliya)

Un autre personnage de l’Intervalle fut Warakah, fils de Nawfel, fila d’Açad, fils d’Abd el-Ozza, fils de Koçayi, cousin germain de Khadidjah, fille de Khowailed et femme du Prophète.

Il avait lu les Écritures, recherché la science et rejeté le culte des idoles.

Il annonça à Khadidjah la venue du Prophète dans cette nation, les persécutions et l’incrédulité qui devaient l’accueillir.

Plus tard il rencontra le Prophète et lui dit : « Fils de mon frère, persévère dans tes desseins ; j’en atteste celui qui tient rame de Warakah entre ses mains, tu es le prophète de cette nation ; tu seras persécuté, traité de menteur, chassé et combattu. Puissé-je voir ce jour, et Dieu sait si je soutiendrai sa cause. »

Cependant la croyance de Warakah a soulevé des doutes ; les uns croient qu’il mourut chrétien avant la venue du Prophète et dans l’impossibilité de se convertir ; d’autres le font mourir musulman, et citent ces vers, qu’il aurait composés en l’honneur du Prophète :

Plein d’indulgence et de pardon, il ne rend jamais le mal qu’on lui fait ; il réprime sa colère et son ressentiment quand on l’insulte.

On cite encore Odaçah, affranchi d’Otbah, fils de Bebiâh et originaire de Ninive.

Il vit le Prophète à Taïf, lorsque celui-ci était venu prêcher la foi aux habitants.

Ancienne photo de la tombe de Khadidja (radi allah anha)  Jannatul Mu’alla , Mecca (La Mecque)
Ancienne photo de la tombe de Khadidja (radi Allah anha) Jannatul Mu’alla , Mecca (La Mecque)

Odaçah eut de longs démêlés avec eux dans le verger, et périt dans la foi chrétienne, à la bataille de Bedr ; il fut pourtant du nombre de ceux qui annoncèrent la venue du Prophète.

Abou Kaïs Sormah, fils d’Abou Anas, l’Ansarien, de la famille des Benou-Nadjar, vécut aussi dans l’Intervalle.

Il s’était adonné à la vie ascétique, avait revêtu le cilice et renié les idoles.

Il s’était fait une mosquée de la maison qu’il habitait et personne ne pouvait y pénétrer en état d’impureté légale ; il professait hautement le culte du Dieu d’Abraham.

Après l’entrée du Prophète à Médine, il se fit musulman, et se signala par sa piété ; c’est pour lui que fut révélé le verset sur la collation avant le jour : « Mangez et buvez jusqu’à ce qu’à la lueur de l’aurore vous puissiez distinguer un fil blanc d’un fil noir. » (Koran, II, 183.) On cite ces vers d’Abou Kaïs sur le Prophète :

Il a fait plus de dû pèlerinages à la Mecque, au milieu des Koraïchites. Que n’a-t-il rencontré un ami dévoué ?

Tel est aussi Abou Amir el-Awsi, dont le vrai nom est Abd Amr, fils de Seifi, fils de Noman, de la famille des Béni Amr ben Awf, de la tribu d’Aws ; il est connu aussi sous le nom d’Abou Hanzalah, et le sobriquet de Gaçil el-Melaïkeh.

Ce seïd se fit moine au temps du paganisme, et revêtit le cilice.

Il eut un long entretien avec le Prophète, après son entrée à Médine ; puis il quitta cette ville avec cinquante jeunes gens, et mourut dans la foi chrétienne, en Syrie.

A la même ère appartient Abd Allah, fils de Djahch el-Açedi, de la famille des Béni Açed ben Khozaimah.

Il était marié avec Oumm Habibah, fille d’Abou Soûan ben Harb, avant qu’elle fût unie au Prophète.

Abd Allah connaissait les Écritures et inclinait vers le christianisme ; mais après la vocation du Prophète il émigra en Abyssinie avec d’autres musulmans et sa femme Oumm Habibah.

Il abandonna l’islam pour se faire chrétien, et mourut dans ce pays.

C’est lui qui disait aux musulmans : « Nous avons les yeux ouverts, mais vous, vous remuez à peine vos paupières, » c’est-à-dire, nous voyons clair et vous cherchez la lumière.

Cette expression, qu’il employait comme un proverbe, s’applique à un jeune chien qui ouvre les yeux (fakah) après sa naissance, ou qui cherche vainement à les ouvrir (sa’sa’).

Après la mort d’Abd Allah, le Nedjachi unit Oumm Habibah au Prophète, avec une dot de quatre cents dinars.

Le Monastère du moine Bahira à Bosra (Syrie)
Le Monastère du moine Bahira à Bosra (Syrie)

Un des personnages de l’Intervalle fut, enfin, Bohaira le moine.

C’était un chrétien zélé, dont le nom, dans les livres chrétiens, est Serdjes (Sergius), et il descendait des Abd el-Kaïs.

Lorsque le Prophète, âgé de douze ans, se rendit en Syrie pour une affaire commerciale avec son oncle Abou Taleb, accompagné d’Abou Bekr et de Belal, ils passèrent devant la cellule où vivait Bohaira.

Celui-ci reconnut le Prophète à ses traits et à certains signes particuliers, tels que fies livres le lui avaient révélé ; il vit le nuage qui l’ombrageait quand il s’asseyait.

Il fit descendre ces voyageurs chez lui, les reçut avec honneur et leur prépara un repas.

Il sortit de sa cellule pour reconnaître le sceau de la prophétie entre les épaules du Prophète, posa la main sur ce signe, et crut à sa mission.

Il révéla ensuite à Abou Bekr et à Belal ce qui devait arriver à Mohammed, qu’il pria de renoncer à ce voyage, en mettant ses parents en garde contre les tentatives des juifs et des chrétiens.

Abou Taleb, l’oncle du Prophète, averti de ce danger, ramena son neveu.

C’est à la suite de ce voyage que commence l’histoire du Prophète avec Khadidjah, et que celle-ci fut éclairée par les révélations que Dieu lui envoya, et par la narration qui lui fut faite de ce voyage.

Tel est le récit abrégé de la création du monde jusqu’à l’époque où nous sommes parvenus ; nous n’avons rien pris en dehors des faits révélés par la religion et les livres saints, ou expliqués par les prophètes.

Nous allons examiner les origines des royaumes de l’Inde, et étudier rapidement leurs croyances ; puis nous passerons en revue les autres pays, comme nous l’avons fait pour les rois israélites, d’après les sources que nous offraient les Écritures. Puisse Dieu nous venir en aide !

Carte de l'Inde dans la première partie du 15e siècle, tiré de R Roolvink et Historical Atlas of the Muslim Peoples
Carte de l’Inde dans la première partie du 15e siècle, tiré de R Roolvink et Historical Atlas of the Muslim Peoples

CHAPITRE VII.

GÉNERALITÉS SUR L’HISTOIRE DE L’INDE, SES DOCTRINES ET L’ORIGINE DE SES ROYAUMES.

Parmi les hommes d’observation et de science qui ont étudié avec attention la nature de ce monde et son origine, plusieurs s’accordent à dire que l’Inde fut, dans les âges reculés, la portion de la terre où régnaient l’ordre et la sagesse.

Lorsque les sociétés et les nations se formèrent, les Indiens cherchèrent à donner de l’unité à leur pays, et à le soumettre à une métropole qui serait le centre de l’autorité. Leurs chefs dirent : « Nous sommes le peuple primitif, en nous est la fin et la limite des choses, le principe et le terme ; le père de l’humanité tire de nous son origine.

Ne souffrons donc ni la révolte, ni la désobéissance, ni les mauvais desseins ; marchons contre les rebelles ; réduisons-les, et faisons-leur accepter notre puissance.

Pour atteindre ce but, ils se donnèrent un roi, Brahman le Grand, leur puissant monarque et leur chef absolu.

La sagesse fleurit sous son règne, et les savants occupèrent le premier rang. On apprit à extraire le fer de la mine, à forger des épées, des poignards et diverses armes de guerre ; on éleva des temples et on les orna de pierreries étincelantes. On y retraça les sphères, les douze signes du zodiaque et les astres.

La peinture reproduisit l’image du monde et représenta l’action des astres sur ce monde et la manière dont ils produisent les corps animés, doués ou non d’intelligence.

Brahman expliqua aussi la nature du moteur suprême, c’est-à-dire du soleil ; il réunit toutes les preuves de ce système dans un livre destiné à être compris du vulgaire, et communiqua aux intelligences d’élite des vérités d’un ordre plus élevé, en leur montrant une cause première qui donne à tout l’existence, et qui pénètre tout de sa bonté.

Les Indiens se soumirent à ce roi, leur pays devint florissant et ils acquirent l’expérience pratique de la vie.

Un congrès de sages, réuni par ordre du roi, composa le livre de Sindhind (Siddhanta), ce qui signifie « l’âge des âges. »

Ce livre servit de base à la composition de l’Ardjabehd (Aryabhatta) et de l’Almageste ; de même que l’Ardjabehd donna naissance à l’Arkend, et l’Almageste au livre de Ptolémée, et plus tard aux Tables astronomiques.

Ils inventèrent aussi les neuf chiffres qui forment le système numérique indien. Brahman définit le premier l’apogée du soleil, et démontra que cet astre reste trois mille ans dans chaque signe du zodiaque, et qu’il parcourt la sphère entière en trente-six mille ans.

Aujourd’hui (332 de l’hégire) l’apogée, au dire des Brahmines, est dans le signe des Gémeaux ; mais quand le soleil aura passé dans les signes de l’hémisphère austral, la face de la terre changera, la portion habitée deviendra déserte, et réciproquement ; le nord prendra la place du sud, et le sud celle du nord.

Ce roi déposa dans la maison d’or (à Moultan) les calculs relatifs à l’origine des choses et à l’histoire primitive, sur lesquels les Indiens se fondent pour évaluer les ères anciennes, étude qui s’est plus développée chez eux que chez tout autre peuple.

Nous ne les suivrons pas dans ces longues théories, parce que notre livre est consacré à l’histoire et non aux recherches philosophiques ; on en trouve d’ailleurs un résumé dans notre Histoire moyenne.

La tour de granit du Temple de Brihadesvara à Thanjavur a été achevée en 1010 par Raja Raja Chola I.
La tour de granit du Temple de Brihadesvara à Thanjavur a été achevée en 1010 par Raja Raja Chola I.

Quelques Indiens croient que le monde se renouvelle à chaque Hazarwan, c’est-à-dire tous les soixante et dix mille ans ; et que, cette période écoulée, les êtres revivent, les générations renaissent, les animaux se raniment, l’eau reprend son cours, la terre se couvre de reptiles, la verdure pare le sol, et un doux zéphyr rafraîchit l’atmosphère.

Mais la plupart adoptent des cycles périodiques, point de départ des forces ; ces cycles vont en décroissant, bien qu’ils aient la même force, et qu’ils conservent leur puissance d’action et leur essence.

Les Indiens assignent une période et un terme précis à leur développement ; c’est ce qu’ils considèrent comme le cycle principal ou la grande révolution, et ils nomment ce système la vie du monde.

Le temps qui s’écoule entre la naissance et la fin de cette période est, selon eux, de trente-six mille ans, multipliés par douze mille, et c’est ce qu’ils appellent Hazarwan, foyer et moteur des forces universelles.

Les cycles resserrent ou élargissent tous les principes qu’ils contiennent.

Ainsi la durée de la vie est plus grande dans le premier, parce que la circonférence est plus grande, et que les forces ont le champ plus libre ; au contraire elle diminue dans le dernier cycle, parce que ce cycle est plus étroit, et que les périodes antérieures exercent une pression fatale à la vie.

En voici la raison : dans la première période, les forces physiques naissent et se développent dans toute leur pureté, attendu que la pureté précède le trouble, et l’unité devance le mélange ; la vie est donc proportionnée à la pureté de son tempérament et à la perfection des forces auxquelles sont soumises la naissance, les transformations, la corruption et la ruine des éléments.

De même, à la fin du grand cycle ou de la période principale, la forme s’altère, la vie dépérit, les tempéraments se mélangent, les forces diminuent, les liens se relâchent, et, la matière se trouvant comprimée dans des cercles étroits et renversés, la vie ne peut plus atteindre à son complet développement.

Les Indiens soutiennent, par une foule de preuves et d’arguments, ce système de l’origine des choses que nous venons d’exposer.

A cette succession de cycles et de Hazarwans, telle que nous l’avons développée, ils rattachent de mystérieuses subtilités sur l’âme, sur ses rapports avec le monde métaphysique, sa tendance à descendre des hauteurs de son origine, et d’autres théories établies par Brahman au premier âge du monde.

Brahman mourut après un règne de trois cent soixante-six ans.

Ses descendants ont conservé jusqu’à nos jours le nom de brahmines ; ils sont honorés par les Indiens comme formant la caste la plus noble et la, plus illustre. Ils ne mangent de la chair d’aucun animal, et ils portent, hommes et femmes, des fils jaunes suspendus autour du cou comme des baudriers d’épée, pour se distinguer des autres castes de l’Inde.

Un Brahmane

Dans les temps anciens, sous le règne de Brahman, sept des plus sages et des plus considérés d’entre eux s’assemblèrent dans la maison d’or (à Moultan), et se dirent les uns aux autres : « Réunissons nos recherches pour découvrir l’état et le secret du monde, pour savoir d’où nous venons et où nous allons ; si la cause qui nous a tirés du néant est sagesse ou folie ; si le Créateur, qui est l’auteur de notre existence, et qui la développe, en retire un avantage, ou bien s’il écarte un danger de sa personne, en nous faisant disparaître de ce monde. Sachons s’il ressent comme nous des besoins et des privations, ou s’il se suffit sous tous les rapports, et pourquoi, après nous avoir donné l’être et la vie, il nous fait rentrer dans la mort et le néant ?

Le premier sage, qui était le plus respecté parmi eux, dit : « Quel est l’homme qui a jamais pu arriver à la science réelle des choses visibles et occultes, en arracher le secret et se reposer sur une conviction certaine ? »

Le second sage dit : « Si l’intelligence humaine pouvait embrasser la sagesse divine, ce serait un défaut dans cette sagesse. Non, ce but est hors de notre portée, et notre raison est trop bornée pour l’atteindre. »

Le troisième sage dit : « Notre premier devoir, avant de rechercher ce qui est hors de nous, est de nous appliquer à nous connaître nous-mêmes, puisque rien ne nous touche de plus près, et que nous sommes faits pour cette étude comme elle est faite pour nous. »

Le quatrième reprit : « Malheur à celui qui se trouve dans une situation ou il ait besoin de se connaître lui-même.

De là, dit le cinquième, le devoir pour nous de nous attacher aux sages qui ont la science pour auxiliaire. »

Le sixième ajouta : « Celui qui recherche la félicité doit y consacrer tous ses efforts, puisque nous ne pouvons demeurer dans ce monde, et qu’il est certain que nous en sortirons. »

Le septième dit enfin : « J’ignore ce que vous voulez dire ; tout ce que je sais, c’est que je suis entré dans ce monde malgré moi, que j’y vis dans la stupeur et que j’en sortirai de force. »

Ces diverses doctrines ont divisé les Indiens de tous les siècles ; chacun a suivi et complété l’une d’elles ; puis les écoles, en se multipliant, ont accru les divergences d’opinions, et l’on ne compte pas moins de soixante et dix sectes dans ce pays.

un groupe de Thug's, Les Thugs, Thags ou Thagîs constituaient une confrérie d’assassins professionnels et adorateurs de Kâlî parfois appelée dans ce contexte Bhowani. Active en Inde du xiiie au xixe siècles. La confrérie serait apparue sous le règne de Jalâl ud-Dîn Fîrûz Khaljî. Le sultan de Delhi l'aurait combattue et aurait déporté un millier de Thugs à Gaur au Bengale, où la secte aurait continué ses exactions de façon discrète, ainsi qu’en Orissâ, puis aurait retrouvé une visibilité comme force occulte anti-coloniale.
Un groupe de Thug’s, les Thugs, Thags ou Thagîs constituaient une confrérie  sectaire d’assassins professionnels et adorateurs de Kâlî parfois appelée dans ce contexte Bhowani. Active en Inde du xiiie au xixe siècles. La confrérie serait apparue sous le règne de Jalâl ud-Dîn Fîrûz Khaljî. Le sultan musulman de Delhi l’aurait combattue et aurait déporté un millier de Thugs à Gaur au Bengale, où la secte aurait continué ses exactions de façon discrète, ainsi qu’en Orissâ, puis aurait retrouvé une visibilité comme force occulte anti-coloniale.

Abou’l-Kaçem, de Balkh, dans son livre intitulé Sources de questions et de réponses, et el-Haçan, fils de Mouça, en-Noubakhti, dans son ouvrage nommé Livre des opinions et descroyances, parlent l’un et l’autre des sectes et des théories de l’Inde ; des motifs qui portent le peuple à périr dans les flammes, ou à s’infliger toutes sortes de tourments ; mais ils ne disent rien de ce que nous avons rapporté, et passent sous silence tout ce qui précède.

On n’est pas d’accord sur Brahman : les uns prétendent que c’était Adam et un prophète envoyé par Dieu aux Indiens ; les autres ne le considèrent que comme un roi, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Cette dernière opinion est la plus répandue.

A la mort de Brahman, les Indiens témoignèrent la plus vive douleur ; puis ils donnèrent la couronne à son fils aîné, el-Bahboud, déjà désigné par Brahman comme son successeur et son héritier.

Fidèle imitateur de son père, il protégea ses sujets, bâtit un grand nombre de temples, honora les sages et les encouragea par des distinctions et des récompenses dans l’étude et la recherche de la sagesse.

Il mourut après avoir régné cent ans.

C’est à cette époque qu’on inventa le trictrac (nerd) et les règles de ce jeu.

C’était une sorte d’emblème des biens de ce monde, qui ne sont pas la récompense de l’intelligence ni du savoir-faire, de même que la richesse n’est pas acquise à l’habileté.

détail de  deux hommes qui discutent kalila wa dimna  bibliotheque nationale paris circa 1200 syrie
détail de deux hommes qui discutent kalila wa dimna vers 1200 syrie (sham)

On a fait honneur aussi à Ardeschir, fils de Babek, de l’invention et de la découverte de ce jeu, qui lui fut suggéré par le spectacle des vicissitudes et des caprices de la fortune. Il divisa la table, en douze cases, d’après le nombre des mois, et il établit trente chiens (dames), selon les jours du mois.

Les deux des représentent la destinée et son action capricieuse sur les hommes.

Le joueur, si le sort le favorise, obtient, en jouant, ce qu’il désire ; au contraire, l’homme habile et prudent ne peut réussir à gagner ce qu’une chance heureuse a donné à son adversaire. C’est ainsi que les biens de ce monde sont dus à un hasard fortuné.

Le successeur d’el-Bahboud fut Zaman (Ramah ?), qui régna près de cinquante ans.

Les principaux faits de ce règne, et ses guerres avec les rois de Perse et de Chine sont résumés dans nos précédents ouvrages.

Il eut pour successeur Por (Porus), qui livra bataillé à Alexandre et fut tué par ce prince dans un combat singulier ; il avait régné cent quarante ans.

Après lui régna Dabchelim, l’auteur du livre de Kalilah et Dimnah, traduit en arabe par Ibn el-Mokaffa.

Sehi, fils de Haroun, a aussi composé pour el-Mamoun un livre intitulé Tâlah et Afrâh, analogue, par son plan et la nature de ses fables, au livre de Kalilah et Dimnah, mais supérieur à celui-ci par l’élégance du style. Le règne de Dabchelim fut de cent dix ans ; mais on n’est pas d’accord à cet égard.

Le Chatrang ou Shatranj  est considéré comme l'ancêtre du jeu d'échecs. Il est la version perse (transmi et modernisé par les arabes) du jeu indien Chaturanga. À moins que ce ne soit le contraire car, à ce jour, les plus anciennes traces que l'on ait des échecs sont les mentions dans trois textes épiques perses, notamment le Wizârišn î chatrang ud nihišm î nêw-ardaxšîr (« l'explication des Échecs et l'invention du Nard », texte appelé aussi Mâdayân î chatrang ou encore Chatrang nâmag, « Le livre des échecs ») écrit probablement au vie siècle
Le Chatrang ou Shatranj est considéré comme l’ancêtre du jeu d’échecs. Il est la version perse (transmi et modernisé par les arabes) du jeu indien Chaturanga. À moins que ce ne soit le contraire car, à ce jour, les plus anciennes traces que l’on ait des échecs sont les mentions dans trois textes épiques perses, notamment le Wizârišn î chatrang ud nihišm î nêw-ardaxšîr (« l’explication des Échecs et l’invention du Nard », texte appelé aussi Mâdayân î chatrang ou encore Chatrang nâmag, « Le livre des échecs ») écrit probablement au vie siècle

Après lui régna Balhit. On inventa, à cette époque, le jeu d’échecs, auquel ce roi donna la préférence sur le trictrac, en démontrant que l’habileté l’emporte toujours dans ce jeu sur l’ignorance.

Il fit des calculs mathématiques sur les échecs, et composa, à ce sujet, un livre nommé Tarak-Djenka, qui est resté populaire chez les Indiens.

Il jouait souvent aux échecs avec les sages de sa cour, et ce fut lui qui donna aux pièces des figures d’hommes et d’animaux, leur assigna des grades et des rangs, assimila le roi (Chah) au chef qui dirige, et ainsi de suite des autres pièces.

Il fit aussi de ce jeu une sorte d’allégorie des corps élevés, c’est-à-dire des corps célestes, tels que les sept planètes et les douze signes du zodiaque, et consacra chaque pièce à un astre. L’échiquier devint une école de gouvernement et de défense ; c’était lui que l’on consultait en temps de guerre, quand il fallait recourir aux stratagèmes militaires, pour étudier la marche plus ou moins rapide des troupes.

Les Indiens donnent un sens mystérieux au redoublement des cases de l’échiquier ; ils établissent un rapport entre cette cause première, qui plane au-dessus des sphères et à laquelle tout aboutit, et la somme du carré de ces cases.

Ce nombre est égal à 18, 446, 740,773, 707, 551, 615, où se trouvent six fois mille après les chiffres de la première série, cinq fois mille après ceux de la seconde, quatre fois mille après ceux de la troisième, trois fois mille après ceux de la quatrième, deux fois mille après ceux de la cinquième, et une fois mille après ceux de la sixième.

Les Indiens expliquent par ces calculs la marche du temps et des siècles, les influences supérieures qui s’exercent sur ce monde, et les liens qui les rattachent à rame humaine.

Les Grecs, les Romains et d’autres peuples ont des théories et des méthodes particulières sur ce jeu, comme on peut le voir dans les traités des joueurs d’échecs, depuis les plus anciens jusqu’à es-Souli et el-Adli, les deux joueurs les plus habiles de notre époque. Le règne de Balhit, jusqu’à sa mort, dura quatre-vingts ans, ou, selon d’autres manuscrits, cent trente ans.

Korech (Harcha ?), son successeur, abandonnant les doctrines du passé, introduisit dans l’Inde de nouvelles idées religieuses, plus conformes aux besoins de son époque et aux tendances de ses contemporains. Sous son règne vivait Sindbad, auteur du Livre de sept Vizirs, du Maître, du Jeune homme et de la Femme du roi ; c’est le livre intitulé KitabSindbad.

On composa aussi dans la bibliothèque de Korech un Grand traité de pathologie et de thérapeutique, avec des figures et des dessins de diverses plantes. Ce roi mourut après un règne de cent vingt ans.

A sa mort, la discorde s’éleva parmi les Indiens ; ils se divisèrent en plusieurs nations et tribus, et chaque contrée eut un chef particulier.

C’est ainsi que se formèrent les royaumes de Sind, de Kanoudj, de Kachmir ; la ville de Mankir, qui était le grand centre de l’Inde, se soumit à un roi nommé le Balhara, et le nom de ce premier roi est resté à tous ses successeurs qui ont régné dans cette capitale jusqu’à ce jour (332 de l’hégire).

L’Inde est un vaste pays qui s’étend sur la mer, le continent et au milieu des montagnes ; ce royaume est limitrophe de celai de Zabedj, qui est l’empire du Maharadja, roi des îles.

Le Zabedj, qui sépare la Chine de l’Inde, est compris dans cette dernière contrée.

Du côté des montagnes, l’Inde a pour limite le Khoraçan et le Sind, jusqu’au Tibet

Guerrier Rajput indien a cheval
Guerrier Rajput indien a cheval

Ces royaumes sont continuellement en guerre, et diffèrent autant par leur langue que par leurs croyances.

La plupart de ces peuples croient à la métempsycose ou transmigration des âmes, comme nous l’avons dit un peu plus haut.

Mais par leur intelligence, leur gouvernement, leur philosophie, par leur robuste constitution, autant que par la pureté de leur teint, les Indiens diffèrent de toutes les races nègres, telles que les Zendjis, les Demdemès, etc.

Galien (le Grec) signale dix propriétés particulières aux noirs, à savoir : les cheveux crépus, les sourcils rares, les narines dilatées, les lèvres épaisses, les dents aiguës, la puanteur de la peau, la noirceur du teint, la longueur des pieds et des mains, le développement des parties génitales et une pétulance excessive.

Cet auteur explique cette dernière qualité chez le noir par l’organisation imparfaite de son cerveau, d’où résulte la faiblesse de son intelligence.

La vivacité du nègre, l’empire que prend sur lui la joie, et la pétulance extraordinaire qui distingue les Zendjis parmi toutes les races noires, ont inspiré à d’autres auteurs des observations que nous avons insérées dans nos ouvrages précédents.

L'Haplogroupe A1b1b originaire du Sud-soudan
L’Haplogroupe A1b1 originaire du Sud-soudan

Yakoub, fils d’Ishak el-Kendi, dans un de ses traités, relatif à l’action des corps élevés et des sphères célestes sur notre monde, ajoute : « Dieu a établi un enchaînement de causes dans toutes les parties de la création ; la cause exerce sur la créature qui la subit une influence qui la rend cause à son tour ; mais cette créature purement subjective ne peut pas réagir sur sa cause ou son agent.

Or, l’âme étant la cause et non pas l’effet de la sphère, la sphère ne peut réagir sur l’âme ; mais il est dans la nature de l’âme de suivre le tempérament du corps, tant qu’elle ne rencontre pas d’obstacle, et c’est ce qui a lieu chez les Zendjis.

Leur pays étant très chaud, les corps célestes y exercent leur influence et attirent les humeurs dans la partie supérieure du corps.

De là les yeux à fleur de tête de ces peuples, leurs lèvres pendantes, leur nez aplati et gros, et le développement de la tête par suite de ce mouvement ascensionnel des humeurs.

Le cerveau perd son équilibre, et l’âme ne peut plus exercer sur lui son action complète ; le vague des perceptions et l’absence de tout acte de l’intelligence en sont la conséquence. »

Saturne vue par la sonde Cassini en 2008.
Saturne vue par la sonde Cassini en 2008.

Les anciens comme les modernes ont discuté les causes de la conformation des noirs et de leur position par rapport à la sphère ; on a recherché si l’une des sept planètes, le soleil, la lune ou les cinq autres président à leurs actions, et ont une influence particulière sur leur naissance et leur développement physique.

Mais notre ouvrage n’étant pas consacré à ce genre d’études, nous ne pouvons rapporter ce qui a été dit à cet égard ; le lecteur trouvera dans nos Annales historiques les théories et les arguments qui ont été proposés ; il y trouvera encore l’exposé du système de ces astronomes anciens et modernes qui ont placé les nègres sous l’action de Saturne.

Telle est aussi l’opinion d’un poète et astrologue musulman contemporain, bien instruit de ce qui concerne les sphères :

Le doyen (de ces astres) est le sublime Saturne, vieillard majestueux, puissant monarque.

Son tempérament est noir et froid ; noir comme l’âme en proie au désespoir.

Son influence s’exerce sur les Zendjis et les esclaves, et aussi sur le plomb et le fer.

Taous el-Yemani, compagnon d’Abdallah, fils d’el-Abbas, ne touchait pas à la chair d’un animai tué par un Zendji, parce que, disait-il, le Zendji est un être hideux.

J’ai entendu dire qu’Abou’l-Abbas er-Radi billah, fils d’el-Moktadir, n’acceptait rien de la main d’un noir, parce que c’était un esclave hideux.

J’ignore s’il se conformait, en agissant ainsi, à la doctrine de Taous, ou s’il suivait quelque précepte philosophique particulier.

Amr, fils de Bahr el-Djahii a composé un livre Sur la supériorité des noirs, et leur lutte avec la race blanche.

Le classement racial du "World Book Atlas 1964"
Le classement racial du « World Book Atlas 1964 »

Dans l’Inde un roi ne peut monter sur le trône avant quarante ans révolus ; il ne se montre au peuple qu’à des époques déterminées, et seulement pour examiner les affaires de l’État ; car, dans leurs idées, un roi porterait atteinte à sa dignité et n’inspirerait plus le même respect s’il se montrait constamment au peuple. Le pouvoir ne se maintient chez eux que par le despotisme et le respect de la hiérarchie politique.

Voici ce que j’ai vu dans le pays de Serendib (Ceylan), île de la mer de l’Inde : quand un roi meurt, on l’expose sur un chariot bas, à petites roues, et destiné à cet usage, de manière à ce que les cheveux traînent par terre.

Une femme, un balai à la main, jette de la poussière sur la tête du mort, en criant : « Peuple, voilà votre roi d’hier ! il était votre maître ; ses moindres volontés étaient obéies. Voyez-le maintenant ; il a quitté la terre, et son âme est entre les mains du roi des rois, le vivant, l’éternel, qui ne meurt pas ! Ne cédez donc pas aux illusions de la vie ! » Elle continue ainsi ses exhortations en faveur de la retraite et du détachement des biens de ce monde ; puis, après avoir promené le corps par toutes les rues de la ville, on le coupe en quatre morceaux, on le brûle sur un bûcher fait de bois de sandal, de camphre et d’autres parfums, et enfin on jette ses cendres au vent. Telles sont les cérémonies que presque tous les Indiens observent pour les rois et les grands, et ils croient ainsi suivre le but qu’ils se proposent dans l’avenir.

La royauté appartient exclusivement à la même famille, et ne passe jamais à une autre ; il existe de même une dynastie de vizirs, de kadis et d’autres fonctionnaires, qui tous sont inamovibles.

Les Indiens s’abstiennent de boire du vin, et blâment ceux qui en font usage, non que leur religion le défende, mais dans la crainte qu’il ne trouble leur raison et ne la prive de l’usage de ses facultés. Si un de leurs rois est convaincu d’en avoir bu, il mérite d’être destitué, car il doit lui être impossible de gouverner l’État quand sa raison est obscurcie. Ils aiment le chant et la musique, et ils ont divers instruments d’harmonie qui produisent sur l’homme des effets gradués, depuis le rire jusqu’aux larmes. Souvent ils font boire et danser devant eux des jeunes filles esclaves, afin de s’exciter à la joie par ce spectacle.

Les Indiens ont un grand nombre d’institutions que nous avons décrites, ainsi que leur histoire et leurs usages dans nos Annales historiques et notre Histoire moyenne ; nous n’en donnerons donc ici qu’une esquisse. Voici une anecdote intéressante pour l’étude de l’histoire et des mœurs des anciens rois de l’Inde et des rois de Komar (Comorin). C’est de ce pays qu’on exporte l’aloès, nommé pour cette raison aloès komari. Cette contrée n’est pas : une île, mais elle est située sur le bord de la mer, et couverte de montagnes. Peu de pays dans l’Inde ont une population plus nombreuse ; ses habitants se distinguent par la pureté de leur baleine, parce qu’ils font, comme les musulmans, usage du cure-dent. Ils ont aussi l’adultère en horreur, évitent tout acte impudique, et s’abstiennent de boissons spiritueuses ; dans cette dernière pratique, ils ne font d’ailleurs que se conformer à un usage général dans l’Inde. Leurs troupes se composent surtout d’infanterie, parce que leur pays renferme plus de montagnes et de vallées que de plaines et de plateaux. Il est sur le chemin des États du Maharadja, roi des îles de Zabedj (Java), de Kalah (Malaka ?), de Serendib (Ceylan), etc.

On raconte donc qu’un roi jeune et irréfléchi régnait jadis dans le Komar. Un jour il était assis sur son trône, dans un château situé à un jour de marche de la mer, et qui dominait un grand fleuve d’eau douce comme le Tigre et l’Euphrate. Son ministre se tenait devant lui, et ils s’entretenaient du royaume riche et puissant du Maharadja, et du grand nombre d’îles qu’il possédait. Le roi dit alors : « Que je voudrais réaliser le projet que j’ai formé en moi-même ! — Quel est-il, sire ? demanda le vizir, homme sage qui connaissait la légèreté de son maître. — Je voudrais que la tête du Maharadja, roi de Zabedj, fût exposée sur un plat devant moi. » Le vizir, comprenant que la jalousie avait inspiré cette pensée-an roi et l’avait fomentée dans son cœur, lui dit : « Sire, je n’aurais pas cru que le roi s’entretînt dans de pareilles pensées. Jamais nous n’avons eu de différends avec cette nation, ni dans le passé ni aujourd’hui, et elle ne nous a donné aucun sujet de plainte ; en outre, elle habite des îles lointaines, fort éloignées de nos frontières, et elle n’a aucune vue de conquête sur notre pays. (En effet, une distance de dix à vingt jours de navigation sépare le royaume de Komar de celui du Maharadja.). Il vaut donc mieux, sire, ajouta le vizir, que personne n’ait connaissance de ce projet, et que le roi lui-même n’en reparle plus. » Le roi s’irrita et ne tint aucun compte de cet avis. Il fit part de ses desseins à ses généraux et à ses principaux courtisans ; la nouvelle passa de bouche en bouche, et finit par arriver jusqu’au Maharadja. Ce dernier était un prince sage, expérimenté et d’un âge déjà mûr. Il fit venir son vizir, l’informa de ce qu’il avait appris, et ajouta : « Ce que la renommée rapporte de ce fou, le projet que sa jeunesse et son orgueil lui ont inspiré, la publicité de ses paroles, tout nous oblige à sévir contre lui, car l’impunité porterait atteinte à notre dignité et à notre pouvoir. »

Il ordonna donc à son vizir de tenir cet entretien secret, d’équiper mille vaisseaux de moyenne force, et de pourvoir chacun de ces vaisseaux des armes et des troupes nécessaires. On fit courir le bruit que le roi voûtait faire une promenade de plaisir dans les îles du royaume ; on écrivit même aux rois de ces îles, qui étaient vassaux du Maharadja, que le monarque allait faire une excursion d’agrément sur leurs terres, et, à cette nouvelle, chaque roi se prépara à bien recevoir le Maharadja. Ces ordres étant bien exécutés, et les armements terminés, le Maharadja s’embarqua et vint aborder avec son armée dans le royaume de Komar. Le roi de Komar ne sut cette expédition qu’en voyant la flotte remonter le fleuve et arriver sous sa capitale.

Pris à l’improviste, ses soldats furent défaits, ses généraux faits prisonniers, la ville investie, et le royaume tout entier tomba au pouvoir du Maharadja. Celui-ci fit proclamer l’aman, puis il se plaça sur le trône du roi de Komar, et se fit amener ce roi prisonnier et son vizir. « Qui t’a inspiré, demanda-t-il au roi, un projet si au-dessus de tes forces, un projet dont la réalisation ne t’aurait pas rendu plus heureux, et qui n’a pas même pour excuse la possibilité de l’entreprise ? » Le roi se tut, et le Maharadja ajouta : « Si, au vœu de voir ma tête dans un bassin devant toi tu avais ajouté le désir de t’emparer de mes États et d’y porter la-destruction, j’aurais usé ici de représailles ; mais tu n’as formé précisément qu’un projet, et c’est moi qui le réaliserai à tes dépens. Puis je rentrerai dans mon pays, sans toucher aux biens de tes sujets, petits ou grands. Je veux que tu serves d’exemple à tes successeurs, afin qu’ils ne franchissent pas les limites que la fortune leur a assignées, et qu’ils connaissent le prix de la sécurité. »

Le sultan Montrant la Justice tiré du livre "Kalikah et Dimnah"
Le sultan Montrant la Justice tiré du livre « Kalikah et Dimnah »

Puis il lui fit trancher la tête. Il s’adressa ensuite au vizir et lui dit : «Je te remercie, vizir ; je sais les bons conseils que tu donnais à ton maître, qui aurait dû les accepter. Désigne celui que tu crois digne de gouverner après ; cet insensé, et place-le sur le trône. Le Maharadja retourna aussitôt dans ses États, sans que lui ou ses troupes eussent exercé le moindre ravage dans ce pays. Rentré dans son royaume, il s’assit sur son trône, qui dominait l’étang surnommé l’étang des barres d’or, et fit placer devant lui le plat où était posée la tête du roi vaincu. Il assembla tous les grands du royaume, et leur raconta son expédition et le motif qui l’avait rendue nécessaire. Ses sujets répondirent par des acclamations et des vœux.

Sur son ordre, on lava la tête du roi, on l’embauma, et, après l’avoir enfermée dans un vase, on l’envoya à son successeur dans le Komar, avec la lettre suivante : « Notre expédition a été motivée par l’insolence de ton prédécesseur, et par la nécessité de donner une leçon à ses pareils. Maintenant que nous avons atteint notre but, nous croyons devoir te renvoyer cette tête, car nous n’avons aucun intérêt à la garder, et une pareille victoire n’ajoute rien à notre gloire.» Les rois de l’Inde et de la Chine, instruits de ces événements, n’en eurent qu’une plus haute idée du Maharadja, et, depuis lors, les rois de Komar, en se levant le matin, se tournaient vers le pays de Zabedj, et se prosternaient en proclamant avec respect la grandeur du Maharadja.

Nous devons expliquer ce que signifie l’étang des barres d’or.

Le palais du Maharadja domine un petit étang, qui communique avec le principal golfe du Zabedj ; le flux amène l’eau de mer dans ce golfe, et le reflux en enlève l’eau douce. Tous les matins, le trésorier du roi arrive porteur d’une barre d’or fondu pesant un certain nombre de livres, dont je ne puis évaluer le poids exact, et la jette dans l’étang en présence du roi.

A l’heure du flux, l’eau monte et recouvre cette barre avec celles qui y sont déjà déposées ; mais la marée basse les laisse à découvert, et elles brillent aux rayons du soleil, sous les yeux du roi, qui est assis dans sa salle d’audience, située au-dessus de cet étang.

On continue ainsi, pendant toute la durée de son règne, à jeter chaque jour une barre d’or, et personne n’ose y toucher ; mais à la mort du roi, son successeur fait retirer tous ces lingots, sans en laisser un seul.

On les compte, on les fond, et on les distribue aux membres de la famille royale, tant aux hommes qu’aux femmes et aux enfants, aux officiers et aux serviteurs, en observant le rang et les prérogatives de chaque classe.

Le surplus est distribué aux pauvres et aux infirmes. Le nombre et le poids de ces barres sont inscrits dans un registre, et l’on dit que tel roi a vécu tant d’années, et qu’il a laissé dans l’étang royal tant de barres d’or, pour être distribuées après sa mort entre ses sujets. C’est une gloire, à leurs yeux, d’avoir régné longtemps et d’avoir laissé un grand nombre de ces barres.

 est une mosquée dans Methala , Kodungallur Taluk, quartier Thrissur dans le Indien état ​​de Kerala . [1] Le Cheraman Masjid est dit être la première mosquée de l'Inde, construite en 629 AD par Malik Ibn Dinar . On croit que cette mosquée a été rénové et reconstruit au 11e siècle de notre ère.
 La mosquée  Cheraman Masjid dans la ville de Methala en Inde (629 JC) construite par le compagnon Malik ibn Dinar (radi ALLAH anhu) , dans  le quartier le Thrissur dans l’état ​​de Kerala .Le Masjid est dit être la première mosquée de l’Inde. On croit que cette mosquée a été rénové et reconstruit au 11e siècle de notre ère.
Le plus puissant roi qui règne aujourd’hui dans l’Inde est le Balhara, souverain de ta ville d’el-Mankir ; la plupart des chefs de l’Inde tournent leur visage vers lui en priant, et adressent des prières à ses ambassadeurs, quand ils arrivent à leur cour.

Les États du Balhara sont entourés par plusieurs principautés.

Quelques-uns de ces rois habitent la région des montagnes, loin de la mer ; tels sont le Raya, maître du Kachmir, le roi de Tafen et d’autres chefs indiens.

D’autres Etats s’avancent sur la mer et dans le continent.

La capitale du Balhara est éloignée de la mer de quatre-vingts parasanges sindi, et chaque parasange vaut huit milles.

Ses armées et ses éléphants sont innombrables ; mais presque toutes ses troupes se composent d’infanterie, à cause de la nature du pays.

Un de ses voisins, parmi les rois de l’Inde, éloignés de la mer, est le maître de la ville de Kanoudj, le Baourah, titre donné à tous les souverains de ce royaume.

Il a de fortes garnisons cantonnées au nord, au sud, à l’ouest et à l’est, parce que chacun de ces côtés est menacé par un voisin belliqueux.

Nous donnerons plus tard de nouvelles notions sur les souverains du Sind, de l’Inde et d’autres rois de la terre, dans le chapitre relatif aux mers, à leurs particularités, aux nations et aux rois qui les environnent, etc.

On trouvera aussi ces renseignements dans nos précédents ouvrages.

Puisse Dieu nous aider ! en lui seul sont la force et le pouvoir.

Carte du monde d'al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui  ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)
Carte du monde d’al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)

CHAPITRE VIII.

DESCRIPTION DU CONTINENT ET DES MERS ; SOURCES DES FLEUVES ; LES MONTAGNES ; LES SEPT CLIMATS, ASTRES QUI EXERCENT SUR EUX LEUR INFLUENCE’, ORDRE DES SPHÈRES, ETC.

Les savants partagent la terre entre les quatre points cardinaux, l’est, l’ouest, le nord et le sud ; ils la divisent aussi en deux parties, celle qui est habitée et celle qui est déserte, cultivée ou inculte.

La terre, disent-ils, est ronde, son centre passe par l’axe de la sphère, l’air l’entoure de tous les côtés, et, comparée à la sphère du zodiaque, elle est petite comme un point mathématique.

La portion habitée s’étend depuis un groupe de six îles nommées les îles Eternelles (Fortunées), et situées dans l’océan Occidental, jusqu’à l’extrémité de la Chine. Cette étendue correspondant à. douze heures (de la révolution journalière du soleil), ils ont reconnu que le soleil se lève pour les îles Éternelles, situées dans l’océan Occidental, quand il se couche à l’extrémité de la Chine, et qu’il se lève pour cette partie reculée de la terre quand il se couche pour ces îles.

Cette portion est la moitié de la circonférence terrestre, et c’est retendue longitudinale qu’ils disent avoir observée. Si on l’évalue en milles employés pour la mesure du globe, on obtient un total de treize mille cinq cents milles.

Leurs recherches sur la latitude de la terre ont prouvé que la portion habitée s’étend, de l’équateur vers le nord, jusqu’à l’Ile de Toulé (Θούλη) dans la (Grande-) Bretagne, où la durée du jour le plus long est de vingt heures. Selon eux, l’équateur passe, entre l’est et l’ouest, par une île située entre l’Inde et l’Abyssinie, et un peu au sud de ces deux contrées.

Ce point intermédiaire entre le nord et le midi est coupé par le point intermédiaire entre les îles Éternelles et l’extrémité de la Chine ; c’est ce que l’on nomme la coupole de la terre, déjà connue parce que nous en avons rapporté. On compte environ soixante degrés de latitude de l’équateur à l’île de Toulé : c’est un sixième de la circonférence de la terre.

En multipliant ce sixième, qui est la mesure de la latitude, par une moitié qui représente la longitude, on obtient, pour la portion habitée de l’hémisphère septentrional, un douzième de la surface du globe.

Globe Céleste, Ispahan (?), L'Iran 1144. Présenté au Musée du Louvre, ce globe est la 3ème plus ancienne survivant dans le monde
Globe Céleste, Ispahan (?), al-iraq al-Ajami (l’Iran) 1144. Présenté au Musée du Louvre, ce globe est la 3ème plus ancienne survivant dans le monde, époque Sedjoukide/ Abbasside

Voici la division des sept climats. Premier climat : le pays de Babel, le Khoraçan, el-Ahwaz, Moçoul et le Djebal ; ce climat a pour signes du zodiaque le Bélier et le Sagittaire ; pour planète, Jupiter. Second climat : le Sind, l’Inde et le Soudan ; signe du zodiaque, le Capricorne ; pour planète, Saturne. Troisième climat : la Mecque, Médine, le Yémen, le Taïf, le Hedjaz et les pays intermédiaires ; signe du zodiaque, le Scorpion ; planète, Vénus l’heureuse. Quatrième climat : l’Égypte, l’Ifriqiya, le pays des Berbers, l’Espagne et les provinces comprises dans ces limites ; signe du zodiaque, les Gémeaux ; planète. Mercure. Cinquième climat : la Syrie, le pays de Roum, la Mésopotamie (el-Djezireh) ; signe du zodiaque, le Verseau ; planète, la Lune. Sixième climat : les pays habités par les Turcs, les Khazars, les Deilemiens et les Slaves ; signe du zodiaque, le Cancer ; planète, Mars. Septième climat : le pays de Daïl et la Chine ; signe du-zodiaque, la Balance ; planète, le Soleil.

L’astronome Hoçein, auteur du livre des Tables astronomiques, rapporte, d’après Khaled, fils d’Abd-el-Melik, originaire de Merw, et d’autres, savants qui, par ordre d’el-Mamoun, avaient pris la hauteur du soleil dans la plaine de Sendjar, contrée de Diar-Rebiâh (sud de la Mésopotamie), que la mesure d’un degré terrestre est de cinquante-six milles ; en multipliant ce nombre par trois cent soixante, ils trouvèrent, pour la circonférence du globe, continent et mer, vingt mille cent soixante milles.

Cette circonférence de la terre, multipliée par sept, donne cent quarante et un mille cent vingt milles. En divisant ce produit par vingt-deux, on a, pour le diamètre de la terre, six mille quatre cent quatorze milles et demi, plus un vingtième de mille environ.

La carte du monde de Mohammad ibn- Musa  al-Khawarizmi -, établi par l'ordre du calife Abbasside al-Mamnu fils d'Haroun al-Rashid  pour la "al - Ma'amuniyah", Baghdad,
La carte du monde de Mohammad ibn- Musa al-Khawarizmi -, établi par l’ordre du calife Abbasside al-Mamnu fils d’Haroun al-Rashid pour la « al – Ma’amuniyah », Baghdad,

La moitié du diamètre de la terre est donc de trois mille deux cent sept milles, plus seize minutes trente secondes, soit : un quart, plus un quarantième de mille.

Le mille vaut quatre mille coudées noires ; on nomme ainsi la coudée établie par el-Mamoun pour la mesure des étoffes, des maisons et l’arpentage ; elle se compose de vingt-quatre doigts.

Le philosophe (Ptolémée), dans son livre intitulé Djografia (Γεωγραφία.), décrit la terre, les villes, les montagnes, les mers, les îles, les fleuves et sources qu’elle renferme ; il parle des villes habitées et des pays cultivés, évalue le nombre de ces villes à quatre mille cinq cent trente pour son époque, et les cite par ordre de climats.

Il distingue, dans le même ouvrage, les montagnes de la terre par leur couleur rouge, jaune, verte, etc. et en porte le nombre à plus de deux cents ; il mentionne aussi leur hauteur, les mines et les pierres précieuses qu’elles renferment.

Ce philosophe compte cinq mers autour du globe, et parle des îles cultivées ou incultes, connues ou inconnues, qui y sont situées.

La mer d’Abyssinie, par exemple, renferme, entre autres, un groupe d’un millier d’îles, nommées Dibaihat, qui sont toutes habitées, et à une distance de deux, trois ou plusieurs milles l’une de l’autre.

D’après le même auteur, la mer qui baigne l’Egypte et le pays de Roum sort de la mer des idoles de cuivre (Colonnes d’Hercule) ; les grandes sources de la terre, sans tenir compte des petites, sont au nombre de deux cent trente ; deux cent quatre-vingt-dix fleuves coulent sans interruption dans les sept climats ; chaque climat, comme on l’a vu plus haut, a une étendue de neuf mille parasanges carrés ; certaines mers renferment des êtres animés, tandis que d’autres, comme le grand Océan, n’en ont pas.

Du reste on trouvera plus loin une description détaillée de chaque mer en particulier.

Dans la Géographie (de Ptolémée), ces mers sont enluminées de couleurs variées, et diffèrent par leur étendue et leur aspect. Les unes ont la forme d’un manteau court (taïleçan), les autres celle d’un harnais, ou celle d’un boyau ; d’autres sont triangulaires ; mais leurs noms sont en grec dans cet ouvrage, et, par conséquent, inintelligibles.

Astrolabe d'Iraq du 9eme siècle, Abbasside Ce astrolabe a probablement été fabriqué en Irak, mais a été trouvée dans les eaux peu profondes au large des côtes de la Malaisie. Il peut avoir été utilisé sur une expédition commerciale entre l'Irak et la Chine. Il est aussi probablement le plus ancien astrolabe islamique dans le monde, fait au 9ème siècle; le seul exemple plus a été perdu lors du pillage du Musée de Bagdad en 2003.
Astrolabe Abbasside d’Iraq  du 9eme siècle, mais a été trouvée dans les eaux peu profondes au large des côtes de la Malaisie. Il peut avoir été utilisé sur une expédition commerciale entre l’Irak et la Chine. Il est aussi probablement le plus ancien astrolabe islamique dans le monde, fait au 9ème siècle; le seul exemple plus ancien a été volé lors du pillage du Musée de Bagdad en 2003.

Le diamètre de la terre est de deux mille cent parasanges, ce qui donne, en réalité (pour la circonférence, à raison de 7 : 22), six mille six cents parasanges, chaque parasange étant de seize mille coudées.

La circonférence du cercle inférieur des astres, c’est-à-dire la sphère de la lune, est de cent vingt-cinq mille six cent soixante parasanges ; le diamètre de la sphère, depuis la limite de la tête du Bélier jusqu’à celle de la tête de la Balance, mesure quarante mille parasanges.

Les sphères (ou cieux) sont au nombre de neuf : la première, qui est aussi la plus petite et la plus rapprochée de la terre, est la sphère de la lune ; la seconde, celle de Mercure ; la troisième, celle de Vénus ; la quatrième, celle du soleil ; la cinquième, celle de Mars ; la sixième, celle de Jupiter ; la septième, celle de Saturne ; la huitième, celle des étoiles fixes, et la neuvième, celle du zodiaque.

Toutes ces sphères ont la forme de globes renfermés l’un dans l’autre.

Celle du zodiaque est nommée sphère universelle, et sa révolution produit le jour et la nuit ; cardans un jour et une nuit elle entraîne le soleil, la lune et tous les astres de l’est à l’ouest autour de deux pôles immobiles, dont l’un, situé au nord, est le pôle arctique, et l’autre, le pôle austral, ou de Canope.

Les signes du zodiaque ne sont autre chose que la sphère universelle, et leurs noms particuliers servent seulement à désigner la place que les étoiles y occupent. La sphère du zodiaque se rétrécit nécessairement vers les pôles, et s’élargit au centre du globe.

Une illustration de travaux astronomiques d'al-Biruni, qui explique les différentes phases de la lune.
Une illustration de travaux astronomiques d’al-Biruni, qui explique les différentes phases de la lune.

La ligne qui coupe ce globe en deux moitiés, de l’est à l’ouest, se nomme ligne équinoxiale, parce que, lorsque le soleil est sur cette ligne, le jour et la nuit sont d’une égale longueur dans tous les pays.

La partie de cette sphère qui va du nord au sud est nommée latitude, celle qui se dirige de l’ouest à l’est, longitude. Les sphères sont rondes, elles entourent le monde et tournent autour du centre de la terre, qui se trouve au milieu d’elles, comme le point central de la circonférence.

Parmi les neuf sphères, la plus voisine de la terre est celle de la Lune ; au dessus est la sphère de Mercure, puis celle de Vénus, et ensuite celle du soleil, qui est au milieu des sept sphères. Au-dessus de la sphère du soleil est celle de Mars, puis les sphères de Jupiter et de Saturne.

Chacune d’elles ne renferme qu’une étoile.

Au-dessus de Saturne est la huitième sphère, qui renferme les douze constellations et les autres étoiles.

La neuvième sphère est la plus élevée et la plus vaste ; c’est la grande sphère qui enveloppe toutes celles que nous avons nommées, ainsi que les quatre éléments et toute la création.

Elle n’a pas d’étoiles, et accomplit tous les jours une révolution de l’est à l’ouest, en entraînant dans sa course circulaire toutes les sphères inférieures.

Les sept sphères (des planètes) tournent, au contraire, de l’ouest à l’est.

Les anciens prouvent ce système par des arguments qu’il serait trop long de rapporter ici.

Astrolabe, Omeyyade du 10e siècle al-Andalus (Espagne
Astrolabe Omeyyade du 10e siècle al-Andalus (Espagne)

Les étoiles ainsi placées et visibles à l’œil comme celles de la huitième sphère, et cette sphère elle-même, tournent sur deux pôles, qui ne sont pas ceux de la sphère générale.

Pour prouver la différence du mouvement entre la sphère zodiacale et les autres sphères, on montre que les douze constellations se suivent dans leur marche, sans quitter leur place respective, ni altérer leur mouvement, en se levant ou en se couchant.

Chaque planète, au contraire, a son mouvement propre, qui n’est pas celui des autres, et ce mouvement est inégal, plus rapide, et tantôt dans la direction du sud, tantôt dans celle du nord.

Les astronomes, définissent la sphère comme là limite de l’espace qui réunit les éléments supérieurs ou inférieurs. Considérée dans sa nature même, elle est ronde et la plus vaste des sphères, puisqu’elle renferme toutes les autres.

Ces planètes ne se meuvent pas dans leur orbite avec la même rapidité.

La lune séjourne deux jours et demi dans chaque constellation, et traverse la sphère en un mois ; le soleil demeure un mois dans chaque constellation ; Mercure, quinze jours, Vénus, vingt-cinq jours ; Mars, quarante-cinq jours ; Jupiter, un an ; Saturne, trente mois.

Ptolémée, l’auteur de l’Almageste, évalue la circonférence de la terre, avec ses montagnes et ses mers, à vingt-quatre mille milles, et son diamètre, c’est-à-dire sa largeur et sa profondeur, à sept mille six cent trente-six milles.

Pour trouver cette mesure, on a pris l’élévation du pôle arctique dans deux villes situées sous le même méridien, la ville de Tadmor (Palmyre), située dans les plaines qui séparent l’Irak de là Syrie, et la ville de Rakkah. On trouva que cette élévation était à Rakkah 35° 1/3 et à Tadmor 34°, ce qui fait une différence d’un degré et un tiers ; puis on mesura la distance entre ces deux villes, qu’on reconnut égale à soixante-sept milles ; le degré de la sphère qu’on avait observé répondait donc à une superficie terrestre de soixante-sept milles.

Or la sphère entière, comme on le démontre par des preuves que nous ne pouvons citer ici, est divisée en trois cent soixante degrés (donc 67 x par 360 = 24.120, mesure de la circonférence terrestre).

Cette division leur parut certaine, parce qu’ils trouvèrent que la sphère est partagée en douze portions par les douze signes du zodiaque, et que le soleil, traversant chaque signe en un mois, parcourt toute la sphère en trois cent soixante jours.

La province du Khurâsân  Al-Istakhrî, Masâlik al-mamâlik (Livre des routes et des royaumes). Xe siècle. Traduction persane. Copié en Inde à la fin du XVe siècle. Manuscrit (25 x 30 cm). BnF, Manuscrits (Suppl. persan 1614 fol. 86v-87) Ce que l'on a pu appeler l'"atlas du monde islamique", élaboré par al-Balkhî, élargi et amplifié par al-Istakhrî, Ibn Hawqal et al-Muqaddasî (fin Xe siècle), se compose de 21 cartes : celle du monde, celles des trois mers (Méditerranée, océan Indien, Caspienne), les autres représentant les régions géographiques comme ici la province du Khurâsân, généralement avant-dernière carte.
La province du Khurâsân
Al-Istakhrî, Masâlik al-mamâlik (Livre des routes et des royaumes). Xe siècle. Traduction persane. Copié en Inde à la fin du XVe siècle. Manuscrit (25 x 30 cm).
BnF, Manuscrits (Suppl. persan 1614 fol. 86v-87)
Ce que l’on a pu appeler l' »atlas du monde islamique », élaboré par al-Balkhî, élargi et amplifié par al-Istakhrî, Ibn Hawqal et al-Muqaddasî (fin Xe siècle), se compose de 21 cartes : celle du monde, celles des trois mers (Méditerranée, océan Indien, Caspienne), les autres représentant les régions géographiques comme ici la province du Khurâsân, généralement avant-dernière carte.

La sphère accomplit sa révolution autour de deux pivots ou deux pôles, qu’on peut comparer aux chevilles du charpentier ou du tourneur qui fabrique des boules, des écuelles et d’autres objets en bois.

Pour celui qui habite le milieu de la terre, sous l’équateur, les jours et les nuits sont d’une égale longueur pendant toute l’année, et il voit à la fois ces deux axes, c’est-à-dire le pôle boréal et le pôle austral ; tandis que les habitants de l’hémisphère septentrional voient le pôle boréal et la constellation de l’Ourse, mais ne peuvent voir le pôle austral ni les étoiles qui l’avoisinent.

Ainsi Canope, qui n’est jamais visible dans le Khoraçan, peut être observé dans l’Irak pendant quelques jours de l’année, et un chameau ne peut voir cette étoile sans mourir, ainsi que nous l’avons rapporté ailleurs avec les raisons par lesquelles on explique cette influence exclusivement fatale à cet animal.

Dans les régions méridionales, Canope est visible toute l’année.

Les écoles astronomiques sont partagées sur la question de savoir si ces pivots, sur lesquels tourne la sphère, sont immobiles ou doués de mouvement.

L’opinion générale est qu’ils sont immobiles, et nous avons donné, dans nos premiers ouvrages, les preuves incontestables de leur immobilité, que l’on considère ou non ces pivots comme étant de la même nature que les sphères elles-mêmes.

La configuration des mers a soulevé aussi des discussions.

La plupart des anciens philosophes de l’Inde et des sages de la Grèce, à l’exception de ceux qui adoptent la révélation, soutiennent que la mer suit le mouvement sphérique de la terre, et ils le prouvent par de nombreux arguments.

Ainsi, quand on gagne le large, la terre d’abord, puis les montagnes s’effacent graduellement, et leur sommet finit par disparaître ; au contraire, si l’on se rapproche de la côte, ces montagnes reparaissent insensiblement, et, quand on est près du rivage, on peut distinguer la terre et les arbres.

Mont Damavand iran
Mont Damavand iran

Tel est le cas de la montagne de Donbawend (Demavend), entre Rey et le Tabaristan.

On aperçoit de cent parasanges (cinq cents kilomètres) le sommet de cette montagne, qui se perd dans la nue ; une épaisse fumée s’en échappe, et des neiges éternelles le couronnent.

De la base sort une grande rivière, dont l’eau sulfureuse est jaune comme l’or ; pour parvenir à la cime de la montagne, il faut monter pendant trois jours et trois nuits ; parvenu là, on trouve un plateau large d’environ mille coudées carrées, bien que, vu d’en bas, il ait une forme conique.

Ce plateau est couvert d’un sable rouge, dans lequel le pied enfonce ; les animaux sauvages et l’oiseau lui-même ne peuvent atteindre ce sommet, à cause de son élévation, du vent et du froid rigoureux qui y règnent.

On y remarque aussi une trentaine de fissures, d’où s’échappent une épaisse vapeur de soufre et des mugissements semblables au roulement du-tonnerre le plus violent ; ce bruit provient du feu qui s’enflamme. Celui qui expose sa vie pour gravir ce sommet recueille souvent à l’orifice de ces cavernes des morceaux de soufre, jaune comme de l’or, qui servent a-l’alchimie et à d’autres arts.

Vues de cette hauteur, les plus hautes montagnes environnantes ressemblent à des collines ou à des mamelons. Le Donbawend est à vingt parasanges environ de la mer du Tabaristan (Caspienne).

Les bâtiments qui s’avancent vers le large le perdent complètement de vue ; mais à une distance de cent parasanges, et quand ils se rapprochent des montagnes du Tabaristan, ils voient d’abord une partie de la cime du Donbawend, qui devient de plus en plus apparent à mesure qu’ils s’approchent du rivage. Ce fait prouve, dit-on, la thèse de la sphéricité de la mer.

On peut faire la même observation sur la mer de Roum (Méditerranée), nommée aussi mer de Syrie et d’Egypte, à l’égard du mont el-Akra, dont on ne connaît pas la hauteur, et qui domine le territoire d’Antioche, de Latakieh, de Tripoli, de l’île de Chypre, etc.

Il disparaît aux yeux de ceux qui naviguent, parce qu’en avançant en pleine mer ils se trouvent au-dessous de son point de vue.

Nous aurons plus tard occasion de reparler du Donbawend, des légendes que racontent les Persans à ce sujet, et de Dohhak surnommé Dou’l’ Efwah, qui est enchaîné à la cime de cette montagne (chap. XXI).

Le sommet du Donbawend est un des principaux volcans et l’une des merveilles de la terre.

Représentation du monde selon Tousi Salmâni  Tousi Salmâni, 'Adjâyeb al-makhlouqât (Merveilles de la création). Copié à Bagdad en 1388. BnF, Manuscrits (Suppl. Persan 332 fol. 58)
Représentation du monde selon Tousi Salmâni
Tousi Salmâni, ‘Adjâyeb al-makhlouqât (Merveilles de la création). Copié à Bagdad en 1388.
BnF, Manuscrits (Suppl. Persan 332 fol. 58)

Les dimensions du globe ne sont pas moins controversées ; l’opinion générale admet entre le centre de la terre, et les limites de l’air et du feu (l’atmosphère), une distance de cent soixante-huit mille milles.

La terre est trente-sept fois et une fraction plus grande que la lune ; elle est vingt-trois fois plus grande que Mercure et vingt-quatre fois plus grande que Vénus.

Le soleil a cent soixante (six) fois, plus trois huitièmes, la dimension de la terre, et deux mille six cent quarante fois celle de la lune ; la terre n’est donc que le 1/160e du soleil.

Le diamètre du soleil est de quarante-deux mille milles.

Mars a soixante-trois fois la grandeur de la terre, et un diamètre de huit mille sept cents milles et demi.

Jupiter a quatre-vingt-une fois trois quarts la grandeur de la terre, et un diamètre de trente-trois mille deux cent seize milles.

Saturne est quatre-vingt-dix-neuf fois et demie plus grand que la terre ; son diamètre est de trente-deux mille sept cent quatre-vingt-six milles. Les étoiles fixes de première grandeur sont au nombre de quinze, et ont chacune quatre-vingt-quatorze fois et demie la dimension de la terre.

Distance des astres à la terre.

— La lune, quand elle est le plus rapprochée de la terre, en est éloignée de cent dix-huit mille milles, sa distance extrême est de cent vingt-quatre mille milles.

La plus grande distance de Mercure à la terre est de neuf cent mille sept cent trente milles ; celle de Vénus, de quatre millions dix-neuf mille six cents milles ; celle du soleil, de quatre millions huit cent vingt mille milles et demi ; celle de Mars, de trente-trois millions six cent mille milles et une fraction ; celle de Jupiter, d’un peu moins de cinquante-quatre millions cent soixante-six mille milles ; enfin, celle de Saturne, d’un peu moins de soixante-dix-sept millions de milles. Telle est à peu près la distance extrême des étoiles fixes à la terre.

C’est sur la division, les degrés et les mesures que nous venons de mentionner, que sont établis les calculs relatifs au temps et aux éclipses. Plusieurs instruments et astrolabes ont servi à cette étude, et un grand nombre de traités ont été composés dans ce but.

Ce sujet est si vaste que nous ne pourrions le traiter, même partiellement, sans entrer dans de longs développements.

Bornons-nous donc à ces explications sommaires, qui peuvent faciliter l’étude plus approfondie de ces sciences auxquelles nous avons donné une plus grande place dans nos ouvrages précédents.

Le présent livre ne doit présenter que des aperçus et des généralités.

La première université au monde  Harran (Turquie) faite par le calife Abbasside Harun al-Rashid pour la traduction des textes grecs etc.
La première université au monde Harran (Turquie) faite par le calife Abbasside Harun al-Rashid pour la traduction des textes grecs etc.

Les Sabéens de Hairan (Harran), qui ne sont que les disciples grossiers des Grecs, et la lie des philosophes anciens, ont établi dans leurs temples une hiérarchie de prêtres qui correspond aux neuf sphères ; le plus élevé porte le nom de Ras Koumra (chef des prêtres). Les chrétiens, qui leur ont succédé ont conservé, dans la hiérarchie ecclésiastique l’ordre institué par la secte sabéenne. Ils donnent à ces différents degrés de dignité, le nom d’altaat. La première est celle des as-salat (ostialus, portier) ; la seconde, celle des agsat (lecteur) ; la troisième, celle des youdaqoun (exorciste) ; la quatrième, celle des chemas (acolyte) ; la cinquième, celle des kasis (diacre) ; la sixième, celle des bardout (prêtre) ; la septième, celle des hourasfitos (archipresbyter) ou vicaire de l’évêque ; la huitième est celle d’askaf (episcopus) ; la neuvième, celle de mitran, ce qui veut dire chef de la ville (métropolitain). Enfin au-dessus de tous ces grades est celui de batrik, c’est-à-dire le père des pères (patriarche), ou bien de tous les dignitaires que nous venons d’énumérer, et autres encore qui ont un rang inférieur. Telle est l’opinion des chrétiens instruits relativement à cette hiérarchie ; mais le vulgaire a des traditions différentes à cet égard ; il parle de l’apparition d’un ange, et raconte différentes choses que nous n’avons pas besoin de rapporter. Cette institution existe chez les Melkites, qui sont comme ta colonne et la base du christianisme, tandis que les chrétiens orientaux, c’est-à-dire les Abadites, surnommés Nestoriens et Jacobites, se sont séparés d’eux et ont fait schisme. Il est hors de doute que les chrétiens ont emprunté l’idée première de cette hiérarchie aux Sabéens et que le kasis, le chemas, etc. sont dus à l’influence des Manichéens. Il faut en excepter cependant les Masdekites, les Chemmaïtes, et d’autres sectes. Manès, le fondateur du manichéisme, vécut après le Messie ; il en est de même d’Ibn Daisan et de Markion, chefs des Datsanites (Bardéçanites) et des Markionites ; plus tard les Masdekites et d’autres partisans des doctrines dualistes se séparèrent de ces premières sectes.

On trouvera dans les Annales historiques et l’Histoire moyenne de curieux renseignements sur ces différentes sectes, les contes puérils et les inventions fabriquées par elles. Nous en avons parlé également dans notre ouvrage intitulé Discours sur les bases des croyances, et nous avons réfuté ces opinions et renversé ces théories dans un autre livre, qui a pour titre Explication des principes de la religion. Ici nous ne pouvons traiter ces matières qu’incidemment, et dans le rapide exposé que nous en donnons, nous cherchons à faire l’historique de la secte et de la doctrine, pour que ce livre n’offre pas de lacunes ; mais nous écartons toute espèce d’examen et de controverse.

La carte du monde de Mahmud al-Kashgari 1072. publié dans  B. Atalay, Dîvânü Lugat-it-Turk Tercumesi, Ankara 1940.
La carte du monde de Mahmud al-Kashgari 1072. publié dans B. Atalay, Dîvânü Lugat-it-Turk Tercumesi, Ankara 1940.

CHAPITRE IX.

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX SUR LES MIGRATIONS DES MERS, ET SUR LES PRINCIPAUX FLEUVES.

L’auteur de la Logique (Aristote, Meteorologica, t. I, ch. XIV) dit que les mers se transportent d’un lieu à un autre dans le cours des âges, et la suite des siècles. En effet, toutes les mers ont un mouvement constant ; mais, comparé à la niasse des eaux, à l’étendue de leur surface et à la profondeur de leur lit, ce mouvement est insensible. Cependant il n’y a aucune partie de la terre qui reste éternellement humide ou sèche ; mais elle change et se modifie sous l’action des fleuves, qui tantôt s’y déversent et tantôt s’en retirent. Telle est la cause de la transformation de la mer et du continent ; loin de rester constamment l’un et l’autre dans leur état primitif, le continent vient occuper la place envahie par la mer, et réciproquement. Ces révolutions sont déterminées par le cours des fleuves ; en effet, le lit des fleuves a ses périodes de jeunesse et de déclin, ou de vie et de mort ; il se développe et dépérit comme l’animal et la plante, avec cette différence, toutefois, que dans ceux-ci la croissance et le déclin ne se manifestent pas partiellement, mais que toutes les parties de leur être dépérissent et meurent en même temps. La terre, au contraire, décroît et vieillit successivement sous l’influence de la révolution du soleil.

L’origine des fleuves et des sources a soulevé des discussions. Selon les uns, ils proviennent tous de la grande mer, c’est-à-dire de la mer d’eau douce, qu’il ne faut pas confondre avec l’Océan. D’autres prétendent que l’eau se trouve dans la terre, comme les veines dans le corps. D’autres font le raisonnement suivant : c’est une loi de la nature que l’eau soit toujours de niveau, mais à cause de l’inégalité de la terre, qui est élevée d’un côté et déprimée de l’autre, l’eau s’est retirée dans les bas-fonds. Retenue dans ces profondeurs, elle tend à se répandre au dehors par suite de la compression que la terre exerce sur elle ; des crevasses se forment dans le sol, et livrent passage aux sources et aux fleuves. Souvent aussi l’eau est le produit de l’air renfermé dans les entrailles de la terre ; elle ne doit pas être considérée alors comme un élément, mais seulement comme engendrée par la corruption et les exhalaisons du sol. Nous ne citerons pas toutes les opinions auxquelles ce sujet a donné lieu, car nous cherchons à être bref et concis ; nous renvoyons donc, pour les détails, à nos autres ouvrages.

L’Euphrate, à Hallab , Syrie (sham)
L’Euphrate, à Hallab , Syrie (sham)

On a cherché depuis longtemps la source, l’embouchure et l’étendue du parcours des grands fleuves, tels que le Nil, l’Euphrate, le Tigre, le fleuve de Balkh ou Djeïhoun, le Mehran, qui arrose le Sind ; le Gange, fleuve important de l’Inde ; le Sabbato, qui n’est pas moins grand ; le Tanabis (Tanaïs), qui se jette dans la mer Nitas (mer Noire), etc.

J’ai vu dans la Géographie (de Ptolémée) une figure représentant le Nil sortant du pied de la montagne el-Komr.

Ses eaux, qui jaillissent d’abord de douze sources, se déversent dans deux lacs semblables aux étangs (de Basrah) ; elles se réunissent au sortir de là, et traversent des régions sablonneuses et des montagnes.

Le Nil poursuit sa marche à travers cette partie du Soudan qui avoisine le pays des Zendj et donne naissance à un bras qui va se jeter dans la mer de Zendj.

Cette mer baigne l’île de Kanbalou (Madagascar ?), île bien cultivée, et habitée par des musulmans qui parlent la langue des Zendj.

Ils s’emparèrent de cette île en faisant captive toute la population zendjite, à l’époque de la conquête de l’île de Crète, dans la Méditerranée, par les musulmans, au commencement de la dynastie abbasside et vers la fin du règne des Omeyades.

De cette ville à Oman il y a environ cinq cents parasanges, d’après ce que disent les marias ; mais c’est une simple conjecture et non une évaluation rigoureuse. Plusieurs patrons (nakhoda) de Siraf et d’Oman, qui fréquentent ces parages, disent avoir observé dans cette mer, lors de la crue du Nil, en Egypte, ou peu de temps avant cette époque, un courant d’eau qu’il est difficile de couper, à cause de sa rapidité extrême.

Ce courant, qui sort des montagnes du Zendj et s’étend sur un mille de largeur, est formé d’une eau douce et limpide, qui se trouble au moment de la crue du Nil en Egypte et dans le Saïd.

On trouve dans cette mer le chouhman, ou crocodile, si commun dans le Nil ; on le nomme aussi el-waral.

El-Djahez prétend que le Mehran (Indus), fleuve du Sind, provient du Nil, et donne comme preuve l’existence des crocodiles dans le Mehran.

J’ignore où il a été chercher un pareil argument.

Il a avancé cette thèse dans son livre des Grandes villes et des merveilles de la terré.

C’est un excellent travail ; mais l’auteur, n’ayant pas navigué, ni assez voyagé pour connaître les royaumes et les cités, ignorait que le Mehran du Sind sort de sources bien connues, situées dans la haute région du Sind, le territoire de Kanoudj, le royaume de Baourah, les pays de Rachmir, de Kandahar et de Tafen, et qu’il entre ensuite dans le Moultan, où il reçoit le nom de Mehran d’or, de même que le mot Moultan signifie la frontière d’or.

Ce royaume obéit à un Koraïchite de la famille d’Oçamah, fils de Lowayi, fils de Galib, et c’est le rendez-vous général des caravanes qui se dirigent vers le Khoraçan.

Un autre Koraïchite de la branche de Habbar, fils d’el-Aswad, règne dans le pays d’el-Mansourah ; la couronne du Moultan est héréditaire dans la même famille depuis la naissance de l’islam.

Le Mehran, après avoir traversé le pays d’el-Mansourah, se jette dans la mer de l’Inde, non loin du territoire de Deiboul.

Les crocodiles abondent, il est vrai, dans les adjwan ou baies formées par cette mer, telles que la baie de Sindaboura, dans le royaume indien de Baguirah, ou la baie de Zabedj (Java), dans les États du Maharadja, et la baie des Aguiab, dans le voisinage de l’île de Serendib (Ceylan).

Les crocodiles vivent surtout dans l’eau douce, et les bras de mer que nous venons de citer dans l’océan Indien sont ordinairement formés d’eau douce, parce qu’ils reçoivent les eaux pluviales.

Les sources du Nil  Ibn Hawqal, Manuel de géographie. Fin Xe siècle. Copie du XVIe siècle d'après un manuscrit de 1443-1444. Manuscrit (35 x 43 cm). BnF, Manuscrits (Arabe 2214 fol. 11v-12)
Les sources du Nil
Ibn Hawqal, Manuel de géographie. Fin Xe siècle. Copie du XVIe siècle d’après un manuscrit de 1443-1444. (35 x 43 cm).
BnF, Manuscrits (Arabe 2214 fol. 11v-12)

Revenons maintenant à la description du Nil. Les savants disent qu’il parcourt une étendue de neuf cents, et, selon quelques-uns, de mille parasanges, à travers des contrées cultivées et stériles, habitées ou désertes, jusqu’à ce qu’il arrive à Aswan (Syène), dans la haute Egypte.

C’est là que s’arrêtent les navires qui remontent le fleuve depuis Fostat (vieux Caire) ; car, à quelques milles d’Aswan, le Nil traverse des montagnes et des rochers qui rendent la navigation impossible.

Ces montagnes forment la ligne de démarcation entre la portion du fleuve parcourue par les bâtiments abyssiniens et celle que fréquentent les musulmans ; c’est ce que l’on désigne sous le nom de cataractes (littéral, les pierres et les rochers).

Le Nil arrive à Fostat, après avoir traversé la haute Egypte (Saïd), passé devant la montagne de Tailemoun et franchi l’écluse d’el-Lahoun dans le Faïoum ; cet endroit que le fleuve traverse est nommé l’île de l’habitation de Joseph.

Nous parlerons plus bas (chap. XXI) de l’histoire de l’Egypte, de ses districts et des monuments que ce pays doit à Joseph.

Le Nil se partage ensuite en plusieurs branches, qui se dirigent sur Tennis, Damiette et Rosette, jusqu’à Alexandrie, et il se décharge dans la Méditerranée ; il forme plusieurs lacs dans ces parages.

Cependant le Nil s’est retiré du territoire d’Alexandrie avant la crue de la présente année (332 de l’hégire).

Je me trouvais à Antioche et sur les frontières de la Syrie, lorsque je reçus la nouvelle que le fleuve venait d’atteindre dix-huit coudées ; mais je ne pus savoir si l’eau avait pénétré ou non dans le canal d’Alexandrie.

Alexandre, fils de Philippe de Macédoine, bâtit cette ville sur ce bras du Nil ; la plus grande partie du fleuve pénétrait dans ce canal et arrosait les campagnes d’Alexandrie et de Mariout (Maréotis).

Le pays de Mariout, en particulier, était cultivé avec le plus grand soin, et offrait une suite non interrompue de jardins jusqu’à Barkah, dans le Maghreb.

Les bâtiments qui descendaient le Nil arrivaient jusqu’aux marchés d’Alexandrie, dont les quais étaient formés de dalles et de blocs de marbre. Plus tard des éboulements ont bouché ce canal et empêché l’eau d’y entrer ; d’autres obstacles encore n’ont pas permis, dit-on, de nettoyer le canal et de donner un libre cours à l’eau ; mais nous ne pouvons admettre tous ces détails dans un livre qui n’est qu’un résumé.

Depuis lors les habitants boivent de l’eau de puits, car ils sont à une journée environ du fleuve.

On trouvera plus bas, dans le chapitre consacré à Alexandrie, d’autres détails sur cette ville et sa fondation (voy. chap. XXIII).

Quant au bras du Nil qui, ainsi que nous l’avons dit, se jette dans la mer du Zendj, ce n’est qu’un canal qui sort du bassin supérieur du Zendj et sépare ce pays des frontières habitées par les races abyssiniennes.

Sans ce canal, de vastes déserts et les sables mouvants, les hordes turbulentes et innombrables des Zendj auraient chassé les Abyssiniens de leur pays natal.

La rivière Oxus (Djihoun en arabe) . La bataille de la rivière Oxus fut une bataille importante dans le 7ème siècle, combattu entre les armées de l'Empire sassanide et l'armée arabe musulman qui avait envahi la Perse. Après sa défaite, le dernier empereur sassanide, Yazdegerd III, est devenu un fugitif traqué qui ont fui vers l'Asie centrale et à la Chine .
La rivière Oxus (Djihoun en arabe) . Sur le site ou eu lieu une terrible bataille entre le califat Rashidun et l’empire Sassanide.

Le fleuve de Balkh, ou Djeïhoun (Oxus), sort de différentes sources, traverse le pays de Termed, Esferaïn et d’autres parties du Khoraçan, et entre dans le Kharezm. Là il se divise en plusieurs branches, qui arrosent le pays ; le surplus de ses eaux se jette dans le lac (lac d’Aral), sur les bords duquel est le bourg de Djordjanieh, au-dessous de la ville de Kharezm.

C’est le plus grand lac de cette contrée, et, au dire de quelques-uns, du monde habité, car il ne faut pas moins d’un mois pour le parcourir en long et en large.

Il est navigable, et reçoit le fleuve de Ferganah et de Chach qui traverse le pays de Farab, la ville de Djedis, et qui est accessible aux bâtiments jusqu’à son embouchure. Sur ses bords s’élève une ville turque nommée la Ville-Nouvelle (Yengui-Kent), où vivent plusieurs musulmans.

La plupart des Turcs qui habitent cette contrée, tant nomades que citadins, appartiennent à la tribu des Gozz, qui se divisent en trois hordes nommées la grande, la petite et la moyenne.

Ils se distinguent des autres Turcs par leur valeur, leurs yeux bridés et l’exiguïté de leur taille.

Cependant l’auteur de la Logique (Aristote), dans le quatorzième et le dix-huitième livre de son Traité des animaux, parlant de l’oiseau nommé grue (γέρανος), dit qu’il y a des Turcs d’une stature encore plus petite.

On trouvera d’autres détails sur les Turcs dans divers passages de notre livre, et dans le chapitre qui leur est consacré.

Ruines des anciens murs de Balkh, al-Khorasan, Afghanistan
Ruines des anciens murs de Balkh, al-Khorasan, Afghanistan

La ville de Balkh possède un poste (ribat) nommé el-Akhchéban, et situé à vingt jours de marche environ. En face vivent deux tribus de Turcs infidèles, les Oukhan et les Tibétains, et à leur droite d’autres Turcs nommés Igan.

C’est dans le territoire de ceux-ci qu’est la source d’un grand fleuve nommé aussi fleuve d’Igan. Plusieurs personnes instruites prennent ce fleuve pour le commencement du Djeïhoun, ou fleuve de Balkh.

Le Djeïhoun a un parcours de cent cinquante parasanges, selon les uns, et de quatre cents parasanges selon ceux qui le confondent avec le fleuve des Turcs ou Igan.

Quant aux auteurs qui avancent que le Djeïhoun se jette dans le Mehran (Indus), ils sont dans l’erreur.

Nous ne parlerons ni de l’Aracht noir, ni de l’Aracht blanc, sur les bords duquel est le royaume des Keimak-Baigour (Ouigour ?), tribu turque originaire du pays au-delà du fleuve de Balkh ou Djeïhoun.

Une autre tribu turque, les Gourites, habitent les bords de ces deux fleuves, qui sont l’objet de récits détaillés.

J’ignore et, par conséquent, je ne puis déterminer l’étendue de leur parcours.

Le Gange est un fleuve de l’Inde qui sort des montagnes situées dans la partie la plus reculée de l’Inde, du côté de la Chine, et près du pays habité par la peuplade turque des Tagazgaz. Après un parcours de quatre cents parasanges, il se jette dans la mer Abyssinienne sur la côte de l’Inde.

L’Euphrate prend sa source dans le territoire de Kalikala (Erzeroum), ville frontière de l’Arménie ; il sort des montagnes d’Afradohos, à un jour de marche de cette ville. Il a une étendue de cent parasanges, et traverse le pays de Roum avant d’arriver à Malatiyeh.

Un de nos coreligionnaires, qui a été prisonnier chez les chrétiens, m’a assuré que l’Euphrate, dans sa course à travers le pays de Roum, reçoit plusieurs affluents, entre autres un fleuve qui sort du lac el-Marzeboun, le lac le plus vaste de cette contrée ; il est navigable et n’a pas moins d’un mois de navigation en long et en large.

L’Euphrate arrive ensuite au pont de Manbedj, après avoir passé sous le château de Somaisat (Samosate), nommé aussi le Château de terre.

Il continue sa course vers Balès, et Siffin, signalé par une bataille entre les habitants de l’Irak et de la Syrie ; il passe successivement devant Rakkah, er-Rahbah, Hit et el-Anbar, où il donne naissance à plusieurs canaux, comme le Nehr-Yça, etc. qui coulent du côté de Bagdad et se jettent dans le Tigre.

L’Euphrate se dirige ensuite vers le pays de Soura, le château d’Ibn Hobeirah, Koufah, el-Djameeïn, Ahmed-Abad, en-Ners, et et-Tofouf, et se jette enfin dans l’étang qui est entre Basrah et Waçit.

Son parcours entier est de cinq cents parasanges, ou davantage, selon d’autres.

Le bras principal de l’Euphrate se dirigeait autrefois sur Hirah, où son ancien lit, encore visible aujourd’hui, est nomméel-Atik (l’ancien) ; c’est là qu’eut lieu la fameuse bataille de Kadiçieh, entre les musulmans et Roustem.

De Hirah, le fleuve se jetait dans la mer d’Abyssinie, qui recouvrait à cette époque l’emplacement nommé aujourd’hui en-Nedjef ; c’étaient là qu’arrivaient les bâtiments venus de la Chine et de l’Inde, à destination des rois de Hirah.

Carte d'Arabie dressée uniquement sur la description qu'en a fait Abdulfeda Ismaël, sultan de Hamah, en son livre de géographie intitulé Takouin-al-buldan, qu'il acheva d'écrire vers l'an de l'ère chrétiéne 1321 [sic] / par J.B. Bourguignon d'Anville
Carte d’Arabie dressée uniquement sur la description qu’en a fait Abdulfeda Ismaël, sultan de Hamah, en son livre de géographie intitulé Takouin-al-buldan, qu’il acheva d’écrire vers l’an de l’ère chrétiéne 1321 [sic] / par J.B. Bourguignon d’Anville
Plusieurs historiens anciens, parfaitement instruits des Journées des Arabes, tels que Hicham, fils de Mohammed el-Kelbi, Abou Mikhnef Lout, fils de Yahia, et Charki, fils d’el-Kitami, racontent ce qui suit : Khaled, fils d’et-Walid el-Makhzoumi, marcha contre Hirah, sous le règne d’Abou Bekr, après la conquête du Yemamah et la mort du faux prophète des Beni-Hanifah ; mais les habitants se fortifièrent dans le château Blanc, le château de Kadiçieh et celui des Beni-Tâlabah, situés tous trois à trois milles de Koufah, et complètement déserts et ruinés aujourd’hui (332 de l’hégire).

Khaled, fils d’el-Walid, voyant que l’ennemi s’était retranché dans ces forteresses, dressa son camp près de Nedjef et marcha en avant, à cheval et accompagné d’un célèbre cavalier arabe, Dirar, fils d’el-Azwar, l’Azdite.

Parvenus sous le château des Beni-Tâlabah, ils furent assaillis par des matières enflammées que leur lançaient les chrétiens abbadites, et le cheval de Khaled se mit à fuir. « Que Dieu te protège, dit Dirar à son compagnon, voilà le plus fort de leurs stratagèmes. »

Khaled retourna au camp et fit demander aux assiégés de lui envoyer un homme mûri par l’âge et l’expérience, afin qu’il l’interrogeât sur ce qui les concernait. Ils lui députèrent Abd el-Meçih, fils d’Amr, fils de Kaïs, fils de Hayan, fils de Bokaïlah, le Gassanide.

Le taq-e Kisra (littéralement : iwan de Chosroès ; en persan : طاق كسرى) est un monument perse sassanide en ruines situé aujourd'hui en Irak, à 35 kilomètres au sud-est de Bagdad. C'est le seul vestige visible de l'antique cité de Ctésiphon (appelée par les Arabes Al-Madaïn). Il a été construit par Chosroès, après une campagne contre les Byzantins en l'an 540. En 636, les Arabes musulmans , qui avaient envahi depuis 633 les territoires de l'Empire sassanide, les ont vaincus lors d'une grande bataille connue sous le nom de bataille d'al-Qādisiyyah . Les Arabes alors attaqué Ctésiphon, et saisi certaines parties d'al-Mada. [2] L'officier de l'armée musulmane Khalid ibn Urfuta rapidement saisi Sabat et fit un traité de paix avec les habitants de Rumiya et Behrasir. Les termes du traité était que les habitants de Rumiya ont été autorisés à quitter s'ils le voulaient, mais s'ils le faisaient pas, ils ont été obligés de reconnaître l'autorité musulmane, et aussi rendre hommage ( jizya ). Lorsque l'officier musulman Saad ibn Abi Waqqas est arrivé à Al-Mada, il était complètement désolé, en raison de vol des sassanides famille royale , les nobles et les troupes. Cependant, les musulmans avaient réussi à prendre une partie de troupes en captivité, et de nombreuses richesses ont été saisis dans le trésor sassanide et a été donné aux troupes musulmanes. [2] En 637 Sa`d fait Qa'qa ibn 'Amr al-Tamimi responsable pour la défense d'al-Mada, et Shourahbil ibn al-SIMT que le gouverneur d'al-Mada. [2] Le persan compagnon du prophète islamique Mahomet , Salman le Perse a été enterré dans al-Mada en 656/7. En 661, al-Mada était sous le contrôle du califat omeyyade , qui avait mis fin à la Rashidun califat. Un certain Simak ibn Ubayd al-'Absi servi comme gouverneur de la métropole en 663, et une autre personne du nom de Ishaq ibn Mas'ud a été le gouverneur en 685 Le Azariqa, une faction des Kharijites , attaqué al-Mada ' en en 687/8, et massacré ses habitants. La ville a ensuite été régie par Kardam ibn Martad ibn Najaba, et quelque temps plus tard par Yazid ibn Harith al-Shaybani. En 696, le chef Kharjite Shabib ibn Yazid brièvement occupé al-Mada. [2] En 697, Mutarrif ibn al-Mughira a été faite le gouverneur d'al-Mada, et plus tard en 701, Hanzala ibn al-Warrad et Ibn 'Attab ibn Warqa »ont été nommés gouverneurs combinés de la métropole. Quelque temps plus tard, le gouverneur d'Al-Mada a été aboli. [2]
C’est le seul vestige visible de l’antique cité de Ctésiphon (appelée par les Arabes Al-Madaïn). Il a été construit par Chosroès, après une campagne contre les Byzantins en l’an 540. En 636, les Arabes musulmans , avaient envahi depuis 633 les territoires de l’Empire sassanide, les ont vaincus lors d’une grande bataille connue sous le nom de bataille d’al-Qādisiyyah .
Ce Bokaïlah, qui avait construit le château Blanc, devait son surnom à ce qu’étant sorti un jour revêtu d’une étoffe de soie verte, les gens de sa tribu s’écrièrent en le voyant : « En vérité, il ressemble à un petit chou (bokaïlah) ! » C’est Abd el-Meçih qui se rendit auprès du célèbre devin Satih, le Gassanide, pour l’interroger sur les songes des Moubed, sur les secousses du palais ou Eiwan (à Ctésiphon), et sur le sort qui était réservé aux rois sassanides.

Ce même Abd el-Meçih, qui se présenta à Khaled, était alors âgé de trois cent cinquante ans. Khaled, en le voyant marcher lentement, lui demanda : « Vieillard, de quel lien descends-tu ?

—Des reins de mon père, répondit le cheikh.

—D’où viens-tu ?

— Du sein de ma mère.

— Malheur à toi ! sur quoi es-tu ? (c’est-à-dire, pourquoi es-tu venu ?)

—Je suis sur la terre.

— Que Dieu te confonde ! où es-tu ?

—Dans mes vêtements.

— As-tu perdu la tête ? puisses-tu la perdre !

— Certes par Dieu, elle est solidement attachée.

— Le fils de combien es-tu ? (c’est-à-dire quel âge as-tu ?)

— Le fils d’un seul homme.

— Mon Dieu, s’écria Khaled, maudis les gens de ce pays, pour le trouble qu’ils nous causent ! Je lui demande une chose, et il m’en répond une autre.

— Non certes, répliqua le vieillard, j’ai répondu avec précision à tes questions. Interroge-moi à ton gré.-

— Etes-vous Arabes ou Nabatéens ? demanda Khaled.

—- Des Arabes devenus Nabatéens, ou des Nabatéens devenus Arabes.

— Que préférez-vous, la paix ou la guerre ?

— La paix.

— Pourquoi donc ces forteresses ?

— Nous les avons bâties pour y enfermer les fous jusqu’à ce qu’un sage vienne les délivrer.

— Quel est ton âge ?

— Trois cent cinquante ans.

— Qu’as-tu vu dans ta vie ?

— J’ai vu les vaisseaux arriver jusqu’à nous sur cette hauteur (nedjef) chargés de marchandises du Sind et de l’Inde, et les vagues se briser sur le sol que tu foules à tes pieds. Vois aujourd’hui quel espace nous sépare de la mer ! Je me souviens d’avoir vu une femme de Hirah prendre son panier, le placer sur sa tête, et n’emporter qu’un pain comme provision, parce que, jusqu’à son arrivée en Syrie, elle ne traversait que des villages florissants, des champs bien cultivés, des vergers couverts de fruits et arrosés par des étangs et des canaux d’eau vive. Tu le vois aujourd’hui, ce n’est plus qu’un désert aride. C’est ainsi que Dieu en use avec le monde et ses habitants. »

Ruines de l'ancienne cité de Hira en Iraq
Ruines de l’ancienne cité Lakhmide de Hira en Iraq

Ces paroles jetèrent Khaled et tous les assistants dans un muet étonnement, car Abd el-Meçih était célèbre parmi les Arabes autant pour son extrême vieillesse, que pour sa sagesse consommée.

On prétend qu’il portait sur lui un poison foudroyant, et qu’il le tournait entre ses mains.

Khaled lui demanda ce qu’il tenait. C’est un poison, dit-il, qui tue instantanément.

— Quel usage veux-tu en faire ?

—En venant près de toi j’ai résolu que, si tu prenais une décision favorable à mes compatriotes et à moi, je l’accepterais et j’en remercierais Dieu ; sinon, ne voulant pas rapporter à mes compatriotes la honte et l’affliction, je prendrais ce poison et quitterais ce monde ; je n’ai d’ailleurs que peu de temps à vivre. — Donne-moi ce poison », dit Khaled, puis il le plaça dans la paume de sa main, prononça ces mots : « Au nom de Dieu, par l’aide de Dieu, au nom de Dieu, le maître de la terre et des cieux, par ce saint nom avec lequel rien ne peut nuire ! » et il avala le poison sans hésiter. Il s’évanouit sur-le-champ, et son menton se pencha sur sa poitrine ; puis il revint à lui et reprit ses forces, comme un homme qui a brisé ses chaînes.

Le vieillard, qui était Abbadite, c’est-à-dire chrétien nestorien, revint auprès des siens et leur dit : « Peuple, je viens de quitter Satan ; il a avalé un poison qui tue sur l’heure, et il n’en a éprouvé aucun mal. Hâtez-vous donc de conclure la paix et de l’éloigner.

Une influence supérieure veille sur cette nation ; sa fortune va s’élever sur les ruines de la famille de Sassan (Sassanide).

La croyance qu’elle apporte se répandra sur la terre et changera la face du monde. « Ils firent, en effet, la paix avec Khaled à la condition de payer cent mille drachmes, et de porter le sadj, ou turban (des chrétiens).

Après le départ de Khaled, Abd el-Meçih récita ces vers :

Devais-je donc, après le règne des deux Moundir, voir un autre drapeau flotter sur Khawarnak et Sedir,

Et tes cavaliers de toutes les tribus le fuir en redoutant la colère du lion.au rugissement terrible ?

Devais-je, après les exploits des guerriers de Noman, voir les troupeaux brouter entre Marrah et el-Hafirf

Mais la mort d’Abou Kobaïs nous a dispersés comme des brebis dans un jour d’orage.

Nous qui nous partagions librement les tributs de Mâdd, comme les membres d’un chameau immolé,

Nous payons un tribut aussi onéreux que celui de Khosroès, ou des enfants de Koraizah et de Nadir !

Ainsi le veulent les caprices de la fortune ; un jour et le apporte la prospérité, et le lendemain le malheur.

Nous n’avons rapporté ici cette anecdote que comme une preuve évidente de ce que nous avons avancé relativement aux migrations des mers, et au mouvement des cours d’eau et des fleuves, dans la suite des âges.

C’est ainsi que, l’eau s’étant retirée de cette localité, la mer a fait place à la terre ferme, et qu’aujourd’hui une distance de plusieurs jours sépare Hirah de la mer.

Quiconque a vu et examiné avec soin le Nedjef sera convaincu de l’exactitude de notre assertion.

Ruines de la ville Omeyyade d'al-Wasit fondé par le général al-hajjaj ibn Yusuf al-Taqafy en 702
Ruines de la ville Omeyyade d’al-Wasit fondé par le général al-hajjaj ibn Yusuf al-Taqafy en 702

Il en est de même du Tigre de Basrah (el-Awrah), qui a changé de place, et se trouve aujourd’hui à une grande distance du Tigre. Il était nommé le ravin de Djoukha, et s’étendait depuis Badbin, dans le district de Wassit, jusqu’au territoire de Dour er-Raçebi, près de Sous (Chouster), dans le Khouzistan.

Un fait analogue a eu lieu sur la rive orientale de Bagdad, dans une localité nommée Rakkah ech-Chemmaçieh, où le fleuve a quitté brusquement le rivage occidental, les terrains cultivés entre Katrabbol et Bagdad, le bourg d’el-Kobb, el-Bochra, el-Ain et d’autres bourgades qui dépendent de Katrabbol.

C’est ce qui a donné lieu à des contestations entre les habitants de cette rive et ceux de la rive orientale qui possèdent Raktah ech-Chemmaçieh.

L’affaire fut portée devant le vizir Ali, fils d’Yça ; la décision que rendit alors ce ministre et le fait que nous rapportons sont de notoriété publique à Bagdad.

Si l’eau avance en trente ans d’environ un septième de mille, ce qui fait un mille en deux siècles, lorsque le fleuve s’est retiré de quatre mille coudées hors de son ancien lit, certains territoires deviennent par conséquent arides, et d’autres sont rendus à la culture.

Si l’eau rencontre un territoire déprimé d’où elle puisse s’écouler, elle prend un cours plus rapide et plus impétueux, et charrie à de grandes distances les terres qu’elle a rongées. Si elle trouve une vallée étendue, elle la remplit sur son passage, et le courant donne naissance à des lacs, des étangs et des marais.

C’est ainsi que certains territoires deviennent incultes et d’autres fertiles.

Il suffit d’un peu d’attention pour comprendre ce que nous disons.

Plusieurs historiens, qui ont étudié avec soin les annales du monde et des monarchies, assurent qu’à l’époque où le Prophète envoya un message au roi de Perse, c’est-à-dire l’an 7 de l’hégire, l’Euphrate et le Tigre éprouvèrent une crue excessive, et telle qu’on n’en avait jamais vu.

D’énormes fissures sillonnèrent le rivage, plusieurs fleuves sortirent de leur lit, rompirent leurs digues et leurs barrières, et inondèrent les plaines du pays.

Ce fut en vain que le roi Eberwiz (Perviz) chercha à contenir les eaux, en relevant les digues et en rétablissant les écluses : le fleuve renversa tous les obstacles et se répandit sur l’emplacement actuel des étangs.

Les fermes et les moissons furent submergées ; l’inondation envahit les districts et les cantons (taçoudj) environnants, et tous les efforts tentés pour maîtriser l’élément furent inutiles.

Plus tard, pendant que les Persans étaient absorbés par leur lutte contre les Arabes, l’eau étendit ses ravages sans que l’on cherchât à y remédier, et les étangs gagnèrent chaque jour du terrain.

Reproduction  d'un moulin-navire utilisé au 10eme siècle sur le Tigre sous les Abbassides dans la région de Baghdad
Reproduction d’un moulin-navire utilisé au 10eme siècle sur le Tigre sous les Abbassides dans la région de Baghdad

Sous le règne de Moawiah, Abd Allah, fils de Daradj, affranchi du khalife et chargé de percevoir l’impôt de l’Irak, gagna sur les étangs une étendue de terrain dont le produit s’éleva à quinze millions (de drachmes), en faisant couper les roseaux qui couvraient ces étangs et en refoulant l’eau à l’aide de digues et de barrières.

Par la suite, Haçan le Nabatéen, affranchi des Beni-Dabbah, sous le khalifat d’el-Walid, dessécha de nouveaux terrains dans les étangs, au profit d’el-Haddjadj.

Aujourd’hui le Batiyah, c’est-à-dire le territoire couvert et envahi par l’eau, est évalué à environ cinquante parasanges en long et en large.

Le centre de l’étang est occupé par un grand nombre de terres en friche, comme Kâr-el-Djamideh, ville entourée d’eau, et d’autres localités.

On remarque dans le fond, lorsque l’eau est claire, des débris de constructions en pierres ou en briques, les unes debout, les autres renversées, mais encore visibles. On peut faire la même observation dans le lac de Tinnis et de Damiette, qui renferme plusieurs villes et fermes, ainsi que nous le disons dans différents passages de ce livre et dans d’autres ouvrages.

Mais revenons au Tigre et décrivons sa source, son parcours et son embouchure.

Ce fleuve sort du territoire d’Amid, dans la province de Diarbekr ; mais ses sources sont situées dans le pays de Khilat, en Arménie.

Il reçoit différents affluents, tels que la rivière de Sarit et celle de Satidama, qui sort du pays d’Arzen et de Miafarikin.

Il reçoit également le Doucha et le Khabour. Celui-ci, venu de l’Arménie, se réunit au Tigre, entre la ville de Baçourin et le tombeau de Sabour, sur le territoire de Bakirda et de Bazibda, province de Moçoul.

La dynastie arabe des hamdanides , vasaux des abbassides (800-890)
La dynastie arabe des hamdanides , vassaux des abbassides (800-890) issue des Banu Taghlib

Ce pays appartient aux Beni-Hamdan, et il en est fait mention dans les vers suivants :

Bakirda et Bazibda, délicieux séjour au printemps et pendant l’été ! l’eau qui l’arrose est pure et fraîche comme celle du Paradis.

Ne pariez plus de Bagdad, de son sol brûlant comme du charbon et de sa chaleur accablante !

Il ne faut pas confondre le Khabour, dont il est question ici, avec un fleuve du même nom qui prend sa source près de la ville de Raçâïn et se décharge dans l’Euphrate, au-dessous de Kirkiçiah.

Le Tigre passe ensuite à Moçoul, et en sortant de cette ville, au-dessus de l’endroit nommé Hadit-el-Moçoul, il reçoit le grand Zab, qui vient de l’Arménie ; l’autre Zab, originaire de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, se réunit aussi au Tigre, en amont de la ville d’es-Sinn.

Le  tigre en dehors de Mossoul en Iraq
Le tigre en dehors de Mossoul en Iraq

Le fleuve continue sa route vers Tekrit, Samarra et Bagdad, en recevant les eaux du Khandak, du Sorat et de Nehr-Yça, canaux qui partent de l’Euphrate pour aboutir au Tigre, comme nous l’avons dit plus haut. Sorti de Bagdad, le Tigre reçoit plusieurs affluents, comme le Dialeb, le Nehr-Bin, le Nehr-Rewan (Nahrouan), non loin de la contrée de Djardjaraia, d’es-Sib et de Nômanieh.

Après avoir traversé la ville de Waçit, il se partage en plusieurs fleuves (canaux) qui se dirigent vers l’étang de Basrah ; tels sont le Nehr-Sabès, le Yahoudi, le Chami, ainsi que le bras qui se dirige vers Koutr, et que suivent ordinairement les bâtiments qui, de Bagdad et de Waçit, se rendent à Basrah.

Le parcours entier du Tigre est de trois cents, et, selon d’autres, de quatre cents parasanges.

Nous avons passé ici sous silence un grand nombre de fleuves, nous bornant à nommer les plus importants et les plus connus.

Les Arabes des marais (arabe : عرب الأهوار), appelés aussi Maadans ou Ma'dans (arabe : معدان), sont les habitants de la région des grands marais du delta du Tigre et de l’Euphrate, au sud de l'Irak, région où se situait selon la légende le Jardin d’Eden biblique. Ainsi que l’attestent des bas-reliefs sumériens, les Arabes des marais vivent de la même façon qu’il y a 5 000 ans, dans des villages lacustres formés de maisons de roseaux parsemés sur de vastes étendues d'eau.
Les Arabes des marais (arabe : عرب الأهوار), appelés aussi Maadans ou Ma’dans (arabe : معدان), sont les habitants de la région des grands marais du delta du Tigre et de l’Euphrate, au sud de l’Irak, région où se situait selon la légende le Jardin d’Eden biblique. Ainsi que l’attestent des bas-reliefs sumériens, les Arabes des marais vivent de la même façon qu’il y a 5 000 ans, dans des villages lacustres formés de maisons de roseaux parsemés sur de vastes étendues d’eau.

 

Nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, à nos Annales historiques et à notre Histoire moyenne.

Nous aurons encore occasion de revenir sur les fleuves nommés plus haut, et de parler de ceux que nous avons omis.

La province de Basrah possède aussi plusieurs fleuves importants, comme le Nehr-Chirin, le Nehr ed-Deir et le fleuve d’Ibn Omar.

Il en est de même de la province d’el-Ahwaz et du pays situé entre elle et le territoire de Basrah et d’Obollah ; ce que nous en avons dit ailleurs nous dispense d’y revenir ici. Par la même raison nous ne parlerons pas de l’extrémité du golfe Persique vers Basrah et Obollah, ni du lieu connu sous le nom de Djerrarah, qui forme une baie non loin d’Obollah ; c’est ce voisinage qui rend salée l’eau de la plupart des rivières de Basrah,

En vue de cette baie, on a établi à l’entrée de la rade, près d’Obollah et d’Abbadan, trois échafaudages en bois sur lesquels on allume des feux pendant la nuit.

Ils s’élèvent comme trois immenses sièges au milieu de la mer, et préservent les bâtiments venus de l’Oman, de Siraf, etc. de se jeter dans cette baie de Djerrarah et les parages voisins, où ils trouveraient une perte assurée. Toute cette côte est remarquable par le nombre de ses cours d’eau et leur jonction avec la mer. A Dieu seul est la puissance !

La mer de Zanj est l'ancien nom donné à la mer bordant la portion de la côte est-africaine que les géographes arabes du Moyen Âge appelaient Zanj. Ils y incluaient l'île de Madagascar ainsi que l'archipel des Mascareignes, c'est-à-dire la Réunion, Maurice et Rodrigues.
La mer de Zanj est l’ancien nom donné à la mer bordant la portion de la côte est-africaine que les géographes arabes du Moyen Âge appelaient Zanj. Ils y incluaient l’île de Madagascar ainsi que l’archipel des Mascareignes, c’est-à-dire la Réunion, Maurice et Rodrigues.

CHAPITRE X.

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX SUR LA MER D’ABYSSINIE ; OPINIONS DIVERSES SUR SON ETENDUE, SES GOLFES ET SES DETROITS.

On a déterminé les dimensions de la mer de l’Inde, qui n’est autre que la mer d’Abyssinie : sa longueur, de l’ouest à l’est, c’est-à-dire de l’extrémité de l’Abyssinie aux limites de l’Inde et de la Chine, est de huit mille milles ; sa largeur diffère selon les localités, et elle varie entre deux mille sept cents milles et dix-neuf cents milles.

On donne encore, relativement à l’étendue de cette mer, différentes évaluations que nous passerons sous silence, parce que, aux yeux des gens du métier, elles ne reposent sur aucune preuve satisfaisante. Quoi qu’il en soit, cette mer est la plus vaste du monde habité.

Elle forme sur les côtes d’Abyssinie un canal qui s’avance dans, la contrée de Berbera, portion du pays habité par les Zendjs et les Abyssins.

Ce canal, connu sous le nom de Berberi, a cinq cents milles de longueur, et sa largeur, d’une rive à l’autre, est de cent milles.

Il ne faut pas confondre ce territoire de Berbera avec le pays des Berbers, situé dans le pays nommé Ifriqiya, pays bien distinct de celui dont nous parlons, et qui n’a de commun avec lui que le nom.

Les pilotes de l’Oman traversent ce canal pour gagner l’île de Kanbalou (Madagascar ), située dans la mer de Zanguebar, et habitée par une population mélangée de musulmans et de Zendjs idolâtres.

Ces mêmes marins de l’Oman prétendent que ce détroit de Berberi, qu’ils désignent par le nom de mer de Berbera et de pays de Djafouna, est d’une étendue plus grande que celle que nous venons d’indiquer ; ils ajoutent que ses vagues ressemblent à de hautes montagnes, et ils les nomment des vagues aveugles, sans doute parce que, après s’être enflées comme d’énormes montagnes, elles se creusent en forme de profondes vallées ; mais elles ne se brisent pas, et ne sont jamais couvertes d’écume, comme on le remarque dans les autres mers.

Ils leur donnent aussi le nom de vagues folles.

3) La mosquée al-Masjid al-Qiblatayn ( « Mosquée des deux Qiblas») (620-630) à Zeilah, en Somalie est l’une des plus vielle mosquée au monde elle fut construite lorsque la qibla étais à Jerusalem et reconstruite lors du changement de qibla.
La mosquée al-Masjid al-Qiblatayn ( « Mosquée des deux Qiblas») (620-630) à Zeilah, en Somalie est l’une des plus vielle mosquée au monde elle fut construite lorsque la qibla étais à Jerusalem et reconstruite lors du changement de qibla. (région Berberi ou Berbera)

Les marins qui fréquentent ces parages sont des Arabes de l’Oman et de la tribu de Azd ; lorsqu’ils ont gagné le large, et qu’ils montent et descendent au gré de cette mer agitée, ils chantent en cadence le refrain suivant :

Berbera et Djafouna, que vos vagues sont folles !

Djafouna et Berbera, voilà leurs vagues.

Le terme de leur course sur la mer de Zendj est l’île de Kanbalou, dont nous avons déjà parlé, et le pays de Sofalah et des Wakwaks, situé sur les confins du Zanguebar et au fond de ce bras de mer.

Les Sirafiens font aussi cette traversée, et j’ai moi-même navigué sur cette mer en partant de Sendjar, capitale de l’Oman, en compagnie de plusieursnakhoda, ou pilotes sirafiens, entre autres Mohammed, fils de Zeïdboud et Djewner, fils d’Ahmed, surnommé Ibn Sirah ; celui-ci y périt plus tard avec tout son équipage.

Ma dernière traversée de l’île de Kanbalou à l’Oman remonte à l’année 304. J’étais à bord d’un bâtiment appartenant à Ahmed et à Abd es-Samed, tous deux frères d’Abd er-Rahim, fils de Djafar le Sirafien, habitant de Mikan, qui est un des quartiers de Siraf, et ces deux mêmes personnages, Ahmed et Abd es-Samed, fils de Djafar, ont péri ensuite corps et biens dans cette mer.

Le front de mer de Siraf , Iran ville ultra importante sur les routes maritimes
Le front de mer de Siraf , Iran ville ultra importante sur les routes maritimes

Lors de mon dernier voyage, l’émir de l’Oman était Ahmed, fils de Helal, fils d’une sœur d’el-Kaïtal. Certes, j’ai navigué sur bien des mers, la mer de Chine, de Roum, des Khazars, de Kolzoum et du Yémen, j’y ai couru des dangers sans nombre ; mais je n’en connais pas de plus périlleuse que cette mer de Zendj, dont nous venons de parler.

C’est là aussi qu’on rencontre le poisson nommé el-owal (baleine), qui atteint quelquefois une longueur de quatre à cinq cents coudées omari, mesure usitée dans le pays ; mais sa longueur ordinaire est de cent coudées. Souvent, par les temps de calme, il sort hors de l’eau l’extrémité de ses nageoires, qu’on peut comparer à la grande voile d’un navire ; par intervalles, il dresse la tête et lance par ses ouïes une colonne d’eau qui s’élève au-dessus d’une portée de flèche. Les marins, qui nuit et jour redoutent son approche, heurtent des morceaux de bois ou battent le tambour pour le tenir à distance. C’est à l’aide de sa queue et de ses nageoires qu’il saisit et porte à sa gueule les poissons dont il se nourrit ; il la dilate de façon à ce que sa proie tombe au fond de son ventre. Dieu, pour réprimer les excès de ce monstre, dirige contre lui un poisson qui n’a qu’une coudée de long, et qu’on nomme lechk (peut-être la leiche, famille des squales). Celui-ci s’attache à la racine de l’oreille (évent) de la baleine, qui, ne pouvant se débarrasser de son ennemi, plonge à une grande profondeur, se heurte contre le fond et finit par expirer ; on voit alors son cadavre flotter à la surface de l’eau, semblable à une haute montagne. Lorsque le poisson nommélechk s’attache à un bâtiment, la baleine, malgré sa haute stature, n’ose s’approcher du navire, et prend la fuite à la vue de ce faible ennemi, dont l’attaque est toujours la cause de sa mort.

Crocodile mesurant 8.6m tué dans le Queensland en Australie en 1957
Crocodile mesurant 8.6m tué dans le Queensland en Australie en 1957

Il en est de même du crocodile, qui a pour ennemi un petit reptile vivant sur le rivage ou dans les îles du Nil (le nems, ou mangouste).

Le crocodile n’ayant pas d’orifice intestinal, ses aliments se convertissent en vers dans son estomac ; lorsque ces animaux le tourmentent, il sort du fleuve et se renverse sur le dos, en tenant sa gueule béante.

La Providence lui envoie alors quelques oiseaux aquatiques, comme le taïtawi, le haçani, le chamirek, etc. qui, habitués à le voir dans cette situation, dévorent tous les gros vers qui ont pris naissance dans le corps de cet animal.

Le petit reptile, qui se tient en embuscade dans le sable, profite de ce moment pour sauter dans son gosier et s’introduire dans l’intérieur de son corps.

En vain le crocodile se heurte contre le sol et regagne le fond du Nil ; son adversaire, maître de la cavité où il s’est logé, lui déchire l’abdomen et sort par cette ouverture ; il arrive souvent que le crocodile se donne volontairement la mort avant d’être délivré du reptile, qui sort ensuite de son corps.

Ce reptile, qui n’a guère qu’une coudée de long, ressemble à la belette, et il est pourvu d’un grand nombre de pieds et de griffes.

Gustave, est un crocodil du Nil,qui aurait tué 300 humains, il pèse 1 tonne, 6m1 de long, et  plus de 60 ans d'age.
Gustave, est un crocodil du Nil,qui aurait tué 300 humains, il pèse 1 tonne, 6m1 de long, et plus de 60 ans d’age.

La mer de Zendj renferme encore plusieurs sortes de poissons, qui présentent les formes les plus variées. Sans la tendance qu’a l’esprit humain à nier ce qu’il ignore, et à rejeter tout ce qui sort du cercle habituel de ses connaissances, nous pourrions parler d’un grand nombre de merveilles qu’offre cette mer, des serpents et des animaux qu’elle renferme, et, en général, de tous les phénomènes que recèlent les mers.

Mais revenons à notre sujet et décrivons les ramifications de la mer d’Abyssinie, ses détroits, les baies et les langues de terre qu’elle forme. Un autre canal, dérivé de la mer d’Abyssinie, pénètre jusqu’à la ville de Kolzoum, sur le territoire égyptien, et à trois jours de Fostat (vieux Caire).

Ce canal, qui longe la ville d’Eïlah, le Hedjaz, Djeddah et le Yémen, a une longueur de quatorze cents milles, sur deux cents milles de large dans sa moindre largeur et sept cents milles au point de sa largeur extrême.

En face du Hedjaz et de la ville d’Eïlah, sur la rive occidentale de ce golfe, on rencontre le pays d’Allaki, le territoire d’Aïdab, situé dans la haute Egypte et dans le pays des Bedjah ; puis vient le pays des Abyssins et des nègres, jusqu’à l’endroit où le golfe rejoint l’extrémité inférieure du pays des Zendjs, non loin du pays de Sofalab.

Un autre bras de la même mer forme la mer Persique, qui s’étend jusqu’à Obollah, les Barrages et Abbadan, dans la province de Basrah. Ce golfe a quatorze cents milles de long, et à son orifice il n’a pas moins de cinq cents milles de large ; mais en différents endroits ses deux rives ne sont qu’à une distance de cent cinquante milles.

La forme de ce golfe est un triangle, dont le sommet est situé à Obollah.

A l’est il longe la côte du Fars, depuis la contrée de Dawrak el-Fours, la ville de Mahruban, Siniz où se fabriquent les tissus brochés et autres étoffes nommées sinizi, la ville de Djennaba, qui donne son nom aux étoffes dites djennabi, la ville de Nadjirem, qui dépend de Siraf, et la contrée des Beni-Amarah.

On rencontre ensuite la côte du Kerman, ou pays d’Hormuz, ville située en face de Sendjar, dans l’Oman ; en suivant toujours le bord oriental du golfe, on arrive dans le Mekran, habité par les hérétiques nommés Chorat ; ce pays abonde en palmiers.

Le Makran ou Mékran est la région située au sud du Baloutchistan, en Iran et au Pakistan.
Le Makran ou Mékran est la région située au sud du Baloutchistan, en Iran et au Pakistan.

Après Tiz (capitale) du Mekran commence le littoral du Sind, où sont les bouches du Mehran (Indus), principal fleuve de cette contrée, dont nous avons fait mention précédemment.

Dans ces parages s’élève la ville de Deïboul ; c’est là que la côte indienne se joint au territoire de Barond, où l’on fabrique les lances dites baroudi ; enfin la côte se prolonge sans interruption, tantôt cultivée, tantôt stérile, jusqu’en Chine.

Sur la rive opposée aux côtes du Fars, au Mekran et au Sind, se trouvent le pays d’el-Bahreïn, les îles de Kotor, le littoral des Beni-Djodaïmah, l’Oman, le Mahrah jusqu’au promontoire de Djomhamah, situé dans le pays d’ech-Chihr et d’el-Ahkaf.

Le golfe renferme plusieurs îles, telles que l’île de Kharek, nommée aussi pays de Djennaba, parce qu’elle fait partie de ce territoire et qu’elle est à peu de parasanges de Djennaba ; c’est dans cette île que l’on pêche les perles connues sous le nom de khareki.

Map de la région du Bahrein

Telle est aussi l’île d’Owal, habitée par les Beni-Maan, les Beni-Mismar et plusieurs autres tribus arabes ; elle n’est qu’à une journée ou même moins des villes d’el-Bahreïn.

Sur cette côte, qui prend le nom de côte de Hedjer, s’élèvent les villes de Zareh et d’el-Katif ; à la suite de l’île d’Owal viennent plusieurs autres îles, entre autres celle de Lafet, ou île des Beni-Kawan, qui fut conquise par Amr, fils d’el-Ass, et l’on y voit encore une mosquée qui porte son nom ; cette île est bien peuplée, couverte de villages et de plantations.

Dans son voisinage est l’île de Hendjam où les marins font leur approvisionnement d’eau ; non loin de là sont les récifs désignés par le dicton Koçeïr, Owaïr et un troisième (récif) qui n’est pas moins funeste ; et enfin le Dordour (tourbillon) ou Dordour Moçendam, auquel les marins donnent le sobriquet d’Abou-Homaïr (?).

Ces écueils sont formés par de sombres rochers, qui se dressent hors de l’eau ; ils ne renferment ni végétation ni être animé, et sont entourés par une mer profonde, dont les vagues furieuses frappent d’épouvanté le navigateur qui s’en approche.

Bateau arabe dans le pays des Zandj, inspiré du manuscrit  Abbasside al-Maqamat d'al-Hariri 13e siècle
Bateau arabe dans le pays des Zandj, inspiré du manuscrit Abbasside al-Maqamat d’al-Hariri 13e siècle

Ces dangereux parages, compris entre l’Oman et Siraf, sont sur la route directe des bâtiments, qui ne peuvent éviter de s‘y engager ; les uns y périssent, les autres s’en retirent sains et saufs.

Cette mer ou golfe du Fars, nommée mer Persique, baigne, ainsi qu’on vient de le voir, le Bahreïn, la Perse, Basrah, Oman et le Kerman, jusqu’au promontoire de Djomhamah.

Elle est séparée du canal de Kolzoum (mer Rouge) par Eïlah, le Hedjaz et le Yémen, c’est-à-dire par un continent dont la largeur est évaluée à quinze cents milles, et qui est formé par une langue de terre que la mer environne de presque tous les côtés ; nous en avons déjà parlé.

Telle est la configuration des mers qui baignent la Chine, l’Inde, la Perse, Oman, Basrah, le Bahreïn, le Yémen, l’Abyssinie, le Hedjaz, Kolzoum, le Zanguebar et le Sind.

Quant aux nombreuses populations qui vivent dans leurs îles ou sur leurs côtes, Dieu seul qui les a créées en connaît le nombre, et pourrait les décrire. Bien que chacune de ces mers soit distinguée par un nom particulier, elles ne forment, en réalité, qu’une seule mer sans aucune interruption.

C’est là que sont les fameuses pêcheries de perles ; on tire du littoral la cornaline, le madindj (alamandine), qui est une des variétés du grenat, plusieurs sortes de rubis, le diamant et le corendon.

Aux environs de Kalah et de Serirah, on trouve des mines d’or et d’argent ; des mines de fer dans le voisinage du Kerman, et du cuivre dans l’Oman.

Ces pays produisent aussi différents parfums, des aromates, de l’ambre, des plantes médicinales et des simples, le bois de teck, un autre bois nommé darzendji (Dracœna ferrea), le jonc et le bambou.

Nous aurons encore occasion d’énumérer avec plus de détails les localités qui dépendent de cette mer, et qui produisent des pierres précieuses, des parfums et des étoffes.

Batteau arabe dans la mer des zanj, tiré des Maqamat d'al-Hariri illustrée par al-Wasiti 13e siècle
Bateau arabe dans la mer des zanj, tiré des Maqamat d’al-Hariri illustrée par al-Wasiti 13e siècle

Cette mer est donc connue sous le nom collectif de mer d’Abyssinie ; mais ses subdivisions, qui ont des noms particuliers, comme la mer du Fars, la mer du Yémen, de Kolzoum, d’Abyssinie, de Zendj, de Sind, de l’Inde, de Kalah, de Zabedj et de Chine, sont soumises à des vents différents. Ici le vent qui sort du fond même de la mer gonfle et soulève les vagues, comme l’eau d’une chaudière placée sur des matières combustibles.

Ailleurs le vent, si redoutable au navigateur, sort du fond et se combine avec la brise de terre.

Enfin, en d’autres lieux le vent souffle constamment de terre et ne provient pas du fond sous-marin. Quand nous parlons du vent qui sort des profondeurs de la mer, nous entendons par là les exhalaisons engendrées par la terre, et qui, du fond de l’eau, montent à sa surface. Dieu seul connaît la réalité de ce phénomène !

Tous les marins qui fréquentent ces parages rencontrent ces moussons dont ils connaissent parfaitement les époques. Cette science est chez eux le fruit de l’observation et d’une longue expérience, et ils se la transmettent par l’enseignement et la pratique.

Ils se guident d’après certains indices et phénomènes particuliers, pour reconnaître rapproche d’une tempête, les temps de calme et les orages.

Ce que nous disons ici à propos de la mer d’Abyssinie est également vrai des marins grecs ou musulmans qui parcourent la Méditerranée, et des Khazars de la mer Caspienne qui font la traversée du Djordjan, du Tabaristan et du Deïlem.

Nous donnerons ailleurs de plus grands détails sur la théorie générale des mers, leur description particulière et leur histoire.

Puisse Dieu, en qui seul est la force, nous assister dans notre œuvre !

Carte des 7 mers d'al-Masudi
Carte des 7 mers d’al-Masudi

CHAPITRE XI.

OPINIONS DIVERSES SUR LE FLUX ET LE REFLUX ; RESUMÉ DES SYSTÈMES PROPOSÉS.

Le flux est la marche naturelle et le cours régulier de l’eau ; le reflux est le mouvement rétrograde de l’eau au rebours de sa marche régulière, et à l’inverse de sa route habituelle. Ce phénomène existe sur la mer d’Abyssinie, autrement dite mer de la Chine, mer de l’Inde, mer de Basrah, mer de Perse, et dont il a été question dans le chapitre précédent. Les mers se présentent, à cet égard, de trois manières différentes : ou le flux et le reflux y règnent très visiblement, ou l’action de la marée est occulte et invisible à l’œil, ou bien encore elle est absolument nulle. Dans les mers qui n’ont point de flux et de reflux, l’absence de ce phénomène est due à trois causes, d’après lesquelles ces mers se subdivisent elles-mêmes en trois autres classes. Premièrement, celles dont les eaux presque toujours stagnantes s’épaississent, s’imprègnent fortement de sel, et sur lesquelles les vents se chargent d’exhalaisons. Tels sont ces amas d’eaux qui, pour plusieurs raisons, forment comme des lacs dans certains endroits : leur baisse, en été, et leur crue, en hiver, dépendent évidemment du tribut plus ou moins considérable qu’y apportent les fleuves et les sources qui s’y jettent. Deuxièmement, celles qui sont trop éloignées du cercle que parcourt la lune dans ses révolutions, pour pouvoir en subir l’influence. Troisièmement enfin, celles dont les côtes sont coupées par de fréquentes interruptions ; leurs eaux, n’étant pas resserrées par des barrières continues pénètrent dans d’autres mers, ne forment plus une masse compacte et unie, et les vents qui viennent de terre, soufflant progressivement, exercent sur elles une influence victorieuse. Ce phénomène se remarque surtout dans les parages où se trouvent des îles.

Les opinions ne sont pas d’accord sur les causes du flux et du reflux. Les uns l’attribuent à la lune et disent, qu’étant homogène avec l’eau, elle la chauffe et la dilate. Il en est exactement de même, ajoutent-ils, du feu, lorsqu’il chauffe et fait bouillir le contenu d’une chaudière. L’eau, qui n’occupait d’abord que la moitié ou les deux tiers de la chaudière, étant une fois en ébullition, se dilate, s’élève et monte jusqu’à ce qu’elle déborde. Son volume alors a doublé à l’œil, tandis que son poids a diminué ; car c’est une des propriétés de la chaleur de dilater les corps, et une des propriétés du froid de les contracter. Or le fond de la mer étant constamment à une température assez élevée, l’eau douce qui s’y engendre se transforme peu à peu et s’échauffe, comme cela arrive dans les citernes et dans les puits. Cette eau, une fois chauffée, se dilate et augmente de volume, chacune de ses molécules se poussant et se pressant mutuellement ; puis sa nappe s’étend, sort des profondeurs de l’abîme et cherche un lit plus large que le sien. Comme la pleine lune communique à l’air une chaleur excessive, l’augmentation de l’eau devient surtout sensible à cette époque ; c’est ce qu’on appelle la marée du mois. La mer d’Abyssinie, ayant son inclinaison de l’est à l’ouest, se trouve sous le cercle de l’équateur ; les sphères des planètes sont placées au-dessus d’elle, ainsi que les étoiles fixes. Soit donc que les planètes, dans leurs révolutions, se tiennent directement au-dessus de la mer pendant une partie de la nuit, soit qu’elles s’en éloignent en effet, leur déclinaison n’est jamais telle qu’elles ne conservent leur influence sur toute son étendue le jour et la nuit. Il faut noter, en outre, que l’augmentation de l’eau se présente rarement dans les régions correspondantes à cette mer dans l’autre hémisphère ; et dans les fleuves où le flux a lieu d’une manière sensible, on ne le remarque que près des côtes, et à cause des affluents qui s’y déversent.

D’autres disent au contraire : Si la marée était due à une influence semblable à celle du feu, lorsque chauffant le liquide contenu dans une chaudière, il le dilate et augmente son volume ; si l’eau, débordant, abandonnant les profondeurs de la terre et y retournant ensuite, comme poussée par une force irrésistible, se comportait exactement comme l’eau qui, après avoir bouilli et s’être échappée sous l’impulsion incessante des molécules du feu, rentre dans le vaisseau qui la contenait ; ce phénomène devrait surtout se produire sous la chaleur plus puissante du soleil : si le flux était déterminé par le soleil, il devrait commencer avec le lever de cet astre, tandis que le reflux coïnciderait avec son coucher. Ils prétendent donc que le flux et le reflux doivent être attribués aux vapeurs qui s’engendrent dans l’intérieur de la terre, et qui, acquérant sans cesse plus de densité, exercent sur les eaux de cette mer une pression violente, et les chassent devant elles ; ce qui dure jusqu’à ce que ces vapeurs venant à diminuer d’intensité, les eaux rentrent dans leur lit naturel ; et c’est ce qui explique pourquoi te flux et le reflux ont lieu la nuit comme le jour, l’hiver comme l’été, que la lune soit cachée ou visible, au coucher du soleil aussi bien qu’à son lever. Ils ajoutent : L’œil lui-même peut s’assurer de la vérité de cette explication, puisqu’il est manifeste que le reflux n’a jamais atteint son terme quand le flux commence, et que la fin du flux n’est pas accomplie quand le reflux reparaît déjà. C’est que, en effet, les exhalaisons se produisent sans interruption, et qu’à peine dissipées, d’autres s’engendrent à leur place ; et il ne peut en être autrement, puisque toutes les fois que l’eau descend et retourne dans son lit ces vapeurs s’exhalent de la partie de la terre qui est en contact avec l’eau. Ainsi chaque retour de l’eau engendre les exhalaisons, et chaque débordement en produit l’évaporation.

Des hommes religieux soutiennent, au contraire, que, pour toutes ces choses, qui dans la nature n’ont rien d’analogue ni rien de semblable, il faut reconnaître l’action divine, qui montre l’unité et la sagesse de Dieu ; or le flux et le reflux n’ont ni cause ni analogie dans la nature.

D’autres comparent te soulèvement des eaux de la mer à celui de certains tempéraments. Comme vous voyez les tempéraments bilieux, sanguins ou autres s’agiter, puis ensuite se calmer ; de même certaines matières, étendant successivement la nappe des eaux, lui donnent une force qui la fait gonfler ; puis elle se calme peu à peu, et retourne dans son lit.

D’autres encore, n’admettant aucune des explications que nous avons énumérées, prétendent que l’air qui plane sur la mer se transforme continuellement. Cette transformation augmente le volume de l’eau, qui bouillonne et ensuite déborde : c’est ce que l’on appelle le flux. L’eau, à son tour, venant à se transformer par l’évaporation, se change en air, et l’eau retourne dans son lit ; c’est ce que l’on appelle le reflux. Ces deux phénomènes se suivent sans interruption aucune, et tantôt l’eau se transforme en air, et tantôt l’air en eau. Or il est tout naturel que la marée soit plus forte pendant la pleine lune, puisque, à cette époque, tes variations de l’atmosphère sont plus considérables que jamais. Ainsi la lune détermine une marée plus forte, mais non la marée elle-même, puisqu’elle peut bien se montrer pendant que la lune est en décroissance, et que, dans la mer de Perse, le flux et le reflux ont presque toujours lieu vers l’aurore.

Plusieurs des nakhoda, ou patrons de Siraf ou d’Oman, qui naviguent dans ces parages et visitent alternativement tous les endroits habités par les tribus disséminées dans les îles ou sur les côtes voisines, prétendent que le flux et le reflux, dans la plus grande partie de cette mer, se divisent en deux saisons ; l’une d’été, dans la direction du nord-est, durant six mois ; alors la mer hausse dans les régions orientales, en Chine et dans les parages environnants où elle se concentre, pour ainsi dire, à l’exclusion des régions occidentales ; l’autre d’hiver, dans la direction du sud-ouest, durant six autres mois. De sorte qu’au retour de l’été, l’eau qui était très haute dans les régions occidentales vient de nouveau se concentrer dans les parages de la Chine. La mer obéit à l’action des vents. Lorsque le soleil prend sa course vers le nord, un courant d’air s’établit dans la direction du midi, pour des causes que la science explique ; alors l’eau de la mer prend aussi cette direction méridionale ; c’est ainsi que pendant l’été, sous l’influence du veut du nord, la masse des eaux de l’Océan s’accumule et s’élève dans le sud, tandis qu’elle diminue dans les mers septentrion aies. De même, quand le soleil est au midi et que le courant de l’air a lieu du sud au nord, l’eau, suivant cette même direction, quitte les régions méridionales, pour venir affluer dans les régions septentrionales. Or le déplacement des eaux de la mer, dans ces deux directions septentrionale et méridionale, est précisément ce qu’on appelle flux et reflux ; car il est à remarquer que ce qui est flux au sud est reflux au nord, et que ce qui est flux au nord est reflux au sud. Quand la lune vient à se rencontrer avec l’une des planètes pendant l’un de ces déplacements, les deux actions, celle de la chaleur et celle du vent, venant se corroborer mutuellement, le roulement des eaux de la mer sur le côté opposé à celui où se trouve le soleil en devient plus violent. Cette opinion, que la mer subit l’influence du mouvement des vents, est celle d’el-Kendi et d’Ahmed, fils d’et-Taib es-Sarakhsi. Voici ce que j’ai vu dans l’Inde, sur le territoire de la ville de Cambaye, célèbre par ses sandales, nommées sandales de Cambaye, qui y sont d’usage, ainsi que dans les villes voisines, telles que Sendan et Soufareb (Soufalah). J’étais à Cambaye dans l’année 303, alors qu’un brahme nommé Bania y régnait au nom du Balhara, souverain de Mankir. Ce Bania traitait avec la plus grande faveur les musulmans et les sectateurs d’autres religions qui arrivaient dans son pays. La ville de Cambaye est située sur une baie profonde, plus large que le Nil, que le Tigre, ou que l’Euphrate, dont les bords sont parsemés de villes, de métairies, de champs cultivés, de jardins plantés de cocotiers, et où se trouvent des paons, des perroquets et d’autres espèces d’oiseaux de l’Inde qui habitent les parages. Entre la ville et la mer qui forme cette baie il y a un peu moins de deux journées. Cependant le reflux s’y fait sentir avec tant de force, que l’on distingue sans peine le sable qui est au fond, et qu’il ne reste que peu d’eau au milieu même du canal. Je vis un chien couché sur ce sable que l’eau avait laissé à sec, et qui ressemblait à la plaine aride du désert. Tout à coup le flux s’avança de l’ouverture de la baie, pareil à une haute montagne. Le chien, s’apercevant du danger qu’il courait, ramassa toutes ses forces pour gagner la terre ferme ; mais le flot rapide et impétueux l’atteignit dans sa course et le submergea.

Il en est de même de la marée entre Basrah et el-Ahwaz, dans les parages appelés el-Bacian et le territoire de Koundour (Condol). Là on a surnommé ed-Dib « le loup » les mugissements, les bouillonnements et les bruits terribles que fait entendre la mer, et qui effrayent les bateliers. Au surplus, cet endroit est connu de tous ceux qui le traversent pour aller dans le pays de Dawraq et la Perse.

Carte de la Méditerranée: livre 2, Chapitre 10: "Sur la mer de l'Ouest, c'est la mer de Syrie, ses ports, îles et mouillages"   tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècle(MS. Arab. c. 90, fols. 30b-31a).  Bodleian Library. 
Carte de la Méditerranée: livre 2, Chapitre 10: « Sur la mer de l’Ouest, c’est la mer de Syrie, ses ports, îles et mouillages » tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècle(MS. Arab. c. 90, fols. 30b-31a).  Bodleian Library.

CHAPITRE XII.

LA MER DE ROUM (MEDITERRANEE) ; OPINIONS DIVERSES SUR SA LONGUEUR, SA LARGEUR, LES LIEUX OU ELLE COMMENCE ET OU ELLE FINIT.

La mer de Roum (Méditerranée) baigne Tarsous, Adanah, Massissah, Antioche, Latakieh, Tripoli, Saida, Sour (Tyr) et d’autres villes de la côte de Syrie, l’Egypte, Alexandrie et la côte du Maghreb.

Plusieurs auteurs des Tables, dans leurs ouvrages astronomiques, comme Mohammed fils de Djabir el-Boutani et d’autres, disent que la longueur de cette mer est de cinq mille milles, et que sa largeur varie de huit cents à sept cents et même à six cents milles et moins, selon que la mer est resserrée par le continent ou le continent resserré par la mer.

Cette mer commence par un bras qui se détache de l’Océan, et dont la partie la plus étroite est située entre la côte de Tanger et de Ceuta, dans le Maghreb, et la côte d’Espagne.

Cet endroit, connu sous le nom de Syta, n’a qu’une largeur d’environ dix milles, qu’il faut traverser pour aller du Maghreb en Espagne et d’Espagne au Maghreb.

On le nomme ez-Zokak « le détroit ».

Dans la suite de cet ouvrage (quand nous traiterons de l’Egypte) nous parlerons du pont qui reliait les deux côtes d’Europe et d’Afrique, et nous dirons comment il fut submergé.

Nous ferons aussi mention du passage qui existe entre l’île de Chypre et le territoire d’el-Arich, et qui était fréquenté par les caravanes.

Vue du Jabal Musa des montagnes du rif depuis Tarifa, en andalousie, le jabal Mussa fut nomé ainsi après Moussa ibn Nucayr al-Lakhmi général des Omeyyades  , la partie africaine du pilier d'Hercule
Vue du Jabal Musa des montagnes du rif depuis Tarifa, en andalousie, le jabal Mussa fut nomé ainsi après Moussa ibn Nucayr al-Lakhmi général des Omeyyades , la partie africaine du pilier d’Hercule

Au point de jonction de la mer de Roum et de l’Océan se trouvent les phares de cuivre et de pierre bâtis par Hercule le héros ; ils sont couverts de caractères et surmontés de statues qui semblent dire du geste :

« Il n’y a ni roule ni voie derrière nous, pour ceux qui, de la mer de Roum, voudraient entrer dans l’Océan. »

En effet, aucun navire ne le parcourt ; on n’y trouve pas de terre cultivée et habitée par des êtres raisonnables ; on n’en connaît ni l’étendue ni la fin ; on ignore le but où elle conduit, et on la nomme mer des Ténèbres, mer Verte ou mer Environnante.

On a soutenu que ces phares ne s’élevaient pas sur ce détroit, mais sur des îles de la mer Environnante situées près de la côte.

C’est une opinion assez généralement répandue, que cette mer est la source de toutes les autres mers.

On en raconte des choses merveilleuses, que nous avons rapportées dans notre ouvrage intitulé, les Annales historiques, en parlant de ce qu’ont vu les hommes qui y ont pénétré au risque de leur vie, et dont les uns sont revenus sains et saufs, tandis que les autres ont péri.

Les musulmans en Amérique avec des amérindiens
Les musulmans en Amérique avec des amérindiens

Ainsi un habitant de l’Espagne nommé Khachkhach, et natif de Cordoue, réunit une troupe de jeunes gens, ses compatriotes, et voyagea avec eux sur l’Océan dans des embarcations qu’il avait équipées.

Après une absence assez longue, ils revinrent tous chargés de butin.

Au surplus cette histoire est connue de tous les Espagnols.

Entre l’endroit où ce phare est établi et le point où commencent les deux mers, la distance est longue, tant qu’on reste dans ce détroit et qu’on est sous l’influence de son courant, parce que l’eau qui passe de l’Océan à la mer de Roum a un courant sensible et un mouvement considérable.

De la mer de Roum, de Syrie et d’Egypte se détache un canal d’environ cinq cents milles, qui va rejoindre la ville de Rome, et s’appelle dans la langue du pays Adras (Adriatique).

Dans la mer de Roum il y a beaucoup d’îles, comme celle de Chypre, entre la côte de Syrie et celle de Roum, Rhodes en face d’Alexandrie, l’île de Crète et la Sicile. Nous parlerons de cette dernière lorsque nous traiterons de la montagne el-Borkan (l’Etna), qui lance des feux accompagnés de corps et de matières considérables.

Iakoub, fils d’Ishak el-Rendi, el Ahmed, fils de Taib es-Sarakhsi, ne s’accordent pas avec ce que nous avons dit quand ils décrivent la longueur et la largeur de cette mer. Au surplus, nous en parlerons ci-dessous dans cet ouvrage, et nous en donnerons une description d’après l’ordre et la disposition de ce livre.

Les murs Byzantins de Constantinople    (Istanbul, Turquie)
Les murs Byzantins de Constantinople (Istanbul, Turquie)

CHAPITRE XIII.

LA MER NITAS (PONTUS), LA MER MAYOTIS ET LE DETROIT DE CONSTANTINOPLE.

La mer Nitas s’étend du pays de Lazikah (Laz) jusqu’à Constantinople, sur une longueur de onze cents milles et une largeur qui, à son origine, n’a pas moins de trois cents milles. Elle reçoit les eaux d’un grand fleuve, connu sous le nom de Tanabis (Don), et dont nous avons déjà parlé.

Il a sa source dans les régions septentrionales ; ses bords sont habités par de nombreux descendants de Jafet, fils de Noé.

Il sort d’un lac considérable situé au nord, et formé par des sources nombreuses et les eaux venant des montagnes.

Après avoir coulé l’espace d’environ trois cent mille parasanges, au milieu d’une suite non interrompue de pays cultivés appartenant aux enfants de Jafet, il traverse la mer Mayotis, suivant l’opinion de plusieurs personnes versées dans ces connaissances, puis enfin se décharge dans la mer Nitas.

C’est un cours d’eau considérable, dont plusieurs philosophes anciens ont fait mention.

On y trouve différentes espèces de minéraux, d’herbes et de drogues. Il y a des personnes qui ne considèrent la mer Mayotis que comme un lac, ne lui donnant en longueur que trois cents milles sur cent milles de largeur.

De la mer Nitas se détache le canal de Constantinople, qui se décharge dans la mer de Roum, après un cours d’environ trois cent cinquante milles.

Constantinople est située sur ce canal dont les bords, dans toute leur étendue, sont couverts d’habitations.

La ville se trouve sur le côté ouest et fait partie des pays de l’Occident, qui de ce détroit s’étendent jusqu’à ceux de Rome, de l’Espagne et autres.

D’après l’opinion des astronomes qui ont dressé des tables, et d’autres savants anciens, la mer des Bulgares, des Russes, des Bedjna ? des Bedjnak (Petchenègues) et des Bedjgourd (Bachkird), dont les trois derniers sont des races turques, est la même que la mer Nitas.

Nous reviendrons sur ces peuples, plus bas dans cet ouvrage, s’il plaît à Dieu, à l’endroit où nous croyons devoir les mentionner.

Nous énumérerons alors tous leurs établissements, et nous parlerons de celles de ces tribus qui naviguent sur ces mers comme de celles qui n’y naviguent pas.

Au surplus, Dieu seul possède la science, et il n’y a de force qu’en lui, l’être suprême et puissant.

La mosquée Jumaa a été construit sous le règne de Maslama ibn al-Malik, le prince omeyyade, qui a été nommé par le calife un gouverneur de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan pour vaincre Khazars et réoccuper le territoire.
Le califat Abbasside et l’empire Khazar

CHAPITRE XIV.

MER DE BAB EL ABWAB, DES KHAZARS ET DE DJORDJAN (MER CASPIENNE) ; DE LA PLACE QUE LES MERS OCCUPENT SUR LE GLOBE.

La mer des Barbares (Caspienne) qui ont couvert ces parages de leurs établissements, est connue sous le nom de mer de Bab-el-Abwab, mer des Khazars, de Djil (Guilan), de Deïlem, de Djordjan, de Tabaristan. Ses côtes, qui sont occupées par plusieurs tribus turques, se prolongent d’un côté jusqu’au pays de Kharezm et du Khoraçan. Elle a une longueur de huit cents milles, sur une largeur de six cents milles, et représente à peu près un ovale dans le sens de sa longueur.

Nous donnerons ci-dessous, dans cet ouvrage, quelques détails sur les populations qui entourent ces mers si fréquentées.

Cette mer, que nous avons nommée mer des Barbares, renferme dans son sein des monstres qu’on appelle tenanin, dont le singulier est tennin.

Il en est de même de la Méditerranée, où les monstres marias sont en grand nombre, surtout dans les parages de Tripoli de Syrie, de Latakieh et de la montagne el-Akra, qui fait partie des dépendances d’Antioche.

C’est sous cette montagne que se trouvent les plus grands amas d’eau de toute cette mer ; aussi est-elle appelée par excellence le fondement de la mer.

La Méditerranée s’étend jusqu’aux côtes d’Antioche, de Rousis (Rhosus), d’Alexandrie, d’Aias, de Hisn el-Motakkab située au pied du mont Lokkam ; elle baigne la côte de Massissa, où sont les bouches du Djihan, la côte d’Adanah, où se jette le Sihan, et la côte de Tarsous, où se jette l’el-Baredan (Cydnus), appelé aussi fleuve de Tarsous.

Le pays qui suit est privé de toute culture et désert ; il forme la limite entre les terres des musulmans et celles des Grecs, du côté de la ville de Kalamieh jusqu’à Chypre, Candie et Karaçia ; puis on rencontre le territoire de Seloukia (Seleucia Trachea) et son grand fleuve (Calycadnus) qui s’y jette dans la mer, et toutes les places fortes du pays de Roum jusqu’au canal de Constantinople.

Nous passerons sous silence les nombreux fleuves de cette région qui versent leurs eaux dans la Méditerranée, tels que le fleuve el-Barid, le fleuve el-Açel, etc.

Les côtes de cette mer commencent au détroit dont nous avons parlé plus haut, et sur lequel est situé Tanger, dont le territoire se relie au littoral du Maghreb ; puis viennent la région appelée Ifriqiya, es-Sous, Tripoli de Barbarie, Kairawan, la côte de Barkah, er-Rifadeh, Alexandrie, Rosette, Tunis, Damiette, la côte de Syrie et de ses villes frontières, la côte du pays de Roum, s’étendant jusqu’aux terres habitées par les Latins, puis se reliant à la côte d’Espagne, qui vient elle-même aboutir au rivage opposé à Tanger, sur le détroit de Ceuta.

Sur toute cette ligne, le continent et le pays habité, soit par des musulmans, soit par des Grecs, ne sont interrompus que par le cours des fleuves, par le canal de Constantinople, dont la largeur est d’environ un mille, et par quelques autres canaux qui, se déchargeant dans la Méditerranée, ne pénètrent pas bien avant dans les terres.

Ainsi donc, toutes les contrées riveraines de cette mer forment une suite non interrompue de côtes, se reliant entre elles sans interruption, sauf les échancrures que produisent les fleuves et le canal de Constantinople.

La Méditerranée, avec les pays qui l’entourent jusqu’à ce détroit qui sort de l’Océan, et où se trouve le phare, puis la côte de Tanger et celle d’Espagne, ressemble à une coupe dont le détroit serait la poignée.

En effet, une coupe figure assez exactement cette mer, qui cependant n’est pas ronde, d’après ce que nous avons dit de sa longueur.

On ne connaît point de monstres marins dans la mer de l’Abyssinie, ni dans les golfes qui en dépendent et que nous avons décrits ; mais ils abondent du côté de l’Océan.

Au surplus, les opinions varient sur leur origine et leur nature.

tsunami
Tsunami

Les uns pensent que le tennin est un vent noir qui se forme au fond des eaux, monte vers les couches supérieures de l’atmosphère et s’attache aux nuages, semblable au zoubaak (trombe de terre), qui se soulève sur le sol et fait tournoyer avec lui la poussière et tous les débris de plantes desséchées et arides.

Ce vent s’étend sur un plus grand espace à mesure qu’il s’élève dans le» airs, de sorte qu’en voyant ce sombre nuage accompagné d’obscurité et de tempêtes, on a cru que c’était un serpent noir sorti de la mer.

D’autres pensent que le tennin est un reptile qui vit dans les profondeurs de l’Océan ; devenu fort, il fait la guerre aux poissons, et alors Dieu lui envoie les nuages et les anges, qui le font sortir de l’abîme sous la forme d’un serpent noir, brillant et luisant, dont la queue renverse sur son passage les édifices les plus solides, les arbres, même les montagnes, et dont le souffle seul déracine une multitude de troncs vigoureux.

Le nuage le jette dans le pays de Yadjoudj et Madjoudj, où il fait pleuvoir sur lui une grêle qui le tue, après quoi sa chair sert de nourriture aux peuplades de Yadjoudj et Madjoudj.

Telle est l’opinion qui est attribuée à Ibn Abbas.

Il existe encore d’autres opinions sur le tennin.

Les historiens et les compilateurs d’anecdotes fournissent à cet égard beaucoup de détails du même genre, que nous nous abstiendrons de mentionner ici.

Ainsi les tennins seraient des serpents noirs, vivant d’abord dans les plaines et les montagnes, où les torrents et les pluies, les surprenant, les entraînent dans la mer.

Là, nourris des nombreux reptiles qu’elle renferme, leurs corps deviendraient énormes, et leur vie d’une grande durée.

Celui de ces serpents qui aurait atteint cinq cents ans serait le maître de tous les autres serpents de la mer, et alors arriverait ce que nous venons de rapporter d’après Ibn Abbas.

Enfin il y aurait des tennins noirs et d’autres blancs comme le sont les serpents eux-mêmes.

Leviathan = Tenin
Leviathan = Tenin

Les Persans, bien loin de nier l’existence du tennin dans la mer, prétendent qu’il a sept têtes et l’appellent adjduhan.

Ils y font souvent allusion dans leurs récits. Dieu seul sait la vérité dans tout cela.

Au surplus, comme beaucoup d’esprits rejettent les histoires de ce genre, et que bien des intelligences ne les acceptent pas, nous ne nous risquerons pas à les rapporter.

Telle est l’aventure d’Amran, fils de Djabir, qui remonta le Nil jusqu’à sa source et traversa la mer sur le dos d’un animal qu’il tenait fortement par la crinière.

C’est un animal marin d’une telle dimension, qu’à le mesurer seulement jusqu’à une petite partie de ses jambes, il dépasse le disque du soleil, depuis le commencement de son lever jusqu’à son coucher.

Le monstre avait la gueule ouverte dans la direction du soleil, comme pour l’aspirer.

Amran passa la mer en se cramponnant à la crinière de cet animal, tandis qu’il était en mouvement ; il vit ainsi l’eau du Nil venant du paradis et jaillissant de certains châteaux d’or.

Après avoir reçu du roi une grappe de raisin, il retourna chez l’homme qui l’avait vu partir, et qui lui avait enseigné comment il devait faire pour remonter à la source du Nil ; mais il le trouva mort. Ensuite Amran, avec sa grappe de raisin, eut affaire au diable.

Ce récit, et d’autres plus merveilleux encore inventés après coup, sont dus à l’imagination des traditionnistes.

Il en est ainsi d’une prétendue coupole d’or située au milieu de la mer Verte, et portée sur quatre colonnes de rubis vert, rouge, bleu et jaune.

De ces quatre colonnes suinte une grande quantité d’eau qui se répand dans la mer Verte, vers les quatre points cardinaux, sans jamais se mêler ni se perdre.

Arrivée aux côtés différents du littoral de la mer, cette eau forme le Nil, ailleurs le Sihan, en un troisième lieu le Djihan, et enfin l’Euphrate.

Un autre conte du même genre nous représente l’ange chargé de la surveillance des mers, posant le pied sur l’extrémité de la mer de Chine ; l’eau fuit devant lui en bouillonnant, et il en résulte le flux ; lorsque l’ange retire son pied.

L’eau, revenant à sa première place et rentrant dans son lit, produit le reflux. C’est exactement comme un vase à moitié rempli d’eau. Si l’on y place la main ou le pied, l’eau monte jusqu’aux bords du vase ; si on les retire, elle rentre dans ses limites. D’autres prétendent que l’ange met seulement le pouce de sa main droite dans la mer pour produire le flux, et qu’il l’en retire pour faire naître le reflux.

Les choses que nous venons de raconter ne sont ni absolument impossibles, ni imposées à notre croyance, mais entrent dans la catégorie de ce qui est possible et admissible. Comme tradition elles proviennent de simples individus, et ne portent pas le caractère de ces histoires qui ont été transmises par une suite non interrompue d’hommes dignes de foi, ni de celles qui se sont répandues sans contestation parmi les musulmans, qui deviennent obligatoires dans la théorie comme dans la pratique, et qu’il n’est pas permis de rejeter.

Lorsque des traditions de cette espèce sont accompagnées de preuves qui en démontrent la vérité, on doit les accepter avec soumission, et s’y conformer ; quant aux récits contenus dans l’Écriture et aux règles de conduite qu’ils nous tracent, il faut obéir à ce précepte du Koran (LII, 7) : « Ce que le Prophète vous apporte, acceptez-le ; ce qu’il vous refuse abstenez-vous-en. » Quant aux légendes que nous avons rapportées, quoique dénuées de preuves, nous avons voulu en faire mention afin de bien convaincre le lecteur que dans ce livre, comme dans nos autres écrits, nous avons examiné scrupuleusement les faits que nous avons recueillis, et que les sujets que nous y traitons ne nous sont pas étrangers.

Quant aux mers qui se trouvent sur la partie habitée de ce globe, on fixe généralement leur nombre à quatre ; d’autres en comptent cinq, d’autres six, d’autres, enfin, en reconnaissent jusqu’à sept, toutes bien distinctes les unes des autres et sans communication. Nous citerons d’abord la mer d’Abyssinie, puis la Méditerranée, puis la mer Nitas, puis la mer Mayotis, puis la mer des Khazars, puis enfin l’Océan, dont on ne connaît pas les limites, et qui est aussi nommé mer Verte, mer Ténébreuse ou mer Environnante.

La mer Nitas communique avec la mer Mayotis, et se joint à la Méditerranée par le canal de Constantinople qui s’y décharge. Comme nous l’avons dit, cette dernière tirant elle-même son origine de la mer Verte, toutes ces mers ne formeraient, suivant cette description, qu’une seule et même masse d’eau, dont toutes les parties se relient entre elles. Toutefois ces mers ni aucun de leurs affluents n’ont de communication avec la mer d’Abyssinie.

Le Nitas et le Mayotis ne doivent être qu’une seule et même mer, quoique le continent les resserre à un certain endroit, et qu’il y ait un canal qui les réunit l’une à l’autre. Si dans l’usage on a appelé Mayotis la portion la plus large de cette mer, celle où l’eau est le plus abondante, et Nitas la partie resserrée et peu profonde, il n’en est pas moins certain que chacune de ces dénominations les désigne toutes deux, et si dans certains passages de ce livre nous disons Mayotis ou Nitas, nous entendrons toujours par là aussi bien la portion large de cette mer que celle qui est étroite.

Bien des personnes ont avancé, mal à propos, que la mer des Khazars communiquait avec la mer Mayotis.

Les montagnes du Caucase du coté de la Géorgie
Les montagnes du Caucase du coté de la Géorgie

Quant à moi, parmi tous les négociants qui avaient parcouru le pays des Khazars ou qui avaient traversé la mer Mayotis et la mer Nitas pour se rendre chez les Russes et les Bulgares, je n’en ai vu aucun qui prétendît que la mer des Khazars communiquât avec l’une de ces mers, ou bien avec l’un de leurs affluents ou des canaux qui les réunissent ; elle n’a de communication qu’avec le fleuve des Khazars, ce dont nous parlerons plus bas, lorsqu’il sera question du mont Kabk (Caucase), de la ville d’el-Bab wel-abwab, du royaume des Khazars, et de la manière dont les Russes, dans le IVe siècle (de l’hégire), pénétrèrent avec des vaisseaux dans cette mer.

Je sais aussi que la plupart des auteurs anciens ou modernes qui se sont occupés de la description des mers affirment que le canal de Constantinople, qui se détache de la mer Mayotis, communique avec la mer des Khazars ; mais j’ignore comment cela est possible et sur quoi ils fondent cette opinion, si elle est le résultat de leurs propres observations, ou s’ils y ont été conduits par l’induction ou l’analogie.

Peut-être aussi ont-ils confondu les Russes et les populations riveraines de la mer Mayotis avec les Khazars.

J’ai fait moi-même le voyage par mer d’Abeskoun, port du Djordjan, au pays de Tabaristan et ailleurs, et j’ai interrogé sans cesse à ce sujet tous les négociants un peu intelligents et les patrons de navire : tous m’ont affirmé qu’il est impossible d’arriver dans ces parages autrement que par la mer des Khazars et par la voie que les vaisseaux des Russes ont prise.

Ces habitants de (‘Azerbaïdjan, d’Erran, de Beilakan, du territoire de Berdah et des autres villes ; ceux du Déilem, du Djebel (Irak persan) et du Tabaristan avaient fui de ce côté, parce que jamais, de mémoire d’homme, dans les temps passés un ennemi ne s’y était présenté, et que rien dans leur histoire ancienne ne le leur rappelait.

Ce que nous avançons est connu dans ces contrées et parmi ces peuplades, et d’une notoriété si manifeste, que personne ne songe à la contester.

Au surplus, cet événement avait eu lieu dans le temps d’Ibn Abi-es-Sadj.

La région 'Arctique
La région ‘Arctique

Dans certains ouvrages attribués à al-Kindi et à son disciple es-Sarakhsi, l’ami d’el-Motaded billah, j’ai lu qu’aux limites de la terre habitée, vers le nord, se trouvait un grand lac situé sous le pôle arctique, et près de ce lac une ville, la dernière des régions connues, et qui s’appelle Toulieh.

Il est également fait mention de ce lac dans l’un des traités des Béni Muneddjim.

Dans son traité des mers, des eaux et des montagnes, Ahmed, fils de Taïb es-Sarakhsi, avance, d’après el-Kendi, que la Méditerranée a six mille milles de long à partir de Sour, Tripoli, Antioche, el-Motakkab, la côte de Massissa, de Tarsous, de Kalamiyeh, jusqu’aux phares d’Hercule, et que sa plus grande largeur est de quatre cents milles. Nous avons rapporté en totalité l’opinion des deux écoles, et nous avons fait ressortir la différence qui existe à cet égard entre elles et les auteurs des tables astronomiques, telle que nous l’avons trouvée dans leurs ouvrages ou entendu exposer par leurs partisans. Mais nous laisserons de côté les preuves que chacun donne à l’appui de ses opinions, parce que nous nous sommes fait une loi dans ce livre d’être bref et concis. Il en est autrement pour les explications contradictoires qui ont été données par les anciens, tels que les premiers Grecs et les philosophes des temps passés, sur l’origine et la formation primitive des mers. Bien que nous ayons traité ce sujet avec étendue dans le second des trente livres qui composent nos Annales historiques, où nous avons exposé les différents systèmes, en les rapportant à ceux qui les avaient imaginés, nous ne pouvons pas nous dispenser d’en présenter ici un résumé succinct.

Les uns disent que la mer est un reste de l’humidité primitive, dont la plus grande partie a été desséchée par le feu, et dont le surplus s’est transformé sous l’influence de la chaleur ; d’autres soutiennent que l’humidité primitive tout entière ayant été soumise à l’action dévorante du soleil dans ses révolutions, toutes les parties pures en ont été exprimées, et le reste s’est converti en une matière salée et amère ; d’autres encore pensent que les mers ne sont que des sécrétions, qui découlent de la terre brûlée par la chaleur du soleil accomplissant autour d’elle sa révolution constante.

Quelques-uns croient que la mer n’est autre chose que l’humidité primitive dégagée de tout principe terrestre et grossier, exactement comme l’eau douce mélangée avec de la cendre perd sa douceur et conserve un goût salin, même après qu’elle a été filtrée. On a prétendu aussi que dans l’eau les parties douces et salées étaient mélangées, que le soleil volatilisait les parties douces à cause de leur subtilité, soit qu’il les absorbât lui-même, soit qu’une fois parvenues à de hautes régions où le froid les condense et leur donne, pour ainsi dire, une forme, elles se changent une seconde fois et eau. On a avancé que l’eau étant un élément, les molécules qui se trouvent dans l’air et sous l’action du froid ont une saveur douce, tandis que les molécules qui restent à terre contractent une saveur amère, sous l’influence de la chaleur qui les pénètre. Plusieurs savants ont soutenu que la masse d’eau qui s’écoule dans la mer, soit de la surface du sol, soit de ses entrailles, étant une fois arrivée dans ce vaste réservoir, sollicite partout, pour les absorber, les principes salins que la terre décharge sur elle. Les molécules de feu que renferme l’eau, et la chaleur qui la pénètre au sortir de la terre, en dégagent les parties les plus subtiles et les font monter en nuages de vapeurs ; puis ces nuages, selon une loi rigoureuse et constante, retombent sous forme de pluie dont l’eau reprend une saveur amère. La terre lui donnant un goût salé et le feu la dégageant de ses principes doux et subtils, elle revient nécessairement à sa première amertume.

 {Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer; il y a entre elles une barrière qu’elles ne dépassent pas.} [Sourate 55, verset 19-20] {Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers: l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une barrière et un barrage infranchissable.} [Sourate 25, verset 53]
{Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer; il y a entre elles une barrière qu’elles ne dépassent pas.} [Sourate 55, verset 19-20]
{Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers: l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une barrière et un barrage infranchissable.} [Sourate 25, verset 53]

Il ne faut donc pas s’étonner si l’eau de la mer conserve toujours le même poids et la même mesure, puisque les parties subtiles que la chaleur lui enlève se changent en rosée et en eau d’où naissent les torrents qui cherchent les rigoles, les étangs, et coulent dans les parties humides de la terre, jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin au vaste gouffre de l’Océan.

C’est ainsi qu’il ne se perd absolument rien de cette eau, et que les sources sont comme les machines qui, puisant l’eau d’un fleuve, la versent dans une rigole d’où elle s’écoule de nouveau dans ce fleuve. On a comparé ce phénomène à ce qui se passe dans le corps d’un être animé au moment de la nutrition ; sous l’influence de la chaleur, elle attire vers les membres les parties douces des aliments consommés, et laisse les parties lourdes imprégnées de sel et d’amertume, telles que l’urine et la sueur.

Ces résidus sans douceur proviennent cependant de matières humides et douces que la chaleur a rendues amères et salées. Si la chaleur interne croissait outre mesure, l’amertume augmenterait en proportion dans la sueur et dans l’urine, parce que tout ce qui a été soumis à l’action de la chaleur devient amer. Cette opinion a été émise par un grand nombre d’auteurs anciens ; mais on peut voir de ses yeux, par expérience, que toutes les matières humides et douées d’une certaine saveur, ayant passé par la cornue et l’alambic, conservent dans leur sublimé la même odeur et la même saveur, comme le vinaigre le vin de dattes, la rosé, le safran, la giroflée, excepté toutefois les matières salées qui changent de goût et d’odeur, surtout lorsqu’on les soumet deux fois à l’opération du feu et de l’alambic.

Aristote , enseignant. (manuscrit arabe , abbasside)
Aristote , enseignant. (manuscrit arabe , abbasside)

L’auteur de la Logique (Aristote) est entré dans beaucoup de détails à ce sujet. Ainsi, par exemple, il affirme que l’eau salée est plus pesante que l’eau douce, et il en allègue pour preuve que la première est trouble et épaisse, tandis que l’autre est pure et limpide. Il fait encore remarquer que si l’on fait un vase de cire dont on bouche l’orifice, et qu’on le plonge dans la mer, on pourra constater que l’eau qui aura pénétré dans le vase sera douce et légère, tandis que l’eau qui entoure les parois extérieures du vase aura cru en amertume et en salure.

Toute eau courante est un fleuve ; l’endroit d’où jaillit l’eau est une source ; un lieu où se trouve une grande quantité d’eau est une mer.

On a longuement discuté sur la nature des eaux et sur leur composition.

Dans le deuxième des trente livres dont se composent nos Annales historiques, nous avons rapporté tout ce qui a été dit sur la mesure et l’étendue des mers, sur l’utilité que présente la salure des eaux de la mer, sur l’existence ou sur le manque de communications entre ces mêmes eaux. Nous avons expliqué pourquoi elles ne subissent ni augmentation ni diminution apparentes, pourquoi le flux et le reflux sont plus sensibles dans la mer d’Abyssinie que partout ailleurs.

J’ai remarqué que les navigateurs de Siraf et d’Oman, qui parcourent les mers de la Chine, de l’Inde, de Sind, du Zendj (Zanguebar), du Yémen, de Kolzoum et de l’Abyssinie, n’étaient point généralement d’accord avec les philosophes, dont nous avons retracé les opinions, sur l’étendue et la mesure de ces mers ; ils soutiennent même qu’à certains endroits, l’immensité des eaux n’a pas de limites.

J’ai fait la même observation dans la Méditerranée, auprès des nawatieh, ou capitaines des vaisseaux de guerre et de commerce, auprès des officiers et des pilotes, enfin auprès de ceux qui sont préposés dans ces parages à la surveillance de la marine militaire, comme Lawi, surnommé Aboulharis, serviteur de Zorafah et gouverneur, vers l’an 300, de Tripoli de Syrie, sur la côte de Damas.

Chebec arabe , bateau arabe ancien , ce sont les arabes qui ont modernisé les voiles, le passé marin des arabes est incotestables, entre les omanais, les himyarites ou les anciens sémites comme les phéniciens sont là pour l'attester.
Chebec arabe , bateau arabe ancien , ce sont les arabes qui ont modernisé les voiles, le passé marin des arabes est incontestables

Tous exagèrent la longueur et la largeur de la Méditerranée, le nombre de ses canaux et de ses ramifications. Au surplus, cette vérité m’a été confirmée par Abdallah ben Wezir, gouverneur de la ville de Djebelah, sur la côte de Heras, en Syrie, homme qui passe aujourd’hui, en 332, pour le plus entendu et le plus habile marin de la Méditerranée, puisqu’il n’y a pas un capitaine de bâtiment de guerre ou de commerce, naviguant sur cette mer, qui ne se laisse guider par ses paroles, et qui ne rende hommage à la supériorité de son intelligence, de son habileté, à son jugement sain, à son expérience incontestable. Nous avons parié dans nos ouvrages précédents des merveilles de ces mers, et nous y avons consigné les aventures extraordinaires et périlleuses que les personnes mentionnées plus haut nous avaient racontées comme témoins oculaires ; plus tard nous donnerons encore quelques détails sur ce sujet.

Parlons maintenant des signes indicateurs de la présence de l’eau dans certains endroits. C’est une opinion assez accréditée que partout où croissent des roseaux, des joncs et d’autres plantes flexibles, on n’a qu’à creuser à une profondeur peu considérable pour rencontrer l’eau.

Dans toute autre condition il faudrait pénétrer très avant dans la terre pour la trouver.

Voici ce que j’ai lu dans le Livre de l’agriculture : « Celui qui veut savoir si l’eau est peu ou très éloignée de la surface du sol, doit creuser la terre à une profondeur de trois à quatre coudées. Il choisira un vase de cuivre ou un bassin d’argile ayant un large orifice, et garnira ses parois intérieures d’une couche de graisse égale partout. Au soleil couché, il prendra de la laine blanche cardée et lavée, et une pierre de la grosseur d’un œuf qu’il enveloppera de cette laine, de manière à lui donner la forme d’une boule. Ensuite il enduira les côtés de cette boule de cire fondue, la fixera au fond du vase qu’il aura graissé avec de l’huile ou tout autre corps gras, puis il descendra le tout dans la fosse ; la laine doit être bien attachée et fortement retenue par la cire, de sorte qu’elle enveloppe hermétiquement la pierre. Alors il jettera de la terre sur ce vase, et l’enfouira à la hauteur d’une, deux, ou plusieurs coudées, et le laissera ainsi pendant toute la nuit ; te lendemain, avant le lever du soleil, il ôtera la terre et enlèvera le vase. Si ses parois intérieures sont parsemées de gouttelettes nombreuses et rapprochées les unes des autres, si la laine est imprégnée d’humidité» il faut en conclure que l’eau n’est pas éloignée. Si les gouttelettes ne sont pas groupées les unes autour des autres, si la laine n’est que médiocrement humectée, c’est une preuve que l’eau n’est ni très près ni très loin ; si les gouttelettes sont dispersées à de rares intervalles, et que la laine soit à peine mouillée, l’eau doit se tenir à une grande distance ; mais s’il n’y a aucune trace d’humidité, soit dans le vase, soit sur la laine, ce serait peine per due que de creuser dans cet endroit pour y chercher de l’eau. » Dans quelques exemplaires du Livre de l’agriculture j’ai trouvé cet autre renseignement sur le même sujet : « Pour savoir si l’eau est à une distance plus ou moins grande, il faut examiner attentivement les fourmilières. Si les fourmis sont grosses, noires, peu agiles, l’eau est d’autant plus proche qu’elles sont plus lourdes à se mouvoir. Si elles sont si légères dans leur course qu’à peine peut-on les atteindre, l’eau doit être à une distance de quarante coudées. Autant dans le premier cas l’eau sera bonne et douce, autant dans le second elle sera pesante et salée. C’est d’après cet indice que se guidera celui qui vent trouver de l’eau. »

Nous avons traité cette matière avec étendue dans nos Annales historiques.

Nous nous bornerons, dans le présent ouvrage, à mentionner brièvement tout ce qu’il sera indispensable de faire connaître.

Après avoir traité des mers en général, nous parlerons, s’il plaît à Dieu, de l’histoire de la Chine, et de tout ce qui concerne ce sujet.

Le sommet de Belukha dans les montagnes de l'Altaï en Mongolie est montré ici. La chaîne de montagnes est considéré comme le berceau du peuple turcs
Le sommet de Belukha dans les montagnes de l’Altaï en Mongolie considéré comme le berceau des peuples turcs

CHAPITRE XV.

ROIS DE LA CHINE ET DES TURCS ; DISPERSION DES DESCENDANTS D’AMOUR ; HISTOIRE RESUMEE DE LA CHINE, ET AUTRES DETAILS RELATIFS À CE SUJET.

On n’est pas d’accord sur la généalogie et l’origine des habitants de la Chine. Plusieurs disent qu’à l’époque où Phaleg, fils d’Abir, fils d’Arfakhchad fils de Sam, fils de Noé, partagea la terre entre les descendants de Noé, les enfants d’Amour, fils de Soubil, fils de Jafet, fils de Noé, prirent la direction du nord-est. De là une partie d’entre eux, les descendants d’Arou, s’avancèrent vers le nord, où ils se répandirent au loin et fondèrent plusieurs royaumes, tels que le Déilem, le Djil (Guilan), le Teileçan, le Teber, le Moukan, sans compter ceux fondés par les peuplades du Caucase, telles que les Lakz, les Alains, les Khazars, les Abkhazes, les Serirs, les Kosaks, et par les autres nations, dispersées dans ces contrées, jusqu’à Tarrazzobdeh (Trébizonde), les mers Mayotis et Nitas d’un côté, et celle des Khazars de l’autre côté, jusqu’aux Bulgares, et aux peuples qui se sont réunis à eux. D’autres descendants d’Amour traversèrent le fleuve de Balkh (Djeïhoun), et se dirigèrent pour la plupart vers la Chine.

Là ils se répartirent entre plusieurs états, et s’établirent dans ces diverses contrées, comme les Khottals, qui habitent Khottolan, Rouçan, el-Ochrousneh et le Sogd, entre Boukhara et Samarkand ; les Ferganides, les habitants de Chach, d’Istidjab et du territoire d’Alfarab. Ceux-ci fondèrent des villes et des bourgs ; d’autres se séparèrent d’eux pour habiter les plaines, comme les Turcs, les Kozlodjs, les Tagazgaz, qui occupent la ville de Kouchan (Kao-tchang), située entre le Khoraçan et la Chine, et qui sont aujourd’hui, en 332, de toutes les races et tribus turques, la plus valeureuse, la plus puissante et la mieux gouvernée. Leurs rois portent le titre d’Irkhan, et seuls entre tous ces peuples ils professent la doctrine de Manès.

Parmi les Turcs il y a les Keimaks, les Varsaks, les Bediyehs, les Djariyehs, les Gouzes (Ouzes), qui sont les plus braves de tous, et les Khozlodjs, qui se distinguent par leur beauté, leur haute stature et la perfection de leurs traits.

Ces derniers sont répandus sur le territoire de Ferganah, de Chach et des environs. Ils dominaient autrefois sur toutes les autres tribus ; de leur race descendait le Khakan des khakans, qui réunissait sous son empire tous les royaumes des Turcs, et commandait à tous leurs rois.

Parmi ces khakans se trouvèrent Afrasiab le Turc, le conquérant de la Perse, et Chaneh. Aujourd’hui les Turcs n’ont plus de khakan auquel leurs autres rois obéissent, depuis la ruine de la ville d’Amat, dans les déserts de Samarkand. Nous avons raconté dans notre Histoire moyenne dans quelles circonstances cette ville perdit la souveraineté.

Une fraction des descendants d’Amour atteignit les frontières de l’Inde, dont le climat exerça une telle influence sur eux qu’ils n’ont plus la couleur des Turcs, mais plutôt celle des Indiens. Ils habitent soit dans les villes, soit sous la tente.

Une autre portion encore alla se fixer dans le Thibet et se donna un roi qui était soumis à l’autorité du khakan ; mais depuis que la suprématie de ce souverain a cessé, comme nous venons de le dire, les habitants du Thibet donnent à leur chef le titre de khakan, en mémoire des anciens rois turcs, qui portaient le titre de Khakan des khakans.

La majorité des descendants d’Amour suivit le littoral de la mer et arriva ainsi jusqu’aux extrémités de la Chine. Là ils se répandirent dans ces contrées, y fondèrent des habitations, cultivèrent la terre, établirent des districts, des chefs-lieux et des villes, et y prirent pour capitale une grande ville qu’ils nommèrent Anmou. De cette capitale à la mer d’Abyssinie ou mer de Chine, sur un parcours de trois mois de distance, on rencontre une suite non interrompue de villes et de pays cultivés. Le premier roi de ce pays qui ait résidé à Anmou fut Nostartas, fils de Baour, fils de Modtedj, fils d’Amour, fils de Jafet, fils de Noé. Durant un règne de plus de trois cents ans, il répartit la population dans ces contrées, creusa des canaux, extermina les bêtes féroces, planta des arbres et rendit général l’usage de se nourrir de fruits.

Il eut pour successeur son fils Aoun. Ce prince, voulant témoigner de sa douleur, et rendre hommage à la mémoire de son père, fit placer le corps dans une statue d’or rouge, qu’on posa sur un trône d’or incrusté de pierreries, et qui dominait son propre siège ; lui-même et ses sujets se prosternaient respectueusement malin et soir devant cette image qui renfermait la dépouille mortelle du roi. Après un règne de deux cent cinquante ans, il mourut et laissa l’empire à son fils Aitdoun.

Carte en relief de la Chine depuis  vue depuis l'orient, 1941
Carte en relief de la Chine depuis vue depuis l’orient, 1941

Celui-ci enferma aussi le corps de son père dans une statue d’or qu’il plaça sur un trône de même métal, au-dessous du rang qu’occupait son grand-père ; pais il avait coutume de se prosterner d’abord devant ce dernier et ensuite devant son père, et ses sujets l’imitaient. Ce roi gouverna ses sujets avec sagesse, les traita en toutes choses sur le pied de l’égalité, et se montra juste envers tous. Par ses soins la population et la fertilité du pays s’accrurent dans une large proportion. Son règne dura près de deux cents ans ; puis son fils Aitnan lui succéda. Ce prince, se conformant à l’exemple de ses prédécesseurs, enferma le corps de son père dans une statue d’or, et rendit toutes sortes d’hommages à sa mémoire. Pendant son règne, qui fut d’une longue durée, il recula les frontières de son pays jusqu’à celui des Turcs ses cousins.

Il vécut quatre cents ans, et ce fut sous lui que les Chinois trouvèrent plusieurs de ces procédés ingénieux qui donnent tant de délicatesse à leurs ouvrages. Son fils Haratan, qui monta sur le trône après lui, fit construire des vaisseaux sur lesquels il embarqua des hommes chargés d’exporter les produits les plus précieux de la Chine dans le Sind, l’Hindoustan, la Babylonie et tous les pays plus ou moins éloignés du littoral de la mer.

Ils devaient offrir de sa part aux souverains de ces contrées des présents merveilleux et de la plus grande valeur, et lui rapporter, à leur retour, ce que chaque province renfermerait de plus délicat et de plus rare même, en fait de comestibles, de boissons, d’étoffes et de végétaux. Ils avaient en outre pour commission de s’appliquer à connaître le gouvernement de chaque roi, la religion, les lois et les coutumes de toutes les nations qu’ils visiteraient, et d’inspirer aux étrangers le goût des pierreries, des parfums et des instruments de leur patrie. Les vaisseaux se dispersèrent dans toutes les directions, parcoururent les pays étrangers, et exécutèrent les ordres qui leur avaient été donnés. Partout où ils abordaient, ces envoyés excitaient l’admiration des habitants par la beauté des échantillons qu’ils avaient apportés avec eux. Les princes dont les États étaient baignés par la mer firent aussi construire des vaisseaux qu’ils expédièrent en Chine avec des produits étrangers à ce pays, entrèrent en correspondance avec son roi, et lui adressèrent des cadeaux en retour de ceux qu’ils avaient reçus de lui. C’est ainsi que la Chine devint florissante et que le sceptre se consolida dans les mains de ce souverain.

Il mourut après un règne d’environ deux cents ans. Ses sujets, inconsolables de sa perte, portèrent le deuil pendant un mois ; puis ils confièrent leur sort à son fils aîné, qu’ils prirent pour roi. Celui-ci, qui s’appelait Toutal, renferma le corps de son père dans une statue d’or, et suivit, en fidèle imitateur, l’exemple de ses ancêtres. Durant son règne, qui fut prospère, il introduisit dans l’État de sages coutumes, ignorées des premiers rois. Il disait que la seule base de l’empire étaitl’équité, parce qu’elle est la balance du Créateur, et que l’application à faire le bien ainsi que l’activité incessante faisaient partie de l’équité. Il donna à ses Sujets des distinctions, créa des degrés de noblesse et leur décerna des couronnes d’honneur. Il les classa ainsi suivant leur rang, et leur ouvrit à tous une carrière bien distincte. Comme il se fut mis à la recherche d’un emplacement propre à la construction d’un temple, il trouva un lieu fertile, émaillé de fleurs et bien arrosé, où il jeta les fondements de cet édifice. Il y fit apporter toutes sortes de pierres de différentes couleurs, dont on bâtit le temple au sommet duquel on éleva une coupole garnie de ventilateurs ménagés avec symétrie. On pratiqua des cellules dans la coupole, pour ceux qui voudraient se consacrer entièrement au service de Dieu. Lorsque le tout fut achevé, le roi fit placer au faîte du monument les statues qui renfermaient les corps de ses ancêtres, et dit : « Si je n’agissais pas ainsi, j’enfreindrais les règles de la sagesse, et le temple ne serait d’aucune utilité. » Il ordonna donc de vénérer ces corps placés au sommet de la coupole.

Figurine chinoise sous le dynastie chinoise des Tang (618  907), représentant des commerçants Sogdiens sur leurs chameaux
Figurine chinoise sous le dynastie chinoise des Tang (618 907), représentant des commerçants Sogdiens sur leurs chameaux

Ayant appelé auprès de lui les principaux personnages de l’État, il leur dit qu’il jugeait indispensable de réunir tous les peuples sous le joug d’une seule et unique croyance qui leur servirait de lien, et garantirait parmi eux l’ordre et la sécurité ; qu’un empire où ne régnaient ni l’ordre ni les lois était exposé à toutes sortes de dommages et menacé d’une ruine prochaine. Il institua donc un code destiné à régir ses sujets, et leur prescrivit comme obligatoires des règles de conduite fondées sur la raison. Il mit en vigueur la peine du talion pour les meurtres » les blessures, et il promulgua des règlements qui déterminaient la légitimité des alliances et fixaient les droits des enfants qui en étaient issus. Parmi les lois qu’il créa, les unes étaient obligatoires, absolues ; on ne pouvait les transgresser sans crime ; les autres étaient surérogatoires et facultatives. Il prescrivit comme un devoir à ses sujets de se mettre en relation avec leur Créateur par des prières qu’ils lui adresseraient à certaines heures du jour et de la nuit, sans toutefois s’incliner ni se prosterner. Il y avait d’autres prières annuelles ou mensuelles, dans lesquelles les inclinations et les prosternations étaient de rigueur. En outre il institua des fêtes solennelles. Il fit des règlements sur la prostitution, et astreignit à payer une taxe les femmes qui vivaient dans le désordre, en leur permettant toutefois de se racheter par le mariage ou par le retour à des mœurs plus régulières. Leurs enfants mâles appartenaient au roi comme soldats ou esclaves, et les filles restaient auprès de leurs mères et se consacraient au même métier. Il ordonna aussi qu’on offrirait des sacrifices dans les temples, et qu’on brûlerait de l’encens en l’honneur des étoiles, en déterminant d’avance à quelles époques, et avec quels parfums et quelles plantes aromatiques on rendrait le culte à chacun des astres. Le règne de ce prince fut heureux ; il mourut, entouré d’une nombreuse postérité, à l’âge d’environ cent cinquante ans. Ses sujets, très affligés de sa perte, placèrent ses restes dans une statue d’or incrustée de pierreries, et bâtirent en son honneur un temple magnifique, au sommet duquel ils mirent sept pierres précieuses différentes, qui représentaient la couleur et la forme du soleil, de la lune et des cinq autres planètes. Le jour de sa mort devint un jour de prières et un anniversaire où l’on se réunissait dans ce temple. Au sommet, en vue de tout le monde, fut fixée une table d’or sur laquelle étaient gravés l’image du défunt et le récit de ses plus belles actions, pour servir de modèle à tous ceux qui, après lui, se chargeraient de gouverner les peuples et de les policer. On grava aussi son image sur les portes de la ville, sur les pièces d’or, sur la menue monnaie de cuivre et de bronze, qui était très abondante, et on l’imprima sur des étoffes.

Le Yak, animal typique des nomades du Tibet
Le Yak, animal typique des nomades du Tibet

Le siège du gouvernement chinois fut définitivement fixé à Anmou, grande ville située, comme nous l’avons déjà dit, à plus de trois mois de marche de la mer. Il y a vers le couchant, dans la direction du Thibet, une autre grande ville appelée Med. Ses habitants sont continuellement en guerre avec les Thibétains. Les rois qui succédèrent à Toutal se virent sans cesse dans l’état le plus prospère ; l’abondance et la justice régnèrent dans leur empire, dont la violence était bannie, car ces princes observèrent fidèlement les lois que leur prédécesseur avait prescrites. Dans la guerre ils furent victorieux de leurs ennemis ; la sécurité régna sur leurs frontières, la solde fut régulièrement payée à leurs troupes, et les négociants de tous les pays affluèrent par terre et par mer avec toutes sortes de marchandises.

Le culte des Chinois, c’est-à-dire le culte ancien, n’était autre que le culte samanéen ; il avait beaucoup d’analogie avec les pratiques religieuses des Koraïchites avant l’islam, lesquels adoraient les idoles et leur adressaient des prières. Ces prières, il est vrai, étaient adressées d’intention au Créateur lui-même ; les images et les idoles servaient seulement de Kiblah, ou de point vers lequel on se tourne en priant.

Mais les ignorants et les gens sans intelligence associaient les idoles à la divinité du Créateur, et les adoraient également. Le culte des idoles était une manière de s’approcher insensiblement de Dieu, et, bien que cette manière de le servir fût une dérogation à la majesté, à la grandeur et à la puissance du Créateur, le culte rendu à ces idoles n’était cependant qu’une marque de soumission et un intermédiaire pour s’élever jusqu’à la divinité. Il en était ainsi en Chine, jusqu’à ce que les théories, les systèmes des sectes dualistes et des innovateurs se fissent jour. Avant cette époque, les croyances et les opinions des Chinois, ainsi que le culte qu’ils rendaient aux idoles, étaient conformes aux idées et aux pratiques religieuses de toutes les classes de la population dans l’Inde. Quelque considérables que fussent les changements qui s’opérèrent dans leur état social, quelque nombreuses que fussent chez eux les discussions soulevées par l’esprit d’investigation, ils se conformèrent toujours dans leurs décisions juridiques aux anciennes lois qu’ils tenaient de la tradition.

Leur royaume est contigu à celui des Tagazgaz, qui, comme nous l’avons dit plus haut, sont manichéens et proclament l’existence simultanée des deux principes de la lumière et des ténèbres. Ces peuples vivaient dans la simplicité et dans une foi semblable à celle des races turques, lorsque vint à tomber parmi eux un démon de la secte dualiste, qui, dans un langage plein de séduction, leur fit voir deux principes contraires dans tout ce qui existe au monde : comme la vie et la mort, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, la lumière et l’obscurité, l’union et la séparation, la jonction et la scission, le levant et le couchant, l’être et le néant, la nuit et le jour, etc. Puis il leur parla des incommodités diverses qui atteignent les êtres raisonnables, les animaux, les enfants, les idiots, les fous, et il ajouta que Dieu ne pouvait pas être responsable de ce mal, qu’il y avait là une contradiction choquante avec le bien qui distingue ses œuvres, et qu’il était au-dessus d’une pareille imputation.

Par ces subtilités et d’autres semblables, il entraîna les esprits et leur fit adopter ses erreurs. Aussi longtemps que le prince régnant en Chine était samanéen et sacrifiait des animaux, il était en guerre continuelle avec l’Irkhan, roi des Turcs ; mais depuis qu’il est dualiste, ils vivent en bonne intelligence. Malgré la diversité de leurs opinions et de leurs croyances, les rois de la Chine ne cessaient de se conformer aux jugements de la saine raison dans le choix qu’ils faisaient des juges et des gouverneurs, et les grands comme les petits se réglaient d’après les principes de la sagesse.

Carte des groupes ethnolinguistique de la Chine
Carte des groupes ethnolinguistique de la Chine

 

Les Chinois se divisent en tribus et en branches, comme les Arabes, et leurs généalogies présentent autant de ramifications. Ils en font grand cas et les conservent précieusement dans leur mémoire, au point que quelques-uns remontent par près de cinquante générations jusqu’à Amour. Les gens d’une tribu ne se marient pas entre eux. C’est ainsi qu’un homme de Modar épouserait une femme de Rebiah, ou un homme de Rebiah une femme de Modar, qu’un descendant de Kahlan s’unirait à une femme de Himiar, et un homme de Himiar à une femme de Kahlan. Les Chinois prétendent que le croisement des races donne une progéniture plus saine, un corps plus solide, une vie plus longue, une santé plus robuste et d’autres avantages encore.

La situation de la Chine resta dans un état de prospérité continuelle, grâce aux sages institutions des anciens rois, jusqu’à l’année 264. Depuis cette époque jusqu’à nos jours (332), il y est survenu des événements qui ont troublé l’ordre et renversé l’autorité des lois. Un intrus nommé Yanchou, qui n’était pas de la famille royale, et qui demeurait dans une ville de la Chine, surgit tout à coup. Homme d’une nature perverse, artisan de discorde, il vit la lie de la population et les malfaiteurs se grouper autour de lui, et grâce à l’obscurité de son nom et au peu d’importance de sa personne, ni le roi ni ses ministres ne s’en préoccupèrent. Il en devint plus fort ; sa renommée grandit, et en même temps il redoubla d’arrogance et d’audace.

Les malfaiteurs, franchissant les obstacles qui les séparaient de lui, vinrent grossir son armée ; alors il décampa et ravagea par ses incursions les pays cultivés du royaume, jusqu’à ce qu’il établit son camp devant Khanfou, ville importante, située sur un fleuve qui est plus considérable, ou du moins aussi important que le Tigre. Ce fleuve se jette dans la mer de Chine, à six ou sept journées de Khanfou, et les bâtiments venus de Basrah, de Siraf, d’Oman, des villes de l’Inde, des îles de Zabedj, de Sinf et d’autres royaumes, le remontent avec leurs marchandises et leur cargaison. Le rebelle marcha donc rapidement sur la ville de Khankou, dont la population se composait de musulmans, de chrétiens, de juifs, de mages et de Chinois, et l’assiégea étroitement. Attaqué par l’armée du roi, il la mit en fuite et livra son camp au pillage ; puis se trouvant à la tête de soldats plus nombreux que jamais, il s’empara par force de la place, dont il massacra une quantité prodigieuse d’habitants. On évalue à deux cent mille le nombre des musulmans, chrétiens, juifs et mages qui périrent par le fer ou par l’eau, en fuyant devant l’épée. Cette évaluation peut être parfaitement exacte, attendu que les rois de la Chine font inscrire sur des registres les noms des sujets de leur empire et des individus appartenant aux nations voisines leurs tributaires, et qu’ils chargent des agents de ce recensement, qui doit toujours les tenir au courant de l’état des populations soumises à leur sceptre.

Type de rocket utilisés par les armées chinoise lors de siège  (osprey)
Type de rocket utilisés par les armées chinoise lors de siège (osprey)

L’ennemi coupa les plantations de mûriers qui entouraient la ville de Khanfou et qu’on y entretenait avec soin, parce que les feuilles de cet arbre servent de nourriture aux vers qui produisent la soie ; aussi la destruction des mûriers arrêta l’exportation des soies de Chine dans les pays musulmans. Yanchou poursuivit sa marche victorieuse d’une ville à l’autre ; des tribus entières, vouées à la guerre et au pillage, et d’autres qui craignaient la violence des insurgés, se joignirent à lui, et il se dirigea vers Anmou, capitale de l’empire, avec trois cent mille hommes, cavaliers et fantassins. Le roi marcha à sa rencontre avec près de cent mille soldats d’élite qui lui restaient encore. Pendant environ un mois, les chances de la guerre furent égales entre les deux armées, qui eurent tour à tour à supporter des revers. Enfin la fortune se déclara contre le roi, qui fut mis en fuite, et, vivement poursuivi, vint se jeter dans une ville frontière. Le rebelle, maître de l’intérieur de l’empire et de la capitale, fit main basse sur tous les trésors que les anciens rois avaient réservés pour les mauvais jours ; puis il promena la dévastation dans les campagnes, et détruisit les villes par la force. Sachant bien que sa naissance ne lui permettait pas de se soutenir à la tête du gouvernement, il se hâta de ravager toutes les provinces, démettre les fortunes au pillage et de répandre des torrents de sang. De la ville de Med dans laquelle il s’était enfermé et qui était limitrophe du Thibet, le roi écrivit au souverain des Turcs, Irkhan, pour lui demander du secours. Il l’informa de ce qui lui était arrivé, et lui rappela les devoirs qui lient les rois envers les rois, leurs frères, lorsqu’on réclame leur assistance, qu’ils ne peuvent refuser sans manquer à l’une des obligations absolues de leur rang. Irkhan lui envoya son fils avec un secours d’à peu près quatre cent mille fantassins et cavaliers contre Yanchou, dont les progrès devenaient menaçants. Pendant près d’une année, les deux années eurent entre elles des engagements sans résultat décisif, mais très meurtriers. Yanchou disparut enfin, sans que l’on sache positivement s’il périt par l’épée ou s’il se noya. Son fils et ses principaux partisans furent faits prisonniers, et le roi de la Chine retourna-dans sa capitale et reprit les rênes du gouvernement. Ce prince reçut de ses sujets le titre honorifique de Bagbour (Fagfour), c’est-à-dire fils du ciel. Toutefois le titre qui appartient aux souverains de la Chine, et qu’on leur donne toujours en leur pariant, est Tamgama djaban, et non pas Bagbour.

Pendant cette guerre, les gouverneurs de chaque contrée s’étaient rendus indépendants dans leur province, comme les chefs des Satrapies après qu’Alexandre, fils de Philippe de Macédoine, eut tué Dara, fils de Dara, roi de Perse, et comme cela se passe encore aujourd’hui chez nous, en 332.

Le roi de Chine dut se contenter de l’obéissance purement nominale que les gouverneurs lui accordaient, et du titre de roi qu’ils lui donnaient dans leurs lettres ; mais il ne put pas se porter de sa personne dans toutes ses provinces, ni combattre ceux qui s’en étaient rendus maîtres. Il se résigna donc à n’exiger d’eux qu’un simple hommage, et, bien qu’ils ne lui payassent aucun tribut, il les laissa vivre en paix ; il fut même obligé de permettre que chacun de ces nouveaux maîtres attaquât, selon ses forces et son pouvoir, ses voisins. Ainsi l’ordre et l’harmonie qui avaient régné sous les anciens rois cessèrent d’exister.

Carte de la dynastie Tang en Chine, montrant certains des groupes ethniques (et d'autres) environnantes ou les zones géographiques de ces groupes ont été situés
Carte de la dynastie Tang , Chine, montrant certains des groupes ethniques (et d’autres) environnants et les zones géographiques de ces groupes

Les anciens rois avaient un système régulier de gouvernement, et se laissaient guider par la raison dans les jugements équitables qu’ils rendaient. On raconte qu’un marchand de Samarcande, ville de la Transoxiane, ayant quitté son pays avec une riche pacotille, était venu dans lirait. De là il s’était rendu avec ses marchandises à Basrah, où il s’était embarqué pour le pays d’Oman ; puis il était allé par mer à Killah, qui est à peu près à moitié chemin de la Chine. Aujourd’hui cette ville est le rendez-vous général des vaisseaux musulmans de Siraf et d’Oman, qui s’y rencontrent avec les bâtiments de la Chine ; mais il n’en était pas ainsi autrefois. Les navires de la Chine se rendaient alors dans le pays d’Oman, à Siraf, sur la côte de Perse et du Bahreïn, à Obollah et à Basrah, et ceux de ces pays naviguaient à leur tour directement vers la Chine. Ce n’est que depuis qu’on ne peut plus compter sur la justice des gouvernants et sur la droiture de leurs intentions, et que l’état de la Chine est devenu tel que nous l’avons décrit, qu’on se rencontre sur ce point intermédiaire. Ce marchand s’était donc embarqué sur un bâtiment chinois pour aller de Killah au port de Khan-fou. Le roi avait alors, parmi les serviteurs attachés à sa personne, un eunuque en qui il avait confiance. Les Chinois donnent aux eunuques des emplois, comme ceux de receveurs de contributions et autres ; il y en a même qui font châtrer leurs enfants, afin de les faire parvenir aux dignités.

A Chinese Coran complète de Khanfu (Canton) copié et enluminé par Abdul-Hayy Ibn Mahmoud Chine, Khanfu (Guangzhou, anciennement Canton) Fait AH 1000/1591 AD 276 folios
Ancien Coran de Khanfu (Canton) copié et enluminé par Abdul-Hayy Ibn Mahmoud Chine, Khanfu (Guangzhou, anciennement Canton) en l’an 1000 de l’héigre /1591 AD 276 folios

L’eunuque du roi alla donc à Khanfou, où il fit appeler en sa présence les marchands, et parmi eus celui de Samarcande. Tous lui présentèrent les marchandises dont il avait besoin. Après avoir mis de côté ce qui pouvait servir au roi, il offrit au Samarkandien un prix dont celui-ci ne se contenta pas ; de là une discussion qui alla assez loin pour que l’eunuque donnât l’ordre d’emprisonner et de maltraiter le marchand. Le Samarkandien, ayant plus de confiance dans la justice du roi, se rendit aussitôt à Anmou, la résidence royale, et se plaça à l’endroit où se mettaient les plaignants. Quiconque avait à se plaindre d’une injustice, qu’il fût ou non d’un pays éloigné, se revêtait d’une sorte de tunique en soie rouge, et se transportait dans un lieu destiné aux plaignants. Là un des grands dignitaires des provinces, commis à cet effet, le transportait par la poste à une distance d’environ un mois. On en agit ainsi avec le marchand, et on le conduisit devant le gouverneur du pays chargé de ces fonctions, qui lui dit : «Tu entreprends là une grave affaire, où tu cours risque de la vie. Considère bien si ta es fondé dans ta plainte, sinon je regarderai tout comme non avenu et te ferai ramener au pays d’où tu viens. » Si le plaignant ainsi apostrophé baissait la voix, si on le voyait se troubler et se rétracter, on lui appliquait cent coups de bâton, et on le ramenait là d’où il était venu ; mais s’il persistait, on le conduisait au château royal, en présence du roi qui entendait sa réclamation. Comme le Samarkandien persévérait dans sa demande, et comme on vit qu’il disait la vérité sans se troubler et sans mentir, on le mena devant le roi, auquel il raconta ce qui lui était arrivé. Lorsque le drogman eut fait comprendre au roi ce dont il était question, ce prince donna des ordres pour que le marchand fût logé dans un des quartiers de la ville et qu’il y fût bien traité. Ensuite il manda auprès de lui le vizir, le maîtrede la droite et le maître de la gauche. Ces hauts dignitaires, qui connaissaient parfaitement leurs attributions et leurs devoirs, exerçaient leur charge dans les circonstances critiques et en temps de guerre. Le roi leur ordonna d’écrire séparément à leurs représentants à Khanfou ; car chacun d’eux avait un agent dans toutes les provinces. Ils leur écrivirent donc pour leur demander un rapport sur ce qui s’était passé entre le marchand et l’eunuque. Le roi, de son côté, écrivit dans le même sens à son lieutenant. Cependant l’affaire s’était ébruitée dans le pays, en sorte que les lettres apportées par les mulets de la poste confirmèrent la déposition du marchand. Les souverains de la Chine ont sur toutes les routes de leurs provinces des mulets à longue queue pour la poste et le transport des groups d’argent. Le roi fit aussitôt venir l’eunuque, lui ôta tous les biens qu’il tenait de sa munificence, etlui dit : « Tu as nui à un marchand qui venait d’un pays éloigné, et qui, après avoir traversé sans accident bien des royaumes et vécu sous la protection de plusieurs souverains de la mer et du continent, espérait arriver sans encombre dans ce pays, plein de confiance dans ma justice ; mais, grâce à ton iniquité, peu s’en est fallu qu’il n’ait quitté mes Etats en semant partout sur moi le blâme et le reproche. Sans tes services antérieurs, je t’aurais fait mettre à mort ; mais je t’infligerai un châtiment qui, si tu le comprends, est plus sévère que la mort. Je te charge de la garde des sépulcres des anciens rois, parce que tu as été incapable d’administrer les vivants et de remplir la tâche que je t’avais confiée. » Le roi combla ensuite le marchand de bienfaits, le fit retourner à Khanfou, et lui dit : «S’il te plaît de nous céder celles de tes marchandises qui nous conviennent, nous t’en donnerons un bon prix ; sinon, tu es le maître de ta fortune ; séjourne ici tant que tu le voudras, vends à ton gré, et va où il te plaira. » Quant à l’eunuque, il fut préposé à la garde des sépulcres royaux.

Voici encore une anecdote piquante sur les rois de la Chine.

A l’époque où se passa à Basrah l’aventure du chef des Zendjs, dont tout le monde a eu connaissance, un Koraïchite noble et riche, descendant de Habbar, fils d’el-Aswad, se rendit à la ville de Siraf. De là il s’embarqua pour les mers de l’Inde, et, après un long voyage par eau et par terre, il arriva enfin à la Chine, et alla à Khanfou.

Ensuite la fantaisie lui prit de visiter la résidence royale qui était alors Hamdan, l’une des cités les plus considérables de ces pays.

Le Koraïchite se tint longtemps à la porte du palais, en présentant des requêtes dans lesquelles il déclarait qu’il était de la famille du prophète des Arabes. A la fin le roi donna des ordres pour qu’on l’installât dans une maison où il ne manquerait de rien et où l’on pourvoirait à tous ses besoins. Il écrivit ensuite au gouverneur de Khanfou de lui communiquer le résultat de ses recherches et des informations qu’il aurait prises auprès des négociants sur la prétention de cet homme d’être un des parents du prophète des Arabes.

Le gouverneur, de Khanfou ayant confirmé par sa dépêche l’assertion du Koraïchite sur sa parenté, le roi l’admit à son audience et lui donna des richesses considérables qu’il rapporta dans l’Irak.

Or cet homme était un vieillard intelligent qui racontait que le roi de Chine, après lui avoir accordé une audience, l’avait interrogé sur les Arabes, et sur les moyens par lesquels ils avaient détruit le royaume des Perses ; à quoi il avait répondu : « C’est avec l’assistance du vrai Dieu, tandis que les Perses adoraient, à l’exclusion du créateur, le soleil et la lune, et se prosternaient devant les deux grands luminaires. »

Le roi ajouta : « Les Arabes ont conquis le royaume le plus noble, le plus fertile, le plus riche, le plus remarquable par l’intelligence de ses peuples et le plus célèbre. Mais comment classez-vous tous les souverains du monde ? »

— « Je n’en sais rien, répondit le Koraïchite.

Là-dessus le roi s’adressant à son interprète : « Dis-lui que nous comptons cinq rois ; le plus puissant de tous est celui qui gouverne l’Irak, car il occupe le milieu du monde et les autres puissances l’entourent ; aussi le nommons-nous roi des rois. Après cet empire vient le nôtre ; nous le regardons comme celui des hommes, parce qu’aucun royaume n’est mieux gouverné, ni plus régulièrement administré ; nulle part aussi les sujets ne sont plus obéissants, et voilà pourquoi nous sommes les rois des bommes. Après nous, vient le roi des bêtes féroces ; c’est notre voisin, le roi des Turcs, qui sont parmi les hommes ce que les bêtes féroces sont parmi les animaux.

Il est suivi du roi des éléphants, ou celui de l’Inde, que nous reconnaissons comme le roi de la sagesse, parce que la sagesse est originaire de ce pays. Le dernier enfin est le roi de Roum, que nous regardons comme le roi des fantassins, car aucun pays ne possède des hommes d’une taille plus parfaite et d’une figure plus belle. Tels sont les principaux rois ; les autres sont au-dessous d’eux. » Le roi, ajouta le Koraïchite, m’adressa ensuite cette question par son interprète : « Reconnaîtrais-tu ton maître, c’est-à-dire le Prophète, si tu le voyais ? «

— « Comment pourrais-je le voir, répondis-je, puisqu’il est avec Dieu ? »

— « Je ne parle pas de sa personne, reprit le roi, je parle de son portrait. »

— «Très-bien, » dis-je. Le roi fit apporter une cassette qu’on plaça devant lui. Il y prit un cahier, et dit à l’interprète : « Montre-lui son maître. » J’aperçus aussitôt dans le cahier les images des prophètes, et je les saluai à voix basse. Le roi, ne se doutant pas que je les reconnusse, chargea l’interprète de me demander pourquoi je remuais les lèvres. « Je salue les prophètes par une invocation, » ré-pondis-je. — « Comment les reconnais-tu ? » dit-il. — « Par les traits de leur histoire qui sont ici représentés : voici Noé qui se réfugie avec les siens dans un vaisseaux lorsque Dieu, qui avait commandé à l’eau de submerger la terre tout entière, le sauva avec ceux qui l’accompagnaient. » Le roi se mit à rire et dit : « Pour le nom de Noé, tu es dans le vrai ; mais quant au fait de l’inondation de la terre tout entière, nous ne le connaissons pas ; le déluge n’a atteint qu’une partie de la terre et n’est pas arrivé jusqu’à notre pays. Si l’histoire que vous racontez est vraie touchant cette partie du monde, toujours est-il que nous autres habitants de la Chine, de l’Inde, du Sind et d’autres pays encore, nous n’eu avons pas connaissance, et que nos ancêtres ne nous en ont rien légué par tradition ; et cependant, un événement tel que l’inondation de la terre est assez important pour frapper les esprits, se graver dans la mémoire, et pour que les peuples se le transmettent par tradition. » Le Koraïchite ajouta : « Je craignis de le réfuter et d’exposer nos arguments, parce que je savais qu’il les repousserait. Je continuai : « Voilà Moïse et son bâton, avec les enfants d’Israël. » Le roi dit : « Oui, il fut prophète, malgré les limites étroites de son pays et les révoltes de son peuple contre lui. » — «Voilà Jésus, repris-je ; il monte un âne, et les apôtres l’accompagnent. »

— « Sa prophétie, dit le roi, dura peu de temps ; elle ne dépassa guère trente mois. » Il passa ainsi en revue tous les prophètes et leur histoire, et dit beaucoup d’autres choses dont nous n’avons rapporté qu’une partie. Ce Koraïchite, qui est connu sous le nom d’Ibn Habbar, prétendait même avoir vu au-dessus de la figure de chaque personnage une longue épigraphe qui contenait une mention de sa généalogie, de son pays, de l’âge qu’il avait atteint et de tout ce qui concernait ses prophéties et sa vie. « A la fin, ajoutait-il, je reconnus la figure de notre prophète Mohammed, monté sur un chameau et entouré de ses compagnons qui portaient à leurs pieds des chaussures dites d’Aden ; faites de peau de chameau, et des cure-dents suspendus à leurs ceintures formées de cordes en filaments de palmier. Je pleurai. Le roi m’en fit demander (à cause par son interprète. « Voilà mon prophète, répondis-je, mon maître et mon cousin Mohammed, fils d’Abd Allah ! »

— « Tu dis la vérité, repartit te roi. Il a régné, et sur le plus noble de tous les peuples ; seulement il n’a pas vu de ses yeux l’empire soumis à sa loi ; ce bonheur a été réservé aux khalifes, ses successeurs, qui ont gouverné son peuple après lui. » En examinant les portraits des prophètes, j’en vis plusieurs qui, en joignant l’index avec le pouce en forme d’anneau, semblaient indiquer par la position de leurs mains que la création est comme un cercle ; d’autres tournaient l’index et le pouce vers le ciel, comme s’ils avaient voulu inspirer à la créature la crainte de ce qui est au-dessus d’elle. Le roi m’adressa ensuite des questions sur les khalifes, sur leur costume et sur un grand nombre de leurs institutions. Je lui répondis dans la mesure de tues connaissances. Puis il dit : « Quel âge donnez-vous au monde ? »

— « Les opinions diffèrent à ce sujet, répondis-je ; les uns lui donnent six mille ans, les autres plus ou moins. » — « Cette opinion vient-elle de votre prophète ? » reprit-il.

— « Oui, » lui dis-je. Il éclata de rire ainsi que son vizir, qui se tenait debout, ce qui prouvait leur incrédulité ; puis il ajouta : « Je ne pense pas que votre prophète ait émis cet avis. » Je revins à la charge et lui dis : « C’est le prophète lui-même. » Je vis alors l’incrédulité se peindre sur sa figure, et il ordonna à son interprète de m’adresser les paroles suivantes : «Fais bien attention à ce que tu dis, car on ne parle aux rois qu’après avoir eu la certitude de ce qu’on avance.

Tu as prétendu qu’il existait parmi vous une différence d’opinion à ce sujet : ce désaccord tombe donc sur une parole de votre prophète. Cependant lorsqu’il s’agit de ce que les prophètes ont dit, iï n’est plus permis d’avoir des avis différents ; bien loin de là, tout le monde doit se soumettre sans contestation. Prends donc bien garde de parler de cela ou de choses semblables. » Il m’entretint encore sur d’autres sujets que le temps a effacés de ma mémoire. Il me demanda ensuite : « Pourquoi as-tu abandonné ton pays dont le séjour et la population ont plus d’analogie avec toi que n’en a le nôtre ? » Je lui racontai les événements de Basrah, et comment j’étais arrivé à Siraf. « Là, continuai-je, je désirais te voir, ô roi ! car j’avais entendu parler de l’état prospère de ton royaume, de ta sagesse, de ta justice et de la perfection d’un gouvernement qui régit à la fois tous les sujets. J’ai voulu voir cet empire et le connaître de mes propres yeux. Maintenant, s’il plaît à Dieu, je retournerai dans mon pays, dans le royaume démon cousin ; j’y raconterai ce que j’ai vu de l’état florissant de cet empire, de sa vaste étendue, de l’équité de l’administration, qui s’étend à tous, et de tes grandes qualités, ô excellent prince ! je répéterai chaque belle parole et j’y vanterai chaque bonne action. »

Le roi, flatté de ce discours, me fit donner de riches présents et de magnifiques vêtements ; on me conduisit par la poste à Khanfou, et le roi écrivit à son gouverneur de me bien traiter, de me mettre au premier rang parmi les personnages distingués qui l’entouraient, et de me combler de faveurs jusqu’à mon départ. Je restai donc auprès de lui, vivant dans l’abondance et dans les plaisirs jusqu’au moment où je quittai la Chine.

Abou-Zeïd Mohammed, fils de Iezid, originaire de Siraf, cousin de Mezid Mohammed, fils d’Ebred, fils de Bestacha, gouverneur de cette même ville, homme d’expérience et de discernement, causant avec moi, Maçoudi, à Basrah où il était venu se fixer l’an 303, me dit qu’il avait interrogé ce Koraïchite, Ibn Habbar, sur la ville de Hamdan, résidence du roi, sur sa physionomie et son aspect. Ibn Habbar lui avait parlé de l’étendue de cette capitale et du grand nombre de ses habitants, ajoutant qu’elle était divisée en deux parties, séparées par un long et large boulevard.

Le roi, son vizir, le grand juge, les troupes, les eunuques et tout ce qui tient au gouvernement occupent la partie de droite située à l’orient ; aucun homme de la basse classe n’habite parmi eux ; on n’y voit pas de marchés, mais les rues sont sillonnées, dans toute leur longueur, de canaux bordés d’arbres plantés avec symétrie, et de vastes maisons. La partie gauche, à l’ouest, est affectée au peuple, aux commerçants, aux magasins d’approvisionnements et aux marchés.

A la pointe du jour, je voyais les intendants du roi, ses domestiques, les esclaves et les agents des gouverneurs se rendre, soit à pied, soit à cheval, dans la moitié de la ville où se trouvent les marchés et les négociants ; ils prenaient là les marchandises et les objets dont ils avaient besoin, et s’en retournaient sans plus remettre le pied dans ce quartier jusqu’au lendemain.

La Chine est un pays charmant, à la végétation luxuriante, et entrecoupé d’innombrables canaux ; toutefois le palmier ne s’y rencontre pas. Les habitants de cet empire sont, parmi les créatures de Dieu, les plus habiles dans la peinture et dans tous les arts. Aucune autre nation ne pourrait rivaliser avec eux pour quelque ouvrage que ce soit. Lorsqu’un Chinois a fait un travail qu’il croit inimitable» il l’apporte au palais du roi et demande une récompense pour son chef-d’œuvre. Le roi ordonne aussitôt que cet ouvrage reste exposé au palais pendant une année, et si, dans tout ce temps, personne n’y trouve de défaut, le roi accorde à l’auteur une récompense et l’admet au nombre de ses artistes ; mais si l’on découvre un défaut dans l’ouvrage, celui qui l’a fait est renvoyé sans salaire.

Un homme avait représenté sur une étoffe de soie un épi avec un moineau perché dessus ; telle était la perfection du travail que l’œil du spectateur s’y trompait forcément. Ce chef-d’œuvre resta longtemps exposé. Un jour un bossu, en passant devant lui, se permit de le critiquer. Introduit auprès du roi, ainsi que l’artiste, on lui demanda sur quoi portaient ses reproches. « Tout le monde sait, répondit-il, qu’un moineau en Rabattant sur un épi le fait plier ; ici le peintre a représenté l’épi droit et nullement penché, bien qu’il ait posé dessus un oiseau. » L’observation fut trouvée juste, et le peintre ne reçut aucune récompense. Par cette coutume et d’autres semblables, ils veulent stimuler le zèle des artistes, les forcer à beaucoup de circonspection et de prudence, et les obliger à réfléchir longuement dans l’exécution des ouvrages qu’ils entreprennent.

Il nous resterait encore beaucoup de renseignements curieux et de choses intéressantes à communiquer sur les Chinois et sur leur pays ; mais nous y reviendrons plus bas dans cet ouvrage, et nous en parlerons en gros, bien que nous ayons déjà traité ce sujet d’une manière très complète dans nos Annales historiques et dans notre Histoire moyenne. Au surplus nous avons consigné surtout dans le présent livre tous les détails que nous avions omis dans ceux que nous venons de citer.

Figure 5: La plus vielle carte rectangulaire  au monde encore tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècleexistante, livre 2, Chapitre 2 (MS. Arab. c. 90, fols. 23b-24a).
La plus vielle carte rectangulaire au monde encore tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècleexistante, livre 2, Chapitre 2

CHAPITRE XVI.

RAPIDE EXPOSÉ DES MERS, LEURS PARTICULARITÉS ; LES PEUPLES ET LES DIFFÉRENTES PUISSANCES ; RENSEIGNEMENTS SUR L’ESPAGNE ; LES CONTRÉES D’OU PROVIENNENT LES PARFUMS, LEURS DIFFÉRENTES ESPÈCES, ET AUTRES SUJETS.

Nous avons déjà parlé plus haut, d’une manière générale, des mers qui communiquent entre elles et de celles qui sont isolées ; nous donnerons dans ce chapitre des notions sommaires sur les communications de la mer d’Abyssinie avec les autres mers, sur les royaumes, les rois, les différents rangs qu’ils occupent, et sur d’autres faits intéressants.

Les eaux des mers de la Chine, de l’Inde, de la Perse et du Yémen communiquent entre elles sans interruption, comme nous l’avons dit ; mais l’agitation et le calme y sont variables et dépendent de la diversité des vents qui y soufflent, des époques où elles sont soulevées par la tempête, et d’autres circonstances encore. Ainsi la mer de Perse est houleuse et d’une navigation difficile quand la mer de l’Inde est paisible, très peu agitée et très facile à traverser. La mer de Perse, à son tour, est calme, presque sans vagues et d’un parcours facile, lorsque la mer de l’inde est profondément troublée, et que le choc de ses vagues et ses brouillards opposent de grandes difficultés aux navigateurs.

La mer de Perse commence à devenir orageuse lorsque le soleil entre dans le signe de l’Épi et à l’approche de l’équinoxe d’automne ; les vagues augmentent continuellement jusqu’à ce que le soleil se trouve dans le signe du Poisson ; elles sont surtout violentes vers la fin de l’automne, quand il est dans le Sagittaire, et elles se calment ensuite, pour reparaître de nouveau, quand il revient à la constellation de l’Épi ; les dernières vagues s’y montrent vers la fin de printemps, lorsque le soleil séjourne dans les Gémeaux. Quant à la mer de l’Inde, elle est très grosse jusqu’à ce que le soleil entre dans l’Épi, seule époque où elle devient navigable ; les plus grands calmes y règnent lorsque le soleil se trouve dans le Sagittaire. Sur la mer de Perse on navigue toute l’année d’Oman à Siraf pendant une traversée de cent soixante parasanges, et, de Siraf à Basrah, distante de cent quarante parasanges ; mais on ne dépasse pas ces deux localités ou leurs alentours.

L’astronome Abou Mâchar, dans son ouvrage intitulé Grande introduction à l’astronomie, rapporte ce que nous venons de raconter sur l’agitation et le calme alternatifs de ces mers, selon la constellation dans laquelle séjourne le soleil. Aucun bâtiment d’Oman, sauf les bateaux qui se risquent avec une petite charge, ne traverse la mer de l’Inde pendant le tirmah (mois de juin) ; ces bateaux, qui ont osé se rendre à cette époque dans l’Inde, s’appellent à Omantirmahyyeh. Or il faut savoir que pour les régions de l’Inde et la mer des Indes, le ieçareh, c’est-à-dire l’hiver, et les pluies continuelles qui, chez nous, tombent pendant les mois de décembre, janvier et février, correspondent à l’été, de même que chez nous la chaleur se fait sentir pendant les mois de juin, juillet, août, en sorte que l’été règne chez eux pendant noire hiver, et réciproquement. Il en est de même dans toutes les villes de l’Inde et du Sind et dans tous les pays limitrophes jusqu’aux extrémités de cette mer. On se sert du motiaçara pour désigner le séjour d’hiver que quelqu’un fait dans l’Inde, tandis que l’été règne dans nos climats. Cette différence de saisons provient du plus ou moins de distance ou de proximité du soleil.

La pêche des perles, dans le golfe Persique, n’a lieu que depuis le commencement d’avril jusqu’à la un de septembre ; elle cesse pendant les autres mois. Dans nos ouvrages antérieurs nous avons nommé tous les endroits de cette mer où il existe des pêcheries ; car les perles se trouvent exclusivement dans la mer d’Abyssinie, au pays de Kharek, de Kotor, d’Oman, de Serendib, et sur d’autres points de ces parages. Nous y avons aussi parlé de la manière dont la perle se forme, et des différentes opinions émises à ce sujet ; les uns la faisant naître de la pluie, et les autres lui attribuant une origine toute différente. Nous avons dit qu’on distinguait dans les perles les anciennes et les nouvelles, appelées aussiel-mahar et connues sous le nom d’el-balbal. Quant à l’animal lui-même, il se compose d’une agglomération de chair et de graisse qui se trouve dans la coquille ; il redoute pour la perle l’approche des plongeurs, comme une mère craindrait pour son enfant. Nous avons expliqué aussi la manière dont on plonge. Les plongeurs, ainsi que nous l’avons dit, ne se nourrissent que de poissons et de dattes, et d’autres aliments du même genre ; on leur fend le bas de l’oreille pour laisser passage à la respiration, attendu qu’ils bouchent leurs narines avec un appareil taillé en fer de flèche, fait de zebel, qui est l’écaillé de la tortue marine dont on fabrique les peignes, ou bien encore en corne, mais jamais de bois ; ils portent dans leurs oreilles du coton imprégné d’huile dont ils expriment une faible partie lorsqu’ils sont au fond de la mer, ce qui les éclaire comme une lumière. Ils enduisent leurs pieds et leurs cuisses d’une matière noire qui fait fuir au loin les monstres marins par lesquels ils craindraient d’être engloutis. Quand ils sont au fond de la mer ils poussent des cris semblables aux aboiements des chiens, et dont le bruit perçant leur sert à communiquer les uns avec les autres. Enfin nous avons encore rapporté d’autres détails curieux concernant les plongeurs et leur art, l’huître à perle et son animal, les qualités, le caractère distinctif, le prix et le poids de la perle.

La péninsule arabique sur une copie de 1467 de la carte perdue du IIe siècle de Ptolémée
La péninsule arabique sur une copie de 1467 de la carte perdue du IIe siècle de Ptolémée

Cette mer commence du côté de Basrah, d’Obollah et du Bahreïn, à partir des estacades de Basrah ; puis vient la mer Larewi, qui baigne les territoires de Seïmour, Soubareh, Tabeh, Sindan, Kambaye et autres, faisant partie de l’Inde et du Sind ; puis la mer d’Herkend ; puis la mer de Killâh ou Kalah et l’archipel ; puis la mer de Kerdendj ; puis la mer de Sinf, dont les côtes produisent l’aloès appelé de son nom sinfi, et enfin la mer de Chine ou Sindji, qui est la dernière de toutes. La mer de Perse, ainsi que nous l’avons dit, commence aux estacades de Basrah, à l’endroit même connu sous le nom d’el-Kenkelâ ; ce sont des madriers enfoncés dans la mer et servant de signaux aux bâtiments.

De là à Oman, en suivant la côte de Perse et du Bahreïn, il y a trois cents parasanges. De l’Oman, dont la capitale s’appelle Sobar, ou Mezoen, d’après les Persans, à Maskat, ville qui possède des puits où les marins viennent faire de l’eau douce, il y a une distance de cinquante parasanges. Il y en a autant de Maskat au cap el-Djomdjomah, limite extrême de la mer de Perse, dont la longueur est de quatre cents parasanges, ce qui est conforme, du reste, à l’évaluation des patrons qui fréquentent ces parages.

Le cap el-Djomdjomah est formé par une montagne qui va rejoindre le Yémen par le pays d’ech-Chibr, d’el-Ahkaf et des sables, et qui se prolonge ensuite dans les profondeurs de la mer jusqu’à une limite inconnue.

Toutes les fois qu’une montagne s’étend ainsi au loin sous les eaux, on lui donne dans la Méditerranée le nom de Sofalah ; tel est le Sofalah qui, de l’endroit connu sous le nom de côte de Séleucie, dans le pays de Roum, s’étend sous la mer dans la direction de l’île de Chypre, et sur lequel tant de vaisseaux grecs ont échoué et péri. Nous aurons toujours soin de rapporter les termes dont les navigateurs de chaque mer se servent entre eux et dont ils comprennent parfaitement le sens. — Du cap el-Djomdjomah les vaisseaux, quittant le golfe Persique, passent dans la seconde mer, ou mer Larewi.

On n’en connaît pas la profondeur, et on n’en peut déterminer exactement les limites à cause de l’abondance de ses eaux et de son immensité ; bien des marins prétendent qu’il est difficile d’en donner une description géographique, tant est grande la multitude de ses ramifications. Toutefois les vaisseaux la traversent communément en deux ou trois mois, quelquefois même en un mois, lorsque le vont est favorable et l’équipage en bonne santé, bien que ce soit la plus considérable et la plus orageuse de toutes les mers réunies sous le nom collectif de mer d’Abyssinie.

Elle comprend dans son immensité la mer de Zendj, et baigne les côtes de ce pays.

Localisation des  arabes Mehri , Himyarites
Localisation des arabes Mehri , Himyarites

L’ambre est rare dans la mer Larewi, mais il se trouve en grande quantité sur les côtes de Zendj et sur le littoral d’ech-Chihr en Arabie.

Les habitants de ce dernier pays sont tous des descendants de Kodaâh, fils de Malik, fils de Himiar, mêlés à d’autres Arabes ; on les comprend tous sous le nom de Maharah.

Ils ont une chevelure épaisse et tombant sur les épaules ; leur langage diffère de celui des Arabes.

Ainsi ils mettent le chin à la place du kef et disent, par exemple, hel lech fima koulta li (as-tu le pouvoir de faire ce que tu m’as dit ?), pour lek ; ou bien, koultou lech en tedjâla ellezi mâi fillezi mâech (je t’ai dit de mettre ce qui est chez moi avec ce qui est chez toi), pour leket mâk ; ils ont encore d’autres locutions étranges dans leur conversation.

Ils sont pauvres et misérables, mais ils ont une race excellente de chameaux, connue sous le nom de mahariieh, qu’ils montent la nuit, et qui, pour la vitesse, égalent les chameaux du Bodja et les dépassent même, d’après l’avis de bien des personnes.

Ils se rendent avec eux au rivage de la mer, et aussitôt que le chameau aperçoit l’ambre que les flots ont rejeté, il s’agenouille, ainsi qu’il y est dressé, et le cavalier ramasse cette substance.

Le meilleur ambre est celui qui se trouve dans les lies et sur les côtes de la mer de Zendj ; il est rond, d’un bleu pâle, quelquefois de la grosseur d’un œuf d’autruche ou d’un volume un peu moindre.

Il y a des morceaux qui sont avalés par le poisson appelé el-aoual, dont nous avons déjà parlé ; lorsque la mer est très agitée elle vomit de son sein des fragments d’ambre presque aussi gros que des quartiers de roche.

Ce poisson les engloutit, en meurt étouffé, et surnage ensuite sur les flots. Aussitôt des hommes de Zendj ou d’autres pays, qui attendent sur des canots le moment favorable, attirent à eux l’animal avec des harpons et des câbles, lui fendent le ventre et en retirent l’ambre ; celui qui était dans les entrailles exhale une odeur nauséabonde, et les droguistes de l’Irak et de la Perse le surnomment nedd ; mais les fragments qui se trouvent près du dos sont d’autant plus purs qu’ils ont séjourné plus longtemps dans l’intérieur du corps.

Entre la troisième mer ou celle d’Herkend et la mer de Lar, il y a, comme il a été dit, un grand nombre d’îles qui en forment comme la séparation ; on en compte deux mille ou plus exactement dix-neuf cents. Elles sont toutes très bien peuplées et obéissent à une reine ; car, depuis les temps les plus reculés, les habitants ont pour coutume de ne pas se laisser gouverner par un homme.

L’ambre qu’on trouve dans ces parages, et que la mer y rejette, atteint le volume des plus gros quartiers de roche.

Plusieurs navigateurs et bien des négociants de Siraf et d’Oman, qui ont fait le voyage de ces îles, m’ont assuré que l’ambre croît au fond de la mer, et s’y forme comme les différentes espèces de bitume blanc et noir, comme les champignons et autres substances du même genre ; quand la mer est agitée, elle rejette de son sein des fragments de roche, des galets, et en même temps des morceaux d’ambre.

Le périple d'al-Masudi
Le périple d’al-Masudi

Les habitants de ces îles sont tous soumis à un même gouvernement ; ils sont très nombreux, et peuvent mettre sur pied une armée innombrable. Chaque île est séparée de sa voisine par une distance d’un mille, d’une, de deux ou trois parasanges ; les cocotiers y réussissent, mais on n’y trouve pas le dattier. Parmi les savants qui s’occupent de la reproduction des animaux et de la greffe des arbres à fruit il en est plusieurs qui prétendent que le cocotier n’est autre chose que l’espèce de palmier appelé el-mokl, lequel, sous l’influence de sol de l’Inde où il a été transporté, est devenu ce que nous le voyons aujourd’hui. Dans notre ouvrage qui a pour titre les Questions et les expériences, nous avons traité de l’influence qu’exercent sur les êtres doués ou privés de raison chaque région et son climat, et nous avons parlé des effets que produit le sol sur les organiques comme les végétaux et sur les inorganiques comme les minéraux. C’est ainsi qu’on doit attribuer au climat habité par les Turcs les traits caractéristiques de leur physionomie et la petitesse de leurs yeux, et cette influence s’exerce jusque sur leurs chameaux, qui ont les jambes courtes, le cou gros et les poils blancs. Il en est de même pour les peuples établis dans le pays de Yadjoudj et Madjoudj, et aucune de ces remarques n’a pu échapper à personne de ceux qui ont fait des observations sur les Orientaux et les Occidentaux. Pour en revenir à ces îles, il n’y en a pas d’autres dont les naturels soient plus habiles artisans, qu’il s’agisse de la fabrication des étoffes, des instruments ou d’autres objets. La reine n’a pas d’autres monnaies que les cauris, qui sont des espèces de mollusques. Lorsqu’elle voit son trésor diminuer, elle ordonne aux insulaires de couper des rameaux de cocotier avec leurs feuilles et de les jeter sur la surface de l’eau ; ces animaux y montent, on les ramasse et on les étend sur le sable du rivage où le soleil les consume et ne laisse que les coquilles vides que l’on porte au trésor. De ces îles, qui sont connues sous le nom de Dabihat, on exporte une grande quantité de zandj ou coco. La dernière de toutes est celle de Serendib. A une distance d’environ mille parasanges, se rencontrent encore d’autres îles, nommées er-Ramin, bien peuplées et gouvernées par des rois. Elles sont abondantes en mines d’or et voisines du pays de Kansour, célèbre par son camphre, qui ne s’y trouve jamais en plus grande quantité que les années où il y a beaucoup d’orages, de secousses et de tremblements de terre.

détail de la carte précédente
détail de la carte précédente

Le coco sert de nourriture aux habitants dans la plupart des îles que nous venons de nommer ; on en exporte le bois de Bokkam (bois du Brésil), le bambou et l’or. Les éléphants y sont nombreux, et quelques-unes sont habitées par des anthropophages. Près de ces îles sont celles d’Elendjmalous, où vivent des peuples d’une figure bizarre qui marchent entièrement nus. Ils vont sur leurs canots au-devant des vaisseaux qui passent, portant avec eux de l’ambre, des noix de coco et autres objets qu’ils échangent contre du fer et des étoffes, car ils ne connaissent pas les monnaies d’or ou d’argent. Près de là se trouvent les îles Andaman. Elles sont peuplées par des noirs d’un aspect étrange ; ils ont des cheveux crépus et le pied plus grand qu’une coudée. Ils ne possèdent pas de barques ; ils dévorent les cadavres que la mer jette sur leurs côtes, et traitent de même les équipages que le hasard fait tomber entre leurs mains. Plusieurs navigateurs m’ont raconté qu’ils ont vu souvent dans la mer de Herkend se former de petits nuages clairs dont se détachait une sorte de langue blanche et allongée qui allait se joindre à l’eau de la mer ; aussitôt celle-ci commençait à bouillonner, et d’énormes trombes s’élevaient, engloutissant tout sur leur passage, et retombant en pluie d’une odeur désagréable et mêlée d’immondices arrachées à la mer.

La quatrième mer est, comme nous l’avons dit, celle de Kalâh-bar, c’est-à-dire mer de Kalah. Comme toutes les mers qui ont peu d’eau, elle est dangereuse et d’une navigation difficile. On y rencontre beaucoup d’îles et de ce que les marins appellent soarr et au pluriel saraïr, qui est le point de jonction de deux détroits ou canaux. Elle renferme encore des îles et des montagnes très curieuses dont nous ne parlerons pas, parce que notre but est de donner des notions sommaires, mais nullement d’entrer dans les détails.

La cinquième mer, nommée mer de Kerdendj, renferme aussi beaucoup de montagnes et d’îles, où se trouvent le camphre et l’eau de camphre. Elle n’est pas riche en eaux, bien que la pluie n’y cesse presque jamais. Parmi les insulaires, qui sont divisés en plusieurs peuplades, il y en a qui sont appelés el-Fendjab ; ils ont des cheveux crépus et des figures étranges.

Montés sur leurs barques, ils vont attendre les vaisseaux qui passent dans leurs parages, et lancent sur eux des flèches empoisonnées d’une espèce particulière. Entre le pays qu’ils habitent et le territoire de Kalah il y a des mines de plomb blanc ; et des montagnes qui renferment de l’argent. Cette contrée possède aussi des mines d’or et de plomb, mais dont l’exploitation offre de grandes difficultés,

La mer de Sanf est contiguë à celle de Kerdendj, en suivant l’ordre que nous avons donné au commencement.

On y trouve l’empire du Maharadja, roi des îles, qui commande à un empire sans limites et à des troupes innombrables.

Le bâtiment le plus rapide ne pourrait faire-en deux ans le tour des îles qui sont sous sa domination. Les terres de ce prince produisent toutes sortes d’épices et d’aromates, et aucun souverain du monde ne tire autant de richesses de son pays.

On en exporte le camphre, l’aloès, le girofle, le bois de sandal, l’arec, la noix de muscade, la cardamome, le cubèbe, ainsi que d’autres produits que nous ne mentionnerons pas. Ces îles, dans la direction de la mer de Chine, touchent à une mer dont on ne connaît ni les limites ni l’étendue. Dans leurs parties les plus reculées se trouvent des montagnes habitées par de nombreuses tribus, au visage blanc, aux oreilles échancrées comme les boucliers doublés de cuir, aux cheveux taillés en gradins comme les poils d’une outre. De ces montagnes sort un feu continuel dont les flammes, rouges te jour et noirâtres la nuit, s’élèvent si haut qu’elles atteignent les nuages. Ces éruptions sont accompagnées des éclats de tonnerre les plus terribles ; souvent aussi il en sort une voix étrange et enrayante annonçant la mort du roi ou simplement d’un chef, suivant qu’elle est plus ou moins retentissante ; c’est ce qu’ils savent parfaitement discerner, instruits qu’ils sont par une expérience de longue date et qui ne s’égare jamais.

Ces montagnes font partie des grands volcans de la terre.

Non loin se trouve une île dans laquelle on entend continuellement résonner le bruit des tambours, des flûtes, des luths et de toute espèce d’instruments aux sons doux et agréables, ainsi que les pas cadencés et les battements de mains ; en prêtant une oreille attentive on distingue parfaitement tous les sons sans les confondre.

Les marins qui ont traversé ces parages prétendent que c’est là que Dedjdjal (l’Antéchrist) a établi son séjour.

Dans l’empire du Maharadja est l’île de Serireh, qui est située à environ quatre cents parasanges du continent et entièrement cultivée. Ce prince possède aussi les îles de Zandj et de Ramni, et bien d’autres encore que nous ne mentionnerons pas ; au surplus, sa domination s’étend sur toute la sixième mer ou mer de Sanf.

La Grande Vague de Kanagawa du Metropolitan Museum of Art
La Grande Vague de Kanagawa

La septième mer, ainsi que nous l’avons déjà dit, est la mer de Chine, nommée aussi mer Sandji. Les lames y sont très grosses, et il y règne une agitation extrême, que nous appellerons Khibb, pour faire connaître les termes dont les marins se servent entre eux. On y trouve beaucoup de rochers entre lesquels les vaisseaux ne peuvent éviter de passer. Toutes les fois que la mer est grosse « et que les lames s’y multiplient, on en voit sortir des êtres noirs d’une taille de quatre ou cinq empans, semblables à de petits Abyssiniens, tous de la même forme et de la même stature ; ils montent sur les vaisseaux et, quel que soit leur nombre, restent complètement inoffensifs ; mais les équipages, sachant que cette apparition présage une tourmente où ils vont être en perdition, manœuvrent de leur mieux pour échapper à la mort qui les menace.

Ceux qui en sont sortis sains et saufs ont souvent vu paraître sur le haut du mât, que les patrons appellent ed-douli dans la mer de Chine et dans d’autres parages de la mer d’Abyssinie, et es-sari dans la Méditerranée, un objet qui a la forme d’un oiseau lumineux, et qui jette une clarté si vive, que l’œil ne peut ni le regarder ni en distinguer la forme.

Ce phénomène ne s’est pas plutôt fait voir que la mer se calme, les vagues diminuent et la tourmente s’apaise ; l’objet lumineux disparaît alors, sans qu’il soit possible de savoir comment il est venu, ni comment il s’est évanoui ; mais c’est un signe certain que le péril a complètement cessé. Ce fait n’a jamais été contesté par aucun des marins et des négociants de Basrah, Oman, Siraf et autres villes, qui ont navigué dans ces eaux ; au surplus, il n’est pas impossible, sans être absolument nécessaire, puisqu’il est tout naturel que le Dieu tout-puissant retire ses serviteurs du péril qui menace leur existence.

Il y a aussi dans ces parages une espèce d’écrevisses longues, ou à peu près, d’une coudée ou d’un empan ; elles sortent de l’eau et se meuvent rapidement ; mais elles n’ont pas plutôt touché la terre que, toute fonction animale cessant, elles se changent en pierres que l’on emploie dans la composition des collyres et des remèdes qui s’appliquent sur les yeux ; ce fait est d’une notoriété incontestable. Cette septième mer, connue sous le nom de mer de Chine ou Sandji, offre bien d’autres particularités remarquables, dont nous avons parlé en général, quand nous Pavons décrite ; ainsi que les mers adjacentes, dans ceux de nos ouvrages précédents que nous avons cités plus haut. Nous donnerons dans la suite de ce traité des notions sommaires sur les rois de ces contrées.

Carte japonaise du monde 1710
Carte japonaise du monde 1710

Au-delà de la Chine il n’y a plus, du côté de la mer, ni royaume connu, ni contrée qui ait été décrite, excepté le territoire d’es-Sila (Japon) et les îles qui en dépendent.

Il est rare qu’un étranger qui s’y est rendu de l’Irak ou d’un autre pays, l’ait quitté ensuite, tant l’air y est sain, l’eau limpide, le sol fertile, et tous les biens abondants.

Les habitants vivent en bons rapports avec les populations de la Chine et leurs rois auxquels ils envoient continuellement des présents. Ils font partie, dit-on, de la grande famille des descendants d’Amour, et se sont établis dans ce pays de la même manière que les Chinois ont occupé le leur.

La Chine est arrosée par des fleuves aussi considérables que le Tigre et l’Euphrate, et qui prennent leur source dans le pays des Turcs, dans le Thibet et dans les terres des Sogds, peuple établi entre Boukhara et Samarkand, là où se trouvent les montagnes qui produisent le sel ammoniac. Durant l’été, j’ai vu, à une distance d’environ cent parasanges, des feux qui brillaient la nuit au-dessus de ces montagnes ; pendant le jour, grâce aux rayons éclatants du soleil, on ne distingue que de la fumée ; c’est dans ces montagnes qu’on recueille le sel ammoniac.

Lorsque vient la belle saison, quiconque veut aller du Khoraçan en Chine doit se rendre à cet endroit où se trouve une vallée qui se prolonge, entre les montagnes, pendant quarante ou cinquante milles. A l’entrée de cette vallée il fait marché avec des porteurs qui, pour un prix élevé, chargent ses bagages sur leurs épaules.

Ils tiennent à la main un bâton, avec lequel ils stimulent des deux côtés te voyageur marchant devant eux, de crainte que, vaincu par la fatigue, il ne s’arrête et ne périsse dans ce passage dangereux.

Arrivés au bout de la vallée, ils rencontrent des terrains marécageux et des eaux stagnantes dans lesquelles tous se précipitent pour se rafraîchir et se reposer de leurs fatigues.

Les bêles de somme ne suivent point cette route, parce que l’ammoniaque s’enflamme pendant l’été et la rend, pour ainsi dire, impraticable. Mais l’hiver, la grande quantité de neige qui tombe dans ces lieux et l’humidité éteignent cet embrasement, de sorte que les hommes peuvent les traverser ; mais les bêtes ne peuvent endurer cette insupportable chaleur. On exerce la même violence avec le bâton sur les voyageurs qui viennent de la Chine.

La mosquée au neuf dômes de Balkh en Afghanistan serrai le premier bâtiment musulman du pays construit ver 850 probablement sous Ahmad (mort en 864/865) est un dirigeant samanide de Marguilan (819-864/5) et de Samarcande (851/852-864/5). Il était le fils d'Assad.
La mosquée au neuf dômes de Balkh en Afghanistan serrai le premier bâtiment musulman du pays construit ver 850 probablement sous Ahmad (mort en 864/865) est un dirigeant samanide de Marguilan (819-864/5) et de Samarcande (851/852-864/5). Il était le fils d’Assad.

La distance du Khoraçan à la Chine, en suivant cette route, est d’environ quarante journées de marche, en passant alternativement par des pays cultivés et des déserts, des terres fertiles et des sables. Il y a une autre route, accessible aux bêtes de somme, qui est d’environ quatre mois ; les voyageurs y sont sous la protection de plusieurs tribus turques.

J’ai rencontré à Balkh un beau vieillard, aussi distingué par son discernement que par son esprit, qui avait fait plusieurs fois le voyage de la Chine, sans jamais prendre la voie de mer ; j’ai connu également, dans le Khoraçan, plusieurs personnes qui s’étaient rendues du pays de Sogd au Thibet et en Chine, en passant par les mines d’ammoniaque.

L’Inde se relie au Khoraçan et au Sind du côté de Mansourah et de Moultan, et les caravanes vont du Sind dans le Khoraçan et de même dans l’Inde.

Ces pays sont contigus à l’Aboulistan ou plutôt Zaboulistan, vaste contrée connue sous le nom de royaume de Firouz, fils de Kebk ; on y trouve des châteaux d’une force merveilleuse, et elle est habitée par de nombreuses tribus parlant différents dialectes et dont la généalogie n’est pas connue d’une manière certaine, les uns la rattachant aux enfants de Japhet, fils de Noé, les autres la faisant remonter jusqu’aux anciens Perses par une longue série de générations.

Lhassa Tibet en 1661, publié dans Athanasius Kircher, China illustrata, 1667, p. 74)  L'apparition des premiers musulmans au Tibet se perd dans la nuit des temps, bien que des variantes de noms du Tibet se trouvent dans des livres d'histoire arabes1. Sous le règne du calife omeyyade Umar ben Abd al-Aziz, une délégation du Tibet et de Chine lui demanda d'envoyer des missionnaires islamiques dans leurs pays, et Salah bin Abdullah Hanafi fut envoyé au Tibet. Entre les VIIIe et XIe siècles, les dirigeants abbassides de Bagdad maintinrent des relations avec le Tibet1. Cependant, il y eut peu de proselytisme de la part des missionnaires au début, même si nombre d'entre eux décidèrent de s'établir au Tibet et d'épouser une Tibétaine. Entre 710-720, durant le règne de Tridé Tsuktsen, les Arabes, qui étaient alors présents en plus grand nombre en Chine, commencèrent à apparaître au Tibet et s'allièrent aux Tibétains ainsi qu'avec les Turcs contre les Chinois. Sous le règne de Sadnalegs (799-815), aussi appelé Tride Songtsän (Khri lde srong brtsan), il y eut une longue guerre avec les puissances arabes à l'Ouest. Des Tibétains auraient capturé nombre de troupes arabes et les auraient enrôlés sur la frontière de l'est en 801. Les Tibétains combattirent aussi loin à l'Ouest qu'à Samarkand et Kaboul. Les forces arabes commencèrent à prendre le dessus, et le gouverneur tibétain de Kaboul se soumit aux Arabes et devint musulman vers 812 ou 815
Lhassa Tibet en 1661, publié dans Athanasius Kircher, China illustrata, 1667, p. 74) 
Sous le règne du calife omeyyade Umar ibn Abd al-Aziz, une délégation du Tibet et de Chine lui demanda d’envoyer des missionnaires dans leurs pays, et Salah ibn Abdullah al-Hanafi fut envoyé au Tibet. Entre les VIIIe et XIe siècles, les dirigeants abbassides de Bagdad maintinrent des relations avec le Tibet.
 Entre 710-720, durant le règne de Tridé Tsuktsen, les Arabes, qui étaient alors présents en plus grand nombre en Chine, commencèrent à apparaître au Tibet et s’allièrent aux Tibétains ainsi qu’avec les Turcs contre les Chinois. Sous le règne de Sadnalegs (799-815), aussi appelé Tride Songtsän (Khri lde srong brtsan), il y eut une longue guerre avec les puissances arabes à l’Ouest. Des Tibétains auraient capturé nombre de troupes arabes et les auraient enrôlés sur la frontière de l’est en 801. Les Tibétains combattirent aussi loin à l’Ouest qu’à Samarkand et Kaboul. Les forces arabes commencèrent à prendre le dessus, et le gouverneur tibétain de Kaboul se soumit aux Arabes et devint musulman vers 812 ou 815

Le Thibet est un royaume distinct de la Chine ; la population se compose, en grande partie, de Himyarites mêlés à quelques descendants des Tobba, comme nous le dirons plus bas dans cet ouvrage, en traitant des rois du Yémen, et comme on le lit dans l’Histoire des Tobba.

Parmi les Thibétains, les uns sont sédentaires et habitent dans les villes, les autres vivent sous la tente.

Ces derniers, Turcs d’origine, sont les plus nombreux, les plus puissants et les plus illustres de toutes les tribus nomades de la même race, parce que le sceptre leur appartenait autrefois, et que les autres peuplades turques croient qu’il leur reviendra un jour.

Le Thibet est un pays privilégié pour son climat, ses eaux, son sol, ses plaines et ses montagnes.

Les habitants y sont toujours souriants, gais et contents, et on ne les voit jamais tristes, chagrins ou soucieux.

On ne saurait énumérer la variété merveilleuse des fruits et des fleurs de ce royaume, non plus que toutes les richesses de ses pâturages et de ses fleuves.

Le climat donne un tempérament sanguin à tout ce qui a vie, soit parmi les hommes, soit parmi les animaux ; aussi n’y rencontre-t-on presque pas de vieillard morose de l’un ou de l’autre sexe ; la bonne humeur y règne généralement dans la vieillesse et dans l’âge mûr, tout comme dans la jeunesse et dans l’adolescence.

La douceur du naturel, la gaieté, la vivacité qui sont l’apanage de tous les Thibétains les portent à cultiver la musique avec passion, et à s’adonner à toute espèce de danses.

La mort elle-même n’inspire pas aux membres de la famille cette profonde tristesse que les autres hommes ressentent lorsqu’un être chéri leur est enlevé, et qu’ils regrettent un objet aimé.

Ils n’en ont pas moins une grande tendresse les uns pour les autres, et l’adoption des orphelins est un usage général parmi eux. Les animaux sont également doués d’un bon naturel.

Ce pays a été nommé Thibet à cause de l’installation des Himiarites qui s’y sont établis, la racine tabat signifiant se fixer, s’établir.

Cette étymologie est encore la plus probable de toutes celles qui ont été proposées. C’est ainsi que Dîbal, fils d’Ali el-Khozaî, se vante de ce fait dans une Kacideh où, disputant contre el-Komaït, il exalte les descendants de Kahtan au-dessus de ceux de Nizar :

Ce sont eux qui se sont signalés par leurs compositions à la porte de Merw, et qui étaient des écrivains à la porte de la Chine.

Ils ont donné à Samarkand le nom de Chemr ‘(Shamir roi du Yemen), et ils y ont transplanté les Thibétains.

Dans le chapitre des rois du Yémen, nous donnerons ci-dessous quelques détails historiques sur les princes qui ont régné au Thibet, et sur ceux d’entre eux qui ont fait de longs voyages.

Le Tibet en l'an 700 Ibn Qutayba (mort en 889), nous dit que  le des roi himyarite, Shammir ibn  Ifrîqos au début du 4e siècle Jc, conquis une grande partie de l’Orient jusqu’à la Chine, en soumettant au passage l'Irâq (= Babylonie), al-Fârs, al-Sijistan et al-Khurâsân. Arrivé en Transoxiane, « il détruisit la cité du Sughd, qui de ce fait fut appelée Shammir-kand,  “détruite par Shammir”. Par la suite, le nom de la ville fut arabisé, et les gens dirent Samarqand ». Après une invasion en Chine et au Tibet, Shammir – la version transmise par Ibn Qutayaba attribue le fait au petit-fils de Shammir, Tubba’ b. al-Aqran – repassa par la Sogdiane, y laissant des troupes himyarites et tibétaines. Celles-ci rebâtirent Samarcande plus belle qu’elle n’était et gravèrent en himyarite, c’est-à-dire en alphabet sudarabique, sur les portes de la ville, les chiffres de l’étendue d’un empire arabe.
Ibn Qutayba (mort en 889), nous dit que le des roi himyarite, Shammir ibn Ifrîqos au début du 4e siècle Jc, conquis une grande partie de l’Orient jusqu’à la Chine, en soumettant la  Babylonie, al-Fârs, al-Sijistan et al-Khurâsân. Arrivé en Transoxiane, « il détruisit la cité du Sughd, qui de ce fait fut appelée Shammir-kand, “détruite par Shammir”. Par la suite, le nom de la ville fut arabisé, et les gens dirent Samarqand ». Après une invasion en Chine et au Tibet, Shammir – la version transmise par Ibn Qutayaba attribue le fait au petit-fils de Shammir, Tubba’ b. al-Aqran – repassa par la Sogdiane, y laissant des troupes himyarites et tibétaines. Celles-ci rebâtirent Samarcande plus belle qu’elle n’était et gravèrent en himyarite, (alphabet sudarabique), sur les portes de la ville, les chiffres de l’étendue d’un empire arabe.

Le Thibet touche à la Chine d’un côté, et des autres côtés à l’Inde, au Khoraçan, et aux déserts des Turcs.

On y trouve beaucoup de villes populeuses, florissantes et bien fortifiées.

Dans les temps anciens les rois portaient le titre de tobba du nom de Tobba, roi du Yémen.

Puis, les vicissitudes du temps ayant fait disparaître le langage des Himiarites, pour y substituer la langue des peuples voisins, les rois ont reçu le titre de khakan.

Le canton où vit la chèvre à musc du Thibet et celui où vit la chèvre à musc de la Chine sont contigus l’un à l’autre et ne forment qu’une seule et même contrée ; toutefois la supériorité du musc du Thibet est incontestable et tient à deux causes.

Premièrement, la chèvre du Thibet se nourrit de lavande et d’autres plantes aromatiques, tandis que la chèvre de Chine broute des herbes d’une tout autre espèce ; en second lieu, les Thibétains ne retirent pas le musc de sa vessie et le laissent dans son état naturel, tandis que les Chinois le retirent et en altèrent la pureté par un mélange de sang, ou de toute autre matière.

Ajoutez à cela qu’on lui fait traverser les mers que nous avons décrites, et qu’il est exposé à l’humidité et à tous les changements de température.

On peut donc croire que, si les Chinois n’altéraient pas la pureté de leur musc, s’ils le déposaient dans des vases de verre hermétiquement bouchés, et qu’on le transportât ainsi dans les pays musulmans, tels que l’Oman, la Perse, l’Irak et d’autres provinces, il serait égal par sa qualité à celui du Thibet.

Le musc le plus parfumé et le meilleur est celui qui sort de la chèvre au moment où il est arrivé à sa plus complète maturité.

Nos gazelles ne se distinguent des chèvres à musc, ni par la forme, ni par la taille, ni par les cornes ; toute la différence consiste dans les dents, que ces dernières ont semblables à celles de l’éléphant.

Chaque individu en porte deux blanches et toutes droites, longues d’un empan environ, qui sortent des deux mandibules.

Au Thibet on tend des lacs, des pièges ou des filets pour prendre les chèvres, ou bien on les abat à coups de flèches ; on coupe la vessie, et le sang qui est dans le nombril, n’étant pas encore arrivé à maturité, est trop frais et nullement propre à être recueilli. Il s’en exhale une odeur désagréable et nauséabonde, qui ne disparaît entièrement qu’après que la matière s’est transformée sous l’influence de l’air, et s’est changée en musc.

Il en est de ce musc comme des fruits qu’on a cueillis et détachés des arbres avant qu’ils aient atteint sur la branche un degré complet de maturité, et qu’ils soient arrivés à point.

Le musc de qualité supérieure est celui qui a mûri dans sa poche, qui a séjourné assez de temps dans le nombril, et qui a acquis toute sa perfection pendant la vie de la chèvre ; car la nature porte des matières sanguines vers le nombril de cet animal, et lorsqu’elles y ont séjourné longtemps et qu’elles sont arrivées à leur maturité, elles lui causent une douleur et une démangeaison dont il cherche à se soulager en se frottant contre les rochers échauffés par les rayons du soleil ; il se débarrasse ainsi de cette sérosité, qui coule sur les pierres, comme se vident une tumeur ou un clou, lorsque l’accumulation continuelle des matières purulentes les ont fait mûrir et crever, et il en éprouve du soulagement.

Lorsque tout le suc contenu dans le nombril, appelé par les Persans nafidjeh, s’est écoulé, la plaie se cicatrise ; puis les matières sanguines s’y portent comme la première fois.

Les Thibétains se mettent à la recherche des endroits où paissent les chèvres, au milieu des rochers et des montagnes, et ils trouvent sur les pierres le sang qui s’y est desséché.

Cette substance est alors solidifiée, car la nature l’a nourrie de la vie de l’animal, le soleil l’a séchée et l’atmosphère lui a fait subir son influence. Ils recueillent ce musc, qui est le meilleur de tous, et le déposent dans des vessies préparées à l’avance et enlevées à des chèvres prises à la chasse. Leurs rois s’en servent pour leur usage personnel, et se l’envoient mutuellement en cadeau ; mais les commerçants l’exportent rarement à l’étranger. D’ailleurs le Thibet compte beaucoup de villes dont chacune donne son nom à une espèce de musc.

Dessin des Six rois de la fresque du palais omeyyade Fresque située à l'extrémité sud de la salle d'audience en partie basse du mur occidental de Qousayr Amra. Très étudiée et extrêmement endommagée, elle est intitulée “Famille de rois”. Dans son état original, elle représentait six rois placés en deux rangées, les monarques les plus importants occupant le premier rang. Leurs noms sont inscrits en arabe et en grec au-dessus de leur tête : “Caesar”, l'empereur byzantin, “Kisra”, l'empereur sassanide, “Negus”, le roi d'Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d'Espagne. Différents éléments ont permis d'établir l'identité des deux autres figures, l'empereur de Chine et le prince régnant le khaqan des Turcs. Certaines zones, dont l'image du souverain sassanide et des parties de l'empereur de Byzance, ont été préservées. Les personnages tendent leurs mains comme pour rendre hommage. La figure de gauche (l'empereur byzantin), dont la tête est effacée, est revêtue d'une robe impériale décorée d'un motif répété de petits cercles. La figure centrale (le roi sassanide) est un jeune homme barbu portant une longue robe (chiton), un casque doré et un manteau (chlamyde) attaché sur son épaule droite par une fibule. La couronne sassanide atypique présente un support surmonté de deux petites sphères superposées et d'un croissant. Comme Oleg Grabar l'a fait remarquer en 1954, cette fresque ne met pas en scène des vaincus à la manière sassanide ou byzantine habituelle, et peut donc être interprétée comme une représentation de “famille de rois.” L'ensemble fournit également la date de la construction puisque Rodéric ne régna qu'une année et fut tué par les armées omeyyades en 92 H / 711 J.-C. On a donc pensé que le complexe de Qousayr Amra avait été édifié par al-Walid (r. 986-996 H / 705-715 J.-C.). La date de 92 H / 711 J.-C. marque cependant la limite de celle de la construction du monument, et il est plus probable qu'il a été érigé par le neveu d'Al-Walid, Al-Walid II, dont on sait qu'il vécut dans la région d'Azraq. Source: [http://www.discoverislamicart.org/database_item.php?id=object;ISL;jo;Mus01_H;45;fr&cp]
Fresque du Qsar Omeyyade Amra, al-Azraq, en Jordanie représentant “Caesar”, l’empereur byzantin, “Kisra”, l’empereur sassanide, “Negus”, le roi d’Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d’Espagne, l’empereur de Chine et le khaqan des Turcs tous dominés par le Califat Omeyyade
Les rois de la Chine, des Turcs, de l’Inde, de Zandj et des autres parties du monde, reconnaissent tous la suprématie du roi de Babel (dixit  calife Abbasside de Baghdad) ; ils avouent qu’il est le premier souverain de l’univers, et qu’il occupe parmi eux le rang de la lune parmi les étoiles, parce que le pays qu’il gouverne est le plus excellent de tous, que lui-même est le prince le plus opulent, le plus riche en bonnes qualités, celui enfin dont le gouvernement est le plus ferme et le plus vigilant.

Du moins en était-il ainsi autrefois ; mais de nos jours, en l’an 332 (hégire), on n’en peut plus dire autant.

On lui décernait par excellence le titre de chahan chah, c’est-à-dire roi des rois, et on comparait sa place dans le monde à celle du cœur dans le corps, ou au rang que la perle principale occupe au milieu du collier.

Après lui vient le roi de l’Inde ou le roi de la sagesse et des éléphants ; car il était reconnu parmi les Khosroès de Perse que la sagesse sort originairement de l’Inde.

Le troisième rang appartient au roi de la Chine.

En effet, aucun prince ne s’applique avec plus de vigilance à bien gouverner ses sujets, soit militaires, soit civils ; brave lui-même et tout-puissant, il est à la tête de troupes bien équipées, parfaitement armées, et qui reçoivent une paye régulière comme celles du roi de Babel. Ensuite il faut compter celui des rois turcs qui possède la ville de Kouchan et qui commande aux Tagazgaz.

On lui donne le titre de roi des bêtes féroces et de roi des chevaux, parce qu’aucun prince de la terre n’a sous ses ordres des guerriers plus valeureux et plus disposés à répandre le sang, et qu’aucun d’eux ne possède un plus grand nombre de chevaux. Son royaume est isolé entre la Chine et les déserts du Khoraçan ; quant à lui, il porte le titre de irkkan, et bien qu’il y ait chez les Turcs plusieurs princes et beaucoup de peuples qui ne sont pas soumis à un roi, aucun n’a la prétention de rivaliser avec lui.

Ensuite vient le roi de Roum, qui est nommé le roi des hommes, parce qu’aucun prince ne commande à des hommes plus beaux.

Soldat Byzantin dans une fresque  de  St-Lucas  (Grèce)
Soldat Rum Byzantin dans une fresque de St-Lucas (Grèce)

Les autres rois du monde se trouvent sur une même ligne et sont égaux entre eux par le rang.

Un poète, qui s’est beaucoup occupé de l’histoire du monde et des princes qui l’ont gouverné, décrit sommairement les noms des rois et des royaumes, et le rang qu’ils occupent, dans les vers suivants :

Il y a deux palais : Eiwan et Gomdan ; deux royaumes : Sassan et Kahtan.

La terre, c’est la Perse ; le climat par excellence, c’est Babel ; l’islam, c’est la Mekke ; le monde, c’est le Khoraçan.

Ses deux côtés durs et rudes sont Boukhara et Balkh, la résidence des rois.

Beïlakan et le Tabaristan sont les frontières du monde ; Reï en est le Cherwan, puis viennent Djil et Djilan.

Tous les hommes sont divisés en plusieurs classes ; il y a des satrapes, des patrices, des tarkhan.

Les Perses ont leurs Khosroès ; le pays de Boum, ses Césars ; les Abyssiniens, leurs Nudjachis ; les Turcs, leurs Khaïans (Khaqan).

Province de l'émirat Omeyyade de Cordoue avant la proclamation du califat en 929 par l'émir et calife Abd al-Rahman III an-Nassir
Province de l’émirat Omeyyade de Cordoue avant la proclamation du califat en 929 par l’émir et calife Abd al-Rahman III an-Nassir

Le maître de la Sicile et de l’Ifriqiya, dans le Maghreb, avant l’islam, s’appelait Djerdjes (Grégoire) ; celui de l’Espagne, Loderik (Roderick), qui était un nom commun à tous les rois de cette contrée.

Certains auteurs prétendent que ces derniers tiraient leur origine des Echban, peuple descendant de Japhet, fils de Noé, dont il ne reste plus aucun vestige ; mais l’opinion la plus répandue parmi les musulmans qui habitent l’Espagne est que Loderik appartenait par sa naissance aux Galiciens, l’une des nations franques.

Le dernier Loderik fut tué par Tarik, affranchi de Mouça, fils de Nossaïr, lorsqu’il fit la conquête de l’Espagne (méridionale), et s’empara de Tolède, la capitale. Cette ville est traversée par un grand fleuve, nommé Tage, qui vient de la Galice et du pays des Basques, peuple puissant, dont le roi était en guerre avec les habitants de l’Espagne, comme les Galiciens et les Francs.

La mer méditerranée dans l'atlas catalan
La mer méditerranée dans l’atlas catalan, vers 1375 JC

Le Tage, qui se jette dans la Méditerranée, est un des fleuves les plus célèbres du monde ; il passe devant la ville de Talavera, à une certaine distance de Tolède, et dans cette ville même les anciens rois ont construit sur lui un grand pont, nommé Kantarat-es-Seif (le pont du sabre).

C’est un édifice célèbre et dont les arches sont encore plus remarquables que celles du pont de Sendjeh, à la frontière du Diar-Modar du côté de Samosate et du pays de Serdjeh.

La ville de Tolède est entourée de murailles très fortes.

Après la conquête de l’Espagne et sa soumission aux Omeyades, les habitants de cette ville se révoltèrent contre eux, et parvinrent, pendant plusieurs années, à se soustraire à leur autorité.

Ce ne fut qu’en l’an 315 que cette place fut reprise par Abd-er-Rahman, fils de Mohammed, fils d’Abd-Allah, fils de Mohammed, fils d’Abd-er-Rahman, fils d’el-Halem, fils de Hicham, fils d’Abd-er-Rahman, fils de Moawiah, fils de Hicham, fils d’Abd-el-Melik, fils de Merwan, fils d’el-Hakem, l’Omeyyade, lequel Abd-er-Rahman est aujourd’hui, en 332, maître de l’Espagne.

Comme Tolède eut beaucoup à souffrir de ce siège, Cordoue est restée depuis cette époque la capitale du royaume.

Cette ville est éloignée de Tolède d’environ sept journées de marche, et de trois journées seulement de la Méditerranée.

On doit encore citer Séville, qui est située à une journée de la côte.

Il faut près de deux mois pour parcourir ce royaume florissant, qui ne compte pas moins de quarante villes remarquables.

Les princes Omeyades, qui y règnent, y sont traités de fils des khalifes, mais non pas de khalifes, parce que ce titre n’appartient qu’aux souverains des deux villes saintes.

Toutefois on leur accorde le titre d’émir-el-moumenin (émir des croyants).

Le minaret de San Juan (de nos jours)  a Qurtuba (Cordoue) fut construit par Abd al-Rahman an-Nassir l'Omeyyade en 930 JC
Le minaret de San Juan ( appelé comme sa de nos jours) à Qurtuba (Cordoue) fut construit par Abd al-Rahman an-Nassir l’Omeyyade en 930 JC

Abd-er-Rahman, fils de Moawiah, fils de Hicham, fils d’Abd-el-Melik, fils de Merwan, était parti pour l’Espagne en 139.

Il y régna trente-trois ans et quatre mois ; puis il mourut et laissa le trône à son fils Hicham, fils d’Abd-er-Rahman, qui l’occupa pendant sept ans. Son fils el-Hakem, fils de Hicham, lui succéda et tint les rênes du gouvernement pendant environ vingt ans.

L’un de ses descendants, Abd-er-Rahman, fils de Mohammed, règne aujourd’hui, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

L’héritier présomptif de la couronne est son fils el-Hakem, le plus sage et le plus équitable de tous les hommes.

Ce même Abd-er-Rahman, qui règne en Espagne, fit de nos jours, en 327, une expédition contre les infidèles. A la tête d’une armée de plus de cent mille soldats, il alla mettre le siège devant Zamora, capitale de la Galice.

Schéma idéal d'une ville musulmane
Schéma idéal d’une ville musulmane

Cette place est entourée de sept murailles d’une construction remarquable, et que les anciens rois ont cherché à rendre inaccessibles, en établissant entre chacune d’elles des talus et de vastes fossés remplis d’eau.

Abd-er-Rahman se rendit d’abord maître des deux premières enceintes ; mais les habitants firent ensuite une sortie contre les musulmans, et leur firent subir une perte que les états officiels portent à quarante mille, et suivant d’autres, à cinquante mille hommes.

Les Galiciens et les Basques prirent alors l’offensive et arrachèrent aux musulmans les villes situées sur la frontière de l’Espagne du côté des Francs, telles qu’Arbouna (Narbonne), qu’ils perdirent en 33o avec d’autres places et châteaux qu’ils avaient eus en leur possession.

De nos jours, en 332, la frontière des musulmans, à l’est de l’Espagne, passe à Tortosa, sur la côte de la Méditerranée, puis dans la même direction, en tirant vers te nord, à Afragah (Fraga), bâtie sur une grande rivière, et enfin à Lérida.

C’est à partir de ce point, où l’Espagne est le plus resserrée, que commencent, ainsi que je l’ai appris, les terres appartenant aux Francs.

Les attaques des Vikings obligent Abd Al-Rahman II le calife Omeyyade d'al-Andalus et d'Occident à construire un ensemble de tours et de forteresses opérationnelles un siècle après sa mort
Les attaques des Vikings obligent Abd Al-Rahman II le calife Omeyyade d’al-Andalus et d’Occident à construire un ensemble de tours et de forteresses

Antérieurement à l’an 300, des vaisseaux portant des milliers d’hommes ayant abordé en Espagne, où ils commirent beaucoup de ravages sur les côtes, les habitants prétendirent que ces ennemis étaient des Mages qui venaient les attaquer tous les deux cents ans et pénétraient dans la Méditerranée par un autre canal que celui sur lequel sont bâtis les phares d’airain.

Quant à moi, je pense (Dieu seul sait la vérité) qu’ils arrivaient par un canal communiquant avec les mers Mayotis et Nitas, et que c’étaient des Russes dont nous avons parlé dans cet ouvrage ; car ces peuples étaient les seuls qui naviguassent sur ces mers que certains détroits relient à l’Océan.

On a déjà trouvé dans la Méditerranée, du côté de l’île de Crète, des planches de bois de tek, percées de trous et reliées ensemble par des attaches faites de filaments de cocotier ; elles provenaient de vaisseaux naufragés qui avaient été le jouet des vagues-Or ce genre de structure n’est en usage que sur les côtes de la mer d’Abyssinie.

Les vaisseaux qui naviguent dans la Méditerranée et ceux des Arabes sont tous pourvus de clous ; tandis que dans la mer d’Abyssinie les clous de fer n’offrent aucune solidité, parce que l’eau les ronge, les fait fendre et les rend cassants, ce qui force les constructeurs à les remplacer, pour joindre les planches, par des filaments enduits de graisse et de goudron.

Il faut donc conclure de tout cela que les mers communiquent entre elles, et que, du côté de la Chine et du pays de Sila, les eaux, tournant autour des régions occupées par les Turcs, coulent vers le Maghreb par l’un des canaux qui viennent de l’Océan.

On a trouvé aussi sur les côtes de Syrie de l’ambre rejeté par la mer, et cependant la présence de cette substance dans la Méditerranée est inexplicable, puisqu’on ne l’y a jamais rencontrée depuis les temps les plus reculés ; elle n’a donc pu y arriver que par la même voie qu’ont suivie les planches des vaisseaux dont nous parlions tout à l’heure. Au surplus, Dieu seul sait comment tout cela s’est passé.

Du reste, l’ambre est abondant sur la côte (occidentale) de l’Espagne, et on l’expédie en Egypte et dans d’autres pays ; on l’apporte à Cordoue des deux ports de Santarem et de Sidonia ; il est d’une qualité inférieure.

L’ocque de Bagdad se vend en Espagne trois mitkals d’or, et en Egypte dix dinars. Il est possible que l’ambre qu’on a trouvé dans la Méditerranée y ait été porté de la mer d’Espagne par la communication qui existe entre elles.

L’Espagne possède des mines considérables d’argent et de vif-argent ; les produits, qui sont de qualité inférieure, sont expédiés dans tous les-pays musulmans et infidèles. On en exporte aussi le safran et la racine de gingembre.

Les cinq parfums principaux, le musc, le camphre, l’aloès, l’ambre et le safran, viennent de l’Inde et des contrées limitrophes, sauf le safran et l’ambre qui se trouvent aussi dans le pays de Zendj, dans fech-Chihr et l’Espagne.

Quant aux aromates, on en compte vingt-cinq espèces principales : la jacinthe, le girofle, le bois de sandal, la muscade, la rosé, la casse, le salix aegyptiaca, la cannelle, le karnoua, le cardamome, le cubèbe, le cardamome vulgaire, la graine de menchem, la racine du nymphœa, le mehleb, le wars (safran du Yémen), le costus, l’azfar, le bernedj (drogue médicinale), la gomme de lentisque, le ladanum ou ciste, le styrax, la graine du satonicum, le jonc odorant et la civette.

Nous avons déjà donné une description des mines d’argent, d’or et de vif-argent, ainsi que de toutes les espèces de parfums, dans nos Annales historiques, ce qui nous dispense de nous étendre sur le même sujet dans cet ouvrage.

Carte du Maghreb al-Aqsa au temps des idrissides, lors du califat Abbassides de Baghdad et du califat Omeyyad de Cordoue
Carte du Maghreb al-Aqsa au temps des idrissides, lors du califat Abbassides de Baghdad et du califat Omeyyad de Cordoue

La mer du Maghreb, dans le voisinage des côtes du Soudan et de l’extrême Occident, offre beaucoup de particularités remarquables.

Un savant qui s’est adonné à l’étude de la géographie prétend qu’il ne faut pas moins de sept ans de marche pour parcourir l’Abyssinie et tout le Soudan ; que l’Egypte n’est que la soixantième partie du Soudan, qui n’est lui-même que la soixantième partie de la terre ; enfin qu’on ne peut mettre moins de cinq cents ans pour parcourir la terre, dont un tiers est cultivé, un tiers désert et sans habitations, et un tiers couvert par les eaux.

Les confins du pays des nègres qui vont nus touchent au royaume d’Idris, fils d’Abd-Allah, fils de Haçan, fils de Hoçein, fils d’Ali, fils d’Abou Taïeb, dans le Maghreb, savoir : les territoires de Tlemsan, de Tahart et d’el-Fas.

Ensuite vient le pays de Sous-el-Adna, qui est distant de Kaïrowan d’environ deux mille trois cents milles, et d’environ vingt journées de marche de Sous-el-Ahsa, sur un parcours constamment fertile et cultivé ; mais au-delà de ce dernier point on arrive au Wadi-er-Remel, puis au château Noir et aux déserts de sable dans lesquels se trouve la ville connue sous le nom de Medinet-en-Nouhas (la ville de cuivre) et les coupoles de plomb.

Le monde Islamique en l'an 900, les états musulmans sont souligné en couleurs
Le monde Islamique en l’an 900, les états musulmans sont souligné en couleurs

C’est à cet endroit que se rendit Mouça, fils de Nossaïr, du temps d’Abd-el-Melik, fils de Merwan, et qu’il y vit toutes les merveilles dont il a donné la description dans un livre que tout le monde connaît.

D’autres disent que cette ville se trouvait dans les déserts qui avoisinent l’Espagne et que l’on appelle la grande terre.

Meimoun, fils d’Abd-el-Wahhab, fils d’Abd er-Rahman, fils de Rustem le Persan, qui était Ibadite et avait propagé dans ce pays la secte des Kharedjites, qu’on dit être des restes des Echban, avait le premier rendu ce pays florissant, bien qu’il eût eu plusieurs guerres à soutenir contre les Talébites (Idrissides).

Nous parlerons plus bas, dans cet ouvrage, des opinions différentes qui règnent sur les Echban, que quelques personnes soutiennent être des Persans venus d’Ispahan.

La dynastie Persane des rustumide de Tahert et Nafusa
La dynastie Persane kharijite des rustumide de Tahert et Nafusa

Dans cette partie du Maghreb vivent beaucoup de khawarij  Sofarides (Sufrites) hérétiques, qui y possèdent des villes très populeuses, comme celle de Torguiah, où il y a une riche mine d’argent.

Cette ville est située vers le midi, sur les confins de l’Abyssinie, avec laquelle elle est continuellement en guerre.

Nous avons déjà donné des renseignements, dans nos Annales historiques, sur tout ce qui concerne le Maghreb, ses villes, ses habitants hérétiques, tels que les Ibadites et les Sufrides, ainsi que les Mutazalites, avec lesquels ils vivent en rapports d’hostilité.

Ibrahim al-Aghlab al-Tamimi général Arabe Khurassani Abbasside d'Afrique du Nord
Timbre tunisien d’Ibrahim al-Aghlab al-Tamimi général Arabe Khurassani Abbasside d’Afrique du Nord

Nous y avons parlé aussi d’Ibn el-Aglab-et-Temimi, qui, placé par le calife Abbasside  el-Mansour comme gouverneur du Maghreb, se fixa dans l’Ifriqiya ; nous avons dit comment, à la suite des événements qui eurent lieu du temps d’Haroun ar-Rechid, ses descendants se sont transmis la possession de l’Ifriqiya et d’autres parties du Maghreb, jusqu’au moment où Abou-Nasr-Ziadet-Allah, fils d’Abd-Allah, fils d’Ibrahim, fils d’Ahmed, fils d’el-Aglab, fils d’Ibrahim, fils de Mohammed, fils d’el-Aglab, fils d’Ibrahim, fils de Salim, fils de Sowadeh al-Temimi, chef des missionnaires des Abbassides, prit les rênes du gouvernement.

Il fut dépossédé en 297, du temps d’el-Moktadir-Billah, lorsqu’il se rendait à er-Rafikah, par l’inspecteur des poids et mesures, Abd-Allah es-Soufi, missionnaire du chef des Mehdites (fatimides), qui commença ses prédications à Ketameh et parmi les autres tribus berbères.

Ce dernier était originaire de Ram-Hormuz, ville du district d’el-Ahwaz.

Revenons aux différents rois de la terre et à l’énumération des royaumes qui nous restent à décrire sur le littoral de la mer d’Abyssinie.

Le roi de Zendj s’appelle Flimi ; celui des Alains, Kerkendadj ; celui de Hirah, de la famille des Beni-Nasr, Noman et Mondir ; celui des montagnes du Tabaristan, Karen ; une de ces montagnes est nommée encore Karen ou Ben-Karen.

Celui de l’Inde s’appelle Balhara ; celui de Kanoudj, dans le Sind, Baourah, et c’est là le nom que portent tous les princes de ce pays ; on y trouve aussi la ville de Baoura qui, aujourd’hui, est dans le giron de l’islamisme et est dans les dépendances du Moultan.

C’est d’elle que sort un des fleuves dont la réunion forme le Mehran du Sind, dérivé du Nil, suivant el-Djahiz, et du Djeïhoun du Khoraçan, suivant d’autres écrivains.

Le roi de Kanoudj Baourah est l’adversaire du Balhara, roi de l’Inde.

Le roi de Kandahar, l’un des rois du Sind et de ses montagnes, porte toujours et généralement le nom de Hahadj ; c’est de son territoire que coule le Raid, l’un des cinq fleuves dont la réunion forme le Mehran. Kandahar est connu sous le nom de pays des Rahpout.

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Ruines de la Citadelle de Kandahar en 1881. Kandahār ou Qandahār (ville d’Alexandre) est une ville du sud de l’Afghanistan

 

Un troisième fleuve sur les cinq sort de la montagne appelée Behatil, dans le Sind, et traverse le territoire des Rahpout ou le Kandahar.

Le quatrième fleuve prend son origine dans les montagnes de Kaboul, sur la frontière du Sind, dans la direction de Bost et de Gaznin, de Deroua, de Rokhedj et du pays de Dawer, du côté du Sedjestan.

Le cinquième prend naissance dans le Kachmir, dont le roi porte généralement le nom de Raï.

Kachmir fait aussi partie du Sind ; c’est un pays montagneux, formant un grand royaume, qui ne renferme pas moins de soixante ou soixante et dix mille villes ou villages.

Il est inaccessible, excepté d’un côté, et l’on n’y peut pénétrer que par une seule porte. En effet, il est renfermé entre des montagnes escarpées et inabordables, que personne ne saurait gravir, puisque les bêtes fauves même n’en atteignent point le sommet, et que les oiseaux seuls peuvent y parvenir.

Là où les montagnes cessent, il y a des vallées impraticables, d’épaisses forêts, des jungles et des fleuves dont le cours impétueux est infranchissable. Ce que nous disons ici de l’impossibilité de gravir ces remparts naturels du Kachmir est connu de tout le monde dans le Khoraçan et ailleurs, ce qui fait de ce royaume une des merveilles de la terre.

Le royaume du Baourah, roi de Kanoudj, a une étendue de près de cent vingt parasanges carrées, en parasanges du Sind mesurant chacune huit milles de ce pays. Ce roi, dont nous avons déjà parlé, a quatre armées, selon les quatre directions des vents ; chacune d’elles compte sept cent mille ou même neuf cent mille hommes.

Carte du monde d'al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui  ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)
Carte du monde d’al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)

 

L’armée du nord est destinée à faire la guerre au prince du Moultan et aux musulmans, ses sujets, qui sont établis sur cette frontière ; l’année du sud opère contre le Balhara, roi de Mankir ; quant aux deux autres armées, elles se portent partout où un ennemi vient à se présenter.

On dit que son royaume, dans l’étendue que nous avons indiquée plus haut, comprend un chiffre officiel de dix-huit cent mille villes, villages ou bourgs, situés au milieu d’un pays boisé, bien arrosé, montagneux et riche en prairies.

Ce prince ne possède que peu d’éléphants en comparaison des autres rois ; il en a deux mille dressés pour le combat.

Un éléphant agile, attentif, courageux, monté par on bon cavalier, la trompe armée d’une espèce de sabre appelé kartal, et recouverte d’une cotte de mailles, le corps garni d’une armure de corne et de fer, flanqué de cinq cents hommes qui le défendent et le protègent par derrière, peut lutter contre six mille cavaliers ; il n’en est point qui, avec une semblable escorte, ne puisse en attaquer au moins cinq mille, pénétrer dans leurs rangs, en ressortir et les harceler de toutes paris, exactement comme pourrait le faire un homme maniant un cheval ; c’est ainsi que ces peuples font manœuvrer les éléphants dans toutes leurs guerres.

Ruines d'al-Mansurah au Sindh( Pakistan) fondé par les Abbassides 17 ans après la fondation de Baghdad , Mansura ( arabe : منصورہ) était la capitale historique de l' arabe empire Sindh .
Ruines d’al-Mansurah au Sindh( Pakistan) fondé par les Abbassides 17 ans après la fondation de Baghdad , Mansura ( arabe : منصورہ) a)rès al destruction de Multan

Quant à la royauté du Moultan, nous avons déjà dit qu’elle appartenait aux descendants de Ossama, fils de Lowaï, fils de Galeb, qui commandent à une puissante armée.

Moultan est, pour les musulmans, une place frontière, autour de laquelle on compte officiellement cent vingt mille bourgs et villages. Nous avons aussi parlé de l’idole qu’elle renferme dans ses murs et qui est connue sous le nom de Moultan.

On y vient des parties les plus reculées du Sind et de l’Inde, pour déposer à ses pieds de riches ex-voto, en argent, en pierres précieuses, en bois d’aloès et en toute espèce de parfums ; des milliers de personnes font ce pèlerinage.

Le roi du Moultan tire la plus grande partie de son revenu de l’aloès par de Komar, le premier de tous en qualité, qu’on apporte à cette idole, dont un man vaut deux cents dinars, et qui reçoit l’empreinte du cachet, comme la cire, sans compter les autres merveilles dont on lui fait présent.

Toutes les fois que les rois infidèles marchent contre Moultan, et que les musulmans se voient hors d’état de leur résister, ils les menacent de briser l’idole ou de la mutiler, ce qui suffit pour décider les ennemis à la retraite.

Lors de mon arrivée dans cette ville après l’an 300, le prince régnant s’appelait Aboul-Lehab el-Munebbih, fils d’Açad le Koraïchite, descendant de Oçama.

C’était à la même époque que je visitai le territoire de Mansourah. Aboul-Moundir-Omar, fils d’Abd-Allah, y régnait alors ; j’y vis son vizir Bilah ainsi que ses deux fils Mohammed et Ali.

J’y connus encore un seid arabe, d’un très haut rang, appelé Hamzah.

Un grand nombre des descendants d’Ali, fils d’Abou-Taleb, par Omar et Mohammed, y avaient fixé leur résidence.

Entre les rois de Mansourah et la famille du kadi Abou-ech-Chewarib il y a une parenté étroite et une origine commune ; en effet, les princes qui occupent aujourd’hui le trône de ce pays descendent de Habbar, fils d’el-Aswad, et ils sont connus sous le nom de fils d’Omar, fils d’Abdou’l-Aziz, le Koraïchite, qu’il ne faut pas confondre avec Omar, fils d’Abdou’l-Aziz, fils de Merwan, l’Omeyade.

La seule  structure restante du Brahmanabad de l'ère védique qui a été rebaptisé à Mansura après la victoire arabe sur Sind en 711
La seule structure restante du Brahmanabad (Multan) de l’ère védique qui a été rebaptisé à Mansura après la victoire arabe sur Sind en 711

Lorsque les cinq fleuves que nous avons nommés ont dépassé la porte de la maison d’Or, ou Moultan, ils se réunissent à trois journées de cette ville, entre elle et Mansourah, dans on endroit appelé Douchab.

Arrivé ensuite à l’ouest de la ville de Rour, qui est une dépendance de Mansourah, le fleuve prend le nom de Mehran.

Plus tard il se divise en deux branches, et les deux branches du grand fleuve, appelé Mehran du Sind, se jettent dans la mer de l’Inde à la ville de Chakirah, dépendance de Mansourah, à deux journées de distance de la ville de Deïboul.

De Moultan à Mansourah il y a soixante et quinze parasanges indiennes, c’est-à-dire des parasanges de huit milles.

Le territoire de Mansourah comprend trois cent mille fermes ou villages, situés dans un pays fertile, bien planté et bien cultivé.

Ce royaume est en guerre continuelle avec un peuple appelé El-Meid, originaire du Sind, et avec d’autres races.

Il est situé sur la frontière du Sind, comme Moultan et ses dépendances.

Son nom de Mansourah lui vient de Mansour, fils de Djemhour, que les Omeyades y avaient placé comme gouverneur.

Le roi possède quatre-vingts éléphants de guerre.

Il est d’usage que chaque éléphant soit entouré de cinq cents fantassins, et qu’il combatte ainsi des milliers de cavaliers, comme nous l’avons déjà expliqué.

J’ai vu chez ce prince deux éléphants d’une taille colossale, et qui étaient renommés chez tous les rois du Sind et de l’Inde pour leur force, leur courage et leur intrépidité dans le combat.

L’un s’appelait Manfaraklas et l’autre Haïdarah.

On raconte du premier des traits remarquables et dont tous les habitants de ces contrées et des pays environnants ont entendu parier.

Une fois qu’il avait perdu un de ses cornacs, il resta plusieurs jours sans vouloir prendre aucune nourriture ; il s’abandonnait à sa douleur et poussait des gémissements comme un homme profondément affligé ; les larmes coulaient continuellement de ses yeux.

Le sindh sous la domination arabe Abbasside et Habbaride
Le sindh sous la domination arabe Abbasside et Habbaride

Une autre fois, Manfaraklas, suivi de Haïdarah et du reste des quatre-vingts éléphants, sortit de la daïrah ou écurie. Arrivé à une rue étroite de Mansourah, il se trouva subitement face à face avec une femme, qui était loin de s’attendre à une pareille rencontre.

Frappée de terreur à sa vue, cette malheureuse perdit ta tête, et tomba à la renverse au milieu de la rue, en découvrant les parties les plus secrètes de son corps. Aussitôt Manfaraklas s’arrêta, et, se posant en travers de la rue, il présenta son côté droit aux éléphants qui le suivaient, pour les empêcher d’avancer.

Puis, agitant sa trompe comme pour faire signe à la femme de se relever, il ramena sur elle ses vêtements et l’en recouvrit. Ce ne fut qu’après qu’elle se fut soulevée pour lui faire place, et qu’elle eut repris ses sens, qu’il poursuivit son chemin avec tous ses compagnons.

Il y aurait encore bien d’autres choses extraordinaires à raconter, non seulement sur les éléphants de guerre, mais encore sur les éléphants employés aux travaux, tels que tirer les voitures, porter des fardeaux, battre le riz et d’autres grains encore, comme font les bœufs qui travaillent dans l’aire.

Plus bas dans ce livre, lorsqu’il sera question du pays de Zendj, nous parlerons de l’éléphant et de sa manière de vivre dans cette contrée, où il est plus multiplié qu’en tout autre endroit, et où il vit à l’état sauvage.

Pour le moment, nous nous bornons à des notions sommaires sur les rois du Sind et de l’Inde.

La langue du Sind est différente de celle de l’Inde.

Le Sind est le pays qui avoisine les contrées musulmanes ; l’Inde est située plus à l’orient.

La mosquée du général Omeyyade Muhammad al-Qassim au Sindh  Aror is medieval name of city of Sukkur, Sindh, Pakistan. (actuel Pakistan)
La mosquée de Aror au Pakistan (713)  fut construite par le général Omeyyade Muhammad al-Qassim ath-Thaqafy lorsqu’il conquis le Sindh (Pakistan) l’age de 17ans, il fut envoyé comme Musa ibn Nusayr al-Lakhmi par al-Hajjaj ibn Yussuf ath-Thaqafy, ils sont originaire de Ta’if,  Aror est le nom médiéval de la cité de Sukkur, dans l’ancienne Sindh, le Pakistan actuel. 

Les habitants de Mankir, capitale du royaume du Balhara, parlent le kiriah, langue ainsi appelée du pays de Karah, où elle est en usage.

Sur le littoral, comme à Saïmour, à Soubarah, à Tanah, etc. on parle le lari ; ces provinces empruntent leur nom à la mer Larewi, sur les côtes de laquelle elles sont situées, et dont nous avons parlé plus haut ; elles sont arrosées par de grands fleuves qui, par une anomalie remarquable, viennent du midi : il est à remarquer, en effet, que de tous les fleuves aucun ne coule du midi au nord, excepté le Nil de l’Egypte, le Mehran du Sind et quelques autres encore ; le reste se dirige du nord au midi.

Dans nos Annales historiques nous avons expliqué les causes de ce phénomène, et nous avons rapporté les différents systèmes qu’ont imaginés les géographes pour en donner la raison ; nous y avons aussi parlé de la dépression ou de l’élévation des divers plateaux du globe.

Parmi les rois du Sind et de l’Inde, aucun ne traite les musulmans avec plus de distinction que le Balhara.

Dans son royaume l’islam est honoré et protégé ; de toutes parts s’élèvent des chapelles et des mosquées splendides où l’on peut faire les cinq prières du jour.

.5) La mosquée Chaliyam dans l'état de Kerala en Inde fut construite par le compagnon Malik ibn Dinar radi Allah anhu ver 644 Cet ancien monument islamique a été reconstruit à plusieurs reprises plus tard et était à l'origine partie des dix mosquées séminales établies par Malik-Ibn-Dinar  radi Allah anhu dans diverses régions du Kerala en Inde dont Thalangara / Kasaragod, Cheraman Pally / Kodungallur et Thazhathangady Jumath Pally / Kottayam.
 La mosquée Chaliyam dans l’état de Kerala en Inde fut construite par le compagnon Malik ibn Dinar radi Allah anhu ver 644 Cet ancien monument islamique a été reconstruit à plusieurs reprises et fut  à l’origine une des partie des dix mosquées établies par Malik-Ibn-Dinar  radi Allah anhu dans diverses régions du Kerala en Inde dont Thalangara / Kasaragod, Cheraman Pally / Kodungallur et Thazhathangady Jumath Pally / Kottayam.

Les souverains de ce pays règnent jusqu’à quarante, cinquante ans et plus ; leurs sujets attribuent cette longévité aux sentiments de justice qui les animent et aux honneurs qu’ils rendent aux musulmans.

Le roi entretient les troupes à ses frais, comme le font les princes musulmans.

Leur monnaie consiste en drachmes appelées tahiriyeh, pesant chacune une drachme et demie des nôtres ; elles portent la date de l’avènement du prince régnant. Le Balhara possède un nombre considérable d’éléphants de guerre. Son royaume porte aussi le nom de pays de Kemker ; une partie de ses frontières est exposée aux attaques du roi de Djozr (Guzerat).

Ce dernier est riche en chevaux, en chameaux, et commande à une nombreuse armée ; on prétend qu’à part le roi de Babel, qui règne sur le quatrième climat, aucun roi de la terre ne lui est comparable en puissance.

Il se montre plein d’orgueil et de violence dans ses rapports avec les autres princes, et nourrit contre les musulmans une haine implacable.

Il a beaucoup d’éléphants. Son royaume, situé sur une langue de terre, renferme des mines d’or et d’argent, dont le produit sert dans les transactions commerciales.

Ensuite vient le roi de Tafen, qui vit en paix avec tous ses voisins, honore les musulmans et n’entretient pas d’armée comme celles des autres princes.

Les femmes de ce pays sont les plus gracieuses, les plus belles et les plus blanches de l’Inde ; elles sont recherchées dans les harems, et ii en est question dans tous les livres érotiques ; aussi les marins, qui savent tout ce que valent ces femmes qu’on nomme Tafiniyat, tiennent-ils beaucoup à s’en procurer à quelque prix que ce soit.

Près de ce royaume est celui du Rahma, titre qui est généralement donné aux princes de ce pays. Ceux-ci sont en guerre avec le Guzerat, dont le territoire les touche, et avec le Balhara, qui est leur voisin d’un côté.

Le Rahma possède plus d’hommes, d’éléphants et de chevaux que le Balhara, le prince de Guzerat et celui de Tafen. Lorsqu’il part pour une expédition, il est entouré de cinquante mille éléphants ; au surplus il n’entreprend jamais rien que pendant la saison d’hiver, parce que ces animaux ne supportent pas la soif et ne peuvent endurer de longues haltes.

On n’a pas craint d’exagérer le nombre de ses troupes, au point de prétendre que dans son armée il n’y avait pas moins de dix à quinze mille foulons et blanchisseurs.

La mosquée de Malik Ibn Dinar radi Allah anhu a Korome , district de Wayanad, Inde ver 644
La mosquée de Malik Ibn Dinar radi Allah anhu a Korome , district de Wayanad, Inde construite ver 644

Les rois que nous venons de nommer disposent leurs troupes en carrés de vingt mille hommes, chaque côté présentant, de front, cinq mille combattants.

Les transactions commerciales se font avec des cauris, qui sont la monnaie du pays. On y trouve l’aloès, l’or et l’argent ; on y fabrique des étoffes d’une finesse et d’une délicatesse supérieures. On en exporte le crin nommé ed-Domar, dont on fait des émouchoirs à manches d’ivoire et d’argent, que les domestiques tiennent sur la tête des rois pendant leurs audiences.

C’est dans ces contrées que se rencontre l’animal appelé en-nichan (marqué), nommé vulgairement el-kerkeden (rhinocéros) ; il porte une corne sur le front.

Plus petit de taille que l’éléphant, il est plus grand que le buffle ; sa couleur tire sur le noir, et il rumine comme les bœufs et les autres ruminants.

L’éléphant fuit devant lui, à ce qu’il parait, comme devant le plus fort de tous les animaux.

La plupart de ses os sont comme soudés ensemble, sans articulation dans les jambes, de sorte qu’il ne peut ni s’accroupir ni se livrer au sommeil à moins de s’appuyer contre les arbres au milieu des jungles.

Les Indiens et les musulmans qui habitent ces pays mangent sa chair, parce que c’est une espèce de buffle de l’Inde et du Sind. Cet animal se trouve dans la plupart des lieux boisés de l’Inde, mais nulle part en aussi grande quantité que dans l’étendue du royaume du Rahma, où sa corne est d’une beauté et d’un poli remarquables.

La corne du rhinocéros est blanche, avec une figure noire au milieu, qui représente l’image d’un homme, ou d’un paon avec les lignes et la forme de sa queue, ou d’un poisson, on du rhinocéros lui-même, ou enfin celle d’un autre animal de ces régions.

On achète ces cornes et, à l’aide de courroies, on en fait des ceintures sur le modèle des ornements d’or et d’argent ; les rois et les grands de la Chine estiment cette parure par-dessus tout, au point qu’ils la payent quelquefois jusqu’à deux et même quatre mille dinars.

Les agrafes sont d’or, et le tout est d’une beauté et d’une solidité extraordinaires ; souvent on y enfonce différentes sortes de pierres précieuses avec de longs clous d’or.

Les images dont nous avons parlé sont ordinairement tracées en noir sur la partie blanche de la corne ; quelquefois elles se détachent en blanc sur un fond noir ; du reste, la corne du rhinocéros ne présente pas ces signes dans tous les pays.

El-Djahiz prétend que la femelle porte pendant sept ans, durant lesquels le petit sort la tête du ventre de sa mère pour paître, et l’y rentre ensuite ; il a consigné ce fait, comme une particularité remarquable, dans son Traité des animaux. Désirant m’éclairer à cet égard, j’ai interrogé les habitants de Siraf et d’Oman qui fréquentaient ces contrées, ainsi que les négociants que j’ai connus dans l’Inde : tous se sont montrés également surpris de la question que je leur faisais.

Ils m’ont affirmé que le rhinocéros porte et met bas exactement comme la vache et le buffle ; et j’ignore d’où el-Djahiz a puisé ce conte, et s’il est le résultat de ses lectures ou de ses informations.

Le royaume du Rahma s’étend à la fois sur le continent et sur la mer.

Il est limitrophe d’un autre État situé dans les terres, et qui s’appelle royaume de Kamen. Les habitants sont blancs et ont les oreilles fendues ; ils possèdent des éléphants, des chameaux et des chevaux. Les individus des deux sexes y sont généralement beaux.

Vient ensuite le royaume de Firendj, dont la puissance est à la fois continentale et maritime.

La mosquée de Malik Ibn Dinar radi Allah anhu a  JONAKAPPURAM , Valiya PALLI district de KOLLAM, Inde ver 644
La mosquée de Malik Ibn Dinar radi Allah anhu a JONAKAPPURAM , Valiya PALLI district de KOLLAM, Inde ver 644

Il est situé sur une langue de terre qui s’avance dans la mer d’où il sort une grande quantité d’ambre. Le pays produit du poivre en petite quantité ; mais on y trouve beaucoup d’éléphants.

Le roi est brave, superbe et orgueilleux ; mais, à dire vrai, il a plus de fierté que de force, et plus d’orgueil encore que de bravoure.

Ensuite vient le royaume de Moudjah, dont les habitants sont blancs, généralement beaux, et n’ont pas les oreilles fendues. Ils possèdent beaucoup de chevaux et une arméeconsidérable.

Le pays est très riche en musc, que fournissent les gazelles et les chèvres dont nous avons parié plus haut dans cet ouvrage. Le costume de ce peuple ressemble à celui des Chinois.

Le royaume est défendu par des montagnes escarpées et couvertes de neige, dont la chaîne est plus longue et plus inaccessible que toutes celles du Sind et de l’Inde. Le musc est estimé et porte le nom du pays ; les marins, qui font métier de l’exporter, le connaissent bien et l’appellent musc de Moudjah.

Le royaume limitrophe est celui de Mand, qui renferme des villes nombreuses, de vastes plaines bien cultivées, et qui possède une nombreuse armée. Les rois confient volontiers à des eunuques l’exploitation des mines, la perception des impôts et en général le soin de l’administration, comme le font les rois de la Chine dont nous avons déjà parlé.

Le pays de Mand est voisin de cet empire, dont il est séparé par une haute chaîne de montagnes d’un accès difficile ; les deux souverains s’envoient réciproquement des ambassadeurs avec des présents.

Les habitants de Mand joignent une grande force à beaucoup de courage et d’audace ; aussi, lorsque leurs envoyés viennent en Chine, on leur donne un surveillant, et on ne leur permet pas de se promener librement dans le pays, de peur qu’ils ne fassent des observations sur les routes et les parties faibles du royaume ; tant est grande l’idée que les Chinois se font de la puissance de leurs voisins.

Tous ces peuples nommés plus haut, soit de l’Inde, soit de la Chine, soit d’autres pays, ont des usages et des coutumes à eux concernant les repas, les mariages, les vêtements, le traitement des maladies et l’emploi des remèdes, tels que la cautérisation, etc.

Plusieurs de leurs rois, dit-on, ne pensent pas qu’on doive garder les vents dans le corps, parce qu’ils regardent cette contrainte comme pouvant occasionner une maladie dangereuse ; aussi ne s’imposent-ils aucune gène à cet égard, dans quelque circonstance que ce soit.

Tel est aussi l’avis de leurs médecins, qui soutiennent que cette violence faite à la nature est nuisible à la santé, que rien n’est plus salutaire que de se soulager en pareil cas, et que ceux qui souffrent de coliques dans la constipation, ou sont affligés de maladies de la rate, en éprouvent du bien-être.

C’est pour cela qu’il n’est point incivil, chez eux, de lâcher un vent quand on est en compagnie.

Il est du reste à remarquer que les Indiens se sont appliqués de bonne heure à la médecine, et qu’ils l’ont cultivée avec beaucoup d’art et d’intelligence. Le même auteur qui nous a donné ces renseignements sur l’Inde ajoute : Chez ces peuples il est plus incivil de tousser que de lâcher un vent ; l’éructation peut s’assimiler à l’émission de ces vents qui s’échappent sans bruit ; le son qui accompagne un vent bruyant n’est autre chose que le retentissementde l’air chassé au dehors par un travail intérieur.

L’auteur prouve la vérité de ce qu’il rapporte sur les Indiens, par des témoignages aussi nombreux que répandus, et qui se retrouvent dans les récits, les contes, les anecdotes et les poésies.

C’est ainsi qu’Aban, fils d’Abdoul-Hamid, dans une Kacideh connue sous le nom de Choses licites, a dit :

Un Indien, instruit et sage, a dit une parole que j’approuve complètement :

N’emprisonne pas un vent lorsqu’il se présente ; laisse-le libre et ouvre-lui l’issue qu’il recherche.

Le retenir est le plus grand des maux ; le chasser, c’est se donner repos et tranquillité,

Il est incivil de tousser et de se moucher ; éternuer est de mauvais augure, mais non pas lâcher un vent.

L’éructation n’est qu’une émission de l’air vers le haut du corps ; mais l’odeur en est plus fétide que celle du vent qui s’échappe sans bruit par le bas.

Les vents qui sont dans le corps n’ont qu’une seule et même nature, mais leurs noms diffèrent suivant les issues par lesquelles ils s’échappent ; ceux qui sont chassés par en haut sont nommés djechâ, ceux qui s’échappent par en bas sont appelés feçâ.

Il en est de même pour les coups ; on se sert du mot latmah pour ceux qui sont portés sur la figure, et du mot safâh pour ceux qui sont appliqués sur la nuque ; l’espèce est la même, mais le nom varie suivant les parties du corps qui sont lésées.

De tous les animaux l’homme est le plus exposé à de nombreuses maladies et à des affections qui se suivent et s’enchaînent, pour ainsi dire, sans interruption, telles que les coliques, les douleurs d’estomac et autres incommodités accidentelles ; cela vient de ce qu’il emprisonne, en quelque sorte, le mal dans son corps, et qu’il néglige de l’expulser au moment où il se présente, et où la nature lutte vigoureusement pour le rejeter au dehors. Les autres animaux, privés de raison, ne sont pas exposés à toutes ces incommodités, parce que, bien loin de retenir dans leur corps les maladies qui y ont fait irruption, ils les laissent sortir promptement.

Aristote et les savants arabes, dans un manuscrit arabe Abbasside.
Aristote et les savants arabes, dans un manuscrit Abbasside.

Les anciens philosophes et les sages de la Grèce, comme Démocrite, Pythagore, Socrate, Diogène, ainsi que les sages des autres nations, n’étaient pas d’avis qu’il fallût retenir aucun gaz dans le corps, parce qu’ils savaient combien de souffrances et d’accidents pouvaient résulter de cette contrainte ; ils pensaient que tout être doué de sensations était à même de vérifier sur sa personne ce fait, dont la nature autant que le raisonnement démontrent la réalité.

Les hommes qui ont des lois et des livres révélés ont seuls regardé ces choses comme indécentes, parce que les lois les ont interdites, que la coutume les a prohibées et qu’elles n’ont pas passé dans les mœurs.

Nous avons déjà parié des peuples de l’Inde et donné des renseignements sur leur caractère, leurs usages singuliers et leurs coutumes, dans nos Annales historiques et notre Histoire moyenne.

Nous y avons aussi parié du Maharadja, roi des îles, ainsi que des parfums et des plantes aromatiques, et des autres princes de l’Inde, tels que le roi de Kandjab et plusieurs d’entre les rois des montagnes de la Chine qui font face aux îles de Zabedj et autres ; enfin nous y avons exposé l’histoire des rois de Chine et de ceux de Serendib, et de leurs relations avec le roi de Mandourafin.

Ce pays est situé vis-à-vis de Serendib, comme le pays de Komar l’est des îles du Maharadja, telles que Zabedj et les autres.

Les rois de Mandourafin s’appellent tous el-Kaïda.

Plus bas, dans cet ouvrage, nous donnons encore un résumé de l’histoire des rois de l’est, de l’ouest, du midi et du nord, tels que les rois du Yémen, de la Perse, de Roum, des Grecs, du Maghreb, des races abyssiniennes, du Soudan, des descendants de Japhet, ainsi que d’autres notions sur le monde et ses merveilles.

 

Fin du tome 1

Notice bio auteur : Al-Mas’ûdî (arabe : علی بن حسین مسعودی Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alī al-Mas’ūdī), né à Baghdad à la fin du ixe siècle, mort à Fostat en septembre 956, est un encyclopédiste et polygraphe arabe parfois appelé le Hérodote des Arabes., à l’apogée de l’islam classique sous le califat Abbasside. Ses Murūj adh-dhahab wa-ma’ādin al-jawhar ou Prairies d’Or et Mines de Pierres Précieuses resteront jusqu’au milieu du xve siècle le manuel de référence des géographes et des historiens de langue arabe ou persane.

Portrait  d'al-Mas'udi

Il descend du sahabi Abdūllah ibn Mas’ūd, radi Allah anhu, ont le disait chiite mais il serrai plus tôt classé  Mutazila comme certains auteurs l’ont dit car la doctrine Mutazila était très présent en ce temps. Il entreprit dès sa jeunesse de grands voyages : en Iran, puis en Inde vers 915 ; ensuite, sur les rives de l’Océan Indien, à Ceylan, dans le sud de l’Arabie, sur la côte orientale de l’Afrique jusqu’à Zanzibar ; également autour de la Mer Caspienne, en Palestine (il se trouvait à Tibériade en 926), en Syrie du nord (il séjourna à Antioche). En 943, il était à Bassora. En 945, il séjournait à Damas. En 955, il se trouvait à Fostat où il rédigeait le Livre de l’Avertissement. Selon l’historien Ibn Taghribirdi, il y mourut l’année suivante à un âge peu avancé. On ignore le motif précis de tous ses voyages et la manière dont ils furent financés.

En rapprochant la préface des Prairies d’Or et certains passages du Livre de l’Avertissement, on peut retrouver les titres de vingt-trois ouvrages qu’il composa. Le principal était une Histoire universelle (Akhbār az-zamān), qu’il entreprit en 943, sorte de vaste encyclopédie historico-géographique en trente livres. Ensuite il écrivit un Livre moyen (Kitāb al-awsat), complément du précédent, qui était un récit chronologique des événements de l’histoire humaine depuis la création du monde. Les Prairies d’Or sont un abrégé en cent trente-deux chapitres de la matière contenue dans les deux compositions précédentes. Le Livre de l’Avertissement et de la Révision, son dernier ouvrage, en est un autre résumé bien plus mince (un cinquième environ), mais avec des compléments et perfectionnements sur certains points. Ces abrègements étaient destinés à faciliter la diffusion du contenu des deux premiers ouvrages.

Parmi les autres titres qu’il donne, on peut relever : le Livre de l’exposition des principes de la religion, le Discours sur les bases des croyances, le Livre du secret de la vie, l’Arrangement des preuves touchant les principes de la religion, le Livre des réflexions sur la qualité d’imam, le Livre de la sincérité, le Livre des diverses sortes de connaissance, le Mémorial. Il mentionne aussi plusieurs traités sur les sciences (physique, astronomie…) ou disciplines occultes (divination), et des écrits sur la politique et l’organisation des États. Tout cela est perdu.

Ce qui subsiste principalement, ce sont les Prairies d’Or et Mines de Pierres Précieuses (Murūj adh-dhahab wa-ma’ādin al-jawhar), ouvrage très répandu dans les siècles suivants, conservé dans de nombreux manuscrits, et le Livre de l’Avertissement et de la Révision (Kitāb at-tanbīh wa-l-ashrāf).

Les Prairies d’Or ont été publiées en version bilingue arabe-français, en neuf volumes, sous l’égide de la Société asiatique, entre 1861 et 1877 (publication de l’Imprimerie nationale). Les auteurs de cette édition étaient Charles Barbier de Meynard et Abel Pavet de Courteille. Plus récemment, Charles Pellat a révisé cette édition pour une nouvelle publication en sept volumes par la Librairie Orientale de Beyrouth (1966-1979).

Quant au Livre de l’Avertissement, le texte arabe a été édité par Michael Jan de Goeje dans sa Bibliotheca Geographorum Arabicorum (vol. 7-8, Leyde, E. J. Brill, 1894). D’autre part, la Société asiatique en a confié une traduction française à Bernard Carra de Vaux(Paris, Imprimerie nationale, 1896).

Bibliographie

  • Tarif Khalidi, Islamic Historiography : The Histories of Mas’udi, Albany, State University of New York Press, 1975.
  • Ahmad Shboul, Al Mas’udi and His World : A Muslim Humanist and His Interest in Non-Muslims, Londres, Ithaca Press, 1979.

Lien externe

Akhbar-al-Syn wa al-Hind, « Observations sur la Chine et l’Inde », Part 2 Sulayman et Abu Zayd :

Publié le Mis à jour le

SOLEYMAN & ABOU ZEID HASSAN al-Sirafi 850jc

« ATTRIBUÉ A MASSOUDI » 950 jc

CHAÎNE DES CHRONIQUES.

LIVRE DEUXIÈME

Akhbar-al-Syn wa al-Hind, ou Observations sur la Chine et l’Inde. 2

Carte du monde  d'Abu-Ishaq Ibrahim al-Istakhri ,  vers 950 JC
Carte du monde d’Abu-Ishaq Ibrahim al-Istakhri , vers 950 JC

Voici ce que dit Abou-Zeyd-Al-Hassan de Syraf:

J’ai lu avec attention ce livre, c’est-à-dire le premier livre, lequel j’avais été chargé d’examiner et d’accompagner des observations que j’avais recueillies dans mes lectures, au sujet des incidents de la navigation, des rois des contrées maritimes et de leurs particularités, en relevant tout ce que je savais à cet égard, dans les choses dont l’auteur de ce livre n’a point parlé. J’ai vu que ce livre avait été composé dans, l’année 237 (851 de J. C).

Or, à cette époque, les choses qui tiennent à la mer étaient, parfaitement connues, à cause des nombreux voyages que les marchands de l’Irak faisaient dans les régions maritimes.

J’ai donc trouvé tout ce qui est dit dans ce livre conforme à la vérité et à l’exactitude, excepté dans ce qui est rapporté (130) au sujet des aliments que les Chinois offrent à leurs parents morts, et dans ce qu’on ajoute, à savoir que, si on met pendant la nuit des aliments devant le mort, ils ont disparu le lendemain matin, ce qui autoriserait à croire que le mort les a mangés.

On nous avait fait le même récit; mais il nous est venu de ces régions un homme sur les renseignements duquel on peut compter; et, comme nous l’interrogions à ce sujet, il a nié le fait et il a ajouté : « C’est une assertion sans fondement, c’est comme la prétention des idolâtres qui soutiennent que leurs idoles entrent en conversation avec eux. »

Mais, depuis la composition de ce livre, la situation des choses, particulièrement en Chine, a beaucoup changé.

Des événements sont survenus qui ont fait cesser les expéditions dirigées (de chez nous) vert ces contrées, qui ont ruiné ce pays, qui en ont aboli les coutumes et qui ont dissous sa puissance.

Je vais, s’il plaît à Dieu, exposer ce que j’ai lu relativement à ces événements.

Ce qui a fait sortir la Chine de la situation où elle se trouvait en fait de lois et de justice, et ce qui a interrompu les expéditions dirigées vers ces régions du port de Syraf, c’est l’entreprise d’un rebelle qui n’appartenait pas à la maison royale, et qu’on nommait Banschoua (131) ( les chinois disent Huang-Chao).

Cet homme débuta par une conduite artificieuse et par l’indiscipline; puis il prit les armes et se mit à rançonner les particuliers; peu à peu les hommes mal intentionnés se rangèrent autour de lui; son nom devint redoutable, ses ressources s’accrurent, son ambition prit de l’essor, et, parmi les villes de la Chine qu’il attaqua, était Khanfou, port où les marchands arabes abordent.

Entre cette ville et la mer il y a une distance de quelques journées. Sa situation est sur une grande rivière, et elle est baignée par l’eau douce (132).

Le massacre de Khanfu 878

Le Massacre de Khanfu (Canton) mené par le rebelle Huang Chao ( 黃巢; mort en 884) . Un précédent massacre eu lieu à Yangzhou (760)  dans lequel les rebelles chinois ont massacrés la communauté arabe et persane qui était de riches marchands. Des marins Arabes et persans ont attaqué des entrepôts et pillés des partie de Guangzhou (connu comme Khanfu ou Sin-Kalan) en l'an 758, selon un document du gouvernement local des Tang de Guangzhou le 30 Octobre, 758, ce qui correspond à la journée de Guisi (癸巳) de la neuvième lunaire mois dans la première année de l' ère Qianyuan de l'empereur Suzong de la dynastie des Tang . Un fanatique drogué du nom de Huang Chao se révolta contre la dynastie des Tang alors en décadence après avoir échoué il se rebella à nouveau en 875 et a conduit son armée à travers la Chine en direction de Guangzhou (Khanfu en arabe) et à Lingnan . Ses rebelles chinois, alors dirigé par Huang Chao ont  massacrées les juifs, les arabes musulmans, perses musulmans, les perses zoroastriens et les chrétiens, lors de l'entrée de  l'armée de Huang Chaoentrée dans la ville, selon l'écrivain arabe Hassan Abu Zayd As-Sirafi en 878-879.  La principale motivation de ces meurtres d'innocent étaient que les victimes étaient  des étrangers riches. Le nombre des morts varie de 120 000 à 200 000 victimes.
Le Massacre des musulmans de Khanfu (Canton) mené par le rebelle Huang Chao ( 黃巢; mort en 884) . Un précédent massacre eu lieu à Yangzhou (760) dans lequel les rebelles chinois ont massacrés la communauté arabe et persane qui alors, était de riches marchands. Des marins Arabes et persans ont attaqué des entrepôts et pillés des parties de Guangzhou (connu comme Canton ou Khanfu ) en l’an 758, selon un document du gouvernement local des Tang de Guangzhou le 30 Octobre, daté de 758. Un fanatique drogué du nom de Huang Chao se révolta contre la dynastie des Tang alors en décadence après avoir échoué il se rebella à nouveau en 875 et a conduit son armée à travers la Chine en direction de Guangzhou (Khanfu en arabe) et à Lingnan . Ses rebelles chinois, alors dirigé par  ce Huang Chao se sont mis à massacrées les juifs, les arabes musulmans, les perses musulmans, les perses zoroastriens et les chrétiens (nestorien), lors de l’entrée de l’armée de Huang Chao dans la ville, selon l’écrivain arabe Hassan Abu Zayd As-Sirafi en 878-879. La principale motivation de ces meurtres d’innocent étaient que les victimes étaient des riches étrangers. Le nombre des morts varie de 120 000 à 200 000 victimes.

Les habitants de Khanfou ayant fermé leurs portes, le rebelle les assiégea pendant longtemps.

Cela se passait dans le cours de l’année 264 (878 de J. C.). La ville fut enfin prise, et les habitants furent passés au fil de l’épée. Les personnes qui sont au courant des événements de la Chine rapportent qu’il périt en cette occasion cent vingt mille musulmans, juifs, chrétiens et mages, qui étaient établis dans la ville et qui y exerçaient le commerce, sans compter les personnes qui furent tuées d’entre les indigènes.

On a indiqué le nombre précis des personnes de ces quatre religions qui perdirent la vie, parce que le gouvernement chinois prélevait sur elles un impôt d’après leur nombre.

De plus, le rebelle fit couper les mûriers et les autres arbres qui se trouvaient sur le territoire de la ville. Nous nommons les mûriers en particulier, parce que la feuille de cet arbre sert à nourrir l’insecte qui fait la soie, jusqu’au moment où l’animal s’est construit sa dernière demeure. Cette circonstance fut cause que la soie cessa d’être envoyée dans les contrées arabes et dans d’autres régions.

Le rebelle, après la ruine de Khan-fou, attaqua les autres villes, l’une après l’autre, et les détruisit.

Le souverain de la Chine n’était pas assez fort pour lui résister, et celui-ci finit par s’approcher de la capitale.

Cette ville porte le nom de Khomdan (133).

L’empereur s’enfuit vers la ville de Bamdou (134), située sur les frontières du Tibet et y établit son séjour.

La fortune du rebelle se maintint pendant quelque temps; sa puissance s’étendit. Son projet et son désir étaient de raser les villes et d’exterminer les habitants, vu qu’il n’appartenait pas à une famille de rois, et qu’il ne pouvait pas espérer de réunir toute l’autorité dans ses mains.

Une partie de ses projets furent mis à exécution ; c’est ce qui fait que jusqu’à présent, nos communications avec la Chine sont restées interrompues.

L’extension maximale de l'empire des Tang en 750, avant la terrible défaite de Talas face au armées arabo-musulmanes du califat Abbasside
L’extension maximale de l’empire Chinois des Tang en 750, avant la terrible défaite de Talas face au armées arabo-musulmanes du califat Abbasside

Le rebelle conserva son ascendant jusqu’au moment où le souverain de la Chine se mit en rapport avec le roi des Tagazgaz, dans le pays des Turks. Les États de ce roi et ceux de la Chine étaient voisins, et il y avait alliance entre les deux familles (135).

L’empereur envoya des députés à ce roi, pour le prier de le délivrer du rebelle. Le roi des Tagazgaz fit marcher son fils contre le rebelle, avec, une armée nombreuse et d’abondantes provisions (136). Une longue lutte commença; des combats terribles eurent lieu, et le rebelle fut enfin abattu. Quelques-uns ajoutent que le rebelle fut tué ; d’autres disent qu’il mourut de mort naturelle (137).

L’empereur de la Chine retourna alors vers sa capitale de Khomdan. La ville était en ruines; lui-même était réduit à une grande faiblesse; son trésor était épuisé, ses généraux avaient péri, les chefs de ses soldats et de ses braves étaient morts.

Outre cela, chaque province se trouvait au pouvoir de quelque aventurier, qui en percevait les revenus et qui ne voulait rien céder de ce qu’il avait dans les mains. L’empereur de la Chine se vit dans la nécessité de s’abaisser jusqu’à agréer les excuses de ces usurpateurs, moyennant quelques démonstrations d’obéissance que ceux-ci firent, et quelques vœux qu’ils prononcèrent pour le prince, bien que, d’ailleurs, ils ne tinssent aucun compte de ses droits en ce qui concerne les impôts, ni des autres prérogatives inhérentes à la souveraineté.

L’empire de la Chine se trouva dès lors dans l’état où fut jadis la Perse, quand Alexandre fit mourir Darius, et qu’il partagea les provinces de la Perse entre ses généraux (138). Les gouverneurs des provinces chinoises firent alliance les uns avec les autres, pour se rendre plus forts, et cela sans la permission ni l’ordre du souverain. A mesure qu’un d’entre eux en avait abattu un autre, il se saisissait de ses possessions ; il ne laissait rien debout dans le pays, et en mangeait tous les habitants.

En effet, la loi chinoise permet de manger la chair humaine, et l’on vend publiquement cette chair dans les marchés (139). Les vainqueurs ne craignirent pas de maltraiter les marchands qui étaient venus commercer dans le pays.

Bientôt l’on ne garda pas même de ménagements pour les patrons de navires (140) arabes, et les maîtres de bâtiments marchands furent en butte à des prétentions injustes; on s’empara de leurs richesses, et on se permit à leur égard des actes contraires à tout ce qui avait été pratiqué jusque-là.

Dès ce moment le Dieu très haut retira ses bénédictions du pays tout entier; le commerce maritime ne fut plus praticable, et la désolation, par un effet de la volonté de Dieu, de qui le nom soit béni, se fit sentir jusque sur les patrons de navires et les agents d’affaires de Syraf et de l’Oman.

Modèle miniature de Ningbo cours dynastie des Tang, connu sous le nom Mingzhou au moment Modèle miniature de Ningbo cours dynastie des Tang 618–907, connu sous le nom Mingzhou en ce temps. L'essentiel du commerce été fait par des marchands étrangers résident à Ningbo, dès la dynastie des Tang , Ningbo était un important port commercial des marchands arabes vivaient à Ningbo au cours de la dynastie des Song quand elle était connu sous le nom de Mingzhou, dû au fait que les passages commerciaux de haute mer ont préséance sur le commerce des terres pendant ce temps. Ces marchands arabes ne se entremêlent pas avec les Chinois indigènes, et pratiquer leurs religion en vivant à part.
Reproduction miniature de Ningbo  au cours de la dynastie chinoise des Tang 618–907, connu sous le nom Mingzhou en ce temps, Ningbo était un important port commercial de riches marchands arabes vivaient à Ningbo au cours de la dynastie des Song. Ils vivait entre-eux sans ce mélangés au locaux. 

On a vu dans le premier livre un échantillon des mœurs de la Chine, et voilà tout. En Chine, un homme marié et une femme mariée qui commettent un adultère, sont mis à mort. Il en est de même des voleurs et des meurtriers. Voici de quelle manière on les fait mourir. On lie fortement les deux mains du condamné, et on les élève au-dessus de sa tête, de manière qu’elles s’attachent à son cou.

Ensuite, on tire son pied droit et on l’introduit dans sa main droite; on introduit également son pied gauche dans sa main gauche; l’un et l’autre pied se trouvent ainsi derrière son dos, le corps entier se ramasse et prend la forme d’une boule. Dès ce moment, le condamné n’a plus de chance de s’échapper, et on est dispensé de commettre quelqu’un à sa garde. Bientôt, le cou se sépare des épaules; les sutures du dos se déchirent, les cuisses se disloquent, et les parties se mêlent ensemble; la respiration devient difficile, et le patient tombe dans un tel état, que, si on le laissait dans cette situation une portion d’heure, il expirerait. Quand on l’a mis dans l’état qu’on voulait, on le frappe, avec un bâton destiné à cet usage, sur les parties du corps dont la lésion est mortelle; le nombre des coups est déterminé, et il n’est pas permis de le dépasser. Il ne reste plus alors au condamné que le souffle, et on le remet à ceux qui doivent le manger.

Il y a, en Chine, des femmes qui ne veulent pas s’astreindre à une vie régulière, et qui désirent se livrer au libertinage. L’usage est que ces femmes se rendent à l’audience du chef de la police, et qu’elles lui fassent part de leur dégoût pour une vie retirée et de leur désir d’être admises au nombre des courtisanes, se soumettant d’avance aux devoirs imposés aux femmes de cette classe.

En pareil cas, on écrit le nom de la femme et le nom de son père; on prend son signalement et on marque le lieu de sa demeure; elle est inscrite au bureau des prostituées. On lui attache au cou un fil auquel pend un cachet de cuivre qui porte l’empreinte du sceau royal; enfin, on lui remet un diplôme dans lequel il est dit que cette femme est admise au nombre des prostituées, qu’elle payera, tous les ans, au trésor public, une telle somme, en pièces de cuivre, et que tout somme qui l’épouserait sera mis à mort. Des ce moment cette femme paye, tous les ans, la somme qui a été fixée, et personne n’a plus la faculté de la molester.

Cette espèce de femmes sortent le soir, sans se couvrir d’un voile, et portent des étoffes de couleur; elles s’approchent des étrangers nouvellement arrivés dans le pays, notamment des gens corrompus et dépravés, et aussi des habitants du pays. Elles passent la nuit chez eux, et elles s’en retournent le lendemain matin. Louons Dieu de ce qu’il nous a préservés d’une pareille infamie.

Pièce chinoise antique  206 Av-Jc à 220 Av-Jc
Pièce chinoise antique 206 Av-Jc à 220 Av-Jc

La coutume des Chinois, de faire leurs achats et leurs ventes en pièces de cuivre, vient de l’inconvénient attaché à l’usage des pièces d’or et d’argent. Ils disent que, si un voleur parvient à s’introduire dans la maison d’un Arabe, qui est dans l’usage de faire ses transactions en pièces d’or et d’argent, il a la chance d’emporter sur son dos jusqu’à dix mille pièces d’or, ou le même nombre de pièces d’argent, ce qui suffit pour consommer la ruine de l’Arabe. Qu’un voleur, au contraire, s’introduise dans la maison d’un Chinois; il ne pourra pas emporter plus de dix mille pièces de cuivre; ce qui équivaut à dix mitscals d’or seulement (141).

Ces pièces de cuivre, que nous nommons folous (142), sont faites avec du cuivre et d’autres métaux (143) fondus ensemble. Elles sont de la grandeur de ce que nous appelons un dirhem bagly. Au milieu est un large trou par lequel on fait passer une ficelle. Mille de ces pièces équivalent à un mitscal d’or. Une seule ficelle enfile mille de ces pièces; mais à chaque cent l’on fait un nœud. Quand un homme achète une ferme, ou une marchandise, ou des légumes et des objets au-dessus, il donne un certain nombre de ces pièces, suivant la valeur de l’objet. On trouve de ces pièces à Syraf ; ces pièces portent des mots écrits en chinois (144).

A l’égard des incendies qui ont lieu en Chine, de la manière de bâtir les maisons et de ce qui a déjà été dit à ce sujet, les villes sont, dit-on, construites en bois et avec des roseaux disposés en treillage, à la manière des ouvrages qu’on fait chez nous avec des roseaux fendus. On enduit le tout d’argile et d’une pâte particulière à la Chine, qui est faite de graines de chanvre (145). Cette pâte est aussi blanche que le lait; on en enduit les murs, et ils jettent un éclat admirable.

Les maisons, en Chine, n’ont pas d’escalier, parce que les richesses des Chinois, leurs trésors et tout ce qu’ils possèdent, sont placés dans des caisses montées sur des roues et qu’on peut faire rouler. Lorsque le feu prend à une maison, on met en mouvement ces caisses avec ce qui y est renfermé, et il n’y a pas d’escalier qui empêche de s’éloigner avec rapidité (146).

Xiangzhou (Îlot aux parfums) du Zhuozhengyuan
Xiangzhou (Îlot aux parfums) du Zhuozhengyuan

Ce qui concerne les eunuques a été indiqué d’une manière bien brève (147). Les eunuques sont spécialement chargés de la perception de l’impôt et de tout ce qui tient aux revenus publics. Parmi eux, il y en a qui ont été amenés captifs des régions étrangères, et qui ont été faits, plus tard, eunuques; il en est d’autres qui sont nés en Chine, et que leurs parents eux-mêmes ont mutilés pour les offrir au souverain, afin de capter par là sa bienveillance.

En effet, les affaires de l’empire et ses trésors sont entre les mains des gens de la cour (148). Les officiers qui sont envoyés par l’empereur vers la ville de Khanfou, port où affluent les marchands arabes, sont des eunuques.

L’usage de ces eunuques, et des gouverneurs des villes en général, est, quand ils montent à cheval, de se faire précéder par des hommes qui tiennent à la main quelques pièces de bois semblables aux crécelles (des chrétiens), et qui les frappent l’une contre l’autre. Le bruit qui en résulte s’entend de fort loin. Aussitôt les habitants s’éloignent du chemin par où doit passer l’eunuque ou le gouverneur; celui qui est sur la porte d’une maison se hâte d’entrer et de fermer la porte sur lui.

Cet état dure jusqu’après le passage de l’eunuque ou de l’homme préposé au gouvernement de la ville. Aucun homme du peuple n’oserait rester sur le chemin, et cela par un effet de la crainte et de la terreur qu’inspirent les hauts fonctionnaires; car ceux-ci tiennent à ce que le peuple ne prenne pas l’habitude de les voir, et à ce que personne ne pousse la hardiesse jusqu’à leur adresser la parole.

Le costume des eunuques et des principaux officiers de l’armée est en soie de la première qualité ; on n’apporte pas de soie aussi belle dans le pays des Arabes. Cette soie est très recherchée des Chinois, et ils la payent un prix très élevé.

Un des marchands les plus considérables et dont le témoignage ne comporte pas de doute, raconte que, s’étant présenté devant l’eunuque envoyé par l’empereur dans la ville de Khanfou, pour choisir les marchandises venues du pays des Arabes et qui convenaient au prince, il vit sur sa poitrine un signe naturel, qui se distinguait à travers les robes de soie dont il était couvert.

Son opinion était que l’eunuque avait mis deux robes l’une sur l’autre; mais, comme il tournait continuellement les yeux du même côté, l’eunuque lui dit: « Je vois que tu tiens tes yeux fixés sur ma poitrine ; pourquoi cela ? »

Le marchand lui répondit : « J’admirais comment le signe qui est sur ta peau pouvait se distinguer à travers les deux robes qui couvrent ta poitrine. » Là-dessus, l’eunuque se mit à rire et jeta la manche de sa tunique du côté du marchand, disant : « Compte le nombre des robes que j’ai sur moi. » Le marchand le fit, et il compta jusqu’à cinq cabas (149) placés l’un sur l’autre, et à travers lesquels on distinguait le signe. La soie dont il s’agit ici est une soie écrue et qui n’a pas été foulée. La soie que portent les princes est encore plus fine et plus admirable (150).

L'Emperor Qianlong in ceremonial armor on horseback, painted by Giuseppe Castiglione, dated 1739 or 1758
L’empereur Qianlong en armure cérémonial sur son cheval peint par Giuseppe Castiglione, vers 1739 -1758 

Les Chinois sont au nombre des créatures de Dieu qui ont le plus d’adresse dans la main, en ce qui concerne le dessin, l’art de la fabrication, et pour toute espèce d’ouvrages ; ils ne sont, à cet égard, surpassés par aucune nation.

En Chine, un homme fait avec sa main ce que vraisemblablement personne ne serait en état de faire.

Quand son ouvrage est fini, il le porte au gouverneur, demandant une récompense pour le progrès qu’il a fait faire à l’art.

Aussitôt le gouverneur fait placer l’objet à la porte de son palais, et on l’y tient exposé pendant un an. Si, dans l’intervalle, personne ne fait de remarque critique, le gouverneur récompense l’artiste et l’admet à son service; mais, si quelqu’un signale quelque défaut grave, le gouverneur renvoie l’artiste et ne lui accorde rien.

Un jour, un homme représenta, sur une étoffe de soie, un épi sur lequel était posé un moineau ; personne, en voyant la figure, n’aurait douté que ce ne fût un véritable épi et qu’un moineau était réellement venu se percher dessus.

L’étoffe resta quelque temps exposée.

Enfin, un bossu étant venu à passer, il critiqua le travail.

Aussitôt on l’admit auprès du gouverneur de la ville; en même temps on fit venir l’artiste; ensuite on demanda au bossu ce qu’il avait à dire; le bossu dit : « C’est un fait admis par tout le monde, sans exception, qu’un moineau ne pourrait pas se poser sur un épi sans le faire ployer; or l’artiste a représenté l’épi droit et sans courbure, et il a figuré un moineau perché dessus; c’est une faute. »

L’observation fut trouvée juste, et l’artiste ne reçut aucune récompense.

Le but des Chinois, dans cela et dans les choses du même genre, est d’exercer le talent des artistes, et de les forcer à réfléchir mûrement sur ce qu’ils entreprennent et à mettre tous leurs soins aux ouvrages qui sortent de leurs mains.

8) La Mosquée de Basra, en Iraq (638 JC) date du début des conquêtes islamique, et la ville fut un des premier camp Militaire arabe fondé en 638 par le général et compagnon du califat Rashidun Utbah ibn Ghazwan radi Allah anhu sur ordre du calife Rashidun Omar ibn al-Khattab (radiALLAH anhu).
La Mosquée de Basra, en Iraq (638 JC) date du début des conquêtes islamique, et la ville fut un des premier camp Militaire arabe fondé en 638 par le général et compagnon du califat Rashidun Utbah ibn Ghazwan radi Allah anhu sur ordre du calife Rashidun Omar ibn al-Khattab (radiALLAH anhu).

Il y avait, à Bassora, un homme de la tribu des Qoreyschites, appelé Ibn-Wahab al-Habbari, et qui descendait de Habbar, fils de Al-Aswad (151).

La ville de Bassora ayant été ruinée (152), Ibn-Wahab quitta le pays et se rendit à Syraf.

En ce moment un navire se disposait à partir pour la Chine. Dans de telles circonstances, il vint à Ibn-Wahab l’idée de s’embarquer sur ce navire.

Quand il fut arrivé en Chine, il voulut aller voir le roi suprême.

Il se mit donc en route pour Khomdan, et, du port de Khanfou à la capitale, le trajet fut de deux mois.

Il lui fallut attendre longtemps à la porte impériale, bien qu’il présentât des requêtes et qu’il s’annonçât comme étant issu du même sang que le prophète des Arabes.

Enfin l’empereur fit mettre à sa disposition une maison particulière, et ordonna de lui fournir tout ce qui lui serait nécessaire.

En même temps il chargea l’officier qui le représentait à Khanfou de prendre des informations, et de consulter les marchands au sujet de cet homme, qui prétendait être parent du prophète des Arabes, à qui Dieu puisse être propice!

Le gouverneur de Khanfou annonça, dans sa réponse, que la prétention de cet homme était fondée.

Alors l’empereur l’admit auprès de lui, lui fit des présents considérables, et cet homme retourna dans l’Irak avec ce que l’empereur lui avait donné.

Carte de Canton (Khanfou)
Carte de Canton (Khanfou)

Cet homme était devenu vieux (153); mais il avait conservé l’usage de toutes ses facultés.

Il nous raconta que, se trouvant auprès de l’empereur, le prince lui fit des questions au sujet des Arabes, et sur les moyens qu’ils avaient employés pour renverser l’empire des Perses.

Cet homme répondit : « Les Arabes ont été vainqueurs par le secours de Dieu, de qui le nom soit célébré, et parce que les Perses, plongés dans le culte du feu, adoraient le soleil et la lune, de préférence au Créateur. »

L’empereur reprit : « Les Arabes ont triomphé, en cette occasion, du plus noble des empires, du plus vaste en terres cultivées, du plus abondant en richesses, du plus fertile en hommes intelligents, de celui dont la renommée s’étendait le plus loin. »

Puis il continua :

« Quel est, dans votre opinion, le rang des principaux empires du monde? »

L’homme répondit qu’il n’était pas au courant de matières semblables.

Alors l’empereur ordonna à l’interprète de lui dire ces mots : « Pour nous, nous comptons cinq grands souverains (154).

Le plus riche en provinces est celui qui règne sur l’Irak, parce que l’Irak est situé au milieu du monde, et que les autres rois sont placés autour de lui.

Il porte, chez nous, le titre de roi des rois (155).

Après cet empire vient le nôtre.

Le souverain est surnommé le roi des hommes, parce qu’il n’y a pas de roi sur la terre qui maintienne mieux l’ordre dans ses Etats que nous, et qui exerce une surveillance plus exacte; il n’y a pas non plus de peuple qui soit plus soumis à son prince que le nôtre.

Nous sommes donc réellement les rois des hommes.

Après cela vient le roi des bêtes féroces, qui est le roi des Turks, et dont les États sont contigus à ceux de la Chine (156).

Le quatrième roi en rang est le roi des éléphants, c’est-à-dire le roi de l’Inde.

On le nomme chez nous le roi de la sagesse, parce que la sagesse tire son origine des Indiens.

Enfin vient l’empereur des Romains, qu’on nomme chez nous le roi des beaux hommes (157), parce qu’il n’y a pas sur la terre de peuple mieux fait que les Romains, ni qui ait la figure plus belle.

Voilà quels sont les principaux rois, les autres n’occupent qu’un rang secondaire. »

Vieille rue chinoise, à Canton (-Khanfou en arabe)
Vieille rue chinoise, à Canton (=Khanfou en arabe)

L’empereur ordonna ensuite à l’interprète de dire ces mots à l’Arabe :

« Reconnaîtrais-tu ton maître, si tu le voyais?»

L’empereur voulait parler de l’apôtre de Dieu, à qui Dieu veuille bien être propice.

Je répondis : « Et comment pourrais-je le voir, maintenant qu’il se trouve auprès du Dieu très haut? »

L’empereur reprit:

« Ce n’est pas ce que j’entendais. Je voulais parler seulement de sa figure. »

Alors l’Arabe répondit oui. Aussitôt l’empereur fit apporter une boîte, il plaça la boite devant lui; puis, tirant quelques feuilles, il dit à l’interprète : « Fais-lui voir son maître. »

Je reconnais sur ces pages les portraits des prophètes ; en même temps, je fis des vœux pour eux, et il s’opéra un mouvement dans mes lèvres. L’empereur ne savait pas que je reconnaissais ces prophètes; il me fit demander par l’interprète pourquoi j’avais remué les lèvres.

L’interprète le fit, et je répondis :

« Je priais pour les prophètes. »

L’empereur demanda comment je tes avais reconnus, et je répondis :

« Au moyen des attributs qui les distinguent. Ainsi, voilà Noé, dans l’arche, qui se sauva avec sa famille, lorsque le Dieu très haut commanda aux eaux, et que toute la terre fut submergée avec ses habitants; Noé et les siens échappèrent seuls au déluge. »

A ces mots, l’empereur se mit à rire et dit :

« Tu as deviné juste lorsque tu as reconnu ici Noé; quant à la submersion de la terre entière, c’est un fait que nous n’admettons pas. Le déluge n’a pu embrasser qu’une portion de la terre ; il n’a atteint ni notre pays ni celui de l’Inde (158). »

Ibn Wahab rapportait qu’il craignit de réfuter ce que venait de dire l’empereur et de faire valoir les arguments qui étaient à sa disposition, vu que le prince n’aurait pas voulu les admettre; mais il reprit: « Voilà Moïse et son bâton, avec les enfants d’Israël. »

L’empereur dit : « C’est vrai; mais Moïse se fit voir sur un bien petit théâtre, et son peuple se montra mal disposé à son égard. »

Je repris : « Voilà Jésus, sur un âne, entouré des apôtres. »

L’empereur dit : « Il a eu peu de temps à paraître sur la scène. Sa mission n’a guère duré qu’un peu plus de trente mois. »

Ibn Wahab continua à passer en revue les différents prophètes; mais nous nous bornons à répéter une partie de ce qu’il nous dit.

Ibn Wahab ajoutait qu’au-dessus de chaque figure de prophète on voyait une longue inscription, qu’il supposa renfermer le nom des prophètes, le nom de leur pays et les circonstances qui accompagnèrent leur mission.

Ensuite il poursuivit ainsi : « Je vis la figure du prophète, sur qui soit la paix! Il était monté sur un chameau, et ses compagnons étaient également sur leur chameau, placés autour de lui. Tous portaient à leurs pieds des chaussures arabes ; tous avaient des cure-dents attachés à leur ceinture. M’étant mis à pleurer, l’empereur chargea l’interprète de me demander pourquoi je versais des larmes, je répondis : « Voilà notre prophète, notre seigneur et mon cousin, sur lui soit la paix ! »

L’empereur répondit : « Tu as dis vrai ; lui et son peuple ont élevé le plus glorieux des empires. Seulement il n’a pu voir de ses yeux l’édifice qu’il avait fondé; l’édifice n’a été vu que de ceux qui sont venus après lui. »

Je vis un grand nombre d’autres figures de prophètes dont quelques-unes faisaient signe de la main droite, réunissant le pouce et l’index, comme si, en faisant ce mouvement, elles voulaient attester quelque vérité (159). Certaines figures étaient représentées debout sur leurs pieds, faisant signe avec leurs doigts vers le ciel. Il y avait encore d’autres figures; l’interprète me dit que ces figures représentaient les prophètes de la Chine et de l’Inde (160). » « Ensuite l’empereur m’interrogea au sujet des califes et de leur costume, ainsi que sur un grand nombre de questions de religion, de mœurs et d’usages, suivant qu’elles se trouvaient à ma portée; puis il ajouta :

« Quelle est, dans votre opinion, l’âge du monde? »

Je répondis: « On ne s’accorde pas à cet égard. Les uns disent qu’il a six mille ans, d’autres moins, d’autres plus ; mais la différence n’est pas grande. » Là-dessus, l’empereur se mit à rire de toutes ses forces. Le vizir qui était debout auprès de lui témoigna aussi qu’il n’était pas de mon avis.

L’empereur me dit : « Je ne présume pas que votre prophète ait dit cela. »

Là-dessus la langue me tourna, et je répondis : « Si, il l’a dit. »

Aussitôt je vis quelques signes d’improbation sur sa figure ; il chargea l’interprète de me transmettre ces mots: « Fais attention à ce que tu dis; on ne parie aux rois qu’après avoir bien pesé ce qu’on va dire. Tu as affirmé que vous ne vous accordez pas sur cette question ; vous êtes donc en dissidence au sujet d’une assertion de votre prophète, et vous n’acceptez pas tout ce que vos prophètes ont établi. Il ne convient pas d’être divisé dans des cas semblables ; au contraire, des affirmations pareilles devraient être admises sans contestation. Prends donc garde à cela et ne commets plus la même imprudence. »

L’empereur dit encore beaucoup de choses qui sont échappées de ma mémoire, à cause de la longueur du temps qui s’est écoulé dans l’intervalle; puis il ajouta : « Pourquoi ne t’es-tu pas rendu de préférence auprès de ton souverain, qui se trouvait bien mieux à ta portée que nous pour la résidence et pour la race ? »

Je répondis: « Bassora, ma patrie, était dans la désolation ; je me trouvais à Syraf ; je vis un navire qui allait mettre à la voile pour la Chine; j’avais entendu parler de l’éclat que jette l’empire de la Chine, et de l’abondance des biens qu’on y trouve. Je préférai me rendre dans cette contrée et la voir de mes yeux. Maintenant je m’en retourne dans mon pays, auprès du monarque mon cousin (161); je raconterai au monarque l’éclat que jette cet empire, et dont j’ai été témoin. Je lui parlerai de la vaste étendue de cette contrée, de tous les avantages dont j’y ai joui, de toutes les bontés qu’on y a eues pour moi. »

Ces paroles firent plaisir à l’empereur ; il me fit donner un riche présent; il voulut que je m’en retournasse à Khanfou sur les mulets de la poste (162).

Il écrivit même au gouverneur de Khanfou, pour lui recommander d’avoir des égards pour moi, de me considérer plus que tous les fonctionnaires de son gouvernement, et de me fournir tout ce qui me serait nécessaire jusqu’au moment de mon départ. Je vécus dans l’abondance et la satisfaction, jusqu’à mon départ de la Chine. »

 tours le long des murs de l'époque Tang Chang'an, comme représenté sur cette murale 8ème siècle à partir de (682-701) tombeau de Li Chongrun au mausolée Qianling dans le Shaanxi
Les tours de garde sur le long des murs de l’époque de la dyanstiee  Tang  dans la capitale impériale de Chang’an, (Khomdan) fresque  murale (682-701) du tombeau de Li Chongrun au mausolée Qianling dans le Shaanxi

Nous questionnâmes Ibn Wahab au sujet de la ville de Khomdan, où résidait l’empereur, et sur la manière dont elle était disposée.

Il nous parla de l’étendue de la ville et du grand nombre de ses habitants. La ville, nous dit-il, est divisée en deux parties qui sont séparées par une rue longue et large.

L’empereur, le vizir, les troupes, le cadi des cadis, les eunuques de la cour et toutes les personnes qui tiennent au gouvernement occupent la partie droite et le côté de l’Orient. On n’y trouve aucune personne du peuple, ni rien qui ressemble à un marché.

Les rues sont traversées par des ruisseaux et bordées d’arbres; elles offrent de vastes hôtels.

La partie située à gauche, du côté du couchant, est destinée au peuple, aux marchands, aux magasins et aux marchés.

Le matin, quand le jour commence, on voit les intendants du palais impérial, les domestiques de la cour, les domestiques des généraux et leurs agents entrer à pied ou à cheval dans la partie de la ville où sont les marchés et les boutiques; on les voit acheter des provisions et tout ce qui est nécessaire à leur maître; après cela, ils s’en retournent, et l’on ne voit plus aucun d’eux dans cette partie de la ville jusqu’au lendemain matin (163).

La Chine possède tous les genres d’agrément; on y trouve des bosquets charmants, des rivières qui serpentent au travers ; mais on n’y trouve pas le palmier.

Le califat abbasside  au 9e siècle
Le califat abbasside au 9e siècle

On raconte en ce moment un fait dont nos ancêtres n’avaient aucune idée. Personne, jusqu’ici, n’avait supposé que la mer qui baigne la Chine et l’Inde était en communication avec la mer de Syrie; une pareille chose eût paru incroyable jusqu’à ces derniers temps.

Or nous avons entendu dire qu’on vient de trouver dans la mer Méditerranée (mer de Roum ou mer du pays des Romains) des pièces d’un navire arabe qui se composait de parties cousues ensemble.

Ce navire s’était brisé avec son équipage ; les vagues l’avaient mis en pièces, et les vents, par l’entremise des vagues, avaient poussé ses débris dans la mer des Khazar (la mer Caspienne).

De là les débris avaient été jetés dans le canal de Constantinople, d’où ils étaient arrivés dans la mer de Roum et la mer de Syrie. Ce fait montre que la mer tourne la Chine, les îles de Syla, le pays des Turks et des Khazar; ensuite elle se jette dans le canal de Constantinople, et communique avec la mer de Syrie.

En effet, il n’y a que les navires de Syraf dont les pièces soient cousues ensemble ; les navires de Syrie et du pays de Roum sont fixés avec des clous, et non avec des fils (164).

On nous a raconté, de plus, qu’il a été trouvé de l’ambre dans la mer de Syrie. C’est une des choses qui paraissent incroyables, et dont on ne connaissait pas autrefois d’exemple.

Pour que ce qu’on à raconté à cet égard fût vrai, il faudrait que l’ambre dont on parle fût arrivé dans la mer de Syrie par la mer d’Aden et de Colzom (la mer Rouge) ; en effet, la dernière de ces mers est en communication avec les mers dans lesquelles se forme l’ambre.

Mais le Dieu très haut n’a-t-il pas dit qu’il avait élevé une barrière entre les deux mers (la mer Rouge et la mer Méditerranée (165)? Si donc le récit qu’on fait est vrai, il faut supposer que l’ambre trouvé dans la mer Méditerranée fait partie de l’ambre que la mer de l’Inde jette dans les autres mers, de manière que cet ambre, allant d’une mer à l’autre, sera arrivé jusque dans la mer de Syrie (166).

Map de Java , Indonésie
Map de Java  (Zabedj), Indonésie

DE LA VILLE DU ZABEDJ ou De Java (167)

Nous commençons par la mention de la ville du Zabedj (Medinet-Al-zâbedj), vu que sa situation est en face de la Chine, et qu’entre cette ville et la Chine il y a la distance d’un mois de marche, par mer, et même moins que cela, lorsque le vent est favorable.

Le roi du Zabedj porte le titre de maharadja (le grand radja).

On dit que sa capitale a neuf cents parasanges de superficie (168). Ce prince règne sur un grand nombre d’îles, qui s’étendent sur une distance de mille parasanges et même davantage.

Au nombre de ses possessions sont l’île appelée Sarbaza (169), dont la superficie est, à ce qu’on dit, de quatre cents parasanges, et l’île nomméeAlrâmy (170), qui a huit cents parasanges de superficie.

On trouve dans cette dernière île le bois de Brésil (baccam), le camphre, etc. Le roi du Zabedj compte encore parmi ses possessions l’île de Kalah, qui est située à mi-chemin entre les terres de la Chine et le pays des Arabes (171).

La superficie de nie de Kalah est, à ce qu’on dit, de quatre-vingts parasanges.

Kalah est le centre du commerce de l’aloès, du camphre, du sandal, de l’ivoire, du plomb alcaly (172), de l’ébène, du bois de Brésil, des épiceries de tous les genres, et d’une foule d’objets qu’il serait trop long d’énumérer. C’est là que se rendent maintenant les expéditions qui se font de l’Oman ; c’est de là que partent les expéditions qui se font pour le pays des Arabes.

L’autorité du Maba-radja s’exerce sur ces diverses îles.

L’île dans laquelle il réside est extrêmement fertile, et les habitations s’y succèdent sans interruption.

Un homme, dont la parole mérite toute croyance, a affirmé que, lorsque les coqs, dans les États du Zabedj, comme dans nos contrées, chantent le matin pour annoncer l’approche du jour, ils se répondent les uns aux autres, sur une étendue de cent parasanges et au delà.

Cela tient à la suite non interrompue des villages et à leur succession régulière (173).

En effet, il n’y a pas de terres désertes dans cette île; il n’y a pas d’habitations en ruines. Celui qui va dans ce pays, lorsqu’il est en voyage et qu’il est sur une monture, marche tant qu’il lui fait plaisir; et, s’il est ennuyé, ou si la monture a de la peine a continuer la route, il est libre de s’arrêter où il veut.

Dès le 1er siècle de notre ère bateaux indonésiens ont fait des voyages de cabotage jusqu'en Afrique. Photo un navire gravé sur Borobudur, vers 800 CE.
Dès le 1er siècle JC des  bateaux indonésiens qui partait de Java (Zabedj) ont fait des voyages jusqu’en Afrique, cette illustration d’un navire  date de l’an 800 sur Borobudur, Indonésie, de l’époque de l’auteur Abu Zayd al-Sirafi.

Une des choses les plus singulières qu’on nous a racontées sur l’île du Zabedj, est celle qui concerne un de ses anciens rois. Ce roi était appelé le Maharadja. Son palais était tourné vers un tseladj qui prenait naissance i la mer, et l’on entend par tseladj un actuaire semblable à celui que forme le Tigre qui passe devant Bagdad et Bassora, actuaire qu’envahit l’eau salée de la mer, au moment du flux, et où l’eau est douce au moment du reflux. L’eau formait un petit étang attenant au palais du roi. Le matin de chaque jour, l’intendant se présentait devant le roi et lui offrait un lingot d’or en forme de brique; chaque brique pesait un certain nombre de mannas dont la somme ne m’est pas connue. Ensuite, l’intendant jetait cette brique, en présence du roi, dans l’étang. Au moment du flux, l’eau couvrait cette brique et les autres briques qui y étaient entassées, et on ne distinguait plus rien ; mais, quand l’eau s’était retirée, on apercevait les briques, et elles jetaient un grand éclat aux rayons du soleil. Le roi, lorsqu’il donnait audience, se plaçait dans une salle qui dominait l’étang, et il avait le visage tourné vers l’eau.

Cet usage ne souffrait pas d’interruption ; chaque jour on jetait une brique d’or dans l’étang, et, tant que le roi vivait, on ne touchait jamais à ces briques. Mais, à sa mort, son successeur faisait retirer toutes ces briques sans en laisser aucune. On les comptait, on les faisait fondre, puis on distribuait l’or aux princes de la famille royale, hommes et femmes, à leurs enfants, à leurs officiers, à leurs eunuques, à proportion de leur rang et des prérogatives attachées aux diverses fonctions. Ce qui restait était distribué aux pauvres et aux malheureux. On avait eu soin d’enregistrer les briques d’or et leur poids total. Une note portait que tel roi qui avait régné à telle époque et tel nombre d’années, avait fait jeter dans l’étang royal un tel nombre de briques d’or, pesant tant; qu’après sa mort, ces briques avaient été partagées entre les princes de la famille royale. Or l’honneur était réservé pour le roi dont le règne s’était prolongé le plus longtemps, et qui avait amassé un plus grand nombre de briques d’or.

 

Les récits qui ont cours dans le pays font mention, dans les temps anciens, d’un roi de Comar, pays qui produit l’aloès surnommé al-comâry (174). Ce pays n’est pas une île; sa situation est (sur le continent indien) du côté qui fait face au pays des Arabes. Aucun royaume ne renferme une population plus nombreuse que celui de Comar. Tout le monde y va à pied. Les habitants s’interdisent le libertinage et les différentes espèces de nabyd (175); rien d’indécent ne se voit dans leur pays et leur empire. Le Comar est dans la direction du royaume du Maharadja et de l’île du Zabedj. Entre les deux royaumes, il y a dix journées de navigation, en latitude (176), et un peu plus, en s’élevant jusqu’à vingt journées, quand le vent est faible (177).

On raconte que jadis le royaume de Comar tomba entre les mains d’un jeune prince d’un caractère naturellement prompt. Le prince était un jour assis dans son palais, et le palais dominait sur une rivière d’eau douce semblable au Tigre de l’Irak ; entre le palais et la mer il y avait la distance d’une journée. Le vizir se trouvait devant le roi, et déjà il avait été question de l’empire du Maba-radja, de l’éclat qu’il jetait, du nombre de ses sujets et des îles qui lui obéissaient. Tout à coup le roi dit au vizir : « Il m’est venu une envie que je voudrais bien pouvoir satisfaire. »

Le vizir, qui était sincèrement attaché à son maître, et qui connaissait sa légèreté, lui dit : « Et quelle est cette envie, ô roi? »

Le prince reprit : « Je voudrais voir devant moi la tête du roi du Zabedj exposée sur un plat. »

Le vizir comprit que c’était la jalousie qui faisait ainsi parler le roi, et reprit : « Je ne verrais pas avec plaisir le roi nourrir de telles pensées. Aucun sentiment de haine ne s’est manifesté entre nous et entre ce peuple, ni en actions ni en paroles. Il ne nous a jamais fait de mal. D’ailleurs, il vit dans une île éloignée; il n’a que des rapports lointains avec nous; et il n’a jamais montré le désir de s’emparer de notre pays. Il ne faudrait pas que personne eût connaissance de ce que le roi a dit, ni que le roi en répétât un seul mot. »

Tout les royaumes et états  Afro-eurasiatique en l'an 800
Tout les royaumes et états Afro-Eurasiens en l’an 800, cliquez pour agrandir.

Ce langage irrita le roi ; le prince ne voulut pas avoir égard à un avis si sage, et il répéta le propos qu’il avait tenu devant ses officiers et devant las principaux personnages de sa cour. Ce propos passa de bouche en bouche, et se répandit tellement, qu’il parvint jusqu’aux oreilles du Maharadja.

Celui-ci était un homme d’un caractère ferme, d’un esprit vif et doué d’expérience; il était arrivé à un âge moyen.

Il manda son vizir et lui fit part de la nouvelle qui lui était parvenue; puis il ajouta: «Il ne convient pas, après tout ce qui a été dit au sujet de cet étourdi, après les désirs insensés que font naître en lui sa jeunesse et sa présomption, et après le propos qui circule en ce moment, que nous le laissions tranquille; car c’est une des choses qui font tort à un roi, qui le rabaissent et qui le déconsidèrent. »

Il lui recommanda de garder le silence sur ce qui venait de se passer entre eux ; mais, en même temps, il lui ordonna de faire préparer mille navires de moyenne grandeur, avec leurs machines de guerre, et de fournir chaque vaisseau d’armes et de guerriers, en aussi grande quantité que le comporterait le navire.

Le roi chercha à faire croire qu’il voulait se livrer à une promenade à travers les îles qui composaient son empire. Il écrivit aux gouverneurs de ces îles, pour leur annoncer son projet de les visiter et de se récréer dans leur île ; ce bruit se propagea partout, et chaque gouverneur se prépara à faire une réception convenable au Maharadja.

Éléphants d’Inde

Mais, lorsque les préparatifs furent terminés et que toutes les dispositions eurent été prises, le roi monta sur sa flotte et se rendit avec ses troupes dans le royaume de Comar. Le roi et ses guerriers faisaient usage du cure-dent; chaque homme se nettoyait les dents plusieurs fois par jour; on portait le cure-dent sur soi, et l’on ne s’en séparait pas, ou bien on le confiait à son domestique.

Le roi de Comar n’eut connaissance du danger qui le menaçait que lorsque la flotte fut entrée dans le fleuve qui conduisait à sa capitale, et que les guerriers du Maharadja furent débarqués.

Le Maharadja saisit donc le roi de Comar à l’improviste; il le prit et s’empara de son palais; les officiers du roi de Comar avaient pris la fuite. Le Maharadja fit proclamer sûreté pour tout le monde, et s’assit sur le trône du roi de Comar ; puis, faisant venir le roi de Comar, qui avait été fait prisonnier, ainsi que son vizir, il dit au roi : « Qu’est-ce qui t’a porté à former un désir qui était au-dessus de tes forces, qui, l’eusses-tu réalisé, ne t’aurait procuré aucun avantage, et que, d’ailleurs, n’aurait justifié aucune espèce de succès? »

Le roi ne répondit rien. Le Maharadja reprit : « Si, outre le désir que tu as exprimé de voir ma tête exposée sur un plat devant toi, tu avais manifesté l’envie de ravager mes États, de t’en rendre maître, ou d’y faire des dégâts quelconques, je t’aurais traité de la même manière, mais, tu n’as désiré qu’une chose en particulier, je vais t’appliquer le même traitement, après quoi je m’en retournerai dans mes États, sans avoir touché à rien de ce qui t’appartient, en choses considérables ou de peu de valeur. Cela servira de leçon aux personnes qui viendront après toi; chacun saura qu’on ne doit pas entreprendre au delà de ses forces et des moyens qu’on a reçus en partage, et il s’estimera heureux d’avoir la santé, quand il se portera bien. »

En même temps, il fit couper la tête au roi.

Ensuite le Maharadja s’approcha du vizir et lui dit : « Tu t’es conduit en digne vizir ; sois récompensé de ta manière d’agir; je sais que tu avais donné de bons conseils à ton maître, s’il avait voulu les agréer. Cherche maintenant un homme qui soit capable d’occuper le trône après cet insensé, et mets-le à sa place. »

La vallée de l'indus, dans le sindh ou prend source l'haplogroup LT.  La civilisation de la vallée de l'Indus (v. 5000 av. J.-C. – 1900 av. J.-C.), dite aussi civilisation harappéenne, est une civilisation de l'Antiquité dont l'aire géographique s'étendait principalement dans la vallée du fleuve Indus dans le sous-continent indien (autour du Pakistan moderne). Bien que probable, l'influence qu'elle a pu avoir sur la culture hindoue contemporaine n'est pas clairement établie.
La vallée de l’indus, dans le sindh ou prend source l’haplogroup LT. La civilisation de la vallée de l’Indus (v. 5000 av. J.-C. – 1900 av. J.-C.), dite aussi civilisation harappéenne, est une civilisation de l’Antiquité dont l’aire géographique s’étendait principalement dans la vallée du fleuve Indus dans le sous-continent indien (autour du Pakistan moderne). Bien que probable, l’influence qu’elle a pu avoir sur la culture hindoue contemporaine n’est pas clairement établie.

Le Maharadja partit à l’instant même pour retourner dans ses États, sans que lui ni aucun des siens eût touché à rien de ce qui appartenait au roi de Comar. A son retour dans ses Etats, il s’assit sur son trône, ayant la face tournée vers l’étang, et fit mettre devant lui le plat sur lequel se trouvait la tête du roi de Comar. En même temps, il convoqua les grands de l’État et leur raconta ce qui s’était passé, avec les motifs qui l’avaient forcé de faire cette expédition. Les peuples du Zabedj firent des vœux pour lui et lui souhaitèrent toute sorte de bonheur.

Ensuite le Maharadja ordonna de laver la tête et de l’embaumer; puis, la mettant dans un vase, il l’envoya au prince qui occupait en ce moment le trône de Comar. La tête était accompagnée d’une lettre ainsi conçue : « L’unique motif qui me porta à traiter ton prédécesseur comme j’ai fait, ce fut sa mauvaise manière d’agir à notre égard et la nécessité de donner une leçon à ses pareils. Nous lui avons appliqué le traitement qu’il voulait nous infliger. Maintenant, nous croyons devoir te renvoyer sa tête, vu que nous n’avons aucun intérêt à la garder, et que nous n’attachons aucun honneur à la victoire que nous avons remportée sur lui. »

Quand la nouvelle de ces événements se fut répandue parmi les rois de l’Inde et de la Chine, le Maharadja grandit à leurs yeux. A partir de ce moment, les rois de Comar, chaque matin, à leur lever, tournaient la tête vers les pays du Zabedj et se prosternaient, adorant le Maharadja, en signe de respect.

Les rois de l’Inde et de la Chine croient a la métempsycose, et en font un principe de religion. Un homme dont le témoignage est digne de foi rapporte qu’un de ces rois eut la petite-vérole, et que, lorsqu’il fut sorti de maladie, s’étant regardé dans un miroir, il se trouva le visage laid. Il se tourna vers un fils de son frère, et lui dit : « Un homme comme moi ne peut pas rester dans ce corps, changé comme il est. Le corps est une simple enveloppe de l’âme, quand mon âme aura quitté ce corps, elle entrera dans un autre. Prends possession du trône ; je vais séparer mon âme de mon corps, en attendant que j’entre dans le corps d’un autre. » En même temps, il fit apporter son khandjar, qui était bien aiguisé et tranchant; il ordonna qu’on lui coupât la tête, après quoi il fut brûlé.

Copie européenne de la carte du monde du géographe arabe  al-Idrissi du 12e siècle
Copie européenne de la carte du monde du géographe arabe al-Idrissi du 12e siècle

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA CHINE.

La Chine, par suite de l’extrême sollicitude du gouvernement, était autrefois, avant les troubles qui y sont survenus de nos jours, dans un ordre dont il n’y a pas d’exemple.

Un homme, originaire du Khorassan, était venu dans l’Irak et y avait acheté une grande quantité de marchandises ; puis il s’embarqua pour la Chine.

Cet homme était avare et très intéressé.

Il s’éleva un débat entre lui et l’eunuque que l’empereur avait envoyé à Khanfou, rendez-vous des marchands arabes, pour choisir, parmi les marchandises nouvellement arrivées, celles qui convenaient au prince. Cet eunuque était un des hommes les plus puissants de l’empire ; c’est lui qui avait la garde des trésors et des richesses de l’empereur.

Le débat eut lieu au sujet d’un assortiment d’ivoire et de quelques autres marchandises.

Le marchand refusant de céder ses marchandises au prix qu’on lui proposait, la discussion s’échauffa; alors l’eunuque poussa l’audace jusqu’à mettre a part ce qu’il y avait de mieux parmi les marchandises, et à s’en saisir, sans s’inquiéter des réclamations du propriétaire.

Le marchand partit secrètement de Khanfou, et se rendit à Khomdan, capitale de l’empire, à deux mois de marche, et même davantage.

Il se dirigea vers la chaîne dont il a été parlé dans le livre premier (178).

L’usage est que celui qui agite la sonnette sur la tête du roi soit conduit immédiatement à dix journées de distance, dans une espèce de lieu d’exil.

29) La mosquée de X'ian (742) de l'péoque de la dynastie chinoise des Tang La grande mosquée de Xian est la plus grande et mieux préservée des premières mosquées de la Chine. Localisée à Xi'an capitale de la province de Shaanxi, elle est le signe de la très grande ouverture des Tang aux communautés étrangères. La mosquée mesure environ 48 m par 248, occupant environ 12 000 m². Une stèle d’époque Ming date la mosquée de 742. Construite sous l’empire des Tang, elle allie traditions musulmanes et chinoises. On y retrouve l’ensemble des lieux d’une mosquée, mais disséminés dans plusieurs pavillons agrémentés de parterres et de bosquets. Elle a été probablement fondée par l'amiral Cheng Ho, le fils d'une famille musulmane prestigieuse et Hajj, célèbre pour avoir nettoyé la mer de Chine[Laquelle ?] des pirates. Depuis sa reconstruction en 1392, la mosquée a subi des travaux de restauration à trois reprises. Elle possède plusieurs noms : Grande Mosquée de Xian, Huajuexiang Mosquée de Xian, Mosquée de Hua Jue Lane, Mosquée Huachueh, Mosquée Hua Jue Xiang, Mosquée Hua Jue Jiang, Qing Zhen Si.
La mosquée de X’ian (742 jc)  (=Khomdan) de l’époque de la dynastie chinoise des Tang  est la plus grande et mieux préservée des premières mosquées de la Chine. Localisée à Xi’an capitale de la province de Shaanxi, ancienne capitale des Tang elle est le signe de la très grande ouverture des Tang aux communautés étrangères.
La mosquée mesure environ 48 m par 248, occupant environ 12 000 m². Une stèle d’époque Ming date la mosquée de 742. Construite sous l’empire des Tang, elle allie traditions musulmanes et chinoises. On y retrouve l’ensemble des lieux d’une mosquée, mais disséminés dans plusieurs pavillons agrémentés de parterres et de bosquets. Elle a été probablement fondée par l’amiral Cheng Ho, le fils d’une famille musulmane prestigieuse et Hajj, célèbre pour avoir nettoyé la mer de Chine des pirates. Depuis sa reconstruction en 1392, la mosquée a subi des travaux de restauration à trois reprises..
Là, il est tenu en prison pendant deux mois; ensuite le gouverneur du lieu le fait venir en sa présence et lui dit :

« Tu as fait une démarche qui, si ta réclamation n’est pas fondée, entraînera ta perte et l’effusion de ton sang. En effet, l’empereur avait placé à la portée de toi et des personnes de ta profession des vizirs et des gouverneurs auxquels il ne tenait qu’à toi de demander justice. Sache que, si tu persistes à t’adresser directement à l’empereur, et que tes plaintes ne soient pas de nature à justifier une telle démarche, rien ne pourra te sauver de la mort. Il est bon que tout homme qui voudrait faire comme toi soit détourné de suivre ton exemple jusqu’au bout. Désiste-toi donc de ta réclamation, et retourne à tes affaires. »

Or, quand un homme, en pareil cas, retire sa plainte, on lui applique cinquante coups de bâton et on le renvoie dans le pays d’où il est parti, mais, s’il persiste, on le conduit devant l’empereur.

Tout cela fut pratiqué à l’égard du Khorassanien ; mais il persista dans sa plainte, et demanda à parler a l’empereur. Il fut donc ramené dans la capitale, et conduit devant le prince. L’interprète l’interrogea sur le but de sa démarche ; le marchand raconta comment un débat s’était élevé entre lui et l’eunuque, et comment l’eunuque lui avait arraché sa marchandise des mains.

Le bruit de cette affaire s’était répandu dans Khanfou, et y était devenu public.

L’empereur ordonna de remettre le Khorassanien en prison, et de lui fournir tout ce dont il aurait besoin pour le boire et le manger.

En même temps il fit écrire par le vizir à ses agents de Khanfou, pour les inviter à prendre des informations sur le récit qu’avait fait le Khorassanien, et à tacher de découvrir la vérité.

Les mêmes ordres furent donnés au maître de la droite, au maître de la gauche et au maître du centre; en effet, c’est sur ces trois personnages que roule, après le vizir, la direction des troupes; c’est à eux que l’empereur confie la garde de sa personne ; quand le prince marche avec eux à la guerre et dans les occasions analogues, chacun des trois prend autour de lui la place qu’indique son titre (179).

Une Forteresse de la  frontière chinoise sur la Route de la Soie.  des responsables chinois et des gardes des ouïgour, des arabes et marchands sogdiens.
Une Forteresse de la frontière chinoise sur la Route de la Soie.
de gouverneur, ses ministres et des gardes chinois avec des marchants  ouïgour, arabes et soghdiens.

 

Ces trois fonctionnaires écrivirent donc à leurs subordonnés.

Mais tous les renseignements qu’on recevait tendaient à justifier le récit qu’avait fait le Khorassanien.

Des lettres conçues dans ce sens arrivèrent de tous les côtés à l’empereur. Alors le prince manda l’eunuque; dès que celui-ci fut arrivé, on confisqua ses biens, et le prince retira de ses mains la garde de son trésor; en même temps le prince lui dit :

« Tu mériterais que je te fisse mettre à mort.

Tu m’as exposé aux censures d’un homme qui est parti du Khorassan, sur les frontières de mon empire, qui est allé dans le pays des Arabes, de là dans les contrées de l’Inde, et enfin dans mes États, dans l’espoir d’y jouir de mes bienfaits; tu voulais donc que cet homme, en passant, à son retour, par les mêmes pays, et en visitant les mêmes peuples, dît: « J’ai été victime d’une injustice en Chine, et on m’y a volé mon bien. »

Je veux bien m’abstenir de répandre ton sang, à cause de tes anciens services; mais je vais te préposer à la garde des morts, puisque tu n’a pas su respecter les intérêts des vivants! Par les ordres de l’empereur, cet eunuque fut chargé de veiller à la garde des tombes royales, et de les maintenir en bon état.

Une des preuves de l’ordre admirable qui régnait jadis dans l’empire, à la différence de l’état actuel, c’est la-manière dont se rendaient les décisions judiciaires, le respect que la loi trouvait dans les cœurs, et l’importance que le gouvernement, dans l’administration de la justice, mettait à faire choix de personnes qui eussent donné des garanties d’un savoir suffisant dans la législation, d’un zèle sincère, d’un amour de la vérité à toute épreuve, d’une volonté bien décidée de ne pas sacrifier le bon droit en faveur des personnes en crédit, d’un scrupule insurmontable à l’égard des biens des faibles et de ce qui se trouverait sous leurs mains.

Lorsqu’il s’agissait de nommer le cadi des cadis, le gouvernement, avant de l’investir de sa charge, l’envoyait dans toutes les cités qui, par leur importance, sont considérées comme les colonnes de l’empire.

Cet homme restait dans chaque cité un ou deux mois, et prenait connaissance de l’état du pays, des dispositions des habitants et des usages de la contrée. Il s’informait des personnes sur le témoignage desquelles on pouvait compter, à tel point que, lorsque ces personnes auraient parlé, il fut inutile de recourir à de nouvelles informations.

Quand cet homme avait visité les principales villes de l’empire, et qu’il ne restait pas de lieu considérable où il n’eût séjourné, il retournait dans la capitale et on le mettait en possession de sa charge.

C’est le cadi des cadis qui choisissait ses subalternes et qui les dirigeait.

Paysage autour de Yangshuo dans le Guangxi chine
Paysage autour de Yangshuo dans le Guangxi , Chine

 

Sa connaissance des diverses provinces de l’empire, et des personnes qui, dans chaque pays, étaient dignes d’être chargées de fonctions judiciaires, qu’elles fussent nées dans le pays même ou ailleurs, était une connaissance raisonnée, laquelle dispensait de recourir aux lumières de gens qui peut-être auraient obéi à certaines sympathies, ou qui auraient répondu aux questions d’une manière contraire à la vérité.

On n’avait pas à craindre qu’un cadi écrivit à son chef suprême une chose dont celui-ci aurait tout de suite reconnu la fausseté, et qu’il le fit changer de direction.

Chaque jour, un crieur proclamait ces mots à la porte du cadi des cadis :

« Y a-t-il quelqu’un qui ait une réclamation à exercer soit contre l’empereur, dont la personne est dérobée à la vue de ses sujets, soit contre quelqu’un de ses agents, de ses officiers et de ses sujets en général ? Pour tout cela je remplace l’empereur, en vertu des pouvoirs qu’il m’a conférés et dont il m’a investi. »

Le crieur répétait ces paroles trois fois.

En effet, il est établi en principe que l’empereur ne se dérange pas de ses occupations, à moins que quelque gouverneur ne se soit rendu coupable d’une iniquité évidente, ou que le magistrat suprême n’ait négligé de rendre la justice et de surveiller les personnes chargées de l’administrer.

Or, tant qu’on se préserva de ces deux choses, c’est-à-dire tant que les décisions rendues par les administrations furent conformes à l’équité, et que les fonctions de la magistrature ne furent confiées qu’à des personnes amies de la justice, l’empire se maintint dans l’état le plus satisfaisant.

Place d'un marcher sur la mythique route de la soie
Place d’un marcher sur la mythique route de la soie

On a vu que le Khorassan était, limitrophe des provinces de l’empire.

Entre le Sogd (la Sogdiane) et la Chine proprement dite, il y a une distance de deux mois de marche, et cet espace consiste dans un désert impraticable et dans des sables qui se succèdent d’une manière non interrompue, n’offrant ni eau, ni rivières, ni habitations.

Voilà pourquoi les guerriers du Khorassan ne songent pas à envahir les provinces de la Chine (180).

La Chine, du côté du soleil couchant, a pour limite la ville appelée Madou, sur les frontières du Tibet.

La Chine et le Tibet sont dans un état d’hostilités continuelles (181).

Quelqu’un de ceux qui ont fait le voyage de Chine nous a dit y avoir vu un homme qui portait sur son dos du musc dans une outre; cet homme était parti de Samarkand, et avait franchi à pied la distance qui sépare son pays de la Chine.

Il était venu de ville en ville jusqu’à Khanfou, place où se dirigent les marchands de Syraf.

Le pays où vit la chèvre qui fournit le musc de Chine, et le Tibet, ne forment qu’une seule et même contrée.

Les Chinois attirent à eux les chèvres qui vivent près de leur territoire; il en est de même des habitants du Tibet.

La supériorité du musc du Tibet sur celui de la Chine tient à deux causes : la première est que la chèvre qui produit le musc trouve, sur les frontières du Tibet, des plantes odorantes (182), tandis que les provinces qui dépendent de la Chine n’offrent que les plantes vulgaires.

La seconde cause consiste en ce que les habitants du Tibet laissent les vessies dans leur état naturel, au lieu que les Chinois . altèrent les vessies qui se trouvent à leur portée. Ajoutez à cela que le musc chinois nous vient par la mer, et que, dans le trajet, il contracte une certaine humidité.

Quand les Chinois laissent le musc dans sa vessie, et que la vessie est déposée dans un vase bien fermé (183), il arrive dans le pays des Arabes ayant les mêmes qualités que le musc du Tibet

Les murs de la capitale des Tang de Chang'an (Xi(an) ou Khomdan en arabe, En 763, les cavaliers de Trisong Detsen (740-797), roi du Tibet, envahissent Xi'an. L'empereur chinois Daizong de la dynastie Tang s'étant enfui, les Tibétains nommèrent un nouvel empereur. À Xi'an se trouve une stèle de pierre qui prouve la présence de chrétiens nestoriens en Chine dès le viie siècle, probablement venus de Perse par la route de la soie. À la suite du traité de paix sino-tibétain de 822, une stèle connue sous le nom de « Tablette de pierre de l’Unité du long Terme » fut érigée devant la porte principale du Temple de Jokhang à Lhassa et dont il existerait 2 autres copies, l'une à Xi'an (Chang'an) à la porte de l'empereur, et l'autre à la frontière tibéto-chinoise7. Y sont inscrits les termes du traité d'alliance. Minaret de la grande mosquée de Xi'an Cette ville possède une communauté musulmane dont la présence remonte aux commerçants arabes ou persans venus par la Route de la Soie au Moyen Âge. Elle possède une étonnante mosquée de style chinois très ancienne.
Les murs de la capitale des Tang de Chang’an (Xi’an) ou Khomdan en arabe, En 763, les cavaliers de Trisong Detsen (740-797), roi du Tibet, envahissent Xi’an. L’empereur chinois Daizong de la dynastie Tang s’étant enfui, les Tibétains nommèrent un nouvel empereur.
Cette ville possède une communauté musulmane dont la présence remonte aux commerçants arabes et persans venus par la Route de la Soie.  Elle possède une mosquée de style chinois construite en 742 jc.

Le premier de tous les genres de musc est celui que la chèvre dépose en se frottant contre les rochers des montagnes, au moment où la matière s’est amassée dans son nombril, et qu’elle s’y est réunie sous forme d’un sang frais, comme se rassemble le sang lorsqu’il survient un ulcère.

Quand l’instant de la démangeaison est arrivé, et que l’animal en est incommodé, il se frotte contre les pierres, au point que sa peau se fend, et que ce qui est en dedans coule ; mais à peine la matière est sortie que la plaie se dessèche, et que la peau se ferme; dès lors la matière s’amasse de nouveau.

Il y a au Tibet des hommes qui font métier d’aller à la recherche du musc, et qui possèdent, à cet égard, des connaissances particulières.

Quand ils.ont trouvé du musc, ils le ramassent, le réunissent ensemble et le déposent dans des vessies.

Ce musc est réservé pour les princes.

Le musc a acquis son plus haut mérite, quand il a eu le temps de mûrir, dans la vessie.

Sur l’animal même, il l’emporte alors sur les autres muscs, de même que les fruits qui mûrissent sur l’arbre l’emportent sur les fruits qu’on cueille avant leur parfaite maturité.

Du reste, on va à la chasse des chèvres avec des filets dressés ou avec des flèches.

Quelquefois on enlève la vessie de l’animal avant que le musc soit mûr.

En ce cas, quand on retire le musc de dessus l’animal, il a une odeur désagréable qui dure un certain temps, jusqu’à ce qu’il ait séché ; mais, du moment que le musc est sec, ce qui n’a lieu qu’après beaucoup de temps, il change, et alors il devient véritablement du musc.

La face nord du Mont Everest dans l'Himalaya du côté tibétain de la frontière sino-népalaise.
La face nord du Mont Everest dans l’Himalaya du côté tibétain sur la frontière sino-népalaise.

La chèvre qui produit le musc est comme nos chèvres, pour la taille, la couleur, la finesse des jambes, la division des ongles, les cornes d’abord droites, ensuite recourbées.

Elle a deux dents minces et blanches aux deux mandibules; ces dents se dressent sur la face de la chèvre; la longueur de chacune n’est pas tout à fait la distance qui existe entre l’extrémité du pouce et l’extrémité de l’index; ces dents ont la forme de la dent de l’éléphant. Voilà ce qui distingue cet animal des autres espèces de chèvre (184).

La correspondance qui a lieu entre l’empereur de la Chine et les gouverneurs des villes ainsi que les eunuques, se fait sur des mulets de la poste, qui ont la queue coupée, comme les mulets de la peste chez nous. Ces mulets suivent certaines routes déterminées d’avance (185).

Les Chinois, outre les diverses particularités que nous avons décrites, ont celle de pisser debout.

Tel est l’usage du peuple parmi les indigènes.

Quant aux gouverneurs, aux généraux et aux personnes notables, ils se servent de tubes de bois verni, de la longueur d’une coudée ; ces tubes sont percés des deux côtés, et le côté supérieur est assez large pour pouvoir y introduire le bout de la verge.

Autre vue sur le murs de la dynastie Tang (618-907) de la capitale Chang'an  en arabe khomdan et de nos jours Xian,
Autre vue sur le mur de la dynastie Tang (618-907) de la capitale Chang’an en arabe khomdan et de nos jours Xian,

On se met donc sur ses pieds quand on veut pisser ; on tourne le tube loin de soi, et on y décharge l’urine.

Les Chinois prétendent que cette manière d’uriner est plus salutaire au corps, et que toutes les maladies auxquelles est sujette la vessie, notamment la pierre, viennent uniquement de ce qu’on s’accroupit pour pisser, ajoutant que la vessie ne se décharge complètement qu’autant qu’on fait l’opération debout (186).

Ce qui fait que les hommes, chez les Chinois, se laissent pousser les cheveux sur la tête, c’est que, lorsqu’un enfant vient au monde, on se dispense de lui arrondir la tête et de la redresser, comme cela se pratique chez les Arabes (187).

Les Chinois disent que cela contribue à faire perdre au cerveau son état naturel et altère le sens commun.

La tête d’un Chinois présente un aspect difforme ; les cheveux qui la couvrent cachent ce défaut (188).

Les Chinois se divisent en tribus et en famille», comme les tribus des enfants d’Israël et des Arabes. On a égard à cela dans les choses de la vie. En Chine, un homme n’épouse pas une personne qui lui est proche et qui est de la même famille; il est obligé de chercher ailleurs.

En principe, un homme ne se marie pas dans sa tribu (189) ; c’est comme lorsque, chez les Arabes, un homme de la tribu de Tamim ne se marie pas dans la tribu de Tamim, ni un homme de la tribu de Rebya dans la tribu de Rebya, mais que les hommes de Rebya se marient dans la tribu de Modhar, et les hommes de Modhar dans la tribu de Rebya.

Les Chinois disent que c’est un moyen d’avoir de plus beaux enfants (190).

l'inde

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR L’INDE.

On voit, dans le royaume du Balhara, et dans les autres provinces de l’Inde, des hommes se brûler sur un bâcher. Cet usage vient de la croyance des Indiens à la métempsycose, croyance qui a pris racine dans leur cœur, et qui ne leur laisse pas le moindre doute.

Parmi les rois de l’Inde, il y en a qui, lorsqu’ils montent sar le trône, se font cuire du riz, et à qui on sert ce riz sur des feuilles de bananier. Le roi a auprès de lui trois ou quatre cents de ses compagnons, qui se sont attachés à sa personne volontairement et sans y être forcés; après qu’il a mangé du riz, il en présente à ses compagnons, chacun d’eux s’approche a son tour et en prend une petite portion qu’il mange.

Tous ceux qui ont mangé de ce riz sont obligés, quand le roi meurt, ou qu’il est tué, de se brûler jusqu’au dernier, le jour même où le roi est mort; c’est un devoir qui ne souffre pas de délai, et il ne doit rester de tous ces hommes ni la personne ni des vestiges (191).

Lorsqu’un homme a pris la résolution de se brûler, il se présente à la porte du gouverneur et lui demande la permission de se détruire; puis il parcourt les marchés. Pendant ce temps, on allume un bûcher d’un bois sec et pressé, et plusieurs hommes sont occupés à le faire brûler, jusqu’à ce qu’il soit devenu semblable à la cornaline pour l’incandescence et les flammes qui en sortent.

Alors l’homme se met à courir dans les marchés s ayant devant lai des cymbales, et entouré de sa famille et de ses proches. Quelqu’un lui place sur la tête une couronne de basilic dans laquelle on a entrelacé des charbons ardents; en même temps, on lui verse sur la tête de la sandaraque, qui, mêlée au feu, produit l’effet du naphte.

L’homme marche, la tête en feu; on sent sur son chemin l’odeur de la chair qui brûle, et pourtant il marche comme si de rien n’était, et on n’aperçoit sur lui aucun signe d’émotion enfin il arrive devant le bâcher et il s’y précipité; bientôt il n’est plus que cendres.

La satî (« vertueuse », fidèle jusque dans la mort), symbole du dévouement total de l'épouse à son mari, consiste pour la veuve à monter sur le bûcher du défunt et mourir brûlée vive. (gravure britannique des années 1820).
La satî (« vertueuse », fidèle jusque dans la mort), consiste  à monter sur le bûcher du défunt et mourir brûlée vive. 

Un voyageur dit avoir vu un homme qui, au moment de se jeter dans le bûcher, prit son khandjar, le plaça au-dessus de son cœur, et se fendit de sa main jusqu’au-dessous du bas-ventre.

Ensuite, il introduisit sa main gauche dans l’ouverture et, la dirigeant vers le foie, il tira tout ce qui se trouva à sa portée; pendant ce temps, il conversait comme à l’ordinaire; puis il coupa avec son khandjar un morceau de son foie, qu’il jeta à son frère ; il voulait montrer par là son mépris de la mort et son insensibilité à la douleur.

Enfin il se précipita dans le bûcher, et se rendit dans le sein de la malédiction divine (192).

L’homme qui a fait ce récit ajoutait qu’il trouva dans les montagnes de cette partie du monde un peuple de race indienne qu’on peut comparer à nos kenyfyés et à nos djelydyés (193), pour le goût des choses frivoles et insensées; il existe une espèce de rivalité entre ces hommes et ceux de la côte.

A tout instant quelqu’un de la côte se rend dans la montagne et adresse une espèce de défi aux habitants, pour voir qui supportera mieux les mutilations volontaires.

Les hommes de la montagne vont aussi défier ceux de la cote.

Un jour, un homme de la montagne se rendit dans ce but sur la côte.

Aussitôt les habitants s’assemblèrent autour de lui, les uns comme spectateurs, les autres pour prendre parti.

L’homme proposa à ceux des habitants qui avaient la prétention de lutter avec les montagnards, d’imiter tout ce qu’il ferait, ou bien, s’ils ne pouvaient en venir à bout, de s’avouer vaincus.

Ensuite il s’assit à l’extrémité d’un bois de cannes semblables à nos roseaux pour la souplesse.

La racine de ces cannes est comme celle du aldan, mais plus épaisse.

Quand on tire la tête de ces cannes, elles cèdent à l’effort et se ploient jusqu’à terre ; mais, dès qu’on les rend à elles-mêmes, elles reviennent à leur première direction. Cet homme ayant invité les assistants à tirer à eux une de ces cannes, quelqu’un prit la tête d’une canne épaisse, et la fit approcher de terre.

Alors le montagnard attacha les mèches de ses cheveux à cette canne, en les serrant fortement; puis il prit son khandjar, qui flamboyait comme le feu, et dit aux assistants : « Je vais me couper la tête avec ce khandjar.

Lorsque ma tête sera séparée du tronc, lâchez la canne à l’instant même. Au moment où la canne reprendra son ancienne place, entraînant ma tête avec elle, vous me verrez rire, et vous entendrez un petit bruit que je ferai en riant. »

Aucun homme de la côte n’osa suivre cet exemple.

Ce récit nous a été fait par un homme dont le témoignage ne peut pas être révoqué en doute (194). La chose est d’ailleurs connue de tout le monde, d’autant plus que la partie de l’Inde où le fait s’est passé est assez rapprochée du pays des Arabes, et que nous avons continuellement des nouvelles de cette contrée.

Lorsqu’une personne avance en âge, soit homme, soit femme, et que ses sens s’appesantissent, elle prie quelqu’un de sa famille de la jeter dans le feu ou de la noyer dans l’eau ; tant les Indiens sont persuadés qu’ils reviendront sur la terre. Dans l’Inde, on brûle les morts.

Carte de la rivière Indus tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècle
Carte de la rivière Indus tiré du « Kitāb Gharā’ib al-funūn wa-mula’ al-‘uyūn » Egypte, anonyme, 11eme siècle

L’île de Serendyb renferme la montagne des pierres précieuses, les pêcheries de perles, etc. Autrefois il n’était pas rare, dans cette île, de voir un homme du pays s’avancer dans le marché, tenant à la main un kri (195), c’est-à-dire un khandjar particulier au pays, d’une fabrication admirable et parfaitement aiguisé. Cet homme s’attaquait au marchand le plus considérable qui se trouvât sur son passage; il le prenait à la gorge, faisait briller le khandjar devant ses yeux, puis il le tirait hors de la ville. Tout cela se passait au milieu de la foule des assistants, et cependant il n’était au pouvoir de personne de réprimer cet excès ; car, si on essayait d’arracher le marchand à cet homme, il tuait le marchand, puis il se tuait lui-même.

Quand le voleur avait tiré le marchand hors de la ville, il lui proposait de se racheter; quelqu’un venait avec une forte somme d’argent, et le marchand était mis en liberté. Cela dura pendant un certain temps. Mais, à la fin, le trône échut à un prince qui ordonna de saisir, n’importe par quel moyen, tout Indien qui aurait une telle audace. L’ordre fut exécuté. A la vérité, l’Indien tua le marchand et se tua lui-même; ce cas se reproduisit plusieurs fois, et un grand nombre d’indigènes et de marchands arabes trouvèrent ainsi la mort. Mais on finit par se lasser; ce genre d’attaque cessa, et les marchands n’eurent plus à craindre pour leur personne.

Les pierres précieuses rouges, vertes et jaunes sont tirées de la montagne qui domine l’île de Serendyb. La plus grande partie des pierres qu’on découvre sont apportées par l’eau, dans le moment du flux de la mer. L’eau fait rouler ces pierres de l’intérieur des cavernes, des grottes et des lieux où tombent les torrents. Des hommes sont chargés de veiller à la récolte des pierres, au nom du roi. D’autres fois, l’on extrait les pierres du fonds de la terre, comme on fait pour les mines; alors la pierre est attachée à des matières pierreuses et il faut l’en séparer.

Le royaume de Serendyb a une loi, et des docteurs qui s’assemblent de temps en temps, comme se réunissent, chez nous, les personnes qui recueillent les traditions du prophète (196). Les Indiens se rendent auprès des docteurs, et écrivent, sous leur dictée, la vie de leurs prophètes et les préceptes de leur loi.

On remarque, dans l’île de Serendyb, une grande idole d’or pur, à laquelle les navigateurs ont attribué des dimensions excessives ; il y existe aussi des temples qui ont dû coûter des sommes considérables.

On trouve, dans l’île de Serendyb, une communauté de juifs qui est nombreuse. Il y a également des personnes des autres religions, notamment des dualistes (les manichéens). Le roi de Serendyb laisse chaque communauté professer son culte (197).

En face de cette île, il y a de vastes gobb, mot par lequel on désigne une vallée, quand elle est à la fois longue et large, et qu’elle débouche dans la mer (198). Les navigateurs emploient, pour traverser le gobb appelé gobb de Serendyb, deux mois et même davantage, passant à travers des bois et des jardins, au milieu d’une température moyenne.

C’est à l’embouchure de ce gobb que commence la mer de Herkend. Ce pays est d’un séjour fort agréable; on y a une brebis pour la moitié d’un dirhem ; on a pour le même prix, et en assez grande quantité pour contenter plusieurs personnes, une liqueur cuite, composée de miel d’abeille mêlé avec des grains de dâdy frais, etc. (199).

Les habitants passent la plus grande partie de leur temps à faire combattre des coqs et à jouer au nord (jeu de trictrac) (200). Les coqs, dans ce pays, sont grands et ont des ergots très forts. On attache aux ergots de petits khandjars bien aiguisés; ensuite on lâche les coqs l’un contre l’autre. Les joueurs parient de l’or, de l’argent, des champs, des plantes, etc. Aussi un coq qui a la supériorité sur les autres vaut une somme importante.

Il en est de même du jeu de trictrac. On y joue continuellement, et pour des sommes considérables.

C’est au point que, parmi les hommes qui ont l’esprit léger ou fanfaron, ceux qui appartiennent à la classe inférieure et «eux qui n’ont pas d’argent jouent quelquefois leurs doigts de la main. Pendant qu’ils jouent, on tient à côté un vase contenant de l’huile de noix ou de l’huile de sésame ; car l’huile d’olive manque dans le pays; le feu brûle par dessous. Entre les deux joueurs est une petite hache bien aiguisée.

Celui des deux qui est vainqueur prend la main de l’autre, la place sur une pierre et lui coupe le doigt avec la hache; le morceau tombe, et en même temps le vaincu trempe sa main dans l’huile, qui est alors extrêmement chaude et qui lui cautérise le membre. Cette opération n’empêche pas ce même homme de recommencer à jouer.

Quand les deux joueurs se séparent, l’un et l’autre ont quelquefois perdu tous leurs doigts. Il y a des joueurs qui prennent une mèche et la trempent dans l’huile, puis la posent sur un de leurs membres et y mettent le feu.

La mèche brûle, et en sent l’odeur de la chair qui se consume, pendant ce temps l’homme joue au nard et ne laisse paraître aucune marque de douleur.

Le sultanat de Delhi , la dynastie Khalfi (1290-1520) et la dynastie Tughluq (13201413)tiré de R Roolvink et  Historical Atlas of the Muslim Peoples
Le sultanat de Delhi , la dynastie Khalfi (1290-1520) et la dynastie Tughluq (13201413)tiré de R Roolvink et Historical Atlas of the Muslim Peoples

Une corruption effrénée règne dans ce pays parmi les femmes comme parmi les hommes. On voit quelquefois un marchand, nouvellement débarqué faire des avances à la fille du roi, et celle-ci, au su de son père, va trouver le marchand dans quelque endroit boisé.

Les hommes graves, parmi les marchands de Syraf, évitent d’expédier ides navires dans cette contrée, particulièrement quand il s’y trouve des jeunet gens.

L’Inde est sujette au yessaré, mot qui signifie « pluie. » L’été, la pluie tombe dans le pays pendant trois mois de suite, sans discontinuer ni la nuit ni le jour; c’est comme un hiver qui ne souffre aucune interruption (201).

Les Indiens ont soin, avant cette époque, de faire des approvisionnements. Lorsque le yessaré arrive, ils s’enferment dans leurs maisons qui sont faites en bois; le toit est couvert de chaume, et elles sont ombragées par des plantes. Personne ne sort plus, que dans un cas d’extrême nécessité.

Seulement, c’est pendant cette saison que les artisans vaquent le mieux à leurs travaux.

Quelquefois, l’humidité fait pourrir la plante des pieds.

C’est le yessaré qui fait la richesse du pays; s’il vient à manquer, les habitants meurent de faim. En effet, ils sèment du riz; ils ne connaissent pas d’autres grains, et ils n’ont pas d’autre ressource pour manger.

Le riz, pendant les pluies, se trouve dans les haramat, mot qui signifie « champs de riz; » il est couché par terre, et l’on n’a pas besoin de l’arroser ni de s’en occuper; lorsque le ciel commence à devenir serein, le riz parvient à sa plus grande croissance, et se multiplie à proportion (202). Dans l’hiver il n’y a pas de pluie.

Les Indiens ont des hommes voués à la religion et des hommes de science, qu’on nomme brahmes; ils ont des poètes qui vivent à la cour des rois, des astronomes, des philosophes, des devins, des hommes qui font lever les corbeaux (203), etc. On trouve parmi eux des devins et des faiseurs de tours qui viennent à bout de choses extraordinaires. Ces observations s’appliquent surtout à Canoge, vaste contrée formant l’empire du Djorz (204)

On remarque dans l’Inde une population connue sous le nom de baykardjy (205).

Ces hommes vont nus, et leur chevelure leur couvre le corps et les parties naturelles ; ils se laissent pousser les ongles, de manière à former des espèces de pointes; ils n’en ôtent que les morceaux qui se brisent Ils vivent à la manière des moines errants; chacun d’eux a à son cou un fil auquel est attaché un crâne humain.

Quand ils sont pressés par la faim, ils s’arrêtent devant la porte d’un indigène, et aussitôt les habitants leur apportent du riz cuit, charmés de cette visite.

Ces hommes mangent le riz dans le crâne; quand ils sont rassasiés, ils s’en vont, ne demandant plus à manger que lorsqu’ils ne peuvent faire autrement.

Abū al-Qāsim  al-Taghlibi Al-Andalusī (11e siècle) , dans son ouvrage Kitāb tabaqāt al-umam – » Le Livre de la classification des nations » – range les divers peuples de la terre parmi ceux qui ont apporté quelque chose aux sciences et ceux qui n’y ont rien apporté :  En 1er viennent : les Indiens, les Perses, les Assyro-Chaldéen, les Grecs, les Romain, les Egyptiens, les Arabes et les Juifs. Les 2eme comprennent :  les Chinois, les Turcs, les peuples de l’extrême Nord : Slaves et les Bulgares et de l’extrême Sud ; les Noirs, et les Berbères (Abū Qāsim at-Taghlibi al-Andalusī, 1912 : 8 sq.).
Abū al-Qāsim al-Taghlibi Al-Andalusī (11e siècle) , dans son ouvrage Kitāb tabaqāt al-umam – »Le Livre de la classification des nations» range les divers peuples de la terre parmi ceux qui ont apporté quelque chose aux sciences et ceux qui n’y ont rien apporté :
En 1er viennent : les Indiens, les Perses, les Assyro-Chaldéen, les Grecs, les Romain, les Egyptiens, les Arabes et les Juifs.
Les 2eme comprennent : les Chinois, les Turcs, les peuples de l’extrême Nord : Slaves et les Bulgares et de l’extrême Sud ; les Noirs, et les Berbères
(Abū Qāsim at-Taghlibi al-Andalusī, 1912 : 8 sq.).

Les Indiens ont divers usages, par lesquels ils prétendent se rendre agréables au Dieu très haut, et dont le Créateur est à une distance incommensurable (206).

Par exemple, on bâtit, le long des chemins, des khans pour les voyageurs, et on y entretient des marchands de légumes à qui les passants achètent ce qui leur est nécessaire; de plus, on fonde une rente pour l’entretien d’une courtisane du pays qui est à la disposition des voyageurs.

C’est là une des choses par lesquelles les Indiens croient se faire des mérites auprès de Dieu (207).

Il y a, dans l’Inde, des courtisanes qu’on nomme les courtisanes du Bodda, Quand une femme a fait un vœu et qu’il lui naît après cela une jolie fille, elle au conduit au Bodda, nom de l’idole qui est adorée dans le pays, et elle lui voue sa fille.

Ensuite elle loue, pour sa fille, une maison dans le marché; elle suspend à la maison un voile, et elle fait asseoir sa fille sur un siège, de manière à ce qu’elle se trouve sur le passage, soit des indigènes, soit des étrangers, dont la religion ne condamne pas ces sortes d’actions.

Tout homme, pour une somme déterminée, a pouvoir sur cette femme; mais, à mesure que celle-ci a amassé quelque argent, elle le remet aux ministres de l’idole pour être employé aux frais d’entretien du temple (208).

Remercions Dieu, et louons-le de ce qu’il nous a élevés au-dessus des infidèles et nous a préservés de leurs vices.

Ruines d'al-Mansurah au Sindh( Pakistan) fondé par les Abbassides 17 ans après la fondation de Baghdad , Mansura ( arabe : منصورہ) était la capitale historique de l' arabe empire Sindh .
Ruines d’al-Mansurah au Sindh( Pakistan) fondé par les Abbassides 17 ans après la fondation de Baghdad , Mansura ( arabe : منصورہ) était la capitale arabe  historique du Sindh des arabes Habbaride.

Quant à l’idole appelée Moultan, aux environs de Mansoura, on y vient en pèlerinage à plusieurs mois de distance (209). On y apporte de l’aloès indien surnommé al-camrouny, de Camroun, nom du pays dont il est originaire; c’est un aloès de première qualité.

On apporte donc cet aloès, et on le remet aux ministres de l’idole pour qu’il serve dans les fumigations.

Quelquefois cet aloès vaut deux cents dinars le manna. On peut marquer cet aloès avec un cachet; le cachet s’empreint dans l’objet, tant il est tendre.

Les marchands l’achètent de ces ministres (210).

On trouve dans l’Inde des personnes qui, par principe de religion, se rendent dans les îles qui se forment dans la mer (211) et y plantent des cocotiers ; elles se louent pour tirer de l’eau des puits, et, quand un navire passe dans le voisinage, cette eau sert à l’approvisionner.

Il part de l’Oman des hommes pour les îles où croît le cocotier; ils apportent avec eux des outils de charpentier et les autres outils analogues; ils coupent le nombre de cocotiers qui leur est nécessaire, et, quand le bois est sec, ils le débitent en planches.

En même temps, ils filent les fibres du cocotier, et en font des cordes qui servent à coudre ces planches ensemble.

Avec les planches, on forme le corps du navire et tes mâtures (212); avec les feuilles, on tisse les voiles ; avec les fibres, on fait les câbles.

Quand le navire est achevé, on le remplit de cocos, et on retourne dans l’Oman où se vend la cargaison.

Ces expéditions procurent de grands bénéfices, vu que, pour tout ce qui entre dans le voyage, on n’a pas besoin de recourir à personne.

Représentations artistique , arabe,, chinoise, persane et indienne du 9 et 17 eme siècle des Zanj ( noirs de l'est de l'Afrique)
Représentations artistique , arabe, chinoise, persane et indienne du 9 et 17 eme siècle des Zanj ( noirs de l’est de l’Afrique)

PAYS DES ZENDJ.

Le pays des Zendj est vaste. Les plantes qui y croissent, telles que le dorra, qui est la base de leur nourriture, la canne à sucre et les autres plantes, y sont d’une couleur noire.

Les Zendj ont plusieurs rois en guerre les uns avec les autres; les rois ont à leur Service des hommes connus sous le titre de almokhazzamonn (ceux qui ont la narine percée), parce qu’on leur a percé le nez.

Un anneau a été passé dans leur narine, et à l’anneau sont attachées des chaînes.

En temps de guerre, ces hommes marchent à la tête des combattants; il y a pour chacun d’eux quelqu’un qui prend le bout de la chaîne et qui la tire, en empêchant l’homme d’aller en avant.

Des négociateurs s’entremettent auprès des deux partis ; si l’on s’accorde pour un arrangement, on se retire; sinon, la chaîne est roulée autour du cou du guerrier ; le guerrier est laissé à lui-même ; personne ne quitte sa place (213), tous se font tuer à leur poste.

Les Arabes exercent un grand ascendant sur ce peuple; quand un homme de cette nation aperçoit un Arabe, il se prosterne devant lui et dit : « Voilà un homme du pays qui produit la datte ; » tant cette nation aime la datte, et tant les cœurs sont frappés.

Des discours religieux (214) sont prononcés devant ce peuple; on ne trouverait chez aucune nation des prédicateurs aussi constants que le sont ceux de ce peuple dans sa langue.

Dans ce pays, il y a des hommes, adonnés à la vie dévote, qui se couvrent de peaux de panthères ou de peaux de singes; ils ont un bâton à la main, et s’avancent vers les habitations; les habitants se réunissent aussitôt; le dévot reste quelquefois tout un jour jusqu’au soir, sur ses jambes, occupé à les prêcher et à les rappeler au souvenir de Dieu, qu’il soit exalté!

Il leur expose le sort qui a été éprouvé par ceux de leur nation qui sont morts.

On exporte de ce pays les panthères zendjyennes, dont la peau, mêlée de rouge et de blanc, est très grande et très large (215).

Socotra ou Suqutra, en arabe سقطرى, est une île du Yémen située en mer d'Arabie, dans le Nord-Ouest de l'océan Indien, à l'entrée du golfe d'Aden.  Selon le géographe arabe du xiie siècle, Edresi, après avoir conquis l'Égypte, Alexandre le Grand, incité par Aristote, y aurait installé une colonie ionienne2. Dans Le Périple de la mer Érythrée datant du Ier siècle, l'île est nommée Dioscoride (Dioscoridis Insula, signifiant en koinè île des Dioscures). Elle est décrite comme grande, semi-déserte et marécageuse, et possédant quelques rivières. La faune est composée de serpents, de grands lézards et de tortues. Ses habitants, chrétiens nestoriens, sont un mélange d'Arabes, de Grecs et d'Indiens, pêcheurs et marins. Ils sont peu nombreux et vivent sur la cote septentrionale. Des ermites vivent dans les haghiers (creux dans le grès) du sud de l'île3. Avant l'expansion de l'islam en 639, l'île est un comptoir égypto-byzantin4 qui commerce avec les chrétiens de Kerala, en Inde. Après 639, son histoire est celle de l'Arabie méridionale. Elle devient une escale des boutres arabes en route vers la côte orientale de l'Afrique. Le Portugal, alors en expansion dans l'océan Indien et la mer Rouge, y fonde un comptoir commercial en 1505
Socotra ou Suqutra, en arabe سقطرى, est une île du Yémen située en mer d’Arabie, dans le Nord-Ouest de l’océan Indien, à l’entrée du golfe d’Aden. Selon le géographe arabe du 12e siècle, al-Idrissi , après avoir conquis l’Égypte, Alexandre le Grand, incité par Aristote, y aurait installé une colonie ionienne. Dans Le Périple de la mer Érythrée datant du Ier siècle, l’île est nommée Dioscoride (Dioscoridis Insula, signifiant en koinè île des Dioscures). Elle est décrite comme grande, semi-déserte et marécageuse, et possédant quelques rivières. La faune est composée de serpents, de grands lézards et de tortues. Ses habitants, chrétiens nestoriens, sont un mélange d’Arabes, de Grecs et d’Indiens, pêcheurs et marins. Ils sont peu nombreux et vivent sur la cote septentrionale. Des ermites vivent dans les haghiers (creux dans le grès) du sud de l’île. Avant l’expansion de l’islam en 639, l’île est un comptoir égypto-byzantin qui commerce avec les chrétiens de Kerala, en Inde. Après 639, son histoire est celle de l’Arabie méridionale. Elle devient une escale des boutres arabes en route vers la côte orientale de l’Afrique.

La même mer renferme l’île de Socothora, où pousse l’aloès socothorien. La situation de cette île est près du pays des Zendj et de celui des Arabes.

La plupart de ses habitants sont chrétiens; cette circonstance vient de ce que, lorsque Alexandre fit la conquête de la Perse, il était en correspondance avec son maître, Aristote, et lui rendait compte des pays qu’il parcourait successivement.

Aristote engagea Alexandre à soumettre une île nommée Socothora, qui produit le sabr, nom d’une drogue du premier ordre, sans laquelle un médicament ne pourrait pas être complet (216).

Aristote conseilla de faire évacuer l’île par les indigènes, et d’y établir des Grecs, qui seraient chargés de la garder, et qui enverraient la drogue en Syrie, dans la Grèce et en Egypte.

Alexandre fit évacuer l’île et y envoya une colonie de Grecs. En même temps, il ordonna aux gouverneurs de provinces, qui, depuis la mort de Darius, obéissaient à lui seul, de veiller à la garde de cette île.

Les habitants se trouvèrent donc en sûreté, jusqu’à l’avènement du Messie.

Les Grecs de l’île entendirent parler de Jésus, et, à l’exemple des Romains, ils embrassèrent la religion chrétienne. Les restes de ces Grecs se sont maintenus jusqu’aujourd’hui, bien que, dans l’île, il se soit conservé des hommes d’une autre race (217).

Il n’a pas été parlé, dans le livre premier, du côté de la mer qui est à droite du navire, lorsqu’on sort des côtes de l’Oman et du pays des Arabes pour entrer dans la grande mer.

Le livre premier ne traite que du côté de la mer qui est à gauche, et qui renferme les mers de l’Inde et de la Chine; en effet, l’Inde et la Chine étaient l’objet spécial de la personne d’après laquelle ce livre a été rédigé.

La mer qui sort de l’Oman et qui est à la droite de l’Inde, baigne (sur la côte méridionale de l’Arabie), le pays du Schehr où croît l’encens, ainsi qu’une portion du territoire des peuples de Ad, de Himyar, de Djorhom et des Tobbas.

Ces peuples parlent des dialectes arabes mêlés d’expressions adyennes et fort anciennes, dont la plus grande partie est ignorée des Arabes (218).

Ils n’habitent pas de bourgs, et mènent une vie grossière et misérable.

Leur pays s’étend jusqu’au territoire d’Aden, sur les côtes du Yémen.

La mer s’avance ensuite vers Djidda, et de Djidda vers Aldjar, jusqu’aux côtes de Syrie.

Elle se termine à Colzom, à l’endroit où il est dit dans l’Alcoran que Dieu a posé une barrière entre les deux mers (219).

La mer, en cet endroit, change de direction, et baigne la terre des Berbères.

Le coté vers lequel se porte la mer, et qui est situé à l’occident, fait face au Yémen et la mer va baigner le pays des Abyssins, d’où on exporte les peaux des panthères berbériennes (berbères est le nom des habitants des côtes nord-somalienne); ce sont les peaux les plus belles et les plus propres.

Commerce romain avec l'Inde selon le Périple Maris Erythraei, 1er siècle de notre ère.
Commerce romain avec l’Inde selon le Périple Maris Erythraei (le périple de la mer d’Érythrée), 1er siècle JC.

La mer baigne aussi Zeyla, territoire où l’on recueille l’ambre ainsi que le dzabal, qui est le dos de la tortue.

Les navires de Syraf, lorsqu’ils se dirigent du côté qui est situé à droite de la mer de l’Inde, et qu’ils entrent dans la mer de Colzom, s’arrêtent à Djidda.

Les marchandises qui sont destinées pour l’Egypte sont transportées de Djidda dans des navires particuliers à la mer de Colzom.

Les navires de Syraf n’osent pas s’avancer sur cette mer, à cause des difficultés de la navigation et du grand nombre de rochers qui sortent de l’eau. Ajoutes à cela que, sur les côtes, il n’y a ni gouverneurs, ni lieux habités.

Un navire qui vogue sur cette mer a besoin de chercher, pour chaque nuit, un lieu de refuge, de peur d’être brisé contre les rochers; il marche le jour, mais il s’arrête la nuit (220).

Cette mer, en effet, est brumeuse et sujette à des exhalaisons désagréables. On ne trouve rien de bon au fond de l’eau ni à la surface.

Cette mer est loin de ressembler aux mers de l’Inde et de la Chine.

Les mers de ces pays recèlent dans leur sein la perle et l’ambre, et leurs montagnes fournissent des pierreries et des mines d’or; les animaux portent à leur bouche de l’ivoire ; la terre produit l’ébène, le bois de brésil (baccam), le bambou (khayzoran), l’aloès, le camphre, la muscade (djouzboua), le girofle, le sandal, et les autres substances parfumées, ou d’une odeur saisissante.

Les oiseaux sont le perroquet et le paon ; les bêtes qu’on y châsse sont la civette et la chèvre produisant le musc. On ne finirait pas, si on voulait énumérer tous les avantages qui distinguent ces contrées.

Ambre gris provenant d'un cachalot Son nom provient1 de l'arabe anbar (ʿanbar, عنبر, ambre gris de ʿanābir, عنابر, cachalot), mais le mot désignait primitivement l'ambre gris (qui est lui une concrétion intestinale du cachalot utilisée en parfumerie).
Ambre gris provenant d’un cachalot. Son nom provient de l’arabe anbar (ʿanbar, عنبر, ambre gris de ʿanābir, عنابر, cachalot), mais le mot désignait primitivement l’ambre gris (qui est lui une concrétion intestinale du cachalot utilisée en parfumerie).

L’ambre est une substance que la mer rejette sur ses rives.

Elle commence à se montrer dans la mer de l’Inde, sans qu’on sache quel est son véritable point de départ.

L’ambre de première qualité est celui qui est jeté sur les côtes de Barbera et du pays des Zendj, ainsi que sur les côtes du Schehr et de la portion de l’Arabie qui l’avoisine.

C’est l’ambre en forme d’un œuf rond et bleuâtre.

Les habitants de ces contrées vont la nuit sur leurs côtes, lorsque la lune jette ses lueurs; ils ont des chameaux qui connaissent l’ambre, et qui sont dressés à la recherche de cette substance).

Ils montent sur leurs chameaux, et, quand le chameau aperçoit un morceau d’ambre, il s’accroupit, aussitôt le cavalier descend et ramasse le morceau.

On trouve aussi à la surface de la mer des morceaux d’ambre d’un poids considérable (221).

Ces morceaux sont presque aussi gros qu’un taureau, etc. Quand le poisson appelé tâl (222) aperçoit cet ambre, il l’avale ; mais cet ambre, une fois arrivé dans son estomac, le tue, et l’animal flotte au-dessus de l’eau.

Il y a des gens qui savent à quelle époque viennent les poissons qui avalent l’ambre ; ils se tiennent aux aguets dans leur barque; et, quand ils aperçoivent un poisson qui surnage, ils le tirent à terre avec des crochets de fer qu’on a enfoncés dans le dos de l’animal, et auxquels tiennent de fortes cordes; ils ouvrent le ventre de l’animal et en retirent l’ambre.

La partie qui se trouve près du ventre de l’animal, et qui porte le nom de mand (223), répand une odeur infecte.

Les vertèbres qui la surmontent se trouvent exposées chez les droguistes à Bagdad et à Bassora; mais la partie qui ne donne pas de mauvaise odeur est très propre.

Un cachalot de 16m 

Avec les vertèbres du dos du poisson nommé tâl, on fait quelquefois des sièges sur lesquels l’homme peut s’asseoir à son aise.

On dit que, dans un bourg situé à dix parasanges de Syraf et appelé Altâyn, il y a des maisons d’une construction extrêmement ancienne; la toiture de ces maisons, qui sont légères, est faite avec les côtes de ce poisson.

J’ai entendu dire à quelqu’un que jadis, tandis qu’il se trouvait auprès de Syraf, un de ces poissons vint échouer sur la côte.

Il alla voir l’animal et trouva des personnes qui étaient montées sur son dos à l’aide d’une échelle légère. Les pêcheurs, quand ils prennent un de ces poissons, l’exposent au soleil, et le coupent par morceaux.

A côté est une fosse où se ramasse la graisse; quand la chaleur du soleil a fait fondre la graisse, on puise dans la fosse; on met la graisse dans des vases et on la vend aux maîtres de navires.

Cette graisse est mêlée avec d’autres matières, et on en frotte les vaisseaux qui vont sur la mer; elle sert à couvrir les traces des sutures et à boucher les trous (224). La graisse de ce poisson se vend fort cher.

La formation de la perle est un ouvrage de la sagesse de Dieu, dont le nom soit béni. Le Dieu très haut dit dans l’Alcoran : « Louanges à celui qui a créé tous les êtres par paires, tant ceux qui germent dans le sein de la terre, que ceux qui appartiennent à l’espèce humaine, sans compter ceux que l’homme ne connaît pas (225). »

La perle se présente d’abord sous la forme de la graine de l’aser; elle en a la couleur, la forme, la petitesse, la légèreté, la finesse et la faiblesse; elle voltige faiblement sur la surface de l’eau, et elle tombe sur les flancs des barques des plongeurs.

Peu à peu elle se fortifie, elle grossit et prend la dureté de la pierre.

Quand elle a acquis du poids, elle s’attache au fond de la mer, et elle se nourrit de ce que Dieu seul connaît. Dans le principe, on ne trouve dans la perle qu’un morceau de viande rouge, qui ressemble à la langue à sa racine, n’ayant pas d’os, ni de nerfs, ni de veines.

Du reste on ne s’accorde pas sur la formation de la perle.

Quelques auteurs ont dit que le coquillage, lorsqu’il pleut, monte jusqu’à la surface de l’eau, et ouvre la bouche pour recueillir les gouttes de la pluie; ces gouttes se transforment en graines.

D’autres auteurs soutiennent que la perle est engendrée par la coquille même ; c’est l’opinion la plus vraisemblable des deux; en effet on trouve quelquefois la perle dans la coquille, sous ferme d’un végétal qui tient à la coquille même; on peut l’en séparer, et c’est ce que les marchands qui voyagent sur mer nomment la perle cala (226).

Dieu seul sait ce qui en est.

Une perle noire

Une des manières les plus singulières d’acquérir de l’aisance, dont nous avions entendu parler, c’est ce qu’on dit d’un Arabe du désert, qui vint autrefois à Bassora, ayant avec lui une graine de perle qui valait une grande somme d’argent.

Il se rendit chez un droguiste qu’il connaissait, et, lui montrant la perle dont il ignorait la valeur, il le pria d’en faire l’estimation. Le droguiste répondit que c’était une perle. L’Arabe demanda quelle était sa valeur; le droguiste l’estima cent dirhems.

L’Arabe trouva cela une forte somme et dit : « Y a-t-il quelqu’un qui voulût m’en donner ce prix ? » A ces mots, le droguiste lui remit les cent dirhams, «t, avec cet argent, l’Arabe acheta des provisions pour sa famille.

Pour le droguiste, il porta la perle à Bagdad, où il la vendit une grande somme d’argent, ce qui lui permit de donner une plus grande extension à son commerce.

Le droguiste racontait qu’il fit quelques questions a l’Arabe, au sujet de la découverte de cette perle.

L’Arabe répondit : « Je passais à Al-samman, dans la province du Bahreïn, à une petite distance de la mer.

J’aperçus, sur le sable, un renard mort, ayant à la bouche quelque chose qui semblait le pincer. Je descendis de ma monture, et je vis une espèce de couvercle, dont la face intérieure jetait un éclat blanchâtre.

Dans les écailles était cet objet rond que je pris avec moi. Le droguiste comprit que, dans le principe, le coquillage était descendu sur la côte pour respirer l’air : tel est, en effet, l’usage des coquillages.

Un renard, qui passait par là, vit un morceau de viande dans le fond du coquillage, lequel avait en ce moment la bouche ouverte ; il se jeta aussitôt sur l’animal, et introduisit sa tête dans la coquille pour saisir le morceau de viande; mais l’animal ferma ses deux écailles sur lui.

Le  vieux Baghdad, Iraq
Le vieux Baghdad, Iraq, capitale des Abbassides

 

Or, quand ce coquillage a fermé ses écailles sur un objet, on a beau le presser avec la main, il n’ouvre pas la bouche, quelque effort que l’on fasse.

On est obligé de fendre les écailles avec un instrument de fer, dans toute leur longueur, tant l’animal est attaché à la perle, attachement qui ressemble à l’amour d’une mère pour son enfant. Quand le renard se sentit pincé, il se mit à courir, frappant la terre à droite et à gauche ; mais le coquillage ne le lâcha pas; le renard mourut et le coquillage aussi.

Voilà comment l’Arabe découvrit le coquillage ; il prit ce qui se trouvait dans la coquille; Dieu lui inspira l’idée d’aller trouver le droguiste, et ce fut pour lui un moyen de se procurer des provisions.

Les rois de l’Inde sont dans l’usage de porter des pendants d’oreilles consistant en pierres précieuses montées en or; ils mettent à leur cou des colliers du plus grand prix, composés de pierres de la première qualité, rouges et vertes.

Mais les perles sont ce qu’ils estiment davantage et ce qui est le plus recherché; c’est maintenant le trésor des souverains, leur principale richesse.

Les colliers sont aussi portés par les officiers de l’armée et les grands personnages (227).

Le principal d’entre eux sort soutenu sur le cou d’un homme du pays (228); il est vêtu d’un pagne et tient à la main un objet appelé djatra (229) ; cet objet est un parasol fait avec des plumes de paon, et avec lequel il se garantit des rayons du soleil. En même temps, ses serviteurs sont autour de sa personne.

Il y a, parmi les Indiens, une classe d’hommes qui ne mangent jamais deux dans un même plat ni à la même table. Cela leur paraît un péché et une chose déshonnête.

Quand il vient de ces hommes à Syraf, et qu’un des marchands notables de la ville les invite à un repas où l’on est quelquefois cent personnes, plus ou moins, le marchand est obligé de faire servir devant chacun d’eux un plat dans lequel il mange, sans que personne autre puisse y envoyer la main.

Quant aux princes indiens et aux personnages considérables, il est d’usage, dans l’Inde, de mettre chaque jour devant eux des tables faites avec des feuilles de cocotier entrelacées ensemble; on fait, avec ces mêmes feuilles, des espèces d’assiettes et des plats.

Au moment du repas, on sert les aliments sur ces feuilles entrelacées, et, quand le repas est fini, on jette à l’eau la table et les assiettes de feuilles avec ce qui reste d’aliments. On dédaigne de faire servir les mêmes objets le lendemain (230).

Autrefois, l’on portait dans l’Inde les dinars du Sind, dont chacun équivalait à trois dinars ordinaires et davantage (231).

On y portait l’émeraude, qui vient d’Egypte (232), montée en forme de cachets, et enfermée dans des boîtes. On y portait encore le bossad, qui est le corail, ainsi que la pierre nommée dahnadj (233). Ce commerce a maintenant cessé.

La plupart des princes indiens, les jours de réception publique, laissent voir leurs femmes aux hommes qui font partie de la réunion, qu’ils soient du pays, ou qu’ils viennent de pays étrangers ; aucun voile ne les dérobe aux regards des assistants (234).

Voilà ce que j’ai entendu raconter de plus intéressant, dans ce moment-ci, au milieu des nombreux récits auxquels donnent lieu les voyages maritimes; je me suis abstenu de rien reproduire des récits mensongers que font les marins, et auxquels les marins eux-mêmes n’ajoutent pas foi. Il vaut mieux se borner aux relations fidèles, bien que courtes. C’est Dieu qui dirige dans la droite voie.

Louanges à Dieu, le maître des mondes! Que ses bénédictions soient sur les meilleures de ses créatures, Muhammad et sa famille tout entière ! Dieu nous suffît. O le bon protecteur et la bonne aide !

Collationné avec le manuscrit sur lequel cette copie a été faite, au mois de safar de l’année 596 (novembre 1199 de J. C).

Que Dieu nous conduise au bien !

FIN

 

NOTES DE LA TRADUCTION.

(130) Tom. Ier, p. 36.

(131) En Chinois, Hoang-chao.

(132) Massoudi, Moroudj, tom. Ier, fol. 59, place Khanfou à six ou sept journées de la mer. Evidemment il ne s’agit pas ici du port de Khanfou, qui était situé à l’embouchure du Tsien-Thang-Kiang, mais de Hang-tcheou-fou, capitale de la province, à quelques journées dans l’intérieur des terres. Aboulféda (Géographie, p. 363 et 361 du texte) ne (ait qu’une ville de Khanfou et de Hang-tcheou-fou, qu’il nomme Khinsâ. Il est probable que déjà, du temps d’Aboulféda, Khanfou avait perdu une partie de son importance.

(133) Cette ville était nommée par les Chinois Tchang-ngan ; les Arabes de l’époque l’appellent Khomdan. Son nom actuel est Si-ngan-fou. Sa situation est sur un des affluents du fleuve Jaune, à plus de deux cents lieues de la mer, et elle est maintenant la capitale de la province Chen-si.

(134) La même ville est nommée ci-dessous, p. 114, Madou, et c’est probablement la véritable leçon. La dénomination de Madou ou Amdou est encore usitée au Tibet. (Voy. la relation du P. Orazio della Penna,Journal asiatique de septembre 1834, p. 193 et suiv.)

(135) Voy. le Discours préliminaire.

(136) Suivant Massoudi, l’armée des Turks se montait à quatre cent mille hommes, tant à pied qu’à cheval.

(137) Aboulféda a parlé de ces événements dans sa Chronique (tom. II, p. 25o) ; et Reiske, dans ses notes sur le passage d’Aboulféda, a rapporté un extrait du Moroudj de Massoudi.

(138) Au lieu de généraux, le texte porte molouk althaouayf ou chefs de bandes. Il s’agit ici des principautés qui, après la mort d’Alexandre et lorsque la puissance des princes Séleucides fut déchue, se formèrent en Mésopotamie, en Chaldée et dans la Perse. Ces principautés se maintinrent sous la domination des Parthes et ne furent tout à fait éteintes que sous les rois Sassanides. Les écrivains arabes supposent que ce fut Alexandre lui-même qui créa ces principautés. Hamza d’Ispahan (p. 41 et suiv.) porte le nombre de ces espèces de fiels a quatre-vingt-dix. Suivant Hamza, toutes ces principautés furent subjuguées par Ardeschir, fila de Babek, fondateur de la dynastie des Sassanides.

(139) Il s’agit probablement ici d’un fait exceptionnel et qui tenait à l’état d’anarchie où

 

Le texte comporte ici un « trou » de 3 pages

 

(151) Habbar, fils d’Al-asouad était un des idolâtres de la Mekke, qui montrèrent le plus d’opposition à l’Islam. Une branche de la famille de Habbar s’établit à Bassora ; une autre branche fonda une principauté arabe jusqu’au Abbassides sur les bords de l’Indus.

(152)  Le récit qui suit se retrouve dans le Moroudj de Massoudi, tom. Ier, fol. 61. Massoudi commence ainsi: « lorsque le prince des Zendj fit à Bassora ce qui est bien connu. » Il s’agit ici des dévastations commises par les Zendj, dans l’ancienne Chaldée. (Voy. la Chronique d’Aboulféda, tom. II, p. 238.) Cet événement eut lieu l’an 257 (870 ou 871 de J. C.), quelques années seulement avant les désordres qui bouleversèrent la Chine, et mirent en danger l’existence du khalifat.

(153) Massoudi nous apprend, fol. 62 v. que ceci se passait l’an 303 (915 de J. C).

(154) On n’en a compté que quatre.

(155) Les anciens rois de Perse s’étaient arrogé le titre de Schahinschah ou roi des rois ; ce titre était rendu, par les Grecs, basileus.

(156) Il s’agit ici du roi des Tagazgaz. (Voy. Massoudi, Moroudj, tom. Ier, fol. 56, 59 verso et 70.)

(157) Dans le titre donné à l’empereur de la Chine, le mot nomme désigne l’espèce et répond au homo des Latins ; ici il s’agit uniquement du sexe. C’est le vir des Latins.

(158) C’est ainsi que le déluge qui, suivant les écrivains chinois, eut lieu au temps de Yao, plus de deux mille ans avant notre ère, paraît avoir été particulier à la Chine.

(159) profession de foi.

(160) Évidemment, la botte renfermait une collection de portraits des divinités et des principaux personnages du judaïsme, du christianisme, de l’islam, du bouddhisme et des autres religions de l’Inde et de la Chine. L’esprit général des princes de la dynastie Tang était la tolérance, et même peut-être l’indifférence. Tantôt le prince paraissait pencher pour le christianisme, tantôt pour le culte de Fo ou Bouddha, tantôt pour les doctrines des Tao-sse ou disciples de Lao-Tseu.

(161) Les khalifes Abbassides de Bagdad appartenaient à la tribu des Qorayschites.

(162) En Chine, les chevaux sont d’une petite espèce et fort rares. Les Chinois trouvent leur entretien trop cher. (Davis, Description de la Chine, tom. II, p. 237.)

(163) La ville de Pékin est aussi divisée en deux parties séparées par une rue. Mais à présent il est permis à certains marchands d’habiter dans le quartier de l’empereur. Il existe une description de Pékin, par le P. Gaubil. Cette description a été reproduite avec quelques modifications par M. Timkowski, Voyage à Péking (trad. franc., tom. II, p. 124 et suiv.).

(164) Massoudi, qui rapporte le même fait, dit qu’il eut lieu aux environs de l’île de Crète. Les débris du navire étaient en bois de sadj ou de teck, et les pièces en étaient cousues ensemble avec des fibres de cocotier. Massoudi prétend que, si dans les mers de l’Inde on emploie le fil à la place des dons, c’est parce que dans ces climats brûlants le fer est dissous par l’eau de la mer. Il est certain que dans les mers de l’Inde, le fer s’use beaucoup plus promptement que dans les mers du Nord. C’est ce qui fait que maintenant les Anglais, dans l’Inde, emploient le cuivre de préférence au fer. Ajoutez à cela que le fer a toujours été rare en Asie. D’un autre côté, Massoudi paraît croire que, dans cette occasion, les débris du navire firent le tour de l’Asie et de l’Europe, et qu’ils entrèrent dans la mer Méditerranée par le détroit de Gibraltar. (Voy. le Moroudj-al-dzeheb, tom. Ier, fol. 71 verso.} J’ai exposé, dans ma préface de la géographie d’Aboulféda, les différentes opinions des écrivains arabes sur la prétendue communication de la mer Noire et de la mer Caspienne, soit entre elles, soit avec les mers du Nord.

(165) Voy. l’Alcoran, sourate XXVII, v. 62.

(166) Massoudi rapporte le même fait à la suite du premier, et il explique de même la manière dont cet ambre passa de la mer de l’Inde dans la mer Méditerranée.

(167) Dans l’île de Java.

(168) Ce qui fait vingt-neufs parasanges de long sur vingt-neuf parasanges de large. Il y a là une exagération évidente. Peut-être l’auteur veut parler de l’île proprement dite du Zabedj.

(169) Ce nom est écrit ailleurs  saryra. C’est probablement l’île de Sumatra.

(170) Voy. tom. Ier et le Discours préliminaire.

(171) L’île de Kalah me paraît répondre à la pointe de Galles, sur la côte méridionale de nie de Ceylan.

(172) Voy. ibidem.

(173) Un philosophe chinois, le célèbre Mong-Tseu, se sert de la même expression pour montrer la prospérité dont jouissait de son temps le royaume de Thsi, une des provinces de la Chine actuelle. « Le chant des coqs et les aboiements des chiens, dit-il, se répondent mutuellement et s’étendent jusqu’aux quatre extrémités des frontières. » (V. le liv. Ier, ch. m, Livres sacrés de l’Orient, par M. Pauthier, p. 233).

(174) La partie méridionale de la presqu’île.

(175) Vin fait avec les dattes ou les raisins secs.

(176) Le texte peut signifier largeur et latitude. Le mot arabe est employé deux fins, dans le dernier sens, par Hamza d’Ispahan. (Voy. l’édition de Saint-Pétersbourg, p. 190 et 327.) Le dernier sens supposerait que, dans l’opinion d’Abou-Zeyd, les îles de Java et de Sumatra étaient situées au midi de la pointe de la presqu’île, et non pas à l’orient.

(177)On trouve le même récit dans le Moroudj-al-dzeheb, de Massoudi, et le récit y est accompagné de quelques circonstances qui ne sont pas inutiles pour l’intelligence de l’en semble. Voici ce que dit Massoudi : « Le pays de Comar n’est pas une île ; c’est un pays de côtes et de montagnes. Il n’y a pas dans l’Inde beaucoup de royaumes plus peuplés que celui-ci. Aucun peuple dans l’Inde n’a la bouche plus propre que celui de Comar; en effet, ils font usage du cure-dent, à l’exemple des personnes qui professent la religion musulmane. Voilà pourquoi aussi, seuls entre les Indiens, ils s’interdisent le libertinage et se gardent de certaines impuretés. Ils s’interdisent aussi le nabid; mais pour ce cas en particulier ils ne font que ce que dit la masse des Indiens. La plupart d’entre eux marchent à pied, à cause du grand nombre de montagnes qui couvrent le pays; de rivières qui le traversent et du petit nombre de plaines et de tertres. » Ce passage fait partie du chapitre qui a été publié par M. Gildemeister; mais M. Gildemeister n’a pas bien compris le passage. (Voy. l’ouvrage intitulé : Scriptorum arabum de rebus indicis, p. 18 et 19 du texte, et p. 155 et suiv, de la version latine.

(178)Ibid.

(179) Il est parlé de ces officiers dans le Chi-king, part. III, ch. 1, ode 4e.

(180) Les anciens Persans avaient la prétention d’avoir poussé leurs conquêtes jusqu’aux rives de la mer orientale, et les récits qu’ils faisaient à cet égard se retrouvent dans le Schah-Namèh de Ferdoussi. Lisez, dans ce poème, certains épisodes du règne de Kai-Kaous, notamment ce qui est dit dans l’édition de M. Mohl, tom. II, p. 463. Massoudi, longtemps avant Ferdoussi, avait parlé de ces épisodes. Voy. le Moroudj, fol. 103, verso. Mais ces récits sont romanesques.

(181) Les peuples du Tibet, dont parle Abou-Zeyd, sont appelés par les écrivains chinois Thou-fan; à cette époque, ils exerçaient un grand ascendant sur la Chine et la Tartarie. (Voy. les Tableaux historiques de l’Asie, par Klaproth, p. 211 et suiv.)

(182) Le texte porte : « des épis à parfum. »

(183) Massoudi, qui rapporte les mêmes détails, parle d’un vase de verre. Voy. au fol. 69 du tom. Ier du Moroudj. Le récit de Massoudi a été suivi en partie par Cazouyny. (Voy. Chrest. arabe, de M. de Sacy, tom. III, p. 410.)

(184) Comparez la description de l’animal appelé musc par Buffon, et celle du moschus par Cuvier, Règne animal, édition de 1839, tom. Ier, p. 259. La description d’Abou-Zeyd n’est pas entièrement exacte, vu que sans doute il n’avait jamais vu l’animal.

(185) En Chine, la poste ne sert qu’aux gens du Gouvernement.

(186) .. sans intérêt

(187) Hippocrate, dans son livre des airs, des eaux et des lieux, dit que les peuples voisins de la mer Noire avaient adopté l’usage de comprimer le crâne de leurs enfants, et que les habitants de ces contrées étaient macrocéphales, c’est-à-dire qu’ils avaient la tête allongée. Le passage d’Abou-Zeyd montre qu’il en était de même chez les Arabes de son temps. Cet usage existe encore parmi les tribus arabes de l’Afrique ; c’est la mère de l’enfant qui est ordinairement chargée de cette opération ; elle se (ait dans la première année de la vie, et, pour que l’enfant ne souffre pas, on la pratique graduellement, comme une espèce de massage, c’est-à-dire en frottant avec la paume de la main, et de bas en haut, les parties latérales de la tête. Les familles nobles attachent une grande importance à cette coutume ; d’abord par coquetterie, ensuite parce qu’on est jaloux de conserver sur la tête de l’enfant le type primitif, afin qu’il ne soit pas possible de le confondre avec la race berbère, généralement méprisée par les Arabes. (Voyage médical dans l’Afrique septentrionale, par M. le docteur Furnari, Paris, 1845, p. 23 et suiv.)

(188) Les Chinois, au VIIe siècle, lors de l’invasion des Mandchous, furent obligés de raser l’épaisse chevelure qui couvrait leur tête, pour se conformer à la coutume des Tartares, qui ne conservent qu’une longue tresse en forme de queue. Plusieurs Chinois aimèrent mieux s’expatrier que de renoncer à l’antique usage de la nation. (Davis, Description de la Chine, t. Ier, p. 52 et 185.) Les Coréens seuls ont conservé l’ancienne coutume.

(189) La population native de la Chine est désignée par les Chinois eux-mêmes sous le nom de Pe-sing ou « cent familles, » vraisemblablement d’après une tradition qui fixait le nombre de celles qui avaient formé le premier noyau de la nation. Il n’y a même encore à présent que quatre ou cinq cents noms de famille répandus dans tout l’empire ; et les personnes qui portent un même nom de famille sont si bien considérées comme issues d’une même souche, que la loi s’oppose à toute alliance entre elles. Mais la civilisation a effacé toutes les autres nuances qui pouvaient distinguer ces anciennes tribus, (Compares les Nouveaux mélangesasiatiques d’Abel-Rémusat, tom. Ier, p. 33, le Code pénal de la Chine, trad. franc, tom. Ier, p. 191 et suiv, sections CVII et suiv, et le Journal asiatique de décembre 1830, p. 613.)

(190) Massoudi a rapporté le même fait avec quelques autres circonstances (tom. Ier du Moroudj, fol. 58 v.) Le passage a été reproduit par Reiske, dans ses notes sur la Chronique d’Aboulféda (tom. II, p. 713) ; mais Reiske a fait dire à Massoudi le contraire de ce qu’il avait dit.

(191) Il s’agit probablement ici des Naïres, sur lesquels on peut voir les notes de Renaudot, p. 167. Massoudi (t. Ier du Moroudj, f. 94 v.) nomme les compagnons du roi balandjar , mot qui, dit-il, signifie « ami dévoué. »

(192) Le voyageur dont il s’agit est Massoudi lui-même, qui dit avoir été témoin de ce trait barbare. Massoudi ajoute que le fait se passa sur le territoire de Seymour, aux environs de la ville actuelle de Bombay. (Voy. leMoroudj-al-dzeheb, tom. Ier, fol. 94.)

(193) Je n’ai rien trouvé sur les deux sectes dont parle l’auteur arabe.

(194) C’est probablement Massoudi lui-même. Il s’agit ici des environs de Bombay.

(195) al-Masudi écrit ce mot , au pluriel  (tom. Ier. fol. 167 v.). Ce mot est écrit par les Malais  ou

(196) Le roi et la masse de la nation professaient le bouddhisme, comme ils le professent encore aujourd’hui, et les traditions bouddhiques de Ceylan forment une école à part, qui s’appuie sur les décisions des réunions religieuses tenues, sous forme de conciles, à diverses époques.

(197) Voy. le témoignage d’Edrisi, tom. Ier de la trad. franc, p. 72.

{198) Sur le mot gobb, voy. le témoignage d’Albyrouny, Journal asiatique de septembre 1844, p. 261 (p. 119 du tirage à part).

(199) Le dâdy, ou dzadzy, est, suivant Ibn Beythar, un grain semblable à l’orge, mais plus long, plus mince et amer au goût.

(200) Le code de Manou défend les maisons de jeu. (Voy. le livre IX, nos 220 et suiv.) Mais la défense n’a guère été observée. (Voy. la table alphabétique qui accompagne la traduct. franc, des Chefs-d’œuvre du théâtre indou, par M. Langlois, au mot sabhika.) Quant aux combats de coqs, tels qu’ils sont encore usités à Java, à Sumatra et dans les Moluques, il existe des lois particulières à leur sujet. (Grawford, History of the indian archipelago, tom. Ier, p. 112 ; Newbold, Statistical and political account, Londres, 1839, tom. II, p. 179.)

(201) Le mot yessaré me paraît être une altération du sanscrit varscha, signifiant « pluie. » Ces pluies commencent vers le solstice d’été, et durent tout l’été. Voy. à ce sujet un extrait curieux du traité d’Albyronny, Journalasiatique de septembre 1844, p. 267 (p. 125 du tirage à part). Massoudi, dans un passage de son Moroudj, dit que les pluies du yessaré, qui forment l’hiver des Indiens, tombent pendant les mois syriens haziran, tamouz et ab, lesquels répondent à notre été, et que l’été des Indiens tombe aux mois syriens de canoun et de sabat, qui forment notre hiver. Ce passage est altéré dans les manuscrits. Du reste, le temps des plaies n’est pas le même dans l’Inde méridionale, à l’est et a l’ouest de la chaîne des Gattes.

(202) On trouvera dans le poème sanscrit Harivansa, traduction de M. Langlois, tom. Ier, p. 307, une description poétique de l’état d’épuisement du sol à la fin du printemps, de l’abondance des plaies d’été, et de l’aspect verdoyant des champs pendant l’automne. Dans l’Inde méridionale, l’arrivée des pluies donne-lieu à des fêles particulières. (V. les Mœurs de l’Inde, par l’abbé Dubois, tom. II, p. 301.) L’espèce de riz nommée calama, laquelle est de couleur blanche, vient en pleine eau; on la sème en mai et juin, et elle est mure en décembre et en janvier.

(203) Dans le but de reconnaître à leur vol les choses futures. Ce préjugé existait chez les Arabes.

(204) Tom. Ier.

(205) Il faut peut-être lire Beiragi.

(206)  (Al-Qoran, sourate XVII. v. 45.)

(207) Ces espèces d’hôtelleries portent dans le pays le nom de tchoultri, mot dont les Européens ont fait chaaderie.

(208) Comparez ce récit avec celui d’Edrisi, tom. Ier de la trad. franc., p. 80 et 81.

(209) Sur cette idole, voy. les extraits que j’ai publiés dans le Journal asiatique, septembre 1844, et février 1845.

(210) Sur le pays de Camroun, voy. le Discours préliminaire.

(211) Ces îles sont les Maldives et les Laque-clives. Sur ces îles, voy. le témoignage d’Albyrouny, Journal asiatique de septembre 1844, p. 265.

(212) Le mot , que nous traduisons par mâtures, n’est pas expliqué d’une manière très nette dans le dictionnaire intitulé Camous; mais, d’après on passage du Kitab al-adjayb (man. ar. de la Bibl. roy. anc. fonds, n° 901, fol. 25), passage où le mot  se rencontre deux fois, ce mot n’est pas susceptible d’une autre signification.

(213) Litt. « aucun d’eux ne lève la jambe. »

(214) Littéralement: « des khothbas. »

(215) Dans le Kitab al-adjayb, icA. 36 verso, le récit qu’on vient de lire est placé dans l’île  , qui répond probablement à l’île Madagascar. Pour Edrisi, il le place mal à propos dans l’Inde, (t. Ier de la trad. franc, p. 98.)

(216) L’aloès socotrin (aloe socotrina), dont on a fait le mot chicotin, se tire de l’aloès à feuilles d’ananas. C’est le meilleur de tous : il est d’une couleur noire, jaunâtre en dehors, rougeâtre en dedans, transparent, friable, résineux, amer au goût, d’une odeur forte et peu désagréable ; il devient jaunâtre quand on le pulvérise. Pour retirer ce suc, on arrache les feuilles de l’aloès au mois de juillet; on les presse, et on fait couler le sac dans un vaisseau où on le fait dessécher et épaissir au soleil ; ensuite, on l’expose à l’action du feu; puis, au mois d’août, on le dépose dans des outres de cuir ; c’est dans cet état qu’il arrive en Europe. Il est plus dur et plus friable en hiver qu’en été.

(217) Cosmas dit, dans la Topographie chrétienne, que, de son temps, l’Ile était occupée par des Grecs, des Arabes et des Indiens, c’est-à-dire des indigènes. Le même fait avait déjà été mentionné dans le Périple de la merErythrée, p. 17. Le récit de l’auteur arabe se retrouve, avec quelques circonstances de plus, dans le Traité d’Edrisi, t. Ier de la trad. franc., p. 47 et 48. Voy. aussi les notes de Renaudot.

(218) M. Fresnel a recueilli quelques détails sur ces dialectes. (Journal asiatique de juin 1838, p. 511 et suiv.)

(219) La mer Rouge et la mer Méditerranée.

(220) La navigation est restée la même, dans la partie septentrionale de la mer Rouge, jusqu’à ces derniers temps.

(221) Tom. Ier.

(222) Il a été parlé de cet animal à la page s, mais sans que son nom ait été rapporté; les aonreaux détails que l’on trouve ici permettent de mieux reconnaître à quelle espèce de cétacés appartient le tal.

(223) Les détails qu’on voit ici, sur l’ambre et les lieux ou on le recueille, se retrouvent en grande partie dans le Moroudj de Massoudi.

(224) Marco-Polo, en décrivant les navires faits avec du bois de cocotier, parle aussi de l’huile de poisson qui servait au calfatage. (V. l’édition de la Société de géographie, p. 35.) Une partie de ces faits se retrouve dans la Relation de Néarque, édition citée, p. 159.

(225) Al-Qoran, sourate XXXVI, vers. 36.

(226) C’est-à-dire, probablement, « la perle mobile. »

(227) Un passage de Quinte-Curce montre que ces usages existaient dans l’Inde dès le temps d’Alexandre, et renferme quelques traits qui se rapportent à ce qu’on a lu ci-dessus : « Corpora usque pedes carbaso velant; soleis pedes, capita linteis vinciunt. Lapilli ex auribus pendent; bracchia quoque et lacertos auro colunt, quibus inter populares aut nobilitas aut opes eminent. Capillum pectunt saepius, quam tondent. Mentum semper intonsum est : reliquam oris cutem ad speciem levitatis extequant. » (Lib. VIII, cap. IX.) Ce qui est dit des Indiens, qui se couvraient tout le corps, s’applique aux habitants de l’Hindoustan proprement dit, c’est-à-dire aux peuples qui, suivant l’auteur arabe, portaient deux pagnes.

(228) C’est-à-dire en palanquin.

(229) J’ai dit, ci-devant, que la forme sanscrite était tchatra.

(230) Les préjugés dont il est parlé ici, et qui tiennent à des scrupules religieux, existent encore parmi la masse des indigènes. (Voy. les Mœurs de l’Inde, par l’abbé Dubois, tom. Ier, p. 151.) Ils avaient frappé l’attention du voyageur chinois Hiouan-thsang, dans le VIIe siècle de notre ère. (Voy. les extraits que M. Pauthier a donnés de la relation chinoise. Journal asiatique de décembre 1839, p. 462.)

(231) Voy. tom. Ier.

(232 Il existait jadis en Egypte, sur les bords de la mer Rouge, une mine d’émeraudes qui a été retrouvée, dans ces derniers temps, par M. Cailliaud et par Belzoni. Cosmas (p. 339) a parlé du commerce des émeraudes d’Egypte dans l’Inde.

(233) Pierre verte qui se rapproche de l’émeraude.

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Carte du monde d'al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui  ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)
Carte du monde d’al-Masudi avec écris : “Ard Majhoola” qui ce réfère aux Amériques (orienté avec le sud en haut)

Abu Zayd al-Sirafi était un marin arabe qui a quitté le port de la ville du Fas Siraf vers  Bassora en Iraq en 303 H / 915-916 AD. Il a écrit la deuxième moitié des comptes de la Chine et l’Inde, complétant une section précédente écrit par un marin et un marchant du nom de Sulayman al-Taji cinquante ans plus tôt. 

Akhbar-al-Syn wa al-Hind, « Observations sur la Chine et l’Inde », Part 1 Sulayman et Abu Zayd :

Publié le Mis à jour le

Relation de voyage de SOLEYMAN al-Taji & ABOU ZEID HASSAN al-Sirafi (851 JC)

ATTRIBUÉ A AL-MASUDI (950 jc)

CHAÎNE DES CHRONIQUES.

Akhbar-al-Syn wa al-Hind, ou Observations sur la Chine et l’Inde. 1


Le périple d'al-Masudi
Le périple d’al-Masudi

« Les navires descendaient de la côte occidentale de l’Inde par la mousson du nord-est, vers décembre, et arrivaient en janvier près de Ceylan. La relation (de Soleyman et de son continuateur) nous dit, en effet, qu’entre Mascate, Koulam-Malay et la mer d’Herkend, il y a environ un mois de navigation. Ils doublaient la pointe de Galles, après avoir, probablement, préalablement reconnu le cap Comorin, en quittant les Maldives; ils arrivaient à Sumatra vers la fin de février ou les premiers jours de mars, époque à laquelle commence à souffler avec moins de violence la mousson du nord-ouest, que l’on rencontre en s’approchant de cette île. De la sorte les navires ne touchaient en aucune façon la côte de Coromandel. Cette route directe est encore celle qu’indique Mannevillette. Cet hydrographe prescrit, en effet, aux navires qui quittaient Ceylan d’aller reconnaître les îles situées au nord d’Achen, en conservant autant que possible la latitude de 5° 50′, avant d’aller à la rade de Keydah. De la pointe d’Achen, les navires arabes se rendaient à Malacca par la mousson du sud-ouest, la plus favorable pour cette navigation, cette mousson se déclarant vers le mois d’avril. Ils passaient au sud des Nicobar ou dans les canaux qui sont entre ces îles et la petite Andaman, ou entre Poulo-Rondo et la grande Nicobar. S’il ventait grand frais du sud-ouest au nord-ouest, ils s’approchaient des îles Nias, qui sont en dehors de la pointe d’Achen, ce que font encore aujourd’hui les marins. De Malacca ils se rendaient, par le détroit de Malacca, à la côte de Cambodge, qu’ils longeaient, ainsi que celle de Cochinchine, jusqu’à la hauteur de Phu-yeu, d’où ils se dirigeaient directement vers la Chine, poussés par la mousson du sud-ouest, et arrivaient vers juin ou juillet. En naviguant à cette époque dans la mer de Chine, les navires évitaient ainsi les ty-fongs (typhon), qui ne se déclarent guère qu’au mois de mai, et les tempêtes, qui ne deviennent fortes et fréquentes qu’à partir de juillet. Tel est l’itinéraire qui nous paraît ressortir de la relation de Soleyman. » (Alfred Maury.)