Ibn Abi Amir al-Mansûr al-Maaferi dit Almanzor

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Une des plus célèbres expéditions d’Al-Mansûr eut lieu en 997, c’est celle contre Saint-Jacques-de-Compostelle. La ville située en Galice, région qu’aucune troupe musulmane n’a jamais atteinte, pas même lors de la conquête du viiie siècle, intéresse le dirigeant de Cordoue qui à ce moment guerroie au Maghreb contre le chiites

. La situation est d’autant plus sérieuse que Bermude II souhaite profiter de l’éloignement d’Al-Mansûr pour rompre les liens de vassalité qu’il entretenait avec ce dernier. Al-Mansûr alerté, souhaite démontrer sa puissance en menant un front au Maghreb et un autre en Europe. L’attaque de la cité de Saint-Jacques-de-Compostelle, connue dans toute la chrétienté lui est alors suggérée par un noble lui-même chrétien31 et le 3 juillet 997 une gigantesque armée musulmane quitte cordoue pour ce qui sera la 48ème expédition d’Al-Mansûr. En traversant Coria et Viseu. Le 10 août les forces musulmanes sont aux portes de Saint-Jacques-de-Compostelle désertée de ses habitants. Durant une semaine la ville est pillée et finalement incendiée, la basilique rasée mais la tombe de l’apôtre y reposant est conservée de même que la vie du moine chargé de sa conservation est préservée. Les portes de la cité ainsi que les cloches de l’église sont transportées à Cordoue de même qu’un nombre considérable de prisonniers. Les comtes chrétiens ayant aidé à la prise de la ville sont quant à eux généreusement récompensés.

Almanzor

 

Le saccage de la ville est considéré comme un affront à toute la chrétienté qui se répandra à travers tout l’Occident. Quant au roi Bermude, totalement dépassé par les évènements et n’ayant pas pu protéger la ville voit son pouvoir et son autorité sapés. De 977, date de son premier exploit guerrier, à sa mort, Al Mansûr mène plus de cinquante expéditions militaires toutes victorieuses au rythme de près de deux expéditions par an. La formation que reçoit Al-Mansûr ne le prédestine pas à la guerre ni même à devenir stratège, juriste puis gestionnaire des biens de la princesse Subh et de ses enfants, sa carrière dans l’administration était toute tracée. Mais comme l’écrit l’auteur andalous Ibn al-Athîr, Al-Mansûr ne cesse de songer au combat et il souligne son habilité et son adresse. Al-Mansûr se caractérisera par sa présence sur le champ de bataille, contrairement à Abd al-Rahman III qui depuis la défaite de Simancas reléguait cette tâche aux grandes familles qui gouvernaient les marches d’Al-Andalus préférant rester à l’arrière afin de diriger les combats. Durant longtemps le djihâd andalous est resté défensif. Il consiste à riposter à des initiatives chrétiennes du nord sur les terres musulmanes. Sous le règne d’Al-Mansûr, le combat devient offensif, le but n’est pas de défendre les territoires acquis mais au contraire d’attaquer l’adversaire sur ses terres.*

Difficilement prévisible car menaçant toute la péninsule comme le montrent les cartes et d’une dureté inédite, Al-Mansûr combattra les rois chrétiens selon le poète Ibn Darradj al-Kastalli «été comme hiver». Les expéditions victorieuses, en plus du prestige qu’elles apportent au sein de la population assurent à Al-Andalus des rentrées d’argent conséquentes et aux soldats de généreuses récompenses composées d’or, de captifs ou d’animaux. Durant le règne d’Al-Mansûr, les expéditions n’ont jamais menées à une expansion territoriale. En effet, le but de celles-ci n’était pas d’étendre les terres sous contrôle musulman mais uniquement de soumettre et humilier les rois chrétiens. Les avantages de cette politique sont nombreux, ils permettent de ne pas mobiliser trop de troupes dans le maintien des nouvelles villes conquises et impose aux chefs chrétiens de payer un tribut à l’instar des souverains de León, de Castille, de Pampelune ou de Catalogne. Ibn ‘Idhari dans son livre Bayan Al-Mughrib, sur Almanzor (Al-Mançûr) à Compostelle, v. 1320 n-è IBN ‘IDHARI : l’expédition d’Al-Mansûr à Shant-Ya῾qûb : Al-Mançûr étant à cette époque arrivé au plus haut degré de puissance, secouru par Dieu, comme il l’était, dans ses guerres contre les princes chrétiens, il marcha contre la ville de Santiago, qui est située en Galice et est le plus important sanctuaire chrétien tant de l’Espagne que des régions adjacentes de la Grande Terre.

L’église de cette ville est pour eux ce qu’est la Ka’ba pour nous ; ils l’invoquent dans leurs serments et s’y rendent en pèlerinage des pays les plus éloignés, de Rome et de par delà. Le tombeau qu’on y va visiter est, prétendent-ils, celui de Jacques, lequel était, d’entre les 12 Apôtres, le plus intime avec ‘Aysâ et que l’on dit être son frère, parce qu’il était toujours auprès de lui ; certains chrétiens disent qu’il était fils de Yûsuf le charpentier. C’est dans cette ville qu’il fut inhumé les chrétiens le disent frère du Seigneur (Allah soit hautement exalté et domine pareil dire !). Jacques, nom qui répond à notre Ya’qûb, était évêque à Jérusalem et se mit à parcourir le monde pour prêcher sa doctrine ; il passa en Espagne et arriva jusqu’en cette région, puis retourna en Syrie, où il fut mis à mort âgé de 120 années solaires ; mais ses compagnons rapportèrent ses ossements pour les inhumer dans cette église, qui était le point extrême où il avait porté son activité.

Nul prince musulman n’avait eu encore envie d’attaquer cet endroit ni de pousser jusque-là, à raison des difficultés d’accès, de son emplacement tourmenté ainsi que de la grande distance. Al Mançûr dirigea contre cette ville l’expédition estivale qui quitta Cordoue le samedi 03/07/997) et qui était sa 48è campagne.

Il entra d’abord dans la ville de Coria, puis quand il fut arrivé dans la capitale de la Galice [Viseu] il fut rejoint par un grand nombre de comtes qui reconnaissaient son autorité, et qui se présentèrent avec leurs guerriers et en grande pompe, pour se joindre aux musulmans et ensuite engager les hostilités de leur côté. D’après les ordres d’Al-Mançûr, une flotte considérable avait été équipée dans le lieu dit Qaçr Abû Dânis (Alcacer do Sal), sur le littoral occidental, flotte montée par les marins et transportant les divers corps de fantassins, ainsi que les vivres, les approvisionnements et les armes. Ces préparatifs le mettaient en mesure de pousser les opérations jusqu’au bout. Arrivée au certain lieu de Porto et situé sur le fleuve Douro, la flotte remonta cette rivière jusqu’à l’endroit désigné par Al-Mançûr pour le passage du restant des troupes, et elle servit ainsi de pont à cet effet, près du château-fort qui se trouvait là. Les vivres furent ensuite répartis entre les différents corps de troupes, qui furent largement approvisionnés et entrèrent en pays ennemi.

Al-Mansur dit Almanzor
Al-Mansur dit Almanzor

 

Prenant la direction de Santiago, Al-Mançûr parcourut de vastes étendues de pays, franchit plusieurs grandes rivières et divers canaux où refluent les eaux de l’Océan; on arriva ensuite à de grandes plaines appartenant au pays de Valadares, de Mabàsita, d’Ad-Daîr et des régions voisines ; de là on s’avança [P. 3 18] vers une montagne élevée, très abrupte, sans route ni chemin, mais sans que les guides pussent indiquer une autre direction. Sur l’ordre d’Al-Mançûr, des ouvriers employèrent le fer pour élargir les crevasses et aplanir les sentiers, de sorte que l’armée put passer. Après avoir ensuite franchi le Minho, les musulmans débouchèrent dans de larges plaines et des champs fertiles, et leurs éclaireurs parvinrent jusqu’à Daîr Qustân et à la plaine de Balbinûṭ sur l’Océan Atlantique ; la forteresse de San Payo fut emportée et livrée au pillage, et après avoir franchi un marais on arriva à une lieue de l’Océan dans laquelle s’étaient réfugiés un grand nombre des habitants de ces territoires.

Les conquérants les firent prisonniers et arrivèrent à la montagne de Morazo, que l’Océan entoure de presque tous les côtés ; ils s’y engagèrent, en chassèrent ceux qui l’occupaient et firent main-basse sur le butin. Ils franchirent ensuite le canal de Lurqi par deux gués que leur indiquèrent les guides, puis la rivière d’Ulla, et arrivèrent à des plaines très bien cultivées et abondamment fournies, entre autres celles d’Unba, de Qarjita et de Daîr Sontebria. Ils parvinrent ainsi au canal d’Irya où se trouvait un des oratoires consacrés à Saint- Jacques et qui, aux yeux des chrétiens, vient par rang de mérite après celui qui renferme le tombeau ; aussi les dévots s’y rendent-ils des régions les plus éloignées, du pays des Coptes, de Nubie, etc. Après l’avoir entièrement rasé, ils allèrent camper devant l’orgueilleuse ville de Santiago le mercredi 10 août ; tous les habitants l’avaient abandonnée, et les musulmans s’emparèrent de tout le butin qu’ils y trouvèrent et en abattirent les constructions, les murailles et l’église, si bien qu’il n’en resta plus trace. Cependant des gardes placés par Al-Mançûr firent respecter le tombeau du Saint et empêchèrent qu’on n’y fit aucun dommage ; mais tous ces beaux palais si solidement bâtis furent réduits en poussière, et l’on n’eût pas soupçonné qu’ils existaient la veille. Cette destruction fut opérée le lundi et le mardi qui suivirent le mercredi 2cha f bân.

Les troupes conquirent ensuite toutes les régions voisines [P. 310] et arrivèrent jusqu’à la presqu’île de San Mânkash, qui s’avance dans l’Océan Atlantique, point extrême où nul musulman n’était encore parvenu et qui n’avait élé foulé par d’autres pieds que ceux de ses habitants. Ce fut la limite au-delà de laquelle les cavaliers ne s’avancèrent pas.

Quant à El-Mançoûr, ce fut de Saint-Jacques qu’il battit en retraite, après s’être avancé plus loin qu’aucun musulman avant lui. En s’en retournant il fit route par le territoire de Bermude [II] fils d’Ordono, afin de le ravager et le dévaster en passant; mais il cessa les hostilités en arrivant dans le pays qui obéissait aux comtes confédérés qui servaient dans son armée.

Il poursuivit ainsi son chemin jusqu’à ce qu’il arrivât au fort de Lamego, qu’il avait conquis, et où il donna congé à tous les comtes, les faisant défiler chacun à son rang et leur faisant, à eux aussi bien qu’à leurs soldats, des distributions de vêtements. Ce fut de là aussi qu’il envoya à Cordoue la relation de ses victoires.

La distribution des vêtements qu’il fit dans cette campagne, tant aux princes chrétiens qu’aux musulmans qui s’étaient distingués, consista en 2285 pièces de soies diverses brodées, 21 vêtements de laine marine, 2 vêtements ‘anberi, 11 ciclaton (soie brodée d’or), 15 morayyachat (étoffes à ramages), 7 tapis de brocard, 2 pièces de brocard rûmi, et des fourrures de fenek.

L’armée tout entière rentra à Cordoue saine et sauve et chargée de butin, après une campagne qui avait été une grâce et un bienfait pour les musulmans, Dieu en soit loué ! A Santiago, Al-Mançoûr n’avait trouvé qu’un vieux moine assis près du tombeau, et il lui demanda pourquoi il se tenait là: « C’est, répondit le moine, pour honorer Saint-Jacques » Le vainqueur donna l’ordre de le laisser tranquille. Voici comment s’exprime Al-Fath bn Khâqâni : « Al-Mançûr donna la plus énergique frottée aux territoires polythéistes, enleva à leurs rebelles habitants toute idée d’orgueil et de jactance; il laissa leur pays gisant, les laissa eux-mêmes plus humiliés qu’un pieu enfoncé dans le sol ; toujours’livrant leurs terres aux ravages, il lançait droit dans leurs entrailles les flèches des calamités ; la mort que maniaient ses mains angoissait leurs âmes, les maux qu’il leur faisait empoisonnaient chacun de leurs jours. Voici à ce propos l’un des faits les plus clairs, [P. 320] des événements les plus démonstratifs.

La cavalerie à l"époque du vizir Omeyyade al-Mansur
La cavalerie à l »époque du vizir Omeyyade al-Mansur

 

Un de ses envoyés, qui visitait très fréquemment ces pays, se rendit dans un de ses voyages auprès de Garcia, seigneur du pays basque, qui le reçut un jour de Pâques, ne cessa de lui donner des marques d’honneur et de lui prodiguer les plus hauts signes de respect et de zèle. Le séjour de l’envoyé se prolongeant, il n’y eut pas de pavillon de plaisance où il n’allât se divertir, pas de lieu où il ne fût reçu. Il visita ainsi la plupart des églises, et comme un jour il était dans l’enceinte de l’une d’elles et promenait ses regards sur les contours de l’édifice, une femme vieillie dans la captivité, droite encore malgré la durée de son malheur, se présenta à lui et, l’interpellant, lui fit reconnaître qui elle était ; elle demanda si c’était volontairement qu’Al Mançûr, vivant dans les délices, oubliait son malheur à elle et jouissait des plaisirs d’une tranquillité qu’elle ne connaissait pas ; depuis de nombreuses années, dit-elle, elle était prisonnière dans ce “temple, vouée à l’humiliation et à l’abaissement.

Elle l’adjura au nom de Dieu de faire connaître son histoire et de mettre un terme à son angoisse ; elle lui fit prêter pour cela les serments les plus sacrés et exigea de lui les engagements les plus stricts pris au nom du Miséricordieux.

L’envoyé d’Al-Mançûr fit à son retour connaître à son maître les choses qu’il avait mission de lui faire savoir; ce dernier, après l’avoir écouté muet et sans l’interrompre, l’interrogea : « N’as-tu eu là connaissance de rien de blâmable, ou bien n’as-tu appris que ce que tu viens de dire ? » L’officier raconta alors l’histoire de la femme, dit ce qu’elle lui avait fait jurer de rapporter à Al-Mançoûr et les engagements qu’elle lui avait fait prendre. Son maître le blâma et le réprimanda de n’avoir pas commencé par là, puis aussitôt prépara la guerre sainte, passa en revue ses guerriers de toutes provenances, et, beau comme Merwân au jour du combat de Marj, sauta en selle pour faire campagne.

Quand il arriva auprès du fils de Sancho, qu’entouraient ses partisans, une crainte respectueuse envahit les organes du chrétien, qui s’empressa de lui adresser une lettre pour s’enquérir de la faute qu’il avait commise, lui jurer de la façon la plus formelle qu’il ne s’était rendu coupable d’aucun crime et ne s’était en rien écarté de la voie de l’obéissance. Les porteurs de ce message furent sévèrement accueillis : « Votre maître, leur fut-il dit, m’a garanti qu’il ne reste plus dans son pays ni captif ni captive, rien même de ce que peut contenir le gésier d’un oiseau de proie. Or j’ai appris qu’il y a encore telle vieille dans telle église, et je prends le ciel à témoin que je ne m’en irai d’ici qu’après l’avoir vue en mon pouvoir. » Le comte alors lui envoya cette femme avec deux autres, jurant qu’il ne les avait pas vues ni n’en avait entendu parler, et ajoutant, pour confirmer son dire, qu’il avait commencé à faire de son mieux pour démolir l’église qui lui avait été indiquée. Il s’humilia pour s’être, par sa négligence, attiré des reproches, et Al-Mançûr, trouvant ses excuses suffisantes, se retira”.

 

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

 

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Récit de la prise de la ville de Balansiya (Valence) par les croisés et l’arrivée des Musulmans dans cette ville sous l’égide Almoravide par le savant arabe andalous : Abû l-Ḥasan ‘Alî ibn Bassâm al-Shantarînî

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les Croisades au temps du Cid en Andalousie à Balansiya, Valence, al-Andalus

Récit de la prise de la ville de Balansiya (Valence) par les croisés et l’arrivée des Musulmans dans cette ville sous l’égide Almoravide par le savant arabe andalous : Abû l-Ḥasan ‘Alî ibn Bassâm al-Shantarînî :

« Ibn-Tâhir de la maison Kaisite (arabe du nord des Kays Aylan) écrivit une lettre à Ibn-Djahhâf (membre de haute lignée yéménite) , quand le cousin germain de ce dernier se fut révolté à Valence.

Nous en empruntons ce qui suit :

« Comme les preuves que vous m’avez données de votre bienveillance, mon respectable ami, sont pour moi un habit que je n’ôterai jamais, et que vous m’avez imposé la reconnaissance comme un précieux fardeau que je ne cesserai de porter, je vais me confier à vous les yeux fermés, et j’imputerai la faute de ce qui s’est fait à un injuste destin. Après sa révolte qui, à ce qu’il pense, l’a porté jusqu’aux étoiles et l’a rendu bien supérieur aux habitants du ciel, votre cousin (que Dieu nous fasse jouir longtemps de ses talents !) me regardait de travers, et il croyait que je lui portais envie ou que j’étais son rival. Mais que Dieu maudisse celui qui lui envie cette magnifique révolte ;

Elle n’était faite que pour lui, et il n’était fait que pour elle ![3]

« Puis son noble courroux s’est déchaîné contre moi, et il m’a tracassé de toutes les manières. Cependant je dévorais mes chagrins quelque cuisants qu’ils fussent ; je faisais semblant de ne pas m’apercevoir de ses desseins ; je cachais ma douleur si grande qu’elle fût ; je ne me vengeais qu’en lui faisant du bien. Mais aujourd’hui il a eu l’idée (et il en a de détestables) de combler la mesure de l’iniquité et de l’insolence, et il m’est arrivé une chose si étrange que je n’avais jamais pu la supposer ; aussi la cause de sa conduite m’est inexplicable. Quand mon messager est venu le trouver pour l’interroger sur certaines choses, il lui a montré un visage morne et refrogné ; il lui a tourné le dos et a fait preuve d’un insupportable orgueil. Néanmoins j’ai su me contenir, car j’ai voulu respecter la bienséance et ne faire que ce qui était convenable ; mais ce n’est pas par respect pour Abou-Ahmed que je me suis contenu, et ses procédés envers moi n’ont pas été tels qu’ils dussent m’empêcher d’agir.

« Je le jure solennellement : si le destin vous conduit vers moi et que je me trouve encore ici, je vous ferai goûter tous les plaisirs et je vous porterai sur les mains, vous et vos amis.[4] Mais que Dieu vous laisse longtemps dans votre demeure, et qu’il la protège contre les malheurs ! Qu’il vous conserve votre haute dignité qui vous servira de marchepied pour arriver à des charges encore plus éminentes ! Que l’élévation de celui dont je vous ai parlé, ne vous porte pas malheur, mais que sa chute vous porte bonheur ! Car on ne souffre pas longtemps un homme tel que lui ; il ne reste pas longtemps en place, et on ne lui accorde pas un long délai ! »

« Abou-‘l-Hasan[5] dit : Cet Abou-Abdérame ibn-Tâhir vécut assez longtemps pour être témoin de la chute de tous les princes des petites dynasties, et de la calamité qui frappa les musulmans de Valence ; calamité qui fut causée par le tyran le Campeador, que Dieu le mette en pièces ! Il fut alors jeté en prison dans cette Marche, l’an 488.[6]

La  chute de Tolède  (Tulaytuyah) 1085 al-Andalus
La chute de Tolède (Tulaytuyah) 1085 al-Andalus

De sa prison, il écrivit à un de ses amis une lettre où il dit :

« Je vous écris au milieu du mois de Çafar. Nous sommes devenus prisonniers après une suite de malheurs si graves qu’ils n’ont jamais eu leurs pareils. Si vous pouviez voir Valence (que Dieu veuille la favoriser d’un regard et lui rendre sa lumière !), si vous pouviez voir ce que le destin a fait d’elle et de son peuple, vous la plaindriez, vous pleureriez ses malheurs ; car les calamités lui ont enlevé sa beauté ; elles n’ont laissé aucune trace de ses lunes ni de ses étoiles ! Ne me demandez donc pas ce que je souffre, quelles sont mes angoisses, quel est mon désespoir ! A présent je suis obligé de racheter ma liberté au prix d’une rançon, après avoir affronté des périls qui m’ont presque ôté la vie. Il ne me reste d’autre espoir que la bonté de Dieu, à laquelle il nous a accoutumés, et sa bienveillance qu’il nous a garantie. Je vous ai fait partager mes chagrins, car il faut tout partager avec son ami, et je connais votre fidélité et le bienveillant intérêt que vous me portez. Je l’ai fait aussi pour pouvoir demander de vous une sincère et fervente prière en ma faveur :peut-être une telle prière sera-t-elle suivie de ma mise, en liberté, car Dieu (son nom soit glorifié !) aime à exaucer les prières. Puissiez-vous toujours voir ses bénédictions dans l’endroit où vous vous trouvez ! »

« Abou-‘l-Hasan dit : Puisque nous avons parlé de Valence, nous devons faire connaître la calamité qui la frappa, et nous devons dire quelque chose de la guerre dont cette province fut le théâtre : guerre dont la course précipitée ne se prolongea que trop longtemps pour l’Islam, et que les grands et perpétuels efforts d’hommes justement inquiets ne purent réprimer. Nous devons aussi faire connaître les raisons des crimes commis pendant cette guerre, et des maux que les musulmans eurent à endurer ; nous devons nommer ceux qui marchèrent sur le chemin de cette guerre, ceux qui entraient et sortaient par les portes de ces combats acharnés.

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« Abou-‘l-Hasan dit : Dans le quatrième volume, [7] nous placerons, s’il plaît à Dieu, quelques sentences et quelques phrases, qui feront voir comment Alphonse (que Dieu le mette en pièces !), le tyran des Galiciens, ce peuple infidèle, s’empara de la ville de Tolède, cette perle placée au milieu du collier, cette tour la plus élevée de l’empire dans cette Péninsule. Nous expliquerons alors les raisons qui firent obtenir à Alphonse le gouvernement de cette ville, et qui lui accommodèrent là un doux lit, de sorte qu’il maniât aisément les habitants, dorénavant semblables à des chameaux dociles, et qu’il établît sa résidence dans ces hautes murailles. Yahyâ ibn-Dhî-‘n-noun, qui portait le surnom royal d’’al-Câdir-billâh, fut celui qui attisa le premier le feu de la guerre, et le fit flamber. Lorsqu’il céda Tolède (que Dieu veuille renouveler sa splendeur passée et récrire son nom sur le registre des villes musulmanes !) à Alphonse, il stipula que ce dernier s’engagerait à lui soumettre la rebelle Valence, et à lui prêter son appui pour conquérir et occuper cette capitale, cet appui dût-il être exigu ; car Câdir savait qu’auprès d’Alphonse il ne serait qu’un prisonnier ou un domestique. Il se mit donc en route ; mais les portes des châteaux se fermèrent devant lui, et les auberges ne voulurent pas le recevoir. A la fin il arriva à la forteresse de Cuenca, auprès de ses partisans, les Beni-‘l-Faradj, ainsi que nous le raconterons, s’il plaît à Dieu, dans le quatrième volume. Les Beni-‘l-Faradj étaient ses serviteurs les plus fidèles et les aveugles exécuteurs de ses ordres, aussi bien de ceux qu’il avouait que de ceux qu’il démentait. Au commencement, ce fut par leur appui qu’il parvint à son but ; à la fin, ce fut auprès d’eux qu’il se retira. Puis il commença à se mettre en relation avec Ibn-Abdalazîz ; il sut coudre excuses à excuses, et dans ses lettres il donna à son affaire un tour spécieux. Ibn-Abdalazîz riait rarement alors, mais il pleurait souvent : quelquefois il disait ce qu’il pensait, mais ordinairement il le cachait. Les astres roulent toujours, et l’ordre de Dieu s’exécute quoi qu’il arrive !

« Sur ces entrefaites, on apprit qu’’Ibn-Abdalam avait rendu le dernier soupir, et que ses deux fils se querellaient à Valence. Alors Ibn-Dhî-‘n-noun se rendit vers cette ville aussi rapidement que les catâs tombent sur les bords de l’eau,[8] et il y arriva à l’improviste, ainsi qu’un espion vient interrompre tout à coup un rendez-vous d’amour.

« Plus tard, dans l’année 479, les princes de notre pays se mirent en rapport avec l’émir des musulmans[9] (que Dieu lui soit propice !), ainsi que nous Pavons dit plus haut, et celui-ci remporta sur le tyran Alphonse (que Dieu le mette en pièces !) cette glorieuse victoire du vendredi, comme nous l’avons raconté.[10] Alphonse (que Dieu le maudisse !) retourna alors vers son pays ; mais il ressemblait à un oiseau dont les ailes ont été brisées, à un malade qui a de la peine à respirer. Alors la poitrine de ce Yahyâ ibn-Dhî-‘n-noun se trouva dégagée ; il aspira l’air vital, et, heureux d’avoir encore un souffle de vie, il fit ce que firent tous les autres princes : il conclut une alliance avec l’émir des musulmans.

« Mais, comme nous l’avons dit, le mauvais vouloir des princes augmentait tous les jours, et leurs calomnies mutuelles rampaient de l’un à l’autre. Dieu permit alors à l’émir des musulmans de déjouer leurs intrigues, de guérir les maux que causait leur jalousie, et de délivrer tous les musulmans de leurs mauvaises actions et de leurs desseins abominables. Il commença à le faire, ainsi que nous l’avons dit, dans l’année 485. Son autorité fut reconnue aussitôt dans toutes les provinces, et, dans les prières publiques, les prédicateurs prononçaient son nom avec orgueil. Pendant le reste de l’année 483, et pendant l’année suivante, il continua à chasser les roitelets de leurs trônes, ainsi que le soleil chasse les étoiles devant lui, et à faire disparaître jusqu’aux derniers vestiges de leur puissance. À cette occasion Abou-Tammâm ibn-Riyâh composa ce vers :

Leurs pays ressemblent à des femmes qu’un destin inexorable force à divorcer d’avec leurs époux.

Arc Mirhab Ronda mosquée aujourd'hui Santa María la Mayor 12e siècle al-Andalus
Arc Mirhab de al mosquée de Ronda aujourd’hui Santa María la Mayor 12e siècle al-Andalus

Et quand les Beni-Abbâd eurent été détrônés, Abou-‘l-Hosain ibn-al-Djadd composa ceux-ci, dans lesquels il fait allusion, je crois, au seigneur de Majorque [11] :

Allez dire à celui qui espère pouvoir dormir tranquillement : Vos reins sont bien loin de la couche ! Quand vous voyez que le destin a brisé en pièces les montagnes de Radhwâ,[12] que croyez-vous qu’il fera d’un papillon?

« Quand Ahmed ibn-Yousof ibn-Houd, celui qui, aujourd’hui encore, gouverne la Marche de Saragosse,[13] s’aperçut que les soldats de l’émir des musulmans sortaient de chaque défilé, et que, du haut de tous les beffrois, ils épiaient ses frontières, il hala après eux tin chien de Galice,[14] appelé Rodrigue et surnommé le Campeador. C’était un homme qui faisait métier d’enchaîner les prisonniers ; il était le fléau du pays ; il avait livré aux roitelets arabes de la Péninsule plusieurs batailles, dans lesquelles il leur avait causé des maux de toute sorte. Les Beni-Houd l’avaient fait sortir de son obscurité[15] ; ils s’étaient servis de son appui pour exercer leurs violences et exécuter leurs vils et méprisables projets ; ils lui avaient livré différentes provinces de la Péninsule, de sorte qu’il avait été à même de parcourir les plaines en vainqueur et de planter sa bannière dans les plus belles villes. Aussi sa puissance était devenue très grande, et il n’y avait contrée d’Espagne qu’il n’eût pillée. Quand donc cet Ahmed, de la famille des Beni-Houd, craignit la chute de sa dynastie et qu’il vit ses affaires s’embrouiller, il voulut placer le Campeador entre soi et l’avant-garde de l’armée de l’émir des musulmans. Par conséquent, il lui fournit l’occasion d’entrer sur le territoire valencien, et lui donna de l’argent et des troupes. Le Campeador mit donc le siège devant Valence, où la discorde avait éclaté et où les habitants s’étaient divisés en plusieurs factions. Voici pourquoi. Quand le faqui Abou-Ahmed ibn-Djahhâf, qui remplissait alors à Valence l’emploi de cadi, vit d’un côté la nombreuse armée des Almoravides, et de l’autre, ce tyran que Dieu maudisse, il excita une sédition. Il prit exemple sur le filou qui a d’excellentes occasions pour exercer son métier quand il y a de la rumeur sur le marché ; il voulut obtenir le gouvernement en trompant les deux partis ; mais il avait oublié l’histoire du renard et des deux bouquetins.[16] D’abord il prit à son service un petit nombre des soldats de l’émir des musulmans ; puis il fondit avec eux sur le palais du méchant Ibn-Dhî-‘n-noun, dans un moment où celui-ci ne se tenait pas sur ses gardes et où ses soldats n’étaient pas auprès de lui, de sorte qu’il n’avait d’autres défenseurs que ses larmes, et que personne ne pouvait le plaindre, hormis le fer de la lance (qui le frappa). Alors il le tua, dit-on, par la main de l’un des Beni-‘l-Hadîdî, qui voulait venger ceux de ses parents qu’’Ibn-Dhî-‘n-noun avait tués, ou qu’il avait privés de leurs dignités. (L’histoire de ces Beni-‘l-Hadîdî sera racontée plus tard, s’il plaît à Dieu, et les détails en seront exposés dans ce livre, à l’endroit convenable.[17]) A l’occasion du meurtre d’’Ibn-Dhî-‘n-noun Câdir par Ibn-Djahhâf, Abou-Abdérame ibn-Tâhir composa ces vers :

Doucement, ô toi dont un œil est bleu et l’autre noir[18] ; car tu as commis un crime horrible : tu as tué le roi Yahyâ, et tu t’es revêtu de sa tunique.[19] Le jour où tu seras récompensé comme tu le mérites, viendra inévitablement !

« Quand Abou-Ahmed eut exécuté son projet, et que son pouvoir, à ce qu’il prétendait, se fut affermi, des troubles éclatèrent et les glaives se tournèrent les uns contre les autres. Il n’y avait là rien d’étonnant, car Abou-Ahmed se trouva obligé de régler les affaires publiques dont il n’avait jamais sondé les secrets, de remplir des fonctions administratives dont il n’était pas habitué à s’acquitter avec rapidité, dont il ne connaissait pas les difficultés nombreuses ; il ne savait pas que gouverner est tout autre chose que de dire à des hommes qui se disputent, ce que commande la loi ; il ne savait pas que commander des troupes est tout autre chose que de déclarer tel contrat de plus grande valeur que tel autre, ou de faire un choix entre différents témoignages. Il ne s’occupa que des trésors d’’Ibn-Dhî-‘n-noun, dont il s’était rendu maître, et ces trésors lui faisaient oublier qu’il était de son devoir de réunir des soldats et d’administrer les provinces. Il fut abandonné par la petite troupe almoravide qu’il avait prise à son service, et dans laquelle les Valenciens voyaient leur meilleur appui contre les périls dont les menaçait la présence de leur cruel ennemi.

.Rodrigue désira donc plus ardemment que jamais de s’emparer de Valence. Il se cramponna à cette ville comme le créancier se cramponne au débiteur ; il l’aima comme les amants aiment les lieux où ils ont goûté les plaisirs que donne l’amour. Il lui coupa les vivres, tua ses défenseurs, lui causa toutes sortes de maux, se montra à elle sur chaque colline. Combien de superbes endroits (où l’on n’osait former le vœu d’arriver, que les lunes et les soleils n’osaient espérer d’égaler en beauté) dont ce tyran s’empara et dont il profana le mystère ! Combien de charmantes jeunes filles (quand elles se lavaient le visage avec du lait, le sang jaillissait de leurs joues ; le soleil et la lune leur enviaient leur beauté ; le corail rivalisait avec les perles dans leur bouche) épousèrent les pointes de ses lances, et furent écrasées sous les pieds, de ses insolents mercenaires !

« La faim força les Valenciens à manger des animaux immondes. Abou-Ahmed ne savait que faire ; les maux dont il était lui-même la cause, lui avaient fait perdre la tête. Il implora le secours de l’émir des musulmans, quoique celui-ci fût à une grande distance ; quelquefois il put lui faire entendre ses plaintes et l’exciter à venir le secourir ; d’autres fois on l’en empêcha. L’émir des musulmans prenait intérêt à son sort ; mais comme il était loin de Valence et que le destin en avait disposé autrement, il ne put le secourir assez tôt. Lorsque Dieu a résolu une chose, il lui ouvre les portes et aplanit les obstacles !

« Le tyran Rodrigue obtint l’accomplissement de ses infâmes souhaits. Il entra dans Valence l’année 488,[20] en usant de fraude, selon sa coutume. Le cadi s’était humilié devant lui ; il l’avait reconnu pour son souverain et il avait obtenu de lui un traité. Mais ce traité ne fut pas observé longtemps. Ibn-Djahhâf resta pendant peu de temps auprès de Rodrigue, qui s’ennuyait de sa présence et qui voulait le faire tomber. Il en trouva le moyen, dit-on, au sujet d’un trésor d’une très grande valeur, qui avait appartenu à Ibn-Dhî-‘n-noun. Rodrigue, dès qu’il fut entré dans Valence, avait interrogé le cadi à ce propos, et l’avait fait jurer, en présence d’un grand nombre d’hommes des deux religions, qu’il ne possédait pas ce trésor. Le cadi avait prêté les serments les plus solennels ; il ne savait pas quelles calamités et quelles douleurs l’avenir lui réservait ! Rodrigue avait conclu avec lui une convention en présence des deux partis, convention qui avait été signée par les hommes les plus considérés des deux religions, et où il avait été déclaré que, si dans la suite Rodrigue trouvait ce trésor chez le cadi, il aurait le droit de lui retirer sa protection et de verser son sang. Peu de temps après, Rodrigue découvrit que le cadi possédait ce trésor ; il le prétendit du moins, mais peut-être n’était-ce qu’un faux prétexte. Quoi qu’il en soit, il lui enleva ses biens et le fit torturer de même que ses fils, jusqu’à ce que le malheureux cadi, accablé de douleur, n’espérât plus rien ; puis il le fit brûler vif. Un témoin oculaire m’a raconté que le cadi fut enfoncé jusqu’aux aisselles dans une fosse qui avait été creusée à cet effet, et que, lorsque le feu eut été allumé autour de lui, il rapprocha de son corps les tisons ardents, afin de hâter sa mort et d’abréger son supplice. Que Dieu veuille écrire cet acte sur la page où il a enregistré les bonnes actions du cadi ; qu’il veuille le regarder comme suffisant pour effacer les péchés qu’il avait commis ; que dans la vie future, il daigne nous épargner ses douloureux châtiments, et nous aider à faire des choses qui nous méritent son approbation !

« Le tyran (que Dieu le maudisse !) voulut alors brûler aussi la femme et les filles du cadi ; mais un des siens le pria d’épargner leur vie, et après avoir éprouvé quelques difficultés, il le fit abandonner son projet. Il préserva donc ces femmes du supplice que Rodrigue voulait leur faire souffrir.

« Cette terrible calamité fut un coup de foudre pour tous les habitants de la Péninsule, et couvrit toutes les classes de la société de douleur et de honte.

« La puissance de ce tyran alla toujours en croissant, de sorte qu’il fut un lourd fardeau pour les contrées basses et pour les contrées élevées, et qu’il remplit de crainte les nobles et les roturiers. Quelqu’un m’a raconté l’avoir entendu dire, dans un moment où ses désirs étaient très vifs et où son avidité était extrême : — Sous un Rodrigue cette Péninsule a été conquise, mais un autre Rodrigue la délivrera ; — parole qui remplit les cœurs d’épouvante, et qui fit penser aux hommes que ce qu’ils craignaient et redoutaient, arriverait bientôt ! Pourtant cet homme, le fléau de son temps, « était par son amour pour la gloire, par la prudente fermeté de son caractère et par son courage héroïque, un des miracles du Seigneur. Peu de temps après, il mourut à Valence d’une mort naturelle. La victoire suivait toujours la bannière de Rodrigue (que Dieu le maudisse !) ; il triompha des barbares ; à différentes reprises il combattit leurs chefs, tels que Garcia, surnommé par dérision Bouche-Tortue, le comte de Barcelone[21] et le fils de Ramire[22] : alors il mit en fuite leurs armées, et tua avec son petit nombre de guerriers leurs nombreux soldats. On étudiait, dit-on, les livres en sa présence ; on lui lisait les faits et gestes des anciens preux de l’Arabie, et quand on en fut arrivé à l’histoire de Mohallab, il fut ravi en extase et se montra rempli d’admiration pour ce héros.

Schéma idéal d'une ville musulmane
Schéma idéal d’une ville musulmane

« A cette époque Abou-Ishâc ibn-Khafâdja composa sur Valence les vers suivants[23] :

Les glaives ont sévi dans ta cour, ô palais ! La misère et le feu ont détruit tes beautés ! Quand à présent on te contemple, on médite longtemps et on pleure…. Ville infortunée ! Tes habitants ont été les pelotes que se renvoyaient les désastres ; toutes les angoisses se sont agitées dans tes rues désertes ! La main du malheur a écrit sur les portes de tes cours : Tu n’es plus toi-même ; tes maisons ne sont plus des maisons !

« Quand l’émir des musulmans (que Dieu lui soit propice !) eut entendu cette affreuse nouvelle et qu’il eut appris cet horrible malheur, il fit de grands efforts ; Valence lui était un fétu dans l’œil ; il ne songeait qu’à elle ; elle seule occupait ses mains et sa langue. Ayant envoyé pour la reconquérir des troupes et de l’argent, il tendit ses lacets. Le sort des armes fut inégal : tantôt la victoire se déclara pour l’ennemi, tantôt pour les troupes de l’émir des musulmans. A la fin, celui-ci effaça la honte qui avait frappé la ville, et lava les outrages qu’elle avait reçus. Le dernier des généraux qu’il y envoya à la tête d’une nombreuse armée, fut l’émir Abou-Moham-med Mazdalî,[24] la pointe de l’épée de l’émir des musulmans et le cordon dont celui-ci se servait pour enfiler ses perles. Dieu lui fit conquérir la ville et permit qu’elle fût délivrée par lui, dans le mois de Ramadhân[25] de l’année 495. Que Dieu veuille lui assigner une place dans le septième ciel, et qu’il daigne le récompenser de son zèle et de ses combats pour la sainte cause, en lui accordant les plus belles récompenses qui soient réservées à ceux qui ont pratiqué la vertu !

« A cette époque, Abou-Abdérame ibn-Tâhir écrivit au vizir Abou-Abdalmelic ibn-Abdalazîz une lettre où il dit :

« Je vous écris au milieu du mois béni[26] ; nous avons remporté la victoire, car les musulmans sont entrés dans Valence (que Dieu veuille lui rendre la force !), après qu’elle a été couverte de honte. L’ennemi en a incendié la plus grande partie, et il l’a laissée dans un tel état qu’elle est propre à stupéfier ceux qui s’informent d’elle, et à les plonger dans une silencieuse et morne méditation. Elle porte encore les vêtements noirs dont il l’a couverte ; son regard est encore voilé, et son cœur qui s’agite sur des charbons ardents, pousse encore des soupirs. Mais son corps délicieux lui reste ; il lui reste son terrain élevé qui ressemble au musc odorant et à l’or rouge, ses jardins qui abondent en arbres, son fleuve rempli d’eaux limpides ; et grâce à la bonne étoile de l’émir des musulmans et aux soins qu’il lui vouera, les ténèbres qui la couvrent se dissiperont ; elle recouvrera sa parure et ses bijoux ; le soir elle se parera de nouveau de ses robes magnifiques ; elle se montrera dans tout son éclat, et ressemblera au soleil quand il est entré dans le premier signe du zodiaque.[27] Louange à Dieu, le roi du royaume éternel, parce qu’il l’a purgée des polythéistes ! A présent qu’elle a été rendue à l’Islam, nous pouvons de nouveau nous glorifier d’elle, et nous consoler des douleurs que le destin et la volonté de Dieu avaient causées. »

La mosquée de Seville construite par le cadi de la ville Umar Ibn Abaddas par ordre de l'émir Omeyyade Abd al-Rahman II en 829 c'est maintenant l'église du Divin Sauveur à Seville . Un minaret y fut adjoint par le roi Abbabide Al Mutamid Ibn Abbad en 1079-1080 comme le mentionne un épigraphe déplacé, depuis, dans le vestibule de l'église. L'édifice devint église collégiale en 1248 et l'église fut progressivement adaptée au culte catholique. Premièrement, on donna à la nef une orientation est-ouest  en éliminant tous les éléments en relation avec l'Islam
La mosquée de Seville construite par le cadi de la ville Umar Ibn Abaddas par ordre de l’émir Omeyyade Abd al-Rahman II en 829 c’est maintenant l’église du Divin Sauveur à Seville . Un minaret y fut adjoint par le roi Abbabide Al Mutamid Ibn Abbad en 1079-1080 comme le mentionne un épigraphe déplacé, depuis, dans le vestibule de l’église. L’édifice devint église collégiale en 1248 et l’église fut progressivement adaptée au culte catholique. Premièrement, on donna à la nef une orientation est-ouest en éliminant tous les éléments en relation avec l’Islam

« Vers la même époque,[28] il écrivit au vizir et faqui Ibn-Djahhâf cette lettre de condoléance sur la mort de son cousin germain qui avait été brûlé et dont nous avons parlé plus haut :

« Un homme qui comme vous (que Dieu veuille vous épargner les malheurs !) est plein de religion et inébranlable dans la foi, qui a une conscience pure, qui cherche en vain son égal, qui a une incontestable supériorité d’esprit et qui connaît les vicissitudes de la fortune, -un tel homme supporte patiemment les calamités ; il les dédaigne et les méprise, car il sait que telles sont les vicissitudes du destin et de la fortune, qu’il y a un temps où il faut mourir, et que le sort a réglé d’avance tout ce qui arrive. Eh bien ! le malheur (plaise à Dieu qu’il ne vous atteigne jamais et que jamais il ne nous vous enlève !) a voulu que le faqui, le cadi Abou-Ahmed (que Dieu lui pardonne ses péchés !) fût privé de sa haute dignité et mis à mort. Les étoiles de la gloire, je le jure, ont disparu alors que cet homme honorable a péri ; les cieux de la noblesse ont versé des larmes quand il tomba et quitta ce monde. En effet, par sa belle conduite et par le secours qu’il prêtait aux infortunés, il ressemblait à la pluie pendant un été stérile, au lait pendant le temps où l’on n’en trouve que difficilement ; loin d’être cruel, il aimait à pardonner les offenses ; il était affable envers ses voisins et fort estimé par ses amis ; il séduisait les cœurs par ses manières courtoises, et asservissait les hommes libres par sa bonté. A présent qu’il est mort et que le feu a consumé ses membres, le monde porte le deuil. Comme il gouvernait la ville avec soin et qu’il exterminait ses ennemis, elle verse maintenant sur lui des larmes aussi abondantes que les gouttes d’une pluie de printemps, et partout elle déplore sa perte. Oh ! que la mort l’a enlevé vite ! Et cela dans un temps où il était votre joie, où il vous avait donné la gloire pour collier, et où il avait élevé votre puissance au-dessus de toute autre ! Mais ayons confiance, si grand que soit notre malheur, car nous avons été créés par Dieu et nous retournerons vers lui ; sachons supporter notre perte avec une résignation dont Dieu nous récompensera largement dans la vie future, quoique nous ayons toute raison de nous affliger, puisque le trépassé était d’une origine illustre, qu’il était pour nous une montagne inaccessible à nos ennemis, et un asile situé sur la hauteur. Le même malheur nous a frappés tous les deux ; mais tâchons de nous consoler ; si nous y réussissons, ce sera pour nous le plus précieux trésor dans l’autre vie, et nous aurons droit à la plus grande rémunération.»

« Abou-‘l-Hasan dit : Abou-Abdérame a composé tant d’excellentes pièces, et ses pensées et ses actions sont si belles, que ses faits ne peuvent être racontés tous ici, et que la noblesse de son caractère ne peut être décrite avec les développements convenables. Mais j’ai copié la plupart de ses compositions dans un livre à part, auquel j’ai donné le titre de Fil de perles, sur les lettres d’Ibn-Tâhir. En ce moment, il vit à Valence ; il a conservé l’usage de toutes ses facultés, bien qu’il soit âgé de quatre-vingts ans environ. Il a encore bonne ouïe ; il n’a pas cessé de mettre sur le papier des idées qui ôtent tout leur éclat aux colliers de perles, et en comparaison desquelles les nuits éclairées par un beau clair de lune sont obscures. Mais ce que nous avons écrit peut suffire, car quel homme pourrait donner tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet ? »

 

Notes

  • [1] Voyez Scriptorum Arabum loci de Abbadidis, t. I, p. 189 et suiv., ‘Ibn-Bassâm, et sa Dhakhîra sont longement mentionné, dix manuscrit d’Oxford (2e volume) et de celui de Gotha.
  • [2] L’année islamique 503 commence le 31 juillet 1109 et finit le 19 juillet 1110; mais il est très-certain qu’Ibn-Bassâm écrivit le passage en question, avant le 24 janvier 1110, époque de la mort de Mostaîn de Saragosse. Ce prince, comme on le verra tout a l’heure, vivait encore quand Ibn-Bassâm écrivit.
  • [3] Ce vers, qu’Ibn-Tâhir place ici par ironie, est sans doute d’un poète ancien, et je suppose qu’il se trouvait dans un poème composé à la louange d’un prince. Le sens serait: « le trône n’était fait que pour lui, et il n’était fait que pour le trône.
  • [4] Dans le texte, Ibn-Tahir se compare à un chameau, et il dit : Je vous porterai sur mes épaules et sur mon dos, vous et vos amis.
  • [5] C’est-a-dire Ibn-Bassâm (Abou-‘l-Hasan Alî ibn-Bassâm), comme porte le man. B.
  • [6] Cette date est fausse, comme nous le verrons plus tard. Ibn-Tâhir écrivit la lettre qu’on va lire, au milieu de Çafar 487, c’est-a-dire le 6 mars 1094. Il était alors prisonnier dans le camp du Cid, auquel il avait été livré par Ibn-Djahhâf.
  • [7] Ce quatrième volume n’existe pas en Europe, ou du moins on ne l’a pas encore trouvé.
  • [8] Le catâ est une espèce de perdrix ; M. de Sacy en a parlé fort au long dans sa Chrestomathie arabe (t. II, p. 367 et suiv.). Chanfarâ, dans le magnifique poème (vs. 36 et suiv.) que M. Fresnel a traduit avec tant de talent et de bonheur, se glorifie que, grâce à l’extrême rapidité de sa course, il arrive avant les catâs à la citerne.
  • [9] Tel était le titre que portait Yousof ibn-Téchoufîn l’Almoravide.
  • [10] Il s’agit ici de la bataille de Zallâca, livrée le vendredi 23 octobre 1086.
  • [11] Le seigneur de Majorque était alors Nâcir-ad-daula Mobaschir. Il avait été nommé au gouvernement de cette île par Alî ibn-Modjéhid, le seigneur de Dénia ; mais quand celui-ci eut été privé de ses États par Moctadir de Saragosse, il s’était déclaré indépendant. Voir Ibn-Khaldoun, man., t. IV, fol. 28 v.
  • [12] Radhwâ est le nom d’une chaîne de montagnes près de Médine. C’est ici que le poète fait allusion aux Abbâdides, qu’à cause de leur bravoure et de leur puissance, il compare à de hautes montagnes.
  • [13] Ahmed Mostaîn, roi de Saragosse, mourut dans cette même année 503, où Ibn-Bassâm écrivit. Ibn-al-Abbâr (p. 224) donne la date précise de la mort de ce prince, quand il dit : « Il fut tué dans la guerre sainte, non loin de Tudèle, le lundi, 1er jour de Redjeb de l’année 503. » Le 1er Redjeb 503 tombe réellement un lundi, et il répond au 24 janvier 1110. La mort de Mostaîn est fixée à la même année dans une charte de Sainte-Marie d’Yrache, que cite Moret (Annales de Navarra, t. II, p. 83). Dans une autre charte, citée par Blancas(Aragon. rer. comment., p. 637), on lit : « Facta carta Era 1148, anno que mortuus est Almustahen super Valterra » — Valtierra se trouve près de Tudèle, au nord de cette ville — «et occiderunt eum milites de Aragone et de Pampilona, noto die viiii. Kal. April. Regnante Domino nostro Iesu Christo, et sub eius gratia Anfusus. » — Alphonse Ier, roi d’Aragon et de Navarre, le mari d’Urraque de Castille et de Léon — «  gratia Dei Imperator de Leone et Rex totius Hispaniœ, niaritus meus. »  Blancas, Briz Martinez (Hist. de San Juan de la Peña, p. 724) et Moret (loco laud. et p. 86) ont conclu de là que Mostaîn mourut le 24 mars (qui tombe mi jeudi) 1110 ; mais la date qui suit les mots solennels noto die, est ici, comme toujours, celle ou la charte a été écrite, et son celle de l’événement dont il vient d’être parlé en parenthèse. La charte n’indique donc pas le jour, mais seulement l’année, où Mostaîn fut tué.
  • [14] Par le mot Galice, Ibn-Bassâm et les auteurs de son temps entendent la Castille et Léon.
  • [15] Il ne faut voir ici qu’une de ces phrases de rhéteur, qui en disent plus que l’auteur n’en voulait dire.
  • [16] Un renard vit un jour deux bouquetins qui se donnaient très chaudement des coups de corne ; leur sang coulait à grands flots. Il faut profiter de tout, pensa le rusé compère, et il se mit à lécher le sang qu’avaient perdu les deux champions. Mais ceux-ci qui, à ce qu’il paraît, avaient des idées très rigides sur la propriété, ne goûtèrent nullement l’idée du fin matois : oubliant leur querelle, ils l’attaquèrent tous les deux et le tuèrent sur la place. J’étais dans le même cas qu’Ibn-Djahhâf : comme lui, j’avais oublié cette fable, que j’avais pourtant lue dans Bidpâi (p. 94). Mon excellent ami, M. Defrémery, a eu la bonté de me le rappeler, en ajoutant qu’elle est racontée aussi dans le Panchatantra (livre I, chap. intitulé Aventures de Déva-Sarma, cité par Aug. Loiseleur des Longchamps, Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction en Europe, p. 33, 34), dans l’Anwâri Sohailî(édit. de 1829, p. 72) et dans l’Homayoun nâmeh (Contes et fables indiennes de Bidpâi et de Lokman, traduites par Galland, t. I, p. 310, 311).
  • [17] D’après le man. B., le passage auquel Ibn-Bassâm renvoie ici, se trouve dans le quatrième volume de son ouvrage.
  • [18] Quand on lit le man. B., il faut traduire : « ô toi, l’homme aux jambes torses. »
  • [19] C’est-à-dire, tu t’es approprié les vêtements royaux, tu as usurpé le trône.
  • [20] Cette date est fausse, comme l’observe très bien Ibn-al-Abbâr, L’auteur aurait dû dire : l’année 487
  • [21] Dans le texte il y a le prince (ou le chef) des Francs. Les historiens arabes plus modernes donnent indistinctement le nom de Francs à tous les peuples chrétiens de la Péninsule ; mais Ibn-Bassâm donne constamment aux Castillans et aux Léonais le nom de Galiciens, aux Navarrais celui de Basques, et aux Catalans celui de Francs. La Cronica general les appelle aussi Franceses. Les troubadours appellent ordinairement les Catalans par leur nom véritable ; mais quelquefois ils leur donnent aussi celui de Francs. Voyez, par exemple, l’appel à la croisade contre l’Almohade Yacoub Almanzor, par Gavaudan le Vieux (apud Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, t. IV, p. 87). On sait que la Catalogne était un fief français.
  • [22] Tous les rois d’Aragon portent chez les Arabes le nom de fils de Ramire.
  • [23] Le célèbre poète Ibn-Khafâdja était né à Alcira en 1058, et mourut en 1139. Ibn-Bassâm (man. de Gotha, fol. 144r. — 183 v.), Ibn-Khâcân (Calâyid, Livre IV, ch. 1er) et Ibn-Khallican (t, I, p. 19, 20 éd. de Slane) lui ont consacré des articles. Son Dîwân se trouve dans la Bibliothèque de l’Escurial (n° 376), dans celle du musée asiatique à Saint-Pétersbourg, dans celle de Copenhague, dans celle de Cid Hammouda à Constantine, et enfin dans la Bibl. impériale (Asselin 418, 1518 du suppl. ar.). M. Defrémery a eu la bonté de feuilleter ce dernier exemplaire, mais il n’y a pas trouvé les quatre vers que cite Ibn-Bassâm.
  • [24] Ce nom étant d’origine berbère, les lexicographes arabes n’en donnent pas la prononciation ; mais j’ai cru devoir suivre celle que l’on trouve dans un ms. d’Ibn-Khaldoun que possède la Bibl. de Paris, et dans une ancienne chronique espagnole, les Anales Toledanos II (p. 403 : Almazdali ; l’article est de trop).
  • [25] Ce renseignement est inexact. En 495, Ramadhân commençait le 19 juin et finissait le 18 juillet 1002 ; mais d’après Ibn-al-Abbâr (dans l’Appendice, n° II), Valence fut reconquise dans le mois de Redjeb 495, et Ibn-al-Khatîb donne la date précise, à savoir le 15 Redjeb, c’est-à-dire, le 5 mai 1102. Les Anales Toledanos I disent de même : « El Rey D. Alfonso dexó déserta à Valencia en el mes de Mayo, Era 1140. » Le fait est qu’Ibn-Bassâm a tiré une fausse conclusion de la lettre d’Ibn-Tahir.
  • [26] Ramadhân.
  • [27] On sait que le soleil entre dans le signe du bélier à l’équinoxe du printemps.
  • [28] Plus tard, lit-on dans le man. A. ; mais il est certain que la lettre suivante a été écrite longtemps avant celle qu’Ibn-Bassâm vient de rapporter.
  • [29] « El vasallo desleal. »

 

source :   Tiré du  « Kitâb al-Dhakhîra fî mahâsin ahl al-Jazîra », (Trésor des mérites des habitants de la péninsule [andalouse]), composée vers 1100/10, une des plus importantes sources d’information historique, littéraire et culturelle sur Al-Andalus

wikipedia : Abû l-Ḥasan ‘Alî ibn Bassâm al-Shantarînî, ou plus brièvement Ibn Bassam, est un poète et historien arabo-andalou, né à Santarém (alors dans la Taïfa de Badajoz) avant 1084, mort en 1147.

Il se rendit à Cordoue pour la première fois vers 1100, et c’est alors qu’il commença à composer sa Dhakîra.

Il séjourna également à Séville. Il mourut en 1147, peut-être à Santarem, l’année de la prise de la ville par le roi portugais Alphonse Ier, après avoir été à deux reprises prisonnier d’armées chrétiennes Il est célèbre par son anthologie. C’est un recueil de biographies et de poèmes de personnages célèbres dans l’Espagne musulmane dans la période postérieure à celle des Omeyyades de Cordoue (période traitée par un autre auteur, Ibn Faraj al-Jayyânî, dans un ouvrage perdu dont Ibn Bassam a sans doute voulu prendre la suite).